Le quotidien gratuit “Metro” titre ce matin : “Après les ponts et les grèves du mois du mai : Les lycéens sont-ils prêts pour le bac ?”, avec le chapeau suivant : “Elèves, professeurs ou parents, ils sont tous d’accord : les “événements” des dernières semaines vont pénaliser les candidats. L’heure est à l’angoisse et au bachotage.”…
Suivent des témoignages affolés de certains lycéens, les commentaires désabusés des responsables de l’Education nationale (comme un inspecteur d’académie qui dit que “les élèves n’ont pas à subir les conséquences des perturbations”)… et bien entendu, les déclarations des cours privés, qui annoncent des “inscriptions de dernière minute” pour des “stages intensifs”, et claironnent que leur chiffre d’affaires est en progression de 10 à 20 % par an. Il n’y a donc pas que la presse ou le gouvernement qui ont intérêt à exploiter la peur et le ressentiment dans l’opinion publique.
Je me contenterai de rappeler cinq points - que vous pourrez éventuellement transmettre à vos copains de terminale :
- En dehors de quelques établissements bloqués, il y a eu cette années trois jours de grève de professeurs : ceux-ci ne sont donc pour rien dans cette “angoisse” ;
- Il n’y a pas eu de “ponts” au mois de mai dans les lycées, puisque les cours avaient lieu les vendredis 1er et 8 mai… mais il est vrai que toutes les familles n’étaient pas disposées à rester…;
- Cette année, le bac débute le 16 juin, soit une semaine plus tard que l’an dernier : et une semaine de révision, c’est énorme ;
- Le taux de réussite au bac l’an dernier était de 85 % environ en filière générale (donc plus que les 80 % de l’année 68, où le bac avait été soi-disant “donné” - en plus il concernait 5 fois moins de lycéens) L’année précédente, ce taux avait été à peine inférieure. Donc, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’un examen périlleux pour tout élève un peu sérieux et solide qui révisera normalement ;
- Une grève, surtout si elle se prolonge, est un acte grave, qu’on ne fait pas de gaîté de coeur, et qui a des coûts : pour les salariés, ce sont des jours de salaire perdus (et dans le privé, des risques pour leur carrière), et pour les élèves et les étudiants, il y a aussi des “coûts d’opportunité” de ces joyeuses manifs et autres blocages qu’ils ont organisés. Il n’y a ni à s’en plaindre, ni à s’en réjouir ; il y a seulement des choix à faire et à assumer, que le mouvement réussisse ou échoue. Les candidats au bac apprennent là une leçon qui leur sera au moins aussi utile que le diplôme lui-même…