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L’Allemagne rêvée de M. Sarkozy

vendredi 3 février 2012

UN ARTICLE APPROFONDI, sur Mediapart, à propos du fameux modèle allemand, tellement vanté par le Président de la République.

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Peut-on annuler la dette de la Grèce ?

jeudi 6 octobre 2011

« Y’a qu’à annuler les dettes »

Guillaume Duval – mensuel « Alternatives Economiques » – Article Web – 06 octobre 2011

La Grèce ne pourra pas rembourser sa dette entièrement, explique Guillaume Duval dans sa chronique sur Radio Nova. Il faut donc en supprimer une partie, sans pour autant généraliser ce type de pratiques, sous peine de créer un « aléa moral » : sachant qu’on viendra les tirer d’affaire, les débiteurs auraient tendance à prendre des risques inconsidérés.

Face à la crise des dettes publiques dans la zone euro, on considère souvent qu’il suffirait d’annuler les dettes des Etats. Mais, pour vous, c’est quand même une affaire compliquée…

En effet. Il ne fait guère de doute désormais que la Grèce est totalement incapable de rembourser les 350 milliards d’euros de dette publique qu’elle a accumulés. Et qu’il faudrait en annuler une part beaucoup plus importante que les 21 % prévus par l’accord européen du 21 juillet dernier. Il y a cependant de bonnes raisons à ce que les Européens hésitent avant d’utiliser ce remède à grande échelle.

En quoi est-ce si risqué ?

La relation créancier-débiteur est au cœur de la dynamique économique. C’est en effet le crédit qui permet de financer des projets qui permettront de créer des richesses supplémentaires demain avec de l’argent qu’on n’a pourtant pas mis de côté jusque-là. C’est ce mécanisme qui a permis la croissance si impressionnante des économies monétaires. Le crédit n’a pu cependant se déployer que parce que la relation créancier-débiteur a été encadrée très strictement par les pouvoirs publics. Le crédit marche en effet tant que le créancier « croit » (crédit vient du verbe latin credo, je crois) que le débiteur va effectivement le rembourser plus tard. S’il a de bonnes raisons de penser qu’il ne retrouvera pas sa mise, il n’a plus aucune raison d’accepter de prêter. Et c’est la stagnation économique.

Et comment éviter cela ?

Toutes les sociétés ont prévu des contraintes fortes pour amener les débiteurs à rembourser effectivement l’argent qu’ils ont emprunté. Elles ont cependant reconnu aussi que rien ne sert de s’acharner lorsque tel ou tel débiteur ne parvient plus à rembourser tout ce qu’il doit. Dans ce cas, le meilleur moyen de ne pas tout perdre est encore de renoncer à une partie des créances qu’on détient.

D’où la mise en place de procédures de faillites pour les entreprises ou de pratiques similaires pour les particuliers. Ces procédures restent néanmoins associées à des conditions strictes imposées au débiteur. En effet, un traitement trop laxiste risquerait d’encourager ce qu’on appelle l' »aléa moral » : sachant qu’on viendra les tirer d’affaire, les débiteurs auraient tendance à prendre des risques inconsidérés.

D’accord mais quid des Etats ?

Ce sont des débiteurs très particuliers. Ils ont tout d’abord la capacité d’obliger entreprises et ménages présents sur leur territoire à payer les dettes contractées à leur égard avant celles qu’ils doivent à d’autres acteurs privés. De plus, ils peuvent imposer à leurs administrés des impôts supplémentaires, alors que ménages ou entreprises n’ont aucun moyen d’obliger leurs clients à payer des prix supérieurs ou leurs employeurs d’augmenter leurs salaires. Pour ces raisons, les Etats sont considérés comme les débiteurs les plus sûrs. En conséquence de quoi ce sont aussi eux qui, traditionnellement, bénéficient des taux d’intérêt les plus bas.

Mais, dans ces conditions, reconnaître qu’un Etat est insolvable menace non seulement sa propre crédibilité mais aussi celle de tous les autres Etats de la zone euro. Conduisant du coup à une forte hausse des taux d’intérêt qui leur sont accordés. C’est la raison pour laquelle, les Européens ont tardé à reconnaître que l’Etat grec était dans une telle situation… Il faut maintenant annuler une bonne partie de sa dette, mais il faut aussi dans le même temps montrer de façon crédible qu’on ne fera pas la même chose pour l’Espagne ou l’Italie, sinon tout risque de partir en vrille. Et ça n’a rien d’évident…

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A voir : le Parlement européen comme si vous y étiez

mercredi 25 mai 2011

Le quotidien Libération met en ligne un Web-documentaire intéressant, consacré au travail du Parlement européen face à la grande crise économique et sociale depuis 2008 – en suivant la députée européenne PS Pervenche Berès.

Le documentaire est balisée par des parenthèses, sous forme d’explications, de précisions… Il montre les coulisses réelles de la vie politique (avec des mécanismes valables aussi en dehors du Parlement européen).

Et en plus, cela vous fera travailler votre anglais !  🙂

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L’avenir de l’Europe, vu par son Président

lundi 9 mai 2011

On le sait peu, mais l’Union européenne a un président : Herman Van Rompuy, président du Conseil européen. Il a peu de pouvoirs, mais il donne dans un article du Monde paru aujourd’hui son point de vue sur les deux défis qui attendent l’Europe, selon lui.

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La situation des petits pays fragiles d’Europe ne s’arrange pas

mercredi 30 mars 2011

SUR FRANCE 24 :
Les économies fragiles de l’Union européenne au menu des discussions à Bruxelles
Les économies fragiles de l'Union européenne au menu des discussions à Bruxelles
L’Union européenne et le FMI devraient bientôt proposer un plan de soutien financier au Portugal. Après la Grèce et l’Irlande, c’est la troisième fois que Bruxelles doit intervenir. Mais les fonds de l’UE ne sont pas illimités…
Par Sébastian SEIBT (texte)

Le Portugal s’est réveillé, ce jeudi, sans gouvernement mais toujours avec des dettes qu’il peine à honorer. Jusqu’alors peu enclin à demander l’aumône, Lisbonne devrait, selon les spécialistes, officiellement solliciter une aide financière à l’Union européenne (UE) et au Fonds monétaire international (FMI).

« Si l’opposition a voté contre le plan d’austérité du gouvernement [mercredi, ndlr], cela signifie qu’elle n’est pas opposée à un recours à l’aide internationale », juge Céline Antonin, spécialiste de l’économie portugaise à l’OFCE-Sciences-Po.

De fait, avec son nouveau tour de vis économique, le Premier ministre socialiste, José Socrates, espérait apaiser les craintes des marchés financiers. Et ainsi éviter de devoir demander de l’argent à ses voisins. Raté.

Le voisin ibère

La démission du gouvernement ne change rien aux échéances. En juin, le Portugal doit rembourser environ 9 milliards d’euros de prêts qui arrivent à terme. Le pays n’a pas l’argent et peut difficilement s’endetter davantage. Il devrait, en effet, emprunter à un taux d’intérêt de plus de 7 % sur 10 ans, alors que l’Allemagne obtient des prêts à 3 %. Lorsque la Grèce avait appelé l’UE et le FMI à la rescousse, elle était soumise à un taux  d’un peu plus de 6 %.

« Le Portugal va avoir besoin, pour 2011, d’environ 26 milliards d’euros d’aides », estime Céline Antonin. Une enveloppe que l’Union européenne ne devrait pas avoir trop de mal à débloquer. Mais à force d’aider ses économies en péril, l’addition commence à être salée.

L’opération de sauvetage de la Grèce a déjà coûté 110 milliards d’euros à l’UE et au FMI tandis que l’Irlande a encaissé une aide de 80 milliards d’euros. Avec le Portugal, la facture devrait s’élever à plus de 200 milliards d’euros.

Pour l’heure, le fonds de stabilité mis en place par les Vingt-Sept dispose encore de ressources puisqu’il a été doté de 500 milliards d’euros. Mais aujourd’hui tout le monde à Bruxelles espère que l’effet domino s’arrêtera avec le Portugal. « Le prochain candidat, si on regarde les courbes d’évolution des taux d’intérêt, est l’Espagne », indique Céline Antonin. Si le voisin ibère devait également avoir recours à l’aide internationale, le montant « dépasserait alors largement les sommes versées jusqu’à présent ».

Marchés pas impressionés

Les 500 milliards du fonds de soutien sembleraient, alors, beaucoup moins rassurants. Le problème est que l’Union européenne ne dispose pas d’un plan B. Augmenter le fonds ? « Cela a déjà pris un an aux États de la zone euro pour tomber d’accord sur le montant actuel, je les imagine mal décider de l’augmenter encore », tranche Céline Antonin. Les efforts déployés jusqu’à présent par les autorités européennes ne semblent en outre pas du tout avoir impressionné les marchés. « Les taux d’intérêt auxquels l’Irlande ou la Grèce peuvent emprunter sur les marchés n’ont pas beaucoup baissé », confirme Céline Antonin.

Reste que les déboires financiers de ces pays peuvent être, paradoxalement, une bonne chose pour la zone euro. « Il est en effet beaucoup plus compliqué de spéculer contre la dette de grands pays comme l’Espagne ou l’Italie », conclut Céline Antonin. Les autorités européennes peuvent, ainsi, espérer que les marchés se montrent moins agressifs maintenant que les cibles les plus vulnérables sont tombées.

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A propos du fameux « modèle allemand »

lundi 31 janvier 2011

L’Allemagne est souvent présentée comme un modèle en matière de compétitivité, de reprise de la croissance, de qualification de la main-d’oeuvre, de syndicats, etc.

Qu’en est-il en réalité ? Ce modèle existe-t-il seulement ?

Le quotidien économique La Tribune fait le point sur le « modèle allemand ».

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La protestation politique serait un indice de développement

mardi 21 septembre 2010

Des sociologues tchèques, qui mènent depuis plusieurs années une vaste étude sur les activités politiques des Européens, dans 20 pays, montrent que ce sont les citoyens des pays avec le niveau de PIB par habitant le plus élevé, le niveau d’éducation de la population le plus élevé également, et l’économie la plus moderne (avec un grand poids du secteur tertiaire) qui protestent le plus : pétitions, manifestations…

Ainsi, la protestation politique serait donc non seulement un signe de bonne santé démocratique, mais  un critère de développement, la vie politique étant corrélée au dynamisme économique.

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Piketty demande que la BCE prête directement aux Etats

mercredi 2 juin 2010

Trouvé sur un blog d’économie du quotidien Le Monde : l’un des économistes français les plus écoutés, Thomas Piketty, propose que la BCE crée de la monnaie pour absorber la dette des Etats, en prêtant aux Etats à 0 %… comme le font les Américains depuis un an et demi !

 

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J’ai interrogé plusieurs économistes dans le cadre d’une “enquête” pour Le Monde dans sa version “papier” sur le thème suivant : “s’il veut vraiment tenir son engagement de ramener le déficit public à un niveau de 3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2013, et donc de réduire également la dette publique, le gouvernement ne devra-t-il pas se résoudre à jouer de la carte fiscalité, c’est-à-dire augmenter les prélèvements ?”

Cette enquête est publiée aujourd’hui, mercredi 2 juin.

 

Thomas Piketty est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et professeur à l’Ecole d’économie de Paris.

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Sans exonérer la France d’“efforts sur les finances publiques” – il considère qu’ils seront “nécessaires”, mais qu’ils doivent être mis en place “de façon équilibrée, sans coupes brutales du jour au lendemain” – il “décale” la problématique au niveau européen. En tout cas une partie de la problématique : comment résorber la partie du “trou” qui est directement liée à la crise financière et à la crise économique qui a suivi.

Voici, ci-dessous, ce qu’il dit, sachant qu’il faut avoir en mémoire les chiffres suivants : le déficit public français était équivalent à 7,5 % du PIB fin 2009 (soit 143,8 milliards d’euros) et devrait atteindre 8,2 % cette année; la dette publique atteignait 78,1 % du PIB fin 2009 (soit 1 489 milliards d’euros), et devrait se situer à 83,2 % cette année.

 

“Ce n’est pas avec la rigueur, les coupes dans les dépenses publiques et les hausses d’impôts qu’il faut sortir de cette crise. La réduction des coûts publics pour sortir d’une récession cela mène toujours au désastre. Cela ne marche pas.

Serrer la ceinture des citoyens et des contribuables, cela risque de retarder la sortie de crise, d’aggraver les choses : l’impact sur la croissance notamment pourrait être négatif et, au final, on va se retrouver avec plus de déficit et plus de dette”.

Le problème étant de résorber la dette publique, une solution consiste à monétiser une partie de cette dette, le surplus lié à la crise.

Il faut que la Banque centrale européenne (BCE) fasse avec les Etats ce qu’elle a fait avec les banques : émettre de la monnaie et leur prêter à 0 % ou 1 % pour que les Etats se débarrassent du surplus de dette créé par la récession.

L’exemple américain

Les banques centrales européenne et américaine ont en effet prêté à un taux voisin de zéro aux banques sur une période relativement longue : entre septembre et décembre 2008, elles ont créé près de 2 000 milliards d’euros de monnaie nouvelle, soit 10 points de PIB européen et américain, pour les prêter.

Pourquoi a-t-on pu prêter aux banquiers et pourquoi les citoyens devraient-ils se serrer la ceinture pour payer les effets d’une crise dont le secteur financier est responsable ?

C’est d’ailleurs exactement ce que fait la Federal Reserve américaine depuis début 2009 : en achetant à 0 % des centaines de milliards de bons du Trésor américain, elle allège le fardeau des contribuables américains, et permet de sortir de la récession plus vite qu’en Europe.

Si les Etats-Unis sortent aussi vite de la récession, c’est parce qu’ils ont agi ainsi et qu’ils n’ont pas fait de réduction des dépenses, de hausse d’impôts. Il y a un pragmatisme américain qui nous fait défaut.

Dans les circonstances actuelles, il n’existe pas d’autre solution que de monétiser une partie de la dette publique. Cela permettrait de remettre les compteurs à leurs niveaux d’avant crise.

Cela ne se traduirait pas forcément par de l’inflation. Dans le cas des prêts aux banques, cela n’en a pas créé par exemple. On était au bord d’une dépression, d’un déflation (baisse des prix, baisse des actifs). En injectant de l’argent, on a évité cette déflation et il n’y pas eu d’inflation derrière.”

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Deux économistes contre l’austérité en Europe

mercredi 26 mai 2010

Un économiste qu’on connaît bien en TES1, Eric Heyer, dénonce les plans d’austérité qui se multiplient en Europe, et considère qu’avec eux, « on court à la catastrophe » (à lire dans Les Echos d’aujourd’hui).

Un autre économiste, encore plus prestigieux, disait la même chose il y a quelques jours :

 

Joseph Stiglitz, 67 ans, Prix Nobel d’économie (en réalité lauréat du Prix d’économie de la Banque de Suède, mais passons) en 2001, est l’une des « stars » de l’économie mondiale – et pas seulement pour les profs de SES… 😉

Joseph Stiglitz : « L’austérité mène au désastre »
 
LEMONDE| 22.05.10 | 13h12 • Mis à jour le 23.05.10 | 08h54
 
Ex-conseiller économique du président Bill Clinton (1995-1997) et ex-chef économiste de la
Banque mondiale (1997-2000), est connu pour ses positions critiques sur les
grandes institutions financières internationales, la pensée unique sur la
mondialisation et le monétarisme. Il livre au Monde son analyse de la crise
de l’euro. 
  
Vous avez récemment dit que l’euro n’avait pas d’avenir sans réforme
majeure. Qu’entendez-vous par là ?
 
L’Europe va dans la mauvaise direction. En adoptant la monnaie unique, les
pays membres de la zone euro ont renoncé à deux instruments de politique
économique : le taux de change et les taux d’intérêt. Il fallait donc
trouver autre chose qui leur permette de s’adapter à la conjoncture si
nécessaire. D’autant que Bruxelles n’a pas été assez loin en matière de
régulation des marchés, jugeant que ces derniers étaient omnipotents. Mais
l’Union européenne (UE) n’a rien prévu dans ce sens.
 
Et aujourd’hui, elle veut un plan coordonné d’austérité. Si elle continue
dans cette voie-là, elle court au désastre. Nous savons, depuis la Grande
Dépression des années 1930, que ce n’est pas ce qu’il faut faire.
 
Que devrait faire l’Europe ? 
Il y a plusieurs possibilités. Elle pourrait par exemple créer un fonds de
solidarité pour la stabilité, comme elle a créé un fonds de solidarité pour
les nouveaux entrants. Ce fonds, qui serait alimenté dans des temps
économiques plus cléments, permettrait d’aider les pays qui ont des
problèmes quand ceux-ci surgissent.
 
L’Europe a besoin de solidarité, d’empathie. Pas d’une austérité qui va
faire bondir le chômage et amener la dépression. Aux Etats-Unis, quand un
Etat est en difficulté, tous les autres se sentent concernés. Nous sommes
tous dans le même bateau. C’est d’abord et avant tout le manque de
solidarité qui menace la viabilité du projet européen.
 
Vous prônez une sorte de fédéralisme ?  
Oui. De cohésion. Le problème, c’est que les Etats membres de l’UE n’ont pas
tous les mêmes croyances en termes de théorie économique. Nicolas Sarkozy a
eu raison de faire pression sur (la chancelière allemande) Angela Merkel
pour la forcer à payer pour la Grèce. Nombreux sont ceux qui, en Allemagne,
s’en remettent totalement aux marchés. Dans leur logique, les pays qui vont
mal sont responsables et doivent donc se débrouiller.
 
Ce n’est pas le cas ?  
Non. Le déficit structurel grec est inférieur à 4 %. Bien sûr, le
gouvernement précédent, aidé par Goldman Sachs, a sa part de responsabilité.
Mais c’est d’abord et avant tout la crise mondiale, la conjoncture, qui a
provoqué cette situation.
 
Quant à l’Espagne, elle était excédentaire avant la crise et ne peut être
accusée d’avoir manqué de discipline. Bien sûr, l’Espagne aurait dû être
plus prudente et empêcher la formation de la bulle immobilière. Mais, en
quelque sorte, c’est l’euro qui a permis ça, en lui procurant des taux
d’intérêt plus bas que ceux auxquels Madrid aurait eu accès sans la monnaie
unique. Aujourd’hui, ces pays ne s’en sortiront que si la croissance
européenne revient. C’est pour cela qu’il faut soutenir l’économie en
investissant et non en la bridant par des plans de rigueur.
 
La baisse de l’euro serait donc une bonne chose ?
C’est la meilleure chose qui puisse arriver à l’Europe. C’est à la France,
et plus encore à l’Allemagne qu’elle profitera le plus. Mais la Grèce et
l’Espagne, pour qui le tourisme est une source de revenus importante, en
seront également bénéficiaires.
 
Mme Merkel, pourtant, sait que la solidarité peut être importante. Sans
cela, il n’y aurait pas eu de réunification allemande. 
 
Oui. Mais, justement, il a fallu plus de dix ans à l’Allemagne pour absorber
la réunification. Et d’une certaine manière, je pense que les ex-Allemands
de l’Ouest estiment qu’ils ont déjà payé un prix élevé pour la solidarité
européenne.
 
Pensez-vous que la viabilité de l’euro soit menacée ?  
J’espère que non. Il est tout à fait possible d’éviter que la monnaie unique
ne périclite. Mais si on continue comme ça, rien n’est exclu. Même si je
pense que le scénario le plus probable est celui du défaut de paiement. Le
taux de chômage des jeunes en Grèce s’approche de 30 %. En Espagne, il
dépasse 44 %. Imaginez les émeutes s’il monte à 50 % ou 60 %. Il y a un
moment où Athènes, Madrid ou Lisbonne se posera sérieusement la question de
savoir s’il a intérêt à poursuivre le plan que lui ont imposé le Fonds
monétaire international (FMI) et Bruxelles. Et s’il n’a pas intérêt à
redevenir maître de sa politique monétaire.
 
Rappelez-vous ce qui s’est passé en Argentine. Le peso était attaché au
dollar par un taux de change fixe. On pensait que Buenos Aires ne romprait
pas le lien, que le coût en serait trop important. Les Argentins l’ont fait,
ils ont dévalué, ça a été le chaos comme prévu. Mais, en fin de compte, ils
en ont largement profité. Depuis six ans, l’Argentine croît à un rythme de
8,5 % par an. Et aujourd’hui, nombreux sont ceux qui pensent qu’elle a eu
raison.
 
Propos recueillis par Virginie Malingre

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Texte formidable d’un économiste génial

mercredi 19 mai 2010

Si vous voulez comprendre la crise actuelle en Europe, et le monde économique dans lequel nous vivons, précipitez-vous sur l’article, publié dans Le Monde avant-hier, de Michel Aglietta, l’un des meilleurs spécialistes français de la finance internationale (et membre de l’Ecole de la Régulation, qui a conçu notamment le concept de « fordisme » comme type de régulation économique et sociale du capitalisme – un grand classique en terminale…).

Le texte est très clair, et très accessible même pour des élèves de terminale.

 

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