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Spéciale dédicace pour Thomas the Geek de TES

Mardi 19 octobre 2010

 Hier entre deux blocages, Thomas nous racontait  son programme chargé pour la soirée : une armée de zombies (définition êtres à forme humaine dépourvus de conscience, la plupart du temps déjà morts)  à tuer.  Quand Pierre souleva un problème.

 Si les zombies sont par définition morts alors n’est-ce pas absurde de vouloir tuer des êtres déjà morts ?

N’était-ce pas là une contradiction ? Effectivement nous étions face à une difficulté de premier ordre. 

Heureusement Laura était là pour nous ramener à de saines préoccupations philosophiques en faisant le parallèle entre l’univers des jeux vidéos et l’état de nature de Hobbes.

 

  

  

COMMENT DEVELOPPER DE SUPER REFLEXES ?

par Thomas Vidberg

 

 

Une étude américaine a prouvé que les joueurs de jeux d’action, comme les jeux de tir à la première personne ou les jeux de stratégie temps réel, parvenaient à prendre des décisions plus rapidement que les autres. En début d’année, l’armée américaine avait déjà constaté que les militaires jouant à des jeux vidéo avaient une meilleure mémoire à court-terme, une perception plus pointue et une plus grande concentration que les autres.

J’avais effectivement eu le sentiment, en évitant un obstacle en voiture, que mon entraînement occasionnel à Starcraft 2 avait fait de moi un surhomme. (Un jeu où j’ai atteint brillamment le niveau “bronze”, les connaisseurs apprécieront) J’en ai à présent la confirmation.
Pour une fois qu’une étude ne condamne pas les jeux de vidéo, je me devais de la relayer.

Martin Vidberg

 http://vidberg.blog.lemonde.fr/

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exercice 1 BTS « produit design »

Jeudi 14 octobre 2010

Le déchet

 

 

Tony Cragg

 

A partir du thème du « déchet« , les étudiants doivent construire un questionnement philosophique dans lequel ils n’oublient pas d’où ils pensent, c’est-à-dire :

- 1) leur situation en tant que « tout homme » dans le monde, c’est-à-dire comment la question du déchet interpelle notre humanité et révèle certains aspects de la condition humaine.

 2) Leur positionnement  de designer face à ce problème de la production de déchets dans un monde basé sur la consommation de produits, dont la nécessité peut être discutable, produits dont la durée de vie est de plus en plus en plus courte. 

  

  

- L’une des contraintes de l’exercice est de passer par un travail de définition terminologique et de répondre dans un premier temps à la question générale  «qu’est-ce qu’un déchet» ?

 

- L’objectif de l’exercice est de permettre aux étudiants d’acquérir certains « réflexes » philosophiques  de mise en  questionnement qui est le propre de l’activité philosophique. Le travail demandé n’a pas besoin d’être long et travaillé, il doit pour ce premier exercice, donner à voir cet effort de questionnement et donc simplement ouvrir des pistes de réflexion.

 

Il faut utiliser la  possibilité de publier des questions, des commentaires afin de mettre en commun les éléments de réflexion trouvés par chacun, ce qui ne peut qu’enrichir notre réflexion individuelle.

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Exercice : La formation de l’esprit scientifique

Dimanche 10 octobre 2010

 ♦ Travail en classe, évalué, permettant de voir si les élèves ont acquis les techniques de la lecture méthodique d’un texte de philosophie. La durée était de 2 heures afin de permettre à chaque élève de travailler à son rythme. Des exercices préparatoires avaient familiarisés les élèves avec le type de questions posées. Le but de cette premère évaluation est de faire le point sur les compétences acquises par les élèves, compétences indispensables pour pouvoir travailler un texte philosophique et de remédier immédiatement aux écarts qui pourraient s’instaurer entre les élèves dès le début de l’année.

♦ En ce qui concerne la question réflexion, le thème avait été annoncé (l’opinion)  pour que les élèves qui le souhaitent puissent faire des recherches personnelles. Ce thème était en relation avec le texte de Karl Jaspers  étudié précédemment, les élèves avaient donc la possibilité de se contenter de réinvestir leurs connaissances nouvellement acquises. Pour l’instant aucune contrainte formelle n’a été imposée sur cette partie de l’exercice, exercice  surtout destiné à accumuler des matériaux pour préparer la formation à l’exercice de la dissertation philosophique.

  

Objectif :

préparation à l’épreuve de l’explication d’un texte philosophique

la lecture méthodique d’un texte philosophique

 

 

fractales

« La science dans son besoin d’achèvement comme dans son principe   s’oppose absolument à l’opinion. S’il lui arrive, sur un point particulier de légitimer l’opinion, c’est pour d’autres raisons que celles qui fondent l’opinion ; de sorte que l’opinion a, en droit[1], toujours tort. L’opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s’interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l’opinion[2] ; il faut d’abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. Il ne suffirait pas, par exemple de la rectifier sur des points particuliers, en maintenant, comme une sorte de morale provisoire. L’esprit scientifique nous interdit d’avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout il faut savoir poser des problèmes et quoiqu’on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d’eux-mêmes. C’est véritablement ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu de question, il ne peut y avoir de connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit. »

 Gaston BACHELARD, La formation de l’esprit scientifique, 1938

Notes du texte
[1]  « en droit » signifie ici dans son principe, dans ce qui la fonde. 

[2] On peut définir très généralement l’opinion comme une « une représentation collective » (E. DURKHEIM), comme « un jugement collectif porté sur un fait ou sur une croyance par une société donnée » ( A. Lalande) L’opinion a donc une dimension sociale ou collective  qui fonde son autorité et qui fait qu’elle s’impose à l’individu.

Questions de compréhension :

 1) Quel le thème du texte ?

 2) A quelle question répond ce texte ?

 3) Quelle est la thèse du texte ?

 4) Quelles sont les étapes de l’argumentation ?

( Je divise le texte en plusieurs parties. Je résume en une phrase l’idée contenue dans chaque partie et je précise la relation logique qui lie les parties entre elles. Je ne me contente pas de découper le texte.)

 5) Expliquer « l’opinion a, en droit, toujours tort. L’opinion pense mal ; elle ne pense pas. Elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s’interdit de les connaître. »

 6) Expliquer : « S’il n’y a pas eu de question, il ne peut y avoir de connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit. » 

→ Question de réflexion :

Doit-on se libérer de ses opinions ?

 

  

  

  

  

CORRECTION

  

Remarque : La difficulté du texte est que les élèves se sont retrouvé face à un texte opposant deux notions : l’opinion et l’esprit scientifique. Comme le mot « opinion  » est répété 7 fois dans le texte ils en ont déduit que le texte portait sur l’opinion (ce qui était un mauvais calcul) . Or ici le texte est construit sur une opposition entre l’opinion qu’il faut justement rejeter pour lui préférer l’esprit scientifique. L’opinion est donc un thème secondaire dont la fonction est de mettre en valeur les caractéristiques de l’esprit scientifique selon Gaston Bachelard

  

CORRECTION

le thème : la science (la connaissance) ; l’esprit scientifique ; la démarche scientifique.

la question posée par le texte : « comment procède la science » ? ou « qu’est-ce qui caractérise (définit) l’esprit scientifique » ?

la thèse du texte : La science détruit les opinions et les évidences. Elle procède par questionnement, en construisant des problèmes à résoudre.

  

Remarques: pour l’instant il n’y a toujours qu’un seul thème par texte et donc par voie de conséquence un seule question et une seule thèse répondant à cette question. Il doit y avoir une cohérence entre le thème, la question et la thèse. Cette cohérence nécessaire permet de s’auto-évaluer.

Si le thème et la thèse choisis par l’élève ne portent que sur une partie du texte, c’est qu’il y a un problème. Beaucoup d’élèves ont choisi comme thème l’opinion. Souvent en arrivant au travail sur l’argumentation (plan) du texte, ils pouvaient se rendre compte par eux même-qu’il y avait un problème.

Autres réponses intéressantes  : Maéna, Kristel nous proposent comme thèse : l’esprit scientifique, comme question posée par le texte : « comment se forme l’esprit scientifique » ? Mais elles donnent ensuite une thèse incomplète : par exemple « on forme l’esprit scientifique en détruisant l’opinion ». Cette réponse n’est pas satisfaisante car elle ne précise pas en quoi consiste cet esprit scientifique. C’est pour cela qu’il souvent très utile  de revenir à la question philosophique de base « qu’est-ce que…..? »

Les étapes de l’argumentation

1°partie du texte - Lignes 1 à 2 : Dans la première phrase du texte Gaston Bachelard oppose la science et l’opinion. Il annonce qu’il prendra le partie de la science (« l’opinion a en droit toujours tort« ).

2°partie du texte- Lignes 2 à 4 : Gaston Bachelard   caractéristiques de l’opinion et montre son incapacité à établir une quelconque certitude.

3° partie du texte-Lignes 4 à la fin : Gaston bachelard caratérise l’esprit scientifique par sa capacité à poser les bonnes questions  en construisant des problèmes à résoudre (thèse du texte).

Remarque : on pouvait aussi se contenter de diviser le texte en deux parties:

I° partie : L ‘opinion ne peut fonder aucune certitude ou connaissance vraie (lignes 1 à 4)

II° Partie : L’esprit scienctitifique consiste  d’abord à construire des problèmes (lignes 4 à la fin)

Résumer en une phrase l’idée contenue dans la partie permet de vérifier la pertinence de notre découpage du texte, si plusieurs phrases sont nécessaires c’est que le découpage n’est pas satisaisant.

  

Questions de compréhension du texte :

□ Expliquer « l’opinion a, en droit, toujours tort. L’opinion pense mal ; elle ne pense pas. Elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s’interdit de les connaître. »

• Pour expliquer le texte il était important de donner une définition de l’opinion, définition indispensable pour comprendre pourquoi l’opinion  »a en droit, toujours tort ». Il fallait également préciser le sens du verbe « penser ». Il fallait aussi s’interroger sur l’opposition utilité /connaissance.

AYSE :  »Si l’on reprend la définition de DURKHEIM,  l’opinion peut être définie comme un jugement collectif. C’est cette dimension sociale et collective qui s’impose à l’individu et qui légitime à ses yeux  ses opinions. Elle a une dimension subjective. L’opinion relève donc davantage de la croyance que de la connaissance.  la croyance est un sentiment subjective de certitude qui ne repose pas nécessairement sur une preuve ou une connaissance scientifique.  Or penser ce n’est pas simplement avoir des opinions, ou avoir des certitudes. penser c’est réfléchir, c’est soumettre ses opinions à l’examen critique de la raison. Lorsque Gaston Bachelard écrit « l’opinion pense mal ; elle ne pense pas ». Il veut dire que deux dangers menancent le savoir. le premier consiste à croire que toute opinion particulière et subjective a une portée universelle, ce qui conduit don détenteur a vouloir l’imposer en refusant le débat. Le deuxième consiste à renoncer à rechercher la vérité. dans les deux cas l’opinion est donc un obstacle à la science qui ne peut pas se développer ».

Remarque : Comme beaucoup d’autres d’élèves mis en difficulté part le texte,  Ayse a « oublié » d’expliquer la dernière phrase!

□  Expliquer : « S’il n’y a pas eu de question, il ne peut y avoir de connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit. »

  

  

Question de réflexion:

  

Remarques- extraits de bonnes copies- erreurs à éviter    

  

DANS L’INTRODUCTION

Méthode - Il est utile de préciser l’intérêt ou l’actualité de la question de la question posée et d’en préciser l’enjeu. Par exemple :

Dans nos démocraties l’opinion semble jouer un rôle décisif. Quelqu’en soit le sujet, les sondages d’opinion se succèdent comme s’ils étaient déterminants dans chaque décision  politique. Il est donc important de réfléchir sur le fondement de nos opinions.

Méthode : avant de répondre à la question posée de la il est judicieux de la « mettre en question« . De se demander par exemple ce que pouvait bien sous-entendre le verbe « se libérer« . Cette démarche est ensuite très utile pour construire la problématique de la dissertation.

Alexandra :  » Se libérer de l’opinion est-ce l’oublier ou seulement s’en détacher »?

MAIS ATTENTION DE NE PAS REFORMULER LE SUJET PROPOSE !

Par exemple, Virginie : « Le problème est de savoir s’il est bon de libérer ses opinions ? Au sens de « libérer » j’entends dévoiler, laisser libre cours à sa pensée, à son jumenent« .Ici on peut féliciter Virginer de définir le verbe »libérer » mais attention ici il s’agit du verbe « se libérer« , ce qui n’a mas les mêmes conséquences pour la suite du développement. Reformuler le sujet comme le fait Virginie « Est-il bon de libérer ses opinions ? » alors que la question posée au départ était  » Doit-on se libérer de ses opinions ?« peut conduire à un hors-sujet dans le sens où l’élève ne répond pas à la question qui est posée.

DANS LE DEVELOPPEMENT

Nicolas : » Avant de se poser la question de savoir si l’on doit se libérer de nos opinions, il est nécessaire de s’en poser une autre : d’où viennent nos opinions ? Emile Durkheim défint généralement l’opinion comme une « représenatation collective, comme un jugement collectif porté sur un fait ou sur une croyance par une société donnée. L’opinion s’impose donc aux individus parce qu’elle a une dimensuion sociale et collective qui fonde son autorité ».

 Méthode : la démarche de Nicolas qui consiste à définir le sens des mots avant de répondre au problème  est ce que l’on attend dans une dissertation de philososophie.

A partir de cette définition de DURKHEIM, Alexandra construit une ébauche de problématique :

→ 1) définition de Durkheim

Attention: la dimension collective de l’opinion ne suffit pas à la disqualifier. Les théories scientifiques sont aussi des représentations collectives.

→ 2) conséquences de cette définition :

- a) L‘opinion a donc un sens positif car elle marque l’appartenance à un groupe et permet la cohésion de ce groupe.

- b) L’opinion a un aspect négatif car elle tend à uniformiser notre façon de penser;

- c) Pour affirmer notre singularité il faudrait donc « se libérer » de l’opinion.

Autres éléments de définition de l’opinion :

Alexandra :  » L’opinion est marquée par notre subjectivité. Elle résulte souvent d’un calcul avantages/inconvénients lié à nos intérêts. Ce qui fait dire à Gaston bachelard qu’elle est davantage l’expression de nos besoins que le résultat de la recgeherche d’un savoir vrai. L’opinion exprime notre positionnement dans le monde ».

Les élèves ont relevé comme caractéristitiques de l’opinion :

- l’opinion est subjective. Flora « l’opinion nous ressemble ».

- l’opinion est vraisemblable. Elle peut ressembler à la vérité parce qu’on la considère qu’on certaine. Cela n’implique pas pour autant qu’elle soit vraie.

- Ele est marquée par la pluralité : à une question répondent souvent plusieurs opinons. Pierre et Julien remarquent très justement que cette pluralité des opinions peut être source de conflit.

- Julien souligne comme Alexandra que « l’opinion est déterminée par les intérêts de celui qui la formule ». Il retrouve ainsi le texte de Bachelard pour qui « l’opinion ne pense pas; Elle traduit des besoins en connaissances ».

Il était intéressant dans le développement de se réapproprier l’idée de Bachelard selon laquelle exprimer son opinion ce n’est synonyme de penser, réfléchir ou juger.

Il était utile ici d’utiliser le travail fait sur le texte de Kark Jaspers (cf. Qu’estce que la philosophie ?) et de se réapproprier l’opposition dogmatisme/connaissance.

• la définition donnée dans le cours du verbe critiquer (examiner la valeur de ) était aussi très utile.

DANS LA CONCLUSION

  

Marion ( Excuse moi si je me suis permis de remettre un peu d’ordre et de développer ton idée) :  » L’opinion ne doit pas être rejetée, mais elle doit être utilisée avec discernement et s’appuyer sur des connaissances objectives. L’homme est un être libre qui doit décider de ses actions, dans cetains domaines comme la politique ou la morale il n’existe pas de connaissances objectives. Avoir des opinions est donc nécessaire, car elles interviennent dans tous les choix et les décisions que nous devront prendre pour agir dans le monde. Ce qui importe c’est de comprendre ce qui fonde nos opinions « .

Remarque – qualité du travail : le travail de Marion est très satisfaisant car même si pour l’instant Marion ne dispose pas de tous les éléments lui permettant de développer ses intuitions (nous ne sommes qu’au début de l’année) son argumentation débouche sur une prise de position personnelle. Penser par soi-même un problème est l’objectif de tout travail philososophique. Bravo!

  

page qui n’est pas

terminée, en cours de réalisation

  

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Fallait-il interdire l’exposition de Larry Clark aux mineurs ?

Dimanche 3 octobre 2010

                        Portrait de Jonathan Velasquez (2004)

 

Larry Clark : « Une attaque des adultes contre les ados »

Devant l’interdiction de son exposition aux mineurs, le photographe et cinéaste réplique qu’il montre « leur vie ».

http://www.dailymotion.com/video/x3v6hn_kids-larry-clark-clip_creation

http://www.dailymotion.com/video/x2c2pm_interview-de-larry-clark-concernant_shortfilms

 

Depuis son premier livre, Tulsa (1971), Larry Clark, 68 ans, a marqué les esprits par plusieurs livres et une dizaine de films sur l’adolescence où la drogue, le sexe et la violence sont omniprésents. Après l’interdiction aux mineurs de sa rétrospective au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, l’artiste justifie sa démarche.

http://www.dailymotion.com/video/x3jwl9_larry-clark-tulsa_creation

 

Comment avez-vous réagi à l’interdiction de votre exposition aux mineurs ?

Je suis choqué et surpris. Les photographies qui posent problème ont été isolées de leur contexte. Et elles ont été montrées plusieurs fois en France sans problème : à la Bibliothèque nationale, à la Maison européenne de la photographie (MEP), à la galerie Agathe Gaillard au début des années 1980.

Comment l’expliquez-vous ?

Cette censure est une attaque des adultes contre les adolescents. C’est une façon de leur dire : retournez dans votre chambre ; allez plutôt regarder toute cette merde sur Internet. Mais nous ne voulons pas que vous alliez dans un musée voir de l’art qui parle de vous, de ce qui vous arrive. Les enfants aiment mon travail, il leur parle. Je trouve qu’on devrait faire le contraire, interdire l’expo aux plus de 18 ans ! Je fais ces images pour moi et pour les adolescents. Oui, il y a du sexe et de la nudité, mais ça fait partie de la vie. Dans Tulsa, il y a un jeune garçon qui se regarde en pleine érection. Mais tous les garçons ont fait ça ! Dans le contexte de mon travail, ce n’est pas de la pornographie, ce n’est pas une mise en scène faite pour titiller, c’est la vie.

Avez-vous été confronté à la censure dans d’autres pays ?

Mes films ont été censurés : à Moscou, Ken Park (2002) a été retiré après quelques jours, en Australie, il a été interdit. Je n’ai pas fait de films depuis quelques années car c’est difficile de trouver des fonds, même si mes films ont du succès. Pour mes photos, il y a eu des remous, comme lorsque la série Tulsa a été montrée aux Etats-Unis la première fois. Mais elles ont toujours pu être présentées avec un avertissement à l’entrée.

Pourquoi êtes-vous tellement attiré par l’adolescence ?

J’ai eu une adolescence de merde. J’ai commencé la drogue à 15 ans. Je n’ai atteint la puberté qu’à 16 ans, je pensais que j’étais anormal. J’étais maigre, mon père ne m’aimait pas, il ne me parlait pas, je l’embarrassais. Je me souviens d’une fois où il m’a regardé et a dit tout haut : « Je ne sais pas ce que j’ai fait de mal pour avoir cet enfant. » Et il est sorti de la pièce.

Vous voulez rattraper votre adolescence ?

Non, je ne peux pas. Mais c’est une période cruciale. A mon époque, on ne parlait de rien, les drogues n’étaient pas censées exister, il n’y avait pas de sexe, pas d’inceste, pas de pédophilie. Une fille au collège avait cinq frères, et ils la baisaient tous. J’ai voulu montrer les choses que personne ne montrait. Teenage Lust (1983), c’est ce qui se passait, les ados faisaient l’amour, étaient violents, prenaient de la drogue, ils s’amusaient, ils ne s’amusaient pas, ils tombaient amoureux. Dans mes films je montre des groupes d’adolescents qu’on ne connaît pas. J’ai suivi Jonathan Velasquez, le skater de mon film Wassup Rockers (2005), pendant toute son adolescence. Ces skaters de Los Angeles, les gens en ont peur. Ils sont pauvres, mais ils profitent de la vie.

Quelle est votre relation avec vos modèles ?

Je les fréquente, j’apprends à les connaître. Je leur montre mes films. Je deviens l’un d’entre eux, même si je suis plus vieux qu’eux. Ils m’apprécient. Si je n’étais pas cool, comment pourrais-je ne serait-ce que m’approcher d’eux ?

Mais quand vous leur demandez des poses sexuelles, mesurent-ils la portée de leurs gestes ?

C’est impossible de répondre à cette question ! Mais je ne les trompe pas, je leur explique, je leur montre mon travail.

Quel âge a le garçon de la série « 1992″, qui pose en caleçon en mimant une strangulation ?

Je ne me souviens pas. Peut-être 18 ans.

Pouvez-vous comprendre que de telles images puissent déranger ?

Bien sûr, elles sont dérangeantes. Mais l’art est dérangeant.

On vous accuse même de pédophilie. Vos photos parlent-elles de votre désir ?

Non, ça ne parle pas de ça. Peut-être que ça montre que j’aurais aimé être à leur place. Ce garçon, Jonathan Velasquez, que j’ai suivi de 14 à 21 ans, j’aurais adoré être lui. Je suis envieux.

Devant mon travail, les réactions sont très différentes. Certains pensent que c’est le boulot d’un vieux dégoûtant. Des enfants viennent et ça leur parle. Mais tout le monde réagit. Et les jeunes qui voudront voir l’expo… dites-leur que c’est l’hiver. Ils mettent une casquette, une écharpe, une fausse moustache, et ils rentreront !

Propos recueillis par Claire Guillot

 

teenage lust (1983)                                           

Article paru dans l’édition du Monde datée du 03.10.10

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Et si nous parlions d’amour ?

Samedi 2 octobre 2010

 

photographie de Larry Clark

 

Pour répondre à la  question de Mélanie qui s’interrogeait lors du cours sur Eros :

 «mais comment pouvons-nous faire pour aimer ?»

 

 une émission sur l’amour à écouter sur France Culture:

 « et si de l’amour nous ne savions rien ? »

avec François Midal

http://franceculture.com/emission-les-racines-du-ciel-l%E2%80%99amour-avec-fabrice-midal-2010-09-28.html

 

 

Résumé

Aujourd’hui, même si tous nous avons le sentiment de savoir ce qu’est l’amour, ne serait-ce que pour avoir aimé une fois dans sa vie, paradoxalement la signification de l’amour nous échappe.

En effet, alors que dans l’Antiquité grecque l’amour avait la valeur d’un savoir (cf. Le Banquet de Platon), désormais il semble s’être réduit à n’avoir plus qu’une valeur sentimentale. L’amour c’est ce dont parlent les journaux féminins qui nous donnent des recettes pour réussir techniquement  notre vie sentimentale. C’est ce sentiment qui nous renvoie aux limites de notre subjectivité.

Cette conception subjective et individualiste de l’amour trouve son origine à la fin de la Renaissance, dans la scission opérée par Descartes entre le sujet et l’objet, scission qui fonde notre tradition culturelle occidentale.

Mais l’amour n’a pas toujours eu ce sens réduit. Par exemple, pour le poète italien Dante (XIII° siècle), « l’amour qui meut le ciel et les étoiles», ne relève pas du sentiment personnel mais de quelque chose de beaucoup plus vaste. L’amour est la relation qui réunit toutes les choses dans un tout.

A l’origine de la pensée, l’amour est  au fondement de l’être de toute chose. Ce n’est pas , comme pour nous, le sentiment éprouvé par une personne fermée sur elle–même pour une autre personne, elle aussi fermée sur elle-même. L’amour, c’est ce qui va les donner l’une à l’autre. C’est ce qui fait qu’elles deviennent une, c’est cette force qui les construit comme un tout et qui les relie à l’harmonie de l’univers.

Parce que l’amour est une (é)motion, notre civilisation vit l’amour, comme une menace.  Aussi comme tout autre objet fabriqué par l’homme, l’amour doit être le produit d’une maîtrise et d’une domination. Ainsi il suffirait de cocher des cases sur des sites de rencontre pour trouver l’amour. Or l’amour véritable suppose le dépassement de soi, la perte de contrôle, l’anéantissement de l’égoïsme du moi.

On retrouve cette conception de l’amour en Orient et au Proche-Orient. En effet, l’amour est loin d’être un problème personnel, l’amour est d’abord fusion avec le tout du monde. Il possède une dimension universelle. Pour le poète persan Rûmî, l’amour est la force motrice de l’univers. Si les choses peuvent être c’est grâce à la force de l’amour. Toute la création de l’univers est un acte d’amour. L’amour c’est d’abord l’expérience de cette unité du tout que nous pouvons faire à n’importe quelle occasion et peut-être plus particulièrement en contemplant la nature.

L’amour s’apprend. Pour le poète Rilke l’amour est le travail de toute une vie. Il est le travail le plus difficile qui soit car il est ouverture au monde. Le problème est donc de savoir comment on peut (sou)tenir cette ouverture, cette immensité du désir.

 

L’amour c’est l’irruption de l’inouï .

 

Ainsi, pour François Midal le désir n’est pas une pulsion en quelque sorte mécanique, comme le soutenait Freud, mais il est semblable à une divinité, Eros, que l’on se doit d’accueillir. Cela signifie que l’on doit se préparer à aimer. Cependant contrairement à la conception de Platon, Eros n’est pas pour lui synonyme d’élévation, de spiritualité, d’oubli du corps. Au contraire si nous avons besoin de « faire l’amour », c’est justement parce que nous avons besoin de nous incarner dans ce monde.

 

(é)motion : étymologiquement « ce qui nous met en mouvement et nous pousse hors de » nous

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