Tous les billets de mars 2008

1908-2008 : tout est différent, tout est semblable…

Lundi 31 mars 2008

« Les effets de la crise de l’Amérique du Nord se sont fait sentir depuis le début de l’année… » - Les Echos de l’exportation, numéro 1, 2 avril 1908. 

Le premier quotidien économique français, Les Echos, fête cette semaine ses 100 ans : l’occasion de regarder en arrière, sur la “longue durée”, comme disent les historiens.

Lorsqu’on compare la France de 1908 et celle de 2008, on constate que l’économie et la société ont profondément changé, bien sûr, mais d’un autre côté, on observait déjà en 1908 plusieurs des phénomènes d’aujourd’hui : crise boursière, innovations, mondialisation… qui sont le propre du capitalisme - système qui malgré des crises graves et récurrentes a toujours fait preuve d’une étonnante capacité d’adaptation…


Pour nous tromper, les industriels mettent le paquet

Lundi 31 mars 2008

Un site allemand a eu l’idée de comparer les produits tels qu’ils apparaissent sur le “packaging” (emballage) et dans la publicité, et leur réalité dans l’assiette…

http://consottisier.blogs.liberation.fr/marie_dominique_arrighi/2008/03/packajing-tromp.html

Et le consommateur ne doit pas seulement se méfier du packaging : peut-être certains d’entre vous ont-ils regardé l’émission “Capital” hier soir, sur les produits alimentaires. On y apprenait comment les industriels arrivent à faire baisser les coûts de production, donc les prix des plats préparés, en remplaçant au maximum les matières premières traditionnelles (viande, etc.) par des espèces de mixtures (ajoutées pour donner une meilleure apparence et un certain goût aux plats), en général d’origine “naturelle” donc pas franchement chimiques, mais franchement dégueu…

Ne vaut-il pas mieux manger un peu moins, pour manger un peu mieux ?… Il est clair qu’à notre époque, et à l’avenir, nous devons prendre l’habitude de regarder de près ce que nous mangeons : si en regardant les ingrédients sur un emballage, vous constatez qu’il y a plus de produits ajoutés que de matières premières “réelles”, même si ce n’est pas cher, peut-être vaut-il mieux s’abstenir…

 Nous y reviendrons en cours, en fin d’année.


Nos amis les cons

Dimanche 30 mars 2008

Vous connaissez tous l’excellent “Dîner de cons” de Francis Veber (qu’un jour j’aimerais bien jouer sur scène, avec un collègue par ex….) Dernièrement, vous avez vu comment certains supporters du PSG ont passé “le mur du çon” lors de la finale de la coupe de la Ligue…

Nous qui traitons en ce moment du contrôle social et de la déviance, je vous invite à réfléchir un instant sur la déviance par excellence : la bêtise. Déviance car personne ne veut être con, et encore moins être pris pour un con… Il est en revanche très facile de traiter les autres de cons, ce qui revient souvent à se montrer intolérant ou à stigmatiser les plus vulnérables : les maladroits, les complexés, les sans-grades, les peu instruits, les “malcomprenants”… 

Mais n’oubliez pas que je vous ai appris que la déviance est un phénomène social “normal”, et d’autre part, au plan individuel, la différence entre normalité et déviance est plus un continuum qu’une frontière nette : n’en est-il pas de même pour l’intelligence et la bêtise ?… 

Cette semaine, l’hebdomadaire Marianne consacre à la bêtise un bel article, dont je vous reproduis les principaux extraits :

 

SUBLIME BETISE !

Par Christian Godin

La prolifération, depuis un an, d’ouvrages sur la bêtise pourrait donner à penser qu’un nouveau spectre hante sinon l’Europe du moins la France. Belinda Cannone, romancière et essayiste, a publié l’an passé un vif et réjouissant essai romancé (La Bêtise s’améliore) dans lequel elle croque des personnages compactés dans leur certitude d’être au top par leurs manières d’être, d’agir et de parler. Déjà Flaubert avait soupçonné ce désastre : et si la bêtise était du côté de la culture ? Les personnages de La Bêtise s’améliore avaient par leur naissance et leur éducation la chance d’être subtils et perspicaces : ils sont lourds et malvoyants avec leurs mots lancés comme des slogans publicitaires.

D’autres ouvrages, traitant apparemment du même sujet, sont loin d’avoir la même élégance. Avec ceux-là, ce sont carrément “les cons” qui sont pointés : Comment supporter les cons de Francisco Gavillan, Vivre avec des cons, de Tonvoisin Depalier, deux livres parus ce mois-ci, Travailler avec des cons, de Tonvoisin Debureau, publié l’an passé, et last but not least, Mort aux cons, de Carl Aderhold. (…) D’outre-Atlantique nous est venu un Objectif zéro-sale-con (…) C’est une tendance nouvelle dans les sciences (!) du management (gestion des entreprises - E.B.) : si l’atmosphère est plombée au bureau, si la productivité flanche, ne regardez ni du côté de la société ni de celui de l’entreprise (la structure hiérarchique, l’organisation du travail, la compétition, rien que des gros mots), non, dénichez plutôt les sales cons qui sont la faute de tout.

L’effondrement du marxisme aura emporté avec lui l’idée élémentaire de l’aliénation (qui dit, qui écrit encore ce mot ? - à part en SES… -E. B.) Comme la société et les classes ne sont plus censées exister, les individus restent seuls responsables de ce qui leur arrive. Les individus, c’est-à-dire les autres, d’où l’insistance mise sur leur “connerie”. (…) La connerie coûte cher, très cher aux entreprises, donc à l’économie nationale (…) Les couvertures de ces livres font signe de manière étrange : une tasse de café renversée sur un bureau, une tartine tombée côté confiture. Comme si c’était être bête que d’être maladroit !

(…) Comme les causes ne sont pas analysées ni même véritablement cherchées (on n’est pas insupportable au travail sans raison, de même qu’un élève n’est pas insupportable en classe sans raison), la plupart des livres de cette paralittérature prennent les effets pour des causes : si vos conditions de travail sont détestables, c’est du fait de vos collègues qui vous harcèlent… (…)

Ainsi les SES seraient à la fois, comme tous les enseignements, un combat contre la bêtise, et en même temps un garde-fou contre l’excès d’intolérance face à la connerie, reflet de l’individualisme triomphant… :-)   suite de l’article :

Après cette littérature de cafardage, le Bréviaire de la bêtise du philosophe et romancier Alain Roger plongera le lecteur dans un vrai bain de jouvence : (…) l’idée de base d’Alain Roger est que la bêtise fait un usage abusif et intempestif de ce que la logique classique appelle le principe d’identité : une chose est ce qu’elle est, on est comme on est. La bêtise n’est pas en-deçà de la raison, mais dedans, en plein dedans. Elle ne pêche pas par défaut mais par excès ; elle est une raison suffisante (au sens de fermée sur elle-même, qui reste ”au 1er degré”… - E.B.) (…) On l’aura compris : la bêtise dont traite Alain Roger fait rire, à la différence de la “connerie” qui exaspère. (…)

Enfin, la conclusion de l’article, à tonalité durkheimo-bourdieusienne…

Reprenons la question : de quoi cette fixation sur la bêtise est-elle le symptôme ? La réponse ne serait-elle pas du côté de la crise du lien social ? Deux siècles après la Révolution, nous ne sommes toujours pas persuadés que les hommes sont égaux. Dénoncer la bêtise est une manière détournée de reconstituer une hiérarchie entre les esprits, nobles d’un côté et vils de l’autre (…) : la bêtise, c’est ce que nous détestons chez les autres.

 

Pas mal, n’est-ce pas ? Qu’en pensez-vous ?

Allez voir aussi le dossier de presse d’une pièce de théâtre dont on parle beaucoup, qui vient d’être créée à Paris (jouée pour la première fois), et qui va arriver au très beau Théâtre des Célestins à Lyon : “La Estupidez”, (”La Connerie”) de l’Argentin Rafael Spregelburd, mis en scène par un comédien argentin talentueux, Marcial di Fonzo Bo - que j’ai déjà vu au cinéma ; et de nombreux acteurs, dont Marina Foïs. Si ça vous dit, on pourrait terminer en quelque sorte l’année en y allant ensemble - au moins une partie de la classe - fin mai, dimanche 25 à 16h ou un autre jour en soirée : c’est 8,50€ pour les - de 18 ans, et même gratuit avec votre carte M’ra… On en reparle la semaine prochaine.


Rachida Dati veut tout

Samedi 29 mars 2008

La garde des Sceaux vient de décider de prendre le fauteuil de maire du VIIe arrondissement, pour lequel elle a fait campagne, mais que, compte tenu de ses responsabilités gouvernementales, elle aurait pu laisser au numéro 2 de la liste UMP.

D’autre part, on apprend dans Libération que les dépenses de réceptions (petits-fours et champagne…) ont explosé au ministère de la Justice en ce début d’année : + 30 % par rapport au plafond autorisé, avec déjà plusieurs rallonges budgétaires. La crise du pouvoir d’achat n’est donc pas pour tout le monde.

Vous trouvez mesquin de pointer ainsi l’”appétit”* de Rachida Dati ?  Ne vous inquiétez pas, je parlerai de tous les partis politiques. En attendant, j’ajoute cette vidéo de La Chanson du Dimanche : un petit reggae consacré à “Rachida et Nicolas”…  :-)

* Appétit : un des sens de ce mot selon le Petit Robert : “mouvement qui porte à rechercher ce qui peut satisfaire un besoin, un instinct”… un moteur essentiel en politique, n’est-ce pas ?


Les handicapés veulent vivre debout

Samedi 29 mars 2008

Aujourd’hui, les handicapés et invalides se mobilisent pour exiger du gouvernement une revalorisation de leur revenu minimum, l’allocation adulte handicapé (AAH, d’environ 600 euros par mois), qui est à peine supérieure au RMI et ne permet donc pas de vivre correctement.

Comme nous l’avons vu en cours, le philosophe Michel Foucault voulait étudier les normes de la société à travers ses “marges” (fous, prisonniers…) ; le sort lamentable de ces “marginaux” (handicapés physiques ou mentaux, prisonniers, mal-logés…) en France est révélateur de l’état de notre société - car un pays ne se juge-t-il pas à la manière dont il traite ses “inutiles” ?