Tous les billets de la catégorie ‘Action des pouvoirs publics’

Comment relancer vraiment l’emploi ?

Mardi 14 février 2012

Une courte interview de Philippe Askénazy, économiste spécialiste de l’emploi : il critique des politiques de l’emploi depuis près de trente ans, qui étaient fondées sur la réduction du coût du travail et l’incitation des entreprises, qui ont échoué :

http://www.dailymotion.com/videoxog5kn Tags : , ,

L’Allemagne rêvée de M. Sarkozy

Vendredi 3 février 2012

UN ARTICLE APPROFONDI, sur Mediapart, à propos du fameux modèle allemand, tellement vanté par le Président de la République.

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Les plans de rigueur expliqués par les Playmobil

Samedi 17 décembre 2011

Une vidéo sympa réalisée par Jessica Dubois, journaliste, et Eric Heyer, économiste :

http://www.dailymotion.com/videoxl91t0 Tags : , ,

L’économie est-elle l’ennemie de l’écologie ?

Samedi 10 septembre 2011

 

A VOIR : Un débat passionnant en vidéo (une petite heure au total) organisé par le mensuel Alternatives Economiques, entre deux spécialistes de l’analyse économique des problèmes écologiques :

- ELOI LAURENT (plutôt optimiste ; il pense qu’il est possible de sauvegarder l’environnement par une bonne politique économique)

- et BERNARD PERRET (plus pessimiste ; il faut changer radicalement notre système).

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L’accord sur la dette fédérale américaine est un « désastre », selon Krugman

Mardi 2 août 2011

On s’en doutait, mais PAUL KRUGMAN, grand économiste progressiste, et Prix Nobel d’économie 2008, nous le confirme : l’accord trouvé in extremis entre Démocrates et Républicains hier soir, en vue d’augmenter le plafond de la dette fédérale américaine, n’a rien d’une bonne solution.

Le président OBAMA peut apparaître comme celui qui a surmonté le blocage – ce qui est bon pour son image et sa crédibilité, pour la prochaine élection présidentielle – mais il voit sa politique complètement dénaturée par les concessions très importantes (et qui auraient pu être évitées en anticipant il y a plusieurs mois) faites à l’aile la plus dure des Républicains (cad. la plus ultralibérale, hostile à toutes les dépenses de l’Etat et tous les impôts) : le « Tea Party ».

Paul Krugman : « L’accord (sur la dette américaine) est un désastre »

01-08-11 à 14:01 par la rédaction de Challenges.fr

Avec l’accord sur le relèvement du plafond de la dette américaine survenu dimanche, les Etats-Unis auraient évité la catastrophe. Faux, répond le prix Nobel d’économie 2008.

Paul Krugman (c) Sipa Paul Krugman (c) Sipa

Alors que les investisseurs célèbrent l’accord entre Démocrates et Républicains sur le relèvement du plafond de la dette par une reprise sur les marchés, le célèbre chroniqueur économique du New York Times, Paul Krugman, fustige ce lundi 1er août une « capitulation » du président Barack Obama et prédit des conséquences désastreuses sur l’économie américaine.

« L’accord, compte tenu des informations disponibles jusqu’à présent, est un désastre, et pas seulement pour le président Obama et son parti. Il causera des dommages à une économie déjà en crise. Cela va probablement aggraver, et non améliorer, le problème de déficit des Etats-Unis sur le long terme », s’inquiète le Prix Nobel d’économie 2008. Et de prédire plusieurs années de déclin pour l’activité américaine.

Barack Obama, otage des extrémistes Républicains

« Les termes de l’accord s’apparentent à une abjecte capitulation de la part du président. D’abord il va y avoir de grosses coupes dans les dépenses mais aucune augmentation des recettes. Ensuite, une commission spéciale du Congrès rendra un avis sur les réductions budgétaires supplémentaires à envisager. Et si ces recommandations ne sont pas acceptées, il y aura automatiquement des coupes supplémentaires », s’insurge celui qui vilipende souvent la politique du président américain depuis son élection.

Barack Obama capitulerait-il trop facilement face à ses opposants ? Oui, répond sans hésiter Paul Krugman, pour qui ce scénario n’était pas inéluctable. Le président américain n’a pas su anticiper les problèmes de la dette américaine, selon l’économiste. A commencer par la réaction des Républicains, traditionnellement hostiles à tout accord avec leurs rivaux démocrates. Le président des Etats-Unis « aurait dû dès décembre demander un relèvement du plafond de la dette ». Au final, c’est bel et bien le président Obama qui s’est retrouvé pris en otage, forcé de négocier et d’abdiquer au profit des « extrémistes de l’aile droite politique »

La rigueur budgétaire fustigée

Alors que l’accord prévoit une réduction des dépenses de 2.500 milliards de dollars, l’économiste tance la rigueur budgétaire. « La pire chose que vous puissiez faire dans ces circonstances est de réduire les dépenses du gouvernement, car cela aggravera encore plus la dépression économique. Ne tenez pas compte de ceux qui invoquent la fée ‘confiance’, et qui prétendent que la rigueur budgétaire rassure les investisseurs et les consommateurs, les encourageant à dépenser plus. Cela ne marche pas comme ça, l’Histoire l’a déjà prouvé de nombreuses fois », écrit-il, avant d’ajouter: « Ceux qui demandent aujourd’hui des coupes dans les dépenses sont comme les docteurs du Moyen-âge qui traitait les malades en les saignant, les rendant au final encore plus malades.

« Ne vous y trompez pas, nous assistons ici à une catastrophe sur plusieurs niveaux ». Economique et politique, précise l’économiste, les Démocrates venant de prouver qu’ils étaient incapables de faire pression sur leurs opposants Républicains. Mais pire encore, s’inquiète Paul Krugman, « comment la démocratie américaine peut-elle fonctionner quand un parti, suffisamment préparé pour être impitoyable et pour menacer la sécurité économique de la nation, parvient à dicter sa politique ? »

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« L’Argent-Dette II » : documentaire à ne pas manquer

Samedi 30 juillet 2011

A l’heure où l’on parle des problèmes des dettes publiques, dans tous les pays développés, et en particulier en Europe et aux Etats-Unis, c’est l’occasion de revenir sur le travail du réalisateur québécois Paul Grignon, qui a réalisé il y a quelques années un documentaire intitulé « L’Argent-Dette », qui a fait beaucoup parler de lui, à la fois pour ses qualités pédagogiques, et certains défauts.

Mais il n’en reste pas moins que ce documentaire est très utile pour comprendre les mécanismes de la création monétaire.

Voici aujourd’hui la suite : « L’Argent-Dette II : Promesses chimériques » : qui présente les mêmes phénomènes d’une autre manière, et pose des questions importantes aux citoyens que nous sommes tous :

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La politique aujourd’hui : le « storytelling »

Mardi 21 juin 2011

UN DOCUMENTAIRE SUR UN SUJET PASSIONNANT dans le domaine de la communication politique : la technique du « STORYTELLING » (mettre en scène une action, une campagne de communication, sous la forme d’une histoire qu’on raconte, comme un feuilleton, un récit, une épopée…)

On peut ainsi vendre un « candidat », ou même une guerre, et manipuler les foules avec les mêmes techniques utilisées pour lancer une nouvelle voiture ou un film de cinéma… La réalité et la fiction se confondent, avec parfois des dérives terribles (comme lors de la guerre en Irak) :

1ère partie :

2ème partie :

3ème partie :

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A voir : le Parlement européen comme si vous y étiez

Mercredi 25 mai 2011

Le quotidien Libération met en ligne un Web-documentaire intéressant, consacré au travail du Parlement européen face à la grande crise économique et sociale depuis 2008 - en suivant la députée européenne PS Pervenche Berès.

Le documentaire est balisée par des parenthèses, sous forme d’explications, de précisions… Il montre les coulisses réelles de la vie politique (avec des mécanismes valables aussi en dehors du Parlement européen).

Et en plus, cela vous fera travailler votre anglais !  :)

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Pour sortir des clichés sur l’immigration

Samedi 14 mai 2011

Immigrés: une boîte à outils pour répondre à Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy

Un travail de contre-expertise de longue haleine à visée utilitaire. Entre juin 2010 et mars 2011, une trentaine de personnalités – des économistes, des juristes, des historiens, des sociologues, des acteurs associatifs, des syndicalistes, des responsables patronaux, des hauts fonctionnaires et des représentants d’organismes internationaux – ont été auditionnées sur les questions d’immigration par l’association Cette France-là et des parlementaires, surtout de gauche, et un peu de droite. Objectif: prendre Nicolas Sarkozy au mot de sa «culture du résultat» et évaluer la politique mise en œuvre depuis le début du quinquennat.

Mediapart a accompagné cette initiative en mettant en ligne l’ensemble des vidéos des auditions, jugeant précieuse leur valeur documentaire (pour les regarder, cliquer ici). En vue de l’élection présidentielle de 2012, le rapport de synthèse rédigé par Cette France-là (pour le lire, cliquer là) s’apparente à une boîte à outils pour lutter contre les stéréotypes et les contrevérités assenées dans l’espace public. Les élus ont communiqué leurs conclusions de leur côté ce mercredi 11 mai (pour les consulter, cliquer ici), alors que le projet de loi Besson-Hortefeux-Guéant devrait être définitivement adopté à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Pour le collectif Cette France-là, créé en 2007 par des universitaires, des journalistes et des militants associatifs, «l’immigration est un faux problème, à la fois mal informé et mal posé: ses prémisses ne résistent pas à l’analyse. Nos gouvernants le reconnaissent d’ailleurs implicitement, en déplaçant sans cesse la question pour la relancer – de l’immigration irrégulière à l’immigration dite “subie”, et aujourd’hui à l’immigration légale, en même temps qu’aux Français naturalisés, voire d’origine étrangère».

Y a-t-il trop d’immigrés en France? Coûtent-ils trop cher aux finances publiques? Font-ils baisser les salaires? Recension des questions telles qu’elles sont posées et instrumentalisées, de Marine Le Pen à Claude Guéant et parfois jusqu’au PS, et des argumentaires pour y répondre. Les bibliographies des personnes citées sont détaillées ici.

1. Y a-t-il trop d’immigrés en France?

«Il y a à peu près 200.000 étrangers supplémentaires qui sont autorisés à séjourner en France, cela représente, il faut s’en rendre compte, la taille d’une ville comme Rennes, par exemple. Mon objectif, c’est de réduire ce nombre de 20.000», a déclaré Claude Guéant, sur TF1 le 15 avril 2011, tandis que Marine Le Pen plaide pour l’immigration zéro. Décrivant un «monde de sédentaire», le géographe Gildas Simon a rappelé, lors de son audition, que le nombre des migrants internationaux s’élève aujourd’hui à peu près à 230 millions de personnes, dont 200 millions en situation régulière, selon la division de la population de l’ONU, soit 3,3% de la population mondiale.

À propos de l’immigration en provenance d’Afrique subsaharienne, qui constitue un objet d’inquiétude récurrent de Nicolas Sarkozy («Il y a 475 millions de jeunes Africains qui ont moins de 17 ans. La France est à 14 kilomètres de l’Afrique, par le détroit de Gibraltar», avril 2008), le démographe Cris Beauchemin dément l’image de l’Afrique terre d’exode. Les arrivées de migrants subsahariens se sont certes intensifiées depuis les années 1970, mais la part des Subsahariens demeure minoritaire parmi les immigrés: en France, elle s’élevait à 12 % en 2004, alors que 35 % d’étrangers venaient de l’Union européenne, 31 % du Maghreb et 17 % d’Asie. En nombre, l’Hexagone se situe dans la moyenne européenne (5,2 millions en 2008, soit 8,4% de sa population).

L’économiste Joël Oudinet précise par ailleurs qu’«on estime entre 200 et 400.000 le nombre d’étrangers en situation irrégulière en France. 400.000 personnes, cela représente 0,6 % de la population française. La proportion est équivalente au Royaume-Uni. Elle est de 1,2 % en Allemagne, de 1,1 % en Italie et de 3,2 % en Espagne». En matière d’entrées et de sorties, la France figure parmi les pays développés qui ont accueilli la plus faible proportion d’immigrés. «Entre 1995 et maintenant, indique l’économiste, la part des étrangers en Espagne a augmenté 6 fois plus vite qu’en France; au Royaume-Uni, 3,5 fois plus vite; en Allemagne, 1,8 fois plus vite qu’en France; 5 fois plus vite aux États-Unis.» Joël Oudinet soutient même que la France est, «avec le Japon, un des pays riches qui a le plus maintenu ses frontières closes».

Non seulement il n’y a pas trop d’immigrés mais les flux ne doivent pas se tarir. Nombre de pays de l’Union européenne verraient leur population baisser sans cet apport. La France n’est pas dans cette situation, en raison du nombre élevé des naissances. Mais elle ne peut pas se passer d’immigration. Le seuil de remplacement de la population étant de 2,1 alors que son taux de fécondité est de 1,8, il manque 100.000 naissances par an pour assurer le remplacement des générations. «Un flux migratoire d’une ampleur à peu près comparable permet de combler ce déficit», souligne l’économiste Didier Blanchet. Soit 100.000 entrées nettes par an, ce qui correspond au rythme actuel des entrées et sorties (le chiffre de 200.000 avancé par Claude Guéant ne correspond qu’aux entrées sans tenir compte des sorties du territoire).

2. Les immigrés sont-ils trop peu qualifiés?

C’est l’une des idées reçues les plus tenaces. Selon l’Insee, la part des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur est passée de 12 à 25% entre 1990 et 2007. Elle se rapproche donc désormais de celle des natifs (29% en 2007). Au cours de la même période, la proportion des immigrés dépourvus de diplômes a chuté de 53 à 37%, même si elle reste trois fois supérieure au pourcentage des natifs sans diplôme. «Les Subsahariens sont plus diplômés du supérieur que la moyenne des immigrés, et plus diplômés du supérieur que la moyenne des personnes qui vivent en France métropolitaine», indique Cris Beauchemin, même si les femmes sont, elles, moins bien loties.

Cette situation contredit l’idée selon laquelle la «misère du monde» se presserait aux frontières de la France. Elle s’explique par le fait que l’émigration, en particulier du Nord vers le Sud, est coûteuse. Selon le spécialiste des migrations et de l’économie du développement, El Mouhoub Mouhoud, la mondialisation des échanges a contribué à une augmentation sensible de ses coûts, car, contrairement aux autres composantes de la mondialisation, à savoir le commerce, les investissements directs à l’étranger, les mouvements de capitaux et les transferts de technologie, on constate que la circulation des personnes n’a pas ou peu été libéralisée.

À la différence des migrations «fordistes» des années 1950 et 1960, ce sont les migrants eux-mêmes, et non pas les entreprises, qui assument le coût de la mobilité. Il en résulte que les candidats à l’émigration ne se recrutent pas parmi les moins bien dotés en capitaux financier, humain et social.

3. Les immigrants sont-ils trop «différents»?

Quand il remet au goût du jour la notion controversée d’«assimilation», lors d’un récent séminaire gouvernemental à Matignon, Claude Guéant préconise l’acculturation des immigrés, c’est-à-dire l’abandon de leurs habitudes d’origine. Nombre de responsables de la droite gouvernementale et d’extrême droite disent, plus ou moins ouvertement, que les populations récemment immigrées, seraient difficiles à «intégrer». Leurs mœurs les empêcheraient d’adhérer aux valeurs républicaines de laïcité et d’égalité entre les sexes. C’est ce qui ressort des différentes polémiques, utilisées comme des chiffons rouges, sur les prières de rue, le niqab ou la polygamie.

L’historien Gérard Noiriel montre que ce type d’assertion est récurrente, en particulier dans les périodes de crise économique et sociale où les inégalités se creusent et où les gouvernants sont impuissants à répondre à la peur de la pauvreté ou du déclassement éprouvée par les classes populaires.

Dès les années 1880, les Italiens travaillant en France se voient reprocher leur supposé défaut d’«assimilation». Dans Immigration, antisémitisme et racisme en France, l’historien décrit comment la rhétorique des années 1930 joue de l’opposition entre les «bons» immigrés d’avant et leurs successeurs considérés comme peu ou difficilement intégrables. Les travaux scientifiques invalident ces préjugés: en analysant des critères comme l’acquisition de la langue, la fréquence des unions mixtes et la mobilité socio-économique, ils démontrent que l’insertion des migrants dans la société française s’effectue à peu près au même rythme d’une génération à l’autre. Jean-Pierre Garson, économiste à l’OCDE, le confirme: «La promotion des immigrés est une réalité souvent cachée, invisible, alors qu’elle se vérifie dans les chiffres.»

4. Les immigrés coûtent-ils cher à la France?

C’est un des thèmes de prédilection traditionnels de Marine Le Pen. «L’immigration peuple la France d’ayants droit pour qui, bien souvent, la seule affinité avec notre pays se limite aux avantages matériels qu’il leur procure», écrit-elle dans son programme. Mais elle n’est pas la seule. Récemment, le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, a pris l’argument frontiste à son compte.

«Sur l’immigration à caractère strictement social, nous allons nous heurter à un problème, c’est que nous n’aurons plus les moyens de payer, c’est-à-dire que derrière cela le coût social pour le contribuable est tellement élevé qu’il y aura un moment où on ne tiendra plus le coup financièrement, parce que c’est du déficit et qu’on n’y arrive plus», a-t-il déclaré sur RFI.

«D’aucuns vont jusqu’à laisser entendre que les avantages offerts par le système de protection sociale français constituerait l’une des principales motivations de l’expatriation des migrants. Les étrangers sont alors portraiturés en oisifs, vivant aux crochets des autochtones par l’entremise de l’assurance chômage et de l’accès gratuit aux soins et à l’éducation pour leurs enfants», rapporte Cette France-là, qui souligne qu’une enquête d’Eurostat de 2001, menée à la fois auprès de migrants déjà présents en Europe et parmi des candidats au départ résidant encore dans leurs pays d’origine (en l’occurrence la Turquie, le Maroc, l’Égypte, le Ghana et le Sénégal), montre que seuls 3 à 28% des migrants ont acquis des connaissances sur la protection sociale que pouvait leur offrir leur nouveau ou futur pays d’accueil.

À la différence des pays anglo-saxons, où les travaux sur la contribution des immigrés aux finances publiques sont monnaie courante, ils sont rares en France, ce qui empêche que le débat ait lieu sur des bases sérieuses. D’où l’intérêt d’une récente étude sur l’impact de l’immigration sur les comptes de la protection sociale réalisée pour la MIRE, le centre de recherches du ministère de la santé, des affaires sociales et du travail. L’économiste Lionel Ragot y a participé.

Après avoir calculé le montant des prélèvements effectués par l’État et le niveau des prestations perçues, il conclut, en tenant compte de la structure par âge, que «globalement la contribution au budget des administrations publiques des immigrés, en 2005, était positive et de l’ordre de 12 milliards d’euros. (…) Si on ramène ça par immigré, grosso modo la contribution nette d’un immigré, en 2005, était de 2.250 euros alors que celle d’un natif était de 1.500 euros». Plus un étranger est hautement qualifié, plus son apport aux finances publiques est important, constate Lionel Ragot qui rappelle aussi que les deux postes de dépenses que sont le RMI et les aides au logement «sont beaucoup moins importants dans l’ensemble des transferts sociaux, les deux postes les plus importants étant les retraites et la santé».

Également interrogé, Joël Oudinet partage la même analyse. «Les études, dit-il, montrent que le solde est plutôt positif: ils dépensent en moyenne plus en impôts qu’ils ne bénéficient d’aides sociales. L’impact est d’autant plus positif que les migrants sont qualifiés.»

En tenant compte des perspectives démographiques, et notamment du vieillissement de la population, Lionel Ragot va plus loin. Sans les immigrés, il sera plus difficile de payer les retraites et de financer la branche maladie. «Nos résultats sont sans ambiguïté, insiste-t-il. Si on compare avec immigration et sans immigration, on voit bien que l’immigration a un apport au financement de la protection sociale puisque sans immigration, en 2050 ce n’est pas 3% du PIB en plus qu’il faut trouver pour financer la protection sociale, c’est quelque chose de l’ordre de 4,3%. Ça montre bien que l’immigration réduit le fardeau fiscal lié au phénomène du vieillissement démographique.»

5. Les immigrés font-ils baisser les salaires?

La présidente du FN répète que l’immigration est «poussée par le grand patronat pour qui elle est une délocalisation à domicile qui lui permet de compresser les coûts salariaux». Là encore Marine Le Pen est rejointe par la droite. Cette fois-ci, c’est Hervé Morin, ancien ministre de la défense et président du Nouveau Centre, qui déclare: «Que Claude Guéant dise “il faut arrêter les flux migratoires”, je l’approuve, parce que les flux migratoires pèsent sur le pouvoir d’achat, parce qu’ils pèsent sur les salaires.» Ce présupposé est pourtant sans fondement.

Certes, d’un point de vue théorique, «les salaires sont effectivement susceptibles de baisser s’il y a une concurrence entre les demandeurs, selon l’économiste Joël Oudinet. (Mais) cela n’est valable que pour les emplois substituables: mêmes types de compétences et de qualifications. À l’inverse, les emplois complémentaires voient leurs revenus s’accroître. Mais dans les faits, toutes les études montrent que les effets sont très limités. On peut voir dans certains cas certaines baisses, pour ceux qui sont en concurrence, et certaines hausses, pour ceux qui ne le sont pas, mais c’est très très faible».

En outre, les «autochtones» ne sont pas les premières victimes d’éventuelles baisses de salaire: «La concurrence se joue essentiellement entre les anciens immigrés et les nouveaux arrivants, indique l’économiste. Ce sont donc les premiers qui voient leurs salaires baisser. Parce qu’ils se retrouvent dans les mêmes secteurs: construction, restauration, commerce, services, ménage… Dans toute l’Europe, ce sont les immigrés qui font tourner ces secteurs-là.»

Une étude récente, réalisée en 2010 par Javier Ortega, chercheur à la London School of Economics, et Grégory Verdugo, chercheur associé à la Banque de France, avance même que la présence d’immigrés sur le marché de l’emploi aurait, en réalité, plutôt un effet positif sur les revenus des natifs. Ayant étudié la période allant de 1962 à 1999, les auteurs constatent que non seulement «l’immigration a aidé les autochtones à grimper les échelons professionnels», mais que, en plus, «l’arrivée de migrants d’un niveau d’éducation et d’expérience donné aurait permis aux autochtones ayant le même niveau de se libérer de la contrainte d’occuper des emplois peu rémunérés et d’accéder à des postes mieux payés». Ainsi, «une croissance de 10% de l’immigration entraînerait une hausse de l’ordre de 3% des salaires des natifs».

6. Les immigrés prennent-ils les emplois des natifs?

Aussi ancrée dans l’esprit des Français, cette idée reçue n’a pas plus de justification que la précédente puisque le marché du travail se dilate pour s’adapter à l’arrivée de nouveaux venus. «Les immigrés sont aussi consommateurs, ils créent donc de la demande supplémentaire, donc des emplois, souligne Joël Oudinet. Toutes les études montrent, et c’est encore plus significatif que sur les salaires, que les migrants arrivant créent leurs propres emplois. Nous avons simulé un modèle macro-économétrique là-dessus, en 2007: en imaginant une augmentation de 10% du flux d’immigration au Royaume-Uni, le taux de chômage n’augmenterait alors que de 0,01 point au bout de 13 ans. Et si on allait jusqu’à + 1% de population active, le taux de chômage n’augmentait même que de 0,58%.»

Les exemples empiriques des rapatriés d’Algérie en 1962 et des Cubains en Floride confirment l’impact quasi nul que des afflux, même massifs, d’étrangers ont sur le taux de chômage du pays d’accueil. Par ailleurs, des pans entiers des secteurs des services, du bâtiment, de l’agriculture, de la restauration ou des travaux publics recrutent massivement leur main-d’œuvre parmi la population immigrée, car ils peinent à trouver preneurs pour les emplois pénibles et précaires.

7. La France manque-t-elle de logements pour accueillir les immigrés?

Cet argument ne cesse d’être utilisé, y compris parfois à gauche. Et pourtant, les analyses du démographe François Héran viennent le contrecarrer. «Les capacités d’accueil de la France seraient en nombre fini, seraient quantifiables et seraient déjà saturées. Or, l’adéquation entre les flux d’entrée et les moyens disponibles est une affaire très complexe», dit-il, citant, aux côtés des entrées d’étrangers, les afflux de naissances inattendus, tel le baby boom qui a provoqué l’arrivée de 7 millions de personnes, ou les afflux de personnes âgées, «là encore, dit-il, 7 à 8 millions de survivants supplémentaires qu’on n’avait pas prévus, à cause de l’allongement de la vie».

D’où sa conclusion, éloignées des lieux communs: «On a dit “nos capacités d’accueil sont limitées, désolés, il va falloir réduire les flux”… C’est assez intéressant de voir qu’en réalité une politique démographique, si on peut utiliser ce grand mot, c’est quand même fondamentalement de devoir faire avec, c’est-à-dire d’accueillir le surcroît de population imprévu et les migrants en font partie. À la différence qu’il y a des époques où on va les chercher.»

L’intégralité du rapport d’audit de la politique d’immigration de Nicolas Sarkozy est ici.

L’ensemble des vidéos des auditions sont rassemblées sur une seule page là.

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Les idées reçues sur l’ »assistanat »

Mercredi 11 mai 2011

Le quotidien LE MONDE analyse les idées reçus liées aux déclarations du ministre Laurent Wauquiez sur les prétendues « dérives de l’assistanat » : un thème important du programme de terminale (dans le chapitre « Intégration et solidarités »)

Cinq idées reçues sur « l’assistanat »

LEMONDE.FR | 10.05.11

Laurent Wauquiez a jugé anormal que le système de protection social français, "le plus généreux d'Europe", permette "très facilement aux étrangers de bénéficier de nos différents outils de solidarité".

Laurent Wauquiez a jugé anormal que le système de protection social français, « le plus généreux d’Europe », permette « très facilement aux étrangers de bénéficier de nos différents outils de solidarité ». AFP/PIERRE VERDY

L’assistanat est un « cancer de la société française ». Si on lui a reproché les mots employés, Laurent Wauquiez, en s’attaquant au revenu de solidarité active (RSA), a surfé sur un cliché bien implanté. Quelque 80 % des classes moyennes sont d’accord avec l’idée qu’il « y a trop d’assistanat et [que] beaucoup de gens abusent des aides sociales », selon une étude menée par l’IFOP en octobre 2010, citée par Le Post.fr.

Peut-être le ministre des affaires européennes pensait-il à cet électorat quand il a émis l’idée, dimanche 8 mai, de plafonner les minima sociaux à 75 % du smic et d’obliger les personnes au RSA à effectuer des travaux « d’intérêt civique » ? Malgré les protestations suscitées dans l’opposition comme dans la majorité, cette proposition s’inscrit dans une longue tradition d’attaques contre « l’assistanat ». Un thème cher à des figures de droite, comme Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy,  mais aussi de gauche, comme Ségolène Royal. Cela n’empêche ce discours de reposer en partie sur des clichés trompeurs. Décryptage.

1. La France distribue plus d’aides sociales que les autres pays d’Europe ?

C’est faux. La France est dans la moyenne européenne pour sa protection sociale. En 2005, elle se classait, selon l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), au deuxième rang des pays de l’OCDE quant au poids de ses dépenses de protection sociale par habitant. Mais ce chiffre recouvre à la fois la couverture maladie, les retraites et les minima sociaux.

Or, ces derniers ne sont pas distribués à tort et à travers. En France, il existe une dizaine de minima sociaux (voir encadré) qui répondent à des critères très précis d’attribution. Au total, selon l’Insee, 3,5 millions de personnes ont perçu une de ces allocations en 2009. Soit 6,2 % de plus qu’en 2001, où elles étaient 3,28 millions. Une hausse imputée par le gouvernement à la mise en place du RSA et à la crise.

Mais, en ce qui concerne le seul revenu minimum – équivalent du RSA ou du RMI –, on se rend compte que la France n’est pas plus généreuse que ses voisins européens. Selon l’Irdes, les allocataires du revenu mimimum ne représentaient que 2 % de la population active française en 2006. Une proportion qui monte à 6 % en Finlande, 3,4 % en Allemagne ou 5,6 % au Royaume-Uni. « Nous sommes dans la moyenne européenne », confirme Henri Sterdyniak, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « Les pays scandinaves dépensent bien plus que nous. Plus étonnamment, l’Angleterre et l’Irlande aussi ont des systèmes très généreux, certes avec un contrôle social plus fort des bénéficiaires, un suivi serré. »

2. Les montants des minima sociaux sont plus importants en France ?

C’est une autre idée reçue. Les montants des aides sociales françaises sont plutôt bas, par rapport à ceux d’autres pays européens. Suivant l’allocation, le montant mensuel peut varier de 324 euros (allocation d’insertion) à 711 euros (allocation adulte handicapé), comme le montre ce barème de l’Insee. On note l’exception de l’allocation équivalent retraite : 994 euros.

Selon une étude du ministère de la santé, en 2003, les minima sociaux versés en France équivalaient, pour un célibataire, à 44 % du salaire médian. C’était plus qu’en Belgique (39 %) mais moins qu’en Allemagne (46 %), qu’au Royaume-Uni (51 %), qu’en Irlande (62 %) ou qu’aux Pays-Bas (77 %).

« Les montants ne sont pas généreux en France, affirme M. Sterdyniak, de l’OFCE. Les minima ne sont pas revalorisés depuis longtemps. Des gens qui étaient juste au-dessus du seuil de pauvreté se retrouvent maintenant en dessous. Etrangement, bien qu’averti de ce fait, le gouvernement n’a touché qu’au seul minimum vieillesse. » Ce dernier est revalorisé chaque année depuis le début du quinquennat.

Une politique de baisse volontaire, selon l’économiste. « Depuis Jospin, la grande idée, c’est d’inciter à travailler, donc creuser l’écart entre le RMI, puis le RSA, et le smic. Il y a deux stratégies : augmenter le smic ou laisser stagner le RSA. Le gouvernement a choisi la seconde. »

3. On peut gagner davantage en touchant les minima sociaux qu’en travaillant ?

Encore un cliché qui a la vie dure. Il n’est pas possible en pratique de cumuler les minima sociaux pour atteindre des revenus supérieurs à ceux d’un smicard. Le RSA, qui remplace depuis 2009 le RMI, est conçu pour ne pas dépasser 62 % du smic, avec un bonus en fonction du nombre éventuel d’enfants.

Et toucher une autre aide, par exemple, des allocations familiales (auxquelles toute famille a droit quels que soient ses revenus) entraîne mécaniquement une diminution du montant du RSA. Toute autre allocation provoque le même effet.

« M. Wauquiez raconte des choses fausses quand il dit qu’on peut gagner plus en minima sociaux qu’en salaires. Il n’y a aucun problème : on gagne plus en travaillant que dans l’assistanat, toutes les études le prouvent », assure M. Sterdyniak.

4. Les personnes aidées ont en plus des petits avantages que n’ont pas les smicards ?

C’est un autre angle d’attaque du ministre, qui exagère la réalité. Les « droits connexes » sont ciblés et s’adressent à des populations suivies. Les bénéficiaires de minima sociaux ont certes droit à des avantages souvent attribués par les communes ou les départements : transports en commun gratuits ou à tarif réduit, cantine moins chère pour les enfants, services de garde, tarifs sociaux de l’électricité…

Mais une mission parlementaire de 2009 a montré que, si ces droits étaient très variables en fonction du lieu d’habitation, leur attribution était plutôt accompagnée et ciblée (familles monoparentales, publics volontaires). Et que leur distribution, tout comme celle du RSA, s’accompagnait d’un suivi de la personne bénéficiaire.

Point important : la plupart de ces aides ne sont souvent pas attribuées en fonction d’un statut (par exemple, être au RSA) mais selon un niveau de revenu. Une famille de deux enfants vivant avec un seul salaire au smic – exemple pris par M. Wauquiez – peut ainsi bénéficier de la couverture médicale universelle (CMU).

5. Les étrangers peuvent profiter facilement de ces minima sociaux ?

C’est un autre stéréotype qui revient régulièrement. Pourtant, en France, les conditions d’accès aux minima sociaux pour les étrangers sont complexes.

Dans sa sortie controversée, M. Wauquiez a proposé de réserver le RSA aux étrangers travaillant depuis cinq ans minimum en France. Il ignorait visiblement que la loi instaurant le revenu de solidarité active prévoit déjà exactement la même chose : il faut être en possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du RSA si on est natif d’un pays extérieur à l’Union européenne. Pour les ressortissants de l’UE, ce délai est de trois mois, et ceux-ci ne peuvent prétendre au RSA s’ils sont entrés en France pour y chercher un travail. Les conditions sont tellement restrictives que des associations comme le Gisti avaient protesté lors de la mise en place du revenu de solidarité active.

« Notre drame, c’est ce délitement des classes populaires, qui ont connu le plein emploi et dont le monde s’effondre avec le chômage de masse, résume Henri Sterdyniak. Ils voient des travailleurs immigrés dont ils ont l’impression qu’ils les tirent vers le bas, et ils ont l’impression que les aides vont vers ces populations plutôt que vers eux, ce qui n’est pas vrai. Laurent Wauquiez ne fait que soutenir cette idée reçue pour tenter de capter un électorat déboussolé, qui est passé du vote communiste au vote FN. »


Samuel Laurent

Les minima sociaux français

- Le RSA (revenu de solidarité active) a remplacé le RMI (revenu minimum d’insertion) et l’allocation de parent isolé en 2009 : 466 euros mensuel maximum pour une personne seule.

- L’allocation aux adultes handicapés (AAH) : 727,61 euros maximum

- L’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) : 388,05 euros maximum

- L’allocation de solidarité spécifique (ASS) pour les chômeurs en fin de droits : 460,51 euros maximum

- L’allocation d’insertion remplacée par l’allocation temporaire d’attente (ATA) pour les demandeurs d’asile et les ex-détenus : 324,55 euros maximum

- L’allocation supplémentaire de vieillesse et l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ce qu’on nomme « minimum vieillesse ») : 708,95 maximum

- L’allocation veuvage (AV) : 565,13 euros maximum

- L’allocation équivalent retraite-remplacement (AER) : 995,40 euros maximum

- Le revenu de solidarité (RSo) pour les personnes sans emploi de plus de 55 ans outre-mer : 860,72 euros maximum, en fonction des revenus

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