Tous les billets de avril 2010

L’enrichissement des « super-riches »

vendredi 30 avril 2010

Pour la première fois, l’INSEE publie l’évolution des revenus les plus élevés, ceux des « super-riches » pourrait-on dire, jusqu’au seuil de 0,1 % (le 1/1000e le plus riche : 300000 euros par an et par personne en moyenne) et même au seuil de 0,01 % (1 revenu déclaré sur 10 000, le plus élevé, avec 100000 euros par mois et par contribuable en 2007, en moyenne) : voyez la hausse (en pourcentage et en euros) de leurs revenus, comparée aux autres tranches (le 1/1000e le plus riche, le 1/100e, le 1/10e, et les 90 autres pourcents des revenus).

Le tableau est publié dans le numéro de mai d’Alternatives Economiques : sans commentaire… et c’était avant le « paquet fiscal » mis en place en 2007 (et comprenant le fameux bouclier fiscal). Nous saurons dans quelques temps si les « super-riches » auront vu leurs revenus augmenter encore de 40 % entre 2007 et 2010…

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Un sociologue explique pourquoi la France est déprimée

dimanche 25 avril 2010

Dans un entretien au Monde, le sociologue Alain Ehrenberg, spécialiste de la dépression et de l’individualisme contemporain, explique rapidement quelques-unes des raisons du « malaise social », si présent dans la société française

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Ce que montre la crise aérienne : entretien avec un philosophe

mardi 20 avril 2010

Entretien très intéressant dans L’Humanité avec le philosophe Paul Virilio (très accessible tout de même !), à propos de l’irruption volcanique en Islande et plus généralement des accidents de notre modèle économique, celui de la mondialisation :


« Nous assistons à un accident systémique ou plutôt un accident de l’écosystème de la mondialisation »
Pour le philosophe, les conséquences de l’éruption volcanique en Islande révèlent les limites de notre modèle de développement basé sur l’instantanéité.
 
 

Que vous inspire le nuage de cendres qui paralyse l’Europe depuis plusieurs jours ?
PAUL VIRILIO. Nous ne pouvons pas traiter cet événement en lui-même. Le XXIe siècle, lui-même, est éruptif. « Nous sommes entrés dans l’âge des conséquences », disait Winston Churchill. Que ce soit le tsunami, l’irruption en Islande, le krach financier ou les attentats, nous assistons à un accident systémique ou plutôt un accident de l’écosystème de la mondialisation. Ce qui est important, c’est le caractère sériel pour ne pas dire cyclique des catastrophes naturelles, industrielles, informationnelles.

Ces catastrophes seraient une remise en cause de notre modèle de développement…
PAUL VIRILIO. Tout à fait. Nous habitons le désastre de la globalisation. Tant économique qu’écologique. Aujourd’hui, les deux sont fondés l’un dans l’autre. L’empreinte écologique n’est pas simplement un phénomène de pollution des substances mais aussi une pollution des distances, c’est-à-dire l’instantanéité dont nous sommes les contemporains. La Terre est non seulement trop petite pour le progrès et le profit instantanés, mais l’est peut-être aussi, et cela est redoutable, pour la démocratie, la paix et la paix de l’esprit. Nous sommes sans arrêt bousculés, choqués par cette synchronisation des émotions qui remplace la standardisation des opinions. C’est ce que j’ai appelé le communisme des affects. Après la communauté d’intérêt des classes sociales, du communisme, nous sommes entrés dans une communauté d’émotion et cela est tout à fait redoutable.

J’aimerais revenir sur un point, en quoi est-ce un danger pour la démocratie ?
PAUL VIRILIO Le problème est la perte de confiance. Lorsque nous n’avons plus confiance la démocratie s’effondre. La démocratie est fondée sur la confiance ouverte. Or quand on n’a plus confiance, nous allons chercher un Maître c’est d’ailleurs pareil dans la bourse quand il n’a y a plus de confiance, il n’y a plus de crédit. Quelque part en ce moment au travers de l’abstention massive, ou du bi-partisme, il ya un danger énorme de perte de confiance, une perte de foi, de foi en l’avenir, en l’histoire à venir. Les élections le démontrent à chaque fois, le problème n’est plus tant à droite qu’à gauche, demain le risque est qu’il n’y ait plus de confiance du tout. Nous savons ce que cela veut dire, il y a toujours un petit chef ou un grand chef qui arrive. Je suis né en 1932, je connais ça par cœur. Nous partons du nuage et nous sommes revenus à l’obscurité de l’avenir.

 Nos sociétés peuvent-elles faire face à ce type d’événement aussi imprévisible soit-il ?
PAUL VIRILIO. Évidemment. D’abord en prenant en compte la question de l’accélération, non seulement de la production mais aussi de l’histoire. Nous sommes dans une accélération du réel. L’immédiateté, l’ubiquité sont des phénomènes qui ne sont pas gérables plus longtemps. Les sociétés anciennes vivaient de l’accumulation de la matière, du foncier, de la quantité, c’était la géopolitique, la géostratégie, c’étaient les sociétés territorialisées. Désormais, avec le cybermonde, nous vivons dans l’ère du flux. Les flux dominent désormais les stocks. Ce qui a d’ailleurs fait sauter récemment la Bourse. Nous passons de la géopolitique, c’est-à-dire pour faire simple la Terre, à la dynamique des fluides qui l’emporte sur la mécanique des sols.

Comme le laisse penser Alain Finkelkraut, faut-il s’adonner à une critique de la modernité ou au contraire penser et poursuivre le progrès et la technique ?
PAUL VIRILIO. Il serait temps que la philo-science domine la techno-science. Si nous prenons l’histoire du progrès récemment on s’aperçoit qu’il y a un grand loupé magistral autour du 20ème siècle. C’est la rencontre entre Bergson et Einstein, l’un philosophe de la durée et l’autre un grand physicien qui ne se comprennent pas sur la question de la relativité, sur le tempo, sur le rapport au temps et à l’espace. C’est un drame historique marquant une rupture entre philosophie et science. La technique c’est-à-dire l’instrumentalisation l’a emporté sur la science donc sur la connaissance. Personne ne peut être contre la science et la connaissance. La technique a mené aussi bien à la catastrophe nucléaire qu’au risque considérable du progrès aujourd’hui mais aussi à la remise en cause de l’expérimentation. Je rappelle qu’il y a actuellement une grande crise des débats la dessus, est-ce que la science de demain ne pourra plus s’expérimenter parce que les risques sont trop grands pour être envisagés ?. C’est à mon avis la grande question du siècle à venir.

Entretien réalisé par Lionel Decottignies

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Des SES en chantant, par des élèves !

dimanche 18 avril 2010

Une collègue de SES que j’aime beaucoup, Florence Aulanier, mène depuis plusieurs années en Picardie des projets de chant avec ses élèves ; elle a même monté un opéra SES !

Sa dernière réalisation, avec des élèves de Première ES du Lycée de Clermont, dans l’Oise, est « Au Bon Accueil », un court-métrage sur les différentes discriminations, où les élèves chantent, jouent et même dansent ! C’est le projet pédagogique le plus original que je connaisse, et le résultat est tout simplement excellent.

http://www.dailymotion.com/video/xcyx5q Tags : , ,

La condition ouvrière depuis 30 ans

samedi 17 avril 2010

Une jolie petite vidéo, de France 5, datant de 1999 (durée : 13 mn), résumant « les trente dernières années de la cause ouvrière » : syndicats, conditions de travail, emploi… avec des images d’événéments marquants comme les grèves de 68 ou l’expérience LIP :

http://www.dailymotion.com/video/xcyjcq Tags : , , , ,

La directive Bolkestein n’est pas enterrée, elle est appliquée près de chez vous !

vendredi 16 avril 2010

Au moment du débat sur le Traité constitutionnel européen en 2005, un projet de directive avait choqué de nombreux citoyens, en France notamment. Il s’agissait de la « directive Services » proposée par le commissaire européen Fritz Bolkestein, selon laquelle une entreprise européenne pourrait proposer ses services dans un autre pays avec les prix et les salaires de son pays d’origine (et non du pays d’accueil). La directive Bolkestein avait été illustrée par l’affaire du « plombier polonais » : Bolkestein avait expliqué avec cynisme qu’il avait une résidence secondaire dans le nord de la France, et qu’il aimerait bien pouvoir trouver un plombier polonais, parce qu’il n’y avait jamais d’artisan disponible en France quand on en avait besoin…

Depuis 2005, on pensait que le principe du pays d’origine avait été définitivement abandonné. En fait, il n’en est rien ! De nombreuses entreprises n’hésitent pas à employer des travailleurs d’autres pays, avec des conditions de travail et des salaires ne correspondant pas du tout à ceux du pays d’accueil – la France par exemple.

Lire un reportage assez inquiétant, sur le site de l’hebdomadaire Marianne.

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Un chantre de la décroissance : Paul Ariès

jeudi 15 avril 2010

Paul Ariès – philosophe et essayiste – est l’un des principaux représentants français du courant de la « décroissance », qui prône une modification radicale du système productif, qui tournerait le dos au consumérisme et au productivisme. Il est donc hostile à la publicité, aux marques, à la société de consommation, au capitalisme ; il défend la gratuité, le lien social, le bien commun, et l’instauration à la fois d’un « revenu minimum » pour tous et d’un « revenu maximum » (limitation des revenus les plus élevés). Regardez son intervention dans l’émission de Frédéric Taddéi « Ce soir ou jamais » le 1er avril dernier.

Il a un style oratoire un peu agaçant parfois – puisqu’il parle sur un plateau de télévision comme s’il était dans un amphi de 200 personnes – mais le fond de son discours est intéressant, même si l’on ne partage pas son point de vue – à écouter pendant les révisions du chapitre sur la croissance et la développement pour le bac… Dans cette émission, il est opposé à Alain Madelin, ancien ministre et défenseur quasi-fanatique du libéralisme (qui à la crise sociale et environnementale actuelle répond : « croissance », « progrès technique », « lois de l’économie »…) : le débat est donc un peu trop tranché, presque caricatural, mais l’avantage est de bien comprendre les arguments des « décroissants ».

1ère partie :

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2ème partie :

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Formidable présentation sur la crise grecque et sur la zone euro

dimanche 11 avril 2010

La « crise grecque » et les remous qu’elle provoque dans la zone euro ne sont pas simples à comprendre, et pourtant importants à l’heure actuelle et pour l’avenir de l’Europe.

Le mensuel Alternatives Economiques vient de réaliser une présentation multimédia très claire, et très réussie esthétiquement., avec plusieurs vidéos des membres de l’équipe de la revue préférée des SES.

Le dossier est technique, et demande un effort et beaucoup de concentration – vous pouvez faire une pause au milieu… Mais il est tout à fait accessible, et en vaut la peine, d’autant que les politiques économiques en Europe constituent le dernier chapitre du programme de terminale… Tout travail paie !  😉

 

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Quelles niches fiscales faut-il supprimer ?

samedi 10 avril 2010

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Le débat est vif en ce moment, au sein de la majorité présidentielle, en vue de remettre en cause les « niches fiscales » (c’est-à-dire les exonérations d’impôts et de taxes) les plus coûteuses, les moins efficaces au plan macroéconomique, et les moins justes socialement.

Selon le projet de loi de finances de 2010, il existe… 468 niches fiscales au total ! Elles représentent près de 75 milliards d’euros de manque à gagner pour l’Etat, soit davantage que les recettes totales de l’impôt sur le revenu des particuliers (52 milliards) ! Comme on dit sur Lyon, « faut y arrêter »…

Parmi les principales exonérations, celles qui coûtent le plus cher, certaines peuvent être considérées comme justifiées, au plan économique ou social : par exemple, des réductions d’impôts pour les familles monoparentales (demi-part supplémentaire : 1,5 milliards) ou les retraités et pensionnés (abattement de 10 % : 2,7 milliards) ; la TVA réduite sur les travaux réalisés dans la résidence principale (ce qui incite les particuliers à faire travailler des artisans : 5 milliards d’euros) ; la réduction d’impôts suite à des achats en faveur de l’isolation thermique ou du développement durable (2,6 milliards) ; la taxe pétrolière réduite sur le fioul utilisé comme carburant par les agriculteurs (1,1 milliard d’euros), la prime pour l’emploi (augmentant le revenu des chômeurs retrouvant un emploi, 3 Mds€), le crédit d’impôt recherche (sur les dépenses de recherche des entreprises, 4 Mds€)… admettons.

Mais d’autres « niches fiscales » sont bien plus discutables. Les caisses sont vides ? Il manque 7 milliards par an pour les retraites, par exemple ? Voici quelques suggestions :

– Une loi de 2006 réduisant les impôts des possesseurs d’assurance-vie et de certains produits financiers : 3 milliards d’euros, qui bénéficient surtout aux ménages aisés (pour améliorer leur retraite par capitalisation, alors que la retraite par répartition pour tous les Français manque de financement).

– La fameuse TVA à 5,5 % dans la restauration coûte près de 3 milliards. Pourtant, elle n’a eu presqu’aucun effet ni sur l’emploi, ni sur les salaires dans la profession, ni sur les prix (qui n’ont presque pas baissé, malgré les promesses de la profession).

– Les réductions d’impôts pour l’emploi d’un salarié à domicile : 2,9 milliards. Certes, elle favorise les emplois de services, mais ne bénéficient qu’à ceux qui ont les moyens de payer quelqu’un.

– La défiscalisation partielle des investissements productifs dans les DOM-TOM, une « combine » bien connue, coûte 550 millions d’euros par an…  pour environ 10000 contribuables…

Et le meilleur pour la fin : le « paquet fiscal » (ou loi TEPA) créé en 2007 (comprenant le fameux bouclier fiscal) : il coûte environ 11 milliards par an depuis 2009 (selon diverses sources : Le Monde, Didier Migaud, député PS spécialiste du budget et nouveau président de la Cour des comptes, parlait lui de 13 milliards). Il se décompose ainsi :

* 6 milliards ont été budgétés (mis de côté par l’Etat) pour la défiscalisation des heures supplémentaires (inutile en temps de crise puisque cela représente un cadeau pour ceux qui travaillent, mais cela ne favorise pas l’emploi)

* 700 millions pour le bouclier fiscal (je n’y reviens pas, nous avons déjà vu dans ce blog qu’il était presqu’entièrement consacré aux contribuables très riches)

* 2 milliards pour l’exonération des droits de succession : avant 2007, on pouvait transmettre (en s’y prenant bien) 500 000 euros de patrimoine sans droits de succession, depuis on peut transmettre 1,6 millions de patrimoine sans rien payer (moins de 1 % de la population a un patrimoine supérieur ou égal à ce montant, selon Thomas Piketty).

* 1 milliard de réduction de l’Impôt de solidarité sur la fortune (encore un petit cadeau pour les riches)

* 500 millions pour le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunts immobiliers : là encore, cela profite surtout aux hauts revenus, qui ont les moyens d’obtenir un crédit pour un achat immobilier.

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Retraites : d’autres solutions existent

vendredi 9 avril 2010

Pour résoudre la question des retraites, la seule solution envisagée actuellement par le gouvernement, et de nombreux économistes, est l’allongement de la durée de cotisation (pour bénéficier d’une retraite à taux plein : aujourd’hui, c’est 41 ans, et on pourrait aller jusqu’à 45 ans…), et par conséquent un recul de l’âge de départ à la retraite (actuellement de 60 ans ; et on pourrait aller au-delà des 65 ans…)

Pourtant, d’autres solutions existent : l’économiste Thomas Piketty, spécialiste des inégalités de revenus (et, il faut le préciser, proche du Parti socialiste), propose la sienne dans Alternatives Economiques.

De plus, la Fondation Copernic (club de réflexion, think tank en anglais, classé très à gauche) a lancé avec l’association ATTAC une pétition pour « Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites ».qui propose de les financer en taxant les revenus financiers. Elle a déjà été signée par des centaines d’économistes, de syndicalistes, et de responsables politiques de la gauche radicale.  Je ne vous propose pas d’aller la signer, mais il est intéressant de la lire.

Le Monde explique aujourd’hui dans un article : « Ce sont surtout les quelque 90 économistes présents qui donnent un crédit particulier à l’initiative. On y retrouve des noms connus du milieu de la recherche économique, peu habitués à ce type de démarche engagée : André Orléan, Olivier Favereau et François Eymard Duvernay, fondateurs de l’Ecole de la régulation, Henri Sterdyniak, spécialiste des retraites à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Jean Gadrey, ancien membre de la commission Stiglitz sur les indicateurs de richesse.

L’appel marque ainsi un retour des intellectuels dans le débat politique qu’on n’avait guère plus vus depuis l’appel de solidarité avec les grèves de 1995 de Pierre Bourdieu. »

Faut-il le préciser : tous les auteurs cités sont très proches de la démarche des SES – pas de parti pris idéologique, mais un croisement des sciences sociales, une critique de la « pensée unique » des experts, ça oui… 😉 Les « intellectuels » avaient peut-être ignoré le débat économique depuis quelques temps, mais ce débat reste ouvert dans les classes de SES tous les jours, à chaque heure de cours, pour faire de nos élèves des citoyens bien formés, et allergiques aux manipulations médiatiques ou politiques…

Rappelons enfin que dans ce domaine comme dans tous les autres, il n’y a jamais une seule solution « technique » possible, énoncée par les « experts » appartenant aux « milieux autorisés ». Il s’agit de choisir collectivement dans quelle société nous voulons vivre.

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