Tous les billets de la catégorie ‘Problèmes sociaux’

« Working class hero » de John Lennon

Jeudi 9 décembre 2010

 

http://www.dailymotion.com/videox2xf9q

Working Class Hero (Héros De La Classe Ouvrière), magnifique chanson de John Lennon, dont on commémore ces jours-ci l’assassinat il y a trente ans à New York.
 
Dès que tu nais ils te rabaissent
En ne t’accordant pas le moindre temps du tout
Jusqu’à ce que la douleur soit si grande que tu ne sentes plus rien du tout
C’est quelque chose d’être un héros de la classe ouvrière
C’est quelque chose d’être un héros de la classe ouvrière
 
Ils te font souffrir chez toi et te battent à l’école
Ils te détestent intelligent et te méprisent idiot
Jusqu’à ce que tu sois si cinglé que tu ne ne puisses plus suivre les règles
C’est quelque chose d’être un héros de la classe ouvrière
C’est quelque chose d’être un héros de la classe ouvrière
 
Quand ils t’ont torturé et effrayé pendant vingt bonnes années
Ils s’attendent à ce que tu embrasses une carrière
Quand tu ne peux pas tu es empli d’une grande crainte
C’est quelque chose d’être un héros de la classe ouvrière
C’est quelque chose d’être un héros de la classe ouvrière
 
Ils te gardent drogué avec la religion, le sexe et la télévision
Et tu te crois alors si intelligent, hors-classe et libre
Mais tu es toujours un putain de paysan à ce que je vois
C’est quelque chose d’être un héros de la classe ouvrière
C’est quelque chose d’être un héros de la classe ouvrière
 
Ils ne cessent de te dire qu’il y a de la place en haut
Mais tu dois d’abord apprendre à sourire en tuant
Si tu veux ressembler aux gens sur la colline
C’est quelque chose d’être un héros de la classe ouvrière
 
Oui, c’est quelque chose d’être un héros de la classe ouvrière
Si tu veux être un héros tu n’as qu’à me suivre
Si tu veux être un héros tu n’as qu’à me suivre

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Les dessous du « modèle danois »

Mercredi 1 décembre 2010

Le Danemark s’est distingué, depuis plusieurs années, comme une sorte de modèle, alliant à la fois une forte protection sociale, une flexibilité forte de l’emploi et un faible taux de chômage.

Dans un article très intéressant, un blog économique du quotidien Le Monde analyse en profondeur ce « miracle »… et le relativise.

 

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Comment récupérer les élèves perturbateurs ?

Jeudi 18 novembre 2010

A PROPOS DU ROLE DE L’ECOLE DANS L’INTEGRATION SOCIALE (thème étudié dans le programme de terminale), voici un chat très intéressant organisé par le quotidien Le Monde, avec une responsable de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) : à lire pour sortir des idées reçues sur les « voyous » et leur répression…

 

  »La mise à l’écart des élèves perturbateurs est inefficace »

LEMONDE pour Le Monde.fr | 18.11.10 | 12h58  •  Mis à jour le 18.11.10 | 18h26

Dans un chat sur Le Monde.fr, Maria Ines, éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse, prône la suspension des établissements de réinsertion scolaire, expérimentés depuis cette rentrée.
- Pol : Qu’appelle-t-on précisément des élèves « perturbateurs » ? Comment sont-ils « gérés » en général par les proviseurs et principaux de lycée et collège ?

Maria Ines : Cette appellation recouvre plusieurs situations. Chacun de ces élèves a des difficultés différentes. Ce sont les élèves qui font des bêtises en classe, empêchent qu’une classe tourne bien, perturbent la vie scolaire en général. Mais on ne peut pas mettre tous les « perturbateurs » dans le même sac.

Classe de 3 -5 : Quelles sont les raisons du décrochement ?

Les raisons du décrochement sont différentes, là aussi. Mais il y a des choses qui les rassemblent : en général, ce sont des situations familiales très dégradées – séparation des parents, père au chômage, alcoolisme.

Quand un élève décroche, cela veut dire que les parents sont trop démunis pour le stimuler. Mais les problèmes familiaux sont différents pour chacun, il faut donc trouver des solutions différentes, voir comment on peut aider les parents.

Rivalpo : Comment redonner le goût des études à des jeunes qui ont totalement rejeté le système scolaire et qui sont à la limite de la désocialisation?

On redonne le goût de l’école à un jeune en difficulté en essayant de comprendre précisément quels sont ses problèmes. Qu’est-ce qui le fait souffrir ? Qu’est-ce qui fait qu’il n’a pas envie d’aller à l’école ?

En général, ils ont un profond sentiment d’insécurité, ils ont peur de ne pas réussir. Pour leur redonner confiance, il faut d’abord comprendre ce qui se passe et mettre en place tout un accompagnement social et éducatif qui aide les parents et redonne confiance aux jeunes en essayant de déceler ses qualités, afin de faire émerger ce qu’il a en lui de meilleur.

Même les élèves les plus en difficulté ont quelque chose de bien en eux. Il faut aller le chercher. Il faut pour cela des professionnels qui ont un intérêt pour ces jeunes, de façon à mettre de côté provisoirement ce qu’ils font de mal.

Petit à petit, on arrive à ce que ces jeunes reprennent confiance en eux et retrouvent le goût d’aller à l’école. Même si ces jeunes font des bêtises, ils aimeraient être comme les autres mais n’y arrivent pas à cause d’une souffrance psychologique très forte.

Manola : Que pensez-vous des établissements de réinsertion scolaire voulus par Nicolas Sarkozy au printemps et dont une dizaine a ouvert depuis cette rentrée ? Ne constituent-ils pas un recul plutôt qu’une avancée ?

C’est un véritable recul. Je crois vraiment qu’il faut trouver des solutions pour ces jeunes. Ils se font du mal et en font aux autres. Ces établissements ont été annoncés au printemps. Le président a fait un discours disant qu’il fallait écarter du milieu scolaire ces jeunes qui perturbent l’école et dont personne ne veut et créer des établissements spécialisés pour eux.

Quelques mois après, il a donné l’injonction à l’éducation nationale de créer ces internats. Ce discours voulait dire qu’il fallait les séparer radicalement des autres jeunes. Donc, c’est parti sur de mauvais rails. Car s’il faut trouver des solutions adaptées pour ces jeunes, la séparation radicale du système scolaire et des autres élèves n’est pas la bonne solution.

Ni les enseignants ni les travailleurs sociaux n’ont été consultés. Il a fallu, en quelques mois, que les professionnels puissent imaginer quelque chose qui ait un peu de sens pour ces élèves, mais à l’intérieur d’une demande politique qui, dès le départ, hypothéquait les chances de réussite de ces établissements. En effet, il fallait séparer ces élèves des autres, et de plus, les mettre ensemble.

Les professionnels – enseignants et travailleurs sociaux – savent que quand on sépare ces jeunes de leur famille, de leur quartier, et qu’on les met tous ensemble, les choses deviennent explosives, car ils endossent l’étiquette de perturbateurs.

Pierre : Ces établissements de réinsertion scolaire [ERS], où les élèves ingérables sont concentrés entre eux, me font sérieusement penser aux maisons de correction, qui ont fait la preuve de leur inefficacité et que l’on a choisi de fermer dans les années 1970. Qu’en pensez-vous ?

Oui, absolument. Cela fait penser aux maisons de correction, qui accueillaient des délinquants et aussi des jeunes en difficulté, délaissés par leur famille. C’était une séparation brutale, avec une coupure des liens. Et ce qui présidait à leur fonctionnement, c’était tout ce qui tournait autour de la discipline, de la règle. L’obsession première dans les maisons de correction était d’apprendre à ces jeunes, de façon rapide, comment se comporter.

Je ne dis pas que dans les ERS, le régime soit aussi dur. Mais n’empêche que dans ces établissements, ces jeunes reçoivent un enseignement scolaire a minima, le matin, et ensuite, le temps est consacré à des activités et à l’enseignement de règles. Je ne dis pas que ce n’est pas bien, mais pour ces jeunes, ça ne marche pas. Ils ont un sentiment d’exclusion, ils ont été séparés de leur famille, donc ils vont être très réticents à ce que la plus grande partie de leur temps soit consacrée à apprendre la discipline.

Ces jeunes apprennent les règles et le vivre-ensemble quand on s’intéresse très sincèrement à eux. Ils vont écouter l’adulte qui tente de comprendre où s’enracinent leurs difficultés et accepteront d’intégrer un cadre, des limites, des règles. Mais si on les leur impose de l’extérieur, ils ont l’impression que c’est une punition.

Lolo : Comment fonctionne concrètement les établissements de réinsertion scolaire ? Quel est l’emploi du temps des élèves ?

Je n’ai pas l’emploi du temps précis, heure par heure. Je sais qu’il y a un enseignement scolaire minimum durant la matinée, et l’après-midi est consacré à des activités, surtout sportives, puisque le sport est considéré comme bénéfique pour ces jeunes. Je pense que c’est vrai, mais il n’y a pas que ça.

Et il y a un encadrement très précis, avec des éducateurs – non formés d’ailleurs, car le soir et la nuit, ce sont des jeunes du service civique qui viennent pour les encadrer. Je pense qu’on ne peut pas s’occuper de ces jeunes qui sont en très grande difficulté sans une véritable formation.

RnR Radio : Pourquoi s’obstiner à leur imposer des études et ne pas les faire travailler, tout simplement ?

Ce serait bien pour ces jeunes, ils ne demandent que ça, pour certains. Mais quand ils disent que l’école ne les intéresse pas, c’est que bien souvent, ils n’ont pas confiance en eux. Il faut donc d’abord essayer de leur redonner le goût de l’école.

Mais pour ceux qui veulent travailler, il n’y a pas beaucoup de travail, surtout pour les jeunes sans qualification. Il faut donc trouver le moyen de leur redonner le goût de l’école, ou d’une formation professionnelle. Il faut trouver la meilleure orientation possible.

Rivalpo : N’est-il pas un peu utopique de vouloir mettre ensemble des élèves en décrochage, parfois issus de quartiers où la violence est banalisée, avec des élèves considérés « normaux » ?

Encore une fois, on ne peut pas globaliser les choses. C’est une stigmatisation. Chacun de ces jeunes est différent. Je pense, et je parle d’expérience, que la meilleure chose pour ces jeunes est de les mélanger avec les autres. Il faut de la mixité. Sinon, ils endossent une étiquette négative, l’assument et peuvent aller très loin dans leur révolte.

Mais il faut les accompagner pour qu’ils arrêtent leurs « bêtises ». Je sais que ce qui est efficace pour ces jeunes, c’est ce qui va à l’encontre de la mise à l’écart.

Paul J :  Les enseignants sont-ils préparés correctement ? Y a-t-il des parties de formation en commun avec les éducateurs ?

Il n’y a pas assez de formation commune entre enseignants et éducateurs. Ce serait une bonne chose, qu’il faudrait développer. Nous avons des savoir-faire et des métiers différents, mais complémentaires.

Effectivement, peut-être que les enseignants n’ont pas suffisamment de formation pour appréhender ces élèves. Mais le plus problématique, selon moi, c’est l’insuffisance des moyens dévolus à l’éducation nationale pour s’occuper d’eux.

Avoir un nombre suffisant d’enseignants permettrait notamment de faire des classes avec de petits effectifs pour ces jeunes, qui ne peuvent se retrouver dans des grands groupes. Ils ont besoin d’un suivi le plus individualisé possible. Et surtout, il faudrait développer tous les réseaux d’aide au soutien scolaire, toute l’éducation spécialisée, qu’on attaque dans le même temps, car il y a de moins en moins de personnes et d’argent pour ces structures.

Il faudrait des assistants sociaux scolaires, qui sont là pour quand on relève un problème chez un jeune, aller voir ce qui se passe du côté de la famille. Mais il n’y a pas assez d’assistants sociaux.

Guest : Pourquoi avoir créé les ERS dans des établissements ruraux (où pas mal de parents et d’élèves se sentent un peu abandonnés aussi) et pas dans les beaux quartiers et les « bons » collèges ?

Ce qui m’a frappée pour les jeunes du 93, c’est qu’on les envoie à la campagne, effectivement. Je pense que ce n’est pas un hasard. Cela participe d’une très vieille idée selon laquelle la ville, avec toutes ses tentations, est nocive et que le bon air de la campagne aurait un effet rédempteur. On a connu les colonies agricoles pénitentiaires, où on envoyait les enfants à la campagne. C’est une idée qui a fait son temps, ça n’a jamais marché.

Mais ce qui s’est passé pour les jeunes du 93 qu’on envoie dans la Mayenne ou dans la Manche est très significatif de cette idée très forte aujourd’hui, selon laquelle il faut mettre ces enfants à l’écart, quitte à ce qu’ils se retrouvent dans un autre ghetto.

Delly : N’est-il pas compréhensible que les élèves et les parents, inquiets pour l’avenir de leurs enfants, refusent de payer le prix de soucis sociaux et familiaux dont ils ne sont pas responsables et préfèrent donc que ces enfants très difficiles soient séparés des autres ?

Je comprends l’inquiétude des parents. Mais ce qu’il faudrait que les pouvoirs publics leur expliquent, c’est que la séparation de ces élèves des autres est inefficace. Pour rassurer ces parents, il faut qu’on trouve les bonnes solutions. Ces jeunes ont déjà un sentiment d’exclusion intérieur, à cause de leurs problèmes. Si on les exclut de tous les systèmes « normaux », ce sentiment d’exclusion va être plus fort, ils vont se révolter et être violents.

Zaguezoo :  Qu’en est-il d’un service civique citoyen, avec ou sans encadrement militaire, pour des élèves en déshérence ?

Ce n’est pas la bonne solution non plus. Ce qu’il convient de faire, c’est rechercher les causes de la violence de ces jeunes. Il faut savoir qu’ils n’ont qu’une envie : revenir à l’école. Mais comme ils sentent, à tort, que l’école n’est pas pour eux, les exclut, ils s’y sentent mal, n’ont pas confiance en eux, ils perturbent. Donc il faut soit les réintégrer dans l’école, soit leur trouver une autre orientation.

L’encadrement militaire n’est pas la solution miracle à tout. Ce n’est pas parce qu’on encadre avec une discipline très forte que cela résout les problèmes.

Amélie :  Faut-il fermer les établissements de réinsertion scolaire ? Ce serait un bel aveu d’échec pour le gouvernement.

Il faut suspendre cette expérience-là, et réfléchir vraiment. Et si on voit que ce n’est pas viable, il faut les fermer. En attendant, ce sont les jeunes qu’on envoie là-bas qui vont payer les pots cassés : ils vont être violents, on va les exclure, ils vont retourner dans une espèce de déshérence.

Parent délève : Pouvez-vous m’expliquer l’intérêt scolaire pour mes enfants de côtoyer des délinquants dans leurs classes ? Savez-vous quelle sera la reconnaissance de la société envers mes enfants pour avoir vécu des problèmes qu’une volonté politique leur aura imposés ?

Je comprends l’inquiétude des parents pour leurs enfants. Mais d’abord, l’effet pervers de toutes ces annonces et de tous ces programmes mis en place à la va-vite est là : les élèves perturbateurs peuvent être assimilés à des délinquants. Or ce n’est pas vrai. Il peut y avoir des jeunes qui ont commis des délits, mais les élèves perturbateurs ne sont pas tous des délinquants. S’ils l’étaient, ils seraient dans d’autres lieux.

D’autre part, des élèves qui ne perturbent pas peuvent commettre des délits. C’est donc toute une éducation à faire pour informer le public, pour ne pas qu’il y ait de tels amalgames. La jeunesse ne se divise pas aussi facilement entre les délinquants et les non-délinquants, entre les élèves normaux et les élèves pas normaux. Ce que j’aurais envie de dire avec beaucoup de force, car dans mon métier, je suis amenée à connaître ces jeunes, à rencontrer leur famille, c’est que tout le monde, toute la société, aurait à gagner à comprendre d’abord que ces jeunes, dont certains peuvent faire peur à certains moments, sont d’abord des jeunes en très, très grande souffrance.

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Pourquoi les Français ont perdu confiance

Samedi 6 novembre 2010

DANS « LE MONDE », UNE PHILOSOPHE, SANS PRENDRE PARTI AU SENS STRICTEMENT POLITIQUE, ANALYSE LA PERTE DE CONFIANCE DES FRANCAIS EN LEURS ELITES (COMPAREES AUX ELITES DE 1940…) :

Réinventer la société de confiance

LEMONDE | 05.11.10

Michela Marzano, philosophe, professeur des universités à Paris-Descartes

Voilà quinze ans, dans un livre consacré à la « société de confiance », Alain Peyrefitte, pourtant ancien ministre du général de Gaulle, nous vantait les mérites des modèles anglo-saxons, affirmant notamment qu’ils permettaient à chacun de se dépasser constamment dans des « entreprises risquées mais rationnelles ».

Ces dernières années, les élites françaises ont cherché sans relâche à promouvoir ce modèle idéal de « confiance compétitive ». Il fallait « être performant » et « ne jamais se soucier des autres ». La confiance n’était plus synonyme que de « self estime ». L’une des raisons du succès de Nicolas Sarkozy, en 2007, a été justement sa capacité à mobiliser les électeurs autour de l’idée de réussite personnelle.

Le fameux « travailler plus pour gagner plus ». Pour quel résultat ? La crise a mis à jour les contradictions d’un tel discours. Elle a montré les limites d’un volontarisme à outrance. Les manifestations récentes contre la réforme des retraites ne sont pas, on le sait, une simple protestation contre un allongement de quelques années de cotisation mais aussi le symptôme d’une grande déception et d’un grand désarroi. Peut-on se limiter à croire, comme un Claude Bébéar, que les citoyens ne seraient descendus en masse dans la rue que parce qu’ils « dénigrent le travail, se disent fatigués et aspirent aux congés et à la retraite » (Le Monde du 1er novembre) ?

Une chose est sûre. La fatigue française est bien réelle. Mais elle n’est pas une propriété intrinsèque du « Français-paresseux-par-nature » comme voudraient le faire croire certaines élites, se berçant de telles niaiseries pour éviter de se remettre en cause. La fatigue actuelle est le résultat d’une longue suite de contes de fée et de mensonges auxquels les citoyens avaient fini par adhérer et dont ils découvrent depuis peu l’inanité.

Ce peuple qui, depuis 1789 et 1848, n’avait cessé d’opposer aux puissants du monde le rire moqueur de Gavroche, s’était progressivement laissé convaincre par les sirènes d’un certain management. Il avait accepté l’idée qu’il suffisait de croire « en soi-même » et de ne jamais compter sur les autres pour réussir sa vie. La société se partageait entre les « winners » et les « loosers », entre ceux qui croyaient n’avoir besoin de rien, ni de personne, et ceux qui avaient la faiblesse de croire aux autres.

La crise a eu le mérite de montrer qu’il ne suffit pas de « vouloir pour pouvoir » et que, sans coopération et solidarité, « notre monde peut être un enfer », comme le disait déjà Hannah Arendt. Tous les jours, dans les entreprises, ils sont des milliers à le vivre dans leur chair. Pas besoin d’aller chercher des exemples dramatiques chez France Télécom ou Renault.

EXEMPLARITÉ

Prenons ce salarié qui, à l’approche de la cinquantaine, et après s’être voué à son travail en essayant d’être toujours « flexible », se voit remercié car « trop coûteux ». Ou ces seniors qui connaissent un véritable parcours du combattant, se traînant d’entretien en entretien, à la recherche d’un nouvel emploi. Qui dit que ces Français ne veulent pas travailler ? Qui croit qu’ils dénigrent le travail ? Ne voudraient-ils pas simplement une société plus juste ?

Globalisation et mutation technologique poussent certes au changement. Mais elles ne poussent pas nécessairement aux dérives oligarchiques et au cynisme triomphant. Une société plus juste est toujours possible. Elle est même la condition du retour de la confiance en l’avenir. Elle passe par le refus de cette fausse « société de confiance » vantée par l’idéologie néolibérale moribonde.

Il faut retrouver le chemin de la coopération et de la confiance mutuelle. Mais cette confiance-là ne se décrète pas. Pour qu’elle puisse surgir à nouveau dans ce pays et se développer, elle doit pouvoir s’appuyer sur des preuves tangibles. Pas de confiance sans fiabilité. Or, c’est là que le bât blesse. Tout ce qui manque à nos élites, aujourd’hui, c’est d’être fiable. On dira que ce propos est « populiste ». L’accusation est commode. Jugeons sur actes. Les chefs d’entreprise, les politiques, les médias parlent d’exemplarité. Mais ce sont toujours, comme par hasard, les autres qui doivent être exemplaires. Pas ceux qui demandent des efforts. Pis. En France, un grand manager est désigné comme « courageux » lorsqu’il taille dans ses effectifs, tandis qu’il négocie âprement, et parfois en douce, ses stocks options et sa retraite chapeau.

Le pouvoir politique n’est pas en reste. Les ministres sarkozystes susurrent à l’oreille des Français la petite musique des « sacrifices nécessaires et partagés » pendant qu’ils redonnent à Mme Bettencourt et à ses semblables des millions d’euros au titre du bouclier fiscal. On pourrait multiplier à l’envi les preuves de ce double discours. Comment s’étonner que les Français doutent de la fiabilité de ceux en qui ils sont censés placer leur confiance ? C’est là que réside, en profondeur, le malaise du pays.

En a-t-il toujours été ainsi ? Les esprits cyniques tentent de s’en convaincre. Sans doute n’est-il pas aisé de demander à ceux qui nous gouvernent de ressembler aux vrais héros de l’Antiquité, toujours prêts à se sacrifier eux-mêmes avant de demander le sacrifice des autres. Mais il est des modèles plus réalistes. En 1940, les Anglais savaient bien qu’en leur proposant du « sang et des larmes », Churchill prendrait sa part de l’effort et qu’il n’irait pas se prélasser sur un yacht ou dans un paradis fiscal… A la même époque, les élites françaises de la « drôle de guerre » donnaient, elles, la triste image de pantins désabusés et insouciants, comme l’avait souligné Marc Bloch dans L’étrange défaite (Gallimard, 1990). En va-t-il si différemment aujourd’hui ?

Cette crise étrange, qui frappe l’économie réelle mais épargne les profits de la finance, empêche probablement les plus fortunés de bien en saisir les enjeux. Les élites de cette « drôle de crise » sont un peu comme les élites de la « drôle de guerre ». Elles se trompent de diagnostic. Souhaitons qu’elles sortent vite de leurs illusions pour reconquérir la confiance des Français et croire en un avenir commun.

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Clichy-sous-Bois veut redevenir une banlieue « normale »

Mardi 26 octobre 2010

Des images montrant des projets de rénovation à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, deux des cités les plus tristement célèbres, pour leur misère et leurs émeutes.

Au programme : architecture agréable et urbanisme sage, pour que les habitants des HLM vivent comme tout le monde, tout simplement.

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L’intégration selon Groland

Mercredi 22 septembre 2010

Une vidéo de l’émission « culte » de Canal+, « Groland », qui n’a rien de scientifique, et qui est pourtant assez vraie hélas…  :)

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Un regard lucide sur les enfants roms

Lundi 6 septembre 2010

Terrain de jeu 

Le juge pour enfants de Bobigny, J.-P. Rosenczveig – l’un des meilleurs connaisseurs dans ce pays de la justice des mineurs - livre sur son blog une analyse sans illusions, mais aussi généreuse, concernant les problèmes de délinquances des Roms, et en particulier des mineurs.

Intéressant, pour sortir des préjugés et des solutions toutes faites…

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Faut-il faire encadrer les jeunes par l’armée ?

Dimanche 5 septembre 2010

Sur le site du Monde, un abonné – paysan de son état – réfléchit sur la solution proposée par le gouvernement (et même par la socialiste Ségolène Royal lors de la campagne présidentielle de 2007) d’un encadrement des jeunes des quartiers populaires (car on n’y pense pour les jeunes de milieux favorisés) par des militaires, dans des centres fermés. Une fausse bonne idée ?

Vous verrez que la réponse de ce lecteur est assez surprenante et intéressante – ayant moi-même fait mon service militaire, je partage certains de ses constats -, et ne porte pas seulement sur les problèmes de violence dans les cités, mais sur le lien social en général.

 

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Quelques vérités sur la délinquance des mineurs

Mardi 17 août 2010

SUR SON BLOG, JEAN-PIERRE ROSENCZVEIG, président du tribunal pour enfants de Bobigny (et grand défenseur des mesures éducatives plutôt que répressives à l’égard des mineurs délinquants, pas par naïveté mais justement parce qu’il les connaît bien) fait « cinq remarques » concernant la législation vis-à-vis des jeunes délinquants et de leurs parents… et en conclut que sur ce sujet le gouvernement a « tout faux ».

 

Un autre blog « Quartiers sans cibles » (joli jeu de mot) se demande comment améliorer l’image de la banlieue, et sortir de la stigmatisation. D’abord en regardant ses habitants (même les jeunes « à problèmes ») comme des êtres humains comme nous tous, et non comme des bêtes. Si une fête populaire rassemblait des milliers d’habitants de quartiers populaires dans la joie et la bonne humeur, les médias en parleraient-ils ?

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Les mots de la sécurité ne sont pas innocents

Samedi 12 juin 2010

Sur le site d’information indépendant « Rue 89″, un article intéressant sur le vocabulaire de la sécurité, qui induit une certaine approche de la sécurité et de la lutte contre la délinquance, et influence leur présentation auprès de la population, et les images que celle-ci va conserver des « quartiers », ou des « délinquants »…

Aujourd’hui, il semble que le vocabulaire soit de plus en plus vague, ce qui veut dire que tout un chacun est un délinquant en puissance pour les « experts » de la sécurité :

http://www.rue89.com/2010/06/09/si-le-delinquant-nest-personne-cest-quil-est-tout-le-monde-154213

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