Hausse des prix : calmos !
Mardi 4 mars 2008Vous avez sans doute entendu parler de l’article de “60 millions de consommateurs” montrant la “liste noire des prix qui flambent”. En réalité, sur les 1055 produits annoncés par le magazine - qui appartiennent à la famille des céréales, du lait et de la volaille (touchée indirectement par la hausse des céréales) : donc déjà un type bien particulier de produits -, seule une partie des produits a augmenté : en fait, l’article relève les PLUS FORTES augmentations de prix, qui peuvent aller JUSQU’A plus de 40 % pour CERTAINS yaourts. En réalité, un économiste a calculé que sur 717 références suivies dans les quatre enseignes, 122 ont subi une hausse.
J’ajoute ci-dessous des données tirées de l’excellent blog de l’économiste Olivier Bouba-Olga : on voit que la hausse des prix est réelle, et excessive, mais que les dépenses alimentaires (et notamment les produits laitiers) pèsent de moins en moins (en pourcentage, ce qu’on appelle le “coefficient budgétaire”) dans le budget des ménages. Ceci dit, ce sont les plus bas revenus qui consacrent la plus grande part à l’alimentation, et qui sont donc les plus touchés actuellement.
(La suite ci-dessous)
On apprend que les dépenses alimentaires, qui représentaient près de 27% des dépenses de consommation, ne pèsent plus que 13,7%. C’est cette fraction du budget qu’une hausse du prix du lait, pâtes, yaourts, … affecte. En simplifiant, une hausse de 10% des prix de l’alimentaire vous fait perdre 1,37% de pouvoir d’achat.
(E. B. le chiffre n’est pas exact, puisqu’une hausse des prix de 10% ne fait pas perdre 10% de pouvoir d’achat… mais c’est pour simplifier, en effet)
Sur longue période, vous noterez l’augmentation de la part des dépenses de logement, eau, gaz…, d’une part, des dépenses de loisirs et culture, d’autre part. Sur les 20 dernières années, c’est le poste communication qui a le plus fortement augmenté (+53% entre 1985 et 2006). L’impact de l’évolution des prix du logement et des transports est potentiellement plus fort que celui des prix de l’alimentaire, car ces postes de consommation pèsent plus dans le budget.
On dispose de données à des échelles très fines. Par exemple, voici un graphique qui reprend l’évolution des coefficients budgétaires pour les sous-catégories de la catégorie “industrie du lait”, elle-même sous-catégorie de la catégorie “Industries agricoles et alimentaires” :

Vous noterez la chute du beurre et du lait, la hausse des yaourts et des glaces et sorbets. On vérifie que la France reste le pays du fromage.Je précise qu’une baisse du coefficient budgétaire ne signifie pas une baisse de la consommation du produit, mais une augmentation moins rapide de cette consommation.On peut également regarder l’évolution des prix de l’alimentaire, à comparer à l’évolution de l’ensemble des prix à la consommation. On obtient la courbe suivante :

On observe bien la déconnection des prix sur 2000-2006, avec un pic en 2003. Reste à en préciser les raisons, le débat tournant autour du poids respectif des lois dans la grande distribution, de l’envolée des prix agricoles…
Pour finir, je signale que l’impact des prix de l’alimentaire n’affecte pas de la même manière les ménages :
Le poids de l’alimentaire décroît tendanciellement pour tous les quintiles, mais les différences subsistent entre quintiles.