De grands économistes français adoptent une lecture marxiste de la crise !

Jeudi 7 janvier 2010

Patrick Artus, économiste en chef de la banque d’investissement Natixis, vient de publier une note intitulée “Une lecture marxiste de la crise”… alors qu’il n’a pas la réputation d’être marxiste ni anti-capitaliste, loin de là.

Oui, c’est incroyable mais vrai : un économiste bien connu, qui travaille pour une banque, nous explique (avec de nombreux chiffres à l’appui) que l’excès de capital au niveau mondial entraîne des surcapacités de production, d’où un risque de baisse du taux de profit et par conséquent une accentuation de l’exploitation des salariés, etc. Je rappelle que Karl Marx prévoyait au milieu du XIXe s. la fin du capitalisme, tout simplement, et la fin des classes sociales, à la suite d’une révolution du prolétariat, lorsque l’exploitation serait trop forte…

2009 a été l’année de la redécouverte de Keynes par les économistes (mais Keynes n’a pas jamais dénoncé l’exploitation des travailleurs, ni prôné la fin du capitalisme, au contraire !) ; 2010 sera-t-elle l’année de Marx ? 

Si un économiste très connu adopte courageusement ce point de vue (j’attends les réactions de ses collègues…), ne serait-ce pas parce que le capitalisme lui-même aurait connu une formidable régression ces dernières années vers le mode de régulation du XIXe s., c’est-à-dire la concurrence et l’exploitation sauvages (peut-être même pires qu’au XIXe s., car nous disposons de moyens financiers et technologiques incomparablement plus puissants) ?…

Quelques mois plus tôt, dans le même ordre d’idées, un autre économiste reconnu (et pas non plus classé à l’extrême-gauche), professeur à l’Ecole normale supérieure, Philippe Askenazy montrait (dans quatre petites vidéos à voir ici) que le partage de la valeur ajoutée s’effectue de nos jours au bénéfice exclusif des entreprises : celles-ci maintiennent la part du profit dans la valeur ajoutée (taux de marge) même en période de récession, alors que la part des salaires stagne et que le travail devient de plus en plus précaire : “travail précaire, capital protégé”… et tous les risques du capitalisme sont pris en charge par les travailleurs, qui ne sont pour rien dans les dérives qui ont abouti à la crise actuelle…

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Le multiplicateur keynésien peut-il jouer aujourd’hui ?

Vendredi 18 décembre 2009

Voici tout d’abord un article de Marianne à propos du Grand Emprunt lancé cette semaine par M. Sarkozy.

Un jeune économiste, Gilles Raveaud, se demande si le mécanisme du multiplicateur mis en avant par Keynes pourrait jouer de nos jours dans une politique de relance, contre la crise : en fait, les choses ne sont pas si simples…

http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/2009/01/12/relance-du-reve-keynesien-a-la-realite/#

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Plan de relance français : 25 milliards injectés, 400 000 emplois sauvés, selon le ministre

Mardi 3 novembre 2009

Dans un entretien, le ministre chargé de la relance, Patrick Devedjian, annonce que 25 milliards d’euros ont d’ores et déjà été injectés dans l’économie pour la relance, et qu’ainsi 400 000 emplois seraient sauvés.

Lire la suite dans Le Figaro  (quotidien plutôt favorable au gouvernement)

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On peut prévoir une reprise très molle en 2010

Lundi 19 octobre 2009

En dépit de l’optimisme affiché du gouvernement – qui annonce une croissance de plus de 1 % en 2010, selon le Premier Ministre – le quotidien Le Monde propose une analyse bien plus prudente, et s’attend à une “reprise décevante” en 2010 :

Les données publiées ces derniers mois laissent penser que la France a connu à nouveau, au troisième trimestre, une croissance de son produit intérieur brut (PIB) : l’Insee prévoit une hausse de 0,5 %, après 0,3 % au deuxième trimestre. Au second semestre, la croissance française sera ainsi dans le vert et celle de la zone euro y reviendra. Pour la suite, le premier ministre, François Fillon, a versé dans l’optimisme, mardi 13 octobre, en laissant entendre que l’hypothèse du budget 2010 (une hausse de 0,75 % du PIB) serait sans doute dépassée : « Les prévisions que je fais pour l’année 2010, les économistes disent qu’elles sont trop prudentes, qu’on aura sans doute plus de 1 % de croissance. » La crise ne sera-t-elle alors déjà qu’un mauvais souvenir ?

 

Il faut le souhaiter. Mais rien n’assure que le rebond observé actuellement – de part et d’autre de l’Atlantique – se prolongera à l’identique : « Depuis six mois, un fort rebond a été enregistré grâce aux politiques de relance budgétaire et monétaire, aux perfusions – a priori temporaires – apportées à certains secteurs, comme l’automobile ou l’immobilier, et à l’effet technique de la fin du déstockage des entreprises, qui conduit à un redémarrage de la production sensible sur un ou deux trimestres », souligne Bruno Cavalier, chef économiste de la société de Bourse Oddo.

En 2010, une phase de « transition » s’ouvrira, où la demande privée devra prendre le relais. Or le doublement du prix du pétrole (de 33,87 dollars en décembre 2008 à plus de 75 dollars, soit 50,30 euros aujourd’hui) ou les difficultés d’accès au crédit vont peser lourdement. La zone euro sera aussi particulièrement pénalisée par la flambée de la monnaie unique face à un billet vert affaibli : le cours de l’euro est passé de 1,25 dollar en février à près de 1,50 dollar…

En 2009, l’investissement public s’est substitué autant que faire se peut à la demande privée. « Mais cet effet s’essoufflera à partir de la mi-2010 » en France, prévient Natacha Valla, économiste de Goldman Sachs. « Qu’est-ce qui prendra le relais ? L’investissement des entreprises et la consommation des ménages ne semblent pas en mesure de reprendre vigoureusement ; reste à savoir si le commerce extérieur sera suffisamment dynamique », indique-t-elle. Mais la compétitivité des produits fabriqués en zone euro est aujourd’hui sous pression : « Le taux de change fondamental de l’euro se situe autour de seulement 1,15 à 1,20 dollar. L’Europe, qui n’est pas à l’origine de la crise, risque d’être le dindon de la farce et d’être la dernière zone à redémarrer véritablement », estime l’économiste Marc Touati, directeur général de la société de Bourse Global Equities. Il évalue le coût de cet euro trop fort à environ 0,8 point de PIB en 2009 et 0,5 point en 2010 – en France comme dans la zone euro. « La Banque centrale européenne a trop joué avec le feu en tardant à abaisser ses taux d’intérêt et en les maintenant à 1 %, alors que ses homologues se sont toutes rapprochées rapidement de 0 %, ce qui a encouragé l’euro trop fort », poursuit-il.»

M. Touati anticipe toutefois une baisse de l’euro à partir du printemps ou de l’été 2010, permettant de réduire les effets du change « à partir de l’automne 2010 ». Aujourd’hui, en effet, les Européens paient le risque qu’ont pris les responsables américains de relancer leur économie par des moyens non conventionnels – comme la monétisation de la dette publique ou des taux d’intérêt proches de 0 % -, ce qui mine le dollar, tandis que la BCE est restée plus orthodoxe. Une fois que la reprise de l’économie sera installée outre-Atlantique, produisant une tension des taux d’intérêt américains à long terme, le dollar retrouvera de la vigueur. Un autre scénario est possible, mais pas souhaitable : la Réserve fédérale américaine (Fed) pourrait être obligée, en cas de crise de confiance sur le billet vert, d’augmenter plus tôt que prévu ses taux directeurs.

Par ailleurs, pour que les mesures de relance entraînent l’économie de la zone euro, elles doivent être accompagnées d’une reprise du crédit, qui est loin d’être acquise. Les entreprises sont confrontées à la frilosité des banques et à un taux d’utilisation de leurs capacités de production encore historiquement bas, et donc peu incitatif pour investir.

En France, Mme Valla attend plutôt de 2010 « un rebond technique des investissements des entreprises après une chute brutale ». « Si certaines grandes entreprises peuvent à nouveau se financer à des conditions intéressantes sur les marchés, des difficultés persistent pour les secteurs cycliques ou les entreprises les plus fragiles. Quant aux PME, elles sont aux prises avec des problèmes urgents d’accès au crédit, notamment de trésorerie, simplement pour financer leur exploitation avant même de songer à investir », indique-t-elle. Les ménages sont aussi touchés : « On peut espérer seulement que la phase aiguë de la crise immobilière sera passée et que l’investissement dans le logement arrêtera de freiner la croissance, mais pas qu’il la soutiendra », prévoit M. Cavalier. De plus, la deuxième vague – sociale – de la crise et la hausse des prix de l’énergie feront sentir leurs effets.

« La consommation des ménages sera durablement affectée par la montée du chômage et la fin de la désinflation », juge Mme Valla.

Enfin, l’hétérogénéité de la zone euro, porteuse de tensions sur les marchés obligataires et de difficultés pour piloter la politique monétaire de la BCE, représente un autre risque. « L’Allemagne et la France, qui n’ont pas connu les comportements les plus extrêmes et les plus aberrants dans la bulle du crédit, s’en sortiront le mieux. A l’inverse, je ne serais pas surpris que l’Espagne subisse encore une contraction de son PIB l’an prochain car elle a perdu son moteur de croissance : le surdimensionnement incroyable du secteur immobilier », dit M. Cavalier. Et la situation restera aussi difficile à la périphérie de la zone, au Royaume-Uni et dans les pays d’Europe de l’Est.

Finalement, « l’année 2010 va décevoir ceux qui extrapolent la poursuite de l’amélioration que l’on observe depuis six mois, en fait très largement due à des phénomènes techniques et temporaires. Elle va aussi décevoir ceux qui pensent que nous allons renouer rapidement avec les rythmes de croissance des cinq années d’avant-crise », conclut M. Cavalier. C’est même à « un affaissement des rythmes d’activité » que l’on assisterait, selon lui, au premier semestre 2010, de part et d’autre de l’Atlantique. M. Cavalier attend 0,9 % de croissance en zone euro en 2010, 1 % en France et 2 % aux Etats-Unis, mais ces chiffres traduisent « en grande partie des phénomènes statistiques dits d’acquis de croissance de la fin 2009 ». Dans l’Hexagone, 2010 pourrait donc manquer de punch. « D’où l’idée du grand emprunt qui devrait permettre à la France, et à son industrie notamment, de sauver les meubles en 2010, c’est-à-dire de rester sur le chemin d’une croissance, mais seulement d’une croissance molle », ajoute M. Touati. Plus tard, le désendettement public risquera de peser à son tour, en espérant que la reprise sera alors plus assurée.

Adrien de Tricornot

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La reprise boursière sera-t-elle sans lendemain ?

Dimanche 6 septembre 2009

Malgré des résultats encourageants sur les marchés financiers depuis cet été, les investisseurs restent moroses et inquiets. Il semble que l’on ait évité une catastrophe financière et économique comme celle des années 30, mais rien ne permet d’être certain que le monde s’engage dans une reprise durable, tant dans la sphère financière que dans l’économie dite réelle : une rechute est toujours possible.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/09/05/les-investisseurs-toujours-pas-rassures_1236372_3234.html#ens_id=1216746

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Reprise or not reprise ?

Lundi 31 août 2009

Les analyses et les prévisions se succèdent à propos d’une éventuelle reprise mondiale cette année ; mais le flou et l’incertitude restent de mise. Certaines statistiques récentes sont encourageantes, d’autres beaucoup moins (comme une chute de 23 % de l’investissement industriel au cours de l’année 2009, avec plus de 100 000 emplois perdus depuis juin 2008).

La Bourse en tout cas se porte très bien actuellement, malgré les dizaines de milliers d’emplois supprimés chaque mois en France ou ailleurs…

Lire l’article des Echos :

http://www.lesechos.fr/info/inter/020117857518-les-doutes-grandissent-sur-la-solidite-de-la-reprise-economique-mondiale.htm

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Pourquoi la France ne s’en sort-elle pas si mal ?

Lundi 10 août 2009

Un des sports favoris des Français est l’auto-dénigrement. Pourtant, dans la crise internationale actuelle, les indicateurs de performance économique de la France ne sont pas si mauvais, moins mauvais en tout cas que nombre de ses voisins.

Le mensuel Alternatives Economiques (la revue “culte” des SES ;) ) livre quelques explications, qui nous invitent à reprendre espoir dans le “modèle français”, souvent décrié, y compris par ses propres dirigeants politiques…

http://www.alternatives-economiques.fr/france—pourquoi-ca-ne-va-pas-plus-mal_fr_art_851_43466.html

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Pas de chute des crédits pour l’instant

Lundi 5 janvier 2009

On sait que le crédit bancaire est très important dans le fonctionnement de l’économie : il est en quelque sorte le carburateur de la voiture. S’il est insuffisant, si les banques sont trop réticentes à prêter aux entreprises (investissements productifs) ou aux ménages (immobilier), c’est tout l’investissement qui est compromis, donc la croissance et l’emploi.

On parle souvent de l’effondrement des crédits - en anglais : credit crunch… il est toujours bon de citer une expression en anglais ;) - suite à la crise financière… mais sur son blog, l’économiste Christian Chavagneux, rédacteur en chef adjoint d’Alternatives Economiques, montre qu’il n’en est rien dans les statistiques, jusqu’au mois de novembre. Les crédits étaient alors toujours en hausse en France, pour les entreprises comme pour les ménages (malgré la crise du marché immobilier… mais certains profitent peut-être justement de la baisse des prix pour acheter) : même si les nuages s’amoncellent sur l’économie française, les agents ne semblent pas paniqués, et les banques non plus. Je ne vous livre pas un scoop, mais cette information nous autorise à être peut-être un peu moins pessimiste pour l’année à venir, et il est toujours agréable de remettre en cause une idée reçue…

 

Lire l’article ci-dessous, daté du 30/12/08 :

Il est où le credit crunch ?

Depuis que la finance mondiale est devenue hystérique entre la mi septembre et la mi octobre 2008, bloquant le bon fonctionnement des marchés financiers et donc le refinancement des banques, tout le monde attend l’effondrement de la distribution du crédit. Certes, ceux qui ont un peu de mémoire se souviennent que, en septembre 1998, après la crise financière en Asie, le défaut de paiement des Russes et la quasi faillite du fonds spéculatif américain LTCM, tous les experts prévoyaient un effondrement similaire du crédit en 1999, qui n’a pas eu lieu du fait des politiques de relance monétaire suivies.
De fait, en Europe, à la fin septembre le taux de croissance du crédit aux entreprises et aux ménages ralentissait mais restait toujours important. Attendez octobre, ont dit les experts. En octobre, le taux de croissance du crédit aux entreprises a été de 11,9 % et celui des prêts immobiliers de 3,5 %. Attendez novembre, ont dit les experts. La BCE vient de donner les chiffres de novembre : respectivement +11,1 % et + 2,5 %. Certes, la croissance du crédit ralentit, surtout pour le crédit logement aux ménages. L’immobilier est en crise, les prix baissent et mieux attendre pour acheter. De plus, avec la montée du chômage et des perspectives sombres en termes de croissance et d’emploi, il serait périlleux de pousser les ménages à s’endetter. Moins de crédit aux ménages peut aussi signifier moins de demande de crédit en ce moment. Mais du côté des entreprises, la progression reste forte. Etonnamment forte d’ailleurs compte tenu des perspectives et les économistes devront nous expliquer pourquoi il en est ainsi.
Mais, si les médias nous montrent souvent des particuliers ou des entrepreneurs qui n’arrivent pas à obtenir leur crédit, visiblement d’autres y arrivent. Attendons les chiffres de décembre…

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La transmission du krach à l’économie réelle

Mercredi 29 octobre 2008

L’indice de confiance des consommateurs américains s’est effondré en octobre à 38,0 points, contre 61,4 points en septembre, un niveau jamais vu depuis la création en 1985 de cet indice. Or, comme vous le savez, la consommation des ménages est le principal moteur de la demande, donc de la croissance.

Un article du Monde décortique de manière simple, claire et assez complète les mécanismes de transmission des pertes de l’économie “virtuelle” – quelques 25 000 milliards de dollars, soient 20 000 milliards d’euros, rappelons-le ! – à l’investissement et à la consommation :

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/28/des-entreprises-jusqu-aux-menages-comment-le-krach-boursier-contamine-l-economie-reelle_1111948_1101386.html#ens_id=1089411

De son côté, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE, centre de recherche en économie de Sciences-Po Paris, spécialisé dans la macroéconomie) publie une étude, intitulée “Entrée dans le tunnel”… qui prévoit au mieux un fort ralentissement de l’économie en 2009, au pire une récession.

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Exercices sur l’investissement

Mardi 14 octobre 2008

Pour réviser votre cours sur l’investissement, et préparer de prochains devoirs… voici, à faire, tous chez vous ou au CDI, une page d’exercices très bien faits, utilisant des données de l’INSEE, et portant à la fois sur la mesure de l’investissement, ses effets sur la croissance, et ses déterminants. Allez, au boulot, on n’a rien sans rien, et le travail paye toujours !  ;)

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