Cours 14 : éléments de cours – LE TRAVAIL

Dimanche 25 janvier 2009

Sebastiao Salgado, Mine d’or de Serra Pelata, Brésil 1986

 

LE TRAVAIL

 

Cette page se construit à partir de commentaires de texte pour préparer les élèves à l’épreuve du baccalauréat. 

Pour travailler le cours méthodiquement, il est inutile de tout apprendre.

Il faut repérer les différentes définitions du travail proposées, comprendre en quoi elles peuvent se compléter ou s’opposer ;

 essayer d’en déduire les conséquences pour l’homme.

Il faut aussi relever les définitions des autres notions (notamment la définition de la liberté) mises en oeuvre.

Travailler sur des textes permet aussi de progresser et d’affiner nos argumentaires. Ce qui est très utile pour la dissertation.

 

 

1. TRAVAIL ET SERVITUDE

Lorsqu’on se demande se demande ce qu’est le travail, spontanément la représentation qui nous vient à l’esprit est celle d’un assujettissement  pénible.

Etymologie : le mot travail vient du latin populaire tripalium, qui désigne d’abord un appareil formé de trois pieux déstiné à  maintenir les chevaux pour les ferrer, puis un instrument de torture. De même le mot labor , qui donne en français les mots « labeur » et « labour », évoque aussi bien le travail que la peine.

Pour  les Grecs anciens le travail exprime la misère de l’homme, son assujettissement à la nécessité vitale, c’est pour cela qu’il est réservé aux esclaves. Le travail est indigne de l’homme « libre », c’est-à-dire de « l’animal politique » décrit par Aristote (voir l’explication de La Politique Livre I, chap. 1et 2).

On retrouve cette idée dans la tradition judéo-chrétienne. dans la Bible, le travail est un châtiment. Dieu punit le premier péché d’Adam en le chassant du jardin d’Eden et en l’obligeant à cultiver désormais une terre maudite qu’envahissent les épines et les chardons.

«  IL dit à Adam :  » parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie, il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retourne au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras. » (Genèse, 3)

 

François Millet, L’Angélus, 1858

 

Ainsi le travail est l’expression d’une nécessité vitale. Il exprime le dénuement originel de l’homme qui ne parvient à survivre dans la nature qu’au prix d’un effort douloureux. Rien de ce dont il a besoin ne lui est donné. Pour manger, se chauffer, se vêtir, l’homme doit se dépenser sans compter, transformer sans relâche son milieu pour satisfaire ses besoins les plus élémentaires.

 

2. TRAVAIL ET LIBERATION

 

Mais si le travail exprime l’assujettissement de l’homme à  la nécessité naturelle, il est aussi l’instrument de sa libération et de son émancipation.

 

 » L’homme est le seul animal qui soit voué au travail. [...] La question de savoir si le ciel ne se serait pas montré beaucoup plus bienveillant à notre égard, en nous offrant toutes choses déjà préparées, de telle sorte que nous n’aurions plus besoin de travailler, cette question doit certainement être résolue négativement, car il faut à l’homme des occupations , même de celles qui supposent une certaine contrainte. Il est tout aussi faux de s’imaginer que, si Adam et Eve étaient restés dans le Paradis, ils n’eussent et fait autre chose que de demeurer assis ensemble, chanter des chants pastoraux et contempler la beauté de la nature. L’oisiveté eût fait leur tourment tout aussi bien que celui des autres hommes.

Il faut que l’homme soit occupé de telle sorte que tout rempli du but qu’il a devant les yeux, il ne se sente pas lui-même, et le meilleur repos pour lui est celui qui suit le travail »

E. Kant, Traité de Pédagogie

Explication du texte

Le thème : le travail

Question posée par le texte : Quelle valeur ou quelle signification accorder au travail ?

Thèse du texte : L’homme doit travailler pour donner un sens proprement humain à sa vie.

Thèse adverse : Le travail est la marque de la déchéance de l’homme.

 

Eléments de compréhension du texte

Phrase 1 – « L’homme est le seul animal qui soit voué au travail. » Dans cette première phrase, Kant pose la thèse du texte : le travail est une nécessité pour l’homme. Cette nécessité peut s’interpréter en deux sens :

-1. L’homme doit travailler c’est-à-dire transformer les choses de la nature pour vivre, il n’a pas le choix. C’est une contrainte qui s’impose à sa volonté. 

- 2. L’homme est un être inachevé, perfectible. Il ne peut se construire dans son humanité que par et dans le travail, c’est-à-dire dans cette activité de transformation de la nature (il est important d’avoir à l’esprit la définition générale du mot travail comme relation de l’homme à la nature)

Phrases 2, 3, 4 - A partir de cette définition Kant remet en question la thèse biblique selon laquelle le travail serait un châtiment infligé à l’homme. La situation de l’homme au paradis n’est pas à proprement parler « heureuse ». La condition de l’homme n’est guère différente de  celle de la brebis dans son pré.

Phrase 5 – « Il faut que l’homme soit occupé de telle sorte que tout rempli du but qu’il a devant les yeux, il ne se sente pas lui-même, et le meilleur repos pour lui est celui qui suit le travail« .

 » Il faut que « : Cette expression indique la règle ( morale) que l’homme doit se donner dans la conduite de sa vie, s’il veut pouvoir se réaliser. Il doit  » s’occuper » c’est-à-dire travailler  à un  » but  » bien précis. Ce but, pour Kant , est au-delà de tous les buts, ou tous les objectifs particuliers que l’on peut se donner quotidiennement ( manger, se vêtir, se chauffer, gagner de l’argent pour…). Il s’agit d’abord pour l’homme d’édifier la liberté, et c’est cette quête qui donne un sens proprement humain à son existence. Le travail est pour l’homme un dépassement de soi. » Il faut (…) qu’il ne se sente pas lui-même « . C’est grâce au travail qu’il peut s’émanciper, changer de condition, passer de la condition « animale » à la condition humaine. Ce n’est qu’un fois qu’il aura conquis cette liberté qu’il pourra goûter aux joies du repos et à la satisfaction d’être pleinement lui-même (ce que l’on appelle le bonheur) car alors il pourra contempler son oeuvre, ce qui ne lui était pas permis au Paradis.

 

  

Hegel ( XIX ° siècle) va développer ce thème du travail comme instrument de libération dans un texte devenu très

 célèbre sous le nom de  « la dialectique du maître et de

 l’esclave ».

Le propre de toute vie humaine qui se réalise comme telle, est de s’affirmer comme une liberté, c’est-dire comme une volonté, une capacité de vouloir et surtout de se vouloir ( c’est ce que l’on appelle l’autonomie).

Dans ce texte, Hegel conçoit deux hommes qui luttent l’un contre l’autre, chacun cherchant à s’affirmer  par ce moyen, comme une liberté. Selon Hegel celui qui remporte le combat, c’est celui qui va prendre le risque de mourir. Celui qui place la mort au-dessus de sa vie devient le maître, par contre celui qui renonce au combat et qui préfère se soumettre plutôt que de perdre la vie, devient l’esclave.

Dès lors le maître contraint l’esclave au travail, pendant que lui-même profite des agréments de la vie. Le maître ne travaille pas la terre, ne prépare pas la nourriture, ne tisse pas les vêtements dont il a besoin. Il perd ainsi toute relation à la nature, et mis à part la guerre, il ne sait plus rien faire. Par contre, l’esclave lui, sans cesse occupé par son travail, apprend à vaincre la nature. Ainsi grâce à son travail, l’esclave s’humanise en acquierant une nouvelle liberté. Le rapport de domination initial maître/esclave se renverse (c’est en ce sens que la relation entre le maître et l’esclave est dialectique), car le maître du fait de son oisiveté, est devenu incapable de satisfaire ses propres désirs et  est désormais dépendant de l’esclave.

 

 » Chez Hegel, le Travail « apparaît » pour la première fois dans la nature sous forme du travail servile imposé par le premier Maître au premier Esclave (qui s’est d’ailleurs, soumis à lui volontairement, puisqu’il aurait pu échapper à la servitude et au travail en acceptant la mort dans le combat, ou en se suicidant après sa défaite). Le Maître fait travailler l’Esclave pour satisfaire par son travail ses propres désirs, qui sont en tant que tels des désirs »naturels » ou animaux (le Maître, en les satisfaisant ne diffère de l’animal que par le fait qu’il les satisfait sans faire d’efforts, l’effort nécessaire ayant été fourni par l’Esclave ; c’est ainsi qu’à la différence de l’animal le Maître peut vivre en « jouisseur »); Mais pour satisfaire les désirs du Maître, l’Esclave a dû refouler ses propres instincts (préparer une nourriture qu’il ne mangera pas tout en désirant la manger…etc), il a dû faire violence à sa « nature », se nier ou se « supprimer » en tant que donné, c’est-à-dire en tant qu’animal. Par conséquent, étant un acte auto-négateur, le Travail est un acte auto-créateur : il réalise et manifeste la Liberté, c’est-à-dire l’autonomie vis-à-vis du donné en général et du donné qu’on est soi-même; il crée et manifeste l’humanité du travailleur. Dans et par le travail, l’Homme se nie en tant qu’animal, tout comme dans et par la Lutte. C’est pourquoi l’Esclave travailleur peut transformer essentiellement le Monde naturel où il vit, en y créant un Monde spécifiquement humain de la technique »

A. Kojève, Introduction à la lecture de Hegel

Leçons sur la phénoménologie de l’esprit »Appendice I, 1979

  

 Eléments de compréhension du texte (ceci n’est pas une

 explication méthodique de texte)

Ce texte est extrait d’un cours d’Alexandre Kojève (1947) consacré à la Phénoménologie de l’esprit de Hegel. Le texte suit pas à pas la pensée de Hegel.

Phrase 1 : « le Travail « apparaît » pour la première fois dans la nature sous forme du travail servile « 

Attention au contresens !  Il ne s’agit pas ici de décrire une situation originelle qui correspondrait aux conditions de vie des premiers hommes. Le texte  veut tout simplement dire que la première signification du « travail », celle qui se révèle d’abord aux hommes c’est le « travail servile« , c’est-à-dire le travail de l’esclave qui se traduit par un assujettissement de l’homme à la contrainte naturelle. Le travail est l’expression d’une nécessité vitale. Il exprime le dénuement de l’homme qui ne peut que « travailler » (c’est-à-dire transformer la nature pour produire des biens utiles à sa survie) pour vivre. Mais ce premier sens du mot « travail » n’est qu’un aspect du travail, ce n’est pas le seul.

Hegel montre que la réalisation de ce premier aspect du travail va révéler d’autres aspects du travail.

« imposé par le premier Maître au premier Esclave (qui s’est d’ailleurs, soumis à lui volontairement, puisqu’il aurait pu échapper à la servitude et au travail en acceptant la mort dans le combat, ou en se suicidant après sa défaite).« 

Hegel  fonde son raisonnement sur la double thèse selon laquelle :

-1)  L’homme est un être inachevé qui doit, par son action dans le monde, réaliser son humanité.

-2) L’homme est un sujet, c’est-à-dire une conscience de soi qui s’affirme dans le monde comme une volonté, synonyme ici de liberté.

L’homme peut se réaliser dans le monde de deux façons. La première est le conflit, la lutte à mort avec l’autre. La deuxième est le travail.

-a) La lutte à mort

Dans la lutte celui qui s’affirmera comme un sujet, ou comme une volonté libre, c’est celui qui mettra au-dessus de sa survie une valeur qu’il considère comme supérieure : sa liberté. Celui-là sera prêt à se battre jusqu’à la mort pour obtenir de l’autre d’être reconnu comme une volonté libre. Celui-là sera le Maître. L’Esclave sera celui qui renoncera à sa liberté pour survivre. Celui-là acceptera de s’assujettir au vouloir du Maître. Il metta sa vie dans les mains du Maître et perdra sa liberté.

-b) Le travail

Phrase 2- Le travail servile contraint l’esclave à transformer pour saisfaire d’autres besoins que les siens. La travail est de ce fait  » un acte auto-négateur« . C’est-à-dire que le travail nie l’homme en tant qu’il est un être naturel (comme n’importe quel autre être vivant) déterminé par la nature pour satisfaire ses besoins naturels (phrase 3).

Mais il apprend par là même à dominer le monde naturel et à s’en rendre maître. Cet apprentissage lui permet de développer ses facultés (la raison) , il va construire des théories scientifiques expliquant les lois de la nature, à partir de ce savoir il pourra construire des objets techniques, des outils,  qui accroîtront sa puissance sur la nature. c’est ainsi qu’il conquiert par lui-même une nouvelle liberté et devient véritablement un homme. (deuxième partie de la phrase 3 jusqu’à la fin de texte). Par contre le Maître qui se contente de « jouir « passivement des choses, fini lui, par devenir dépendant de son esclave. C’est ce renversement que l’on appelle « dialectique« .

 

Sebastiao Salgado

 

 » Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature. L’homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement afin de s’assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. En même temps qu’il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultés naturelles qui y sommeillent. Nous ne nous arrêterons pas à cet état primordial du travail où il n’a pas encore dépouillé son mode purement instinctif. Notre point de départ c’est le travail sous une forme qui appartienne exclusivement à l’homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l’abeille confond par la structure de ses cellules de cire l’habileté de plus d’un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l’imagination du travailleur. Ce n’est pas qu’il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles ; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d’action et auquel il doit subordonner sa volonté. Et cette subordination n’est pas momentanée. L’oeuvre exige pendant toute sa durée, outre l’effort des organes qui agissent, une attention soutenue, laquelle ne peut résulter que d’une attention constante de la volonté. Elle l’exige d’autant plus que par son objet et son mode d’exécution, le travail entraîne moins le travailleur, qu’il se fait moins sentir à lui, comme le libre jeu de ses forces intellectuelles et corporelles ; en un mot, qu’il est moins attrayant. »

Karl MARX, Le Capital (1867)

 

Eléments de compréhension du texte

 

Première partie du texte : « Le travail… son mode purement instinctif »- Le travail est d’abord la relation de l’être vivant à la nature.

Marx donne une définition générale du travail : le travail est la relation primordiale de tout être vivant à la nature, par laquelle l’être vivant se confronte ses propres forces à la nature, la transforme. Le travail c’est « l’acte » par lequel il adapte son milieu à ses besoins.

Ce faisant, il se transforme lui-même et réalise des facultés qui n’existaient qu’à l’état virtuel.

Mais cette première définition ne rend pas compte de ce que le travail a de spécifiquement humain. En effet, elle peut s’appliquer aux animaux sont déterminés dans leurs comportements par leurs instincts.

Deuxième partie du texte :  » Notre point de départ…il est moins attrayant »- Le produit du travail humain est toujours la matérialisation volontaire d’une idée.

Le travail proprement humain réalise un but qui existe préalablement dans l’imagination du travailleur. L’oeuvre, est toujours la matérialisation volontaire d’une idée. C’est pour cela que lorsque le but du travail et son mode d’exécution sont imposés de l’extérieur au travailleur- comme c’est le cas dans le travail salarié que nous connaissons aujourd’hui – le travailleur devient « étranger » à son travail.

 

Quelle signification donner au travail ?

Ce qui distigue le travail proprement humain c’est qu’il est une transformation intelligente de la nature. Ainsi le travail de l’homme possède le pouvoir d’humaniser la nature. Il façonne une « nouvelle nature ». Aujourd’hui rares sont les lieux, les paysages qui n’ont pas été modifiés par l’activité de l’homme.

Le travail révèle la condition métaphysique de l’homme : celui-ci n’est ni un pur esprit – qui se livrerait sans obstacle à la contemplation – ni un animal soumis à la nature et préoccupé seulement par la satisfaction immédiate de ses besoins. Le travail est le propre d’une volonté consciente d’elle-même, qui s’incarne avec effort dans la nature pour la spiritualiser, et qui par cet effort, se libère de la nécessité naturelle pour s’affirmer comme une liberté. 

 

 

3. Aujourd’hui Le travail déshumanise

l’homme.

 

         

                                   S.Salgado

 

 » (1) Le travail est donc une marchandise que son possesseur, le salarié, vend au capital. (2) Pourquoi le vend-il ? Pour vivre.

(3) Mais le travail est aussi l’activité vitale propre au travailleur, l’expression personnelle de sa vie. (4)Et cette activité vitale, il la vend à un tiers pour s’assurer les moyens nécessaires à son existence. (5) Si bien que son activité n’est rien sinon l’unique moyen de subsistance. (6) Il travaille pour vivre. (7) Il ne compte point le travail en tant que tel comme faisant partie de sa vie ; c’est bien plutôt le sacrifice de cette vie. (8) C’est une marchandise qu’il adjuge à un tiers. (9)C’est pourquoi le produit de son activité n’est pas le but de son activité. (10) Ce qu’il produit pour lui-même ce n’est pas la soie qu’il tisse, l’or qu’il extrait de la mine, le palais qu’il élève. (11) Ce qu’il produit pour lui-même c’est le salaire ; et la soie, l’or, le palais se réduisent pour lui à une certaine quantité de moyens de subsistance, tels qu’une veste de coton, de la menue monnaie et le sous-sol où il habite. (12) Voilà pourquoi un ouvrier qui, tout au long de ses douze heures de tissage, de filage, de perçage, de travail au tour ou à la pelle ou au marteau à tailler la pierre, l’ouvrier les considère-t-il comme une expression de son existence, y voit-il l’essentiel de sa vie ? Non bien au contraire. (13) La vie commence quand cette activité prend fin, à table, au bistrot, au lit. (14) Les douze heures de travail n’ont pas de sens pour lui en ce qu’il les passe à tisser, à filer, à tourner, mais en ce qu’il gagne de quoi aller à table, au bistrot, au lit. (15)Si le ver à soie filait pour joindre les deux bouts en demeurant chenille, il serait le salarié parfait.

Karl MARX, Travail salarié et capital (1849)

 

Explication du texte

Plan de l’explication :

I. La thèse – Dans le processus de production capitaliste, le travail est une marchandise

La thèse de Marx est posée dès les deux premières phrases : « Le travail est donc marchandise que son possesseur, le salarié vend au capital. Pourquoi le vend-t-il ? Pour vivre. »  Le reste du texte est le développement de cette thèse.

Dans la première phrase Marx donne une nouvelle définition du travail. Dans le système capitaliste, le travail  n’est rien d’autre qu’une « marchandise » que le salarié échange contre une somme d’argent qui constitue son salaire, afin de subvenir à ses besoins.

[Définition]  Qu’est une « marchandise » ? - Une marchandise est un objet extérieur à l’homme, produit dans le seul but d’être échangé. C’est un moyen qui lui permet d’atteindre une fin. cela signifie que dans le travailleur produit des objets, des « marchandise » dont la finalité première n’est pas d’être consommées ou utiliser afin de satisfaire les besoins du travailleur. Dans ce processus le travail de l’homme n’a plus de spécificité, il est « comme » n’importe quelle autre marchandise. Ainsi dans le processus de production capitaliste, le travail devient en apparence un moyen (sous entendu parmi d’autres) qui permet à l’homme de « subsister » (phrase 3). L’homme ne produit pas pour satisfaire ses besoins, comme le fait l’homme des sociétés dites primitives. L’homme produit pour échanger. La finalité de la production c’est l’obtention d’un salaire qui permettra la « subsistance » ou sa survie  du travailleur.

II. La valeur du travail réside dans la fin qu’il poursuit : construire l’homme comme une liberté agissant dans le monde.

Mais ce n’est pas la signification véritable du  travail. Marx lui oppose une autre définition (« mais »). Phrase 3 – « Mais le travail est aussi l’activité vitale propre au travailleur, l’expression personnelle de sa vie ». Le travail c’est d’abord l’activité propre à l’homme  par laquelle il exprime sa condition  dans le monde. Ce que vise l’homme dans son travail, ce n’est pas sa simple subsistance, car il ne se distinguerait pas de l’animal, ce qu’il vise, c’est son « humanité » elle-même.

[on développe cette thèse en s'appuyant sur nos connaissances] – L’homme est un être  inachevé. Lorsqu’il vient au monde il est même le plus démuni de tous les êtres vivants ; contrairement à l’animal, il ne possède pas d’instinct qui lui permette de s’adapter à son milieu. Mais, ce qui pourrait être la faiblesse de l’homme, c’est aussi sa  force. En effet, pour survivre l’homme doit se confronter à une nature hostile qui lui résiste . Il doit « travailler » pour vivre. Ici cela signifie qu’il doit transformer les choses de la nature pour produire des biens nécessaires à sa vie. [remarque : on donne ici une autre définition du « travailler pour vivre » posé au début du texte par Marx]. Ce faisant il développe ses capacités, plus particulièrement sa raison qui est selon l’étymologie latine du mot – ratio,  la faculté de construire des relations et donc « de juger, de discerner le vrai du faux » (cf. texte de  Descartes, I° partie du Discours de la Méthode). Il découvre les lois de la nature, développe ses connaissances sur le monde. Il fabrique des outils qui vont compenser sa faiblesse naturelle et lui assurer une maîtrise sur cette nature à laquelle il s’oppose. Ainsi dans ce rapport conflictuel avec la nature, médiatisé par le travail, l’homme  construit et découvre son humanité. Il se connaît comme un sujet conscient de lui-même, agissant librement dans le monde, se donnant à lui-même ses propres fins. C’est pour cela que l’on définit l’homme comme étant le seul être libre, c’est-à-dire qui n’est déterminé dans ce qu’il est, que par son propre vouloir. 

Le sens ou la valeur véritable du  travail, c’est que le travail  exprime  la condition métaphysique de l’homme. L’homme est par définition une  liberté agissant dans le monde.

Phrases 4, 5, 6 - Or dans le système de production capitaliste, le travail perd cette significationfondamentale pour l’homme. Le salarié est désormais contraint de vendre cette « activité vitale (…) à un tiers pour s’assurer les moyens nécessaires à son existence . Si bien que cette activité vitale n’est rien sinon l’unique moyen de subsistance. Il travaille pour vivre ».

III. Le travail nie l’essence de l’homme (la liberté). Il produit son aliénation.
 
Marx montre comment le processus de production capitaliste  dévalorise le travail. Le travail était l’activité par laquelle l’homme exprimait son propre vouloir, sa liberté dans le monde, et découvrait son humanité dans le produit de son travail, dont il pouvait en tirer une fierté. Aujourd’hui le travail ne réalise plus l’homme (il ne fait plus « partie de sa vie  » phrase 7) mais vise une fin étrangère à l’homme, sa « subsistance », qui est la négation de toute vie proprement humaine. « C’est bien plutôt le sacrifice de cette vie ». Le travail perd sa signification originelle. Il n’est plus l’activité essentielle de l’homme. Il devient un moyen, une chose ou une activité parmi d’autres, que l’on peut échanger contre une somme d’argent qui en fixe la « valeur » . (Phrase 8)  » C’est une marchandise qu’il adjuge à un tiers« .  

Phrases 9,10,11,12. L’aliénation  du travailleur se manifeste sous une autre forme. Dans le processus de production capitaliste, le travailleur salarié est désormais séparé du produit de son travail qui ne lui appartient pas, qui est la propriété de son employeur, lequel peut en faire ce qu’il veut. Ainsi le but de son activité,  ce que le travailleur produit pour lui-même, ce n’est pas la soie, l’or ou le palais, dont il pourrait être fier et reconnaître la marque de l’humanité. Ce qu’il produit pour lui-même, c’est le salaire. [définition du salaire]Or le salaire n’est pas la part du travailleur dans la marchandise qu’il a produite. Il n’est que ce qu’il en coûte pour que le travailleur puisse reconstituer sa force de travail  pour retourner à son poste le lendemain.    

 

 

Ainsi non seulement le processus de production transforme le travail en chose extérieure à l’homme mais il réduit le travailleur à n’être lui-même plus qu’une chose, « une force de travail » dans les mains du capitaliste. Par conséquent le travailleur ne peut être lui-même que lorsque la journée de travail est terminée (phrase 13). Mais les journées de travail sont longues, et comme le ver à soie qui resterait chenille, qui travaillerait sans parvenir à devenir un papillon (phrases 14, 15), le salarié s’épuise dans une activité qui le dépossède de son unique existence.   

[A la suite de l'explication proprement dite du texte, l'élève peut discuter et développer la thèse du texte afin de mettre en valeur ses connaissances et sa propre réflexion sur la question du travail.Pour développer la thèse du  texte, on peut retrouver en filigranne du raisonnement, la dialectique du maître et de l'esclave, et montrer comment l'aliénation du travailleur est aussi la condition de sa libération ou de son émancipation; on peut aussi superposer l'analyse de Pierre Clastres selon laquelle l'aliénation économique découle d'un rapport de domination : le salarié est contraint par la force à cette situation].

 

 

 

 

 

 

 

4. Travail et progrès technique

 

Si le travail se définit comme la trnasformation de la nature par l’intelligence humaine, les conditions de cette transformation ont prodigieusement changé au cours de l’histoire. Ainsi la substitution progressive de la machine à l’outil a augmenté la puissance de l’homme sur la nature mais a aussi créé les conditions d’un nouvel aservissement.

L’artisan était à côté de ses outils et pouvait contemplé le produit de son travail. L’homme de l’ère industrielle est aujourd’hui dominé par le système complexe de ses machines. Dans l’industrie, l’ouvrier n’est plus qu’un maillon d’une chaîne de production qu’il ne maîtrise pas. Les biens qu’il produit lui échappe complètement. Alors que l’artisan pouvait s’affirmer dans son travail, l’ouvrier lui s’abrutit dans des tâches mécaniques, répétitives qui sont la négation même de la vie. La mécanisation et l’automatisation des processus de production au lieu de libérer l’homme du fardeau du travail, le déshumanisent.

Le progrès incessant de la mécanisation  pose un autre problème tout aussi douloureux, celui du chômage. C’est ainsi que pour Hannah Arendt, l’automatisation rend progressivement le travail superflu, alors même que le travail est partout glorifié et qu’il constitue de nos jours la clé de toute reconnaissance sociale.

Aujourd’hui le châtiment n’est plus dans le travail, mais dans sa privation. privé de d’emploi, l’individu est stigmatisé comme inutile à la communauté et à lui-même.

 

« Plus proche, également décisif peut-être voici un autre évènement non moins menaçant. C’est l’avènement de l’automatisation qui, en quelques décennies, probablement videra les usines et libérera l’humanité de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, l’asservissement à la nécessité. Là encore, c’est un aspect fondamental de la condition humaine qui est en jeu, mais la révolte, le désir d’être délivré des peines du labeur ne sont pas modernes, ils sont aussi vieux que l’histoire. Le fait même d’être affranchi du travail n’est pas nouveau non plus ; il comptait jadis parmi les privilèges les plus solidement établis de la minorité. A cet égard il semblerait que l’on s’est simplement servi du progrès scientifique et technique pour accomplir ce dont toutes les époques avaient rêvé sans pouvoir y parvenir.

Cela n’est vrai toutefois qu’en apparence. L’époque moderne s’accompagne de la glorification théorique du travail et elle arrive en fait à transformer la société toute entière en une société de travailleurs. Le souhait se réalise donc comme dans les contes de fées, au moment où il ne peut que mystifier. C’est une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien de ces activités les plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. [...] Même les présidents, les rois, les premiers ministres voient dans leurs fonctions des emplois nécessaires à la vie de la société, et parmi les intellectuels il ne reste que quelques solitaires pour considérer ce qu’ils font comme des oeuvres et non comme des moyens de gagner leur vie. Ce que nous avons devant nous c’est la perspective d’une société de travailleurs sans travail, c’est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire ».

Hannah ARENDT, La condition de l’homme moderne (1958), prologue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Cours 12 : La société, l’Etat, le droit – La Politique, Aristote, Livre I chap. 2

Vendredi 9 janvier 2009

Walker Evans

 

 suite du cours 11

 

 

LA POLITIQUE, Aristote

livre I chap.2

 

Explication de texte

 

Conformément à la méthode analytique annoncée dans le chapitre 1, Aristote « divise le composé[la Cité] jusqu’en ses éléments incomposés  » et considère  » les éléments dont elle se compose » (P. 23)

La première communauté, à la fois originelle et la plus

simple, est la famille ou le « foyer«  (oikos) qui désigne la communauté domestique. ces communautés originelles sont elles-mêmes constituées par trois relations élémentaires minimales :

- la relation homme/femme

- la relation père/enfant (qui n’est pas développée dans le texte)

- la relation maître/esclave

 

-a) La relation homme/femme

« La première union nécessaire est celle de deux êtres qui sont incapables d’exister l’un sans l’autre : c’est le cas pour le mâle et la femelle en vue de la procréation (et cette union n’a rien d’arbitraire, mais comme dans les autres espèces animales et chez les plantes, il s’agit d’une tendance naturelle à laisser après soi un autre être semblable à soi) ;  » (p.25)

Pour Aristote, la relation communautaire homme/femme est naturelle en quatre sens :

- 1. Elle est universelle : elle correspond à l’union mâle/femelle existant chez tous les êtres vivants.

- 2. Elle est nécessaire : l’union mâle/femelle est nécessaire dans le sens qu’elle est ce sans quoi une fin ne pourrait être atteinte, sans union pas de procréation.

- 3. La procréation est la finalité naturelle du couple. Autrement dit, le couple est la communauté en vue de la procréation.

Attention, cela ne veut pas dire que le couple humain n’existe que pour procréer.

Il faut distinguer deux sortes de fins : la fin (naturelle) du devenir (du développement naturel de l’espèce) et la « fin de l’existence« . D’une part il y a la raison pour laquelle existent des couples, d’autre part le but de leur existence. Ainsi s’il y a des couples, c’est parce que les êtres humains, comme toute les autres espèces animales, se reproduisent (finalité naturelle). Mais si les êtres humains vivent en couple, ce n’est pas seulement en vue de procréer mais aussi en vue de la satisfaction de l’ensemble de leurs besoins. « Chez les animaux la communauté ne va pas au-delà de la procréation, tandis que dans l’espèce humaine, la cohabitation de l’homme et de la femme n’a pas seulement pour objet la reproduction, mais s’étend à tous les besoins de la vie (…) ; ainsi ils se portent une aide mutuelle, mettant leur capacité propre au service de l’oeuvre commune « . (Ethique à Nicomaque). On verra que la « fin de l’existence » humaine n’est pas conditionnée par la nature mais par le bien. Ici pour l’instant Aristote ne s’intéresse qu’à la fin naturelle.

-4. Le quatrième critère de naturalité du couple est qu’il ne s’agit pas d’un choix réfléchi, mais comme pour les autres animaux et les plantes, « d’une tendance naturelle à laisser après soi un autre être semblable à soi ».

Aristote reprend ici une thèse que l’on trouve chez ses prédécesseurs, notamment chez Platon. Dans le Banquet (206 e- 207d), Platon plaçait à l’origine de l’amour une tendance des êtres mortels à l’immortalité.

 

- b) La relation maître/esclave

 » C’est encore l’union de celui dont la nature est de commander avec celui dont la nature est d’être commandé en vue de laur conservation commune « . (p.25)

Comme pour la relation conjugale, Aristote s’efforce de trouver la spécificité de la relation « despotique ». Pour cela il démontre à nouveau que l’on a affaire à une communauté d’êtres incomplets et donc indispensables l’un à l’autre, telle qu’aucun ne puisse être pleinement lui-même sans l’autre, et telle que seule leur communauté permette de réaliser une oeuvre commune, et distincte de toute autre.

Le maître est « celui qui commande« , qui « par son intelligence, a la faculté de prévoir et est par nature un chef et un maître » ; l’esclave par nature est l’être « qui au moyen de son corps, est seulement capable d’exécuter les ordres de l’autre « , et « est par sa nature même un subordonné et un esclave : de là vient que l’intérêt du maître et celui de l’esclave se confondent » .

Il y a deux façons de comprendre le sens de ces définitions. Il faut certes y voir l’affirmation de la supériorité naturelle du maître sur l’esclave. Mais il faut surtout voir dans ces définitions du maître et de l’esclave, leur incomplétude naturelle qui les rend naturellement dépendants. Ils sont même doublement dépendants : de l’autre et de leur oeuvre commune. L’un et l’autre ont besoin de l’autre en vue de la satisfaction de leurs besoin en vue de la satisfaction de leurs besoins quotidiens, immédiats, ceux auxquels pourvoit le foyer. Telle est leur oeuvre commune, et la fin de la communauté qu’ils forment. Selon Aristote l’esclave aussi bien que le maître, tirent un avantage de la situation.

[On reviendra plus tard sur l'interprétation que fait Hegel de la relation maître/esclave, interprétation connue sous le nom de " la dialectique du maître et de l'esclave "]

Le travail économique (économique au sens strict du terme puisqu’il s’agit du travail exercé dans le cadre privé du foyer - oikos - destiné à satisfaire les besoins de la vie de tous les jours) est l’oeuvre propre à la communauté domestique et donc l’oeuvre commune au maître et à l’esclave.

La « communauté despotique » peut donc, de la même façon que la communauté conjugale, être définie par sa finalité : c’est la communauté du maître et de l’esclave en vue de la satisfaction des besoins quotidiens.

 

Chaque communauté ayant sa propre finalité, il faut donc distinguer radicalement les différents types d’autorité ou de pouvoir, celui du mari sur sa femme , celui du père sur ses enfants, et celui du maître sur l’esclave. Ces différents types d’autorité qui caractérisent la communauté originelle, serviront de modèles pour définir par la suite trois type de gouvernement possibles :

 - 1. Le pouvoir du maître sur l’esclave, s’exerce sur des êtres non libres, est un pouvoir despotique. Le tyran traite ses sujet comme des esclaves.

- 2. Le pouvoir du père sur l’enfant est un pouvoir qui s’exerce sur des êtres libres et inégaux, il fournit le modèle du pouvoir royal. Le roi est comme un « père » pour ses sujets, lui n’ayant besoin de rien, il s’occupe uniquement de leur bien.  

 - 3. Le pouvoir du mari sur la femme est un pouvoir qui s’exerce sur des êtres libres et égaux, il fournit le modèle du pouvoir politique. On verra que seul le pouvoir qui s’exerce sur des êtres libres et égaux , est conforme à l’essence de la cité et du citoyen.

 

 

 

LA COMMUNAUTE DU VILLAGE

(1252 b 15-27) pp.26-27

 

Dans ce chapitre, Aristote suit une méthode analytique et génétique : Aristote veut à la fois suivre l’ordre du développement « naturel » des choses, c’est-à-dire faire la généalogie de la Cité à partir du foyer (communauté originaire) et procéder par complexification croissante, les communautés élémentaires s’articulant successivement en des communautés nouvelles ayant chacunes leur propre fin, jusqu’à la Cité, communauté de toutes les autres.

Cet ordre est aussi un ordre hiérarchique, les communautés premières étant non seulement les plus anciennes et les plus simples, mais les moins « nobles » : les êtres qu’elle concerne sont inférieurs, les besoins auxquelles elles répondent sont plus grossiers, la fin qu’elles visent est moins élevée – par opposition à la Cité, qui ne concerne que des êtres humains dans leur humanité même, qui satisfait leurs besoins les plus éminents et vise la fin la plus haute.

Génétiquement, le village est naturellement né après et à partir de la famille. Celle-ci satisfait tous les besoins immédiats : reproduction de l’espèce, nourriture de l’individu. Le village est né une fois ces besoins satisfaits, afin de pourvoir à d’autres besoins. Aristote ne précise pas lesquels dans cet extrait du texte. Mais dans d’autres passages (La politique, livre VII, 8, 1328 b 6-14), il semble déduire que le village remplit deux fonctions hors de portée du foyer : l’administration de la justice et des cérémonies religieuses. Il faut en effet une autorité au-dessus des foyers pour organiser le cultes communs aux différents foyers et arbitrer les conflits entre elles.

Analytiquement, la communauté domestique est faite de trois types de relations communautaires (maritale, paternelle, despotique) qui en constituent en même temps les parties naturelles. De même le village est constitué de foyers qui en constituent les parties. Pour penser ce qui fonde l’unité du village, il faut  se demander quel est le type de pouvoir constitutif de dette communauté, qui assure le lien entre ses parties ? C’est un homme à l’autorité naturellement supérieure, qui a réuni les foyers en un village, un roi, qui gouverne le village ou toute autre « communauté formée de plusieurs familles » qui n’a pas atteint le niveau de la Cité.

 

 

 

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