Tous les billets de la catégorie ‘Inégalités & revenus’

Les idées reçues sur l’ »assistanat »

Mercredi 11 mai 2011

Le quotidien LE MONDE analyse les idées reçus liées aux déclarations du ministre Laurent Wauquiez sur les prétendues « dérives de l’assistanat » : un thème important du programme de terminale (dans le chapitre « Intégration et solidarités »)

Cinq idées reçues sur « l’assistanat »

LEMONDE.FR | 10.05.11

Laurent Wauquiez a jugé anormal que le système de protection social français, "le plus généreux d'Europe", permette "très facilement aux étrangers de bénéficier de nos différents outils de solidarité".

Laurent Wauquiez a jugé anormal que le système de protection social français, « le plus généreux d’Europe », permette « très facilement aux étrangers de bénéficier de nos différents outils de solidarité ». AFP/PIERRE VERDY

L’assistanat est un « cancer de la société française ». Si on lui a reproché les mots employés, Laurent Wauquiez, en s’attaquant au revenu de solidarité active (RSA), a surfé sur un cliché bien implanté. Quelque 80 % des classes moyennes sont d’accord avec l’idée qu’il « y a trop d’assistanat et [que] beaucoup de gens abusent des aides sociales », selon une étude menée par l’IFOP en octobre 2010, citée par Le Post.fr.

Peut-être le ministre des affaires européennes pensait-il à cet électorat quand il a émis l’idée, dimanche 8 mai, de plafonner les minima sociaux à 75 % du smic et d’obliger les personnes au RSA à effectuer des travaux « d’intérêt civique » ? Malgré les protestations suscitées dans l’opposition comme dans la majorité, cette proposition s’inscrit dans une longue tradition d’attaques contre « l’assistanat ». Un thème cher à des figures de droite, comme Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy,  mais aussi de gauche, comme Ségolène Royal. Cela n’empêche ce discours de reposer en partie sur des clichés trompeurs. Décryptage.

1. La France distribue plus d’aides sociales que les autres pays d’Europe ?

C’est faux. La France est dans la moyenne européenne pour sa protection sociale. En 2005, elle se classait, selon l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), au deuxième rang des pays de l’OCDE quant au poids de ses dépenses de protection sociale par habitant. Mais ce chiffre recouvre à la fois la couverture maladie, les retraites et les minima sociaux.

Or, ces derniers ne sont pas distribués à tort et à travers. En France, il existe une dizaine de minima sociaux (voir encadré) qui répondent à des critères très précis d’attribution. Au total, selon l’Insee, 3,5 millions de personnes ont perçu une de ces allocations en 2009. Soit 6,2 % de plus qu’en 2001, où elles étaient 3,28 millions. Une hausse imputée par le gouvernement à la mise en place du RSA et à la crise.

Mais, en ce qui concerne le seul revenu minimum – équivalent du RSA ou du RMI –, on se rend compte que la France n’est pas plus généreuse que ses voisins européens. Selon l’Irdes, les allocataires du revenu mimimum ne représentaient que 2 % de la population active française en 2006. Une proportion qui monte à 6 % en Finlande, 3,4 % en Allemagne ou 5,6 % au Royaume-Uni. « Nous sommes dans la moyenne européenne », confirme Henri Sterdyniak, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « Les pays scandinaves dépensent bien plus que nous. Plus étonnamment, l’Angleterre et l’Irlande aussi ont des systèmes très généreux, certes avec un contrôle social plus fort des bénéficiaires, un suivi serré. »

2. Les montants des minima sociaux sont plus importants en France ?

C’est une autre idée reçue. Les montants des aides sociales françaises sont plutôt bas, par rapport à ceux d’autres pays européens. Suivant l’allocation, le montant mensuel peut varier de 324 euros (allocation d’insertion) à 711 euros (allocation adulte handicapé), comme le montre ce barème de l’Insee. On note l’exception de l’allocation équivalent retraite : 994 euros.

Selon une étude du ministère de la santé, en 2003, les minima sociaux versés en France équivalaient, pour un célibataire, à 44 % du salaire médian. C’était plus qu’en Belgique (39 %) mais moins qu’en Allemagne (46 %), qu’au Royaume-Uni (51 %), qu’en Irlande (62 %) ou qu’aux Pays-Bas (77 %).

« Les montants ne sont pas généreux en France, affirme M. Sterdyniak, de l’OFCE. Les minima ne sont pas revalorisés depuis longtemps. Des gens qui étaient juste au-dessus du seuil de pauvreté se retrouvent maintenant en dessous. Etrangement, bien qu’averti de ce fait, le gouvernement n’a touché qu’au seul minimum vieillesse. » Ce dernier est revalorisé chaque année depuis le début du quinquennat.

Une politique de baisse volontaire, selon l’économiste. « Depuis Jospin, la grande idée, c’est d’inciter à travailler, donc creuser l’écart entre le RMI, puis le RSA, et le smic. Il y a deux stratégies : augmenter le smic ou laisser stagner le RSA. Le gouvernement a choisi la seconde. »

3. On peut gagner davantage en touchant les minima sociaux qu’en travaillant ?

Encore un cliché qui a la vie dure. Il n’est pas possible en pratique de cumuler les minima sociaux pour atteindre des revenus supérieurs à ceux d’un smicard. Le RSA, qui remplace depuis 2009 le RMI, est conçu pour ne pas dépasser 62 % du smic, avec un bonus en fonction du nombre éventuel d’enfants.

Et toucher une autre aide, par exemple, des allocations familiales (auxquelles toute famille a droit quels que soient ses revenus) entraîne mécaniquement une diminution du montant du RSA. Toute autre allocation provoque le même effet.

« M. Wauquiez raconte des choses fausses quand il dit qu’on peut gagner plus en minima sociaux qu’en salaires. Il n’y a aucun problème : on gagne plus en travaillant que dans l’assistanat, toutes les études le prouvent », assure M. Sterdyniak.

4. Les personnes aidées ont en plus des petits avantages que n’ont pas les smicards ?

C’est un autre angle d’attaque du ministre, qui exagère la réalité. Les « droits connexes » sont ciblés et s’adressent à des populations suivies. Les bénéficiaires de minima sociaux ont certes droit à des avantages souvent attribués par les communes ou les départements : transports en commun gratuits ou à tarif réduit, cantine moins chère pour les enfants, services de garde, tarifs sociaux de l’électricité…

Mais une mission parlementaire de 2009 a montré que, si ces droits étaient très variables en fonction du lieu d’habitation, leur attribution était plutôt accompagnée et ciblée (familles monoparentales, publics volontaires). Et que leur distribution, tout comme celle du RSA, s’accompagnait d’un suivi de la personne bénéficiaire.

Point important : la plupart de ces aides ne sont souvent pas attribuées en fonction d’un statut (par exemple, être au RSA) mais selon un niveau de revenu. Une famille de deux enfants vivant avec un seul salaire au smic – exemple pris par M. Wauquiez – peut ainsi bénéficier de la couverture médicale universelle (CMU).

5. Les étrangers peuvent profiter facilement de ces minima sociaux ?

C’est un autre stéréotype qui revient régulièrement. Pourtant, en France, les conditions d’accès aux minima sociaux pour les étrangers sont complexes.

Dans sa sortie controversée, M. Wauquiez a proposé de réserver le RSA aux étrangers travaillant depuis cinq ans minimum en France. Il ignorait visiblement que la loi instaurant le revenu de solidarité active prévoit déjà exactement la même chose : il faut être en possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du RSA si on est natif d’un pays extérieur à l’Union européenne. Pour les ressortissants de l’UE, ce délai est de trois mois, et ceux-ci ne peuvent prétendre au RSA s’ils sont entrés en France pour y chercher un travail. Les conditions sont tellement restrictives que des associations comme le Gisti avaient protesté lors de la mise en place du revenu de solidarité active.

« Notre drame, c’est ce délitement des classes populaires, qui ont connu le plein emploi et dont le monde s’effondre avec le chômage de masse, résume Henri Sterdyniak. Ils voient des travailleurs immigrés dont ils ont l’impression qu’ils les tirent vers le bas, et ils ont l’impression que les aides vont vers ces populations plutôt que vers eux, ce qui n’est pas vrai. Laurent Wauquiez ne fait que soutenir cette idée reçue pour tenter de capter un électorat déboussolé, qui est passé du vote communiste au vote FN. »


Samuel Laurent

Les minima sociaux français

- Le RSA (revenu de solidarité active) a remplacé le RMI (revenu minimum d’insertion) et l’allocation de parent isolé en 2009 : 466 euros mensuel maximum pour une personne seule.

- L’allocation aux adultes handicapés (AAH) : 727,61 euros maximum

- L’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI) : 388,05 euros maximum

- L’allocation de solidarité spécifique (ASS) pour les chômeurs en fin de droits : 460,51 euros maximum

- L’allocation d’insertion remplacée par l’allocation temporaire d’attente (ATA) pour les demandeurs d’asile et les ex-détenus : 324,55 euros maximum

- L’allocation supplémentaire de vieillesse et l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ce qu’on nomme « minimum vieillesse ») : 708,95 maximum

- L’allocation veuvage (AV) : 565,13 euros maximum

- L’allocation équivalent retraite-remplacement (AER) : 995,40 euros maximum

- Le revenu de solidarité (RSo) pour les personnes sans emploi de plus de 55 ans outre-mer : 860,72 euros maximum, en fonction des revenus

Tags : , ,

Petites vidéos sur des peurs en économie

Mercredi 4 mai 2011

TRES FACILE D’ACCES, ET INTERESSANT :

Des petites vidéos parues sur le site du mensuel économique L’Expansion, avec l’économiste Alexandre Delaigue, qui vient de publier un ouvrage sur les « phobies économiques » :

Les étrangers nous volent-ils nos emplois ?

Le pouvoir d’achat baisse-t-il ?

La santé coûte-t-elle trop cher ?

Tags : , , , , ,

Concours d’entrée à l’ENA : triste et conformiste…

Lundi 2 mai 2011

L’Ecole Nationale d’Administration recrute les futurs hauts fonctionnaires de l’Etat.

01 mai 2011

Les candidats à l’Ena manquent de couleurs

Dans le hall de l'Ena à Strasbourg, 21 janv 2009 (Vincent Kessler, Reuters)
De bons élèves, bosseurs, capables de résumer des dossiers et de construire des plans, mais souvent ternes et terriblement conformistes: c’est le portrait que dresse la présidente du jury du concours 2010 à l’ENA des candidats qu’elle a vu défiler. De futurs hauts fonctionnaires prêts à se fondre dans un moule mais bien moins à innover ou à se démarquer.

Chaque année, le président du jury – qui préside en fait les trois concours d’entrée (externe, interne et le « troisième concours » pour les candidats ayant déjà une expérience professionnelle) – tire le bilan de son expérience. Il relève ce qui a plus ou moins bien marché et fait des recommandations. La note doit servir à améliorer le concours, et donc le recrutement de la haute fonction publique.

Le rapport de Michèle Pappalardo – une énarque, conseillère maître à la Cour des comptes – est particulièrement instructif. Dans un style direct – ses précédesseurs sont souvent plus maniérés -, elle confie ses surprises et ses déceptions.

Il ressort que les jeunes ont une image bien tristounette de l’administration et que le conservatisme ambiant a de beaux jours devant lui. On y voit des candidats convenus, sans grand relief ni originalité, qui ne se distinguent guère les uns des autres. D’où l’intérêt d’ »ouvrir » le recrutement grâce à la nouvelle prépa Ena pour étudiants boursiers qui, la première année, n’a pas réussi à faire entrer de candidat.

Seuls ceux du troisième concours – ingénieurs, consultants, journalistes, sportifs de haut niveau, etc -, souvent personnels et inventifs, dénotent.

« J’ai deux regrets majeurs, résume Michèle Pappalardo: trop de conformisme et pas assez de diversité« .

- A propos de conformisme: « Nous n’avons pas été éblouis par l’originalité des candidats, écrit-elle, à commencer par leur apparence vestimentaire: à part un corsage, deux vestes et une cravate colorées et un seul pantalon de velours… tous les autres candidats étaient en costume-cravate et tailleur noir ou anthracite, voire bleu marine; en outre certains étaient visiblement mal à l’aise dans ces tenues qui n’étaient pas à leur taille. Cela donne le sentiment que les candidats ont une image de l’Ecole et de la fonction publique très conformiste, à l’image de cet «uniforme» qu’ils se sont efforcés d’endosser« .

L'Ena à Strasbourg le 19 fev 2009 (Vincent Kessler, Reuters) Les « originaux », venus avec un peu de couleur sur le dos, ont presque tous été admis, précise-t-elle, « pas tant pour leur tenue que parce qu’elle était en phase avec un certain tempérament, une capacité à s’affirmer dans l’échange avec le jury. »

Le  conformisme est aussi dans les têtes. A l’écrit, souligne la présidente du jury, « les candidats se sont souvent contentés de résumer les dossiers qui leur étaient proposés sans y apporter de dimension personnelle« .

A l’oral, il faut insister pour avoir une opinion un peu personnelle: « peu nombreux sont les candidats qui cherchaient réellement à convaincre le jury de leur position ou même qui ont «osé» donner leur avis (…). » Lorsque le jury cherchait à discuter avec eux, « souvent soit ils ne savaient pas, soit ils ne voulaient pas argumenter et défendre leur position et étaient donc tout à fait prêts à en changer dès qu’un contre argument leur était présenté« .

- A propos du manque de diversité, Michèle Palappardo s’attarde d’abord sur le peu de femmes admises. En 2010, pour les trois concours, elles étaient 26 sur 80 reçus, soit 32,5% – contre 36,25% en 2009, 38,75% en 2008, 36,20 % en 2007.

C’est au concours externe que la situation est la pire: 30% de reçues alors qu’elles sont 44,6% de candidates – loin des 37,5% de reçues en 2009, 40% en 2008 et 41,5% en 2007.

« La réduction du taux de réussite des candidates au concours et l’écart qui s’accroît entre le taux de féminisation des inscrits et des reçus mériteraient d’être analysés pour essayer de corriger cette évolution très regrettable« .

La diversité sociale ou ethnique est plus difficile à mesurer, faute d’éléments tangibles. Michèle Pappalardo souligne que quelques candidats issus de l’immigration – « de pays méditerranéens ou d’Europe de l’Est » – ont réussi le concours. Mais cela reste infime.

Elle avance une explication à cette homogénéité: les candidats sortent trop des mêmes formations, des mêmes prépas et des mêmes écoles – Sciences Po Paris pour le concours externe. Ils sont trop formatés.

En 2010, sur les 19 admis qui ont suivi une année de prépa, 11 l’ont fait à Sciences Po et 8 à Paris I – ENS (l’Ecole normale supérieure).

De plus, parmi les 40 reçus, 33 sont diplômés de Sciences Po et 1 est en 4ème année. Les autres sont diplômes de Paris I (Panthéon-Sorbonne et ENS), des Ponts et Chaussées, de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP) ou d’HEC.

A leur décharge, estime Michèle Pappalardo, les attentes du jury ne sont pas assez claires. Du coup, ne sachant pas trop ce qui est valorisé, les candidats et les prépas préfèrent assurer et être consensuels.

Reste que dans le Bulletin Quotidien du 1er avril,- une lettre d’informatoin destinée aux « décideurs » -, on liste avec délice tous « les fils » et « filles de », et même « petits-fils de », qui ont réussi l’Ena. Gloire aux héritiers !

Crédits photos: Un élève regardant les photos des anciennes promotions dans le hall de l’Ena à Strasbourg le 21 janvier 2009 (Vincent Kessler, Reuters); l’entrée de l’école le 19 février 2009 (V. Kessler, Reuters)

Tags : ,

Depuis 7 ans, les inégalités se sont creusées vers le haut

Jeudi 28 avril 2011

ARTICLE DE L’AGENCE FRANCE PRESSE :

AFP, Mise a jour : 28 avril 2011

Les inégalités se creusent en faveur des plus riches

Les Français les plus aisés ont continué à s’enrichir ces dernières années, creusant encore les inégalités avec les plus modestes même si le taux de pauvreté est resté relativement stable, selon une étude de l’Insee publiée jeudi.

Distribution de nourriture et de couches pour bébés dans un centre des Restos du Coeur à Asnières, le 30 novembre 2010

AFP/Archives

Globalement, « entre 1996 et 2008, les inégalités de niveau de vie évoluent peu », note l’Insee dans l’édition 2011 de « Revenus et patrimoines des ménages ».

Ainsi, si l’on compare le niveau de vie maximum des 10% de ménages les moins riches (10.520 euros) au niveau de vie minimum des 10% les plus riches (35.550 euros), on constate en 2008 un rapport « relativement stable » (3,4 contre 3,5 en 1996), a expliqué en conférence de presse Jean-Louis Lhéritier, chef du département Ressources et conditions de vie des ménages.

Le « niveau de vie » se calcule en divisant les revenus du ménage par le nombre de personnes qui le composent mais en tenant compte des économies d’échelle induites par la vie en commun (un seul réfrigérateur…) et du fait que les enfants consomment moins que les adultes.

Cette notion permet de comparer des ménages de taille et de composition différentes. Le niveau de vie moyen est de 22.110 euros, le niveau de vie médian de 19.000.

Toutefois, nuance l’Institut de la statistique, ces moyennes « ne rendent pas compte des tendances aux extrémités ». Or, avant 2004, les inégalités avaient tendance à se réduire parce que les ménages les plus pauvres voyaient leur niveau de vie se rapprocher des classes intermédiaires.

A l’inverse, à partir de 2004, « on a une tendance à l’augmentation des inégalités par le haut » de l’échelle, selon M. Lhéritier.

Car depuis cette date, « les niveaux de vie des personnes les plus modestes cessent d’augmenter plus rapidement que les niveaux de vie intermédiaires alors que ceux des plus aisées continuent leur progression », note cette étude, qui s’arrête juste avant les premiers effets de la crise financière.

Résultat, le ratio de richesses (en niveau de vie) détenues par les 20% les plus aisés et celle détenue par les 20% les plus modestes a augmenté de 4 à 4,3 entre 1996 et 2008.

Cette progression « est liée à une forte hausse des revenus, en particulier des revenus du patrimoine, qui sont fortement concentrés chez les personnes les plus aisées », note l’étude, qui précise que ces revenus ont augmenté de 11% par an.

Parallèlement, entre 1996 et 2008, le taux de pauvreté monétaire (personnes vivant sous le seuil de pauvreté, fixé à 60% du revenu médian soit 950 euros mensuels en 2008) est passé de 14,5% de la population à 13% en 2008.

Mais là encore, cette moyenne cache de fortes disparités.

Ainsi, la baisse de la pauvreté est « concentrée de 1997 à 2001, période de forte croissance et de baisse du chômage » avant de rester stable jusqu’en 2008, a noté Jean-Louis Lhéritier.

Malgré la baisse globale, la pauvreté touche autant les chômeurs, qui sont en 2008 comme en 1996 toujours 35% à vivre avec moins de 950 euros par mois. Elle touche davantage les familles monoparentales (26% en 1996, 30% en 2008) et les personnes seules.

Les familles nombreuses sont elles aussi toujours largement touchées par la pauvreté mais beaucoup moins en 2008 qu’en 1996 (27,8% contre 19,7%), essentiellement grâce aux « revalorisations des prestations sociales », selon Magda Tomasini, chef de la division Revenus et patrimoines des ménages.

Les couples, avec ou sans enfant, sont les seuls à avoir bénéficié de la baisse du taux de pauvreté.

Tags : , ,

Corrigé de la QSTP du bac blanc

Jeudi 21 avril 2011

POUR LES TERMINALES E.S. DU LYCEE CONDORCET :

Corrigé QSTP : MOYENNISATION


Introduction : - Accroche : les exemples d’inégalités (ou de leur réduction) ne manquent pas ; Problématique très simple ; ne pas oublier l’annonce du plan.

I. Un processus de moyennisation de la société française…

1. Les facteurs économiques de la moyennisation.

  • Tertiarisation : développement des services au détriment de l’industrie et de l’agriculture (déversement intersectoriel de Sauvy). Hausse de la qualification. = mobilité sociale structurelle ascendante.
  • Développement des droits sociaux et partage des fruits de la croissance (compromis fordiste) ce qui limite l’opposition capital/travail.
  • Croissance des catégories intermédiaires (employés & prof. intermédiaires, cadres), au détriment de la part des indépendants et des ouvriers.
  • Réduction des inégalités de revenu à la fin des 30 Glorieuses ; la hausse du niveau de vie se traduit par une consommation de masse, un accès à la propriété immobilière, et une nouvelle structure des dépenses (lois d’Engel).

2. Les facteurs sociaux et politiques.

  • Egalisation des conditions = logique des sociétés démocratiques selon Tocqueville : affaiblissement du sentiment d’appartenance à une classe, et montée du sentiment de « classe moyenne » (Doc. 2)
  • Nouvelle norme de consommation, celle des classes moyennes, avec leur mode de vie : modèles familiaux, scolarisation de masse (Doc. 1) Certains auteurs (comme Mendras) croient à la fin des classes sociales.
  • Rôle de l’Etat : politique de redistribution des revenus (progressivité de l’impôt) au cours du XXe s., qui érode les revenus des rentiers. (Doc. 3)

Transition : Le mouvement de moyennisation est donc lié à un contexte économique, social et politique, spécifique à une génération (celle du baby boom et des Trente Glorieuses). La génération suivante n’est-elle pas dans une situation bien différente ?

II… qui présente tout de même des limites.

1. La persistance des inégalités

  • Cumul des avantages et des handicaps sociaux : les écarts de revenus entraînent des différences de niveau de consommation, surtout pour les pratiques culturelles. (chiffres Doc. 4)
  • Mais à niveau de revenu proche, on observe aussi des différences sensibles de pratiques culturelles: habitus de classe, capital culturel (Bourdieu).
  • Toujours : inégalités hommes-femmes, et entre quartiers ou régions.

2. Une nouvelle polarisation.

  • Flexibilité : externe (variation des effectifs), interne (horaires), salariale… Développement des formes particulières d’emploi (FPE) : CDD, intérim, temps partiel…
  • Affaiblissement des droits collectifs et de la protection sociale ; dualisation du marché du travail ; parallèlement : concentration du capital et hausse des revenus du patrimoine.
  • D’où une « société en sablier» (resserrement des catégories intermédiaires) qui redonne crédit aux analyses en terme de classes et de domination (Marx, Bourdieu, Pinçon-Charlot…)
  • Problème des générations : les « jeunes » (nés dans les années 70-80) ont une moins bonne carrière que la génération précédente (Louis Chauvel – Doc. 3)

Conclusion :

- Résumé du devoir

- Puis ouverture : actuellement, une politique fiscale plutôt favorable aux hauts revenus : retour des rentiers ?

Tags : ,

Politiques de la « diversité » : attention danger

Lundi 18 avril 2011

Le terme de « diversité » est à la mode en ce moment ; la reconnaissance des différences inspirent de nombreuses politiques publiques. Pourtant, cette approche présente des limites, comme le montre le Président de l’Association des paralysés de France :

Promouvoir la diversité permet-il vraiment de combattre les inégalités sociales ?

La « diversité » est à la mode et occulte les inégalités sociales. Les personnes handicapées, comme bien d’autres, n’ont pas grand chose à y gagner. Le point de vue de Jean-Marie Barbier, président de l’Association des paralysés de France, extrait du hors-série « Les inégalités en France » d’Alternatives Economiques.

La « diversité » est à la mode en France. Ce concept fait depuis quelques années partie du vocabulaire des entreprises, en parallèle avec celui de « responsabilité sociale ». La promotion de la diversité vient peu à peu remplacer la lutte contre les discriminations : ce changement de vocabulaire a-t-il un sens et lequel ? Que recouvre le vocable de « diversité » ? Quels moyens sont envisagés pour promouvoir cette diversité, et avec quelle efficacité ? N’existe-t-il pas des dérives à défendre une telle idée ? En particulier, diversité et égalité sont-elles compatibles ? Pour les personnes en situation de handicap, comme pour bien d’autres, il faut se méfier de certains discours.

Une diversité partiale et partielle

De la lutte contre les « discriminations » à la « promotion de la diversité », un changement de vocabulaire apparaît dans les discours politiques et médiatiques. D’un vocabulaire traduisant violences, souffrances et inégalités subies par des personnes du fait d’une caractéristique personnelle, on passe à un vocabulaire positif : la différence est une chance, une richesse à mettre en avant. Et ce changement de vocabulaire ne semble recouvrir ni les mêmes populations, ni les mêmes méthodes.

En effet, si le champ des discriminations est précisément défini, notamment dans l’article 225-1 du Code pénal, celui de la diversité telle que présentée jusqu’à présent ne semble prendre en compte que la composante « origine », voire les différences hommes/femmes. Et les personnes en situation de handicap ? Quitte à parler de diversité, faisons en sorte qu’elle ne soit ni partiale, ni partielle ! Qu’elle n’oublie pas les personnes malades, handicapées ou homosexuelles notamment.

Des chartes rarement suivies d’effets

En outre, alors que la discrimination est sanctionnée juridiquement, la diversité semble, elle, exprimer une solution par la mise en place de politiques volontaristes (relevant de la responsabilité sociale des entreprises, par exemple). Reste à savoir lesquelles, et si elles sont pertinentes… Les chartes sont le nouvel outil, symbole de la prise de conscience et de la bonne volonté politique. Elles se multiplient, sur tous les sujets, à tous les échelons du territoire, dans tous les milieux… Souvent signées en concertation avec les partenaires concernés, elles permettent d’affirmer engagements et actions à mener. Evitons de douter ici de la réalité de ce volontarisme pour nous attarder sur un constat : les chartes se résument souvent à de l’affichage et sont rarement suivies d’effets. Et pour cause : elles se réduisent la plupart du temps à une énumération de mesures qui prennent en réalité leur source dans des dispositions législatives, alors qu’elles devraient se centrer sur des mesures concrètes permettant d’aller au-delà des obligations légales. Ainsi, la diversité dans les entreprises doit-elle être mesurée par de réels indicateurs, outils de contrôle de l’effectivité de la politique mise en place, susceptibles de valider les démarches faites et le cas échéant de les sanctionner. C’est à ce prix qu’il est possible de parler d’engagement !

Enfermer une population dans sa différence

La promotion de la diversité est souvent associée à la discrimination positive. Une idée en réalité contraire au principe républicain d’égalité ! Plutôt que d’accorder un traitement préférentiel à une catégorie de personnes, n’est-il pas préférable de prendre des mesures appropriées et de développer des actions positives en amont (accès à la formation prenant en compte les besoins spécifiques, par exemple…) afin de permettre à la catégorie de personnes en rupture d’égalité de parvenir à celle-ci ? Peut-être faut-il aussi penser la diversité en termes de visibilité. Visibilité médiatique bien sûr, parce que la télévision est le reflet de la société et de ses composantes. Mais plus largement visibilité dans toutes les instances politiques et décisionnelles.

Promouvoir la diversité repose toutefois sur un mécanisme qui fait exister une population par sa différence. De ce fait même, apporter une réponse ciblée à cette population peut comporter le risque de renforcer sa catégorisation et sa stigmatisation. De plus, la promotion de la diversité si elle s’appuie sur la revendication de l’égalité des chances doit prendre garde à ne pas laisser s’installer une dynamique fondée uniquement sur la compétition et le mérite. Enfin, la promotion de la diversité n’est qu’un des volets de la politique à mener pour lutter contre les inégalités sociales. En ce sens, elle ne doit pas servir d’alibi à l’Etat pour pallier l’absence de politiques sociales globales répondant aux difficultés de tous.

Casser la logique de politiques à part

Le traitement politique de la vie quotidienne des personnes en situation de handicap illustre cette opposition, pas seulement conceptuelle, entre diversité et inégalités. Alors que la réalité de ces personnes est de vivre trop souvent encore dans une rupture d’accès aux droits les plus fondamentaux (éducation, emploi, santé, revenus, etc.), de ne pas être à égalité avec les autres, les choix politiques faits vont trop souvent dans le sens de politiques spécifiques, de bonnes intentions (combien de chartes déjà affichées sur l’accessibilité des villes sans résultats concrets par exemple…) et de tentation de discrimination positive, donc de communautarisme !

Face aux enjeux et aux écueils, il semble alors indispensable de casser la logique de politiques « à part » et de tendre vers des politiques transversales, c’est-à-dire des politiques sociales basées sur la non-discrimination, le droit commun, l’égalité de traitement, des actions positives et la solidarité nationale.

Par Jean-Marie Barbier, président de l’Association des paralysés de France.

Extrait du hors-série poche n°43, « Les inégalités en France » d’Alternatives Economiques.

Tags : , , ,

La fin de la moyennisation ? Emission à écouter

Mardi 29 mars 2011

Offre d'emploi de commercial à Toptechnology, création de site Web

UN DEBAT A LA RADIO TRES INTERESSANT SUR LES CLASSES MOYENNES, LA MOYENNISATION ET LA PEUR DU DECLASSEMENT :

France Culture, émission « Le Grain à moudre », 28 février 2010.

Avec des économistes spécialistes des inégalités.

Tags : ,

A ne pas manquer : débat intéressant sur « la peur du déclassement »

Vendredi 11 mars 2011

Sur les questions des inégalités et de la mobilité sociale,  et l’actuelle « peur du déclassement » de la part des classes moyennes, voici une page très intéressante : un débat entre deux spécialistes du sujet très connus et reconnus, LOUIS CHAUVEL (plutôt social-démocrate) et ERIC MAURIN (plutôt libéral), qui débattent dans plusieurs courtes vidéos réalisées par l’association « La République des idées ».

Tags : , , ,

A ne pas manquer : vidéo sur la crise des classes moyennes

Mercredi 23 février 2011

UN BON DOCUMENTAIRE D’ARTE sur les difficultés actuelles des classes moyennes : la crise remet en cause certaines de leurs valeurs fondamentales, telles que la méritocratie, l’égalité des chances, l’ascension sociale…

Parfait pour le chapitre de terminale sur les inégalités !

Attention, le documentaire évoque certains cas d’individus qui ne font pas partie des classes moyennes (qui ont des revenus et des diplômes réellement moyens), mais des classes supérieures (cadres, patrons…) qui peuvent avoir des difficultés aussi – mais il ne faut pas tout mélanger.

Tags : ,

République et justice sociale

Mercredi 23 février 2011

La prochaine émission de Raphaël Enthoven (dimanche 27) est diffusée en avant-première sur le site d’Arte.

Elle est consacrée à la République : très intéressante !

Tags : , , ,