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Définition : Qu’est-ce que le « bien » ?

Généralement lorsqu’on se demande ce qui est bien ou bon pour l’homme (ce qui lui lui apporte du bonheur et qui est donc le plus désirable), il est très difficile de répondre car il existe autant de choses « bonnes » qu’il y a  d’être humains et qu’à partir de là il serait bien difficile de réduire à un seul genre, tous ces biens si diverses qui en apparence ne semblent  possèder aucune commune mesure.

Il semble donc très difficile de répondre à la question « quest-ce que le bonheur? » car si parmi toute cette diversité de choses désirables susceptibles de nous apporter le bonheur (que l’on définit généralement comme un état de satisfaction permanent), un seul homme avait trouvé ce qu’il cherche, nous le saurions et nous ne serions pas, toujours là, au bout de plusieurs siècles en train de nous demander : « Qu’est-ce que le bonheur »? Comment l’atteindre ?

A partir de ces considérations que l’on retrouve dans beaucoup de discussions (et de copies :-) , Aristote va retravailler la définition du bien souverain, c’est-à-dire le bien le plus désirable pour tous les hommes, pour considèrer que le bonheur ne paut que  résider dans ce bien humain que visent (au delà de leur diversité) toutes les activités humaines.  Ce bien est irréductible et ne peut pas se comparer aux autres biens ou choses désirables, car il est sans aucune commune mesure avec tous les autres types de biens. Premièrement parce qu’il est exécutable et donc réalisable par l’homme et deuxièmement parce qu’il possède son principe dans l’homme, dans le sujet agissant.

Publié le Vendredi 20 avril 2012 dans cours | Commentaires fermés
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Réponses aux questions des élèves :

Dans ce sujet il n’y a pas de difficulté majeure puisqu’il n’y a qu’une seule notion au centre de la question : « qu’est-ce que le bonheur » ?

Définir ce qu’est le le bonheur sera donc le fil conducteur de toute la dissertation.

Si j’analyse méthodiquement  le sujet (sans me prendre la tête pour l’instant avec toutes les références  philosophiques que j’ai accumulées, ce qu’a tendance à faire l’élève normal qui du coup récite, recopie au lieu de réfléchir),  sans avoir fait polytechnique ou l’ENA, je peux voir que le sujet me propose une alternative :

- 1) le bonheur est une illusion

- 2) le bonheur n’est pas une illusion.

Remarque méthodique : le plan de la dissertation ne se limitera pas à cette alternative. Premièrement parce qu’une bonne dissertation comporte au moins trois parties. Pourquoi ? Parce qu’en philosophie on a pour mauvaise habitude de montrer que la réalité est plus complexe que le OUI/NON  ou le POUR/CONTRE et que souvent les oppositions et les paradoxes sont destinés à être dépassés.

Quoiqu’il en soit que le bonheur soit ou ne soit pas une illusion, on ne peut pas ici faire l’économie de préciser minutieusement (définir)  ce que l’on entend par le mot illusion.

Méthode : en philosophie, il est très important de définir précisément de quoi on parle.

1) Cela permet d’éviter les malentendus ;

2) Cela permet de progresser dans sa réflexion en s’appuyant sur ces définitions, qui peuvent par la suite évoluer, être enrichies ou même contestées. Les définitions sont des outils qui nous sont utiles à des moments donnés de notre réflexion. C’est pour cela qu’il est complètement sans intérêt de stocker des définitions dans des parties du développement où elles ne servent à rien, comme dans l’introduction par exemple.

Définition du mot illusion :

Si on se base sur l’étymologie du mot, le verbe latin illudere signifie « se jouer de »,au sens de « tromper, abuser ». Le mot illusion, formé à partir de la voix passive du verbe illudere, désigne l’état de celui qui est joué, trompé, abusé.

L’illusion présente donc à la fois  un aspect négatif (elle peut être synonyme de croyance ou d’opinion fausse) et à la fois un aspect positif : Celui qui est victime d’une illusion croit sincèrement à cette chose fausse qu’il affirme…et donc effectivement on peut être heureux de ses illusions.

On a souvent tendance à associer les termes d’erreur et d’illusion. Cependant une illusion n’est pas une erreur. L’erreur se distingue de l’illusion car elle est suceptible d’être corrigée. Par exemple si j’ai fait une erreur dans un raisonnement mathématique et que le professeur me montre où se situe mon erreur, si je comprends son explication, alors je vais corriger on erreur, et il n’y a pas de raison que je me trompe de nouveau sur ce point. Au contraire de l’erreur, l’ illusion survit à sa réfutation. On peut prendre l’exemple du soleil qui ne nous semble pas si loin de nous lorsque nous le regardons. Le savoir des astronomes aura beau réfuter cette perception erronnée, nous n’imaginerons pas moins que le soleil n’est pas si loin. Ici la connaissance vraie ne fait pas disparaître la perception illusoire.

 → Maintenant reste à savoir si nous nous contentons de cela et si des illusions sont susceptibles de nous rendre heureux  (le bonheur est une illusion) ou s’il nous faut malgré tout, trouver le moyen de dépasser l’illusion (sous-entendu parce qu’elle ne peut pas faire véritablement notre bonheur, que le véritable bonheur ne peut être une illusion) ?  A VOUS DE DECIDER !

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Publié le Mercredi 18 avril 2012 dans Dissertations | Commentaires fermés
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Réponses aux questions posées par mail qui peuvent être utiles à tout le monde :

METHODE :

1) Pour bien démarrer et éviter le hors sujet, il faut d’abord repérer la difficulté du sujet pour éviter le piège.

Le sujet de la dissertation contient deux notions au programme de cette année: la liberté, le bonheur. Cependant la question de fond qui doit nous servir de fil conducteur tout au long de la dissertation ne porte que sur une seule notion, qui est la notion principale.

Est-ce que le problème de fond c’est de savoir « qu’est-ce que la liberté?  » ou est-ce que le problème de fond c’est de savoir « qu’est-ce que le bonheur » ?

 

2) Sans aller immédiatement chercher des références philosophiques compliquées et abstraites, je peux remarquer que la question posée contient implicitement deux thèses :

-a) La liberté est incompatible avec la réalisation du bonheur.

-b) La liberté est compatible avec la réalisation du bonheur.

Cela ne veut pas dire que la dissertation devra se limiter à l’examen de ces deux thèses. Une bonne dissertation comporte au moins trois parties, et en philosophie, on remarque souvent que les oppositions ou les paradoxes sont destinés à être dépassés.

Pour l’instant je ne prends partie pour aucune des deux thèses, car comme Socrate, je ne sais qu’une seule chose, c’est que je ne sais pas,  et je me demande « pourquoi ? »

Pourquoi la liberté humaine est incompatible avec la réalisation du bonheur ? Qu’est-ce que j’entends ici sous les mots liberté et bonheur.

Je fais ensuite la même chose pour l’autre thèse :

Pourquoi la liberté humaine est compatible avec la réalisation du bonheur (et peut-être même est une condition de réalisation du bonheur….mais je m’avance) ? Qu’est-ce que je mets sous chacun de ces deux mots liberté et bonheur.

Peut-être que selon les thèses je n’aurai ni la même définition du bonheur, ni la même définition de la liberté.

3) Dans le sujet un mot, bien que secondaire,  est important : c’est le mot « réalisation« . Il ne s’agit pas simplement ici d’être heureux un jour, et de continuer à être malheureux pour l’instant, mais d’être heureux tout de suite, ici et maintenant :-)

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Publié le Mercredi 18 avril 2012 dans Dissertations | Commentaires fermés
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Eléments de cours  (non exhaustifs) pour préparer la dissertation : « La liberté humaine est -elle incompatible avec la réalisation du bonheur ?

 

 Qu’est-ce ce que le bonheur ?

Très généralement le sens commun  définit le bonheur comme un état de satisfaction durable.

 

Le problème qui se pose,  est le suivant : si l’on considère la condition humaine (remarque : dans le sujet de dissertation proposé la liberté définit la condition humaine), on peut se demander si  un tel état est accessible et réalisable pour l’homme ? Et si par chance, il advient que l’homme puisse accèder au bonheur, peut-on sérieusement envisager un état de bonheur permanent ?

 

Lorsqu’on s’intéresse à l’étymologie du mot bonheur, le mot vient de l’expression « à la bonne heure » qui signifie la « bonne chance » ou « la bonne fortune ». Le bonheur c’est donc ce qui arrive favorablement mais qui ne dépend que de la chance. Ainsi il ne dépendrait que des caprices du sort, des circonstances extérieures, et non de notre volonté et de l’accomplissement délibéré de nos actions.

 

Pour s’opposer à cette conception qui relève davantage de la superstition que de la raison, dans l’Antiquité des philosophes vont démontrer, que le bonheur est à portée de tout homme , si celui-ci s’en donne les moyens. Finalement comme l’écrira plus tard Descartes à propos de la vérité, ici tout n’est question que de méthode. Tout est question de cheminement (en grec « méthodos« : le chemin, la démarche)

 

Dans ce cours nous nous intéresserons plus particulièrement aux philosophies stoïcienne et épicurienne qui développent une conception éthique de l’accès au bonheur. Ceci dans un souci purement pédagogique. En effet  cela nous donne l’opportunité d’approfondir ces deux courants de pensée très intéressants. La dissertation peut ne pas utiliser ces références, tout au moins, ne pas s’y limiter.

Mais nous verrons un peu plus tard que peut-être, se limiter à la voie éthique et individuelle n’est pas satisfaisante, que l’on ne peut pas être heureux seul mais qu’il nous faut tenir compte des autres. Aussi  à un moment donné, il faudra bien en passer aussi par l’action politique.

 

Les philosophies stoïcienne et épicurienne développent deux conditions opposées de la condition humaine.  Pour les Stoïciens la vie humaine est un destin, alors que pour les Epicuriens l’homme possède une véritable liberté.

Remarque de méthode : Avant de voir ce qui oppose les Stoïciens et les Epicuriens, il faut d’abord poser ce que ces deux écoles possèdent en commun.

Pour ces deux écoles la philosophie n’est pas une théorie abstraite, mais elle est d’abord un mode de vie. Leur but est double:

- 1) Aider les gens à vivre quotidiennement en philosophes.

-2) Non seulement la philosophie est un mode de vie, mais son but est de nous rendre heureux.Or le bonheur ne se conçoit pas sans la sagesse.

Cependant au delà-de cet horizon commun, il y a une différence radicale entre les deux écoles.

 

A. LES STOÏCIENS (Marc-Aurèle, Epictète)

Pour les Stoïciens nous n’avons aucune liberté concrète. La nature (appelée le cosmos chez les Antiques) nous détermine à naître, à mourir, à penser à désirer. Nous n’avons aucune marge de manoeuvre quant à ce qui détermine le cours de notre existence.

La nature est en quelque sorte un destin, or nous vivons dans la nature. L’idée moderne (cf. Descartes) de libre-arbitre , définie comme capacité à choisir et à orienter son existence n’a aucun sens pour un Stoïcien.

Cependant l’homme n’est pas comme l’animal. Il possède la capacité de penser sa condition. Pour l’animal (même si on se réfère parfois à l’exemple de l’âne de Buridan pour poser le problème de la liberté comme choix- ce qui me semble un exemple des plus irréalistes qui soit), l’idée d’être déterminé par son milieu n’est pas un problème et ne l’empêche pas de vivre. L’homme lui possède la conscience de sa condition et c’est pour cela qu’il peut être tenté comme le personnage d’Oedipe de se révolter contre son destin .

Malgré tout le déterminisme dans lequel nous baignons,  pour les Stoïciens, il y a quand même quelque chose qui dépend de nous et uniquement de nous.

La maxime centrale du stoïcisme consiste à dire que « Ce qui dépend de toi c’est d’accepter ou non  ce qui ne dépend pas de toi (sous-entendu que ce qui ne dépend pas pas de toi c’est tout ce qui existe dans la nature puisque le nature est régie par une nécessité supérieure dans laquelle nous sommes tous plongés).

Donc dire que l’homme ne possède absolument aucune liberté selon le Stoïcien est faux. Puisqu’ici les Stoïciens redéfinissent la liberté comme la capacité d’accepter ou non le fait que l’on ne peut rien changer. L’homme possède cette liberté.

Cette liberté est souvent la cause du malheur de l’homme qui a tendance à refuser la fatalité, le refus ne faisant alors que rajouter un mal à un autre. Par exemple celle ou celui que j’aime décide de me quitter. Cela ne dépend pas de moi (quoique j’ai pu faire). La seule chose que je peux faire c’est agir sur la façon dont je me représente ce qui arrive. Je peux me dire c’est triste, mais nous avons partagés des moments de bonheur qui resteront toujours là et il était peut-être temps de tourner la page car la vie c’est aussi le mouvement, le changement, de toute façon je ne peux rien faire, je ne peux pas changer le cours des choses. Je peux également être jaloux, me renfermer dans ma tristesse, me mettre en colère. Cela ne changera rien et je le sais. Cela ne fera que rajouter un mal à un autre mal. Et je serai donc doublement perdant.

Ainsi pour le Stoïcien, ma seule marge de manoeuvre consiste donc à ne pas rajouter un second mal à un premier…Car « ce qui dépend de moi c’est d’accepter et d’acceuillir (en lui donnant du sens car je suis un être humain et pas une bête), ce qui ne dépend pas de moi ».

 

B. LES EPICURIENS (Epicure)

L’autre école , l’épicurisme poursuit le même but  (le bonheure réalisable ici et maintenant)qu’Epicure désigne sous le mot d’ataraxie: c’est-à-dire l’absence de troubles physiques et psychologiques.

Epicure ne méconnaît pas la nature désirante de l’homme qui le conduit souvent à désirer des bonheurs inaccessibles ou irréalisables, c’est pour cela que selon lui pour être heureux il va falloir revoir son mode de vie et apprendre à désirer, pour ne désirer que ce qui nous est absolument nécessaire pour vivre et apprendre à contenter nos désirs nécessaires avec ce qui est à la portée de nos moyens.

Ce qui distingue les Stoïciens des Epicuriens, c’est un présupposé fondamental concernant le cosmos ou la nature. Pour les Epicuriens, la nature est définie comme un agencement hasardeux d’atomes qui auraient pu ne pas se rencontrer. Ainsi ce qui règne au coeur de la nature ce n’est pas la nécessité mais le hasard. Il faut noter qu’Epicure est d’abord un physicien et ce qu’il entrevoit, sans les moyens techniques sophistiqués dont nous disposons aujourd’hui, n’est finalement pas très éloigné de ce que dit la science physique contemporaine.

Ainsi, le fait que le coeur de la nature soit constitué de particules toutes petites qui auraient pu ne pas se rencontrer, nous oblige à penser notre condition humaine en liaison avec cette contingence. Car si dans la nature tout est contingent alors j’ai un pouvoir immense sur les choses, puisque le coeur du réel est saturé de la possibilité d’être toujours autre. C’est dans cet espace que s’ouvre pour l’homme la possibilité de l’action humaine libre. (Descartes reprendra à son compte certaines idées d’Epicure).

 

Définitions importantes à connaître:

- La contingence : c’est ce qui aurait pu ne pas être, ou c’est ce qui pourrait être autrement.

- La nécessité: c’est ce qui ne peut ne pas être, ou c’est ce qui ne peut pas être autrement.

Les Stoïciens sont du côté de la nécessité, les Epicuriens du côté de la contingence.

 

Souvent on caricature l’épicurisme en affirmant que l’épicurien c’est celui qui profite de la vie, confondant ainsi épicurisme et hédonisme (qui désigne une philosophie de vie axée sur le plaisir et la recherche du plaisir avant tout).

Ce n’est pas du tout ce que voulait dire Epicure. Pour Epicure, s’il y a de quoi se réjouir dans l’existence, ce n’est certainement pas en multipliant les plaisirs les plus extrêmes. Ce dont il faut se réjouir, c’est de la contingence de notre monde qui aurait pu ne pas être. De même, nous  qui sommes le résultat de multiples hasards, nous n’aurions pu ne pas exister ou ne plus exister pour des raisons très diverses (nos parents auraient pu ne pas se rencontrer, nous aurions pu être juifs à la mauvaise période de l’histoire….etc).

Pour Epicure,  si l’on veut être heureux, il faut saisir à chaque instant le miracle de l’existence. Tout n’est que hasard  et c’est la clé du bonheur de savoir apprécier ce qui arrive car cela aurait pu ne pas être. Cela ne veut pas dire qu’Epicure nie le fait que l’homme puisse être accablé de malheurs, d’ailleurs « la philosophie c’est l’art d’être heureux par gros temps« , c’est pour cela qu’elle se traduit chez lui souvent sous la forme de prescriptions, telles qu’on les trouveraient dans une ordonnance. Celui qui malgré son chagrin d’amour, celui qui en sortant du cinéma où il est allé voir un film qui n’a fait que l’accabler davantage, puisque dans ce genre de situation on se précipite d’abord sur les histoires qui finissent mal, celui qui aura pleuré à chaudes larmes dans la salle obscure et saura malgré tout apprécier la caresse du soleil sur sa joue en sortant de la salle, celui-là sera un épicurien et pourra être heureux ici et maintenant.

 

 

 

 

 

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Publié le Dimanche 15 avril 2012 dans cours | Commentaires fermés
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image du film matrix

Il semble évident que les diverses impressions ou idées imprimées sur les sens […] ne peuvent exister autrement que dans un esprit qui les perçoit. Je pense qu’une connaissance intuitive de cela peut s’obtenir par quiconque fera attention à ce que veut dire le terme « exister » lorsqu’il est appliqué aux choses sensibles. Je dis que la table sur laquelle j’écris existe, c’est-à-dire que je la vois et je la touche ; et si, je n’étais pas dans mon bureau, je dirai que cette table existe, ce par quoi j’entendrais que, si j’étais dans mon bureau, je pourrai la percevoir ; ou bien que quelque autre esprit la perçoit actuellement. « Il y eut une odeur «  c’est-à-dire, qu’elle fut sentie ; « il y eu un son », c’est-à-dire, il fut entendu ; « il y eut une couleur ou une figure » ; elle fut perçue par la vue ou le toucher. C’est tout ce que je puis entendre par des expressions telles que celles-là. Car, quant à ce que l’on dit de l’existence absolue de choses non pensantes, sans aucun rapport avec le fait qu’elles soient perçues, cela semble parfaitement inintelligible. L’esse de ces choses-là c’est leur percipi ; et il n’est pas possible qu’elles aient une existence quelconque en dehors des esprits ou des choses pensantes qui les perçoivent.

Berkeley, Principes de la connaissance humaine

 

Présentation du travail préparatoire au brouillon :

 

  1. 1.   Lecture globale du texte :

Ces éléments seront ensuite repris pour rédiger l’introduction du commentaire de texte qui présente synthétiquement le problème posé par le texte, la thèse du texte et les problèmes soulevés par cette thèse.

Thème :

Question posée par le texte :

- Thèse du texte 

- Thèse opposée 

- Etapes de l’argumentation 

 

Tous ces éléments seront ensuite repris pour rédiger l’introduction. La fonction de l’introduction est de présenter l’explication de texte : on va donc d’une part poser le problème soulevé par le texte, d’autre part présenter la thèse du texte et les étapes de l’argumentation. Si la thèse de l’auteur soulève un problème qui ouvre ensuite une discussion,  on annonce la discussion.

 

 

1. Correction (travail qu’il faut effectuer au brouillon afin d’avoir une grille de lecture du texte)

 

Thème : l’existence (des choses sensibles)

Question posée par le texte : Que veut dire exister pour une chose sensible ? (ligne 4 « que veut dire le verbe »exister » lorsqu’il est appliqué aux choses sensibles »)

Thèse : Exister c’est être perçu. (ligne 13 « l’esse de ces choses-là, c’est leur percipi »)

La thèse adverse est la thèse de Descartes portant sur l’existence absolue  de la substance étendue (les corps, ou dans le langage de Berkeley, les « choses non-pensantes »).

Remarque : Berkeley ne remet pas en question l’existence des corps, il dit simplement que leur existence étant relative à l’esprit qui perçoit, nous ne pouvons avoir à leur propos aucune certitude.

 

Plan de l’argumentation

I° partie (lignes 1à 4): Berkeley pose le problème qu’il va examiner. L’existence de l’esprit est une évidence. Mais que veut dire exister pour les choses sensibles ou les corps ?

II° partie (ligne 4 à 11) : Berkeley expose le problème à l’aide d’exemples. ON ne peut connaître l’existence d’une chose que par la perception.

III° Partie : Berkeley expose la thèse du texte : Par conséquent Exister pour une chose sensible, c’est être perçu. Rien de plus

 

 

 

2.   Explication détaillée du texte

 

Phrase 1 – Il semble évident que les diverses impressions ou idées imprimées sur les sens […] ne peuvent exister autrement que dans un esprit qui les perçoit.

[Remarque : Dans cette première phrase, ce qui est en jeu c’est l’existence de l’esprit, ce n’est pas encore l’existence des choses sensibles. Ce n’est qu’une fois qu’on aura démontré l’existence de l’esprit que l’on pourra en déduire le mode d’existence des choses sensibles ; il est important de suivre la progression de l’exposition, c’est pour cela qu’on explique le texte pas à pas, phrase par phrase.]

Berkeley fait un constat général qu’il considère comme une vérité acquise (utilisation du mode impersonnel « il semble ») : il ne peut y avoir de sensations que parce que qu’il existe un esprit qui les perçoit. L’existence de l’esprit est par conséquent une certitude.

Berkeley distingue ici la sensation de la perception : la sensation est la donnée brute des sens, la perception est l’interprétation de ces données par l’esprit.

L’évidence c’est ce qui s’impose à notre esprit avec une telle force qu’on ne peut pas en douter, de la même façon que le Cogito. D’ailleurs si tu y réfléchis bien, ici on peut faire le parallèle avec le raisonnement de Descartes lorsque ce dernier met en œuvre le doute méthodique : s’il y a des idées, des doutes, des sensations ou des perceptions (quelle que soit pour l’instant leur valeur ou leur signification), c’est parce qu’il existe un être qui produit ces idées, ces doutes, sensations ou ces perceptions.

Phrase 2 - Je pense qu’une connaissance intuitive de cela peut s’obtenir par quiconque fera attention à ce que veut dire le terme « exister » lorsqu’il est appliqué aux choses sensibles.

Cette connaissance est « intuitive ». Elle est accessible à tous (universelle). Elle s’impose à notre esprit. Comme Descartes, Berkeley pose comme évidente et certaine l’existence de l’esprit dans le monde. Cette affirmation est importante. Car si l’on peut affirmer avec certitude l’existence de l’esprit, on va voir que pour ce qui est des corps il en est tout autrement dans la mesure où nous n’avons de relation au monde extérieur à notre pensée QUE par l’intermédiaire des sens.

Il faut ici se rappeler que pour Descartes il existe deux substances dans le monde ou deux façons d’être au monde : l’esprit (la substance pensante), le corps (la substance étendue). Ce que Berkeley met en question ici c’est l’existence d’une substance étendue qui existerait par elle-même, indépendamment de la pensée.

Maintenant que l’existence de l’esprit est posée avec certitude, nous découvrons  dans cette deuxième phrase,  ce qui intéresse plus précisément Berkeley dans ce texte : l’existence des choses sensibles. Spontanément les hommes croient à l’existence de ce dont ils parlent. Mais dire que l’on perçoit ou sent cela ne prouve pas nécessairement l’existence de ce que l’on perçoit ou sent. Descartes l’avait montré en faisant l’hypothèse du rêve ou du malin génie.

Mialy R. « Lorsque l’on perçoit un objet ou une personne, on peut dire qu’il ou elle existe, qu’il est devant nous. Nous avons la certitude de cette déduction, sans chercher l’origine de notre croyance. De même que lorsque nous croyons à l’existence absolue, c’est-à-dire l’existence des choses qui ne sont pas matériels tel que Dieu ou une idée, on se dit tout de suite que cette existence est bien réelle, sans savoir ni chercher pourquoi nous pensons comme ceci. Ces déductions découlent donc de l’habitude, de notre façon de penser ».

Il est donc nécessaire de s’interroger sur ce que l’on met sous le mot « exister » lorsqu’on parle des choses sensibles. Berkeley a ici une démarche « critique » : son propos consiste à examiner (« faire attention ») ce nous mettons sous les mots « substance étendue » ou « matière » ou « choses sensibles ». Nous verrons alors que l’idée « d’existence » appliquée aux choses sensibles est bien différente de ce que l’on entend ordinairement.

 

Phrase 3  - Je dis que la table sur laquelle j’écris existe, c’est-à-dire que je la vois et je la touche ; et si, je n’étais pas dans mon bureau, je dirai que cette table existe, ce par quoi j’entendrais que, si j’étais dans mon bureau, je pourrai la percevoir ; ou bien que quelque autre esprit la perçoit actuellement.

Pour réfléchir à ce que peut signifier mot « exister » pour une chose sensible [il est très important de toujours faire le lien avec l’idée qui précède], Berkeley prend maintenant un exemple. La table sur laquelle j’écris est d’abord un ensemble de sensations produites par mon esprit, sensations que je perçois, où qui pourraient être perçues par un esprit, c’est-à-dire qui sont organisées par mon esprit qui  leur donner la signification d’une table. Que je sois là, à toucher la table, ou que j’imagine que je pourrai la toucher cela ne change rien.  La table c’est à la fois une action de mon esprit et un mot.  Elle n’existe pas en tant qu’objet du monde (étymologiquement l’objet c’est ce qui est jeté devant moi, devant ma conscience ou ma capacité de percevoir, et qui se tient là dans son extériorité).

La table n’est donc qu’un mot du langage. L’utilisation répétée du verbe « dire » est importante ici. Car non seulement  la critique touche la croyance spontanée en l’existence de nos sensations et de nos perceptions, mais elle touche aussi la représentativité des idées, c’est-à-dire la croyance  selon laquelle un mot ou une idée générale  désignerait une réalité.

Nous sommes donc  capables d’avoir des idées, des perceptions ou des représentations, sans pour autant que ces idées aient une réalité tangible à l’extérieur de mon esprit. La table est une production de mon esprit, elle n’existe pas à l’extérieur de mon esprit. C’est pour cela que le fait que je sois dans le bureau ou à l’extérieur du bureau ne change rien.

 

Phrase 4  - « Il y eut une odeur «  c’est-à-dire, qu’elle fut sentie ; « il y eu un son », c’est-à-dire, il fut entendu ; « il y eut une couleur ou une figure » ; elle fut perçue par la vue ou le toucher. Phrase 5  « C’est tout ce que je puis entendre par des expressions telles que celles-là ».

Pour Berkeley les odeurs, les sons, les couleurs, les idées ne sont que des productions de mon esprit, des pensées, et rien d’autre. L’odeur, c’est l’action de sentir, le son, c’est l’action d’entendre, la couleur ou la figure c’est l’action de voir. Par exemple Le rouge n’existe pas en tant que tel, le triangle n’existe pas en tant que tel, l’amertume n’existe pas en tant que telle. Ce sont des idées générales exprimées par le langage qui n’ont aucune correspondance dans une réalité extérieure à mon esprit.

Attention Berkeley réfute les thèses matérialistes, mais il réfute également les thèses idéalistes comme celle de Platon. Pour Platon, le triangle isocèle rouge que je perçois dans le monde sensible n’est qu’une apparence. Il n’est que la copie imparfaite de l’archétype du triangle qui se tient dans le monde intelligible, qui contrairement au triangle perçu, possède une réalité et une vérité absolue. Pour Berkeley l’idée du triangle est un concept du langage et n’a pas plus de réalité que le triangle perçu par la sensation.

Phrase 6 - Car, quant à ce que l’on dit de l’existence absolue de choses non-pensantes, sans aucun rapport avec le fait qu’elles soient perçues, cela semble parfaitement inintelligible.

Si nos sensations et nos perceptions ne sont que des idées produites par notre esprit, alors la démarche scientifique qui cherche à poser l’existence absolue  (c’est-à-dire l’existence en soi et pour soi, de façon autonome) de « choses non pensantes »  (les corps) est absurde. Dans la mesure où la réalité ne peut être donnée que par la médiation de notre esprit, ce que Kant appellera plus tard, « la chose-en-soi » nous est inaccessible. Les choses sensibles n’existent que « pour nous ».

Phrase 7  – L’esse de ces choses-là c’est leur percipi ; et il n’est pas possible qu’elles aient une existence quelconque en dehors des esprits ou des choses pensantes qui les perçoivent.

Dans la dernière phrase, Berkeley expose la thèse du texte. En conclusion, pour répondre à la question posée initialement par le texte, lorsqu’on dit  qu’une chose sensible « existe » on ne dit rien d’autre qu’elle est perçue ou pensée. En aucun cas on n’affirme quoique ce soit quand à son existence comme un objet se tenant dans le monde extérieur à notre esprit qui le pense.

 

 

 

3.   Pistes de discussions du texte

• Pour Berkeley puisque la réalité ne peut être donnée que dans la perception, il est absurde de chercher à connaître une réalité objective qui existerait indépendamment de nous et des formes de notre sensibilité ( lignes 11 – 13) . Ce que Kant appellera plus tard la « chose-en-soi ».Pour Berkeley comme pour Kant plus tard, les choses n’existent que « pour-nous ». Or connaître cette « chose-en-soi » c’est justement l’ambition de la science moderne–à Ici on a une piste qui ouvre la discussion sur le texte : puisqu’on peut dire qu’en réfutant l’idée qu’il puisse exister avec certitude une « substance étendue » au sens de Descartes (ce que l’opinion commune appelle « la matière »), on peut dire que Berkeley fait preuve de scepticisme : ce que je connais de la réalité du monde est relatif aux formes de ma perception et de mon esprit. L’idée d’une vérité absolue est absurde.

 

• Pour Berkeley, le fait de penser l’idée de Dieu, ne démontre pas l’existence de Dieu. Attention même si cette affirmation ouvre les portes à l’athéisme,  Berkeley ne dit pas que Dieu n’existe pas. L’existence de Dieu relève de la foi et pas de la science ou de la philosophie.

Kant reprendras cette idée en la formulant un peu différemment : si nous n’appréhendons les objets de la science ou de la raison que par l’intermédiaire de notre sensibilité, cela signifie que Dieu que nous ne pouvons ni sentir ni percevoir, n’est pas un objet de la raison (de l’entendement). Autrement dit qu’il est absurde de vouloir démontrer en faisant usage de la raison , l’existence ou la non existence de Dieu. Cette absurdité conduit la raison à des contradictions ou a des antinomies. La raison pouvant alors affirmer logiquement une chose et son contraire.

 

 

Publié le Vendredi 2 mars 2012 dans explication d'un texte philososophique | Commentaires fermés