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Fallait-il interdire l’exposition de Larry Clark aux mineurs ?

Dimanche 3 octobre 2010

                        Portrait de Jonathan Velasquez (2004)

 

Larry Clark : « Une attaque des adultes contre les ados »

Devant l’interdiction de son exposition aux mineurs, le photographe et cinéaste réplique qu’il montre « leur vie ».

http://www.dailymotion.com/video/x3v6hn_kids-larry-clark-clip_creation

http://www.dailymotion.com/video/x2c2pm_interview-de-larry-clark-concernant_shortfilms

 

Depuis son premier livre, Tulsa (1971), Larry Clark, 68 ans, a marqué les esprits par plusieurs livres et une dizaine de films sur l’adolescence où la drogue, le sexe et la violence sont omniprésents. Après l’interdiction aux mineurs de sa rétrospective au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, l’artiste justifie sa démarche.

http://www.dailymotion.com/video/x3jwl9_larry-clark-tulsa_creation

 

Comment avez-vous réagi à l’interdiction de votre exposition aux mineurs ?

Je suis choqué et surpris. Les photographies qui posent problème ont été isolées de leur contexte. Et elles ont été montrées plusieurs fois en France sans problème : à la Bibliothèque nationale, à la Maison européenne de la photographie (MEP), à la galerie Agathe Gaillard au début des années 1980.

Comment l’expliquez-vous ?

Cette censure est une attaque des adultes contre les adolescents. C’est une façon de leur dire : retournez dans votre chambre ; allez plutôt regarder toute cette merde sur Internet. Mais nous ne voulons pas que vous alliez dans un musée voir de l’art qui parle de vous, de ce qui vous arrive. Les enfants aiment mon travail, il leur parle. Je trouve qu’on devrait faire le contraire, interdire l’expo aux plus de 18 ans ! Je fais ces images pour moi et pour les adolescents. Oui, il y a du sexe et de la nudité, mais ça fait partie de la vie. Dans Tulsa, il y a un jeune garçon qui se regarde en pleine érection. Mais tous les garçons ont fait ça ! Dans le contexte de mon travail, ce n’est pas de la pornographie, ce n’est pas une mise en scène faite pour titiller, c’est la vie.

Avez-vous été confronté à la censure dans d’autres pays ?

Mes films ont été censurés : à Moscou, Ken Park (2002) a été retiré après quelques jours, en Australie, il a été interdit. Je n’ai pas fait de films depuis quelques années car c’est difficile de trouver des fonds, même si mes films ont du succès. Pour mes photos, il y a eu des remous, comme lorsque la série Tulsa a été montrée aux Etats-Unis la première fois. Mais elles ont toujours pu être présentées avec un avertissement à l’entrée.

Pourquoi êtes-vous tellement attiré par l’adolescence ?

J’ai eu une adolescence de merde. J’ai commencé la drogue à 15 ans. Je n’ai atteint la puberté qu’à 16 ans, je pensais que j’étais anormal. J’étais maigre, mon père ne m’aimait pas, il ne me parlait pas, je l’embarrassais. Je me souviens d’une fois où il m’a regardé et a dit tout haut : « Je ne sais pas ce que j’ai fait de mal pour avoir cet enfant. » Et il est sorti de la pièce.

Vous voulez rattraper votre adolescence ?

Non, je ne peux pas. Mais c’est une période cruciale. A mon époque, on ne parlait de rien, les drogues n’étaient pas censées exister, il n’y avait pas de sexe, pas d’inceste, pas de pédophilie. Une fille au collège avait cinq frères, et ils la baisaient tous. J’ai voulu montrer les choses que personne ne montrait. Teenage Lust (1983), c’est ce qui se passait, les ados faisaient l’amour, étaient violents, prenaient de la drogue, ils s’amusaient, ils ne s’amusaient pas, ils tombaient amoureux. Dans mes films je montre des groupes d’adolescents qu’on ne connaît pas. J’ai suivi Jonathan Velasquez, le skater de mon film Wassup Rockers (2005), pendant toute son adolescence. Ces skaters de Los Angeles, les gens en ont peur. Ils sont pauvres, mais ils profitent de la vie.

Quelle est votre relation avec vos modèles ?

Je les fréquente, j’apprends à les connaître. Je leur montre mes films. Je deviens l’un d’entre eux, même si je suis plus vieux qu’eux. Ils m’apprécient. Si je n’étais pas cool, comment pourrais-je ne serait-ce que m’approcher d’eux ?

Mais quand vous leur demandez des poses sexuelles, mesurent-ils la portée de leurs gestes ?

C’est impossible de répondre à cette question ! Mais je ne les trompe pas, je leur explique, je leur montre mon travail.

Quel âge a le garçon de la série « 1992″, qui pose en caleçon en mimant une strangulation ?

Je ne me souviens pas. Peut-être 18 ans.

Pouvez-vous comprendre que de telles images puissent déranger ?

Bien sûr, elles sont dérangeantes. Mais l’art est dérangeant.

On vous accuse même de pédophilie. Vos photos parlent-elles de votre désir ?

Non, ça ne parle pas de ça. Peut-être que ça montre que j’aurais aimé être à leur place. Ce garçon, Jonathan Velasquez, que j’ai suivi de 14 à 21 ans, j’aurais adoré être lui. Je suis envieux.

Devant mon travail, les réactions sont très différentes. Certains pensent que c’est le boulot d’un vieux dégoûtant. Des enfants viennent et ça leur parle. Mais tout le monde réagit. Et les jeunes qui voudront voir l’expo… dites-leur que c’est l’hiver. Ils mettent une casquette, une écharpe, une fausse moustache, et ils rentreront !

Propos recueillis par Claire Guillot

 

teenage lust (1983)                                           

Article paru dans l’édition du Monde datée du 03.10.10

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Vanitas : Quand lady Gaga recycle l’oeuvre de l’artiste Jana Sterbak

Samedi 18 septembre 2010

  

    Lady GAGA a fait sensation à la dernière remise des prix des MTV Music Awards en arrivant toute de viande vêtue et coiffée d’un steak. 

  

  

Bien que  l’objectif poursuivi ne soit pas tout à fait le même, puisqu’il s’agit ici de créer l’évènement et non d’inviter à la réflexion, les stylistes et designers  de la star se sont tout simplement  inspirés de l’oeuvre « Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique », 1987, de l’artiste JANA STERBAK. 

  

Définitions : 

• Dans le domaine des beaux-arts, les vanités sont un genre particulier des natures mortes. Ce sont des allégories (représentation d’une idée abstraite ou d’un concept à l’aide d’objets, de personnages, d’animaux…) symbolisant la mort. Ces oeuvres invitent généralement à une réflexion sur l’inutilité des plaisirs des sens et des richesses face à la certitude de la mort. 

• Le verbe « écorcher  » signifie « dépouiller de sa peau ». Un écorché est la représentation d’un homme ou d’un animal dépourvu de peau.

 

Dans une interview, Jana Sterbak commente son oeuvre en ces termes : « Je crois que [Vanitas] est une oeuvre assez réussie – si je peux me permettre de dire cela – car elle se prête à quantité d’interprétations, depuis le non-respect des animaux élevés pour leur viande, jusqu’au vieillissement et à la mort des individus, en passant par les rituels de possession, etc. Vanitas pourrait également invoquer les changements que le temps imprime à la perception des oeuvres. Le jour du vernissage, quand on expose la robe, la chair est crue. Puis la viande sèche et commence à ressembler au cuir ; elle devient alors acceptable. Cela est vrai  aussi pour les artistes. Certains conservateurs préfèrent travailler avec des artistes morts car ils dérangent moins ». 

extrait de « Jana Sterbak, la condition d’animal humain« , Art Press n° 329 décembre 2006 

   

Pour en savoir plus : 

 http://elles.centrepompidou.fr/blog/?p=175 

My New York, Zhang Huan, 2002

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actualité de l’art

Samedi 13 février 2010

travailler_moins_gagner_plus_montage

 

Une école des beaux-arts nationale est-elle une institution publique  comme les autres ?

 

Le directeur de l’école de Paris avait décidé de décrocher mercredi 10 février 2010 les grandes bannières de l’artiste chinoise Kio Su Lan exposées à l’extérieur de l’établissement où étaient inscrits les mots  « gagner », « moins », « plus », « travailler » nous renvoyant bien évidemment au slogan de la campagne présidentielle « travailler plus pour gagner plus »qui se traduit en fait pour la plupart par « travailler plus  pour gagner moins ».

Afin d’apporter sa pierre à la   polémique Bertrand Delanoë proposa un autre lieu à l’artiste, mais c’est justement sur la façade de cette institution réputée que ces mots et que le slogan présidentiel mis ici en abyme  par l’artiste prennent tout leur sens. Une école des Beaux-Arts  se doit  de former des artistes  non des fonctionnaires. Or qu’est-ce qu’un artiste ? C’est celui qui va nous donner à voir, à entendre, à sentir le monde, en mettant en question nos repères.  Le langage et les slogans politiques font partie de ces repères. Pour cela il parfois nécessaire d’utiliser le moyen de la subversion, c’est-à-dire  de renverser l’ordre des choses, ici l’ordre des mots, ou de mettre un « moins » là où on attend un « plus »pour mettre à jour ce qui se cache dessous. Ainsi l’argument du directeur de l’école  selon lequel, cette œuvre était de nature à « constituer une atteinte à la neutralité du service public et instrumentaliser l’établissement » n’est pas recevable et devient absurde, aussi vide de sens que le slogan du candidat à la présidentielle. En faisant  décrocher les bannières le directeur de l’établissement est devenu un élément du dispositif artistique. Craignant pour ses subventions ou pour sa carrière, il s’est placé du côté de ce qui se cache sous une école des Beaux-Arts : les jeux et manœuvres du pouvoir politique. C’est sans doute pour la même raison que le ministre artiste Frédéric Mitterrand a vite fait raccrocher l’œuvre …mais pour quelques jours seulement !

 

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Qu’est-ce que la sexualité humaine ?

Jeudi 11 février 2010

Peut-on ou doit-on parler de l’homosexualité aux
 
 enfants dans les écoles primaires ?
 

On ne peut pas répond le Ministre de l’Education Luc Chatel.

 L’homosexualité reste aujourd’hui taboue dans les écoles.

 

 

l'homosexualité dans les écoles

l’homosexualité dans les écoles

 

Martin Vidberg, l’actu en patates

blog, lemonde.fr

 

Exercice

Quel évènement a entraîné cette déclaration du Ministre ?

Examiner les arguments du Ministre, sont-ils satisfaisants ?

Pourquoi ne devrait-on pas au contraire parler d’homosexualité et plus largement

 de sexualité aux élèves dans les écoles ?

 

  

 

 

mannnn

David Lachappelle

 

Aimer s’apprend, comme le reste.

  Dans le débat qui divise l’opinion autour de la projection du film d’animation « le baiser de la lune » dans les classes de CM1 et CM2, pour sensibiliser les jeunes aux discriminations homophobes, nous avons l’impression de revenir aux débats du XIX° siècle, qui ont accompagné la présentation faite par Freud de son concept de sexualité infantile. Cette thèse fit alors scandale dans les mêmes termes : les enfants n’ont pas de sexualité parce que leurs organes génitaux ne sont pas arrivés à maturité, à quoi bon en parler.

Pour dire les choses simplement,  Freud démontrait que si l’on peut dire que « l’enfant a une sexualité », cette sexualité infantile, n’a rien à voir avec la sexualité active de l’adulte.[1] Dire qu’il existe une sexualité infantile, cela ne renvoie pas à l’acte sexuel tel qu’on l’entend habituellement,  cela signifie simplement que, dès le plus jeune âge, nos actions ne sont  pas mues par un instinct de reproduction, mais par la recherche du plaisir, laquelle est d’ailleurs souvent contrariée par le principe de réalité. C’est cette quête du plaisir qui  donne à nos actions une dimension « sexuelle ».  Cette sexualité dite « infantile » nous permet alors de comprendre les grands principes de la sexualité humaine.

Ainsi depuis la découverte de Freud, on ne peut plus dire que la sexualité se réduit aux fonctionnement des organes génitaux (au rapport sexuel), mais elle englobe toutes les activités par lesquelles l’enfant, puis l’homme adulte , vont rechercher une satisfaction. La sexualité humaine possède donc cette spécificité de ne pouvoir être réduite à l’assouvissement d’un instinct animal ou à la reproduction mécanique  d’une norme, qui serait hétérosexuelle et qui viserait la perpétuation de l’espèce humaine.

La sexualité est créativité. Elle transforme le vivant en une vie proprement humaine. C’est pour cela qu’elle ne réduit pas l’homme à une partie de son corps (comme le font certains films qui se contentent de montrer des gros plans d’organes génitaux en action), au contraire, elle est la  construction d’une totalité qui excède sa personne. En effet, pour satisfaire ses désirs, l’homme seul ou en groupe, sera obligé de mettre en œuvre des stratégies. Il devra réfléchir, construire des outils, travailler une nature fait obstacle à la réalisation de son désir, une nature qu’il faut connaître et domestiquer. Mais il devra aussi  apprendre à tenir compte du désir de l’autre, à l’accepter, à le reconnaître, à l’aimer. Pour cela il devra apprendre à renoncer, quitte à rester insatisfait, ou a trouver une satisfaction dans une activité qu’il juge alors plus haute. C’est donc dans la recherche du plaisir, mais attention, nous dit la philosophie, d’un certain plaisir, celui que procure une « vie bonne » nous dit Aristote, une vie qui n’est pas centrée sur l’utilité que l’on peut retirer d’autrui, que les hommes vont construire ce qu’ils sont, vont construire leur humanité.

 Le problème n’est pas d’accepter que coexistent des normes  hétérosexuelle et homosexuelle, autremant dit de limiter le débat à la question de la discrimination. Le problème c’est d’abord d’apprendre à aimer. Pour Jacques Derrida, il n’y a pas de différence entre l’amour et l’amitié. Chaque histoire d’amour est le résultat d’un trajet où s’entremêlent une histoire personnelle, unique, qu’il s’agit de comprendre et d’assumer, et un apprentissage culturel. Dans cet apprentissage, la famille mais aussi l’école ont un rôle déterminant à jouer.

A l’école l’enfant va découvrir ce que l’on appelle les Humanités : l’Art, la littérature, la philosophie. Ces Humanités vont lui permettre de donner une forme culturelle à son désir, à sa sexualité. Ainsi lorsqu’on parle de la place que doit prendre l’éducation sexuelle à l’école, il ne s’agit pas simplement d’expliquer dans le cours de biologie l’anatomie humaine, le fonctionnement des organes génitaux de l’homme et de la femme, ou de se contenter de dire que la sexualité ce n’est pas le catalogue d’obscénités que l’on voit dans les films pornographiques en entretenant le mystère d’une grande découverte à venir, mais d’expliquer que la sexualité c’est la spécificité du désir humain qui se construit dans une humanité épanouie  et créative, qui fonde notre estime de soi et nécessite la reconnaissance de l’autre et des autres. La sexualité serait alors la première fondation du politique ou du vivre- ensemble.  



 

 


[1] Freud utilise les mêmes termes que ceux du langage courant, mais il en remanie le contenu.

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Actualité : Peut-on « moraliser » le capitalisme ?

Jeudi 8 janvier 2009

Peut-on « moraliser » le

 

  capitalisme ?

 

Pour comprendre les enjeux de la crise économique actuelle

le colloque « Nouveau monde, nouveau capitalisme »

 8 et 9 janvier 2009

 

http://www.colloquenouveaumonde.fr/

 

« Il faut que tout change pour que rien ne

 change  »

Tomasi di Lampedusa, Le guépard (1958)

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