Les plans de rigueur expliqués par les Playmobil

Samedi 17 décembre 2011

Une vidéo sympa réalisée par Jessica Dubois, journaliste, et Eric Heyer, économiste :

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Paul Krugman contre les libéraux

Dimanche 16 octobre 2011

 

Paul Krugman

UN ARTICLE DU PRIX NOBEL D’ECONOMIE dans le grand quotidien le New York Times, contre l’irréalisme des libéraux, qui vivent selon lui « dans le terrier du lapin blanc » (dans Alice au pays des merveilles…) :

L’ECONOMIE DU TERRIER DU LAPIN BLANC

Lire le compte-rendu du débat des républicains de mardi au sujet de l’économie est comme tomber dans le terrier du lapin blanc pour quiconque a un peu suivi les évènements de ces dernières années.

Tout à coup, on se retrouve dans un monde merveilleux où rien ne semble se produire comme dans la vie réelle.

Et puisque la politique économique est en relation avec le monde dans lequel nous vivons, pas le monde merveilleux issu de l’imagination du « Grand Old Party » (surnom du Parti Républicain – de droite donc : E.B.), l’idée que l’une de ces personnes puisse être notre prochain président est franchement terrifiante.

Dans le monde réel, les évènements récents ont réfuté de façon dramatique cette orthodoxie du libre marché qui régit la politique américaine depuis trois décennies. Avant tout, la longue croisade contre les réglementations financières, les efforts couronnés de succès pour défaire les règles de prudence établies après la Grande Dépression sous prétexte qu’elles n’étaient pas nécessaires, tout ceci a fini par démontrer - et la nation en a payé le prix fort - que ces règles étaient finalement nécessaires.

Dans le terrier du lapin blanc, rien de tout ça n’est arrivé. On ne s’est pas retrouvé en crise à cause de prêteurs privés à la dérive comme Countrywide Financial. On ne s’est pas retrouvé en crise parce que Wall Street a prétendu que trancher, débiter et restructurer des créances douteuses pourrait, on ne sait comment, créer des actifs notés AAA- et les agences de notation privées ont joué leur jeu. On ne s’est pas retrouvé en crise parce que des « banques parallèles » comme Lehman Brothers ont exploité des failles dans la réglementation financière pour créer des menaces de type bancaire sur le système financier sans être assujetties aux limites bancaires sur la prise de risque. Non, dans l’univers du parti républicain, on s’est retrouvé en crise par la faute du député Barney Frank, qui a obligé les banques sans défense à prêter de l’argent à des pauvres qui ne le méritaient pas.

Oui, j’exagère un peu, mais pas beaucoup. Le nom de Frank a été assimilé encore et encore au méchant de la crise, et pas seulement dans le contexte de la loi de réforme financière Dodd Frank, que les républicains veulent abroger. Il est fabuleux de constater sa soi-disant influence étant donné qu’il est démocrate et que la plus grosse partie des créances douteuses qui handicapent aujourd’hui notre économie ont été effectuées alors que George W. Bush était le président et que les républicains contrôlaient la Chambre des représentants d’une main de fer. Mais il reste le méchant numéro un quand même.

La diabolisation de Frank mise à part, c’est désormais évident que la ligne du parti républicain est de prétendre que le gouvernement est responsable de l’ensemble du problème. Il faut savoir que cette ligne de pensée s’est durcie alors même que les supposées preuves quant au gouvernement étant le principal méchant de la crise ont été discréditées. Le fait est que les règles gouvernementales n’ont pas forcé les banques à effectuer des créances douteuses et que les prêteurs soutenus par le gouvernement, alors qu’ils se sont mal comportés sur de nombreux points, ne comptabilisent que peu de ces prêts vraiment à hauts risques qui ont alimenté la bulle immobilière.

Mais tout ça c’est du passé. Que veulent faire les républicains aujourd’hui ? En particulier, que veulent-ils faire concernant le chômage? Eh bien ils veulent renvoyer Ben Bernanke, le président de la Réserve Fédérale - non parce qu’il n’en fait pas assez, ce qu’on pourrait lui reprocher, mais parce qu’il en fait trop. Ils ne proposent donc évidemment aucune action visant à créer des emplois via une politique monétaire.

Lors du débat de mardi, Mitt Romney a cité de façon fortuite N. Gregory Mankiw d’Harvard comme l’un de ses conseillers. Combien de républicains savent que Mankiw était d’avis, judicieusement selon moi, de permettre une inflation délibérée par la Réserve Fédérale afin de résoudre nos problèmes économiques ?

Ainsi donc pas de réparation monétaire. Quoi d’autre? Eh bien, Rick Perry, tel le Cheshire Cat, semblant disparaître, petit à petit, jusqu’à ce qu’on n’aperçoive plus que ses cheveux, a affirmé, de façon peu plausible, qu’il pourrait créer 1,2 million d’emplois dans le secteur énergétique. Parallèlement, Romney a appelé à des baisses d’impôts permanentes - en somme, revivons les années Bush ! Et Herman Cain ? Oh, peu importe.

A propos, quelqu’un d’autre a-t-il noté la disparition des déficits budgétaires en tant que souci premier des républicains depuis qu’ils ont commencé à parler de baisses d’impôts pour les entreprises et les riches ?

Tout cela est assez drôle. Mais c’est également, comme je l’ai dit, terrifiant. La Grande Récession aurait dû être une énorme sonnette d’alarme. Il était impossible que quelque chose comme ça se produise dans le monde moderne. Tout le monde, et je dis bien tout le monde devrait procéder à une véritable introspection, et se demander combien de ce qu’il ou elle croyait vrai ne l’est pas en réalité.

Mais le GOP a répondu à la crise non pas en repensant son dogme mais en adoptant une version encore plus brutale de ce dogme, devenant ainsi une caricature de lui-même. Pendant le débat, les présentateurs ont diffusé un clip de Ronald Reagan demandant une augmentation des recettes ; aujourd’hui, aucun homme politique espérant jouer un rôle dans le parti de Reagan n’oserait dire une chose pareille.

C’est terrible lorsqu’un individu perd pied avec la réalité. Mais c’est encore pire lorsque la même chose arrive à un parti politique entier, un parti qui a déjà le pouvoir de bloquer toutes les propositions du président et qui pourrait bientôt contrôler tout le gouvernement.

Paul Krugman 

© 2011 New York Times News Service

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Rencontre avec les « Economistes atterrés »

Samedi 15 octobre 2011

Les Economistes atterrés sont un groupe de plusieurs centaines d’économistes renommés voulant rompre avec les idées dominantes face à la crise et à la finance : ce ne sont pas des extrêmistes, seulement des spécialistes qui pensent que l’on peut gouverner autrement l’économie, et qui le prouvent par des raisonnements rigoureux.

Voici une vidéo très intéressante sur une rencontre du journal en ligne Mediapart avec quelques-uns de ces économistes, le 10 octobre - bien que longue, mais vous pouvez vous arrêter quand vous voudrez…

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Comprendre la dette publique en 10 minutes

Vendredi 7 octobre 2011

Une petite vidéo très bien faite, pour comprendre la crise des dettes publiques aujourd’hui…

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Peut-on annuler la dette de la Grèce ?

Jeudi 6 octobre 2011

« Y’a qu’à annuler les dettes »

Guillaume Duval – mensuel « Alternatives Economiques » – Article Web – 06 octobre 2011

La Grèce ne pourra pas rembourser sa dette entièrement, explique Guillaume Duval dans sa chronique sur Radio Nova. Il faut donc en supprimer une partie, sans pour autant généraliser ce type de pratiques, sous peine de créer un « aléa moral » : sachant qu’on viendra les tirer d’affaire, les débiteurs auraient tendance à prendre des risques inconsidérés.

Face à la crise des dettes publiques dans la zone euro, on considère souvent qu’il suffirait d’annuler les dettes des Etats. Mais, pour vous, c’est quand même une affaire compliquée…

En effet. Il ne fait guère de doute désormais que la Grèce est totalement incapable de rembourser les 350 milliards d’euros de dette publique qu’elle a accumulés. Et qu’il faudrait en annuler une part beaucoup plus importante que les 21 % prévus par l’accord européen du 21 juillet dernier. Il y a cependant de bonnes raisons à ce que les Européens hésitent avant d’utiliser ce remède à grande échelle.

En quoi est-ce si risqué ?

La relation créancier-débiteur est au cœur de la dynamique économique. C’est en effet le crédit qui permet de financer des projets qui permettront de créer des richesses supplémentaires demain avec de l’argent qu’on n’a pourtant pas mis de côté jusque-là. C’est ce mécanisme qui a permis la croissance si impressionnante des économies monétaires. Le crédit n’a pu cependant se déployer que parce que la relation créancier-débiteur a été encadrée très strictement par les pouvoirs publics. Le crédit marche en effet tant que le créancier « croit » (crédit vient du verbe latin credo, je crois) que le débiteur va effectivement le rembourser plus tard. S’il a de bonnes raisons de penser qu’il ne retrouvera pas sa mise, il n’a plus aucune raison d’accepter de prêter. Et c’est la stagnation économique.

Et comment éviter cela ?

Toutes les sociétés ont prévu des contraintes fortes pour amener les débiteurs à rembourser effectivement l’argent qu’ils ont emprunté. Elles ont cependant reconnu aussi que rien ne sert de s’acharner lorsque tel ou tel débiteur ne parvient plus à rembourser tout ce qu’il doit. Dans ce cas, le meilleur moyen de ne pas tout perdre est encore de renoncer à une partie des créances qu’on détient.

D’où la mise en place de procédures de faillites pour les entreprises ou de pratiques similaires pour les particuliers. Ces procédures restent néanmoins associées à des conditions strictes imposées au débiteur. En effet, un traitement trop laxiste risquerait d’encourager ce qu’on appelle l’ »aléa moral » : sachant qu’on viendra les tirer d’affaire, les débiteurs auraient tendance à prendre des risques inconsidérés.

D’accord mais quid des Etats ?

Ce sont des débiteurs très particuliers. Ils ont tout d’abord la capacité d’obliger entreprises et ménages présents sur leur territoire à payer les dettes contractées à leur égard avant celles qu’ils doivent à d’autres acteurs privés. De plus, ils peuvent imposer à leurs administrés des impôts supplémentaires, alors que ménages ou entreprises n’ont aucun moyen d’obliger leurs clients à payer des prix supérieurs ou leurs employeurs d’augmenter leurs salaires. Pour ces raisons, les Etats sont considérés comme les débiteurs les plus sûrs. En conséquence de quoi ce sont aussi eux qui, traditionnellement, bénéficient des taux d’intérêt les plus bas.

Mais, dans ces conditions, reconnaître qu’un Etat est insolvable menace non seulement sa propre crédibilité mais aussi celle de tous les autres Etats de la zone euro. Conduisant du coup à une forte hausse des taux d’intérêt qui leur sont accordés. C’est la raison pour laquelle, les Européens ont tardé à reconnaître que l’Etat grec était dans une telle situation… Il faut maintenant annuler une bonne partie de sa dette, mais il faut aussi dans le même temps montrer de façon crédible qu’on ne fera pas la même chose pour l’Espagne ou l’Italie, sinon tout risque de partir en vrille. Et ça n’a rien d’évident…

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L’accord sur la dette fédérale américaine est un « désastre », selon Krugman

Mardi 2 août 2011

On s’en doutait, mais PAUL KRUGMAN, grand économiste progressiste, et Prix Nobel d’économie 2008, nous le confirme : l’accord trouvé in extremis entre Démocrates et Républicains hier soir, en vue d’augmenter le plafond de la dette fédérale américaine, n’a rien d’une bonne solution.

Le président OBAMA peut apparaître comme celui qui a surmonté le blocage – ce qui est bon pour son image et sa crédibilité, pour la prochaine élection présidentielle – mais il voit sa politique complètement dénaturée par les concessions très importantes (et qui auraient pu être évitées en anticipant il y a plusieurs mois) faites à l’aile la plus dure des Républicains (cad. la plus ultralibérale, hostile à toutes les dépenses de l’Etat et tous les impôts) : le « Tea Party ».

Paul Krugman : « L’accord (sur la dette américaine) est un désastre »

01-08-11 à 14:01 par la rédaction de Challenges.fr

Avec l’accord sur le relèvement du plafond de la dette américaine survenu dimanche, les Etats-Unis auraient évité la catastrophe. Faux, répond le prix Nobel d’économie 2008.

Paul Krugman (c) Sipa Paul Krugman (c) Sipa

Alors que les investisseurs célèbrent l’accord entre Démocrates et Républicains sur le relèvement du plafond de la dette par une reprise sur les marchés, le célèbre chroniqueur économique du New York Times, Paul Krugman, fustige ce lundi 1er août une « capitulation » du président Barack Obama et prédit des conséquences désastreuses sur l’économie américaine.

« L’accord, compte tenu des informations disponibles jusqu’à présent, est un désastre, et pas seulement pour le président Obama et son parti. Il causera des dommages à une économie déjà en crise. Cela va probablement aggraver, et non améliorer, le problème de déficit des Etats-Unis sur le long terme », s’inquiète le Prix Nobel d’économie 2008. Et de prédire plusieurs années de déclin pour l’activité américaine.

Barack Obama, otage des extrémistes Républicains

« Les termes de l’accord s’apparentent à une abjecte capitulation de la part du président. D’abord il va y avoir de grosses coupes dans les dépenses mais aucune augmentation des recettes. Ensuite, une commission spéciale du Congrès rendra un avis sur les réductions budgétaires supplémentaires à envisager. Et si ces recommandations ne sont pas acceptées, il y aura automatiquement des coupes supplémentaires », s’insurge celui qui vilipende souvent la politique du président américain depuis son élection.

Barack Obama capitulerait-il trop facilement face à ses opposants ? Oui, répond sans hésiter Paul Krugman, pour qui ce scénario n’était pas inéluctable. Le président américain n’a pas su anticiper les problèmes de la dette américaine, selon l’économiste. A commencer par la réaction des Républicains, traditionnellement hostiles à tout accord avec leurs rivaux démocrates. Le président des Etats-Unis « aurait dû dès décembre demander un relèvement du plafond de la dette ». Au final, c’est bel et bien le président Obama qui s’est retrouvé pris en otage, forcé de négocier et d’abdiquer au profit des « extrémistes de l’aile droite politique »

La rigueur budgétaire fustigée

Alors que l’accord prévoit une réduction des dépenses de 2.500 milliards de dollars, l’économiste tance la rigueur budgétaire. « La pire chose que vous puissiez faire dans ces circonstances est de réduire les dépenses du gouvernement, car cela aggravera encore plus la dépression économique. Ne tenez pas compte de ceux qui invoquent la fée ‘confiance’, et qui prétendent que la rigueur budgétaire rassure les investisseurs et les consommateurs, les encourageant à dépenser plus. Cela ne marche pas comme ça, l’Histoire l’a déjà prouvé de nombreuses fois », écrit-il, avant d’ajouter: « Ceux qui demandent aujourd’hui des coupes dans les dépenses sont comme les docteurs du Moyen-âge qui traitait les malades en les saignant, les rendant au final encore plus malades.

« Ne vous y trompez pas, nous assistons ici à une catastrophe sur plusieurs niveaux ». Economique et politique, précise l’économiste, les Démocrates venant de prouver qu’ils étaient incapables de faire pression sur leurs opposants Républicains. Mais pire encore, s’inquiète Paul Krugman, « comment la démocratie américaine peut-elle fonctionner quand un parti, suffisamment préparé pour être impitoyable et pour menacer la sécurité économique de la nation, parvient à dicter sa politique ? »

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« L’Argent-Dette II » : documentaire à ne pas manquer

Samedi 30 juillet 2011

A l’heure où l’on parle des problèmes des dettes publiques, dans tous les pays développés, et en particulier en Europe et aux Etats-Unis, c’est l’occasion de revenir sur le travail du réalisateur québécois Paul Grignon, qui a réalisé il y a quelques années un documentaire intitulé « L’Argent-Dette », qui a fait beaucoup parler de lui, à la fois pour ses qualités pédagogiques, et certains défauts.

Mais il n’en reste pas moins que ce documentaire est très utile pour comprendre les mécanismes de la création monétaire.

Voici aujourd’hui la suite : « L’Argent-Dette II : Promesses chimériques » : qui présente les mêmes phénomènes d’une autre manière, et pose des questions importantes aux citoyens que nous sommes tous :

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La politique aujourd’hui : le « storytelling »

Mardi 21 juin 2011

UN DOCUMENTAIRE SUR UN SUJET PASSIONNANT dans le domaine de la communication politique : la technique du « STORYTELLING » (mettre en scène une action, une campagne de communication, sous la forme d’une histoire qu’on raconte, comme un feuilleton, un récit, une épopée…)

On peut ainsi vendre un « candidat », ou même une guerre, et manipuler les foules avec les mêmes techniques utilisées pour lancer une nouvelle voiture ou un film de cinéma… La réalité et la fiction se confondent, avec parfois des dérives terribles (comme lors de la guerre en Irak) :

1ère partie :

2ème partie :

3ème partie :

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Un ministre veut lutter contre « les dérives de l’assistanat »

Lundi 9 mai 2011

LAURENT WAUQUIEZ, ancien secrétaire d’Etat à l’Emploi et actuel ministre des Affaires européennes, propose – avec son mouvement politique « La Droite sociale » – un projet de loi contre « l’assistanat », et souhaite notamment limiter l’ensemble des aides sociales perçues par une personne à 75 % du SMIC.

Lire l’article dans le quotidien (favorable au gouvernement) LE FIGARO.

Un bon exemple d’actualité à citer dans une accroche d’introduction d’un devoir en terminale, pour un sujet sur la protection sociale ou l’emploi…

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Concours d’entrée à l’ENA : triste et conformiste…

Lundi 2 mai 2011

L’Ecole Nationale d’Administration recrute les futurs hauts fonctionnaires de l’Etat.

01 mai 2011

Les candidats à l’Ena manquent de couleurs

Dans le hall de l'Ena à Strasbourg, 21 janv 2009 (Vincent Kessler, Reuters)
De bons élèves, bosseurs, capables de résumer des dossiers et de construire des plans, mais souvent ternes et terriblement conformistes: c’est le portrait que dresse la présidente du jury du concours 2010 à l’ENA des candidats qu’elle a vu défiler. De futurs hauts fonctionnaires prêts à se fondre dans un moule mais bien moins à innover ou à se démarquer.

Chaque année, le président du jury – qui préside en fait les trois concours d’entrée (externe, interne et le « troisième concours » pour les candidats ayant déjà une expérience professionnelle) – tire le bilan de son expérience. Il relève ce qui a plus ou moins bien marché et fait des recommandations. La note doit servir à améliorer le concours, et donc le recrutement de la haute fonction publique.

Le rapport de Michèle Pappalardo – une énarque, conseillère maître à la Cour des comptes – est particulièrement instructif. Dans un style direct – ses précédesseurs sont souvent plus maniérés -, elle confie ses surprises et ses déceptions.

Il ressort que les jeunes ont une image bien tristounette de l’administration et que le conservatisme ambiant a de beaux jours devant lui. On y voit des candidats convenus, sans grand relief ni originalité, qui ne se distinguent guère les uns des autres. D’où l’intérêt d’ »ouvrir » le recrutement grâce à la nouvelle prépa Ena pour étudiants boursiers qui, la première année, n’a pas réussi à faire entrer de candidat.

Seuls ceux du troisième concours – ingénieurs, consultants, journalistes, sportifs de haut niveau, etc -, souvent personnels et inventifs, dénotent.

« J’ai deux regrets majeurs, résume Michèle Pappalardo: trop de conformisme et pas assez de diversité« .

- A propos de conformisme: « Nous n’avons pas été éblouis par l’originalité des candidats, écrit-elle, à commencer par leur apparence vestimentaire: à part un corsage, deux vestes et une cravate colorées et un seul pantalon de velours… tous les autres candidats étaient en costume-cravate et tailleur noir ou anthracite, voire bleu marine; en outre certains étaient visiblement mal à l’aise dans ces tenues qui n’étaient pas à leur taille. Cela donne le sentiment que les candidats ont une image de l’Ecole et de la fonction publique très conformiste, à l’image de cet «uniforme» qu’ils se sont efforcés d’endosser« .

L'Ena à Strasbourg le 19 fev 2009 (Vincent Kessler, Reuters) Les « originaux », venus avec un peu de couleur sur le dos, ont presque tous été admis, précise-t-elle, « pas tant pour leur tenue que parce qu’elle était en phase avec un certain tempérament, une capacité à s’affirmer dans l’échange avec le jury. »

Le  conformisme est aussi dans les têtes. A l’écrit, souligne la présidente du jury, « les candidats se sont souvent contentés de résumer les dossiers qui leur étaient proposés sans y apporter de dimension personnelle« .

A l’oral, il faut insister pour avoir une opinion un peu personnelle: « peu nombreux sont les candidats qui cherchaient réellement à convaincre le jury de leur position ou même qui ont «osé» donner leur avis (…). » Lorsque le jury cherchait à discuter avec eux, « souvent soit ils ne savaient pas, soit ils ne voulaient pas argumenter et défendre leur position et étaient donc tout à fait prêts à en changer dès qu’un contre argument leur était présenté« .

- A propos du manque de diversité, Michèle Palappardo s’attarde d’abord sur le peu de femmes admises. En 2010, pour les trois concours, elles étaient 26 sur 80 reçus, soit 32,5% – contre 36,25% en 2009, 38,75% en 2008, 36,20 % en 2007.

C’est au concours externe que la situation est la pire: 30% de reçues alors qu’elles sont 44,6% de candidates – loin des 37,5% de reçues en 2009, 40% en 2008 et 41,5% en 2007.

« La réduction du taux de réussite des candidates au concours et l’écart qui s’accroît entre le taux de féminisation des inscrits et des reçus mériteraient d’être analysés pour essayer de corriger cette évolution très regrettable« .

La diversité sociale ou ethnique est plus difficile à mesurer, faute d’éléments tangibles. Michèle Pappalardo souligne que quelques candidats issus de l’immigration – « de pays méditerranéens ou d’Europe de l’Est » – ont réussi le concours. Mais cela reste infime.

Elle avance une explication à cette homogénéité: les candidats sortent trop des mêmes formations, des mêmes prépas et des mêmes écoles – Sciences Po Paris pour le concours externe. Ils sont trop formatés.

En 2010, sur les 19 admis qui ont suivi une année de prépa, 11 l’ont fait à Sciences Po et 8 à Paris I – ENS (l’Ecole normale supérieure).

De plus, parmi les 40 reçus, 33 sont diplômés de Sciences Po et 1 est en 4ème année. Les autres sont diplômes de Paris I (Panthéon-Sorbonne et ENS), des Ponts et Chaussées, de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP) ou d’HEC.

A leur décharge, estime Michèle Pappalardo, les attentes du jury ne sont pas assez claires. Du coup, ne sachant pas trop ce qui est valorisé, les candidats et les prépas préfèrent assurer et être consensuels.

Reste que dans le Bulletin Quotidien du 1er avril,- une lettre d’informatoin destinée aux « décideurs » -, on liste avec délice tous « les fils » et « filles de », et même « petits-fils de », qui ont réussi l’Ena. Gloire aux héritiers !

Crédits photos: Un élève regardant les photos des anciennes promotions dans le hall de l’Ena à Strasbourg le 21 janvier 2009 (Vincent Kessler, Reuters); l’entrée de l’école le 19 février 2009 (V. Kessler, Reuters)

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