Qu’est-ce que la sexualité humaine ?
Jeudi 11 février 2010On ne peut pas répond le Ministre de l’Education Luc Chatel.
L’homosexualité reste aujourd’hui taboue dans les écoles.

Martin Vidberg, l’actu en patates
blog, lemonde.fr
Exercice
Quel évènement a entraîné cette déclaration du Ministre ?
Examiner les arguments du Ministre, sont-ils satisfaisants ?
Pourquoi ne devrait-on pas au contraire parler d’homosexualité et plus largement
de sexualité aux élèves dans les écoles ?

David Lachappelle
Aimer s’apprend, comme le reste.
Dans le débat qui divise l’opinion autour de la projection du film d’animation « le baiser de la lune » dans les classes de CM1 et CM2, pour sensibiliser les jeunes aux discriminations homophobes, nous avons l’impression de revenir aux débats du XIX° siècle, qui ont accompagné la présentation faite par Freud de son concept de sexualité infantile. Cette thèse fit alors scandale dans les mêmes termes : les enfants n’ont pas de sexualité parce que leurs organes génitaux ne sont pas arrivés à maturité, à quoi bon en parler.
Pour dire les choses simplement, Freud démontrait que si l’on peut dire que « l’enfant a une sexualité », cette sexualité infantile, n’a rien à voir avec la sexualité active de l’adulte.[1] Dire qu’il existe une sexualité infantile, cela ne renvoie pas à l’acte sexuel tel qu’on l’entend habituellement, cela signifie simplement que, dès le plus jeune âge, nos actions ne sont pas mues par un instinct de reproduction, mais par la recherche du plaisir, laquelle est d’ailleurs souvent contrariée par le principe de réalité. C’est cette quête du plaisir qui donne à nos actions une dimension « sexuelle ». Cette sexualité dite « infantile » nous permet alors de comprendre les grands principes de la sexualité humaine.
Ainsi depuis la découverte de Freud, on ne peut plus dire que la sexualité se réduit aux fonctionnement des organes génitaux (au rapport sexuel), mais elle englobe toutes les activités par lesquelles l’enfant, puis l’homme adulte , vont rechercher une satisfaction. La sexualité humaine possède donc cette spécificité de ne pouvoir être réduite à l’assouvissement d’un instinct animal ou à la reproduction mécanique d’une norme, qui serait hétérosexuelle et qui viserait la perpétuation de l’espèce humaine.
La sexualité est créativité. Elle transforme le vivant en une vie proprement humaine. C’est pour cela qu’elle ne réduit pas l’homme à une partie de son corps (comme le font certains films qui se contentent de montrer des gros plans d’organes génitaux en action), au contraire, elle est la construction d’une totalité qui excède sa personne. En effet, pour satisfaire ses désirs, l’homme seul ou en groupe, sera obligé de mettre en œuvre des stratégies. Il devra réfléchir, construire des outils, travailler une nature fait obstacle à la réalisation de son désir, une nature qu’il faut connaître et domestiquer. Mais il devra aussi apprendre à tenir compte du désir de l’autre, à l’accepter, à le reconnaître, à l’aimer. Pour cela il devra apprendre à renoncer, quitte à rester insatisfait, ou a trouver une satisfaction dans une activité qu’il juge alors plus haute. C’est donc dans la recherche du plaisir, mais attention, nous dit la philosophie, d’un certain plaisir, celui que procure une « vie bonne » nous dit Aristote, une vie qui n’est pas centrée sur l’utilité que l’on peut retirer d’autrui, que les hommes vont construire ce qu’ils sont, vont construire leur humanité.
Le problème n’est pas d’accepter que coexistent des normes hétérosexuelle et homosexuelle, autremant dit de limiter le débat à la question de la discrimination. Le problème c’est d’abord d’apprendre à aimer. Pour Jacques Derrida, il n’y a pas de différence entre l’amour et l’amitié. Chaque histoire d’amour est le résultat d’un trajet où s’entremêlent une histoire personnelle, unique, qu’il s’agit de comprendre et d’assumer, et un apprentissage culturel. Dans cet apprentissage, la famille mais aussi l’école ont un rôle déterminant à jouer.
A l’école l’enfant va découvrir ce que l’on appelle les Humanités : l’Art, la littérature, la philosophie. Ces Humanités vont lui permettre de donner une forme culturelle à son désir, à sa sexualité. Ainsi lorsqu’on parle de la place que doit prendre l’éducation sexuelle à l’école, il ne s’agit pas simplement d’expliquer dans le cours de biologie l’anatomie humaine, le fonctionnement des organes génitaux de l’homme et de la femme, ou de se contenter de dire que la sexualité ce n’est pas le catalogue d’obscénités que l’on voit dans les films pornographiques en entretenant le mystère d’une grande découverte à venir, mais d’expliquer que la sexualité c’est la spécificité du désir humain qui se construit dans une humanité épanouie et créative, qui fonde notre estime de soi et nécessite la reconnaissance de l’autre et des autres. La sexualité serait alors la première fondation du politique ou du vivre- ensemble.
[1] Freud utilise les mêmes termes que ceux du langage courant, mais il en remanie le contenu. Tags : éducation sexuelle, homophobie, homosexualité, pornographie, sexualité, sexualité infantile
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