Alerte aux dangers d’internet !

4 09 2008

La secrétaire d’Etat à la famille, Nadine Morano, souhaite alerter les parents sur les dangers que courent les enfants et les adolescents sur internet, à travers une feuille distribuée dans les écoles. Vous aussi, vous devez rester vigilants, car personne ne le fera à votre place. En effet, comme l’explique l’article dans Le Monde, pour l’instant les autorités policières et judiciaires ne peuvent pas faire grand-chose contre la criminalité sur internet.

 



Coutumes et cultures dans l’économie de marché

7 06 2008

Le journaliste économique Paul Fabra, dans une chronique pour Les Echos, analyse la manière japonaise de gérer les crises (ils en ont connu une grave pendant toutes les années 90), fondée sur une culture et des coutumes assez différentes des nôtres. Elle a montré ses faiblesses (manque de transparence), mais aussi ses avantages (les effets de la crise ont été amortis pour les salariés).

Dans ce court texte (à lire !), il montre ainsi que la concurrence effreinée et la recherche d’énormes profits financiers ne constituent pas le seul mode de régulation possible de l’économie de marché, et que certains phénomènes culturels, comme les notions d’honneur ou de réputation, peuvent aussi avoir leur intérêt. Très SES comme idée, n’est-ce pas ?



Sur la virginité d’une future épouse : un jugement honteux ou réaliste ?

29 05 2008

Le Tribunal de Grande Instance de Lille vient d’annuler un mariage entre deux Français musulmans, car l’épouse avait menti sur sa virginité…

Elisabeth Badinter, une philosophe féministe laïque - femme belle et intelligente, la classe : elle est la femme de Robert Badinter, et par exemple s’était opposée à la parité pour ne pas faire de quotas de femmes… - réagit :

http://www.liberation.fr/actualite/societe/328837.FR.php

 Un avocat, sur son blog, “Maître Eolas”, a une appréciation plus positive de ce jugement. Pour ceux que ça intéresse, voici son explication, longue mais ça en vaut la peine :

Tout d’abord, l’époux est Français. L’épouse, je l’ignore, le jugement est muet là-dessus. Pour des raisons philosophies et religieuses, que précisément la laïcité républicaine nous interdit de juger, il voulait absolument épouser une jeune femme de la même confession, et vierge.

Il rencontre une jeune femme qui répond au premier critère et qui, leur relation devenant sentimentale, lui affirme qu’elle répond aussi au second, alors qu’il n’en est rien. Pourquoi ? Je l’ignore. Toujours est-il que son fiancé ne lui a jamais caché l’importance que ce critère représentait pour lui et qu’elle a prétendu mensongèrement le remplir.

Vient la nuit de noce, et le mari découvre que son épouse lui a menti, et sur un point dont il n’a jamais caché l’importance qu’il lui attachait. L’épouse lui révèle alors qu’elle a déjà eu une relation sentimentale qui, si elle n’a pas eu de fruit, lui a coûté une fleur.

L’époux ne veut plus de cette union qui s’est construite sur un mensonge. Dès le soir des noces, il se sépare de son épouse et veut faire dissoudre ce mariage.

Il saisit donc la justice, mais par une procédure fort rare, la nullité du mariage. Quasiment tombée en désuétude depuis la libéralisation du divorce en 1975, elle n’est plus enseignée à la faculté que comme une curiosité, ses effets divergeant de la nullité contractuelle de droit commun.

Cette nullité repose sur l’article 180 du Code civil :

Le mariage qui a été contracté sans le consentement libre des deux époux, ou de l’un d’eux, ne peut être attaqué que par les époux, ou par celui des deux dont le consentement n’a pas été libre, ou par le ministère public. L’exercice d’une contrainte sur les époux ou l’un d’eux, y compris par crainte révérencielle envers un ascendant, constitue un cas de nullité du mariage.

S’il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l’autre époux peut demander la nullité du mariage.

Cet article protège le consentement des époux, qui doit être libre et sincère. C’est là un point essentiel du mariage. Le mariage tient en effet à la fois du contrat (un accord de volonté qui fait naître des obligations) et de l’institution (certains de ces effets et sa dissolution sont fixés par la loi et ne sont pas laissés à la liberté de choix des époux). Sa nature contractuelle exige un consentement pur : monsieur veut vraiment épouser madame.

Cela exclut que monsieur soit menacé de mort s’il ne dit pas oui (je n’invente pas : c’est une jurisprudence de la cour d’appel de, je vous le donne en mille : Bastia, 27 juin 1949), ou subisse quelque pression que ce soit. C’est le sens de la question posée par le maire : voulez-vous prendre pour époux … ?

Outre la violence faite aux époux, l’alinéa 2 prévoit que le consentement d’épouser la personne porte non seulement sur son identité mais sur qui elle est vraiment. Tout couple, a fortiori un couple qui se lie par le statut contraignant du mariage, repose sur la confiance en l’autre. Si cette confiance a été trahie avant même le mariage, la loi considère que le consentement au mariage peut en être atteint.

Mais la loi se garde de définir ces qualités essentielles, et la jurisprudence de la cour de cassation laisse le juge décider si, selon lui, les qualités invoqués sont ou non essentielles. On appelle cela le pouvoir souverain du juge du fond, la cour de cassation n’étant pas juge du fond mais du droit. Seules exigences de la jurisprudence : l’erreur doit être objective et déterminante, c’est-à-dire reposer sur un fait et être telle que, sans cette erreur, l’époux ne se serait pas marié.

On a donc une collection de décisions qui donnent des exemples ponctuels. Ont ainsi été considérés comme qualités essentielles :l’existence d’une relation extraconjugale que l’époux n’avait nullement l’intention de rompre ; la qualité de divorcé (qui fait obstacle à la tenue d’un mariage religieux chrétien) ; la qualité d’ancien condamné ; la qualité de prostituée ; la nationalité ; l’aptitude à avoir des relations sexuelles normales (le jugement ne définit pas la relation sexuelle normale, pour la plus grande tristesse des étudiants en droit) ; la stérilité ; la maladie mentale ou le placement sous curatelle.

Venons-en à notre jugement. Sa lecture est fort instructive. Dommage que les spécialistes de l’indignation sur commande s’en soient manifestement passés.

Premier point intéressant. Contrairement à ce que Libé laisse entendre en écrivant «Dès le lendemain, l’époux cherche à faire annuler son mariage », les époux n’ont pas fait preuve d’un empressement frénétique. L’époux a délivré son assignation fin juillet 2006, soit trois semaines après le mariage, et il ne va plus rien se passer pendant plus d’un an. Ce qui va faire que le tribunal, lassé d’attendre va radier l’affaire le 4 septembre 2007, qui sera rétablie pour être jugée en octobre 2007. Mais bon, le mari musulman qui répudie sur le champ sa femme pas assez chaste, c’est plus vendeur, n’est-ce pas ?

Une procédure en nullité de mariage, c’est un procès presque comme un autre. Il y a un demandeur. Ici, c’est le mari. Il expose au juge ses prétentions, que voici :

il demande l’ annulation du mariage sur le fondement de l’article 180 du code civil, que chacune des parties supporte ses propres dépens. Il indique qu’alors qu’il avait contracté mariage avec [son épouse] après que cette dernière lui a été présentée comme célibataire et chaste, il a découvert qu’il n’en était rien la nuit même des noces. [son épouse] lui aurait alors avoué une liaison antérieure et aurait quitté le domicile conjugal. Estimant dans ces conditions que la vie matrimoniale a commencé par un mensonge, lequel est contraire à la confiance réciproque entre époux pourtant essentielle dans le cadre de l’union conjugale, il demande l’ annulation du mariage.

Il y a un défendeur. Ici, c’est l’épouse. Et que dit-elle pour sa défense ? Voilà ce que tous les indignés oublient de dire ou ignorent :

Elle demande au tribunal de lui donner acte de son acquiescement à la demande de nullité formée par [son époux], dire que chacune des parties supportera la charge de ses propres dépens, ordonner l’exécution provisoire du jugement.

Bref, l’épouse consent à la procédure de nullité.

Le mariage, en France, comme tout ce qui touche à l’état des personnes, est d’ordre public : la procédure doit être communiquée au parquet pour qu’il indique sa position. Il faudra qu’un jour je fasse un billet sur le rôle civil du parquet, qui est très important et méconnu, on ne lui connaît que son rôle pénal de poursuite des infractions.

Dans ce dossier, le parquet dit : « Je m’en rapporte à la sagesse du tribunal », ce qui signifie que ça ne lui pose aucun problème.

Mettons nous un instant à la place du juge : il a un demandeur qui lui demande d’annuler son mariage car son épouse l’a trompé. Il a un défendeur qui lui demande d’annuler son mariage car il a trompé son époux. Il a un procureur qui dit de ne pas l’ennuyer avec ce dossier, car il y a un nouveau billet sur le blog d’Eolas. Et il a un article 408 du Code de procédure civile qui lui dit :

L’acquiescement à la demande emporte reconnaissance du bien-fondé des prétentions de l’adversaire et renonciation à l’action.

Pourquoi diable le juge rejetterait-il cette demande qui ne pose de problème à personne ?

Certes, le même article 408 précise que :

[L'acquiescement] n’est admis que pour les droits dont la partie a la libre disposition.

Ce qui n’est pas le cas de la nullité du mariage qui est d’ordre public. Il a le pouvoir légal de rejeter cette demande et l’obligation légale de la justifier s’il y fait droit.

Il va décider d’y faire droit, en motivant sa décision ainsi :

D’abord, il rappelle le droit tel qu’il va l’appliquer.

- Attendu qu’aux termes de l’alinéa 2 de l’article 180 du code civil, s’il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l’autre époux peut demander la nullité du mariage ; que, par ailleurs, l’article 181 - dans sa rédaction issue de la loi du 4 avril 2006 applicable à la cause - précise qu’une telle demande n’est plus recevable à l’issue d’un délai de cinq ans à compter du mariage ou depuis que l’époux a acquis sa pleine liberté ou que l’erreur a été par lui reconnue ;

Simple rappel des textes en vigueur.

- Attendu qu’il convient en premier lieu de constater qu’en l’occurrence, l’assignation a été délivrée avant l’expiration d’un délai de cinq années suivant la célébration du mariage et la découverte de l’erreur ; que l’action en annulation du mariage s’avère dès lors recevable ;

Premier point qu’il doit vérifier : la demande est-elle recevable, doit-il l’examiner ? La réponse est oui. Deuxième question, la demande est-elle fondée ? Ce qui induit la question : quelles sont les règles applicables ?

- Attendu qu’en second lieu il importe de rappeler que l’erreur sur les qualités essentielles du conjoint suppose non seulement de démontrer que le demandeur a conclu le mariage sous l’empire d’une erreur objective, mais également qu’une telle erreur était déterminante de son consentement ;

C’est-à-dire que l’erreur ne vient pas de celui qui l’invoque mais était connu de l’autre époux, et que sans cette erreur, il n’aurait pas consenti au mariage.

Ces règles posées, le juge va constater qu’elles s’appliquent, et ce par un raisonnement fort habile qui fait que ce juge mérite plus des applaudissements que les injustes lazzis dont il fait l’objet :

Attendu qu’en l’occurrence, [l'épouse] acquiesçant à la demande de nullité fondée sur un mensonge relatif à sa virginité, il s’en déduit que cette qualité avait bien été perçue par elle comme une qualité essentielle déterminante du consentement de [l'époux] au mariage projeté ; que dans ces conditions, il convient de faire droit à la demande de nullité du mariage pour erreur sur les qualités essentielles du conjoint.

L’habileté échappera à qui n’est pas juriste, mais je m’y attarde car c’est un superbe cas pratique pour des étudiants de première année (tiens ? Les partiels approchent…)

L’acquiescement de l’épouse à la demande en nullité n’était pas possible, car la matière est d’ordre public : art. 408 alinéa 2 du code de procédure civile. Alors que fait le juge pour faire droit à cette demande ? Étudiants en première année, prenez le temps de réfléchir, c’est un beau cas pratique du droit de la preuve.

Il déduit de cet acquiescement inefficace un aveu judiciaire : article 1356 du Code civil. L’épouse dit acquiescer à la demande de son mari. Elle ne le peut pas, mais ce faisant, elle avoue devant le juge qu’elle savait que son hymen importait à son époux et qu’elle savait qu’elle ne l’avait plus (son hymen, pas son mari ; quoique maintenant elle n’a plus ni l’un ni l’autre).

Le juge y trouve donc une preuve irréfutable (l’aveu judiciaire ne peut être rétracté) du caractère objectif et déterminant de l’erreur. Ite missa est, comme ne dit pas le Coran.

Et hop, mariage annulé.

Ce qui est une action d’une banalité affligeante, faite sur un fondement anecdotique, est devenu en quelques jours un scandale national car chacun y projette ses fantasmes, la religion musulmane des intéressés n’y étant pas pour rien, la palme revenant à ce communiqué de l’association Ni Putes Ni Soumises, que j’ai connue plus inspirée, et qui aboutit à faire dire à ce jugement que les femmes non vierges n’ont plus le droit de se marier.

Ce jugement ne dit absolument pas que le mariage d’une femme non vierge est nul, ni que la virginité est une qualité essentielle de la femme. Il dit ceci et rien d’autre. Madame Y… a menti à Monsieur X… sur un point qu’elle savait très important pour lui. Elle savait que si Monsieur X… avait su la vérité, il ne l’aurait probablement pas épousé. Et d’en tirer les conséquences légales que lui demandent les deux époux dans ce qui après tout est leur vie.

Là où les indignés des micros se muent tous en Tartuffe, c’est quand on se demande ce qu’il serait advenu en cas de rejet de la demande. Ces époux seraient-ils restés mariés et auraient-ils vécu heureux avec beaucoup d’enfants ? Non, ils auraient divorcé. Par consentement mutuel, puisqu’ils étaient d’accord pour se séparer. Consentement mutuel qui exclut que soient abordés les raisons du divorce. Donc dissolution du mariage, mais l’honneur est sauf : on ne saurait pas pourquoi.

Je ne veux pas vous donner mon opinion tout de suite : j’attends la vôtre ! Allez-y !  ;-)



Pourquoi les filles sont-elles meilleures à l’école ?

28 05 2008

Le Monde fait rapidement le point sur cette question, à l’aide de plusieurs ouvrages parus récemment, qui naturellement rejettent les explications “naturelles” (cerveaux, capacités innées…), mais reprennent des notions que nous avons vues en cours : stéréotypes, socialisation

Si les réussites scolaires des filles et des garçons sont différenciées, c’est que, quoiqu’on en dise, filles et garçons ne sont pas élevés de la même façon. Ces différences ne sont pas toujours perceptibles à l’échelle d’une famille, mais pour l’ensemble de la population, en fin de compte, les trajectoires scolaires des deux sexes ne sont pas les mêmes.



Protéger sa vie privée sur le net

12 05 2008

La CNIL (Commission Nationale Informatique & Libertés) vient de publier un document à l’intention des 12-17 ans afin de les sensibiliser à la nécessité de limiter les informations personnelles qu’ils divulgent sur le net, que ce soit sur leurs blogs ou sur des sites de type Facebook, Myspace, etc.

A première vue, vous pourriez répliquer que vous n’avez rien à cacher, et que vous ne voulez pas vous auto-censurer, mais il y a deux problèmes : d’une part, ces “réseaux sociaux” sont dirigés par des entreprises, qui peuvent exploiter commercialement toutes les données récoltées sur vous ; d’autre part, le web n’oubliera RIEN de ce que vous publiez : certains informations pourraient devenir gênantes dans quelques années.

Donc, faites attention à vous - vous n’êtes pas obligés de répondre à toutes les questions personnelles que les sites vous posent -, et respectez également les infos personnelles sur les autres.

Voir : http://www.ecrans.fr/Vie-privee-sur-net-la-CNIL-veut,4071.html

 



Des résidences fermées et sécurisées

4 05 2008

Nées aux Etats-Unis il y a une dizaine d’années, elles arrivent en France : un nouveau type de résidences ultra-sécurisées, avec rues fermées, vigiles et caméras… Destinées surtout aux personnes âgées (plus inquiètes et surtout plus fortunées que la moyenne de la population), elles attirent parfois aussi des familles. Par ex. ici, près de Nice, il s’agit d’un lotissement comptant tout de même plus de 3000 habitants à l’année :

http://www.lemonde.fr/aujourd-hui/article/2008/05/03/le-succes-des-residences-securisees_1040890_3238.html



L’école à domicile chez les ultra-religieux américains

23 04 2008

Un reportage sur une famille d’évangélistes en Californie, sur le site d’information indépendant La Rue 89

A l’heure où les familles ont une approche de plus en plus individualiste face à l’école - chacun voulant obtenir exactement ce qu’il souhaite, et reprochant au système scolaire de ne pas tenir suffisamment compte des différences individuelles - cet article est utile pour réfléchir à l’école sous l’angle de l’intérêt général et de la citoyenneté.



Des Ch’tis et des chefs

12 04 2008

Une chronique d’un économiste que j’aime bien, Bernard Maris (diffusée sur France Inter) :

Quelques conseils pour devenir chef et le rester…

Sus à la bonne humeur et à la vie sans compétition vantées par le film Bienvenue chez les Ch’tis! Réussir en entreprise demande cynisme, flagornerie et ambition. Devenir chef ne se fait pas comme ça, tout de même…

Quelques conseils pour devenir chef et le rester...

Comment réussir sa carrière en entreprise ? Comment optimiser sa carrière ? Voici un petit guide pratique pour réussir, «avec tout le mépris et la cruauté que cette tache requiert». Vous savez que la semaine prochaine, lundi mardi mercredi, l’assemblée se prononcera sur la réforme du marché du travail, et du contrat de travail, autant se préparer à être un bon travailleur.
Vous vous souvenez de Bonjour paresse, ce livre qui avait eu un étonnant succès. De même, comment ne pas s’étonner du succès des Ch’tis, ce film nostalgique dans lequel les fonctionnaires ne sont pas des parasites mais sont sympas, les gens s’entraident au travail comme dans la vie, les embouteillages n’existent pas, les supermarchés hideux n’existent pas, la technique n’est pas oppressive, et les gens sourient dans la rue. Le foot est aimé par des braves gens et non des nazis. La compétition a disparu. Personne n’est en compétition, sauf peut-être en matière amoureuse. Les Ch’tis c’est l’anti-rapport Attali.

L’amour du travail ne suffit pas
Il est bien temps de réagir contre ces tendances à la paresse et à la bonne humeur. Comment réussir, vous qui, tôt levés, n’aspirez qu’à marcher sur la tête de vos voisins ? D’abord, il faut répondre à la question : pourquoi travailler? Pourquoi le travail, valeur «ignoble» au sens étymologique, a-t-il cédé la place à l’intérêt au travail, à la passion du travail, à la douce narcose du stress, voire à l’alcoolisme du travail ?
La réponse tient en un mots : formatage. Nous sommes formatés à aimer le travail. En cinq générations est né l’amour du travail, des objectifs, des résultats. Mais l’amour du travail ne suffit pas pour réussir dans l’entreprise. D’où trois conseils majeurs de réussite. D’abord, vendez-vous, sachez dire que votre travail est excellent, surtout s’il ne l’est pas. Deuxièmement, courtisez le chef. Enfin, prenez la place du chef.

Le maître-mot de la chefferie: imprévisibilité
Une fois que vous êtes chef, là, il faut gérer ses employés. C’est infiniment plus facile que de monter en grade. Il faut mentir intelligemment, diviser pour régner, flatter les égos, donner des ordres intelligents mais paradoxaux, apparemment sensés mais impossibles à exécuter. L’une des clefs de la domination des hommes, c’est l’imprévisibilité. Soyez aimable autant qu’imprévisible ! Plus l’avenir de vos subordonnés est peu sûr, incertain, plus ils vous seront soumis. C’est pour cette raison que la sécurité de l’emploi du public ou du parapublic rend les subordonnés ingérables. Sachez faire la part entre les récompenses psychologiques («Tu es formidable mon vieux») et les banales augmentations de salaire. En général, les premières vous permettront d’éviter les secondes.

Un conseil de lecture: le Guide Pratique Pour réussir sa carrière en entreprise d’Antoine Darima, aux éditions Zones.



Tout augmente, même la liste des péchés capitaux !

2 04 2008

Cette fois, ce n’est plus un poisson d’avril : le Vatican vient d’allonger la liste des péchés capitaux, en prenant notamment en compte les atteintes à la solidarité et à l’environnement… tout en laissant de côté d’autres “péchés” graves également.

Pour en savoir plus, et apaiser vos consciences… voir l’article dans Libération.



Nos amis les cons

30 03 2008

Vous connaissez tous l’excellent “Dîner de cons” de Francis Veber (qu’un jour j’aimerais bien jouer sur scène, avec un collègue par ex….) Dernièrement, vous avez vu comment certains supporters du PSG ont passé “le mur du çon” lors de la finale de la coupe de la Ligue…

Nous qui traitons en ce moment du contrôle social et de la déviance, je vous invite à réfléchir un instant sur la déviance par excellence : la bêtise. Déviance car personne ne veut être con, et encore moins être pris pour un con… Il est en revanche très facile de traiter les autres de cons, ce qui revient souvent à se montrer intolérant ou à stigmatiser les plus vulnérables : les maladroits, les complexés, les sans-grades, les peu instruits, les “malcomprenants”… 

Mais n’oubliez pas que je vous ai appris que la déviance est un phénomène social “normal”, et d’autre part, au plan individuel, la différence entre normalité et déviance est plus un continuum qu’une frontière nette : n’en est-il pas de même pour l’intelligence et la bêtise ?… 

Cette semaine, l’hebdomadaire Marianne consacre à la bêtise un bel article, dont je vous reproduis les principaux extraits :

 

SUBLIME BETISE !

Par Christian Godin

La prolifération, depuis un an, d’ouvrages sur la bêtise pourrait donner à penser qu’un nouveau spectre hante sinon l’Europe du moins la France. Belinda Cannone, romancière et essayiste, a publié l’an passé un vif et réjouissant essai romancé (La Bêtise s’améliore) dans lequel elle croque des personnages compactés dans leur certitude d’être au top par leurs manières d’être, d’agir et de parler. Déjà Flaubert avait soupçonné ce désastre : et si la bêtise était du côté de la culture ? Les personnages de La Bêtise s’améliore avaient par leur naissance et leur éducation la chance d’être subtils et perspicaces : ils sont lourds et malvoyants avec leurs mots lancés comme des slogans publicitaires.

D’autres ouvrages, traitant apparemment du même sujet, sont loin d’avoir la même élégance. Avec ceux-là, ce sont carrément “les cons” qui sont pointés : Comment supporter les cons de Francisco Gavillan, Vivre avec des cons, de Tonvoisin Depalier, deux livres parus ce mois-ci, Travailler avec des cons, de Tonvoisin Debureau, publié l’an passé, et last but not least, Mort aux cons, de Carl Aderhold. (…) D’outre-Atlantique nous est venu un Objectif zéro-sale-con (…) C’est une tendance nouvelle dans les sciences (!) du management (gestion des entreprises - E.B.) : si l’atmosphère est plombée au bureau, si la productivité flanche, ne regardez ni du côté de la société ni de celui de l’entreprise (la structure hiérarchique, l’organisation du travail, la compétition, rien que des gros mots), non, dénichez plutôt les sales cons qui sont la faute de tout.

L’effondrement du marxisme aura emporté avec lui l’idée élémentaire de l’aliénation (qui dit, qui écrit encore ce mot ? - à part en SES… -E. B.) Comme la société et les classes ne sont plus censées exister, les individus restent seuls responsables de ce qui leur arrive. Les individus, c’est-à-dire les autres, d’où l’insistance mise sur leur “connerie”. (…) La connerie coûte cher, très cher aux entreprises, donc à l’économie nationale (…) Les couvertures de ces livres font signe de manière étrange : une tasse de café renversée sur un bureau, une tartine tombée côté confiture. Comme si c’était être bête que d’être maladroit !

(…) Comme les causes ne sont pas analysées ni même véritablement cherchées (on n’est pas insupportable au travail sans raison, de même qu’un élève n’est pas insupportable en classe sans raison), la plupart des livres de cette paralittérature prennent les effets pour des causes : si vos conditions de travail sont détestables, c’est du fait de vos collègues qui vous harcèlent… (…)

Ainsi les SES seraient à la fois, comme tous les enseignements, un combat contre la bêtise, et en même temps un garde-fou contre l’excès d’intolérance face à la connerie, reflet de l’individualisme triomphant… :-)   suite de l’article :

Après cette littérature de cafardage, le Bréviaire de la bêtise du philosophe et romancier Alain Roger plongera le lecteur dans un vrai bain de jouvence : (…) l’idée de base d’Alain Roger est que la bêtise fait un usage abusif et intempestif de ce que la logique classique appelle le principe d’identité : une chose est ce qu’elle est, on est comme on est. La bêtise n’est pas en-deçà de la raison, mais dedans, en plein dedans. Elle ne pêche pas par défaut mais par excès ; elle est une raison suffisante (au sens de fermée sur elle-même, qui reste ”au 1er degré”… - E.B.) (…) On l’aura compris : la bêtise dont traite Alain Roger fait rire, à la différence de la “connerie” qui exaspère. (…)

Enfin, la conclusion de l’article, à tonalité durkheimo-bourdieusienne…

Reprenons la question : de quoi cette fixation sur la bêtise est-elle le symptôme ? La réponse ne serait-elle pas du côté de la crise du lien social ? Deux siècles après la Révolution, nous ne sommes toujours pas persuadés que les hommes sont égaux. Dénoncer la bêtise est une manière détournée de reconstituer une hiérarchie entre les esprits, nobles d’un côté et vils de l’autre (…) : la bêtise, c’est ce que nous détestons chez les autres.

 

Pas mal, n’est-ce pas ? Qu’en pensez-vous ?

Allez voir aussi le dossier de presse d’une pièce de théâtre dont on parle beaucoup, qui vient d’être créée à Paris (jouée pour la première fois), et qui va arriver au très beau Théâtre des Célestins à Lyon : “La Estupidez”, (”La Connerie”) de l’Argentin Rafael Spregelburd, mis en scène par un comédien argentin talentueux, Marcial di Fonzo Bo - que j’ai déjà vu au cinéma ; et de nombreux acteurs, dont Marina Foïs. Si ça vous dit, on pourrait terminer en quelque sorte l’année en y allant ensemble - au moins une partie de la classe - fin mai, dimanche 25 à 16h ou un autre jour en soirée : c’est 8,50€ pour les - de 18 ans, et même gratuit avec votre carte M’ra… On en reparle la semaine prochaine.