Vous vous souvenez que j’avais émis de gros doutes en cours sur l’existence des fameux cycles longs dits de Kondratieff… J. Schumpeter avait repris les travaux de cet économiste russe des années 20 (qui, le pauvre, était mort dans un camp communiste, on ne sait pas à quelle date ni pourquoi, mais sa théorie prévoyant des phases de récession longues semble peu compatible avec l’optimisme de la révolution bolchévique…). Mais dès la sortie d’un des premiers grands ouvrages de Schumpeter, Théorie de l’évolution économique (Business cycles) en 1938, son style littéraire, peu rigoureux (malgré des idées très intéressantes et originales), avait été critiqué (par exemple par le grand économiste français François Perroux, dans sa préface de l’ouvrage).
De nombreux historiens économiques ont rejeté depuis longtemps cette théorie des cycles longs, trop simple (les « cycles des affaires » d’une dizaine d’années, dits « Juglar », sont mieux admis). Mais à la faveur de l’avènement de la « nouvelle économie » (retenez cette expression : »à la faveur de… » – pour « grâce à… », « en profitant de… » -, elle est classe…
), certains théoriciens ont remis la théorie de Schumpeter au goût du jour – on les appelle les néo-schumpéteriens.
Vous pouvez lire ci-dessous, un échange intéressant sur la liste de discussion des profs de SES, entre une collègue de SES qui pose une question là-dessus, et un autre professeur de SES, très fort sur tous les sujets, Arnaud Parienty :
Amélie Jeammet a écrit :
> … la crise actuelle, on en fait quoi ? C’est la fin d’une phase ascendante dont
> on n’a même pas vu la couleur chez nous, mais seulement aux USA, en
> Chine et en Inde (pour faire vite) et qui aurait commencé dans le
> début des années 1990 ? (et n’aurait donc duré que 17 ans) : dans ce
> cas, ça voudrait dire que la phase ascendante du cycle en cours a été
> particulièrement courte (17/18 ans)…
> Y’a pas des experts de Schumpeter et Kondratieff sur cette liste ?
Les cycles de Kondratieff sont des régularités statistiques observées
pour le XIXè siècle par le statisticien russe éponyme concernant le
rythme d’évolution des prix et de la production. Kondratieff suggère
plusieurs explications possibles à la régularité qu’il a cru déceler. A
la même époque, Schumpeter développe ses théories sur le lien entre
innovation et cycles. Il en fait ensuite (en 1939) une théorie des cycles.
Konfratieff est mort dans les camps communistes à une date inconnue.
Schumpeter est mort dans son lit en 1950. Difficile donc de les faire
sortir de leur tombe pour évoquer les cycles des années 2000. Cependant,
certains historiens approximatifs (oxymore) comme Asselain ayant réfuté
l’idée schumpetérienne du lien cycles – innovation, les
néo-schumpetériens (G.Mensch, mais aussi les évolutionnistes tels que
Nelson et Winter) ont précisé les choses (cf le dossier du Nathan). Et
ça colle assez bien avec l’évolution récente : reprise dans les années
40, phase B commençant vers le 1er choc pétrolier et, si les cycles
existent toujours, se finissant entre 1993 et 2003. De fait, le
redémarrage de la productivité américaine et la fin du paradoxe de Solow
à partir de 1995 collent bien avec cette analyse. Mais les preuves
statistiques ne seront pas disponibles avant une vingtaine d’années, au
minimum…
Quant à la crise actuelle, elle se déroule dans un horizon temporel
différent ; lors d’une phase A, les récessions sont courtes et de plus
faible ampleur que dans les phases B. C’est bien ce qui s’est passé lors
de la récession de 2001. Quant à celle de 2008-2009, il ne serait pas
très sérieux de prétendre en estimer l’ampleur maintenant. Par ailleurs,
il est important de ne pas céder à un tropisme hexagonal : la croissance
mondiale a été élevée en 2007, elle sera encore assez forte en 2008. et
cela même si des provinces éloignées telles que la France ne suivent pas
le rythme.
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