SUR UN SITE DE GEOGRAPHIE, DES CARTES INTERESSANTES :

Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales

Geoffrey Heuline 20 décembre 2011

Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales

A Paris, les catégories sociales, les tranches d’âges, les métiers, les origines ethniques se côtoient, se croisent, se rencontrent. Les lignes de partage de la société s’inscrivent dans la vie, mais les échanges sont incessants.

Sans être en mesure de situer immédiatement tous les arrondissements les uns par rapport aux autres, les Parisiens les identifient par leur numéro, évocateur d’un milieu social, de monuments, d’activités. Ils en maîtrisent parfaitement la symbolique sociale : résider dans le 7e ou dans le 19e n’a pas le même sens. Car Paris oppose ses beaux quartiers de l’ouest aux quartiers populaires de l’est.

La cartographie est certainement l’outil le plus pertinent pour représenter le Paris des inégalités. Inspirés des recherches menées par Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charot, voici nos résultats cartographiques.

Paris est la capitale de la très grande richesse. A l’échelon national, la capitale rassemble 16,1 % des assujettis à l’ISF, mais seulement 4 % des foyers fiscaux [Ministère de l'Economie et des Finances, 2008]. En 2006, « Paris Ouest », où le ministère regroupe les 7e, 15e et 16e arrondissements, compte 32 261 assujettis, soit 44 % du total parisien.

Le Paris des pauvres n’en demeure pas moins. Toutes les statistiques sur la pauvreté, la misère et l’exclusion situent Paris dans le haut du tableau. Un foyer parisien sur huit est pauvre au sens où il vit sous le seuil de pauvreté définit par l’INSEE. La répartition des catégories sociales modestes dans l’espace parisien revêt la forme d’un croissant, allant du nord-ouest au sud-est. La présence populaire est plus nette au nord et surtout à l’est.

Ainsi au Paris de l’ouest, bourgeois et confortable, s’oppose un Paris de l’est, beaucoup plus populaire.
revenufiscal Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales  Société Pauvreté Paris Inégalités featured Emploi Cartographie

basrevenus2 Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales  Société Pauvreté Paris Inégalités featured Emploi Cartographie

isf1 Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales  Société Pauvreté Paris Inégalités featured Emploi Cartographie

emploi Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales  Société Pauvreté Paris Inégalités featured Emploi Cartographie
Les résultats des recensements sont sans ambiguïté : de 1954 à 1999 le pourcentage des employés et des ouvriers, dans l’ensemble de la population active résidant à Paris, a diminué de 65 % à 35 %, alors que celui des professions intermédiaires et supérieures augmentait de 19 % à 58,5 %.

La surreprésentation des cadres à Paris s’est accélérée. Cela n’est pas tellement dû aux beaux quartiers, où le taux de cadres était déjà assez élevé, mais aux quartiers à dominante populaire relative, où leur taux doublent et tendent à mettre sur un pied d’égalité les quartiers de à l’ouest avec les arrondissements du centre. En revanche, compte tenu du poids élevé des catégories populaires dans le nord-est, la structure en croissant reste visible. Mais à ce rythme, les différences pourraient bien s’atténuer à brève échéance.

ratioscadres Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales  Société Pauvreté Paris Inégalités featured Emploi Cartographie

cadrescompar Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales  Société Pauvreté Paris Inégalités featured Emploi Cartographie

En 2007, les arrondissements où le taux d’étrangers est supérieur à la moyenne peuvent se répartir en trois groupes : de façon attendue, les arrondissements populaires du nord-est (18e, 19e et 20e), les arrondissements du centre et de l’est (2e, 3e, 10e et 11e) et, paradoxalement, deux des arrondissements les plus chics, le 8e et le 16e.

Le taux assez élevé d’étrangers dans le 8e et le 16e arrondissements correspond à une composition spécifique de cette population. On y trouve 20,5 % de « cadres et professions intellectuelles supérieures », cette catégorie ne représentant que 9,8 % des actifs étrangers dans le 18e. En outre, la composition des étrangers par nationalité n’est pas la même : dans le 8e arrondissement, les ressortissants de l’Union Européenne représentent 57,4 % de la population totale étrangère, et 19 % dans le 18e.

c3a9trangers Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales  Société Pauvreté Paris Inégalités featured Emploi Cartographie

immigrc3a9s Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales  Société Pauvreté Paris Inégalités featured Emploi Cartographie

En 1991 et 2007, les prix immobiliers ont plus que doublé pour les appartements ayant plus de cinq ans. Le mètre carré est passé de 3 142 € à 6 464 €. Le taux d’augmentation oscille de 50 % à 144 % : mais le chiffre le plus bas concerne le 16e arrondissement, l’un des plus chers de la capitale. En revanche les prix ont augmenté de 120 % dans le coeur de Paris anciennement populaire. L’ « embourgeoisement » de Paris a pour cadre les anciens quartiers ouvriers de l’est.

Néanmoins, la présence massive du logement aidé à l’est laisse penser qu’une transformation sociale reste assez limitée. L’existence de ce marché immobilier spécifique et de ces poches de pauvreté constitue un obstacle aux processus de gentrification.

immo Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales  Société Pauvreté Paris Inégalités featured Emploi Cartographie

logsoc Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales  Société Pauvreté Paris Inégalités featured Emploi Cartographie

prixfoncier Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales  Société Pauvreté Paris Inégalités featured Emploi Cartographie

La cartographie de la part des élèves dans le privé confirme une corrélation entre niveau de vie et éducation. Les parts les plus importantes se trouvant comme attendu dans l’ouest parisien.

privc3a9 Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales  Société Pauvreté Paris Inégalités featured Emploi Cartographie

Le croissant populaire de l’est est reconstitué par la disposition en arc de cercle des arrondissements où le Parti socialiste et ses alliés ont été majoritaires en 2001 et 2008. Ce croissant tend à s’épaissir en étendant son emprise sur un centre qui changea souvent de mains, comme le Marais (4e arrondissement). La géographie électorale vient confirmer la présence d’une véritable fracture sociale et politique qui oppose l’ouest à l’est.

elections Cartographie des inégalités à Paris : fractures sociales et spatiales  Société Pauvreté Paris Inégalités featured Emploi Cartographie

Tags :
Publié le Mercredi 30 mai 2012 dans Inégalités & revenus | Aucun commentaire »

La droite et la gauche expliquées à ma fille

Le Monde.fr | 20.03.2012 – Par Patrick Moynot, maître de conférences à Sciences Po Paris

La campagne présidentielle n’enthousiasme personne, et surtout pas les jeunes. Au lycée, qu’ils votent ou non, les adolescents sont au mieux perplexes, au pire indifférents. Dans les deux cas ce n’est pas satisfaisant car ce qui se joue est malgré les apparences un débat d’idées qui mérite leur attention. Au-delà des discours caricaturaux, il est important de leur expliquer sereinement ce qui au fond différencie réellement Nicolas Sarkozy de François Hollande, et de façon plus générale la « droite » de la « gauche ».

Voici quelques repères pour répondre à leurs questions.

Il est utile de leur rappeler, d’abord et avant tout, que tous les candidats, quelque soit leur parti, ont pour ambition de rendre les gens heureux. Oui, même Marine Le Pen. La seule réserve, dans son cas, consisterait à dire que sa cible est moins large : dans « les gens », elle range sans doute moins de monde que les autres candidats. Mais l’ambition demeure : les programmes prétendent tous améliorer la vie des gens. Il n’y a pas la méchante droite d’un côté, et la gentille gauche de l’autre, ou inversement. Les extrêmes n’y échappent pas, qui proposent toutefois des méthodes un peu plus radicales pour y parvenir.

Car ce sont les méthodes qui font la différence, les moyens à mettre en œuvre. S’agissant des principaux partis en lice, c’est même une différence de vision du monde, qui se traduit par l’ordre dans lequel ils placent l’individu et la société, c’est-à-dire le collectif.

Pour le dire en quelques mots et proposer à nos adolescents une formule qui résume bien le débat : la droite pense que pour que la société aille mieux, il faut que les individus aillent mieux. La gauche pense à l’inverse que pour que les individus aillent mieux, il faut que la société aille mieux.

La droite part de l’individu et considère qu’une société harmonieuse est le fruit, ou la somme, de la réussite ou du bien-être individuel. La gauche fait le chemin inverse, en considérant qu’il ne peut y avoir de bien-être individuel qu’au sein d’une société harmonieuse. La réussite collective précède et conditionne la réussite individuelle. C’est une distinction fondamentale qui traverse la science économique, la sociologie, et l’ensemble des sciences humaines. Il est logique qu’on la retrouve dans le champ politique.

Détaillons un peu.

Pour la droite, l’initiative individuelle est le moteur de la société. C’est elle qu’il faut favoriser, à qui il faut donner les moyens de son épanouissement. Le désir de réussir, l’envie de s’enrichir, la volonté de s’élever socialement : voilà des motivations que la droite reconnaît comme les principaux moteurs de l’action.

Elle s’interdit de porter un jugement moral : l’avidité ou l’appât du gain n’ont pas à être condamnés puisque la fameuse « main invisible » se charge de transformer ces vices privés en vertus publiques. Les mécanismes sont connus : la volonté de réussir provoque le besoin de s’instruire, de créer des entreprises, d’innover, ce qui au final crée de la croissance, des emplois et plus généralement de la richesse. Celle-ci peut alors être plus ou moins redistribuée par l’Etat, au travers de dispositifs comme la sécurité sociale, l’assurance chômage, l’enseignement, ou les infrastructures collectives.

La limite de ce raisonnement, c’est que ça ne marche pas aussi bien que prévu. La gauche pointe précisément cette faiblesse : depuis 20 ans en particulier, la richesse créée par la croissance n’a profité qu’à une très petite minorité, ce qui a conduit à une explosion des inégalités entre les classes aisées et les classes modestes. Elle réclame en conséquence davantage de régulation : en clair, que l’on cesse de se reposer sur l’initiative individuelle en pensant que les problèmes collectifs se résoudront d’eux-mêmes grâce à la main invisible.

La gauche propose en effet d’inverser la perspective. Elle constate que tout le monde ne part pas dans la vie avec les mêmes armes et que le mécanisme de la main invisible ne peut fonctionner que si chacun démarre avec le même bagage, dans le même contexte.

Elle propose de commencer par travailler ce contexte, afin que chacun dispose d’un capital de départ financier, culturel, symbolique, à peu près équivalent. C’est la raison pour laquelle les questions d’éducation, de protection sociale, d’infrastructure, de logement etc. sont si présentes dans son discours, là où la droite parle plus volontiers d’aider les entreprises et les entrepreneurs, ou met en avant « la France qui se lève tôt ».

A gauche, on n’hésite pas à justifier cette prééminence du collectif par des jugements moraux, contrairement à la droite. Considérant que le raisonnement politique doit s’imposer au raisonnement économique, elle considère certains comportements économiques comme clairement immoraux et entend encadrer davantage l’activité, afin de remettre l’économie volontairement au service de la société, et non mécaniquement par le biais de la main invisible.

Ce faisant, elle prend le risque de l’angélisme, qui consiste à ne pas reconnaître la réalité des comportements individuels en pariant sur une humanité vertueuse.

C’est la limite que pointe la droite : l’expérience montre que les réussites, qu’elles soient individuelles ou collectives, n’ont que peu à voir avec les bons sentiments. De surcroît, dans un contexte mondialisé et encore très déséquilibré entre les riches démocraties du Nord et les nombreux pays du Sud qui aspirent eux aussi à la prospérité sans avoir le même niveau d’exigence sociale, c’est prendre un risque important.

Chacune des visions porte naturellement une part de vérité et une part d’exagération. Aucune n’est suffisante et nos adolescents doivent en être conscients. Que cela ne les empêche pas de pencher d’un côté ou de l’autre. L’important, c’est de comprendre les termes du débat, et d’y participer.

Patrick Moynot, maître de conférences à Sciences Po Paris

Tags :

Une excellente enquête, par un ancien enfant de la banlieue sud-est de Paris :

http://www.dailymotion.com/videoxiveyz Tags : ,

SUR LE SITE D’ATTAC :

Pour la première fois en France, les femmes viennent de faire reconnaître très largement les inégalités de fait entre femmes et hommes dans l’emploi. Elles ont imposé cette réalité au mouvement social et aux syndicats mais aussi aux media et aux politiques, jusqu’au gouvernement qui n’a pu gommer les faits, malgré tous ses mensonges. Non seulement ces inégalités perdurent mais de plus elles s’aggravent et s’amplifient au moment de la retraite. Suite du 4 pages à télécharger.

Tags : , ,
Publié le Mercredi 1 février 2012 dans Inégalités & revenus | Aucun commentaire »

Un reportage intéressant, permettant d’illustrer les mécanismes de socialisation secondaire, distincts de la socialisation primaire : l’histoire de la conversion à l’islam du rappeur Kery James :

1/3

Image de prévisualisation YouTube

2/3

Image de prévisualisation YouTube

3/3

Image de prévisualisation YouTube Tags : ,
Publié le Dimanche 29 janvier 2012 dans Cultures, socialisation et contrôle social | Aucun commentaire »