UN BEAU DOCUMENT INTERACTIF, qui vient d’être mis à jour, sur le site du quotidien Le Monde. En cliquant sur chaque bassin d’emploi, on peut voir l’évolution du taux de chômage depuis 2003 ; on peut aussi sélectionner les bassins d’emploi selon l’importance de leur taux de chômage.

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Publié le Jeudi 19 janvier 2012 dans Le Monde, Travail, emploi & entreprises | Aucun commentaire »

« Je suis un homme, et je mesure toute l’horreur de ma nature »…

Une chanson magnifique (datant de 2007) – et un clip tout aussi réussi – de Zazie. Elle serait un hymne parfait pour les SES… Je l’avais déjà mise en ligne sur ce blog pédagogique il y a quelques années, mais elle me revient aujourd’hui…

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Une vidéo sympa réalisée par Jessica Dubois, journaliste, et Eric Heyer, économiste :

http://www.dailymotion.com/videoxl91t0 Tags : , ,
Publié le Samedi 17 décembre 2011 dans Action des pouvoirs publics, Conjoncture & finance, Vidéo | Aucun commentaire »
DANS « LE MONDE », le 16 décembre :

L’Insee prévoit une baisse du PIB pour les six mois à venir. Avec augmentation du chômage.

La France devrait connaître une brève récession au quatrième trimestre 2011 et au premier trimestre 2012 et il sera « difficile » d’atteindre l’an prochain la prévision de 1% de croissance sur laquelle le gouvernement a basé son deuxième plan de rigueur, a estimé jeudi l’Insee.

L’activité économique redémarrera faiblement au deuxième trimestre mais l’acquis de croissance pour 2012 sera alors fin juin de 0%.

Pour atteindre 1% de croissance, il faudrait que le produit intérieur brut (PIB) croisse de 1,3% sur chacun des deux derniers trimestres, ont indiqué les experts de l’Institut national de la conjoncture et des études économiques au cours d’une conférence de presse jeudi.

« Il est clair que cela est difficile, au vu de notre scénario » qui prévoit un lent redémarrage de l’activité en France, a déclaré Sandrine Duchêne, chef du département de la conjoncture de l’Insee.

« Pour la France, les enquêtes de conjoncture montrent actuellement un fort ralentissement de l’activité », a-t-elle fait remarquer, prévoyant un recul du PIB de 0,2% au quatrième trimestre par rapport aux trois mois précédents, suivi d’une contraction de 0,1% au premier trimestre 2012.

Il s’agirait donc d’une brève récession, dont la définition technique est un recul du PIB pendant deux trimestres consécutifs au moins. La France était sortie au printemps 2009 d’une année de récession.

Une timide reprise de 0,1% est attendue sur avril-juin.

Hausse forte du chômage

« Notre scénario prévoit beaucoup d’inertie », a résumé Sandrine Duchêne. « Pourquoi cette inertie ? Parce que les moteurs de la reprise française pendant deux ans, l’investissement et l’emploi, calent ».

« Et quand un tel phénomène se produit, redémarrer la machine économique prend beaucoup de temps », a-t-elle expliqué.

Pour 2011, l’Insee a revu en baisse sa prévision d’expansion de l’activité économique, à 1,6% contre une prévision de 1,7% dans sa précédente note de conjoncture en octobre. Le gouvernement table sur 1,75%.

Sur le front de l’emploi, la situation continuerait de se détériorer. Le chômage, qui était de 9,3% en France métropolitaine au troisième trimestre atteindra 9,6% en juin, selon l’Insee. Pour la France entière, il devrait être alors de 10%.

Et de ce fait, les ménages maintiennent un bas de laine de précaution et leur taux d’épargne, de 17,1% au deuxième trimestre 2011 (un record depuis 1983), restera élevé à 16,8% en moyenne en 2011.

Pour la première fois depuis le premier trimestre 2010, l’investissement des entreprises non financières a baissé (-0,3%) au troisième trimestre et devrait continuer de chuter jusqu’à l’horizon de la prévision, soit fin juin.

Autre élément de la demande interne, les dépenses de consommation des ménages en produits manufacturés ont reculé au 2e et 3e trimestres.

« L’élan de la demande interne semble donc s’être grippé », estime l’Insee.

(AFP)

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Publié le Vendredi 16 décembre 2011 dans Conjoncture & finance, Le Monde | Aucun commentaire »
ALTERNATIVES ECONOMIQUES – Denis Clerc – 7 décembre 2011

Accusées de tous les maux par le gouvernement, les 35 heures affichent pourtant un bilan plutôt positif : elles n’ont pas alourdi les coûts salariaux des entreprises ni pénalisé la productivité des salariés, ont créé des emplois, même si leur mise en oeuvre a pesé sur les finances publiques.

(…) Le 28 octobre dernier, le chef de l’Etat, sur France 2, en parlait comme d’une « catastrophe sociale et [d'] une catastrophe économique », les accusant implicitement d’être à l’origine des délocalisations, de la désindustrialisation et même d’une « pression sur les salaires ». (…) Dans ce procès, examinons plutôt les faits. C’est ce que je me propose de faire ici, à partir des données existantes, principalement celles de la Comptabilité nationale, qui a le mérite de présenter une vue d’ensemble.

Le partage de la valeur ajoutée

Il convient de la mesurer « nette », c’est-à-dire après déduction des impôts, des éventuelles subventions d’exploitation et de la « consommation de capital fixe » (l’amortissement économique correspondant à l’usure effective et à l’obsolescence des équipements), de manière à ne retenir que ce qui est partageable entre le travail et le capital. Pour l’ensemble des sociétés non financières, en 1997, avant que la décision de passer aux 35 heures soit prise, le partage de cette valeur ajoutée est le suivant : 20,6 % vont au capital (excédent d’exploitation) et 79,4 % au travail salarié. En 2002, année où la loi est devenue obligatoire pour toutes les entreprises de plus de 20 salariés, le partage passe à 19,6 % et 80,4 %, soit un transfert d’un point de valeur ajoutée nette du capital au travail, soit 6 milliards de l’époque (environ 7 milliards en euros de fin 2011). Incontestablement, la loi sur les 35 heures a donc provoqué une augmentation relative du coût salarial, de l’ordre de 450 euros par salarié et par an. Mais cette augmentation a été transitoire et, dès 2007, la situation antérieure est rétablie, voire un peu améliorée pour les sociétés non financières : 21,1 % pour le capital, 78,9 % pour les salariés. (…)

L’évolution de l’emploi salarié

Ce dernier, dans les sociétés non financières, est passé (en équivalent temps plein) de 11,5 millions (1997) à 13,5 (2003), puis a continué ensuite à progresser plus lentement pour atteindre 14 millions en 2007. Même s’il n’est évidemment pas question d’attribuer aux 35 heures toute cette progression, la croissance économique ayant sans doute joué le rôle essentiel[1], la RTT a aussi participé à l’amélioration conjoncturelle, en renforçant la baisse du chômage. Toutefois, dans l’industrie, principale branche exposée à la concurrence étrangère (tant pour le marché intérieur qu’à l’exportation), les effectifs n’ont pas augmenté de la même manière : faible progression entre 1997 et 2001 (passant de 3,92 millions en 1997 à 3,96 millions en 2001, toujours en équivalent-temps plein), puis déclinant ensuite assez rapidement (3,54 millions en 2007[2] soit une perte de plus de 420 000 emplois). Cette baisse d’effectifs dans l’industrie est-elle imputable aux 35 heures ? On peut en douter, car, au cours des années précédentes, sur le même laps de temps (soit de 1991 à 1997), le nombre d’emplois dans l’industrie était passé de 4,4 millions à 3,92, soit une diminution relative (- 11 %) similaire à celle observée dix ans plus tard, entre 2001 et 2007 (-12 %). Certes, aucune « loi » n’impose que les effectifs fondent ainsi mécaniquement dans l’industrie. Mais il s’agit seulement de souligner que cette fonte n’a pas été plus rapide au cours des années 2000 qu’elle ne l’avait été au cours des années 1990, et que les 35 heures ne l’ont pas accélérée : elles ont même eu le mérite de stopper l’hémorragie d’emplois industriels durant quelques années. (…)

L’évolution de la productivité

Toutefois, même cette explication ne semble pas très convaincante. Car la valeur ajoutée des branches industrielles (mesurée « brute », donc sans retirer la consommation de capital fixe, qui n’est pas disponible par branche), a progressé de 25 % entre 1997 et 2007 (en volume, c’est-à-dire après déduction de la hausse des prix à la production). Puisque, pendant cette même période, l’emploi (en équivalent temps plein) a diminué de 10 %, la productivité par tête a donc progressé de 39 %, soit au rythme annuel moyen de 3,3 %. Au cours des dix années précédentes (1987-1997), la progression de la valeur ajoutée brute (toujours en volume) avait été un peu moindre (+ 22 %), et les gains de productivité par salarié avaient été de 40 %. On ne constate donc pas de différence sur ce point entre la période 1987-1997 et la période postérieure à 1997 : dans les deux cas, les gains de productivité par tête l’ont emporté sur la progression de la valeur ajoutée, ce qui a provoqué des destructions d’emplois. En revanche, ce qui est important, c’est que la productivité horaire a augmenté nettement plus rapidement à la suite des 35 heures que cela n’avait été le cas au cours de la décennie précédente. En effet, comme la durée annuelle du travail par salarié a reculé de 6,5 % entre 1997 et 2007 contre un recul de 1 % entre 1987 et 1997, la productivité horaire a progressé de 48 % durant la dernière période, contre 40 % durant la décennie précédente. Il est assez remarquable de constater que, sur ce point, l’intégralité ou presque de la réduction de la durée du travail a été compensée par un surcroît de productivité horaire : les 3,54 millions de travailleurs de l’industrie de 2007 ont, malgré les 35 heures (ou peut-être grâce aux 35 heures, aux réorganisations et à la moindre fatigue qu’elles ont provoquée) produit en moyenne 69 000 euros de valeur ajoutée industrielle par tête en 2007 contre 50 000 (en euros constants) dix ans auparavant (+ 38 %). Et contre 37 000 vingt ans auparavant, soit + 39 % de progression entre 1987 et 1997. Les entreprises industrielles, dans l’ensemble, ont réussi à effacer les 6,5 % de baisse effective du temps travaillé.

L’évolution de l’excédent brut d’exploitation (EBE)

Cet EBE mesure la valeur ajoutée que conserve le capital. Cet excédent ne doit pas être confondu avec le profit, puisqu’il doit permettre de couvrir les charges que sont notamment les intérêts des emprunts et le renouvellement des équipements. Son évolution montre si la situation financière des entreprises industrielles s’améliore ou se dégrade. Entre 1987 et 1997, l’EBE a progressé en valeur de 25 %, Durant la décennie suivant, la progression de l’EBE a été de 18 %. Il n’y a donc pas eu dégradation, mais simplement ralentissement. Ce dernier ne doit rien à la progression des salaires, au contraire : la masse totale des rémunérations, cotisations sociales incluses, a nettement plus progressé entre 1987 et 1997 (+ 29 %) qu’au cours de la décennie suivante (+ 16 %). C’est plutôt la compression des marges, du fait de la concurrence accrue, qui est à mettre en cause : alors que les prix à la production progressaient de 7 % dans l’industrie entre 1987 et 1997, ils ont diminué de 7 % durant la décennie suivante. Les 35 heures – dans l’industrie – n’ont pas modifié le partage travail/capital, quasiment demeuré stable sur l’ensemble de la période, puisque le total des rémunérations a progressé à peu près au même rythme que l’excédent brut d’exploitation (alors que les premières progressaient un plus vite que le second durant la période 1987-1997). Ce ne sont pas les 35 heures qui ont affaibli l’industrie française, puisqu’elles ont été compensées par des gains de productivité plus rapides, mais la concurrence, qui a contraint à diminuer les prix de vente unitaires pour faire face à la mondialisation.

L’évolution du Smic

Le Smic est un salaire horaire. Si l’on ne voulait pas que la réduction de la durée légale du travail entraîne une baisse proportionnelle du salaire mensuel des salariés payés au Smic, ou à un niveau proche, il fallait donc augmenter le Smic horaire. Ce fut d’abord au moyen d’une machinerie complexe – les « garanties mensuelles de rémunération » -, puis, en 2005, enfin, par une hausse du Smic. Ce dernier est donc passé (en brut) de 6,01 € de l’heure en 1997 à 8,44 € en 2007. Soit + 40 %, se décomposant de la façon suivante : + 17 % pour compenser la hausse des prix, + 11 % pour compenser la diminution de la durée légale du travail, et + 8 % correspondant à la hausse du pouvoir d’achat du salaire horaire brut moyen des ouvriers durant cette période (puisque le Smic est indexé sur moitié de cette progression, majorée de temps à autre par des « coups de pouce » gouvernementaux dont la finalité est que le pouvoir d’achat du Smic progresse à peu près comme celui des ouvriers payés davantage que le Smic). Seule cette dernière composante a donc constitué une progression de pouvoir d’achat. Etait-ce raisonnable ? Du point de vue patronal, sans doute non, puisque cela revenait à payer 8 % de plus des salariés travaillant 11 % de moins. Mais du point de vue des salariés concernés, ne pas assurer à ces derniers une progression de pouvoir d’achat au moins égale à celle des ouvriers aurait abouti à leur faire payer la note des 35 heures. La solution a donc consisté à réduire sensiblement les cotisations sociales patronales. Le dispositif existait déjà depuis 1993, et avait été modifié à plusieurs reprises. Début 1998, un salarié payé au Smic permettait à son employeur de bénéficier d’une réduction correspondant à 18 % du salaire brut, et cet allègement diminuait progressivement jusqu’à s’annuler à hauteur de 1,3 fois le Smic. Martine Aubry élargit sensiblement le dispositif, portant l’allègement à 26 % (du Smic brut), avec une dégressivité annulant l’allègement à 1,7 fois le Smic, mais pour les seules entreprises ayant passé un accord de RTT agréé. En 2003, le Gouvernement Raffarin étendit cet allègement à toutes les entreprises (y compris les moins de 20 salariés, qui, alors, avaient la possibilité de n’appliquer les 35 heures qu’au terme d’un délai supplémentaire de deux ans), puis le porta à 28 % du Smic brut en faveur des petites entreprises. Si bien que, en 2007, les allègements de cotisations sociales patronales représentaient un coût de 20,5 milliards d’euros, supporté par les finances publiques, dont un peu de moitié (9,3 milliards) résultaient de dispositions antérieurs aux 35 heures[3]. On peut estimer aujourd’hui le coût spécifique des 35 heures à une douzaine de milliards. Ce chiffre est à rapprocher du surcoût salarial engendré pour les entreprises du fait de la hausse du Smic destinée à compenser la réduction du temps de travail, et qui est estimé à 14 milliards. Autrement dit, pour les entreprises, la hausse du Smic a été neutralisée à peu près entièrement, mais par le biais d’une socialisation qui pèse désormais lourdement sur les finances publiques[4]. En d’autres termes, le surcoût du Smic n’est pas supporté par les entreprises (qui ne peuvent donc s’en plaindre), mais par les contribuables. In fine, cela peut peser sur l’économie, mais proportionnellement pas davantage que la suppression de la taxe professionnelle (coût : 12 milliards), la détaxation des heures supplémentaires (coût : 4,5 milliards), la baisse de la TVA sur la restauration (coût : 3 milliards) ou la réforme de l’ISF (coût : 1,6 milliards). Curieusement, au moins du côté de la majorité, ce sont les 35 heures qui sont accusées de creuser le trou du déficit public, pas les autres mesures pourtant aussi budgétivores.

Au total, pour l’ensemble de l’économie comme pour les branches industrielles, il faut arrêter de faire des 35 heures le bouc émissaire de nos difficultés. Elles ont incontestablement suscité des difficultés. Mais surtout dans la fonction publique où, à l’exception du monde enseignant, elles ont été accordées sans aucune contrepartie, comme une mesure sociale, le blocage des embauches étant supposé amener les services à effectuer des gains de productivité, alors que cela a débouché sur une dégradation du service public, notamment (mais pas seulement) à l’hôpital. Pour en revenir aux entreprises, certes, les données quantitatives utilisées sont globales, et il est bien possible que certaines entreprises aient souffert des 35 heures : mais cela signifie alors que d’autres en ont bénéficié, puisque, dans l’ensemble, on ne voit guère d’effets négatifs. Dans les branches industrielles comme dans le reste de l’économie privée, les 35 heures ont été « digérées » par des gains de productivité et un recul (limité et transitoire) de la part du capital dans l’ensemble de la valeur ajoutée. Et aujourd’hui, la crise a fait bien plus reculer cette dernière que les 35 heures ne l’ont jamais fait.

(1) L’Insee attribue aux 35 heures un effet net positif de 350 000 emplois. Voir dans Economie et statistique n° 376-377 (juin 2005) l’article d’Alain Gubian, Stéphane Jugnot, Frédéric Lerais et Vladimir Passeron, « Les effets de la RTT sur l’emploi : des estimations ex ante aux évaluations ex post ». Mais ce chiffre n’inclut pas les effets indirects, liés notamment à la forte reprise de la demande issue de la diminution sensible du chômage.
(2) Auxquels il conviendrait d’ajouter 300 000 emplois intérimaires dans l’industrie, chiffre en très légère baisse sur la période 2001-2007.
(3) Ce qui n’empêche pas certains de tout mettre la note sur le dos des 35 heures.
(4) L’un des objectifs de la suppression de la durée légale hebdomadaire du temps de travail au bénéfice d’une fixation par branche ou par entreprise, qui fait partie du programme de l’UMP, est d’ailleurs de supprimer cette réduction. Le surcoût qui en résulterait pour les entreprises serait reporté sur les consommateurs par le biais d’une TVA sociale, qui réduirait d’autant le montant des cotisations sociales acquittées par les entreprises. Le problème, néanmoins, est que l’actuel allègement de cotisations sociales bénéficie aux employeurs seulement jusqu’à 1,7 fois le Smic, alors que le basculement des cotisations sociales vers une TVZ sociale bénéficierait à tous les employeurs dans des proportions similaires.
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Publié le Dimanche 11 décembre 2011 dans Alternatives Economiques, Travail, emploi & entreprises | Aucun commentaire »

Voici un bon reportage sur LA POSTE dans l’émission « Capital », diffusée dimanche 20/11 sur M6.

A voir, en relation avec le chapitre de terminale sur « Travail et emploi », et l’étude de l’organisation du travail.

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Publié le Mardi 22 novembre 2011 dans Travail, emploi & entreprises, Vidéo | Aucun commentaire »
Société Aujourd’hui à 0h00

Un pays plus inégalitaire, plus peuplé mais plutôt heureux

L’état démographique et sociétal de la France, à travers le rapport annuel de l’Insee

LIBERATION – Par CHRISTOPHE ALIX

Au Secours populaire de Saint-Eloy-les-Mines, en 2009. Les 20% des Français les moins riches ont vu leur niveau de vie amputé de 400 euros entre 1990 et 2010. (Thierry Zoccolan.AFP)

C’est un classique. Chaque année, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) tire le Portrait social de la France, à travers les évolutions en matière de démographie, d’éducation et de niveaux de vie. Zoom sur les éléments saillants du cru 2011.

Une correction des inégalités par l’Etat-providence légèrement moindre qu’il y a vingt ans.Les disparités de revenus restent élevées. Elles s’expliquent en premier lieu par les différences de durée d’emploi annuelle d’un salarié à l’autre. Cette durée compte pour 84% dans les écarts de salaires, dont la moyenne hexagonale s’établissait à 19 300 euros annuels en 2009. Autre enseignement, le revenu salarial a progressé en moyenne de 0,8% par an sur la période 1995-2009.

La part détenue par les 1% de salariés les mieux rémunérés (à partir de 79 057 euros annuels) représentait, en 2009, 7,3 fois le revenu salarial médian et a globalement augmenté depuis 1995. Mais elle a connu une baisse sensible en 2008 et 2009 (-3,7%). La cause ? La part variable de la rémunération, qui est sensiblement plus élevée chez les très hauts salaires, a diminué depuis le déclenchement de la crise.

L’aspect le plus novateur du travail de l’Insee porte sur la réduction des inégalités par l’intervention de l’Etat, en comparant la situation de 1990 et celle de 2009. Alors que les prélèvements ont largement évolué entre ces deux dates, de même que la nature et le montant des prestations sociales, les effets correctifs de cette redistribution des revenus par l’Etat-providence n’ont été qu’assez légèrement modifiés.

Les 20% des Français les moins riches ont vu leur niveau de vie amputé de 400 euros entre 1990 et 2010. Les 20% les plus riches ont enregistré un gain de 680 euros. Pour les premiers, l’érosion des prestations s’explique par leur indexation sur l’inflation, modérée durant les vingt années observées et progressant moins vite que les revenus moyens de la population. Pour les seconds, malgré la création de la CSG à la fin des années 1980, qui a en partie compensé la forte baisse de l’impôt sur le revenu, le niveau de vie a profité du mouvement général de diminution de leur imposition directe. Au final, la réduction des inégalités en France passe bien davantage par les prestations sociales (pour les deux tiers) que par l’impôt. Sans cette redistribution, l’écart de revenus entre les 20% des Français les plus riches et les 20% les plus pauvres serait deux fois plus élevé.

Une démographie plus dynamique que celle de nos voisins. Entre 1981 et 2011, la population française est passée de 55 à 65 millions d’habitants. Si la fécondité explique largement les écarts avec l’Allemagne (+3 millions) et l’Italie (+4 millions), elle ne peut être considérée comme le moteur de la croissance démographique. Ses trois principaux facteurs sont la hausse de l’espérance de vie (+7 ans sur la période et +3,1 millions de personnes sur trente ans), les migrations (+3 millions) et l’héritage du baby-boom (+5 millions).

En trente ans, la France a connu deux millions de décès de moins que le Royaume-Uni et un million de naissances de plus. En 2008, 8,4% des personnes vivant en France étaient des immigrés, soit 5,3 millions. 20% des immigrés vivent depuis quarante ans en France au moins. 30% sont arrivés il y a moins de dix ans. En 2010 comme en 1980, 16% des nouveau-nés ont une mère immigrée.

Une augmentation depuis dix ans des élèves en difficulté avec l’écrit. Depuis dix ans, la proportion d’élèves en difficulté face à l’écrit augmente avec près d’un élève sur cinq concerné en début de collège. Le niveau de compréhension de l’écrit des élèves «moyens» est stable mais les difficultés des plus faibles s’aggravent, notamment dans les zones d’éducation prioritaire. L’écart de niveau entre filles et garçons s’accroît dans tous les pays de l’OCDE. Les difficultés des élèves en France sont plus corrélées avec le milieu social que dans le reste de l’OCDE.

Les Français restent satisfaits de leur qualité de vie. Ils lui attribuent la note moyenne de 7,3 sur une échelle de un à dix mise en place dans le cadre de la nouvelle approche plus qualitative (rapport Stieglitz) de la croissance. La satisfaction grimpe avec le revenu mais plus il est élevé, plus d’autres éléments interviennent. L’argent ne fait pas le bonheur… à condition d’être riche.

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Publié le Mercredi 16 novembre 2011 dans Inégalités & revenus, Libération | Aucun commentaire »

Face aux périls écologiques, les urgences d’une planète surpeuplée

LEMONDE | 20.10.11

La Terre souffre de l’homme qui lui demande de plus en plus de ressources pour survivre et combler ses aspirations à la consommation. Les progrès technologiques permettront-ils d’éviter un épuisement total de notre planète ?

MANGER

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la croissance démographique nécessitera une augmentation de la production agricole de 50 % d’ici à 2030 et de 70 % d’ici à 2050. Pour la majorité des experts, la Terre a le potentiel pour répondre à ces objectifs et nourrir les 9 milliards d’habitants qu’elle devrait compter en 2050.

Mais à quel prix ? En 2009, l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) se sont livrés à un petit exercice prospectif. Dans le cadre de l’enquête Agrimonde, leurs chercheurs ont imaginé deux scénarios : dans le premier, les tendances actuelles se prolongent d’ici à 2050, et priorité est donnée à la croissance économique et au « bien-être immédiat des hommes » ; le second privilégie « la durabilité des systèmes agricoles et agroalimentaires ».

Le premier cas de figure entraîne une hausse de 590 millions d’hectares des surfaces cultivées ou utilisées pour l’élevage (un milliard et demi d’hectares sont exploités aujourd’hui), une perte de biodiversité, une montée des problèmes environnementaux et une accélération du changement climatique.

Autant de phénomènes évités par le scénario alternatif. Mais celui-ci suppose une convergence mondiale vers un nouveau mode de consommation : les disponibilités alimentaires seraient alors de 3 000 kilocalories par jour et par personne (dont 500 d’origine animale), soit une diminution de 25 % en moyenne pour les populations des pays riches par rapport à leur régime actuel, mais une augmentation d’autant pour les habitants d’Afrique subsaharienne.

La nécessité d’une transition vers un nouveau modèle agricole mondial est de plus en plus évoquée, y compris au sein des institutions internationales : « Il faut garantir une transition des systèmes alimentaires et agricoles vers des systèmes moins gourmands en énergie fossile et moins polluants », écrivent ainsi les experts du Comité de la sécurité alimentaire, plate-forme des Nations unies, dans un rapport présenté lundi 17 octobre.

Dans 9 milliards d’hommes à nourrir (François Bourin, 432 p., 22 euros), livre qu’ils ont récemment cosigné, Marion Guillou et Gérard Matheron, qui président respectivement l’INRA et le Cirad, concluent sur six recommandations : accentuer les efforts de recherche ; mettre l’accent sur les partenariats internationaux et le partage d’informations ; réinvestir dans l’agriculture ; limiter la volatilité des prix des denrées alimentaires ; faire évoluer les modes de consommation ; repenser la gouvernance mondiale en matière de sécurité alimentaire.

« On peut gagner énormément, rien qu’en travaillant sur les irrationalités du système, affirme Olivier De Schutter, le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation. On insiste beaucoup sur la nécessité de produire plus pour répondre à une demande en croissance. Mais on oublie les gaspillages alimentaires ou les biocarburants qui entrent en concurrence avec les cultures alimentaires… »

Selon une étude parue en 2009, 40 % de l’alimentation disponible aux Etats-Unis est gaspillée chaque année.

HABITER

Une personne sur deux vit en ville. Chaque année, le nombre de citadins augmente de 60 millions. En 2050, ils seront 6,3 milliards, soit 70 % de la population. Ces chiffres font tourner la tête. Il y a deux siècles, seules deux villes, Londres et Pékin, dépassaient le million d’habitants. En 1950, elles étaient 75 ; en 2008, 431. La planète compte désormais 21 villes de plus de 10 millions d’habitants.

L’urbanisation n’est plus un phénomène lié aux pays riches : alors que, dans les années 1950, Tokyo, New York, Londres et Paris occupaient les premières places dans le classement des villes, seule la capitale japonaise conserve désormais son titre de première agglomération mondiale, avec ses 36 millions d’habitants. Les grandes villes occidentales ont été supplantées par les mégacités indiennes et brésiliennes. Dans les trente prochaines années, le processus d’urbanisation proviendra surtout des pays en voie de développement, mais à une vitesse plus rapide que celle que connut l’Europe.

La physionomie de la planète est en pleine mutation, le Sud s’urbanise tandis que le Nord stagne. Dans les pays en développement, la population urbaine devrait doubler d’ici à 2050, alors que celle des pays développés, sous l’effet notamment de la baisse de la natalité, devrait diminuer. En un siècle, la population de New Delhi, en Inde, est passée de 238 000 habitants à 22 millions.

Dans un rapport de 2009 sur les 19 megacités de plus de 10 millions d’habitants, l’ONU souligne que ces géantes urbaines aggravent les inégalités sociales. Près d’un milliard d’habitants vivent dans des bidonvilles. Dans dix ans, selon les projections des Nations unies, ils seront 1,5 milliard, soit 40 % des citadins. La Chine et l’Inde – les deux pays les plus peuplés au monde – concentrent à elles seules 40 % des taudis de la planète.

Sur le plan écologique, tout reste à faire : les villes qui dévorent jour après jour de nouveaux espaces sont responsables de 80 % des émissions mondiales de CO2 et de 75 % de la consommation mondiale d’énergie. Les transports représentent un tiers des émissions de gaz à effet de serre.

APPROVISIONNER

En 2011, à en croire les calculs de l’ONG californienne Global Footprint Network (GFN), 270 jours ont suffi aux habitants de la planète pour consommer les ressources annuelles de la Terre. Il aura donc fallu moins de dix mois – le jour J est le 27 septembre – pour épuiser notre budget mondial. Ce seuil à partir duquel il faut vivre « à crédit » en puisant dans notre capital est franchi de plus en plus tôt. En 2000, il se situait début novembre.

Depuis 2003, GFN veut marquer les esprits en publiant chaque année l’empreinte écologique des milliards d’humains. L’indicateur est pionnier, et sa conception méthodologique souffre de biais, nul ne le conteste. Mais il a le mérite de souligner combien la croissance démographique pèse de plus en plus sur nos ressources naturelles, rendant leur accès de plus en plus conflictuel et destructeur.

Tous les jours, les effets de cette vie « à découvert » se font connaître : déforestation ; surexploitation des ressources marines ; accumulation de CO2 dans l’atmosphère ; stress hydrique… Les chiffres sont là. Treize millions d’hectares de forêts disparaissent chaque année, soit l’équivalent d’un terrain de football toutes les deux secondes.

Le 28 juillet 2010, l’Assemblée générale des Nations unies reconnaissait l’accès à l’eau potable comme « droit de l’homme ». Une avancée historique. Pour autant, que va changer concrètement ce consensus mondial, pour les 2,9 milliards de personnes qui ne disposent pas d’un robinet chez elles ou à proximité ? Et les 2,6 milliards privées d’un assainissement de base ?

Les terres agricoles sont, elles aussi, de plus en plus disputées. Rognées par l’étalement urbain, elles sont également lorgnées par les promoteurs des biocarburants et les investisseurs privés. Selon des chiffres publiés fin septembre par l’ONG britannique Oxfam, 227 millions d’hectares, soit la superficie de l’Europe de l’Ouest, ont été vendus ou loués dans les pays en développement depuis 2001, principalement à des groupes internationaux. La majorité de ces terres ne devraient pas être exploitées. Les acquéreurs préfèrent jouer la carte de la spéculation foncière.

SE SOIGNER

Soigner, mais aussi renforcer les systèmes de santé et développer une prévention des maladies pour 7 milliards d’êtres humains, ne constitue pas le moindre des défis posés à notre planète. Que ce soit du côté des maladies transmissibles, à commencer par l’infection par le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme (responsables à eux trois d’environ 5 millions de décès par an dans le monde) ou bien de celui des maladies non transmissibles, qui ont tué 36 millions de personnes en 2008, selon les Nations unies, la réponse internationale demeure en deçà des besoins.

Les progrès accomplis en termes d’espérance de vie moyenne, passée de 52,5 ans en 1950 à 69,2 ans en 2009, sont menacés par les taux élevés de mortalité infantile et le poids des maladies transmissibles et non transmissibles dans les pays en développement. De même, l’épidémie mondiale de diabète et d’obésité, qui touche de manière prépondérante les populations les moins favorisées dans les pays développés, représente un facteur de risque qui alimente tant les maladies cardiovasculaires que les cancers.

Les maladies cardiovasculaires arrivent en tête des causes de mortalité dans le monde : 17,3 millions de morts en 2008, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), soit 30 % de l’ensemble des causes de décès. Contrairement à une idée reçue, 80 % des décès dus à des maladies cardiovasculaires surviennent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, et ils concernent autant les hommes que les femmes. Le cancer, quant à lui, est responsable de 7,6 millions de décès annuels, soit environ 13 % des causes de disparition. Ce nombre pourrait s’élever à 11 millions en 2030.

Le sida a révélé le fossé grandissant entre la santé dans les pays riches et les pays pauvres. Une mobilisation internationale massive a été enclenchée depuis dix ans pour tenter de le combler. Si des succès majeurs ont été obtenus, avec la mise sous traitement de 6,6 millions de personnes infectées par le VIH, l’Onusida calcule que 9 autres millions d’individus auraient, eux aussi, besoin de médicaments antirétroviraux.

Au-delà des efforts ponctuels et des structures permanentes, comme le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, la question posée est celle du développement de la prévention et du renforcement des systèmes de santé. Les échecs passés montrent à quel point il est indispensable de développer l’accès aux soins et à des conditions d’hygiène décentes pour freiner la propagation des maladies infectieuses et casser la dynamique croissante des maladies chroniques.

APPRENDRE

C’est une bombe à retardement. Provoquée par la crise économique, la baisse des aides et des investissements dans l’école risque d’être lourde de conséquences. Selon l’Unesco, il ne sera pas possible de généraliser d’ici à 2015 la scolarisation des enfants dans le primaire, pourtant l’un des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

Si les chiffres montrent (en trompe-l’oeil) une croissance assez nette d’un milliard de dollars (724,7 millions d’euros) entre 2008 et 2009, « une bonne partie de cette hausse provient des prêts de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), des prêts – et non des dons -, qui devront donc être remboursés », explique Elise Legault, chercheuse à l’Unesco.

Aggravant la situation, les Etats les plus influents dans les programmes d’aide bilatérale – qui représentent 67 % de l’aide à l’éducation de base en 2009 – réviseraient leurs dons à la baisse. « Certains pays, comme les Pays-Bas ou les Etats-Unis, prévoient des coupes importantes dans leur budget à l’éducation, or chacun d’entre eux donne environ 10 % de l’aide totale », estime l’Unesco. Principales victimes de cette moindre générosité ? Les pays les plus pauvres. Pour scolariser tous leurs enfants de moins de 10 ans d’ici à 2015, ils auraient besoin, chaque année, de 11,6 milliards d’euros. Ils n’en reçoivent que deux aujourd’hui.

La planète compte aujourd’hui 1,85 milliard d’enfants de moins de 15 ans, soit 26 % de la population mondiale. Demain, cette proportion ne devrait pas sensiblement varier. Mais une grande partie de l’humanité vivra en 2050 dans les régions du monde où la proportion d’enfants non scolarisés sera la plus importante. Actuellement, 30 millions d’enfants non scolarisés vivent déjà en Afrique subsaharienne et 16,3 millions en Asie du Sud et de l’Est. En 2008, le taux de scolarisation en Afrique subsaharienne était de 73 % alors qu’il atteignait 95 % en Amérique du Nord et en Europe occidentale.

Les guerres n’arrangent rien. Les deux tiers environ des enfants non scolarisés vivent dans des pays en conflit. Selon l’Unesco, une réduction de 10 % seulement des budgets militaires dans les pays en développement qui dépensent plus pour leur armée que pour l’enseignement primaire, parmi lesquels le Pakistan, l’Angola, le Tchad ou encore l’Afghanistan, permettrait de scolariser 9,5 millions d’enfants.

Rémi Barroux, Marie-Béatrice Baudet, Paul Benkimoun, Sophie Landrin et Gilles van Kote

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Publié le Jeudi 20 octobre 2011 dans Environnement & développement durable, Le Monde | Aucun commentaire »

 

Paul Krugman

UN ARTICLE DU PRIX NOBEL D’ECONOMIE dans le grand quotidien le New York Times, contre l’irréalisme des libéraux, qui vivent selon lui « dans le terrier du lapin blanc » (dans Alice au pays des merveilles…) :

L’ECONOMIE DU TERRIER DU LAPIN BLANC

Lire le compte-rendu du débat des républicains de mardi au sujet de l’économie est comme tomber dans le terrier du lapin blanc pour quiconque a un peu suivi les évènements de ces dernières années.

Tout à coup, on se retrouve dans un monde merveilleux où rien ne semble se produire comme dans la vie réelle.

Et puisque la politique économique est en relation avec le monde dans lequel nous vivons, pas le monde merveilleux issu de l’imagination du « Grand Old Party » (surnom du Parti Républicain – de droite donc : E.B.), l’idée que l’une de ces personnes puisse être notre prochain président est franchement terrifiante.

Dans le monde réel, les évènements récents ont réfuté de façon dramatique cette orthodoxie du libre marché qui régit la politique américaine depuis trois décennies. Avant tout, la longue croisade contre les réglementations financières, les efforts couronnés de succès pour défaire les règles de prudence établies après la Grande Dépression sous prétexte qu’elles n’étaient pas nécessaires, tout ceci a fini par démontrer - et la nation en a payé le prix fort - que ces règles étaient finalement nécessaires.

Dans le terrier du lapin blanc, rien de tout ça n’est arrivé. On ne s’est pas retrouvé en crise à cause de prêteurs privés à la dérive comme Countrywide Financial. On ne s’est pas retrouvé en crise parce que Wall Street a prétendu que trancher, débiter et restructurer des créances douteuses pourrait, on ne sait comment, créer des actifs notés AAA- et les agences de notation privées ont joué leur jeu. On ne s’est pas retrouvé en crise parce que des « banques parallèles » comme Lehman Brothers ont exploité des failles dans la réglementation financière pour créer des menaces de type bancaire sur le système financier sans être assujetties aux limites bancaires sur la prise de risque. Non, dans l’univers du parti républicain, on s’est retrouvé en crise par la faute du député Barney Frank, qui a obligé les banques sans défense à prêter de l’argent à des pauvres qui ne le méritaient pas.

Oui, j’exagère un peu, mais pas beaucoup. Le nom de Frank a été assimilé encore et encore au méchant de la crise, et pas seulement dans le contexte de la loi de réforme financière Dodd Frank, que les républicains veulent abroger. Il est fabuleux de constater sa soi-disant influence étant donné qu’il est démocrate et que la plus grosse partie des créances douteuses qui handicapent aujourd’hui notre économie ont été effectuées alors que George W. Bush était le président et que les républicains contrôlaient la Chambre des représentants d’une main de fer. Mais il reste le méchant numéro un quand même.

La diabolisation de Frank mise à part, c’est désormais évident que la ligne du parti républicain est de prétendre que le gouvernement est responsable de l’ensemble du problème. Il faut savoir que cette ligne de pensée s’est durcie alors même que les supposées preuves quant au gouvernement étant le principal méchant de la crise ont été discréditées. Le fait est que les règles gouvernementales n’ont pas forcé les banques à effectuer des créances douteuses et que les prêteurs soutenus par le gouvernement, alors qu’ils se sont mal comportés sur de nombreux points, ne comptabilisent que peu de ces prêts vraiment à hauts risques qui ont alimenté la bulle immobilière.

Mais tout ça c’est du passé. Que veulent faire les républicains aujourd’hui ? En particulier, que veulent-ils faire concernant le chômage? Eh bien ils veulent renvoyer Ben Bernanke, le président de la Réserve Fédérale - non parce qu’il n’en fait pas assez, ce qu’on pourrait lui reprocher, mais parce qu’il en fait trop. Ils ne proposent donc évidemment aucune action visant à créer des emplois via une politique monétaire.

Lors du débat de mardi, Mitt Romney a cité de façon fortuite N. Gregory Mankiw d’Harvard comme l’un de ses conseillers. Combien de républicains savent que Mankiw était d’avis, judicieusement selon moi, de permettre une inflation délibérée par la Réserve Fédérale afin de résoudre nos problèmes économiques ?

Ainsi donc pas de réparation monétaire. Quoi d’autre? Eh bien, Rick Perry, tel le Cheshire Cat, semblant disparaître, petit à petit, jusqu’à ce qu’on n’aperçoive plus que ses cheveux, a affirmé, de façon peu plausible, qu’il pourrait créer 1,2 million d’emplois dans le secteur énergétique. Parallèlement, Romney a appelé à des baisses d’impôts permanentes - en somme, revivons les années Bush ! Et Herman Cain ? Oh, peu importe.

A propos, quelqu’un d’autre a-t-il noté la disparition des déficits budgétaires en tant que souci premier des républicains depuis qu’ils ont commencé à parler de baisses d’impôts pour les entreprises et les riches ?

Tout cela est assez drôle. Mais c’est également, comme je l’ai dit, terrifiant. La Grande Récession aurait dû être une énorme sonnette d’alarme. Il était impossible que quelque chose comme ça se produise dans le monde moderne. Tout le monde, et je dis bien tout le monde devrait procéder à une véritable introspection, et se demander combien de ce qu’il ou elle croyait vrai ne l’est pas en réalité.

Mais le GOP a répondu à la crise non pas en repensant son dogme mais en adoptant une version encore plus brutale de ce dogme, devenant ainsi une caricature de lui-même. Pendant le débat, les présentateurs ont diffusé un clip de Ronald Reagan demandant une augmentation des recettes ; aujourd’hui, aucun homme politique espérant jouer un rôle dans le parti de Reagan n’oserait dire une chose pareille.

C’est terrible lorsqu’un individu perd pied avec la réalité. Mais c’est encore pire lorsque la même chose arrive à un parti politique entier, un parti qui a déjà le pouvoir de bloquer toutes les propositions du président et qui pourrait bientôt contrôler tout le gouvernement.

Paul Krugman 

© 2011 New York Times News Service

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Publié le Dimanche 16 octobre 2011 dans Auteurs & spécialistes, Conjoncture & finance | Aucun commentaire »

Les Economistes atterrés sont un groupe de plusieurs centaines d’économistes renommés voulant rompre avec les idées dominantes face à la crise et à la finance : ce ne sont pas des extrêmistes, seulement des spécialistes qui pensent que l’on peut gouverner autrement l’économie, et qui le prouvent par des raisonnements rigoureux.

Voici une vidéo très intéressante sur une rencontre du journal en ligne Mediapart avec quelques-uns de ces économistes, le 10 octobre - bien que longue, mais vous pouvez vous arrêter quand vous voudrez…

 http://www.dailymotion.com/videoxll0e7

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Publié le Samedi 15 octobre 2011 dans Auteurs & spécialistes, Conjoncture & finance, Vidéo | Aucun commentaire »