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Petite introduction à la philosophie platonicienne des Idées :
l’Allégorie de la caverne
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photographie de Diane Arbus
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Si nous regardons les hommes vivre que constatons nous ?
Tous ils courent après le bonheur mais en définitive, ils ne sont pas heureux. Ils souffrent, ils subissent l’injustice et ils la commettent. Pourquoi ne parviennent-ils pas à être heureux ? Telle est la question que se pose Platon.
La source de notre malheur se trouve en nous- même, dans la structure même de notre âme.
Pour Platon, l’âme humaine se compose de trois parties :
- une partie désirante, étroitement enracinée dans le corps;
- une partie raisonnante qui elle est dégagée des besoins et des pulsions du corps, qui est la partie proprement divine de l’homme. Elle nous permet d’accéder au monde intelligible et de connaître la vérité de toutes choses.
- Entre ces deux parties, il existe une fonction médiatrice, le courage, qui ne connaît pas le Bien mais qui pressent son existence et qui par conséquent, nous portera à rechercher le Bien.
Si nous sommes malheureux, c’est que nous sommes excessivement attachés à satisfaire les inclinations de notre sensibilité (la partie désirante de notre âme). Nos actions ne poursuivent que la satisfaction de notre intérêt personnel. Nos opinions, nos décisions ne sont que le reflet ou la justification de nos intérêts. Or nos intérêts sont contradictoires et conflictuels. Aussi, dans une société où chacun agit et pense en fonction de lui-même, il n’y a pas de place pour la justice.
Si nous sommes malheureux, c’est que nous ignorons quel est le véritable bien qui doit orienter et guider nos actions. Nous privilégions la partie désirante de notre être, qui fait notre malheur au lieu de lui préférer la paretie raisonnable, seule capable de nous faire accéder au bonheur ou au véritable Bien . Pour découvrir ce Bien, nous devons mettre de l’ordre dans nos priorités. Ce qui doit guider nos actions ce ce ne sont pas nos passions, mais la raison. Elle seule a accès au véritable Bien. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons enfin accéder à la justice synonyme de bonheur.
Mais les hommes, nous l’avons vu ne se portent pas spontanément vers la recherche du Bien. Ils devront donc être éduqués.
L’Allégorie de la caverne décrit les étapes de cette éducation ou plutôt de cette initiation à la vérité (cf.La république, livre VI)
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COMMENTAIRE :
Une Allégorie est un récit qui présente de façon symbolique et imagée, une idée.
L’allégorie de la caverne raconte l’itinéraire qui doit conduire tout homme à la contemplation de la vérité (car seule la contemplation de la vérité peut nous permettre d’accéder au bonheur).
Le point du départ de ce voyage initiatique se situe dans une caverne, éclairée par un grand feu qui brûle à l’entrée.
Entre le feu et l’entré de la caverne, des hommes ont construit un petit mur sur lequel ils font défiler des objets dont les ombres se projettent sur le fond de la caverne.
Dans cette caverne des prisonniers sont enchaînés. Ils tournent le dos à l’entrée, et regardent les ombres qui défilent sur le mur de la caverne. Ces prisonniers ne sont pas spécialement malheureux de leur sort. Ils sont là depuis leur naissance, ils ne connaissent pas d’autre condition. Ils ne savent même pas qu’ils sont prisonniers, victimes des manipulations des hommes qui se tiennent à l’entrée de la caverne. Platon imagine même une forme de vie sociale dans cette caverne. Il imagine ces hommes organisant des concours pour désigner le plus habile d’entre eux, celui qui saura le mieux reconnaître les formes qui se projettent sur la paroi, anticiper la forme qui suivra. Il imagine que le plus habile aura droit aux honneurs et aux louanges des autres, qu’il sera peut-être le chef, et que tous seront tenté de concourir pour obtenir ces honneurs et ces louanges.
La caverne symbolise notre monde, un monde dans lequel règnent l’ignorance, les préjugés, les opinions fausses, les superstitions et les croyances. Les prisonniers, « ils sont pareils à nous« . Enchaînés par leurs habitudes, ils sont passifs devant leurs sensations. N’ayant d’autres images du monde que les ombres qui défilent sous leurs yeux, ils sont convaincus que ces images sont bien la réalité. De toute façon, ils n’en connaissent pas d’autre.
Imaginons maintenant que nous libérions un des prisonniers. Que se passerait-il ?
Tout d’abord il faudrait le forcer à se lever et à se retourner. On retrouve ici les principes de l’enseignement socratique. Pour désirer savoir encore faut-il être conscient de sa propre ignorance. Ce retour sur soi est une métaphore du recul que chacun doit prendre vis-à-vis de soi afin d’examiner la valeur de ses propres connaissances. On ne cherche à savoir que lorsqu’on ne sait pas.
Les hommes qui regardent les ombres pensent être détenteurs d’un savoir, aussi n’ont-ils pas besoin de partir à la recherche de la vérité.
Pour s’engager sur cette voie nous devons donc dans un premier temps, tourner le dos aux évidences, à nos opinions et à nos croyances. Nous devons nous mettre volontairement dans la posture de celui qui ne sait pas. Cette attitude n’est pas naturelle puisque nous avons vu que les hommes préféraient suivre les inclinations de leur sensibilité. Cette attitude demande donc un effort, qui sera d’autant plus pénible et douloureux qu’il est inhabituel.
Notre prisonnier qui n’a pas l’habitude de la lumière sera dans un premier temps aveuglé, désorienté,voire même effrayé. Il résistera et aura envie de revenir à sa place dans la caverne. Ainsi se comportent les hommes lorsqu’ils ne comprennent pas. Par crainte, ils sont prêt à se satisfaire de la première chimère qu’on leur présentera afin de se rassurer. Au XVII° siècle, Spinoza reprendra cette idée et verra lui aussi dans l’ignorance le fondement de la superstition et de l’oppression (de l’injustice).
Puis les yeux de notre homme s’accoutumeront à la luminosité et il pourra voir les objets que les marionnettistes font défiler sur le mur placé à l’entrée de la caverne. Si on lui demande, parmi les objets ou les ombres, quels sont ceux qui ont le plus de réalité, il aura bien du mal à répondre. Car dans les deux cas, c’est parce que nous voyons les ombres ou les objets, que nous leur attribuons de la réalité. Aucun autre critère nous permet d’affirmer si l’un a plus de réalité que l’autre.
Platon esquisse ici une critique de l’empirisme, c’est-à-dire de la connaissance qui repose sur notre expérience sensible. Il veut montrer que nous ne pouvons pas faire confiance à notre sensibilité. Premièrement parce que nous savons bien qu’une ombre ou un reflet, ce n’est pas la même chose que l’objet qui reflété. Dans l’ombre, il y a en creux l’absence de l’objet reflété. Ainsi l’ombre n’est qu’un simulacre de quelque chose qui se tient ailleurs.

Sortant de la caverne, notre prisonnier verra d’abord le feu qui éclaire les objets et produit les ombres dans la caverne. Le feu sympolise pour Platon le logos, le langage qui « éclaire » le monde et le rend intelligible. C’est le langage qui me permet de désigner tel objet ou qui me permet d’attribuer tel reflet à tel objet. Par exemple, pour dire que cet être qui se tient devant moi est un chien, j’ai besoin de posséder préalablement le concept ou l’idée du chien. Tous les chiens ne se ressemblant pas, je peux difficilement former ce concept sur la base de mon expérience. Ainsi ce chien qui aboie et qui est susceptible de me mordre, n’est que l’apparence sensible ou la matérialisation d’une idée. Ce chien qui aboie ne pourrait servir de modèle pour penser tous les chiens, ce qui n’est pas cas de l’idée du chien. L’idée du chien sera donc plus parfaite, plus vraie et plus réelle que le chien concret, car elle contient en elle tous les chiens existant ou ayant existé.
Puis à l’extérieur il verra les objets qui constituent la réalité sensible. Mais de la même façon que ces ombres qu’il voyait dans la caverne n’étaient que des simulacres d’une réalité qui se tenait ailleurs, qu’est-ce qui garantit que ces réalités qu’il voit, ne sont pas elles aussi que les ombres ou les apparences illusoires d’une réalité qui se tient elle aussi « ailleurs »?
En effet pour Platon, les réalités que nous percevons dans le monde sensible ne sont que les manifestations imparfaites d’une réalité plus haute qui réside dans ce qu’il appelle le monde intelligible ou monde des Idées, monde auquel nous n’avons accés que par l’intermédiaire de la partie rationnelle de notre âme.
Cependant le langage etles concepts qu’il met en oeuvre, même s’ils sont dégagés de toute donnée sensible, ne sont pas encore plus Platon le lieu où réside la vérité.
De même qu’il a opéré dans le monde sensible une distinction entre les ombres et les objets que nous percevons par notre sensibilité, Platon va opérer le même type de disctinction dans le monde intelligible en oérant une distinction entre les concepts que nous mettons en oeuvre dans des raisonnement hypothétiques (sur le modèle des mathématiques ou de la géométrie par exemple) et les essences que nous ne pouvons que contempler dans l’immédiateté d’un »regard ».
Le texte décrit l’ élevation de l’âme qui va progressivement s’affranchir des données de l’expérience sensible pour parvenir à cet état spirituel contemplatif dans lequel elle pourra contempler le Bien qui est la cause première de tout ce qui existe.
Platon développe une analogie entre le soleil qui non seulement rend les choses visibles dans le monde sensible, mais les porte à l’exitence et les fait croitre, et le Bien dans le monde intelligible, qui fait que toute essence peut non seulement être connue mais également exister (le Bien est la cause ou le principe de toute chose).
Remarque : Il est important de partir du monde sensible, car c’est dans le monde sensible que se pose la question du « pourquoi des choses ». C’est parce que nous sommes affectés d’un corps et d’une sensibilité que le monde se présente à nous comme un problème ou un mystère à élucider.

Magritte, La trahison des images, 1928-1929
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Le retour dans la caverne
Une fois qu’il a accédé au savoir notre philosophe ne regrette plus les illusions passées. Cependant il doit retourner dans la caverne car son nouveau savoir n’a de valeur que dans la caverne qui symbolise le monde des actions humaines. La philosophie ne se contente donc pas pour Platon de contempler le monde, elle doit aussi permettre à l’homme de vivre et d’agir dans le monde. Ayant contemplé le Bien, le philosophe pourra alors travailler à réaliser la justice. Connaissant le monde dans leque il vit, l’homme pourra désormais y vivre comme un homme libre et non plus comme un prisonnier asservi et manipulé.
Mais le récit se termine sur une note pessimiste. La tâche n’est pas facile, car lorsque le philosophe voudra apporter aux hommes la bonne nouvelle de leur libération, ceux-ci ne voudront pas l’entendre. Et s’il insiste, ils voudront certainement le mettre à mort. Platon fait ici directement allusion au procès et à la condamnation de Socrate.
♦ Lire également sur le blog SOSPHILO, dans les Notes de lecture : Une interprétation de l’allégorie de la Caverne , Le conformiste de Bernardo Bertolucci (1970) lire sur le blog dans les Notes de lecture :
♦ A écouter sur France Culture
Les nouveaux chemins de la connaissance : Lectures de Platon : l’Allégorie de la caverne
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