Petit dictionnaire pour comprendre la tirade du nez

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Un très joli site qui propose un « dictionnaire Cyrano de Bergeracien » 🙂 pour mieux comprendre la tirade du nez, où l’on fait par exemple de l’étymologie : « hippocamp/éléphanto/camélos » : animal imaginaire, hybride d’un hippocampe, d’un éléphant et d’un chameau…  http://www.vialupo.com/cyrano/index.html

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1. La fameuse tirade du nez

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  1.  La tirade du nez, acte I, scène 4

Composition d’Auguste F. Gorguet © cyranodebergerac.fr

Je vous propose de visionner ce passage qui commence au moment où Cyrano ordonne à Montfleury de sortir de scène…

L’image et la mise en scène ont mal vieilli, mais l’interprétation de Daniel Sorano en Cyrano de Bergerac a valu à cette version d’être considérée comme la meilleure de tous les temps !

http://www.dailymotion.com/video/x28rnw

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La tirade du nez, 2ème partie, et  « A la fin de l’envoi, je touche » (toujours acte I, scène 4)

http://www.dailymotion.com/video/x28rya

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 Et la version de Gérard Depardieu

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Un lien sur la tirade du nez et l’article qui en parle

Et voici le texte :

1ère partie de la tirade :

 

UN FACHEUX, qui s’est approché de Cyrano
Le comédien Montfleury ! Quel scandale !
Mais il est protégé par le duc de Candale !
Avez-vous un patron ?

CYRANO
Non !

LE FACHEUX
Vous n’avez pas ?…

CYRANO
Non !

LE FACHEUX
Quoi, pas un grand seigneur pour couvrir de son nom ?…

CYRANO, agacé
Non, ai-je dit deux fois. Faut-il donc que je trisse ?
Non pas de protecteur…
La main à son épée.
mais une protectrice !

LE FACHEUX
Mais vous allez quitter la ville ?

CYRANO
C’est selon.

LE FACHEUX
Mais le duc de Candale a le bras long !

CYRANO
Moins long
Que n’est le mien…
Montrant son épée
quand je lui mets cette rallonge !

LE FACHEUX
Mais vous ne songez pas à prétendre…

CYRANO
J’y songe.

LE FACHEUX
Mais…

CYRANO
Tournez les talons, maintenant.

LE FACHEUX
Mais…

CYRANO
Tournez !
-Ou dites-moi pourquoi vous regardez mon nez.

LE FACHEUX, ahuri
Je…

CYRANO, marchant sur lui
Qu’a-t-il d’étonnant ?

LE FACHEUX, reculant
Votre Grâce se trompe…

CYRANO
Est-il mol et ballant, monsieur, comme une trompe ?…

LE FACHEUX, même jeu
Je n’ai pas…

CYRANO
Ou crochu comme un bec de hibou ?

LE FACHEUX
Je…

CYRANO
Y distingue-t-on une verrue au bout ?

LE FACHEUX
Mais…

CYRANO
Ou si quelque mouche, à pas lents, s’y promène ?
Qu’a-t-il d’hétéroclite ?

LE FACHEUX
Oh !…

CYRANO
Est-ce un phénomène ?

LE FACHEUX
Mais d’y porter les yeux, j’avais su me garder !

CYRANO
Et pourquoi, s’il vous plaît, ne pas le regarder ?

LE FACHEUX
J’avais…

CYRANO
Il vous dégoûte alors ?

LE FACHEUX
Monsieur…

CYRANO
Malsaine
Vous semble sa couleur ?

LE FACHEUX
Monsieur !

CYRANO
Sa forme, obscène ?

LE FACHEUX
Mais du tout !…

CYRANO
Pourquoi donc prendre un air dénigrant ?
– Peut-être que monsieur le trouve un peu trop grand ?

LE FACHEUX, balbutiant
Je le trouve petit, tout petit, minuscule !

CYRANO
Hein ? comment ? m’accuser d’un pareil ridicule ?
Petit, mon nez ? Hola !

LE FACHEUX
Ciel !

CYRANO
Enorme, mon nez !
– Vil camus, sot camard, tête plate, apprenez
Que je m’enorgueillis d’un pareil appendice,
Attendu qu’un grand nez est proprement l’indice
D’un homme affable, bon, courtois, spirituel,
Libéral, courageux, tel que je suis, et tel
Qu’il vous est interdit à jamais de vous croire,
Déplorable maraud ! car la face sans gloire
Que va chercher ma main en haut de votre col,
Est aussi dénuée…
Il le soufflette.

LE FACHEUX
Aï !

CYRANO
De fierté, d’envol,
De lyrisme, de pittoresque, d’étincelle,
De somptuosité, de Nez enfin, que celle…
Il le retourne par les épaules, joignant le geste à la
parole.
Que va chercher ma botte au bas de votre dos !

LE FACHEUX, se sauvant
Au secours ! A la garde !

CYRANO
Avis donc aux badauds
Qui trouveraient plaisant mon milieu de visage,
Et si le plaisantin est noble, mon usage
Est de lui mettre, avant de le laisser s’enfuir,
Par devant, et plus haut, du fer, et non du cuir !

 

 

© cyranodebergerac.fr

 

2ème partie  de la tirade

>> Une parodie chez Astérix 😀

© cyranodebergerac.fr

DE GUICHE, qui est descendu de la scène, avec les marquis
Mais à la fin il nous ennuie !

LE VICOMTE DE VALVERT, haussant les épaules
Il fanfaronne !

DE GUICHE
Personne ne va donc lui répondre ?…

LE VICOMTE
Personne ?
Attendez ! Je vais lui lancer un de ces traits !…
Il s’avance vers Cyrano qui l’observe, et se campant devant
lui d’un air fat.
Vous…. vous avez un nez… heu… un nez… très grand.

CYRANO, gravement
Très.

LE VICOMTE, riant
Ha !

CYRANO, imperturbable
C’est tout ?…

LE VICOMTE
Mais…

CYRANO
Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme…
En variant le ton, -par exemple, tenez
Agressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! »
Amical : « Mais il doit tremper dans votre tasse
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! »
Descriptif : « C’est un roc !… c’est un pic !… c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ?… C’est une péninsule ! »
Curieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? »
Gracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? »
Truculent : « Ca, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? »
Prévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! »
Tendre : « Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! »
Pédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! »
Cavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! »
Emphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral,
T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! »
Dramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! »
Admiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! »
Lyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? »
Naïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? »
Respectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue,
C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! »
Campagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! »
Militaire : « Pointez contre cavalerie ! »
Pratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! »
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot
« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! »
-Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.

 

 

 

Suivi du duel :

DE GUICHE, voulant emmener le vicomte pétrifié
Valvert, laissez donc !

LE VICOMTE, suffoqué
Ces grands airs arrogants !
Un hobereau qui… qui… n’a même pas de gants !
Et qui sort sans rubans, sans bouffettes, sans ganses !

CYRANO
Moi, c’est moralement que j’ai mes élégances.
Je ne m’attife pas ainsi qu’un freluquet,
Mais je suis plus soigné si je suis moins coquet ;
Je ne sortirais pas avec, par négligence,
Un affront pas très bien lavé, la conscience
Jaune encore de sommeil dans le coin de son oeil,
Un honneur chiffonné, des scrupules en deuil.
Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise,
Empanaché d’indépendance et de franchise ;
Ce n’est pas une taille avantageuse, c’est
Mon âme que je cambre ainsi qu’en un corset,
Et tout couvert d’exploits qu’en rubans je m’attache,
Retroussant mon esprit ainsi qu’une moustache,
Je fais, en traversant les groupes et les ronds,
Sonner les vérités comme des éperons.

LE VICOMTE
Mais, monsieur…

CYRANO
Je n’ai pas de gants ?… La belle affaire !
Il m’en restait un seul d’une très vieille paire !
-Lequel m’était d’ailleurs encor fort importun
Je l’ai laissé dans la figure de quelqu’un.

LE VICOMTE
Maraud, faquin, butor de pied plat ridicule.

CYRANO, ôtant son chapeau et saluant comme si le vicomte
venait de se présenter
Ah ?… Et moi, Cyrano-Savinien-Hercule
De Bergerac.
Rires.

LE VICOMTE, exaspéré
Bouffon !

CYRANO, poussant un cri comme lorsqu’on est saisi d’une
crampe
Ay !…

LE VICOMTE, qui remontait, se retournant
Qu’est-ce encor qu’il dit ?

CYRANO, avec des grimaces de douleur
Il faut la remuer car elle s’engourdit…
– Ce que c’est que de la laisser inoccupée !-
Ay !…

LE VICOMTE
Qu’avez-vous ?

CYRANO
J’ai des fourmis dans mon épée !

LE VICOMTE, tirant la sienne
Soit !

CYRANO
Je vais vous donner un petit coup charmant.

LE VICOMTE, méprisant
Poète !…

CYRANO
Oui, monsieur, poète ! et tellement,
Qu’en ferraillant je vais- hop ! – à l’improvisade,
Vous composer une ballade.

LE VICOMTE
Une ballade ?

CYRANO
Vous ne vous doutez pas de ce que c’est, je crois ?

LE VICOMTE
Mais…

CYRANO, récitant comme une leçon
La ballade, donc, se compose de trois
Couplets de huit vers…

LE VICOMTE, piétinant
Oh !

CYRANO, continuant
Et d’un envoi de quatre…

LE VICOMTE
Vous…

CYRANO
Je vais tout ensemble en faire une et me battre,
Et vous toucher, monsieur, au dernier vers.

LE VICOMTE
Non !

CYRANO
Non ?
Déclamant
« Ballade du duel qu’en l’hôtel bourguignon
Monsieur de Bergerac eut avec un bélître ! »

LE VICOMTE
Qu’est-ce que ça, s’il vous plaît ?

CYRANO
C’est le titre.

LA SALLE, surexcitée au plus haut point
Place ! -Très amusant ! -Rangez-vous ! -Pas de bruits !

Tableau. Cercle de curieux au parterre, les marquis et les
officiers mêlés aux bourgeois et aux gens du peuple ; les
pages grimpés sur des épaules pour mieux voir. Toutes les
femmes debout dans les loges. A droite, De Guiche et ses
gentilshommes. A gauche, Le Bret, Ragueneau, Cuigy, etc.

CYRANO, fermant une seconde les yeux
Attendez !… je choisis mes rimes… Là, j’y suis.
Il fait ce qu’il dit, à mesure.
Je jette avec grâce mon feutre,
Je fais lentement l’abandon
Du grand manteau qui me calfeutre,
Et je tire mon espadon ;
Elégant comme Céladon,
Agile comme Scaramouche,
Je vous préviens, cher Mirmydon,
Qu’à la fin de l’envoi je touche !
Premiers engagements de fer.

Vous auriez bien dû rester neutre ;
Où vais-je vous larder, dindon ?…
Dans le flanc, sous votre maheutre ?…
Au coeur, sous votre bleu cordon ?…
-Les coquilles tintent, ding-dong !
Ma pointe voltige : une mouche !
Décidément… c’est au bedon,
Qu’à la fin de l’envoi je touche.

Il me manque une rime en eutre…
Vous rompez, plus blanc qu’amidon ?
C’est pour me fournir le mot pleutre !
– Tac ! je pare la pointe dont
Vous espériez me faire don :-
J’ouvre la ligne,- je la bouche…
Tiens bien ta broche, Laridon !
A la fin de l’envoi, je touche
Il annonce solennellement

ENVOI
Prince, demande à Dieu pardon !
Je quarte du pied, j’escarmouche,
je coupe, je feinte…
Se fendant.
Hé ! là donc
Le vicomte chancelle ; Cyrano salue.
A la fin de l’envoi, je touche.

Acclamations. Applaudissements dans les loges. Des fleurs et
des mouchoirs tombent. Les officiers entourent et félicitent
Cyrano. Ragueneau danse d’enthousiasme. Le Bret est heureux
et navré. Les amis du vicomte le soutiennent et l’emmènent.

 

 

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