Un sociologue explique pourquoi la France est déprimée
Dimanche 25 avril 2010Dans un entretien au Monde, le sociologue Alain Ehrenberg, spécialiste de la dépression et de l’individualisme contemporain, explique rapidement quelques-unes des raisons du « malaise social », si présent dans la société française…
Tags : cultures, FrancePetite visite d’une exposition au Quai Branly
Mardi 23 mars 2010Dans une courte vidéo, l’anthropologue Philippe Descola nous accompagne dans la nouvelle exposition du musée des Arts premiers, Quai Branly à Paris, consacrée aux relations entre l’homme et son environnement.
Un très beau musée, si vous avez l’occasion de passer à Paris.
Tags : culturesSoumission à l’autorité : le retour
Lundi 15 mars 2010Cette semaine sera diffusé à la télé un jeu reconstituant – je ne sais pas encore comment – la célèbre expérience du psychologue américain Stanley Milgram, « culte » en SES, qui permet de mieux comprendre pourquoi des individus et des groupes civilisés peuvent se livrer à des violences extrêmes, y compris sur des innocents, quand on leur en donne l’ordre, notamment en temps de guerre.
Milgram, hanté par les régimes totalitaires du XXe siècle comme le nazisme, a mené son expérience entre 1960 et 1963, à la prestigieuse université de Yale : un homme devait poser des questions à un autre homme, et devait lui envoyer des décharges électriques de plus en plus fortes (jusqu’à près de 500 volts !) si l’autre ne répondait pas correctement, dans le cadre d’une expérience portant officiellement sur la mémoire… En réalité, la « victime » était un comédien, et le « bourreau » était le véritable sujet de l’expérience : jusqu’à quel point était-il prêt à torturer quelqu’un qui ne lui avait rien fait, pour une expérience idiote, et même pas pour de l’argent (les individus recrutés recevait une faible somme).
Cette expérience, analysée par Milgram dans son ouvrage Soumission à l’autorité, a été renouvelée de multiples fois, dans différents pays, pour aboutir à chaque fois à des résultats très proches. La vidéo suivante, extraite du film d’Henri Verneuil « I comme Icare », reconstitue fidèlement l’expérience ; regardez-la attentivement (durée : 20 mn).
De multiples variantes ont été introduites dans l’expérience, afin d’observer les réactions des sujets : l’ »élève » est visible ou pas par le « professeur », celui-ci doit le toucher ou pas, il est en contact plus ou moins proche avec l »expérimentateur » (le chef), etc. Ainsi, le « taux d’obéissance » peut varier selon les circonstances de l’expérience, mais en définitive, les résultats chiffrés sont terribles…
Voici, pour exercer votre anglais et voir l’expérience dans les conditions réelles (ce qui la rend encore plus saisissante), un extrait (22′) d’un film de Milgram lui-même .
En définitive, le principal enseignement de cette expérience n’est pas que l’homme soit mauvais, mais qu’il déteste perdre la face, avouer qu’il s’est trompé, qu’il a eu tort d’obéir : aussi, enchaîné par son engagement, un individu pourrait aussi bien commettre des actes héroïques…
Tags : cultures, Etat, politique, sociologieMédias et vie privée chez les jeunes
Lundi 11 janvier 2010Un article du Monde analyse finement les rapports entre les médias et la vie privée, dans les différentes générations. Pour celle des « parents », les exhibitions permanentes des jeunes sur Facebook ou Twitter paraissent souvent choquantes ; mais les jeunes n’ont pas du tout la même conception de la vie privée.
L’article interroge de nombreux spécialistes de la question, notamment américains :
Les fondateurs de Facebook eux-mêmes ont modifié les paramètres concernant la vie privée sur leur site (ne m’en demandez pas plus au plan technique, je ne fréquente pas ces sites…), et considèrent que « la norme sociale sur la protection de la vie privée a évolué »… donc qu’ ils peuvent s’asseoir dessus pour faire leur business…
Tags : cultures, internet, jeunes, MédiasDébat sur la laïcité et l’islamisme : Caroline Fourest contre Tariq Ramadan
Jeudi 31 décembre 2009Un débat à ne pas manquer, pour mieux comprendre les conceptions de l’identité nationale ou de la laïcité : la confrontation, lors d’une émission télévisée en novembre 2009, entre Caroline Fourest (journaliste féministe, anti-raciste et spécialiste des extrêmismes religieux) et Tariq Ramadan (philosophe musulman bien connu dans les médias, qui a beaucoup d’influence mais qui est accusé par C. Fourest entre autres de tenir un double discours et de diffuser une pensée islamiste radicale).
Un débat tendu, mais très intéressant, car ces deux intellectuels représentent chacun une conception du multiculturalisme : la laïcité et la stricte égalité hommes-femmes d’un côté, et l’identité religieuse de l’autre, considérée comme plus importante que les principes républicains (50 mn environ au total). Observez les moyens utilisés par T. Ramadan pour contester la longue enquête menée par C. Fourest sur ses discours et ses textes, et faites-vous votre opinion, par vous-même !
1ère partie :
http://www.dailymotion.com/videoxb6cpc
Sociologie des réseaux sociaux du net
Mardi 10 novembre 2009
En juin dernier, a eu lieu un colloque organisé par le Haut Commissariat à la Jeunesse de Martin Hirsch. Voici une conférence du sociologue Dominique Cardon sur les réseaux sociaux sur internet : Twitter, Facebook, etc. (durée : 58 mn, mais vous n’êtes pas obligé de tout regarder bien sûr…)
Intéressant sur le thème de la socialisation et de l’intégration en première et terminale, et pour l’étude des médias en prépa IEP.
Tags : cultures, MédiasA quoi sert un débat sur l’identité nationale ?
Jeudi 5 novembre 2009A l’heure où démarre le « grand débat national » voulu par Eric Besson, ministre de l’identité nationale et de l’immigration, les textes de spécialistes ou de grandes personnalités arrivent, et nous intéressent en SES.
Première source de commentaires : les anthropologues (ou ethnologues) comme l’immense Claude Levi-Strauss, qui vient de mourir. Celui-ci était hostile à la récupération politicienne du thème de l’identité nationale.
En outre, dans Alternatives Economiques, Guillaume Duval demande si les immigrés menacent l’identité nationale (puisque la notion d’identité nationale est systématiquement associée à la question de l’immigration par le gouvernement).
Enfin, l’ancien premier ministre Michel Rocard a donné une interview riche et intéressante au Nouvelobs.com, que je vous invite à lire ci-dessous :
Faut-il un débat sur l’identité nationale ?
Il y a deux retards dans la constitution des nations: l’Italie et l’Allemagne. Mais tout de même l’Italie et l’Allemagne ont ces caractéristiques d’être des communautés linguistiques, qui se donnent un peu après les autres une structure d’Etat.
La France est un cas absolument unique
C’est votre définition ?
C’est un trait culturel. Et toute idée que le cadeau de la France au monde qu’est ce texte puisse être terni, par le fait qu’on donnerait plus d’importante à certains hommes qui sont rassemblés dans l’hexagone sur certains autres, c’est un attentat à la grandeur de la France.
Le débat sur l’identité nationale de la France est-il relancé à des buts électoralistes ?
Ma crainte, c’est qu’on mette des frontières là où il n’en faut pas. C’est que parler de l’identité nationale nous convainque qu’il y a une substance de plus, quelque chose de qualitativement différent, entre ceux qui sont Français et ceux qui ne le seraient pas mais habiteraient quand même notre territoire. C’est ça le risque. Car l’enjeu, c’est une insertion décente de tous ces gens, comme nous l’avons toujours fait.
La victoire de Philippe Auguste à Bouvines [en 1214, NDLR] permet une sorte de fierté nationale. Il a un peu du David contre Goliath dans la bataille du petit royaume de France face à cette immensité qui était en train de se confédérer, le Saint Empire romain germanique. Et on a fait craquer l’empire.
Puis le moment de cristallisation nationale formidable, c’est la bataille de Valmy, sous la Révolution [en 1792, NDLR]. Dans les troupes commandées par Dumouriez, on évalue à moins de 20% ceux qui parlaient français.
Et ensuite arrive la IIIe République avec ses hussards noirs [les instituteurs, NDLR] qui imposent le français dans toutes les écoles.
Tout cela nous donne un art de vivre ensemble, parfois avec une assez grande indifférence au droit du sang, et donc une majoration de l’identité de choix de culture et de volonté d’un destin commun, largement façonné par la Révolution. Et tout cela est assez magnifique. On a même fait vivre cette identité à la Martinique, à la Guadeloupe, au Sénégal et à dans presque toutes nos colonies.
Cela ne me fait pas plaisir de rouvrir la conversation. Je trouve ça complètement imbécile. Il faut bien voir que cette logique de fabrication de la France se détruit si on la ferme. C’est une logique d’ouverture. La France se définit comme une sorte d’orgueil permanent. Moi je suis protestant. Cela veut dire que mes ancêtres sont considérés comme Français depuis ce jour mystérieux d’août 1789 où l’Assemblée constituante a fait citoyens français successivement les protestants, les juifs, les comédiens et les gens de couleur.
Dans l’idée d’arrêter ce mouvement de générosité, il y a quelque chose qui me choque. Parce qu’ouvrir le débat, c’est rechercher l’écriture d’une formalisation instantanée de la description de ce qu’est l’identité française. Or, elle a été dans l’histoire complètement évolutive. Et après tout, si on décide que c’est à la date du 3 août 1789 que s’arrête la fabrication de la France, moi je cesse d’être citoyen.
N’est-ce pas aussi la question de l’immigration qui est sous-entendue dans le débat sur l’identité française ?
Tags : cultures, démocratie, immigration, politiqueUn classique en psychologie sociale : l’expérience de Ash
Vendredi 9 octobre 2009Inutile de commenter : regardez cette petite vidéo d’une expérience américaine amusante (et inquiétante également) sur le conformisme – qu’on peut voir comme une variante de la célèbre expérience de Milgram, mais ici il ne s’agit pas de soumission à une autorité, mais à l’avis du groupe.
http://www.dailymotion.com/group/ses-videos/video/xajeun_experience-de-ash_school
Tags : cultures, politique, sociologieStyles vestimentaires en séries : tous pareils, tous différents
Dimanche 4 octobre 2009Voici un projet artistique très intéressant, et très « SES » également.
Le photographe Ari Versluis a pris des séries de 12 individus ayant strictement le même style vestimentaire, et prenant la même pose ; il a ainsi réalisé une belle collection de « looks », de « tribus » visibles dans toute l’Europe, et même au-delà. Il ne s’agit pas que de mode : on peut trouver tous les âges, tous les gabarits, même des pères de famille avec leur bébé sur le ventre…
http://www.dailymotion.com/video/x725om_interview-dari-versluis-membre-du-c_creation
Voici son site qui réunit tous les styles dans une seule planche : découvrez le vôtre ! http://www.exactitudes.com/
Toutes ces séries donnent le vertige, mais c’est l’occasion de réfléchir sur les groupes auxquels nous appartenons, sur la construction de notre style personnel dans un monde où l’on est souvent jugé sur les apparences…
Ce qui me paraît intéressant dans le projet d’Ari Versluis, c’est qu’il donne à voir les trois échelles de la société : l’échelle « macro », lorsqu’on regarde de loin, et qu’on ne voit que des blocs et des couleurs ; l’échelle « méso », cad. les groupes sociaux de dimension moyenne (ici par série de 12) ; enfin l’échelle « micro », lorsque l’on s’approche de plus près et qu’on s’aperçoit des détails qui définissent le style personnel de chaque individu (comme le photographe le dit dans son interview).
Ainsi, on sort de l’opposition binaire société-individu, et l’on se concentre sur le regard, la focale utilisée ; en réalité, société globale, groupes intermédiaires et individus coexistent et sont en interaction permanente pour construire la réalité sociale. C’est instructif pour les élèves, et même pour les profs (afin de se méfier des jugements hâtifs dans leur classe ou en salle des profs)

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