dissertation : travailler moins est-ce vivre mieux ?

Samedi 12 mars 2011

Correction du baccalauréat blanc TES

TRAVAILLER MOINS EST-CE VIVRE MIEUX ?

La difficulté de ce sujet réside principalement dans la formulation du sujet qui contient deux notions philosophiques : « le travail« , le « bien-vivre » et le bonheur [qui n'est pas explicitement formulé comme tel (" vivre mieux") dans le sujet].


Il faut donc  déterminer ici qu’elle est la notion principale qu’il s’agit d’approfondir et quelle est la notion secondaire qui supporte ce travail de définition.


Ici tous les élèves sont tombés dans le piège : la notion principale est le «bien-vivre». La question de fond à résoudre est  «Qu’est-ce que bien- vivre” ?


Cette question est au coeur des interrogations philosophiques de tout homme. En effet contrairement à l’animal,  l’homme ne se contente pas de vivre, il aspire à être heureux dans sa vie. Il aspire à « vivre-bien« . Or la plupart du temps l’homme fait les mauvais choix :en voulant être heureux, il fait son propre malheur. Il est donc important avant de décider ou d’agir de se se demander  qu’est-ce que  « vivre-bien » ?


Rappel sur la méthode

Philosopher c’est d’abord questionner. C’est questionner ce qui est donné, c’est questionner ce qui apparaît comme évident. Pour un philosophe rien n’est définitivement donné, rien n’est évident. questionner ne signifie pas nécessairement rejeter. Il s’agit simplement d’examiner le fondement sur lequel repose ces évidences. Ces évidences sont-elles fondées ou non ? Pour un philosophe rien n’est jamais définitivement donné. Rien n’est évident.

On va analyser le sujet en cherchant à dégager les thèses implicites contenues dans la question posée.

Le sujet de cette dissertation, tel qu’il est formulé suggère deux évidences (largement répandues dans l’opinion commune) qu’il faut mettre en question. Les sujets correspondent à des questions étudiées en cours et sont conçus de façon à orienter les élèves sur certaines problématiques. L’exercice de la dissertation doit se concevoir dans le cadre d’une discipline scolaire. Pour un élève qui connaît son cours,  et qui a compris « l’esprit de l’exercice » la il n’y a en principe aucune difficulté

1) le travail est synonyme de malheur.

2) Une vie heureuse est une vie de loisirs

Autrement dit, ici il ne s’agissait pas de parler du travail en général, mais d’examiner la valeur de la proposition  suggérée par le sujet: « le travail est synonyme de malheur pour l’homme ».


Construction de la problématique : Exemple de progression du questionnement  à partir des thèses suggérées par le sujet :

- 1) Si le travail est synonyme de malheur pour l’homme (entendu comme l’individu),  cela signifie que pour que l’homme soit heureux, il faut que l’homme travaille moins ou ne travaille plus. Dans ce cas là une vie heureuse est une vie sans travail, une vie de loisirs (il faut définir le mot loisir) .

- 2) Mais une telle hypothèse est-elle réalisable? Le travail n’est-il pas le lot de la condition humaine ? Une vie heureuse n’est-elle pas une vie dans laquelle l’homme peut se réaliser ? Une vie dans laquelle il peut réaliser son humanité ? Le travail n’est-il pas alors  le moyen qui permet à l’homme de s’émanciper ?

- 3) Maintenant que l’esclavage est aboli, une vie de loisirs est une utopie. Malgré les progrès des connaissances et des techniques, les hommes (entendu comme le genre humain)  doivent travailler pour subvenir à leurs besoins. La solution ne se trouve donc pas dans la suppression du travail, mais dans une transformation du travail : l’organisation du travail doit être au service de l’homme et non l’inverse comme c’est le cas aujourd’hui.

Remarque :

Dans la construction de la problématique  de la dissertation je procède en généralisant : je passe de la situation individuelle (cet homme là vivant à cette époque bien précise dans des conditions historiques particulières) à la situation générale du tout homme : sans transformation de la nature par le travail, il n’y aurait pas d’humanité, c’est pour cela qu’il ne s’agit pas de supprimer le travail qui n’est pas un mal en soi mais de le transformer, de l’adapter aux hommes.

En philosophie ce que l’on interroge ce n’est pas la situation historique de cet homme là , mais c’est la condition humaine qui concerne tous les hommes sans exception. Ainsi lorsque vous vous inteoger sur l’homme vous devez absolument vous interroger sur cette expérience que vous partager avec tous les hommes et pas simplement sur votre cas particulier.

———–> pour arriver à cette généralisation l’élève, même génial, a besoin de s’appuyer sur son cours de philosophie.






André KERTESZ, Manifestation , 1916



REMARQUES FAITES A PARTIR DES COPIES D’ELEVES




Est-il encore nécessaire de répéter ce qu’est une INTRODUCTION ?


L’introduction présente votre travail de façon synthétique.

Elle montre 1) que vous avez compris le problème posé ; 2) que vous avez résolu le problème.

Elle ne peut être rédigée qu’au terme du travail préparatoire, une fois que vous avez posé  au brouillon dans un plan détaillé les axes de votre réflexion, et que par conséquent, vous savez exactement ce que vous allez démontrer ou défendre.

Dans beaucoup de copies il est clair que l’introduction a été rédigée sans qu’ait été effectué ce travail préparatoire préalable indispensable. Le correcteur pourrait interrompre la lecture de la copie au niveau de l’introduction tant il apparaît clairement que l’élève 1) n’a pas compris le problème posé 2) que l’élève ne traite pas la question posée et ne propose aucune résolution (ou tentative de résolution) du problème.


Eléments indispensables dans une introduction :


- a) On amorce l’introduction en présentant l’intérêt ou l’actualité de la question posée. Le philosophe pense le monde dans lequel il vit. Il est donc important de faire le lien entre l’actualité et le sujet de la dissertation.

- b) On montre que sous ce sujet ou cette question particulière se dessine une question de fond plus générale qui intéresse qui intéresse tout homme parce qu’elle porte sur la condition humaine (sur ce que c’est qu’être un être humain).

- c) On présente les étapes de la résolution du problème ( ce qui veut dire qu’avant de rédiger l’introduction, on a résolu le problème !!!)

On évite de donner des éléments de réponse (définitions, thèses) avant d’avoir posé le problème à résoudre car dans ce  cas là si on affirme avant de questionner, il n’y a plus de problème donc plus d’utilité à faire une dissertation !



DEVELOPPEMENT


Le plan du développement


I) Le travail est synonyme de malheur pour l’homme . Par conséquent  pour que l’homme soit heureux, il faut que l’homme travaille moins ou ne travaille plus. Une vie heureuse est une vie sans travail, une vie de loisirs.

- a)La définition courante du travail

A l’origine le mot travail vient du latin « tripalium »qui désignait d’abord un appareil formé de trois pieux  servant à maintenir les chevaux pour les ferrer, puis un instrument de torture. De même le mot latin « labor« , d’où sont ici les mots «labour» et «labeur»  évoque à la fois le travail et la peine. L’origine étymologique du mot suggère donc l’idée d’un assujettissement pénible ( 1° définition étymologique du mot travail)  : On retrouve ce sens dans l’interprétation biblique des origines de l’homme. Le travail est un châtiment : Dieu punit le premier péché de l’homme, en chassant Adam du jardin d’Eden et en l’obligeant à cultiver une terre envahie par les épines et les chardons.  « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front » (Genèse, 3, 19)

- b) Le travail exprime d’abord pour l’homme une nécessité vitale.

L’homme est un être marqué par le dénuement (cf. Mythe de Protagoras rapporté par Platon) qui ne peut survivre dans la nature qu’au prix d’efforts douloureux. A la différence de l’animal, rien de ce dont il a besoin pour survivre  (pour manger, pour se chauffer, pour se vêtir) ne lui est immédiatement donné. Pour survivre, l’homme est condamné sans relâche à transformer ou à travailler le milieu hostile dans lequel il vit.

- c) Une vie heureuse est une vie de loisirs

Pour les Grecs le travail exprime la misère de l’homme. Cet  assujettissement au besoin ou à la nécessité dévalorise l’homme. C’est pour cela que dans l’Antiquité, le travail  est réservé aux esclaves. L’homme qui possède une dignité, est un homme « libre », qui a des loisirs,  c’est-à-dire qui n’est pas assujetti à la nécessité, qui n’est pas obligé de satisfaire ses besoins naturels en travaillant (définition du mot loisir). Ainsi l’homme libre peut donc consacrer tout son temps aux activités qui font la noblesse de l’homme: la contemplation et la réflexion philosophique, ainsi que la politique afin de réaliser dans la Cité le souverain bien : la justice.

- d) « Vivre-bien » c’est vivre selon la justice

En effet nous dit Aristote, pour l’homme le problème n’est pas de vivre, mais de « vivre-bien ». Or le bonheur que tous recherchent est inconcevable sans la justice. Vivre heureux n’est pas simplement satisfaire tous ses besoins nécessaires, ou superflus. Cette conception égoïste ou centrée sur soi du bonheur ne peut que conduire à la discorde et au malheur. Vivre heureux c’est vivre dans une relation de justice avec les autres membres de la Cité. Ici la justice ne consiste pas simplement dans le respect de la loi. Si la sécurité est une condition nécessaire au bonheur, elle n’est pas une condition suffisante. Pour être heureux l’homme a besoin d’être aussi reconnu ou respecté par ses semblables qui lui attribuent une valeur égale à celle qu’ils s’attribuent à eux-même. L’homme a besoin qu’on lui reconnaisse une valeur ou une dignité. Le bonheur consiste donc non seulement dans la sécurité matérielle des individus mais aussi dans l’égalité qui fonde la fraternité ou pour reprendre le terme d’Aristote l’amitié entre les hommes , indispensable pour cimenter une communauté.


II. Le travail émancipe l’homme.Le travail est la condition d’une vie heureuse.


- a) La définition philosophique du travail

Si le travail exprime d’abord l’assujettissement de l’homme à la nécessité biologique, il  révolutionne  la condition de l’homme. Dans son sens le plus général, le travail désigne l’ ensemble des activités par lesquelles l’homme transforme les choses de la nature pour produire des biens utiles à sa vie (2° définition philosophique du mot travail).En contraignant l’homme à dompter les forces de la nature pour les mettre à son service, le travail libère l’homme de l’assujettissement à la nécessité. Pour survivre, l’homme transforme la matière, pour cela il apprend à la connaître et il en devient le maître (cf. Descartes).


-b) Hegel : la dialectique du maître et de l’esclave.

Le thème du travail comme instrument de libération de l’homme a été développé par F. Hegel dans un texte connu sous le nom de « la dialectique du maître et de l’esclave ». Hegel imagine dans ce texte deux hommes en guerre l’un contre l’autre, luttant chacun pour affirmer sa liberté. Celui qui gagne c’est celui qui accepte de mettre sa vie en jeu,  c’est celui qui risque la mort, alors que l’autre craignant pour sa vie choisit de se soumettre. Celui-là devient alors l’esclave du vainqueur, du maître et travaille pour subvenir aux besoin du maître qui lui, profite des agréments de la vie.

Mais petit-à-petit le maître qui a interposé l’esclave entre lui et le monde matériel, ne fait plus rien. Il oublie les contraintes du monde matériel et  ne sait plus rien faire. En revanche l’esclave, qui lui est sans cesse occupé à travailler, apprend à vaincre la nature et acquiert une nouvelle liberté.

Le maître devient alors paradoxalement dépendant de l’esclave pour satisfaire ses besoins, alors que l’esclave grâce au travail s’humanise et se libère de la nécessité.


-c) Le travail humanise l’homme et le monde dans lequel il vit

Le travail de l’homme est une transformation intelligente de la nature. Il est le résultat d’un processus qui préexiste dans l’imagination du travailleur (cf. Marx). c’est en sens que pour Marx le travail de l’homme est infiniment supérieur au travail de l’animal. Comme Hegel l’a montré dans la dialectique du mâitre et de l’esclave, le travail libère l’homme de la nécessité en faisant émerger son humanité, mais le travail de l’homme humanise le monde en faisant du milieu dans lequel nous vivons le reflet de notre humanité. Aujourd’hui rares sont les lieux, les paysages, qui n’ont pas été façonnés par l’homme. Le travail rend l’univers « habitable » pour l’homme. Il met la nature au service de l’homme.


-d) Le travail possède une valeur morale

Le travail permet à l’homme de se réaliser et de trouver sa place dans l’édifice social qui se construit comme nous l’avons vu dans la première partie sur la base de solidarités entre les individus. Il a donc une valeur bénéfique pour l’homme.


III. Aujourd’hui les hommes doivent retrouver ce sens libérateur et positif du travail pour « vivre-mieux ».


- a) le capitalisme aliène le travailleur (Marx)


-b) transformer le rapport de l’homme au travail c’est réduire le temps de travail, rémunérer les salariés pour qu’ils puissent vivre décemment  et mettre le système de production au service de l’homme.



dernière partie  EN COURS DE REDACTION









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INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE : Platon relu par Bernard Stiegler

Vendredi 12 novembre 2010

 Cours 1 : L’invention de la philosophie

 

 » Il faut faire très attention aux philosophes qui ne sont pas prêts à mourir pour leurs idées ». B. Stiegler

 

Bernard Stiegler met Platon au vert

LEMONDE | 11.11.10 | 17h47  •  Mis à jour le 11.11.10 | 17h47

Perdu aux confins du Cher et de l’Allier, le petit bourg d’Epineuil-le-Fleuriel, décor mythique du Grand Meaulnes, séduisait jusqu’à présent surtout les aficionados du roman d’Alain-Fournier. Depuis quelques semaines, il attire aussi les amateurs de… Platon. Le philosophe Bernard Stiegler, 58 ans, installé dans le village depuis un an, y présente « un cours public de philosophie, ouvert à toute personne motivée » et consacré à l’étude du Banquet, à raison d’une à deux séances par mois.

Un beau samedi de fin octobre, ils sont ainsi une soixantaine, jeunes et moins jeunes, à se presser dans une salle de classe improvisée à deux pas de la maison-école du Grand Meaulnes, dont les bancs, au grand regret de Bernard Stiegler, étaient trop inconfortables. « J’ai un vieux bac de philo de 1971, j’ai un peu révisé avant de venir. Vous croyez que ça ira ? », s’inquiète Françoise, venue en voisine « pour faire travailler sa tête ». Antoine, lycéen à Montluçon, la rassure : « J’ai assisté au premier cours. C’était captivant ! Il a une manière géniale de présenter les choses qui parle à tout le monde ! »

Images à l’appui, Bernard Stiegler énonce les objectifs de son enseignement : mettre en question sa façon de vivre, ses idées, ne plus être « grégaire et pulsionnel », bref, redevenir un individu et se mettre à… penser. « Les gens s’aperçoivent que ce qu’ils font est devenu toxique, que leurs enfants s’empoisonnent. Ils paniquent, ils sont prêts à changer. Et c’est là qu’il faut expérimenter », explique ce penseur hyperactif aux multiples casquettes.

Ecrivain, enseignant, directeur de l’institut de recherche et d’innovation du Centre Pompidou, fondateur de l’association Ars Industrialis, il défend un processus de « reterritorialisation » en s’appuyant sur les réseaux numériques qu’il considère comme le « pharmakon » de notre temps, c’est-à-dire le poison ou le remède selon l’usage que l’on en fait, au même titre que l’écriture à l’époque de Platon. « Je souhaite former de jeunes philosophes qui aient une vraie pensée de la technologie contemporaine. C’est par de nouvelles pratiques sociales que les choses changeront, et c’est sur eux que je compte, sur les mômes de Moulins, de Montluçon, et d’ailleurs ! »

« Un vrai lieu de recherche »

Mais son ambition va plus loin, puisqu’il veut créer au moulin d’Epineuil une école de philosophie qui soit « un vrai lieu de recherche ». Projet de l’association Ars Industrialis, elle pourrait accueillera une douzaine de doctorants issus d’universités étrangères, qui participeront, en visioconférence, à un séminaire sur le cours d’Epineuil et dialogueront avec les élèves.

A partir de juin, ils viendront sur place pour une « académie d’été » de six semaines, en partenariat avec l’abbaye de Noirlac, et suivront une série de conférences transdisciplinaires dont certaines seront ouvertes au public. « J’y crois beaucoup, mais je sais qu’il faut être modeste et patient », ajoute le philosophe. Et pour ceux qui ne peuvent venir à Epineuil – un séminaire est prévu jeudi 11 novembre -, les cours sont mis en ligne et en différé sur Pharmakon.fr. (Cliquez ici pour avoir le cours de Bernard Stiegler)

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