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AVOIR DU STYLE

Vendredi 25 février 2011


Contes de la folie ordinaire

film de Marco FERRERI

d’après l’oeuvre et la vie du poète Charles Bukowsky

envoyé par misshollygolightly. – L’info video en direct.[/dailymotion]


Le temps : La jetée court métrage de Chris Marker

Jeudi 10 février 2011

La jetée 

 Chris Marker

1962

 

http://www.dailymotion.com/videoxz5cs

Fallait-il interdire l’exposition de Larry Clark aux mineurs ?

Dimanche 3 octobre 2010

                        Portrait de Jonathan Velasquez (2004)

 

Larry Clark : « Une attaque des adultes contre les ados »

Devant l’interdiction de son exposition aux mineurs, le photographe et cinéaste réplique qu’il montre « leur vie ».

http://www.dailymotion.com/video/x3v6hn_kids-larry-clark-clip_creation

http://www.dailymotion.com/video/x2c2pm_interview-de-larry-clark-concernant_shortfilms

 

Depuis son premier livre, Tulsa (1971), Larry Clark, 68 ans, a marqué les esprits par plusieurs livres et une dizaine de films sur l’adolescence où la drogue, le sexe et la violence sont omniprésents. Après l’interdiction aux mineurs de sa rétrospective au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, l’artiste justifie sa démarche.

http://www.dailymotion.com/video/x3jwl9_larry-clark-tulsa_creation

 

Comment avez-vous réagi à l’interdiction de votre exposition aux mineurs ?

Je suis choqué et surpris. Les photographies qui posent problème ont été isolées de leur contexte. Et elles ont été montrées plusieurs fois en France sans problème : à la Bibliothèque nationale, à la Maison européenne de la photographie (MEP), à la galerie Agathe Gaillard au début des années 1980.

Comment l’expliquez-vous ?

Cette censure est une attaque des adultes contre les adolescents. C’est une façon de leur dire : retournez dans votre chambre ; allez plutôt regarder toute cette merde sur Internet. Mais nous ne voulons pas que vous alliez dans un musée voir de l’art qui parle de vous, de ce qui vous arrive. Les enfants aiment mon travail, il leur parle. Je trouve qu’on devrait faire le contraire, interdire l’expo aux plus de 18 ans ! Je fais ces images pour moi et pour les adolescents. Oui, il y a du sexe et de la nudité, mais ça fait partie de la vie. Dans Tulsa, il y a un jeune garçon qui se regarde en pleine érection. Mais tous les garçons ont fait ça ! Dans le contexte de mon travail, ce n’est pas de la pornographie, ce n’est pas une mise en scène faite pour titiller, c’est la vie.

Avez-vous été confronté à la censure dans d’autres pays ?

Mes films ont été censurés : à Moscou, Ken Park (2002) a été retiré après quelques jours, en Australie, il a été interdit. Je n’ai pas fait de films depuis quelques années car c’est difficile de trouver des fonds, même si mes films ont du succès. Pour mes photos, il y a eu des remous, comme lorsque la série Tulsa a été montrée aux Etats-Unis la première fois. Mais elles ont toujours pu être présentées avec un avertissement à l’entrée.

Pourquoi êtes-vous tellement attiré par l’adolescence ?

J’ai eu une adolescence de merde. J’ai commencé la drogue à 15 ans. Je n’ai atteint la puberté qu’à 16 ans, je pensais que j’étais anormal. J’étais maigre, mon père ne m’aimait pas, il ne me parlait pas, je l’embarrassais. Je me souviens d’une fois où il m’a regardé et a dit tout haut : « Je ne sais pas ce que j’ai fait de mal pour avoir cet enfant. » Et il est sorti de la pièce.

Vous voulez rattraper votre adolescence ?

Non, je ne peux pas. Mais c’est une période cruciale. A mon époque, on ne parlait de rien, les drogues n’étaient pas censées exister, il n’y avait pas de sexe, pas d’inceste, pas de pédophilie. Une fille au collège avait cinq frères, et ils la baisaient tous. J’ai voulu montrer les choses que personne ne montrait. Teenage Lust (1983), c’est ce qui se passait, les ados faisaient l’amour, étaient violents, prenaient de la drogue, ils s’amusaient, ils ne s’amusaient pas, ils tombaient amoureux. Dans mes films je montre des groupes d’adolescents qu’on ne connaît pas. J’ai suivi Jonathan Velasquez, le skater de mon film Wassup Rockers (2005), pendant toute son adolescence. Ces skaters de Los Angeles, les gens en ont peur. Ils sont pauvres, mais ils profitent de la vie.

Quelle est votre relation avec vos modèles ?

Je les fréquente, j’apprends à les connaître. Je leur montre mes films. Je deviens l’un d’entre eux, même si je suis plus vieux qu’eux. Ils m’apprécient. Si je n’étais pas cool, comment pourrais-je ne serait-ce que m’approcher d’eux ?

Mais quand vous leur demandez des poses sexuelles, mesurent-ils la portée de leurs gestes ?

C’est impossible de répondre à cette question ! Mais je ne les trompe pas, je leur explique, je leur montre mon travail.

Quel âge a le garçon de la série « 1992″, qui pose en caleçon en mimant une strangulation ?

Je ne me souviens pas. Peut-être 18 ans.

Pouvez-vous comprendre que de telles images puissent déranger ?

Bien sûr, elles sont dérangeantes. Mais l’art est dérangeant.

On vous accuse même de pédophilie. Vos photos parlent-elles de votre désir ?

Non, ça ne parle pas de ça. Peut-être que ça montre que j’aurais aimé être à leur place. Ce garçon, Jonathan Velasquez, que j’ai suivi de 14 à 21 ans, j’aurais adoré être lui. Je suis envieux.

Devant mon travail, les réactions sont très différentes. Certains pensent que c’est le boulot d’un vieux dégoûtant. Des enfants viennent et ça leur parle. Mais tout le monde réagit. Et les jeunes qui voudront voir l’expo… dites-leur que c’est l’hiver. Ils mettent une casquette, une écharpe, une fausse moustache, et ils rentreront !

Propos recueillis par Claire Guillot

 

teenage lust (1983)                                           

Article paru dans l’édition du Monde datée du 03.10.10

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A propos d’Antichrist, film désormais culte, de Lars von Trier

Samedi 6 mars 2010

 

Antichrist 

 

 

TOUTES LES FEMMES VIENNENT DU

PARADIS

 

 

    antichrist1  Le film commence par une longue séquence en noir et blanc. C’est  l’hiver, dehors il neige. Un couple fait l’amour. La caméra saisit les corps dans un vibrant hommage  à la jouissance et à la vie. Les corps mêlés semblent engagés dans une parfaite harmonie, dans une parfaite réciprocité. Pendant ce temps, l’enfant du couple grimpe sur le rebord de la fenêtre et tombe. Une lente cantate de Haendel « laschia chi’io pianga », rythme l’image, les silences répétés de la partition signifient le sanglot, les paroles du chant annoncent la thématique du film.

 Laissez moi pleurer mon sort

Cruel

Et aspirer à la liberté

Ces chaînes de mon martyr ne

Seront brisées

Qua par la douleur et la pitié

Laisser moi pleurer… 

   Cette première scène est si saisissante d’un point de vue esthétique que le spectateur réduit à l’état de voyeur impuissant ne sait pas s’il est fasciné par la scène d’amour magnifiquement filmée ou la  mort de l’enfant qui tombe sans bruit, lentement, sans aucune violence dans la neige. Mais dans le chant tout est dit. Il sera question de vie et de mort, de libération par la douleur et la pitié (thématique que l’on a déjà rencontré dans de nombreux films de Lars von Trier). 

   Après la mort de l’enfant, elle ne parvient pas à surmonter sa douleur et à faire son deuil. Sa souffrance est inexplicable et échappe au corps médical et à la science. Il est psychothérapeute et il décide alors de la soigner lui-même. Il faut préciser qu’il pratique les nouvelles techniques cognitivistes comportementalistes à la mode qui se caractérisent par un reconditionnement du comportement du patient et par la négation du psychisme et de l’inconscient.  Elle devient sa patiente,  au sens étymologique du terme qui vient du latin « patior » souffrir, subir. Elle est son objet d’étude, sa chose mise à disposition, dépossédée de toute subjectivité. Ce qu’elle lui fait remarquer : « jusqu’à présent, lui dit-elle, nous ne t’intéressions pas beaucoup ».

Le film se centre alors sur leur face-à-face. Chacun est alors renvoyé à sa posture, lui le thérapeute, elle la patiente, et à sa différence sexuelle. Il est l’Humanité, qui maîtrise et domine la nature grâce à la raison, ancré dans le sol par la science et la technique, ce que symbolise la meule qu’elle lui plante dans la jambe. Elle, c’est la Femme livrée aux forces de la nature par son corps qui la dépossède d’elle-même, ou du moins d’une certaine représentation sociale d’elle-même. Il ne peut alors y avoir entre eux plus qu’un rapport de domination de l’un par l’autre. Il s’agit pour lui de la ramener à la raison. La scène d’amour initiale n’était que la surface des choses, il s’agit désormais d’observer les profondeurs de leur intimité.

   On peut difficilement taxer Lars von Trier de misogynie. Car ce qui est mis en question ici c’est l’ensemble de notre schéma de représentations qui s’organise autour de la différence sexuelle et de hiérarchie masculin/ féminin qui organise toutes nos valeurs. Il suffit de se référer aux travaux de l’anthropologue Françoise Héritier pour avoir une grille de lecture du film.

Antichrist2 L’humanité, la science et la technique sont du côté du masculin, elles ordonnent la nature comme elles organisent les constellations dans le ciel. Mais si elles avaient été du côté du féminin l’ordonnancement des étoiles serait-il le même ?

  4 Il lui propose comme thérapie d’affronter l’objet de sa peur. L’objet de sa peur c’est Eden, « le Paradis », c’est la forêt qui environne leur maison de campagne. Elle y a fait dernièrement un séjour pour y terminer sa thèse.

   Il est intéressant de remarquer que dans le film de Woody Allen qui sort au même moment dans les salles (antithèse exacte du film de Lars von Trier et portant aussi une réflexion sur les relations entre les hommes et les femmes), le personnage féminin vient lui aussi d’une petite ville appelée Eden. C’est à croire que pour les cinéastes, toutes les femmes viennent du paradis. 

On doit aussi remarquer que ce film de Woody Allen mettant en scène une blonde stupide et un astrophysicien coincé, a suscité un enthousiasme symétriquement proportionnel à la haine qu’a déchaîné le film de Lars von Trier.

Progressivement tout au long du film,  par touches, Lars von Trier pose les chaînes dont il va  libérer son personnage féminin. C’est d’abord l’univers domestique. La scène d’amour se termine sur l’image du tambour de la machine à laver qui tourne. C’est ensuite la maternité vécue dans la relation à l’enfant. Pour terminer sa thèse elle a du emmener avec elle l’enfant à Eden , mais on découvre que cet enfant  est en fait une contrainte qui lui pèse. Elle a certainement souhaité la disparition de l’enfant , c’est pour cela qu’elle ne peut guérir sans affronter les profondeurs de son inconscient. C’est, pour  finir, une sexualité passive et culpabilisante,  dominée par des représentations masculines qui l’infantilisent. La scène où elle mutile son clitoris, pourrait être interprétée en ce sens

antichrist3

Si elle a peur de la forêt, c’est que vivant à Eden et travaillant sur une thèse portant sur les procès et les tortures infligées aux femmes au Moyen-Age pour cause de sorcellerie, elle a découvert que la nature n’était pas ce milieu rassurant, paisible, « paradisiaque », ordonnée par la science des hommes décrite par Rousseau et Galilée. La nature est un tout, un organisme vivant. Lorsqu’ils entrent dans la forêt, Lars von Trier nous donne à voir une forêt vivante et menaçante qui respire lentement, et qui se referme sur nos deux protagonistes. Car si la nature c’est la vie, c’est aussi la mort. Si c’est l’ordre, c’est aussi l’informe, le chaos, la destruction, le néant vers lequel tout revient un jour. La biche porte un petit mort-né, le renard est éviscéré. Les fourmis se précipitent sur l’oisillon tombé du nid. Dans la nature, l’horreur est l’autre versant de la beauté. Ainsi le film ouvre une réflexion sur le rapport de l’homme à la nature, mais une nature devenue inconnue puis hostile à force d’être niée, laminée par l’homme, une nature qui porte en germe la catastrophe. Antichrist est donc bien un film de notre époque. Il n’est pas anodin que Lars von Trier dédicace  ce film à Andreï Tarkovsky. Mais cette dédicace est aussi une réponse. Dans le combat qui oppose l’homme à la nature, l’homme aura le dernier mot car il possède la clé de sa rédemption.

antichrist 2

 Petit à petit, le rapport s’inverse, le personnage masculin du film  se trouve dépassé par la situation qu’il a créée, par les forces qu’il a libérées. Pour elle qui a basculé dans la folie, il n’y a désormais plus de retour possible. Pour Lars von Trier seule la mort peut la libérer de sa souffrance et de sa culpabilité. Commence alors pour lui un parcours initiatique. Lui qui ne souffrait pas de la disparition de l’enfant, va découvrir la douleur, la peur, la mort (elle l’enterre vivant) mais aussi la pitié et la rédemption. A nouveau on peut faire le parallèle avec d’autres film de Lars von trier où le sacrifice du personnage féminin marque la rédemption de l’homme. C’est bien le problème des films de Lars von Trier, dans lesquels s’ouvre une réflexion sur la condition féminine mais cette réflexion nous conduit toujours à une impasse, que l’on interprète à tort comme de la misogynie. 

Malgré son sacrifice (d’où le titre du film, ici la femme est un Christ au féminin, un « antichrist »), la femme dans l’abîme qui s’ouvre devant elle parce qu’elle est capable d’un don total d’elle-même, la femme reste une menace pour l’homme et la société structurée par des représentations masculines du monde. Elles est pour l’homme, l’altérité radicale, c’est pour cela qu’elle doit-elle être l’objet d’une dépossession absolue d’elle-même. C’est aussi  pour cela il n’y a de salut possible pour elle que dans la mort, mais dans une mort qui va racheter les fautes  et plus particulièrement l’orgueil de l’autre partie de l’humanité. 

 Contrairement à ce qui a été écrit ce film difficile est un chef d’œuvre cinématographique, aussi bien dans sa forme très onirique, que dans la réflexion qu’il porte. La violence n’y est jamais gratuite et obscène. Si certaines scènes nous choquent c’est parce que Lars von Trier transgresse l’interdit de la violence qui marque la femme depuis des temps immémoriaux : la femme ne chasse pas, elle ne fait pas couler le sang. Lars von Trier expose ses acteurs, il ne les maltraite pas. Bien sûr c’est un film qui dérange et ne laisse pas le spectateur indemne. Utilisant les avancées artistiques de la vidéo, il bouscule nos repères esthétiques et idéologiques. Il nous donne à sentir sous la surface des choses un monde menaçant, un monde non réconcilié avec l’homme que nous ne souhaitons pas voir.  

antichrist 4

Lars von Trier, 2009

 

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