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Mai 81 : une autre société aurait été possible…

jeudi 10 mai 2012

Analyse intéressante, par Benoît Borrits, dans la revue REGARDS – 10 mai 2012

Trente et un an avant l’élection de François Hollande, en 1981, la gauche arrive au pouvoir dans une situation de crise du taux de profit sans équivalent depuis la fin de la guerre. Bien que prônant la transformation sociale, elle refusera de poser la question du pouvoir économique dans les entreprises. Laissant passer une chance historique qui ouvrira la porte au néolibéralisme.

Un des thèmes récurrents du débat politique est celui de la part des salaires dans la valeur ajoutée qui a baissé entre 1982 et maintenant. En se référant aux statistiques de l’INSEE relatives aux sociétés non financières, on s’aperçoit que cette part se situait durant les trente glorieuses aux alentours de 72% pour connaître une hausse à partir de 1974 qui culminera en 1981-1982 pour chuter brutalement et évoluer à partir de 1989 aux alentours de 68%, c’est-à-dire à des niveaux inférieurs à ceux des années 1949-1972.

Part des salaires dans la valeur ajoutée brute au coût des facteurs – sociétés non financières – source INSEE

Paradoxalement, ce n’est pas un gouvernement conservateur qui obtiendra cette chute de la part des salaires dans la valeur ajoutée mais un gouvernement socialiste qui proclamait initialement sa volonté de rupture avec le capitalisme. Après une courte année de relance keynésienne, le gouvernement de Pierre Mauroy impulsera un tournant à 180° en faveur de la rigueur. On fera désormais la promotion de l’esprit d’entreprise : les « années fric » peuvent commencer. Au-delà d’une stérile et vaine dénonciation de cette évolution, comment expliquer ce tournant et surtout comment s’en prémunir pour l’avenir ?

Dans les propositions politiques, il est fréquemment question de rééquilibrer le partage de la valeur ajoutée en faveur du travail. Si cette part est actuellement de 68% dans les sociétés non financières, on évoque souvent un rattrapage d’environ 10% pour revenir aux niveaux de 1982. Pourquoi ne pourrions-nous pas aller au-delà et la porter à 90%, voire à 100% ?

Répondre à cette question suppose de détailler la composition de la valeur ajoutée. Qu’y a-t-il au delà de la part des salaires ? Des impôts, divers transferts, des frais ou produits financiers et surtout l’usure des équipements que l’on appelle « amortissements » dans la comptabilité d’entreprise ou « Consommation de Capital Fixe » dans la comptabilité nationale. Dans les faits, la partie excédent la part des salaires n’est pas exclusivement réservée aux détenteurs de l’entreprise : une part va alimenter le budget de l’Etat, une autre va rémunérer les créanciers et l’usure des équipements doit être considérée comme un coût additionnel pour l’entreprise. Il convient donc de retraiter les informations que nous donne la comptabilité nationale pour tenter d’évaluer les profits réels des entreprises : ce sont ces bénéfices qui déterminent si globalement celles-ci gagnent de l’argent ou en perdent, en d’autres termes, si la pérennité des entreprises sera assurée dans le temps.

Cette évaluation ne peut se faire qu’à partir de 1979, année où l’INSEE commence à donner une évaluation de l’usure des équipements [1] (Consommation de Capital Fixe). Ces bénéfices [2] rapportés aux chiffres d’affaires [3] nous donnent alors les taux de marge suivants :

Taux de marge des sociétés non financières rapportés au chiffre d’affaires – d’après source INSEE

Sur la période 1979-1985, il apparaîtrait que les bénéfices des entreprises étaient globalement négatifs : cela ne signifie évidemment pas que toutes entreprises perdent de l’argent mais que les pertes des entreprises déficitaires sont plus importantes que les bénéfices des autres. Alors que cette situation préexistait avec le gouvernement de droite de Valery Giscard d’Estaing, c’est un gouvernement socialiste qui créera les conditions pour le rétablissement du taux de bénéfice à partir de 1983. A partir de 1988, ce taux évoluera ensuite dans un couloir allant de 2% à 5%.

Dans une économie où la majeure partie des entreprises sont des sociétés de capitaux, une situation dans laquelle les bénéfices globaux des entreprises sont négatifs pose problème : cela signifie qu’il est périlleux d’investir, que d’une façon générale et tous secteurs confondus, les risques de perdre de l’argent sont plus importants que les chances d’en gagner. C’est dans cette situation que la gauche est arrivée au pouvoir en 1981, une situation de crise du taux de profit. En supposant que la part des salaires dans la valeur ajoutée progresse de 10 points à la faveur d’une politique progressiste, nous nous retrouverions alors, quoique pour des raisons très différentes, dans une situation qui aura de nombreuses similitudes : il serait regrettable de faire les mêmes mauvais choix qu’en 1981.

Le fondement du programme économique de Mitterrand était une relance keynésienne par les dépenses publiques et le pouvoir d’achat. En mesures positives, le SMIC a été relevé de 10%, les salaires des fonctionnaires ont été augmentés de 3,5%, l’horaire hebdomadaire de travail est passé de 40 à 39 heures et une cinquième semaine de congés payés a été instituée. En contrepartie, un plan d’action industriel dans des secteurs clés de l’économie était initié afin « de reconquérir le marché intérieur et de créer des emplois ». Le seul problème était que la France était la seule à pratiquer une telle politique et que, sans protection du marché intérieur, cette politique de relance profitait aux entreprises étrangères et aggravait le déficit commercial. Comme l’ont indiqué, aussi bien Michel Rocard [4] que de nombreux auteurs se situant à gauche de la gauche [5], il eut mieux valu, dans ce contexte, annoncer une forte dévaluation du Franc dès le début du septennat de façon à donner toutes ses chances à ce programme. En réalité, les dévaluations auront bien lieu mais trop tard et seront plus conçues comme des réactions a posteriori à l’égard de la dégradation de la balance des paiements qu’une action résolue visant à assurer la réussite d’une politique. C’est ainsi que, loin de disparaître et en dépit des politiques d’embauche de fonctionnaires, le chômage continuera fortement de croître sur cette période passant de 6% à 9%. Pour autant, les effets d’une dévaluation sont toujours difficile à mesurer. Celle-ci a pour effet de dévaloriser la production intérieure. Si l’abaissement des prix est une opportunité pour exporter et favoriser le marché intérieur, il est aussi une difficulté supplémentaire pour les entreprises importatrices qui voient les prix de leurs intrants augmenter.

Dès lors, une sortie du capitalisme n’aura-t-elle pas été la meilleure solution à cette crise du taux de profit ? La loi de nationalisation du 13 février 1982 a permis de contrôler la totalité du secteur bancaire ainsi que de nombreux secteurs industriels (CGE, PUK, Rhône-Poulenc, Saint-Gobain- Thomson). Ce contrôle total du secteur bancaire aurait permis permis de relancer l’activité économique et d’assurer une propriété sociale de l’outil productif. Au lieu de cela, le système bancaire a été géré avec les mêmes critères de rentabilité qu’auparavant et la seule mesure de changement dans la vie des entreprises ont été les lois Auroux promulguées d’août à décembre 1982 qui constituent un progrès [6], mais ne donnent aucun autre pouvoir aux salariés que celui d’être consultés.

Au-delà des effets de tribune attendus et autres déclarations tonitruantes, le Congrès de Valence d’octobre 1981 avait consacré l’idée de changement progressif et de compromis avec le capital : « Puisque nous avons choisi de transformer graduellement ce système économique, cela veut dire que nous allons chercher une situation de compromis qui naturellement sera plus favorable aux forces de transformation sociale, sera un progrès pour le monde du travail » [7]. Le capitalisme était en crise aigüe du taux de profit, le pays perdait des emplois tous les jours, il aurait fallu agir vite et permettre aux salariés et aux usagers de prendre le contrôle des entreprises. Les socialistes choisiront un compromis dans lequel le pouvoir économique des actionnaires était reconnu et maintenu, ce qui les amènera quelques mois plus tard au tournant de la rigueur et à la restauration des profits des entreprises par l’acceptation du chômage de masse.

Si demain, les conditions économiques laissaient apparaître, pour de multiples raisons, une nouvelle crise du taux de profit, gageons qu’une véritable gauche posera cette fois-ci la question du pouvoir économique au lieu de s’engager dans un compromis stérile dont l’issue ne pourra être que de nouveaux reculs sociaux.

Notes

[1] A noter cependant que les règles de dépréciation des équipements ne sont pas exactement les mêmes dans la comptabilité d’entreprise et dans la comptabilité nationale.

[2] L’évaluation des bénéfices se fera comme étant égale au revenu disponible brut des sociétés non financières duquel on ajoutera les dividendes des entreprises (ceux-ci n’étant distribués qu’après le constat du bénéfice) et on déduira l’usure des équipements.

[3] L’évaluation des chiffres d’affaires a été donné en prenant la valeur de la production de laquelle on déduira les impôts moins les subventions sur la production.

[4] Si la Gauche savait, Michel Rocard, Robert Laffont, 2005

[5] Quand la gauche essayait, Serge Halimi, Arléa, 2000

[6] Interdiction de toute discrimination, droit d’expression des salariés sur les conditions de travail, dotation minimale de fonctionnement des comités d’entreprise, obligation annuelle de négociation sur les salaires, la durée et l’organisation du travail, création du CHSCT et d’un droit de retrait du salarié.

[7] Motion unique du Congrès de Valence du Parti socialiste, octobre 1981.

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Et si la défaite de 1940 avait été voulue ?

samedi 9 octobre 2010

La découverte la semaine dernière d’un document autographe du Maréchal Pétain, où celui-ci durcissait lui-même les mesures de discrimination contre les Juifs en 1940, est l’occasion de revenir sur les travaux de l’historienne Annie Lacroix-Riz (ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, professeur d’université) sur l’activité des sociétés secrètes d’extrême-droite dans les années 30, visant à renverser la République et à instaurer un régime fasciste. Celles-ci n’avaient rien de folklorique, et réunissaient des personnalités influentes de la banque, de l’industrie ou de l’armée (Pétain et Weygand en faisaient partie dès les années 30 !) 

Pour ceux qui veulent comprendre l’Histoire, cette vidéo est longue mais passionnante, à ne pas manquer !

http://www.dailymotion.com/video/xztbh

Pour ceux qui ont apprécié : voici une conférence plus longue, plus développée, et tout aussi passionnante :

http://www.dailymotion.com/video/xe30j6_1940-le-choix-de-la-defaite_news

Comment comprendre l’engagement massif du patronat dans la « collaboration économique  » avec les Allemands sous l’Occupation sans s’interroger sur la phase précédente ? Pourquoi Hitler n’a-t-il pas été renversé dans les années 30, alors que tout le monde connaissait son intention de faire la guerre, mais savait que l’Allemagne n’était pas encore prête ?

À la lumière d’archives françaises et étrangères nouvelles, Annie Lacroix-Riz revient sur les origines de Vichy. On peut parler d’une approche marxiste de cette période, qui met en exergue le caractère déterminant de l’économie dans le fonctionnement de la société française des années 30, et bouleverse notre approche de la défaite française de 1940, et des relations internationales à cette époque. Cet ouvrage montre, documents à l’appui, que les hommes de Vichy ont préparé leur arrivée au pouvoir (dans ces clubs et ces sociétés secrètes) et que la transformation des institutions et la reprise en main des salariés et des syndicats, souhaitées par eux, passait par la défaite française.

L’ouvrage montre ainsi que la très surprenante défaite de 1940 ne l’est peut-être pas tant que cela, et que les causes de l’Occupation sont avant tout intérieures. Il aborde la question de la nature des actions et des complots successifs menés de 1933 à 1939 en faveur de l’axe Rome-Berlin : abandon de l’Espagne républicaine, accords de Munich, trahison de l’alliance avec l’URSS (qui fut alors obligée de signer le « pacte germano-soviétique » pour gagner du temps et se préparer militairement)…

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Démocratie en Chine

dimanche 7 juin 2009

 Ce week-end est commémoré le vingtième anniversaire du massacre de la place Tiananmen (voir ci-dessous la célèbre photo de l’homme seul face à une colonne de chars) la plus grande place de Chine où les forces de sécurité avaient brutalement réprimé des manifestations étudiantes favorables à la démocratie. Il s’agit d’un événement majeur, sans lequel la Chine d’aujourd’hui ne serait pas la même.

Je vous transmets un message d’un site défendant la démocratie au Tibet et en Chine (même si le message n’est pas impartial, il n’a rien de néfaste ni de faux, au contraire) :

 

 Tibet  Chine  Actualité 

  

 Samedi 6 Juin 2009   

  » Tous les hommes aspirent au développement.
Mais quel développement possible pour des êtres privés de liberté?Alertez le monde:
Seule la communauté internationale peut empêcher que disparaissent le Tibet et les Tibétains.
N’incitez personne à la vengeance ou à la violence envers les Chinois,
mais efforcez-vous de les faire progresser vers la compréhension de la souffrance du peuple tibétain. »

  D’aprés un texte de Blandine CATTEAU et revu par Patrick BONNASSIEUX

 APPEL DE L’ ASSOCIATION FRANCE TIBET

 Dimanche 7 Juin 2009 Le Dalaï Lama fait citoyen d’honneur de la Ville de Paris :

une cérémonie « service minimum » qui sera expédiée à l’issue de la conférence donnée par le leader tibétain à Bercy

Sauf contre-ordre de dernière minute, à l’occasion de son déplacement à Paris le 7 juin, le Dalaï Lama sera bien « officiellement » intronisé citoyen d’honneur de la Ville de Paris, mais en catimini, sans témoins, sans cérémonie, le tout expédié en moins de 30 mn dans la foulée de la conférence donnée à Bercy.

L’ambassade de Chine a manifestement fait son travail de sape et mis toute la pression nécessaire et si elle n’a pu totalement annuler cet événement, au moins celui-ci passe complètement inaperçu.

A Pékin, la place Tian’ an Men a été bouclée le jour anniversaire du massacre de sa jeunesse étudiante.

Le rêve du gouvernement chinois serait sans doute de baillonner la presse à Paris et que cet hommage passe inaperçu.

 Photo du jour

 20ème anniversaire du

massacre de la Place

Tiananmen

tiananmen

Pékin, Place Tiananmen : Juin 1989 

Un homme seul épris de liberté défie une colonne de blindés de l’ armée Chinoise .  

 Agenda

 LYON Place de la Comédie (devant l’ Opéra)

 Samedi 13 Juin 2009 ( à partir de 15h00 )

Rassemblement

pour la liberté au Tibet et en Chine  

 

 

 

Organisé par :

LION DES NEIGES

[email protected]  

10 Rue Louis Aulagne

69600 Oullins

tel: 06 29 35 42 27

Dans le cadre des rassemblements mensuels pour la liberté au Tibet et en Chine à Lyon

 

 

 

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Il y a 67 ans jour pour jour, les plans d’Auschwitz étaient dessinés

samedi 8 novembre 2008

C’est étonnant, mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’ont été publiés les plans originaux du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau dans la revue allemande Bild. Ces plans viennent d’être retrouvés dans un appartement de Berlin, et ont été authentifiés – certains portent les initiales d’Heinrich Himmler, le chef des SS.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/11/08/des-plans-de-construction-originaux-d-auschwitz-retrouves-a-berlin_1116581_3214.html

Ces plans sont essentiels, car ils représentent la preuve irréfutable que le massacre de plus d’un million de Juifs (ainsi que d’autres groupes comme les Roms, les Russes, etc.) à Auschwitz a bien été planifié comme une entreprise industrielle : les instruments du génocide sont explicitement mentionnés sur ces plans (« chambres à gaz », « cave à cadavres », fours crématoires, etc.).

Le plan de la première chambre à gaz a été dessiné par un détenu du camp, le 8 novembre 1941, il y a 67 ans jour pour jour. Après une période de tests avec le gaz Zyklon B, la destruction systématique des Juifs d’Europe a été décidée à la conférence de Wannsee en janvier 1942. 67 ans : même pas le temps d’une vie. Auschwitz, c’était hier.

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