dissertation : « la liberté humaine est-elle incompatible avec la réalisation du bonheur ? »

Mercredi 18 avril 2012

Réponses aux questions posées par mail qui peuvent être utiles à tout le monde :

METHODE :

1) Pour bien démarrer et éviter le hors sujet, il faut d’abord repérer la difficulté du sujet pour éviter le piège.

Le sujet de la dissertation contient deux notions au programme de cette année: la liberté, le bonheur. Cependant la question de fond qui doit nous servir de fil conducteur tout au long de la dissertation ne porte que sur une seule notion, qui est la notion principale.

Est-ce que le problème de fond c’est de savoir « qu’est-ce que la liberté?  » ou est-ce que le problème de fond c’est de savoir « qu’est-ce que le bonheur » ?

 

2) Sans aller immédiatement chercher des références philosophiques compliquées et abstraites, je peux remarquer que la question posée contient implicitement deux thèses :

-a) La liberté est incompatible avec la réalisation du bonheur.

-b) La liberté est compatible avec la réalisation du bonheur.

Cela ne veut pas dire que la dissertation devra se limiter à l’examen de ces deux thèses. Une bonne dissertation comporte au moins trois parties, et en philosophie, on remarque souvent que les oppositions ou les paradoxes sont destinés à être dépassés.

Pour l’instant je ne prends partie pour aucune des deux thèses, car comme Socrate, je ne sais qu’une seule chose, c’est que je ne sais pas,  et je me demande « pourquoi ? »

Pourquoi la liberté humaine est incompatible avec la réalisation du bonheur ? Qu’est-ce que j’entends ici sous les mots liberté et bonheur.

Je fais ensuite la même chose pour l’autre thèse :

Pourquoi la liberté humaine est compatible avec la réalisation du bonheur (et peut-être même est une condition de réalisation du bonheur….mais je m’avance) ? Qu’est-ce que je mets sous chacun de ces deux mots liberté et bonheur.

Peut-être que selon les thèses je n’aurai ni la même définition du bonheur, ni la même définition de la liberté.

3) Dans le sujet un mot, bien que secondaire,  est important : c’est le mot « réalisation« . Il ne s’agit pas simplement ici d’être heureux un jour, et de continuer à être malheureux pour l’instant, mais d’être heureux tout de suite, ici et maintenant :-)

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DISSERTATION : DOIT-ON TOUJOURS OBEIR AUX LOIS ?

Samedi 6 novembre 2010

Eric WOERTH, ministre du travail à l’Assemblée en octobre 2010,défendant le projet g

ouvernemental de réforme des retraites.

« Après le vote de la loi, c’est la loi (…) il faut la respecter »

E.Woerth, France 3, le 24 octobre 2010

 

Vous soulevez un problème très intéressant monsieur le Ministre :

DOIT-ON TOUJOURS OBEIR AUX LOIS ?

 

 

CORRECTION

 

Les élèves ont du mal à rédiger l’introduction principalement parce qu’ils ne comprennent pas la fonction de l’introduction.

- L’introduction sert à présenter le problème et les étapes de sa résolution. Cela sinifie que l’on ne peut rédiger l’introduction qu’après avoir élaboré le plan détaillé de la dissertation,  une fois que l’on sait exactement où l’on veut en venir.

-Beaucoup d’élèves répondent dans l’introduction avant même d’avoir posé le problème à résoudre. Ils donnent ainsi en ouverture des éléments de réponse (souvent des définitions) qui leur manqueront ensuite dans le développement.

- Dans un premier temps il ne s’agit pas de répondre, car dans ce cas là il n’y a plus de problème à résoudre mais de montrer l’intérêt ou l’actualité de la question : pourquoi aujourd’hui il est intéressant ou important de se poser ce problème ?

 

ATTENTION AU HORS SUJET : Certains élèves ont remplacé le sujet initialement proposé par un autre sujet de dissertation, ce qui est fortement déconseillé. Même si le développement qui suit est bien construit et documenté, l’èléve ne fait pas la bonne dissertation et se trouve par conséquent pénalisé. Par exmple, lors du travail préparatoire les élèves se sont trouvés confrontés à la question du rapport de la loi et de la liberté. Cette question est devenu centrale pour eux. Au lieu de répondre à la question  «Doit-on toujours obéir aux lois ?», ils ont traité la question «la loi est-elle un obstacle à notre liberté ?». Ce qui est un autre sujet de dissertation.

 

COPIER/COLLER N’EST PAS PENSER

Avec le développement d’internet et l’apparente facilité d’accès à l’information, certains élèves sont tentés d’aller chercher sur le net des éléments de réponse. Le résultat est très souvent malheureux car pour la plupart, les sources ne sont pas comprises et maîtrisée. L’élève ne s’appropriant pas ces données,  elles ne sont pas reformulées en fonction de la question posée. La dissertation se réduit alors à un patchwork incohérent ou un catalogue d’idées sans intérêt.

Le but de l’exercice philosophique est d’apprendre à construire sa pensée pour pouvoir penser par soi-même. Ce qui est évalué ce n’est pas l’érudition mais ce travail de construction.

C’est un exercice difficile qui demande la pratique et donc de l’entraînement.Fonctionner à l’économie en recopiant sur le net des idées toutes faites n’a aucun intérêt. Par ailleurs le professeur connaît le niveau de ses élèves, et le niveau qu’il peut exiger par rapport à la progression du cours dans l’année. Il n’est donc pas dupe de certaines pratiques.

 

 Construction du développement

 

Pour commencer il faut envisager la question posée dans son sens le plus large possible. En effet le mot LOI s’utilise dans des contextes très divers, puisqu’on parle aussi bien de lois scientifiques que de lois juridiques ou morales.

Qu’est-ce qu’une loi ?

Une loi est une règle ou une relation  qui ordonne un ensemble de phénomènes (naturels ou humains). Dans le cas des phénomènes de la nature la loi exprime une nécessité à laquelle on ne peut déroger, tandis que dans le cas des phénomènes humains la loi exprime une obligation  à laquelle l’individu peut toujours tenter de se soustraire. Ainsi la question « Doit-on toujours obéir aux lois ? » ne se pose que dans le domaine des relations humaines.

Remarque : Cette première définition nous permet de réduire notre champ d ‘investigation dans la mesure où dans l’ordre des phénomènes naturels la question de savoir si nous devons ou pas obéir à la loi ne se pose pas. Tout simplement parce que nous ne le pouvons pas. Si je choisis de ne plus m’alimenter inéluctablement je mettrai ma vie en péril (quelle que soit la motivation qui sous tend ma décision). C’est comme ça dans l’ordre de la nature et ce n’est pas autrement (définition de la nécessité).

Dans le domaine  des affaires humaines, que ce soit celui du droit et de la politique, ou celui de la morale, la loi est une règle obligatoire établie par une autorité souveraine et régissant les relations entre les hommes dans une société.

Comme le remarque Aristote, au début de son ouvrage La politique, il n’existe pas de sociétés humaines sans loi. Pourquoi ? (remarque : ici on part d’un constat – on observe que…)

C’est également la question que se pose Thomas Hobbes au XVII° siècle lorsqu’il imagine la fiction de l’état de nature, monde irréel dans lequel les hommes vivraient sans aucune autre loi que celle dictée par la satisfaction de leurs intérêts. Le but de cette fiction est de nous amener à réfléchir sur le sens de la loi. Qu’adviendrait-il si les hommes vivaient dans un monde sans loi ? Pour répondre à cette question Hobbes fait une hypothèse sur la nature de l’homme : l’homme est par nature égoïste et méchant. Il est « un loup pour l’homme ». A partir de cette hypothèse les relations entre les hommes ne peuvent être déterminées que par le conflit, chacun s’estimant toujours dans son droit de tuer, dépouiller, asservir. Pour Hobbes, l’état de nature est donc déterminé par l’insécurité, c’est un état permanent de guerre de tous contre tous.

Mais dans un tel état d’insécurité ou de guerre, la vie humaine, dans ce qu’elle a de plus simple, est impossible. Comme est également impossible le développement de toute activité politique, économique, culturelle, etc., qui fonde une existence proprement humaine. Les hommes qui sont dotés d’une raison et donc de la capacité de calculer ce qui est dans leur intérêt, ne peuvent donc que choisir, face au chaos, de se soumettre à une autorité souveraine dont la fonction sera d’ordonner par la loi le corps social (on retrouve la définition la plus générale du mot loi) afin de garantir non seulement la sécurité de chacun, mais surtout la sécurité de tous (du corps social) face au caractère antisocial des désirs individuels de chacun.

Hobbes démontre ici que les lois sont nécessaires. En assurant la pérennité de toute société humaine, elles garantissent les conditions indispensable à l’établissement de la vie. Par conséquent si les lois sont nécessaires nous devons toujours obéir à la loi. Toute transgression de la loi constitue une menace pour l’ordre social et pour la vie elle-même.

 Pour Hobbes la justice réside dans  simple respect de la loi, dans le respect de la légalité. Lorsque les citoyens acceptent de se soumettre à la loi ils renoncent non seulement à leur liberté de mouvement (ils ne peuvent plus faire ce qu’ils veulent) mais ils renoncent aussi à leur autonomie c’est-à-dire à leur liberté de décider pour eux-mêmes (liberté de la volonté). Ce qui fonde l’autorité de loi c’est la nécessité de protéger la vie. Chez Hobbes, l’autorité de la loi trouve son fondement dans un ordre supérieur qui est l’ordre de la nature puisqu’elle inscrit les actions humaines dans une logique de la survie. Ce qui détermine le choix du souverain c’est la puissance ou la force de ce dernier. Le pouvoir du monarque est absolu. Sa seule limite est la loi de la nature : il n’a pas le droit de porter atteinte à la vie de ses sujets. Ce qui laissera Rousseau très sceptique.

Fonder l’autorité de loi politique et juridique sur la logique du vivant  ( de la survie) n’est pas satisfaisant pour Aristote. En effet il existe aussi des sociétés animales organisées selon des lois  qui ont aussi pour finalité la survie du groupe. Qu’est-ce qui distingue alors  les sociétés humaines des sociétés animales ? On peut difficilement affirmer, sans que cela soit péjoratif, qu’une société humaine est semblable à une ruche ou une fourmilière ?  C’est la remarque que fait  Aristote à Platon.  Pour Platon,  les hommes vivent en société car seuls ils ne peuvent satisfaire l’ensemble des besoins nécessaires à leur vie. Pour survivre ils doivent donc se répartir les tâches au sein d’une organisation du travail. Pour Aristote, la division du travail ne suffit pas à caractériser une société humaine. Si les hommes vivent ensemble ce n’est pas simplement pour assurer leur survie (vivre) mais pour réaliser le bien ou la justice (le « bien vivre »). c’est pour cela qu’ils se doteront de lois qui n’auront oas simplement pour but d’assurer leur sécurité, mais surtout de construire un ordre social juste dans lequel les hommes pourront vivre en adéquation avec leur nature.

Toute société est sous-tendue par un projet social collectif qui détermine ses valeurs (le bien). Ainsi la loi juste ce ne peut être simplement l’ordre donné par le souverain, c’est la loi qui  réalise le bien (individuel, politique, social). [Pour commenter une citation d'Aristote, utilisée par Thanina « le juste est ce qui est conforme à la loi et ce qui respecte l'égalité. L'injuste est contraire à la loi et est ce qui manque à l'égalité" ] Par exemple, la loi juste est pour Aristote d’abord la loi qui réalise l’égalité (le bien politique), principe fondateur de la démocratie athénienne. (remarque: pour les Grecs le mot liberté n’a pas le sens qu’on lui donne aujourd’hui. Etre libre c’est simplement avoir des loisirs, ne pas travailler de ses mains, ce qui est une condition nécessaire pour mener une activité politique. La liberté individuelle au sens où nous l’entendons aujourd’hui n’est pas une fondation du politique. l’homme est d’abord un nous avant d’être un je). Pour Rousseau, la loi juste est la loi exprime la liberté au lieu de l’opprimer.

Se dessine maintenant la possibilité que l’ordre donné, que la loi, soit donc contraire à ce bien, soit donc « injuste ». Que faire dans ce cas là ?

 

 

 

Page en cours de réalisation

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Correction de l’explication du texte de Kant :  » L’ homme a besoin d’un maître » (exercice en 4 heures baccalauréat blanc)

Mercredi 11 mars 2009

Photographie de la foule lors de l’investtiture de barack Obama

                                                                                    

 

 

TEXTE A EXPLIQUER

 

 

 

 

L’homme est un animal qui, du moment où il vit parmi d’autres individus de son espèce, a besoin d’un maître. Car il abuse à coup sûr de sa liberté à l’égard de ses semblables ; et, quoique, en tant que créature raisonnable, il souhaite une loi qui limite la liberté de tous, son penchant à l’égoïsme l’incite toutefois à se réserver, dans toute la mesure du possible, un régime d’exception pour lui-même. Il lui faut donc un maître qui batte en brèche sa volonté particulière et le force à obéir à une volonté universellement valable, grâce à laquelle chacun puisse être libre.

 

Mais où va-t-il trouver ce maître ? Nulle part ailleurs que dans l’espèce humaine. Or ce maître, à son tour est, tout comme lui, un animal qui a besoin d’un maître. De quelque façon qu’il s’y prenne, on ne conçoit vraiment pas comment il pourrait se procurer, pour établir la justice publique, un chef juste par lui-même : soit qu’il choisisse à cet effet une personne unique, soit qu’il s’adresse à une élite de personnes triées au sein d’une société. Car chacune d’elles abusera toujours de la liberté si elle n’a personne au-dessus d’elle pour imposer vis-à-vis d’elle-même l’autorité des lois.

 

Emmanuel KANT

 

 

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question

                                                                      

 

 

EXPLICATION DU TEXTE

Eléments de correction

 
 
REMARQUES
 

 

- 1) L’explication de ce texte avait été préparée en cours notamment avec l’explication du texte de Kant sur « l’insociable sociabilité » de l’homme. Certains élèves ont encore du mal à réinvestir leurs connaissances, souvent parce que ces connaissances sont trop approximatives.
 
 
- 2) Expliquer le texte précisément, dans le détail ne veut pas dire « désarticuler » le texte. Il est important de toujours ramener chaque élément, chaque partie du texte à l’ensemble, de ne jamais perdre de vue la cohérence globale du texte. 
  

- 3) Préparation du travail au brouillon:  

Dans ce texte, en se basant sur l’étude des champs lexicaux on peut  distinguer trois grandes thématiques possibles:

- l’animalité

- la maîtrise  

- la liberté

 

Le texte explique le rapport entre « le besoin d’un maître », l’animalité et la liberté humaine.Le thème de la maîtrise semble le plus important. Le texte semble l’opposer aux thèmes de l’animalité et de la liberté.  La première lecture du texte fait ressortir l’idée que la domination d’un maître permet de limiter les abus de la liberté de l’homme car ce dernier conserve une part d’animalité.

 

La difficulté principale rencontrée par les élèves a résidé dans l’interprétation du mot « maître » .

 

 

Introduction

 

L’introduction présente le problème soulevé par le texte ainsi que les étapes de sa résolution. Elle doit être synthétique.

Il faut appliquer les consignes données et se demander :

-         Quel est le thème du texte ?

-         Quel est le problème (lié au thème) soulevé par le texte ?

-         Comment l’auteur résout-il ce problème ? Autrement dit quelle est la thèse du texte ? [on peut noter aussi au brouillon les thèses adverses qui seront ensuite utiles pour discuter la thèse de l'auteur]

-         Quelles sont les étapes de l’argumentation ?

 

  • Dans la rédaction de l’introduction on reprend ces éléments auxquels on peut ajouter:

- l’intérêt ou l’actualité du problème et le point sur lequel on se propose de discuter la thèse de l’auteur.

 

Exemple :

 Le thème abordé dans ce texte est la liberté, plus précisément la liberté politique. L’auteur pose la question suivante : Connaissant la nature foncièrement égoïste  de l’homme, comment peut-on réaliser la justice, synonyme de liberté ou de respect des droits de chacun, en société ? Kant ne voit qu’une réponse possible : pour que les hommes soient libres, il leur faut un maître ! Cette réponse peut paraître paradoxale au premier abord car l’idée de domination ou d’obéissance, excluent la liberté. Nous sommes donc face à une contradiction qu’il nous faudra dépasser pour comprendre les enjeux du texte…

 

Explication détaillée du texte.

 

[Phrase 1] L’homme est un animal qui, du moment où il vit parmi d’autres individus de son espèce, a besoin d’un maître.

Dans l’état de nature, c’est-à-dire en dehors de toute société organisée, l’homme est déterminé dans ses comportements – comme n’importe quel « animal » -  par la satisfaction de ses besoins et de ses intérêts particuliers, cette tendance cette inclination de l’homme est désignée par Kant, dans la suite du texte sous le terme d’égoïsme. cela explique que lorsque les hommes  vivent en société [« parmi d'autres individus de son espèce »], ils aient besoin d’une autorité, d’un « maître ». Pourquoi la vie en société exige-t-elle l’existence d’une autorité ? C’est ce qu’explique la phrase suivante.

 

Remarque : Ici on rencontre la difficulté principale du texte : le mot « maître ».  Dans son explication de texte, l’élève ne peut faire l’économie d’une définition de ce terme. Deux sens sont possibles : 1) le maître c’est celui qui représente la contrainte ou la domination ; 2) le maître, au sens socratique du terme, c’est celui qui éduque, qui « guide » son élève qui lui apprend à devenir un homme [c'est une thématique qui a été étudiée au premier trimestre].  A ce niveau du texte il est difficile de se prononcer sur le sens à donner au mot « maître ». Il faut donc souligner la difficulté et garder à l’esprit les deux sens.

 

[Phrase 2] Car il abuse à coup sûr de sa liberté à l’égard de ses semblables ; et, quoiqu’en tant que créature raisonnable, il souhaite une loi qui limite la liberté de tous, son penchant à l’égoïsme l’incite toutefois à se réserver, dans toute la mesure du possible, un régime d’exception pour lui-même.

Dans l’état de nature, la liberté se définit comme une liberté de mouvement : être libre c’est faire ce que l’on veut, c’est ne rencontrer aucun obstacle ou aucun empêchement à la réalisation de son vouloir. Ainsi, les hommes soumis à la satisfaction de leurs intérêts particuliers auront tendance à « abuser de leur liberté » : ils chercheront à imposer leur volonté aux autres par la force ou par la ruse et à satisfaire leurs besoins au détriment des autres. Il faut avoir à l’esprit que dans l’état de nature tout est permis, aucune règle morale, aucune loi n’encadrent les comportements. la seule loi qui me guide c’est celle de mon « égoïsme ». (Remarque: ici l’égoïsme c’est la tendance qui me pousse à satisfaire mes besoins et mes intérêts pour survivre. Le mot n’a aucune connotation morale; être « égïste » ce n’est ni bien, ni mal, c’est juste un comportement naturel).

Cependant l’homme est aussi une « créature raisonnable ». Pour Kant cela signifie deux choses . D’une part,  la raison est la capacité qui permet à l’homme de mettre en relation, de calculer, de juger quel est le moyen le plus efficace de satisfaire ses intérêts.  L’homme vivant à l’état de nature est donc en mesure de juger par lui-même que l’efficacité de la force ou de la ruse est toute relative. Je ne suis jamais sûre d’être toujours le plus fort ou le plus rusé. Aussi il est donc beaucoup plus intéressant pour moi de convaincre les autres de s’associer avec moi, de passer  un pacte de »non-agression » qui prendra la forme d’un contrat fixant des règles ou des limites à mes actions. On peut penser que tous les individus feront le même calcul et accepteront, parce que c’est dans leur intérêt, de se soumettre à une autorité, la loi, qui restreindra leur liberté de mouvement. Ils ne pourront plus faire ce qu’ils veulent, mais seulement ce qui est autorisé ou qui n’est pas interdit par la loi.( On retrouve ici le raisonnement de Hobbes, et il est intéressant de développer le parallèle entre les deux penseurs).

Or Kant ne perd pas de vue que l’homme qu’il étudie et qu’il décrit est son contemporain. Qu’il ne s’agit pas d’un homme abstrait, théorique. Il remarque donc que même si l’homme est prêt à faire des concessions pour vivre avec les autres, son égoïsme naturel ne le quitte pas lorsqu’il vit en société. Ainsi même s’il accepte de se soumettre à l’autorité de la loi, l’individu cherchera toujours à biaiser le contrat social afin d’obtenir pour lui-même les conditions les plus avantageuses s’il en a la possibilité , au détriment des autres si nécessaire. On peut faire deux remarques : 1) l’égoïsme naturel des hommes est une menace permanente pour la société qui doit s’en prémunir[on retrouve cette idée chez Freud, dans Malaise dans la civilisation] 2) on peut en déduire, que l’homme ne cherchera pas spontanément dans le contrat l’égalité devant la loi. S’il a la garantie d’être le plus fort, et s’il peut de ce fait être le chef, il préfèrera le régime despotique ou tyrannique qui sera à son avantage.

 

Mais pour Kant,  la raison c’est aussi la faculté qui nous porte vers la réalisation de l’universel, c’est-à-dire vers la réalisation du genre humain ou de l’humanité. [ C'est le moment de se souvenir que Kant est un philosophe des Lumières]. L’homme et le seul être capable de se donner des valeurs collectives pour agir (par exemple la solidarité, la liberté, la justice…), valeurs qui dépassent la satisfaction de ses intérêts particuliers et qui contribuent à fonder une collectivité ou une société. Car vivre en société, c’est partager des valeurs communes (cf. texte d’Aristote « l’homme est un animal politique) valables pour tous les membres de la communauté. Tel est le sens du mot « universel ».

Ici on peut développer le texte en montrant que nous ne vivons pas en société simplement pour satisfaire nos intérêts privés. mais que nous avons besoin de la vie en société pour nous émanciper, c’est-à-dire quitter la condition animale et  réaliser notre « humanité ».

 

[Phrase 3] Il lui faut donc un maître qui batte en brèche sa volonté particulière et le force à obéir à une volonté universellement valable, grâce à laquelle chacun puisse être libre.

L’idée développée dans cette phrase est paradoxale : puisque qu’à la fois Kant prône la nécessité » d’une autorité qui « force » chacun à « obéir »,  et en même temps cette autorité est la condition  qui permettra à chacun d’être libre.

L’égoïsme naturel de l’homme, qu’il prenne la forme de la guerre de tous contre tous dans l’état de nature ou de la tyrannie,  est une menace permanente pour la société et pour l’humanité dans son ensemble. Il doit donc amener  chaque individu à renoncer ou à dépasser son égoïsme. Le problème est de savoir comment ? Nous sommes ici face à la difficulté soulevée dès la première phrase qu’il nous faut maintenant résoudre.

Il semble difficile de former une collectivité ou une société uniquement à partir de l’usage de la force ou de la contrainte, de la peur ou de la violence. Car même si dans ce cas la liberté politique minimale garantie par le contrat, se limite à la sécurité de chacun contre la violence des autres, rien ne garantit le citoyen contre la violence du chef. On peut utiliser l’argumentaire de Jean-Jacques Rousseau dans Le contrat social. Il démontre que dans ce cas là le pacte social, par lequel chacun renonce à sa liberté de mouvement pour se soumetre à la volonté du monarque, est un faux contrat ; que la force ne peut en aucun cas fonder le droit. Le droit suppose la respect des libertés individuelles. Le maître ne pourra donc pas être le monarque absolu de Hobbes ou le tyran.

Il nous reste la seconde hypothèse, le maître est celui qui « éduque » à la liberté et qui apprend à chacun à être son propre maître. Ici on peut approfondir le texte en discutant des modalités de l’apprentissage, ou de l’éducation  à la citoyenneté. Comment dans un Etat va-t-on apprendre aux individus à se comporter de façon libre et responsable ? Quel sens alors donner à la notion de liberté, car dans ce cas il ne s’agira pas de faire ce que l’on veut ? Que veut dire alors l’adjectif responsable?

 

[Phrase 4] Mais où va-t-il trouver ce maître ? [phrase5] Nulle part  ailleurs que dans l’espèce humaine.

Cette remarque peut sembler étrange mais il faut se souvenir que Kant vit au XVIII° siècle, et qu’à cette époque le fondement du pouvoir politique c’est l’autorité religieuse. Pour Kant la religion ne peut en aucun cas fonder l’autorité du maître car d’une part la religion prône l’obéissance au dogme religieux sans recourir à l’usage critique de la raison, et d’autre part la religion subordonne la liberté et la responsabilité de l’homme à l’amour de Dieu. Dans le vocabulaire de Kant on peut dire que la religion maintient l’homme dans l’hétéronomie (qui s’oppose à l’autonomie synonyme de liberté). La religion n’éduque pas l’homme à la liberté et ne peut donc contribuer à établir une société dans laquelle chacun sera libre.

Cette remarque peut ouvrir une discusion sur les relations entre liberté politique et laïcité.

 

[Phrase 6] De quelque façon qu’il s’y prenne, on ne conçoit vraiment pas comment il pourrait se procurer, pour établir la justice publique, un  chef juste par lui-même : soit qu’il choisisse à cet effet une personne unique, soit qu’il s’adresse à une élite de personnes triées au sein d’une société. [Phrase 7] Car chacune abusera toujours de la liberté si elle n’a personne au-dessus d’elle pour imposer vis-à-vis d’elle-même l’autorité des lois.

Dans la dernière partie du texte, Kant pose le problème – sans y répondre- de la constitution d’une République, dans laquelle chacun vise l’intérêt commun et non son intérêt personnel, et dans laquelle chacun puisse vivre librement dans le respect de ses droits et de ceux d’autrui. Comment garantir la justice ? Que le pouvoir soit dans les mains d’un seul homme, ou d’un groupe d’hommes, il n’en sont pas moins hommes et peuvent d’être tentés d’abuser de leur position.

 Puisque l’homme n’obéit pas spontanément aux lois, et se réserve naturellement « un régime d’exception », il s’agit donc d’instaurer un système où le pouvoir – l’autorité – est contrôlé et où le peuple dans son ensemble participe à la construction des lois. Ce système est mis en place aujourd’hui dans les démocraties qui appliquent le principe de séparation des pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire. Chacun exerçant sur les autres un pouvoir de contrôle.

Ici, au terme de l’explication de texte, puisque Kant ne répond pas,  peut s’ouvrir une discussion de philosophie politique sur les fondements  d’un régime politique libéral (qu respecte les libertés individuelles) et démocratique (qui respecte la volonté du peuple). Qu’est- ce qui fonde un « Etat libre » comme l’écrirait Spinoza ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Correction de l’explication d’un texte philosophique (exercice en temps limité 3 heures) Thème : le travail

Mardi 24 février 2009

Basquiat

 TEXTE A EXPLIQUER

 

En quoi consiste la dépossession du travail ? D’abord dans le fait que le  travail est extérieur à l’ouvrier, c’est-à-dire qu’il n’appartient pas à son être ; que dans son travail, l’ouvrier ne s’affirme pas, mais se nie ; qu’il ne s’y sent pas satisfait, mais malheureux ; qu’il ne s’y déploie pas une libre énergie physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. C’est pourquoi l’ouvrier n’a le sentiment d’être soi qu’en dehors du travail. La nature aliénée du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, on fuit le travail comme la peste. Le travail aliéné, le travail dans lequel l’homme se dépossède, est sacrifice de soi, mortification. Enfin, l’ouvrier ressent la nature extérieure du travail par le fait qu’il n’est pas son bien propre, mais celui d’un autre, qu’il ne lui appartient pas ; que dans le travail l’ouvrier ne s’appartient pas à lui-même mais à un autre (…).

[Or] C’est précisément en façonnant le monde des objets que l’homme commence à s’affirmer comme un être générique. Cette production est sa vie générique et créatrice. Grâce à cette production, la nature apparaît comme son œuvre et sa réalité. L’objet du travail est donc la réalisation de la vie générique de l’homme. L’homme ne se recrée pas  seulement d’une façon intellectuelle, dans sa conscience, mais activement, réellement, et il se contemple lui-même dans sa création. En arrachant à l’homme l’objet de sa production, le travail aliéné lui arrache sa vie générique, sa véritable objectivité générique, et en lui dérobant son corps non organique, sa nature, il transforme en désavantage son avantage sur l’animal.

 

Karl MARX, Manuscrits de 1844

 

 

Remarques générales :

 

Il est inutile dans l’introduction de faire un condensé de tout ce que vous connaissez sur Marx,cela n’a aucun intérêt. Il s’agit ici d’expliquer un extrait de texte d’un auteur, dont peut-être vous ne connaissez rien. Si par chance vous connaissez certaines des thèses de cet auteur et, à la condition que ces thèses soient en relation avec le texte à expliquer, alors elles doivent être mises au service du texte lors de l’explication détaillée du texte, afin d’éclaircir la compréhension du texte, et non l’inverse.

 

Qu’est-ce qu’une problématique ? Définition une problématique est un ensemble cohérent de questions. La question « En quoi consiste la dépossession du travail ? » ouvre une problématique, c’est -à-dire un ensemble organisé de questions sur le travail salarié. Mais ne constitue pas à elle seule une problématique. 

 

Introduction

 

Dans cet extrait Marx s’interroge sur la signification ou la valeur du travail salarié[thème] pour l’ouvrier. Pour l’ouvrier le travail salarié a d’abord une signification négative. Il « dépossède » l’ouvrier [thèse du texte]. Marx s’interroge donc sur les formes que prend cette « dépossession ».  » En quoi consiste la dépossession du travail ?  » Telle est la question qui ouvre le texte [question posée par le texte]. Mais là n’est pas la véritable signification du travail.

 Remarque : il est important de préciser qu’il ne s’agit ici que d’un certain type de travail : le travail salarié. Car on a tendance à généraliser abusivement cette significative du travail à l’ensemble des formes que peut prendre le travail. Or le travail n’a pas toujours une signification négative.

Exemple d’introduction : Olfa M.

Dans cet extrait des Manuscrits de 1844, Marx aborde le thème du travail. Il pose la question suivante : comment le travail produit-il l’aliénation de l’homme ? Marx montre que dans le système capitaliste, la « dépossession » du travailleur conduit non seulement à son aliénation mais aussi à sa dénaturation. Dans une première partie qui va de la ligne 1 à la ligne 13, Marx explique en quoi consiste « la dépossession du travail ». Celle-ci est double : non seulement le travail est une capacité extérieure à l’ouvrier, mais celui-ci est privé du fruit de son travail qui ne lui appartient pas. Dans une seconde partie Marx montre que cette forme du travail nie l’essence même de l’homme qui devient alors étranger à lui-même.

 

 

Explication du texte

 

 

Contrairement à ce que nous pourrions penser aujourd’hui lorsque nous associons la reconnaissance sociale et l’emploi rémunéré -ce  que certains hommes politiques désignent sous l’expression « la valeur-travail » –  pour Marx, le travail salarié « dépossède » ou dévalorise l’ouvrier.

« En quoi consiste la dépossession du travail  » (ligne 1)?  Sous la plume de Marx,  le verbe « déposséder » a un sens fort. Il s’agit pour Marx de démontrer que la signification du travail salarié pour l’ouvrier est une injustice. Car sous l’idée de « dépossession », il y a bel et bien l’idée d’un vol, d’une extorsion : déposséder quelqu’un c’est lui prendre par la contrainte quelque chose qui lui appartient.

Remarque inspirée du travail de Robin L : Cette idée va à l’encontre de l’idée que le travail salarié pourrait apporter quelque chose, « un gain »  à l’homme. C’est ce que sous-entend le fameux slogan vantant les mérites de la « valeur-travail » : « travailler plus pour gagner plus ». Pour Marx, l’homme (qu’il distingue du salarié, qui n’est qu’un type particulier d’homme) n’a rien à y gagner mais au contraire a tout à y perdre. C’ est ce que démontre le texte.

Dans la première partie du texte, Marx expose le mécanisme de cette « dépossession ». La caractéristique principale ["d'abord" - ligne 1] de cette « dépossession » de l’ouvrier,  réside dans l’extériorité du travail salarié. [Il faut ici être attentif à la structure de la phrase : l'expression "c'est-à-dire" introduit une définition de l'adjectif "extérieur". Cette définition est compoée de cinq propositions séparées par des ";", propositions qu'il faut expliquer rigoureusement.]

[proposition 1] Dire que  »le travail est extérieur à l’ouvrier« , qu’est-ce que cela signifie ?  Cela veut dire « qu’il n’appartient pas à son être » (lignes 2-3). Mathieu B. pose une question intéressante : Y-a-t-il un « être » de l’ouvrier  au sens où il y aurait une condition ouvrière ? Il répond de façon tout à fait pertinente en précisant que l’être de l’ouvrier n’a rien à voir avec la condition ouvrière. La condition ouvrière est produite par le travail salarié, autrement dit c’est le salariat. L’être de l’ouvrier c’est son humanité. Ce que montre le texte c’est la profonde contradiction entre l’être de l’ouvrier et la condition ouvrière.

Le travail salarié n’est ni une capacité, ni un talent, ni un savoir-faire que l’ouvrier possèderait en propre, une qualité qui lui permettrait de « s’affirmer » (ligne 3), d’obtenir une reconnaissance ou une valeur sociale, dont il pourrait tirer une « satisfaction » (ligne 4). Le travail n’est pas là pour satisfaire un besoin fondamental de l’homme : la reconnaissance, c’est-à-dire être reconnu dans sa dignité de travailleur par la reconnaissance de ses compétences et de ses qualifications. Le travail n’a pas pour fonction de valoriser l’ouvrier. C’est pour cela [proposition 2] que l’ouvrier « ne s’affirme pas » dans le processus de travail, mais au contraire « se nie« .[proposition 3]Marx montre comment le travail salarié ne peut répondre aux besoins fondamentaux du travailleur, comment il le laisse insatisfait et profondément « malheureux«  C’est qu’en lui déniant toute compétence et toute qualification, l’ouvrier n’est plus qu’un outil d’éxécution dans le processus de production. [proposition 4] L’ouvrier n’ a pas le choix, il est contraint dans son activité et dans son être : il ne peut pas faire ce qu’il veut.  » Il n’y déploie pas une libre énergie physique et intellectuelle » (lignes 4-5). Il éxécute des ordres, selon des gestes déterminés par une logique d’efficacité (ce que l’on appellera le taylorisme), de ce fait il ne peut déployer son inventivité et sa créativité, même si parfois il parvient à détourner le système de production de sa finalité première. C’est que l’on appelle le sytème de « la perruque », en fabriquant d’autre objets qui n’ont rien à voir avec les objectifs fixés.

Le travail ici, ce n’est par définition, que  l’activité qui procure à l’ouvrier un salaire. Ce n’est rien de plus. C’est une activité répétitive, mécanique, dépourvue de toute inventivité. L’ouvrier ne fait qu’exécuter. Dans cette activité, soumis à des tâches répétitive, il épuise et « mortifie » son « corps ». Comme son employeur ne lui demande pas de réfléchir, ce qui ralentirait le processus de production, il « ruine son esprit ». L’ouvrier n’est qu’une source d’énergie, une   »force de travail » dans le processus de production, au même titre que n’importe quelle autre source d’énergie nécessaire au fonctionnement des machines. Le travail n’apporte rien à l’ouvrier, mais au contraire lui prend tout. Il n’est même plus un être humain, il n’est qu’une chose, un moyen dans le processus de produsction. C’est en ce sens que le travail « dépossède l’ouvrier ».

Pierre D. remarquait dans son commentaire que l’on pourrait opposer le travail de l’ouvrier à celui de l’ingénieur. L’ouvrier exécute, l’ingénieur conçoit et il prenait en exemple les ingénieurs de l’industrie automobile qui imaginent de nouveaux modèles. Est-ce que ces salariés tirent une satisfaction de leurs conditions de travail par opposition à celle des ouvriers? Est-ce qu’ils peuvent y déployer « une libre énergie physique et intellectuelle » ? Récemment une série de suicides d’ingénieurs sur leur lieu de travail, le technocentre de Renault à Billancourt, a défrayé la chronique, montrant que les conditions de travail de cette catégorie de salariés, se sont  tellement dégradées du fait de l’intensification des objectifs fixés, qu’aujourd’hui il n’y a plus de distinction entre l’aliénation subie par l’ouvrier et l’aliénation subie par le cadre. On assiste au contraire à une généralisation de cette « dépossession » du salarié par le travail à l’ensemble des classes sociales.   

(lignes 6-7) Ce qui explique que le salarié ne peut être lui-même, c’est-à-dire un homme,  »qu’en dehors du travail  » (lignes 6-7), que lorsqu’il n’est plus assujetti à son employeur. L’ouvrier ou l’ingénieur  ne sera un homme que lorsque la journée de travail sera terminée, chez lui, que lorsqu’il aura des loisirs, c’est-à-dire lorsque qu’il pourra consacrer son activité à se réaliser dans ce qu’il aime faire (lire, étudier, faire de la musique, faire du sport, sortir avec ses amis…).  Ce raisonnement amènera  Marx a militer pour  la   réduction du temps de travail,  comme étant la condition nécessaire à l’émancipation de la classe ouvrière. Certains sociologues démontreront au XX° siècle, dans la continuité des travaux de Marx, que malheureusement l’aliénation ne s’arrête pas aux portes de l’usine mais poursuit l’individu jusque dans son intimité, que ce rapport de domination que l’individu vit sur son lieu de travail, il aura tendance à le reproduire dans la sphère familiale notamment dans son rapport avec son conjoint.

[on développe l'explication de texte en faisant référence aux thèses de Marx] Marx va plus loin. Il montre dans son oeuvre lorsque le capitaliste paye le travail, et bien là encore, il « dépossède », il vole l’ouvrier.

 Nous avons vu que ce qui caractérise le travail salarié dans le système de production capitaliste, c’est qu’il est d’abord une marchandise au même titre que toutes les autres marchandises, produites dans le seul but d’être échangées sur un marché. Sur le marché du travail, le travail  prend la forme de ce que Marx appelle la force de travail, que l’ouvrier vend à un employeur  contre une somme d’argent (un salaire) qui lui permettra de subvenir à ses besoins.  Or le prix payé par le capitaliste pour le travail fournit ne correspond pas à la valeur véritable du travail. C’est-à-dire ne correspond pas à la valeur que le travail produit (la valeur ajoutée) et qui et incorporée dans la marchandise produite par l’ouvrier. Le prix ou le salaire ne correspond en fait qu’à la valeur des biens ou des « subsistances » nécessaires à l’ouvrier pour renouveler sa force de travail, afin qu’il puisse retourner travailler le lendemain.

Pour Marx, l’instauration du salariat n’est pas le résultat d’un libre choix de l’ouvrier. Il résulte d’un rapport de forces, d’un rapport de domination.C’est parce que les capitalistes se sont appropriés par la force, les moyens de production : les terres, les capitaux, les machines…que les ouvriers n’ont eu d’autre choix, pour survivre, que de vendre la seule chose qu’ils possèdent, leur force de travail. Dans le salariat, le travailleur ne s’appartient d’ailleurs plus lui-même, puisque en vendant sa force de travail contre un salaire, l’ouvrier a cèdé à son employeur le droit de disposer de son corps et de son esprit, de même le fruit de son travail ne lui appartient pas. Le travail est donc « aliéné », extérieur et étranger à l’ouvrier. Il est de ce fait nuisible. C’est pour cela que, nous dit-il « dès qu’il n’existe plus de contrainte physique ou autre, on fuit le travail comme la peste » (lignes 8-9). Le travail salarié est toujours contraint, de ce fait il est nuisible. C’est ce que suggère la métaphore médicale, il est une maladie mortelle pour l’homme.

La signification immédiate du travail est négative : elle est «  sacrifice de soi » (ligne 10). Il est intéressant de voir comment Marx reprend ici des termes (« mortification », « sacrifice ») issus du vocabulaire religieux. Pour le christianisme le travail est défini comme une punition. Dans le récit biblique, Dieu condamne Adam et Eve à la pénibilité du travail pour qu’il rachète la faute originelle. Au Paradis, l’homme ne travaille pas.

Dire que le travail est « aliéné » cela signifie également que l’ouvrier a perdu la véritable signification du travail, qui est une signification positive. (ligne 14) L’homme est par définition un être inachevé. Contrairement à l’animal, rien ne le détermine à être ce qu’il est. C’est  par son activité dans la nature, par son travail, défini maintenant comme la relation primordiale à la nature par laquelle il transforme les choses de la nature pour produire des objets utiles à son existence, que l’homme s’affirme comme un « être générique« , c’est-à-dire que l’homme fait de l’humanité un genre qui se différencie de l’animalité. L’animal est déterminé, par contre l’homme  est libre.Tel est le sens de   »cette production« , de l’homme par l’homme. La liberté, c’est-à-dire la capacité pour l’homme de s’autodéterminer,  constitue la réalité de l’homme. La véritable signification du travail, sa véritable fin, c’est donc de produire l’humanité.(lignes 18-20)  Marx insiste sur la spécificité de cette activité productive. Ce qui caractérise l’homme et le différencie de l’animal,  ce n’est pas simplement le fait que l’homme soit capable de penser le monde, ou que l’homme soit doté d’une conscience de soi, ainsi que l’écrivait Descartes, mais ce qui le différencie de l’animal c’est que l’homme est une liberté agissante dans le monde, qui se connaît comme telle lorsqu’il « se contemple lui-même dans sa création ». Ce qui distingue le travail humain du travail animal, c’est que l’homme pense, projette  son oeuvre avant de la réaliser. C’est lui décide de son oeuvre et personne d’autre. Tous les objets , toutes les valeurs produites par l’homme, sont contingentes, c’est-à-dire,  pourraient être autres qu’elles sont. Ainsi  l’oeuvre est à la fois l’expression, le produit et l’image de cette liberté. Lorsque l’homme regarde son oeuvre, lorsqu’il regarde le fruit de son travail, ce que l’homme voit d’abord c’est l’homme qu’il est. C’est-à-dire une liberté.

Dans son explication de texte, Adrien R. fait le parallèle entre cette signification du travail et l’activité de l’artiste qui par sa réflexion et son activité, choisit librement de donner une forme au matériau dont il dispose. ce parallèle est tout à fait pertinent et s’applique également au travail de l’artisan.

Mais le travail aliéné prive l’homme de cette véritable signification du travail, ainsi dans le système de production capitaliste, l’homme devient étranger à sa propre humanité. Le travail qui constituait à l’origine « l’avantage de l’homme sur l’animal » puisqu’il était le lieu de son émancipation devient un « désavantage« , devient ainsi le lieu de son oppression.

Peut-on comme le suggère Maximilien appliquer comme modèle explicatif, la dialectique du Maître et de l’Esclave de Hegel pour penser l’émancipation de l’Ouvrier ? Chez Hegel le travail de l’Esclave est un travail qui permet à l’Esclave de réaliser son humanité en développant ses capacités (raison, créativité, savoir-faire…). Ce n’est pas un travail « aliénant ». Ce qui permet à l’esclave de s’émanciper, c’est-à-dire de changer de statut ou de condition. L’Esclave n’était qu’un organisme vivant réduit à l’état de chose, il devient un « homme ». Par contre pour l’Ouvrier dans ce système de production, il n’y a pas d’émancipation possible. Car comme le remarquait très justement Mathieu à propos de la première partie du texte, ce système de production produit la « condition ouvrière » qui déshumanise l’homme. Pour s’émanciper, l’Ouvrier doit donc d’abord changer ses conditions de travail. C’est pour cela que Marx préconise l’appropriation des moyens de production par la classe ouvrière. Cette appropriation entraînant la disparition de la classe ouvrière ( par définition la « condition ouvrière » suppose la séparation du travailleur et des moyens de production),  l’homme pourra alors se réaliser dans son humanité.

Autre utilisation de la dialectique du Maître et de l’Esclave : Dans la dialectique du Maître et de l’Esclave, la relation de dépendance s’inverse. Contrairement à ce que montrent les apparences, ce n’est pas l’Esclave qui dépend du Maître mais le Maître qui dépend du travail de l’Esclave. A partir d’une remarque faite par Loïc D. dans son commentaire de texte , on peut montrer comment Marx, qui est un lecteur de Hegel, utilise cette dynamique d’inversion de la relation pour penser la relation du Capitaliste et de l’Ouvrier.

Marx montre dans son oeuvre  comment le salarié est dans une relation de dépendance par rapport au capitaliste qui possède les moyens de production. Aujourd’hui les choses n’ont pas beaucoup évoluées car dans tout contrat de travail de droit privé, le rapport entre l’employeur et le salarié reste inégal dans la mesure où, même si le salarié a des droits, son emploi et donc son salaire, dépendent de l’employeur qui l’a embauché et qui peut dans certaines conditions le licencier.

Mais comme le remarque d’une façon très intéressante Loïc, si le salarié a besoin du patron pour toucher un salaire, le patron a besoin de l’ouvrier pour faire tourner ses machines. Marx va plus loin et montre comment le capitaliste ne peut fabriquer du profit qu’à partir du travail du salarié. Car selon Marx, par définition le profit c’est du travail non payé. Mais l’ouvrier ne le sait pas. Il ne connaît pas la relation de dépendance du capitaliste à son égard, et il ne connaît pas le mécanisme économique qui explique la formation du profit. Ce n’est qu’une fois qu’il aura pris conscience que le capitaliste dépend de lui, dépend de son travail, qu’il pourra selon Marx inverser le rapport de force, le rapport de domination qui le lie au capitaliste, et lutter efficacement (par exemple en arrêtant de travailler,en faisant grève) pour améliorer ses conditions de travail.

 

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Cours 15 : La liberté

Dimanche 15 février 2009

 

LA LIBERTE

 

 

Eugène Delacroix, la liberté guidant le peuple, 1830

 

 

 Bellaciao,chant des partisans italiens   

 

 

I. La liberté de mouvement : Etre libre c’est faire ce que

 l’on veut.

 

Définition :Pour l’opinion courante, être libre, c’est faire ce que l’on veut sans rencontrer ni obstacle, ni contrainte.  En ce sens nous sommes libres lorsque nous ne sommes pas empêchés physiquement, psychologiquement ou légalement d’oeuvrer comme nous le voulons.

Est libre (de se mouvoir, d’aller et venir) celui qui n’est ni attaché, ni emprisonné, ni frappé d’une quelconque paralysie ; est libre (de parler ou de se taire, de mentir ou de dire la vérité) celui qui ne se trouve pas menacé, soumis à des tortures ou drogué ; est également libre (de participer à la vie publique, de prétendre à des responsabilités politiques) celui qui n’est ni marginalisé, ni exclu par des lois discriminatoires, qui ne souffre pas des excès atroces de la misère ou de l’ignorance, etc.

remarque : cette conception implique non seulement la possibilité d’entreprendre ce que l’on veut, mais aussi une certaine probalité d’y parvenir; S’il n’y a aucune perspective de réussite, il est difficile alors de parler de liberté.

 

C’est également la définition de la liberté choisie par Hobbes. La liberté, écrit Hobbes « n’est autre chose que l’absence de tous les empêchements qui s’opposent à quelque mouvement : ainsi l’eau qui est enfermée dans un vase n’est pas libre, à cause que le vase l’empêche de se répandre et lorsqu’il se rompt, elle recouvre sa liberté ; et de cette sorte une personne jouit de plus ou moins de liberté suivant l’espace qu’on lui donne« . En ce sens je suis libre, quand personne ne m’en empêche.

Dans la mesure où nous rencontrons toujours des obstacles à notre liberté de mouvement, cette liberté ne peut jamais être absolue, mais elle est aussi rarement nulle : même un prisonnier dans sa cellule peut s’asseoir, se lever, parler ou se taire. C’est donc en ce sens que nous affirmons que sommes plus ou moins libre.

 

LA LOI EST-ELLE UN OBSTACLE A MA LIBERTE ?

Les hommes vivent en société, aussi ma liberté n’a véritablement de sens que comme relation à la liberté de l’autre. On entend souvent le dicton selon lequel « ma liberté s’arrête où commence celle des autres« . Pour l’opinion courante la loi est souvent vécue comme une contrainte ou comme un obstacle à notre liberté de mouvement. En effet, lorsqu’il vit en société,  aucun individu ne peut faire ce qu’il veut. Il doit prendre en compte les autres et les lois, qui sont autant de contraintes à sa liberté de mouvement, ce dont il ne peut s’affranchir qu’à ses risques et péril.  Quelle valeur a cette opinion ?

Pour comprendre quelle est la signification de la loi, Hobbes imagine un état de nature dans lequel il n’y aurait ni lois, ni valeurs morales nous prescrivant ce que nous ne devons pas faire. Dans cet état de nature, les hommes peuvent donc faire ce qu’ils veulent. Mais chacun pouvant faire ce qu’il veut, cette liberté est stérile et vide de sens car l’état de nature est aussi un état de peur et d’insécurité qui annihile toute liberté.

C’est pour cela que les hommes préfèrent renoncer à leur liberté pour se soumettre à l’autorité de la loi.

Car en société, seule la loi permet  aux libertés des uns et des autres de cohabiter plutôt que de s’opposer, de se renforcer, plutôt que de ce détruire. La loi a donc une double signification : à la fois elle limite la liberté de mouvement de chacun, mais en même temps elle la garantit. Sans la loi il n’y aurait que la violence et la peur.

 » Là où il n’y a pas de loi, remarquait Locke, il n’y a pas non plus de liberté. Car la liberté consiste à être exempt de gêne et de violence de la part d’autrui : ce qui ne saurait se trouver où il n’y a point de loi « .
La liberté de mouvement débouche ici sur une conception de la liberté politique, synonyme  de  sécurité ou de sûreté, consistant essentiellement dans la  protection des biens, des personnes et de leurs droits.
 
Pour Rousseau, cette liberté politique est une fausse liberté. D’une part, la force (la contrainte) ne peut en aucun cas légitimer l’autorité ou engendrer le droit. D’autre part, en acceptant de se soumettre à l’autorité du monarque, les hommes renoncent à leur liberté (entendue ici dans le sens de libre-arbitre). Or renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme. Pour Rousseau, c’est inacceptable.   La loi juste n’est donc pas ce qui contraint ma liberté de mouvement, mais elle est  l’expression de la liberté de ma volonté. La loi produit la liberté de tous, elle ne la contraint pas. Ainsi  pour Rousseau, ma liberté commence où commence celle des autres.
 
 
 
II.  La liberté métaphysique : être libre c’est vouloir ce que l’on veut.

 

Définition : est métaphysique ce qui dans le comportement humain excède le mécanisme physique.

 

 

 
Etude d’un texte philosophique :
 
 

J.J. ROUSSEAU, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1755

 

 

« Je ne vois dans tout animal qu’une machine ingénieuse, à qui la nature a donné des sens pour se remonter elle-même, et pour se garantir, jusqu’à un certain point, de tout ce qui tend à la détruire, ou à la déranger. J’aperçois précisément les mêmes choses dans la nature humaine, avec cette différence que la Nature seule fait tout dans les opérations de la Bête, au lieu que l’homme concourt aux siennes, en qualité d’agent libre.

L’une choisit ou rejette par instinct, et l’autre par un acte de liberté ; ce qui fait que la Bête ne peut s’écarter de la Règle qui lui est prescrite même quand il serait avantageux de le faire, et que l’homme s’en écarte souvent à son préjudice. C’est ainsi qu’un Pigeon mourrait de faim près d’un bassin rempli des meilleures viandes, et un Chat sur un tas de fruits, ou de grain, quoique l’un et l’autre pût très bien se nourrir de l’aliment qu’il dédaigne, s’il s’était avisé d’en essayer ; c’est ainsi que les hommes dissolus se livrent à des excès, qui leur causent la fièvre et la mort et dépravent les sens, et que la volonté parle encore quand la Nature se tait. 

Tout animal a des idées puisqu’il a des sens, il combine même ces idées jusqu’à un certain point, et l’homme ne diffère de la bête que du plus au moins. Quelques philosophes ont même avancé qu’il y a plus de différence de tel à tel homme que de tel homme à telle bête.

Ce n’est donc pas tant l’entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme que sa qualité d’agent libre. La nature commande à tout animal et la Bête obéit. L’homme éprouve  la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister ; et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme ». 

 

 

Explication du texte 

 

 

- Thème : l’homme

- Question posée par le texte : Qu’est-ce qui définit l’homme ?

· Pour définir l’homme, je dois exposer le caractère qui le distingue des autres animaux

Rousseau reconnaît que l’homme est doué d’une « âme » c’est-à-dire que l’homme possède une dimension spirituelle qui le distingue de l’animal qui n’est qu’une réalité matérielle, qu’une machine sophistiquée. Cependant il faut préciser en quoi consiste cette « âme ».

Thèse opposée, critiquée par Rousseau : Pour la philosophie classique (Descartes, Hobbes, Spinoza), l’âme c’est la pensée ou la raison. D’où la définition traditionnelle : « l’homme est un animal raisonnable ».

Thèse : Pour Rousseau, ce qui définit l’homme , c’est la liberté, ce n’est pas la raison. (« Ce n’est donc pas tant l’entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme que sa qualité d’agent libre. (…) Et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme ».)

 

Dès la première ligne du texte, Rousseau semble s’inspirer de Descartes en faisant référence à la théorie de l’animal-machine: « Je  ne vois dans tout animal qu’une machine ingénieuse, à qui la nature a donné des sens pour se remonter elle-même, et pour se garantir, jusqu’à un certain point, de tout ce qui tend à la détruire ou à la déranger ».

Pour Descartes (V° partie du Discours de la Méthode) les animaux sont des automates agencés par Dieu. Ils sont dépourvus de pensée et de langage. Ils ne sont que des mécanismes corporels. De même pour Rousseau, les animaux ne sont donc des « machines ingénieuses » c’est-à-dire des combinaisons complexes d’organes pouvant exécuter des mouvements déterminés. L’homme qui est lui aussi un organisme vivant ne vivant ne fait pas exception si on le considère sur le plan corporel : « j’aperçois précisément les mêmes choses dans la machine humaine …». Sauf que ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est que ses mouvements sont volontaires. « …La Nature seule fait tout dans les opérations de la Bête, au lieu que l’homme concourt aux siennes, e qualité d’agent libre ».  Contrairement à l’animal qui obéit aux lois de la nature, l’homme agit par choix conscient et sans contrainte.

Rousseau exprime ici la thèse du texte : la spécificité de l’homme, ce qui le distingue fondamentalement de l’animal c’est le pouvoir de choisir, ou le libre arbitre, qui fait du sujet humain la cause première et volontaire de sa conduite. Les lois naturelles déterminent nécessairement les phénomènes physiques ; elles régissent également les mécanismes d’adaptation instinctifs auxquels sont soumis les animaux. Les conduites humaines, elles, excluent le déterminisme naturel.

Rousseau illustre sa thèse à l’aide de deux exemples : d’un côté il y a l’animal, le Pigeon ou le Chat, qui ne peuvent « s’écarter de la Règle [prescrite par la nature], de l’autre l’homme dissolu qui lui « s’en écarte souvent et à son préjudice ». Il est intéressant de voir dans ces deux exemples que dans un cas comme dans l’autre, l’instinct ou le libre-arbitre ne constituent un avantage, et ne peuvent fonder une hiérarchie. L’instinct ou le libre-arbitre traduisent seulement deux façons d’être différentes.

Pour fonder sa thèse, Rousseau doit démontrer contre Descartes que la pensée ne peut constituer une spécificité qui permettrait à l’homme de s’émanciper de la condition animale. Rousseau reprend donc la thèse de Condillac selon laquelle l’animal qui possède des sens, serait capable de  former des idées. La formation de la pensée  n’échapperait donc pas au déterminisme mécanique et peut s’expliquer à l’aide des lois de la physique, la physique désignant ici la science de la nature. [ Cette intuition a été développée par les avancées des neurosciences qui doivent beaucoup  aux progrès faits par l’imagerie médicale].

C’est ainsi que la pensée ne constituerait pas une spécificité de l’homme, une caractéristique propre à l’homme qui fonderait une différence de nature entre l’homme et l’animal. Elle fonderait seulement une différence de degré, l’homme étant capable de pensées plus complexes que l’animal. Quoique parfois il y ait  sur le plan de la pensée plus de différence entre les hommes eux-mêmes, qu’entre les hommes et les bêtes. Rousseau fait ici allusion à une boutade de Montaigne.

Cependant dès la suite du texte, Rousseau réfute Montaigne. Bien que l’homme puisse être « sot », il n’est jamais « bête » au sens où le sont précisément les animaux. L’homme n’est jamais comme l’animal enfermé dans sa simplicité. Au contraire ce qui le caractérise c’est justement le fait que ses actes sont réfléchis ou délibérés. Il existe donc bien une différence qualitative, une rupture entre l’homme et l’animal. Cette rupture ne réside pas dans l’entendement, c’est-à-dire dans la faculté de mettre en relation ses idées mais dans un certain rapport à nos représentations. Quelque soit la nature ou l’origine de ses idées, ce qui distingue l’homme de l’animal c’est qu’il peut tout aussi bien les accepter ou les refuser.

Ce qui définit l’homme ce n’est donc pas l’usage de la raison, mais le libre arbitre. Aussi intense que puisse être la pression des passions, quelles que soient les forces extérieures qu’il affronte, l’homme éprouve en lui cette capacité qu’il a de dire oui ou non, de suivre la pente de ses passions ou d’y résister. C’est dans la conscience de cette capacité que  résident sa dignité et sa responsabilité, son « âme » selon Rousseau.

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Définition : l’acte libre est donc l’acte volontaire. Lorsque je dis  » j’ai fait volontairement telle ou telle action » cela signifie que sans ma permission, telle ou telle chose ne se serait pas réalisée. Cette possibilité de faire ou de ne pas faire, de dire « oui » ou « non » (« d’acquiescer ou de résister » cf. Rousseau) à certains actes qui dépendent de moi, c’est ce que nous appelons liberté.

Problème : Comme le remarquait Chantal Thomas dans son récit sur le chambre 1 (cf. note de lecture, la liberté),  cette notion de « liberté » ne résulterait-elle pas simplement d’une illusion que je me fais sur mes possibilités réelles ?

 

 

  

Le déterminisme

Lorsque j’observe tous les faits qui se déroulent autour de moi ou la plupart de ceux qui ont lieu en moi ( ma respiration, ma circulation sanguine, …etc.), chaque chose qui arrive a sa cause déterminante conformément aux lois de la nature. Dans chaque cas je peux remonter à une situation antérieure qui rend inévitable ce qui s’est passé ensuite.

Par exemple, j’ouvre légèrement un robinet et j vois sortir quelques gouttes. Si j’avais su à l’avance où se trouvaient cs gouttes dans la tuyaterie, et en tenant comptedes lois de la gravité, des règles que suit le mouvement des liquides, de la position de l’orifice du robinet, etc., j’aurais certainement pu déterminer quelle goutte devait sortir la première et quelle goutte la quatrième.

De même la doctrine déterministe considère que, si je savais comment toutes les pièces qui composent le monde sont disposées en ce moment, et si je connaissais exhaustivement toutes les lois de la physique, je pourrais décrire sans erreur tout ce qui va arriver dans le mond, dans une minute ou dans cent ans. Comme je suis moi aussi une partie de l’univers, je dois être moi aussi soumis à la même détermination causale que le reste. Une telle conception n’exclut pas cependant l’idée de liberté.

Définition: L’acte libre dans ce contexte est l’acte que je n peux pas prévoir même si je connais entièrement la situation antérieure de l’univers, autrement dit l’acte libre c’est l’acte qui inventerait sa propre cause et ne dépendrait d’aucune précédente.

 

 

 

Etude d’un texte philosophique

 

 

 

    B. SPINOZA, Lettre LVIII

«  » Notre ami J.R [il s'agit du libraire Rieuwerts, ami et éditeur de Spinoza] m’a envoyé la lettre que vous avez bien voulu m’écrire en même temps que le jugement de votre ami sur ma manière de voir et celle de Descartes touchant le libre arbitre. [...]

   Je passe maintenent à cette définition de la liberté que votre ami dit être la mienne. Je ne sais d’où il l’a tirée. J’appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même et connaît toute chose librement, parce qu’il suit de la seule nécessité de sa nature que Dieu connaisse toutes choses. Vous le voyez bien, je ne fais pas consister la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité.

   Mais descendons aux choses créées qui sont toutes déterminées par des causes extérieures à exister et à agir d’une façon déterminée. Pour rendre cela clair et intelligible, concevons une chose très simple : une pierre par exemple reçoit d’une cause extérieure qui la pousse , une certaine quantité de mouvement et l’impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera de se mouvoir nécessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu’elle est nécessaire, mis parce qu’elle doit être définie par l’impulsion d’une cause extérieure. Et ce qui est vrai de la pierre il faut l’entendre de toute chose singulière, quelque soit la complexité qu’il vous plaise de lui attribuer, si nombreuse que puissent être ses aptitudes parce que toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d’une certaine manière déterminée.

   Concevez maintenant si vous le voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, pense et sache qu’elle fait effort, autant qu’elle peut, pour se mouvoir. cette pierre est asurément , puisqu’elle a conscience de son effort seulement et qu’elle n’est en aucune façon indifférente, croira qu’elle est libre et qu’elle ne persévère dans son mouvement que parce que elle le veut.

   Telle est la liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appéter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et s’il est poltron,vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu’ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire. De même un délirant, un bavard, et bien d’autres de même farine, croient agir par une libre décret de l’âme et non se laisser contraindre ».

 

Eléments de compréhension du texte

 

Ce texte est une illustration de la thèse déterminsite évoquée plus haut.

 

 Thème : la liberté

Question posée par le texte : les hommes sont-ils libres ?

Thèse critiquée par Spinoza : la liberté humaine consiste dans le libre arbitre, c’est-à-dire dans la volonté infinie de l’homme.

Thèse défendue par Spinoza : Si la liberté se définit comme un  » libre décret  » alors elle est illusoire.

 

La difficulté du texte consiste dans l’opposition de deux définitions de la liberté : Pour Spinoza la liberté ne consiste pas dans un « libre décret » mais dans une « libre nécessité« .

Dire que pour Spinoza, il n’y a pas de liberté possible dans sa représentation du monde, serait un contresens.

La liberté consiste à être et à agir par la seule nécessité de sa nature, et non par les décrets d’un libre arbitre.

 

Dans le premier paragraphe, Spinoza introduit ce dont il va être question par la suite : il se propose de discuter de la validité de la thèse de Descartes « concernant le libre arbitre« .

 

Définition de la liberté selon Descartes :

La liberté humaine consiste dans l’infinie volonté de l’homme.

Définition : « la volonté consiste seulement en ce que, pour affirmer ou créer, poursuivre ou fuir ces choses que l’entendement nous propose, nous agissons de telle sorte que nous sentons qu’aucune force extérieure ne nous y contraigne ».

Notre volonté infinie nous rapproche de Dieu. Cependant contrairement à la volonté divine, la volonté humaine n’est pas parfaite, ce qui explique qu’il nous arrive de désirer ou de vouloir ce qui n’est pas en  notre pouvoir. En effet, si l’homme peut vouloir infiniment, il ne peut pas pouvoir infiniment car il n’est qu’une créature de Dieu.

Cette liberté infinie du jugement est donc aussi la cause de nos erreurs : Grâce à ma raison je peux voir le bien ou le vrai, cependant je demeure libre de faire le mal.

 

Définition de la liberté selon Spinoza

 

Dans le deuxième paragraphe du texte, Spinoza pose sa propre définition de la liberté qui semble-t-il a été mal comprise par son ami.

Définitions : Etre libre c’est être à soi-même sa propre cause et agir par la seule nécessité de sa nature.

Par opposition, on dire qu’une chose est contrainte lorsqu’elle sera  » déterminée par une autre à exister et à agir d’une façon déterminée « .

 

-Troisième paragraphe – Spinoza applique ensuite ses deux définitions à l’ensemble des choses de la Nature. Dans la Nature un seul être peut être dit libre : Dieu.

Car la définition de la liberté ne peut en toute logique s’appliquer qu’à Dieu. Il n’y a que Dieu qui soit par définition à lui-même sa propre cause. De même il n’y a que Dieu qui soit par définition, la seule cause de ses actions:

 » Dieu [...] existe librement bien que nécessairement parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature… »

Ce qui fait l’originalité de la définition de Spinoza, c’est que contrairement à ce que l’on a l’habitude de penser, la liberté ne s’oppose pas à la nécessité, au contraire la liberté c’est la nécessité qui se connaît elle-même

 

Si Dieu est à lui-même sa propre cause, c’est parce qu’il se connaît parfaitement, parce qu’il est omniscient (remarque : Pour Spinoza, la liberté est  de la connaissance) 
« De même aussi Dieu se connaît lui-même librement parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même et connaît toutes les choses librement, parce qu’il suit de la seule nécessité de sa nature que Dieu connaisse toutes choses « .

- Quatrième paragraphe- Si Dieu est libre alors toutes les choses crées par Dieu seront contraintes : c’est-à-dire  » déterminées par des causes extérieures à exister et à agir d’une façon déterminée« .

Pour illustrer sa thèse selon laquelle la contrainte ne consiste pas dans la nécessité, Spinoza prend l’exemple d’une pierre. Si je lance une pierre, cette pierre reçoit d’une cause extérieure (moi) une certaine quantité de mouvement qui la porte à se mouvoir. Si une fois en l’air, la pierre continue à se déplacer, ce n’est pas parce que c’est une nécessité de sa nature (quand bien même l’impulsion a cessé) mais c’est parce qu’elle a reçu a départ une impulsion.

Spinoza généralise ensuite son exemple à toutes les choses créées, quelque soit leur degré de complexité : « toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d’une certaine manière déterminée« , afin de préciser que dans la Nature, l’homme ne fait pas exception à la règle. l’homme n’est pas « un empire dans un empire« . 

- Cinquième paragraphe- Qu’est-ce qui distingue l’homme des autres choses de la nature ? L’homme possède une conscience de soi, lorsqu’il agit, l’homme sait toujours qu’il agit, c’est ce qui le distingue des autres créatures. Mais avoir conscience de ce que l’on est et de ce que l’on fait, est-ce vouloir ce que l’on est ou vouloir ce que l’on fait ?

Ce qui est en question ici c’est l’IDENTITE posée par Descartes entre AVOIR CONSCIENCE et VOULOIR.

Spinoza reprend son exemple de la pierre. Si la pierre avait conscience de son mouvement est-ce que cela prouverait que la pierre a voulu son mouvement. Non cela ne changerait rien au fait que pour se mouvoir la pierre  besoin d’une impulsion donnée par une cause extérieure.

- Sixième paragraphe – Pour les hommes c’est la même chose, ce n’est pas parce que l’on a le sentiment qu’ »aucune force ne nous contraint » (Cf. Définition de la volonté selon Descartes) que nous sommes effectivement libres, que nous sommes la cause première de nos décisions et de nos actes.

Notre liberté comprise comme exercice d’un libre arbitre est donc illusoire et consiste simplement dans l’ignorance où nous sommes, des causes qui nous déterminent.

 

Pour approfondir

 

 

Robert Frank, Home Improvment

 

Est-ce que cela signifie que pour Spinoza il n’y a pas de liberté humaine possible ?

 

Au premier abord il semble que  Spinoza ait défini la liberté et la nature humaine de telle façon, que toute coïncidence entre ces deux notions soit radicalement impossible.

- La définition de la nature humaine est celle d’un mode. Un mode est par définition ce qui ne peut se suffire à soi-même : c’est ce qui n’est pas par soi, ce qui est en autre chose, ce dont l’existence est déterminée du dehors par celle des autres modes. Le mode renvoie toujours à autre chose, c’est pour cela qu’il ne se suffit pas à lui-même.

- La liberté se définit par la suffisance. « J’appelle libre une chose qui n’existe que par la seule nécessité de sa nature, et qui n’est déterminée que par elle-même« , (Ethique, définition 7). Il semble donc que Dieu seul puisse répondre à une semblable définition. Dieu étant la totalité, rien d’extérieur ne peut peser sur lui.

Problème : L’homme étant par définition un mode, c’est-à-dire ce qui ne peut se suffire, qui est par autre chose, on ne voit pas comment il pourrait accéder à la liberté ou à la suffisance. 

 

 

Pour approfondir et résoudre le problème posé:

Etude d’un texte philosophique

 

 

« On pense que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son bon plaisir. Cela cependant n’est pas absolument vrai, car en réalité être captif de son plaisir et incapable de rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c’est le pire esclavage, et la liberté n’est  qu’à celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison. Quant à l’action par commandement, c’est-à-dire l’obéissance, elle ôte bien en quelque manière la liberté, elle ne fait pas sur-le-champ un esclave, c’est la raison déterminante de l’action qui le fait. Si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais de celui qui la commande, alors l’agent est un esclave inutile à lui-même ; au contraire, dans un Etat et sous un commandement pour lesquels la loi suprême est le salut de tout le peuple,  non de celui qui commande, celui qui obéit en tout au souverain ne doit pas être dit un esclave inutile à lui-même, mais un sujet. Ainsi cet Etat est le plus libre, dont les lois sont fondées en droite raison, car dans cet Etat chacun, dès qu’il le veut, peut être libre, c’est-à-dire vivre de son entier consentement sous la conduite de la Raison. »

 

Spinoza

 

 

 

 

 

  

 III. LA PERFECTIBILITE

 

 
 

 

La perfectibilité désigne non seulement la capacité que possède l’homme de s’adapter à des conditions nouvelles, mais aussi celle de puiser dans ses réserves et de développer les facultés requises pour pouvoir survivre dans n’importe quelles circonstances. La perfectibilité permet à l’homme de construire sa conduite au grès des circonstances et de relayer la nature lorsqu’elle se montre défaillante.

 

Liberté et perfectibilité sont en fait le recto et le verso d’une seule et même puissance, celle de conduire son existence en qualité d’agent libre et de choisir les solutions adaptées aux situations qui se présentent.

« Mais, quand les difficultés qui environnent toutes ces questions laisseraient quelque lieu de disputer sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation, c’est la  faculté de se perfectionner ; faculté qui a l’aide des circonstance, développe successivement toutes les autres, et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu, au lieu qu’un animal est au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce au bout de mille an, ce qu’elle était la première année de ces mille an. Pourquoi l’homme seul est-il sujet à devenir imbécile ? N’est-ce point qu’il retourne ainsi dans son état primitif, et que tandis que la bête qui n’a rien acquis et qui n’a rien non plus à perdre, reste toujours avec son instinct, l’homme reperdant par la vieillesse ou d’autres accidents tout ce que sa perfectibilité lui avait fait acquérir, retombe ainsi plus bas que la bête même ? Il serait triste pour nous d’être forcés de convenir, que cette faculté distinctive, et presque illimité, est la source de tous les malheurs de l’homme ; que c’est elle qui le tire, à force de temps, de cette condition originaire, dans laquelle il coulerait des jours tranquilles et innocents ; que c’est elle, qui faisant éclore avec les siècles ses lumières et ses erreurs, ses vices et ses vertus, le rend à la longue le tyran de lui-même et de la nature » .

 

J. J. Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

 

 (Lignes 1 à 4) Dans la partie du  texte qui précède cet extrait, Rousseau a démontré que la faculté de décider librement distinguait l’homme de l’animal. Cependant l’existence d’une volonté libre donne lieu à des discussions interminables. Il existe une autre preuve de la différence qualitative  de l’homme par rapport à l’animal. Il suffit de prêter attention à la faculté que possède l’homme et l’homme seul, de se perfectionner.

 

Qu’est-ce que la perfectibilité ? La perfectibilité  consiste dans l’aptitude qu’à l’homme de cultiver et de perfectionner les facultés telles que l’intelligence et la raison, le curiosité, le désir de savoir et d’agir, qui permettent à l’homme de connaître et de comprendre. Cette capacité permet à l’homme d’accumuler et d’augmenter ses connaissances, aussi bien en conservant ses souvenirs et en découvrant de nouvelles explications théoriques et de nouveaux savoirs-faire. La perfectibilité permet à l’homme d’augmenter sa puissance, cependant rien n’empêche qu’elle conduise l’homme à agir contre son bonheur et contre celui des autres.

 

Cette faculté de se perfectionner concerne aussi bien chaque individu que l’espèce humaine dans son entier ; Un homme n’est jamais « achevé », il n’ a jamais fini d’apprendre, de chercher à comprendre la nature et ce qu’il est lui-même, aussi longtemps que la vieillesse ne vient pas altérer l’ensemble de ses facultés.

 

Ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est que la capacité de se perfectionner est potentiellement infinie chez l’homme alors qu’elle est infinie chez l’animal. Même si certaines espèces animales possèdent dans leurs comportements une marge d’apprentissage et d’autocorrection, ce « perfectionnement » animal reste borné à une certaine marge, comprise dans les bornes des facultés innées de l’animal fixées par la nature.

 

Dans le cas de l’homme, les facultés peuvent se modifier et se développer, ce qui explique que l’homme puisse se poser à l’infini de nouveaux problèmes à résoudre, auxquels il se révèle capable à l’infini d’apporter de nouvelles réponses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 
 
 
 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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