note de lecture : Qu’apporte l’art ?

Samedi 20 novembre 2010

 

 

«Qu’apporte l’art ? L’art est propre à l’espèce humaine. Il est essentiel et vital. Il  répond à notre besoin primordial de partager avec les autres et il nous aide à comprendre notre condition humaine. Dans un concert, il y a des moments où la salle entend la musique d’une seule oreille et entend les mêmes vibrations. Comme si la musique contournait notre cerveau arrogant et allait directement à la source pour nous rappeler, en un millième de seconde, que nous faisons partie de cette famille qui s’appelle l’humanité».

Barbara Hendricks,cantatrice

Le Monde magazine, 20 novembre 2010

 

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Fallait-il interdire l’exposition de Larry Clark aux mineurs ?

Dimanche 3 octobre 2010

                        Portrait de Jonathan Velasquez (2004)

 

Larry Clark : « Une attaque des adultes contre les ados »

Devant l’interdiction de son exposition aux mineurs, le photographe et cinéaste réplique qu’il montre « leur vie ».

http://www.dailymotion.com/video/x3v6hn_kids-larry-clark-clip_creation

http://www.dailymotion.com/video/x2c2pm_interview-de-larry-clark-concernant_shortfilms

 

Depuis son premier livre, Tulsa (1971), Larry Clark, 68 ans, a marqué les esprits par plusieurs livres et une dizaine de films sur l’adolescence où la drogue, le sexe et la violence sont omniprésents. Après l’interdiction aux mineurs de sa rétrospective au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, l’artiste justifie sa démarche.

http://www.dailymotion.com/video/x3jwl9_larry-clark-tulsa_creation

 

Comment avez-vous réagi à l’interdiction de votre exposition aux mineurs ?

Je suis choqué et surpris. Les photographies qui posent problème ont été isolées de leur contexte. Et elles ont été montrées plusieurs fois en France sans problème : à la Bibliothèque nationale, à la Maison européenne de la photographie (MEP), à la galerie Agathe Gaillard au début des années 1980.

Comment l’expliquez-vous ?

Cette censure est une attaque des adultes contre les adolescents. C’est une façon de leur dire : retournez dans votre chambre ; allez plutôt regarder toute cette merde sur Internet. Mais nous ne voulons pas que vous alliez dans un musée voir de l’art qui parle de vous, de ce qui vous arrive. Les enfants aiment mon travail, il leur parle. Je trouve qu’on devrait faire le contraire, interdire l’expo aux plus de 18 ans ! Je fais ces images pour moi et pour les adolescents. Oui, il y a du sexe et de la nudité, mais ça fait partie de la vie. Dans Tulsa, il y a un jeune garçon qui se regarde en pleine érection. Mais tous les garçons ont fait ça ! Dans le contexte de mon travail, ce n’est pas de la pornographie, ce n’est pas une mise en scène faite pour titiller, c’est la vie.

Avez-vous été confronté à la censure dans d’autres pays ?

Mes films ont été censurés : à Moscou, Ken Park (2002) a été retiré après quelques jours, en Australie, il a été interdit. Je n’ai pas fait de films depuis quelques années car c’est difficile de trouver des fonds, même si mes films ont du succès. Pour mes photos, il y a eu des remous, comme lorsque la série Tulsa a été montrée aux Etats-Unis la première fois. Mais elles ont toujours pu être présentées avec un avertissement à l’entrée.

Pourquoi êtes-vous tellement attiré par l’adolescence ?

J’ai eu une adolescence de merde. J’ai commencé la drogue à 15 ans. Je n’ai atteint la puberté qu’à 16 ans, je pensais que j’étais anormal. J’étais maigre, mon père ne m’aimait pas, il ne me parlait pas, je l’embarrassais. Je me souviens d’une fois où il m’a regardé et a dit tout haut : « Je ne sais pas ce que j’ai fait de mal pour avoir cet enfant. » Et il est sorti de la pièce.

Vous voulez rattraper votre adolescence ?

Non, je ne peux pas. Mais c’est une période cruciale. A mon époque, on ne parlait de rien, les drogues n’étaient pas censées exister, il n’y avait pas de sexe, pas d’inceste, pas de pédophilie. Une fille au collège avait cinq frères, et ils la baisaient tous. J’ai voulu montrer les choses que personne ne montrait. Teenage Lust (1983), c’est ce qui se passait, les ados faisaient l’amour, étaient violents, prenaient de la drogue, ils s’amusaient, ils ne s’amusaient pas, ils tombaient amoureux. Dans mes films je montre des groupes d’adolescents qu’on ne connaît pas. J’ai suivi Jonathan Velasquez, le skater de mon film Wassup Rockers (2005), pendant toute son adolescence. Ces skaters de Los Angeles, les gens en ont peur. Ils sont pauvres, mais ils profitent de la vie.

Quelle est votre relation avec vos modèles ?

Je les fréquente, j’apprends à les connaître. Je leur montre mes films. Je deviens l’un d’entre eux, même si je suis plus vieux qu’eux. Ils m’apprécient. Si je n’étais pas cool, comment pourrais-je ne serait-ce que m’approcher d’eux ?

Mais quand vous leur demandez des poses sexuelles, mesurent-ils la portée de leurs gestes ?

C’est impossible de répondre à cette question ! Mais je ne les trompe pas, je leur explique, je leur montre mon travail.

Quel âge a le garçon de la série « 1992″, qui pose en caleçon en mimant une strangulation ?

Je ne me souviens pas. Peut-être 18 ans.

Pouvez-vous comprendre que de telles images puissent déranger ?

Bien sûr, elles sont dérangeantes. Mais l’art est dérangeant.

On vous accuse même de pédophilie. Vos photos parlent-elles de votre désir ?

Non, ça ne parle pas de ça. Peut-être que ça montre que j’aurais aimé être à leur place. Ce garçon, Jonathan Velasquez, que j’ai suivi de 14 à 21 ans, j’aurais adoré être lui. Je suis envieux.

Devant mon travail, les réactions sont très différentes. Certains pensent que c’est le boulot d’un vieux dégoûtant. Des enfants viennent et ça leur parle. Mais tout le monde réagit. Et les jeunes qui voudront voir l’expo… dites-leur que c’est l’hiver. Ils mettent une casquette, une écharpe, une fausse moustache, et ils rentreront !

Propos recueillis par Claire Guillot

 

teenage lust (1983)                                           

Article paru dans l’édition du Monde datée du 03.10.10

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Vanitas : Quand lady Gaga recycle l’oeuvre de l’artiste Jana Sterbak

Samedi 18 septembre 2010

  

    Lady GAGA a fait sensation à la dernière remise des prix des MTV Music Awards en arrivant toute de viande vêtue et coiffée d’un steak. 

  

  

Bien que  l’objectif poursuivi ne soit pas tout à fait le même, puisqu’il s’agit ici de créer l’évènement et non d’inviter à la réflexion, les stylistes et designers  de la star se sont tout simplement  inspirés de l’oeuvre « Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique », 1987, de l’artiste JANA STERBAK. 

  

Définitions : 

• Dans le domaine des beaux-arts, les vanités sont un genre particulier des natures mortes. Ce sont des allégories (représentation d’une idée abstraite ou d’un concept à l’aide d’objets, de personnages, d’animaux…) symbolisant la mort. Ces oeuvres invitent généralement à une réflexion sur l’inutilité des plaisirs des sens et des richesses face à la certitude de la mort. 

• Le verbe « écorcher  » signifie « dépouiller de sa peau ». Un écorché est la représentation d’un homme ou d’un animal dépourvu de peau.

 

Dans une interview, Jana Sterbak commente son oeuvre en ces termes : « Je crois que [Vanitas] est une oeuvre assez réussie – si je peux me permettre de dire cela – car elle se prête à quantité d’interprétations, depuis le non-respect des animaux élevés pour leur viande, jusqu’au vieillissement et à la mort des individus, en passant par les rituels de possession, etc. Vanitas pourrait également invoquer les changements que le temps imprime à la perception des oeuvres. Le jour du vernissage, quand on expose la robe, la chair est crue. Puis la viande sèche et commence à ressembler au cuir ; elle devient alors acceptable. Cela est vrai  aussi pour les artistes. Certains conservateurs préfèrent travailler avec des artistes morts car ils dérangent moins ». 

extrait de « Jana Sterbak, la condition d’animal humain« , Art Press n° 329 décembre 2006 

   

Pour en savoir plus : 

 http://elles.centrepompidou.fr/blog/?p=175 

My New York, Zhang Huan, 2002

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actualité de l’art

Samedi 13 février 2010

travailler_moins_gagner_plus_montage

 

Une école des beaux-arts nationale est-elle une institution publique  comme les autres ?

 

Le directeur de l’école de Paris avait décidé de décrocher mercredi 10 février 2010 les grandes bannières de l’artiste chinoise Kio Su Lan exposées à l’extérieur de l’établissement où étaient inscrits les mots  « gagner », « moins », « plus », « travailler » nous renvoyant bien évidemment au slogan de la campagne présidentielle « travailler plus pour gagner plus »qui se traduit en fait pour la plupart par « travailler plus  pour gagner moins ».

Afin d’apporter sa pierre à la   polémique Bertrand Delanoë proposa un autre lieu à l’artiste, mais c’est justement sur la façade de cette institution réputée que ces mots et que le slogan présidentiel mis ici en abyme  par l’artiste prennent tout leur sens. Une école des Beaux-Arts  se doit  de former des artistes  non des fonctionnaires. Or qu’est-ce qu’un artiste ? C’est celui qui va nous donner à voir, à entendre, à sentir le monde, en mettant en question nos repères.  Le langage et les slogans politiques font partie de ces repères. Pour cela il parfois nécessaire d’utiliser le moyen de la subversion, c’est-à-dire  de renverser l’ordre des choses, ici l’ordre des mots, ou de mettre un « moins » là où on attend un « plus »pour mettre à jour ce qui se cache dessous. Ainsi l’argument du directeur de l’école  selon lequel, cette œuvre était de nature à « constituer une atteinte à la neutralité du service public et instrumentaliser l’établissement » n’est pas recevable et devient absurde, aussi vide de sens que le slogan du candidat à la présidentielle. En faisant  décrocher les bannières le directeur de l’établissement est devenu un élément du dispositif artistique. Craignant pour ses subventions ou pour sa carrière, il s’est placé du côté de ce qui se cache sous une école des Beaux-Arts : les jeux et manœuvres du pouvoir politique. C’est sans doute pour la même raison que le ministre artiste Frédéric Mitterrand a vite fait raccrocher l’œuvre …mais pour quelques jours seulement !

 

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Cours 8 L’OEUVRE D’ART II. Quelle valeur donner à l’imitation ? A. Platon : l’art nous trompe

Mardi 21 octobre 2008

 

 

 

II. Quelle valeur donner à l’imitation ?

 

Daniel Spoerri, Repas Hongrois, tableau-piège, 1963

Le Repas hongrois est le résultat d’une manifestation singulière, l’« exposition » 723 ustensiles de cuisine, organisée par Spoerri à la Galerie J, à Paris du 2 au 13 mars 1963. Dans la galerie convertie en restaurant, les plats préparés par Spoerri, qui est par ailleurs un grand cuisinier, ont été servis par de célèbres critiques. Une fois repus, les convives ont confectionné leurs propres tableaux-pièges en collant les restes de leur repas.

Le repas hongrois a été servi par le critique d’art Jean-Jacques Lévêque le 9 mars 1963. Les reliefs ont été fixés sur la table où il a été consommé, puis la table, devenue un tableau-piège, a été fixée au mur.
C’est la première tentative d’une œuvre d’art collective de dimension métaphorique et sacrée, humoristique et morbide : « l’artiste aux fourneaux et le critique servant la soupe », communion autour du repas pascal… L’expérience des banquets et des repas s’est répétée de nombreuses fois, happenings produisant autant d’œuvres d’art.

 

 

 

A. Platon : L’art nous

 trompe.

 

Diane Arbus

 

Un petit rappel avant d’aborder la question de l’art.

Pour comprendre la dévalorisation de l’art par Platon, il est important de ne pas perdre de vue le projet philosophique de Platon, sinon cette critique de l’art risque de nous apparaître grossière ou caricaturale.

La condamnation à mort de Socrate a été un véritable choc pour Platon. Comme il le raconte dans la Lettre VII, la mort de Socrate est  l’évènement à partir duquel il va prendre conscience que la seule réponse possible à une situation historique où triomphent l’ignorance, le mensonge, l’injustice et la violence, doit être une réponse philosophique. « … les races humaines ne verront pas leurs maux cesser avant que, ou bien aient accédé aux charges de l’Etat la race de ceux qui pratiquent la philosophie droitement et authentiquement [Platon à en ligne de mire ici le Sophistes et les rhéteurs qui sont,selon lui, responsable de la dévalorisation de la philosophie au yeux de l'opinion publique, opinion publique qui a condamné Socrate], ou bien que, en vertu de quelque dispensation divine, la philosophie soit réellement pratiquée par ceux qui ont le pouvoir dans les Etats ».

Dans son ouvrage La République, il va donc poser les conditions nécessaires à une vie juste et heureuse. Pour lui (c’est ce qui le différencie de nous aujourd’hui), il ne saurait y avoir de distinction entre la question morale et la question politique. La preuve c’est que dans une Cité corrompue, même les meilleurs sont pervertis (voir la note de lecture sur le film Le Conformiste de B. Bertolucci). Politique et morale sont donc indissociables. Dans ces conditions,  la justice ne pourra être réalisée concrètement  dans la Cité que si l’on transforme les hommes et qu’on les éduque à rechercher le Bien.

Ainsi lorsque Platon abordera la question de l’art et plus particulièrement la question du statut de la poésie, ce qui sera jeu, ce ne sera  pas de comprendre ce qu’est l’art, mais de savoir si l’art  (la poésie) peut être d’une quelconque utilité dans cette éducation nécessaire des hommes, au Bien et à la justice.

 Orphée, G. Moreau, 1865

 La question de l’art est traitée en deux endroits de La République, aux livres II et III, puis à la fin de l’ouvrage au livre X. Cette construction est étonnante car il y a, entre les deux passages,  une très nette évolution de la position défendue par Platon, comme si à la fin du livre, il avait été insatisfait de ce qu’il avait pu proposer dans un premier temps, et avait éprouvé le besoin de repréciser son propos.

Poésie et pédagogie (Livres II et III)

Pour Platon l’éducation concerne la totalité du développement de l’enfant. Elle est essentiellement morale,  elle a pour but la formation du caractère de l’individu, et plus particulièrement du caractère  des Gardiens qui ont la charge d’assurer la sécurité et la pérennité de la République.

 Platon s’intéresse d’abord à la culture populaire, c’est-à-dire l’environnement culturel dans lequel évoluent ses concitoyens.C’est pour cela qu’il accorde une place importante à la poésie dans ses réflexions pédagogiques. A cette époque la poésie occupait une place considérable dans l’éducation des jeunes enfants – plus particulièrement la poésie d’Homère que les enfants apprenaient et récitaient par coeur durant leurs années de formation. Aujourd’hui, il s’intéresserait plutôt au rôle de la télévision ou du cinéma dans le développement de l’enfant.

Dans son analyse de la poésie, Platon distingue soigneusement la poésie narrative de la poésie imitative. Il y a narration lorsque le poète parle à la première personne, il y a imitation lorsque le poète endosse le rôle de quelqu’un d’autre. Il faut rappeler que chez les Grecs la poésie était récitée à voix haute (généralement avec un accompagnement musical), lire de la poésie impliquait donc  que l’on interprète le rôle du personnage représenté.

Platon considère que l’imitation est mauvaise et dangereuse. Ce qui lui déplaît, c’est que dans l’imitation, on se met à la place de quelqu’un d’autre, ce qui n’est pas sans effets négatifs. Celui qui imite pourrait alors devenir pareil au personnage imité, il pourrait se corrompre moralement, ou bien, interprétant une autre personnalité, il pourrait se diviser et perdre son unité.

Ainsi pour interpréter de façon convaincante Achille, je devrai m’efforcer de comprendre ce que signifie le fait d’être Achille - d’être un guerrier homérique placé dans telle ou telle situation qui l’amènerait à dire ou à faire telle ou telle chose. Comme il est probable que mon expérience personnelle aura été fort différente de celle d’Achille,  je devrai imaginer  certaines attitudes, certaines réactions qui me sont complètement étrangères alors qu’elles sont naturelles au personnage. Pour cela, je devrai m’identifier à lui. Au cours de ce processus, je finirai par comprendre les raisons pour lesquelles Achille estimait qu’il était non seulement convenable, mais encore exigé par l’honneur, d’accomplir des actions que, dans d’autres circonstances, je trouverai cruelles et dépourvues de sens. Imiter Achille avec succès, c’est donc comprendre les raisons de son acte  en voyant  la situation de son point de vue. 

 Aujourd’hui nous avons tendance à valoriser l’identification que nous considérons comme une source d’enrichissement. Platon est moins enthousiaste et nuance son propos. Imiter des hommes de valeur accomplissant ds actions glorieuses peut en effet améliorer le caractère. Mais s’identifier à un homme qui agit traîtreusement, impitoyablement ou de manière révoltante, ne peut que nous dépraver.

Platon estime également qu’il est également dangereux d’adopter une pluralité de points de vue, qui ne peuvent qu’être conflictuels entre eux, car nous courrons le risque de sombrer dans le relativisme des valeurs, c’est-à-dire accréditer  l’idée selon laquelle il est impossible d’énoncer un jugement moral unique. Pour Platon, ce relativisme, incarné à son époque par les Sophistes, ne peut que nous conduire à la confusion et à l’injustice.

Aussi pour Platon, la poésie est acceptable tant qu’elle porte sur des modèles et des valeurs conformes à l’idéal social. Dans le cas contraire, elle doit être censurée. Ce principe est valable pour les enfants comme pour les adultes.

 

 La condamnation de l’art, le bannissement

 des artistes (Livre X)

 

Rappel : Dans le commentaire de l’Allégorie de la caverne (cours 9) nous avons vu que Platon établissait une hiérarchie entre les différents « étants », les différentes façons pour les objets  d’être au monde. Pour lui ce sont les essences que l’on ne perçoit qu’avec l’esprit qui ont le plus de réalité et d’authenticité (vérité). Les objets perçus par notre sensibilité ne sont que des apparences, des manifestations sensibles imparfaites de ces essences. Pour connaître les réalités sensibles, j’ai besoin de connaître préalablement leur essence ou leur idée. Ainsi, lorsque je regarde un cube je n’en perçois pas les six faces. Cependant je suis capable de dire que c’est un cube, parce que spontanément je rapporte ma perception à la définition du cube, définition qui englobe tous les cubes existants, et qui est donc à ce titre plus parfaite et plus réelle que chaque cube matériel, particulier, que je peux percevoir par le biais de ma sensibilité. L’homme vertueux pour Platon c’est sera celui qui  a accès à la réalité authentique, qui a été capable de dépasser les illusions de la sensibilité et qui a « tourné » son regard vers le véritable Bien.

 

Dans le livre X de la République, Platon reprend son analyse de l’art comme imitation. Imiter (mimésis) c’est copier l’aspect visuel d’une chose. La conséquence d’une telle conception est qu’ il n’y a aucune place pour la créativité dans la pratique artistique. L’oeuvre d’art n’est qu’une copie, qu’un reflet de la réalité perçue. Rien n’est donc plus facile selon lui, que que de produire comme un artiste. Il suffit, nous dit Platon, de prendre un miroir et de le « promener en tout sens ». Platon fait semblant d’ignorer qu’en peinture il existe des techniques du dessin, un art de la couleur. Pour lui l’artiste n’est qu’un charlatan dépourvu de tout métier. Il suffit pour cela de le comparer à l’artisan.

Van Gogh, 1888

      Pour produire un objet, l’artisan a besoin de posséder préalablement dans son esprit, une certaine idée de cet objet. Par exemple pour fabriquer un lit, le menuisier a besoin de l’idée ou du concept du lit, afin que celui-ci soit fonctionnel. Même si l’artisan ne produit pas l’idée ou la vérité du lit, l’activité de l’artisan reste en relation avec un savoir. Elle possède donc une certaine noblesse. Par contre l’artiste, n’a nul besoin de savoir ce qu’est un lit pour le peindre. Il ne fait que copier une réalité sensible qui est elle-même déjà que  l’apparence d’une idée. Il est donc celui qui est le plus éloigné de la vérité.  Son activité est donc méprisable. De plus, parce qu’il ne « connaît » pas ce qu’il représente, l’artiste est lui-même peu estimable moralement parce qu’il est un ignorant. Un ignorant dangereux qui nous trompe et nous induit en erreur en nous faisant croire qu’il représente la réalité. En nous faisant croire que la réalité authentique c’est la réalité telle que nous la percevons par l’intermédiaire de notre sensibilité. Or la réalité qu’il représente n’est déjà qu’une apparence que nous devons dépasser si nous voulons avoir accès à la vérité (cf. L’allégorie de la caverne).

 

L’imitation exprime donc un rapport faussé au réel. C’est à ce titre que la poésie, qui imite les actions humaines,  sera rejetée comme a été rejetée la peinture. Les poètes sont des ignorants qui ne savent pas de quoi ils parlent. Aussi nous n’avons aucune raison d’accorder de l’attention ou de l’importance à leurs oeuvres.

La poésie est d’autant plus dangereuse qu’elle renforce la partie désirante de l’âme, qu’elle nous  encourage à nous laisser aller à nos émotions et à nos sentiments immédiats. Si les poètes peuvent accéder à une popularité facile, c’est que les gens manquent la plupart du temps de discernement pour voir ce qu’est réellement la poésie : une production dépourvue d’esprit exerçant son attrait sur la partie de l’âme elle-même dépourvue d’esprit. La poésie encourage tous nos désirs et nous les rend dificile à gérer. Par exemple, la partie de nous-même qui prend du plaisir à regarder les lamentations des acteurs est celle qui se languit de se complaire dans ses propres chagrins. De même le  plaisir que nous prenons à rire des comédies, tend à nous rendre cyniques et à nous faire manquer de sérieux dans la vie réelle. La poésie a donc  pour effet d’encourager des désirs qui devraient supprimés dans une vie vertueuse.

Platon en conclut que la poésie est si dangereuse et

 si attirante, qu’elle doit être bannie de l’Etat juste

et vertueux. 

 

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