J.J. ROUSSEAU, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1755

« Je ne vois dans tout animal qu’une machine ingénieuse, à qui la nature a donné des sens pour se remonter elle-même, et pour se garantir, jusqu’à un certain point, de tout ce qui tend à la détruire, ou à la déranger. J’aperçois précisément les mêmes choses dans la nature humaine, avec cette différence que la Nature seule fait tout dans les opérations de la Bête, au lieu que l’homme concourt aux siennes, en qualité d’agent libre.
L’une choisit ou rejette par instinct, et l’autre par un acte de liberté ; ce qui fait que la Bête ne peut s’écarter de la Règle qui lui est prescrite même quand il serait avantageux de le faire, et que l’homme s’en écarte souvent à son préjudice. C’est ainsi qu’un Pigeon mourrait de faim près d’un bassin rempli des meilleures viandes, et un Chat sur un tas de fruits, ou de grain, quoique l’un et l’autre pût très bien se nourrir de l’aliment qu’il dédaigne, s’il s’était avisé d’en essayer ; c’est ainsi que les hommes dissolus se livrent à des excès, qui leur causent la fièvre et la mort et dépravent les sens, et que la volonté parle encore quand la Nature se tait.
Tout animal a des idées puisqu’il a des sens, il combine même ces idées jusqu’à un certain point, et l’homme ne diffère de la bête que du plus au moins. Quelques philosophes ont même avancé qu’il y a plus de différence de tel à tel homme que de tel homme à telle bête.
Ce n’est donc pas tant l’entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme que sa qualité d’agent libre. La nature commande à tout animal et la Bête obéit. L’homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister ; et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme ».
Explication du texte
- Thème : l’homme
- Question posée par le texte : Qu’est-ce qui définit l’homme ?
· Pour définir l’homme, je dois exposer le caractère qui le distingue des autres animaux
Rousseau reconnaît que l’homme est doué d’une « âme » c’est-à-dire que l’homme possède une dimension spirituelle qui le distingue de l’animal qui n’est qu’une réalité matérielle, qu’une machine sophistiquée. Cependant il faut préciser en quoi consiste cette « âme ».
Thèse opposée, critiquée par Rousseau : Pour la philosophie classique (Descartes, Hobbes, Spinoza), l’âme c’est la pensée ou la raison. D’où la définition traditionnelle : « l’homme est un animal raisonnable ».
Thèse : Pour Rousseau, ce qui définit l’homme , c’est la liberté, ce n’est pas la raison. (« Ce n’est donc pas tant l’entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme que sa qualité d’agent libre. (…) Et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme ».)
Dès la première ligne du texte, Rousseau semble s’inspirer de Descartes en faisant référence à la théorie de l’animal-machine: « Je ne vois dans tout animal qu’une machine ingénieuse, à qui la nature a donné des sens pour se remonter elle-même, et pour se garantir, jusqu’à un certain point, de tout ce qui tend à la détruire ou à la déranger ».
Pour Descartes (V° partie du Discours de la Méthode) les animaux sont des automates agencés par Dieu. Ils sont dépourvus de pensée et de langage. Ils ne sont que des mécanismes corporels. De même pour Rousseau, les animaux ne sont donc des « machines ingénieuses » c’est-à-dire des combinaisons complexes d’organes pouvant exécuter des mouvements déterminés. L’homme qui est lui aussi un organisme vivant ne vivant ne fait pas exception si on le considère sur le plan corporel : « j’aperçois précisément les mêmes choses dans la machine humaine …». Sauf que ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est que ses mouvements sont volontaires. « …La Nature seule fait tout dans les opérations de la Bête, au lieu que l’homme concourt aux siennes, e qualité d’agent libre ». Contrairement à l’animal qui obéit aux lois de la nature, l’homme agit par choix conscient et sans contrainte.
Rousseau exprime ici la thèse du texte : la spécificité de l’homme, ce qui le distingue fondamentalement de l’animal c’est le pouvoir de choisir, ou le libre arbitre, qui fait du sujet humain la cause première et volontaire de sa conduite. Les lois naturelles déterminent nécessairement les phénomènes physiques ; elles régissent également les mécanismes d’adaptation instinctifs auxquels sont soumis les animaux. Les conduites humaines, elles, excluent le déterminisme naturel.
Rousseau illustre sa thèse à l’aide de deux exemples : d’un côté il y a l’animal, le Pigeon ou le Chat, qui ne peuvent « s’écarter de la Règle [prescrite par la nature], de l’autre l’homme dissolu qui lui « s’en écarte souvent et à son préjudice ». Il est intéressant de voir dans ces deux exemples que dans un cas comme dans l’autre, l’instinct ou le libre-arbitre ne constituent un avantage, et ne peuvent fonder une hiérarchie. L’instinct ou le libre-arbitre traduisent seulement deux façons d’être différentes.
Pour fonder sa thèse, Rousseau doit démontrer contre Descartes que la pensée ne peut constituer une spécificité qui permettrait à l’homme de s’émanciper de la condition animale. Rousseau reprend donc la thèse de Condillac selon laquelle l’animal qui possède des sens, serait capable de former des idées. La formation de la pensée n’échapperait donc pas au déterminisme mécanique et peut s’expliquer à l’aide des lois de la physique, la physique désignant ici la science de la nature. [ Cette intuition a été développée par les avancées des neurosciences qui doivent beaucoup aux progrès faits par l’imagerie médicale].
C’est ainsi que la pensée ne constituerait pas une spécificité de l’homme, une caractéristique propre à l’homme qui fonderait une différence de nature entre l’homme et l’animal. Elle fonderait seulement une différence de degré, l’homme étant capable de pensées plus complexes que l’animal. Quoique parfois il y ait sur le plan de la pensée plus de différence entre les hommes eux-mêmes, qu’entre les hommes et les bêtes. Rousseau fait ici allusion à une boutade de Montaigne.
Cependant dès la suite du texte, Rousseau réfute Montaigne. Bien que l’homme puisse être « sot », il n’est jamais « bête » au sens où le sont précisément les animaux. L’homme n’est jamais comme l’animal enfermé dans sa simplicité. Au contraire ce qui le caractérise c’est justement le fait que ses actes sont réfléchis ou délibérés. Il existe donc bien une différence qualitative, une rupture entre l’homme et l’animal. Cette rupture ne réside pas dans l’entendement, c’est-à-dire dans la faculté de mettre en relation ses idées mais dans un certain rapport à nos représentations. Quelque soit la nature ou l’origine de ses idées, ce qui distingue l’homme de l’animal c’est qu’il peut tout aussi bien les accepter ou les refuser.
Ce qui définit l’homme ce n’est donc pas l’usage de la raison, mais le libre arbitre. Aussi intense que puisse être la pression des passions, quelles que soient les forces extérieures qu’il affronte, l’homme éprouve en lui cette capacité qu’il a de dire oui ou non, de suivre la pente de ses passions ou d’y résister. C’est dans la conscience de cette capacité que résident sa dignité et sa responsabilité, son « âme » selon Rousseau.
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Définition : l’acte libre est donc l’acte volontaire. Lorsque je dis » j’ai fait volontairement telle ou telle action » cela signifie que sans ma permission, telle ou telle chose ne se serait pas réalisée. Cette possibilité de faire ou de ne pas faire, de dire « oui » ou « non » (« d’acquiescer ou de résister » cf. Rousseau) à certains actes qui dépendent de moi, c’est ce que nous appelons liberté.
Problème : Comme le remarquait Chantal Thomas dans son récit sur le chambre 1 (cf. note de lecture, la liberté), cette notion de « liberté » ne résulterait-elle pas simplement d’une illusion que je me fais sur mes possibilités réelles ?

Le déterminisme
Lorsque j’observe tous les faits qui se déroulent autour de moi ou la plupart de ceux qui ont lieu en moi ( ma respiration, ma circulation sanguine, …etc.), chaque chose qui arrive a sa cause déterminante conformément aux lois de la nature. Dans chaque cas je peux remonter à une situation antérieure qui rend inévitable ce qui s’est passé ensuite.
Par exemple, j’ouvre légèrement un robinet et j vois sortir quelques gouttes. Si j’avais su à l’avance où se trouvaient cs gouttes dans la tuyaterie, et en tenant comptedes lois de la gravité, des règles que suit le mouvement des liquides, de la position de l’orifice du robinet, etc., j’aurais certainement pu déterminer quelle goutte devait sortir la première et quelle goutte la quatrième.
De même la doctrine déterministe considère que, si je savais comment toutes les pièces qui composent le monde sont disposées en ce moment, et si je connaissais exhaustivement toutes les lois de la physique, je pourrais décrire sans erreur tout ce qui va arriver dans le mond, dans une minute ou dans cent ans. Comme je suis moi aussi une partie de l’univers, je dois être moi aussi soumis à la même détermination causale que le reste. Une telle conception n’exclut pas cependant l’idée de liberté.
Définition: L’acte libre dans ce contexte est l’acte que je n peux pas prévoir même si je connais entièrement la situation antérieure de l’univers, autrement dit l’acte libre c’est l’acte qui inventerait sa propre cause et ne dépendrait d’aucune précédente.
Etude d’un texte philosophique
B. SPINOZA, Lettre LVIII
« » Notre ami J.R [il s'agit du libraire Rieuwerts, ami et éditeur de Spinoza] m’a envoyé la lettre que vous avez bien voulu m’écrire en même temps que le jugement de votre ami sur ma manière de voir et celle de Descartes touchant le libre arbitre. [...]
Je passe maintenent à cette définition de la liberté que votre ami dit être la mienne. Je ne sais d’où il l’a tirée. J’appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même et connaît toute chose librement, parce qu’il suit de la seule nécessité de sa nature que Dieu connaisse toutes choses. Vous le voyez bien, je ne fais pas consister la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité.
Mais descendons aux choses créées qui sont toutes déterminées par des causes extérieures à exister et à agir d’une façon déterminée. Pour rendre cela clair et intelligible, concevons une chose très simple : une pierre par exemple reçoit d’une cause extérieure qui la pousse , une certaine quantité de mouvement et l’impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera de se mouvoir nécessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu’elle est nécessaire, mis parce qu’elle doit être définie par l’impulsion d’une cause extérieure. Et ce qui est vrai de la pierre il faut l’entendre de toute chose singulière, quelque soit la complexité qu’il vous plaise de lui attribuer, si nombreuse que puissent être ses aptitudes parce que toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d’une certaine manière déterminée.
Concevez maintenant si vous le voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, pense et sache qu’elle fait effort, autant qu’elle peut, pour se mouvoir. cette pierre est asurément , puisqu’elle a conscience de son effort seulement et qu’elle n’est en aucune façon indifférente, croira qu’elle est libre et qu’elle ne persévère dans son mouvement que parce que elle le veut.
Telle est la liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appéter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et s’il est poltron,vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu’ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire. De même un délirant, un bavard, et bien d’autres de même farine, croient agir par une libre décret de l’âme et non se laisser contraindre ».
Eléments de compréhension du texte
Ce texte est une illustration de la thèse déterminsite évoquée plus haut.
Thème : la liberté
Question posée par le texte : les hommes sont-ils libres ?
Thèse critiquée par Spinoza : la liberté humaine consiste dans le libre arbitre, c’est-à-dire dans la volonté infinie de l’homme.
Thèse défendue par Spinoza : Si la liberté se définit comme un » libre décret » alors elle est illusoire.
La difficulté du texte consiste dans l’opposition de deux définitions de la liberté : Pour Spinoza la liberté ne consiste pas dans un « libre décret » mais dans une « libre nécessité« .
Dire que pour Spinoza, il n’y a pas de liberté possible dans sa représentation du monde, serait un contresens.
La liberté consiste à être et à agir par la seule nécessité de sa nature, et non par les décrets d’un libre arbitre.
Dans le premier paragraphe, Spinoza introduit ce dont il va être question par la suite : il se propose de discuter de la validité de la thèse de Descartes « concernant le libre arbitre« .
Définition de la liberté selon Descartes :
La liberté humaine consiste dans l’infinie volonté de l’homme.
Définition : « la volonté consiste seulement en ce que, pour affirmer ou créer, poursuivre ou fuir ces choses que l’entendement nous propose, nous agissons de telle sorte que nous sentons qu’aucune force extérieure ne nous y contraigne ».
Notre volonté infinie nous rapproche de Dieu. Cependant contrairement à la volonté divine, la volonté humaine n’est pas parfaite, ce qui explique qu’il nous arrive de désirer ou de vouloir ce qui n’est pas en notre pouvoir. En effet, si l’homme peut vouloir infiniment, il ne peut pas pouvoir infiniment car il n’est qu’une créature de Dieu.
Cette liberté infinie du jugement est donc aussi la cause de nos erreurs : Grâce à ma raison je peux voir le bien ou le vrai, cependant je demeure libre de faire le mal.
Définition de la liberté selon Spinoza
Dans le deuxième paragraphe du texte, Spinoza pose sa propre définition de la liberté qui semble-t-il a été mal comprise par son ami.
Définitions : Etre libre c’est être à soi-même sa propre cause et agir par la seule nécessité de sa nature.
Par opposition, on dire qu’une chose est contrainte lorsqu’elle sera » déterminée par une autre à exister et à agir d’une façon déterminée « .
-Troisième paragraphe – Spinoza applique ensuite ses deux définitions à l’ensemble des choses de la Nature. Dans la Nature un seul être peut être dit libre : Dieu.
Car la définition de la liberté ne peut en toute logique s’appliquer qu’à Dieu. Il n’y a que Dieu qui soit par définition à lui-même sa propre cause. De même il n’y a que Dieu qui soit par définition, la seule cause de ses actions:
» Dieu [...] existe librement bien que nécessairement parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature… »
Ce qui fait l’originalité de la définition de Spinoza, c’est que contrairement à ce que l’on a l’habitude de penser, la liberté ne s’oppose pas à la nécessité, au contraire la liberté c’est la nécessité qui se connaît elle-même.
Si Dieu est à lui-même sa propre cause, c’est parce qu’il se connaît parfaitement, parce qu’il est omniscient (remarque : Pour Spinoza, la liberté est de la connaissance).
« De même aussi Dieu se connaît lui-même librement parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même et connaît toutes les choses librement, parce qu’il suit de la seule nécessité de sa nature que Dieu connaisse toutes choses « .
- Quatrième paragraphe- Si Dieu est libre alors toutes les choses crées par Dieu seront contraintes : c’est-à-dire » déterminées par des causes extérieures à exister et à agir d’une façon déterminée« .
Pour illustrer sa thèse selon laquelle la contrainte ne consiste pas dans la nécessité, Spinoza prend l’exemple d’une pierre. Si je lance une pierre, cette pierre reçoit d’une cause extérieure (moi) une certaine quantité de mouvement qui la porte à se mouvoir. Si une fois en l’air, la pierre continue à se déplacer, ce n’est pas parce que c’est une nécessité de sa nature (quand bien même l’impulsion a cessé) mais c’est parce qu’elle a reçu a départ une impulsion.
Spinoza généralise ensuite son exemple à toutes les choses créées, quelque soit leur degré de complexité : « toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d’une certaine manière déterminée« , afin de préciser que dans la Nature, l’homme ne fait pas exception à la règle. l’homme n’est pas « un empire dans un empire« .
- Cinquième paragraphe- Qu’est-ce qui distingue l’homme des autres choses de la nature ? L’homme possède une conscience de soi, lorsqu’il agit, l’homme sait toujours qu’il agit, c’est ce qui le distingue des autres créatures. Mais avoir conscience de ce que l’on est et de ce que l’on fait, est-ce vouloir ce que l’on est ou vouloir ce que l’on fait ?
Ce qui est en question ici c’est l’IDENTITE posée par Descartes entre AVOIR CONSCIENCE et VOULOIR.
Spinoza reprend son exemple de la pierre. Si la pierre avait conscience de son mouvement est-ce que cela prouverait que la pierre a voulu son mouvement. Non cela ne changerait rien au fait que pour se mouvoir la pierre besoin d’une impulsion donnée par une cause extérieure.
- Sixième paragraphe – Pour les hommes c’est la même chose, ce n’est pas parce que l’on a le sentiment qu’ »aucune force ne nous contraint » (Cf. Définition de la volonté selon Descartes) que nous sommes effectivement libres, que nous sommes la cause première de nos décisions et de nos actes.
Notre liberté comprise comme exercice d’un libre arbitre est donc illusoire et consiste simplement dans l’ignorance où nous sommes, des causes qui nous déterminent.
Pour approfondir

Robert Frank, Home Improvment
Est-ce que cela signifie que pour Spinoza il n’y a pas de liberté humaine possible ?
Au premier abord il semble que Spinoza ait défini la liberté et la nature humaine de telle façon, que toute coïncidence entre ces deux notions soit radicalement impossible.
- La définition de la nature humaine est celle d’un mode. Un mode est par définition ce qui ne peut se suffire à soi-même : c’est ce qui n’est pas par soi, ce qui est en autre chose, ce dont l’existence est déterminée du dehors par celle des autres modes. Le mode renvoie toujours à autre chose, c’est pour cela qu’il ne se suffit pas à lui-même.
- La liberté se définit par la suffisance. « J’appelle libre une chose qui n’existe que par la seule nécessité de sa nature, et qui n’est déterminée que par elle-même« , (Ethique, définition 7). Il semble donc que Dieu seul puisse répondre à une semblable définition. Dieu étant la totalité, rien d’extérieur ne peut peser sur lui.
Problème : L’homme étant par définition un mode, c’est-à-dire ce qui ne peut se suffire, qui est par autre chose, on ne voit pas comment il pourrait accéder à la liberté ou à la suffisance.
Pour approfondir et résoudre le problème posé:
Etude d’un texte philosophique
« On pense que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son bon plaisir. Cela cependant n’est pas absolument vrai, car en réalité être captif de son plaisir et incapable de rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c’est le pire esclavage, et la liberté n’est qu’à celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison. Quant à l’action par commandement, c’est-à-dire l’obéissance, elle ôte bien en quelque manière la liberté, elle ne fait pas sur-le-champ un esclave, c’est la raison déterminante de l’action qui le fait. Si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais de celui qui la commande, alors l’agent est un esclave inutile à lui-même ; au contraire, dans un Etat et sous un commandement pour lesquels la loi suprême est le salut de tout le peuple, non de celui qui commande, celui qui obéit en tout au souverain ne doit pas être dit un esclave inutile à lui-même, mais un sujet. Ainsi cet Etat est le plus libre, dont les lois sont fondées en droite raison, car dans cet Etat chacun, dès qu’il le veut, peut être libre, c’est-à-dire vivre de son entier consentement sous la conduite de la Raison. »
Spinoza