BONHEUR ET LIBERTE

Dimanche 15 avril 2012

 

 

Eléments de cours  (non exhaustifs) pour préparer la dissertation : « La liberté humaine est -elle incompatible avec la réalisation du bonheur ?

 

 Qu’est-ce ce que le bonheur ?

Très généralement le sens commun  définit le bonheur comme un état de satisfaction durable.

 

Le problème qui se pose,  est le suivant : si l’on considère la condition humaine (remarque : dans le sujet de dissertation proposé la liberté définit la condition humaine), on peut se demander si  un tel état est accessible et réalisable pour l’homme ? Et si par chance, il advient que l’homme puisse accèder au bonheur, peut-on sérieusement envisager un état de bonheur permanent ?

 

Lorsqu’on s’intéresse à l’étymologie du mot bonheur, le mot vient de l’expression « à la bonne heure » qui signifie la « bonne chance » ou « la bonne fortune ». Le bonheur c’est donc ce qui arrive favorablement mais qui ne dépend que de la chance. Ainsi il ne dépendrait que des caprices du sort, des circonstances extérieures, et non de notre volonté et de l’accomplissement délibéré de nos actions.

 

Pour s’opposer à cette conception qui relève davantage de la superstition que de la raison, dans l’Antiquité des philosophes vont démontrer, que le bonheur est à portée de tout homme , si celui-ci s’en donne les moyens. Finalement comme l’écrira plus tard Descartes à propos de la vérité, ici tout n’est question que de méthode. Tout est question de cheminement (en grec « méthodos« : le chemin, la démarche)

 

Dans ce cours nous nous intéresserons plus particulièrement aux philosophies stoïcienne et épicurienne qui développent une conception éthique de l’accès au bonheur. Ceci dans un souci purement pédagogique. En effet  cela nous donne l’opportunité d’approfondir ces deux courants de pensée très intéressants. La dissertation peut ne pas utiliser ces références, tout au moins, ne pas s’y limiter.

Mais nous verrons un peu plus tard que peut-être, se limiter à la voie éthique et individuelle n’est pas satisfaisante, que l’on ne peut pas être heureux seul mais qu’il nous faut tenir compte des autres. Aussi  à un moment donné, il faudra bien en passer aussi par l’action politique.

 

Les philosophies stoïcienne et épicurienne développent deux conditions opposées de la condition humaine.  Pour les Stoïciens la vie humaine est un destin, alors que pour les Epicuriens l’homme possède une véritable liberté.

Remarque de méthode : Avant de voir ce qui oppose les Stoïciens et les Epicuriens, il faut d’abord poser ce que ces deux écoles possèdent en commun.

Pour ces deux écoles la philosophie n’est pas une théorie abstraite, mais elle est d’abord un mode de vie. Leur but est double:

- 1) Aider les gens à vivre quotidiennement en philosophes.

-2) Non seulement la philosophie est un mode de vie, mais son but est de nous rendre heureux.Or le bonheur ne se conçoit pas sans la sagesse.

Cependant au delà-de cet horizon commun, il y a une différence radicale entre les deux écoles.

 

A. LES STOÏCIENS (Marc-Aurèle, Epictète)

Pour les Stoïciens nous n’avons aucune liberté concrète. La nature (appelée le cosmos chez les Antiques) nous détermine à naître, à mourir, à penser à désirer. Nous n’avons aucune marge de manoeuvre quant à ce qui détermine le cours de notre existence.

La nature est en quelque sorte un destin, or nous vivons dans la nature. L’idée moderne (cf. Descartes) de libre-arbitre , définie comme capacité à choisir et à orienter son existence n’a aucun sens pour un Stoïcien.

Cependant l’homme n’est pas comme l’animal. Il possède la capacité de penser sa condition. Pour l’animal (même si on se réfère parfois à l’exemple de l’âne de Buridan pour poser le problème de la liberté comme choix- ce qui me semble un exemple des plus irréalistes qui soit), l’idée d’être déterminé par son milieu n’est pas un problème et ne l’empêche pas de vivre. L’homme lui possède la conscience de sa condition et c’est pour cela qu’il peut être tenté comme le personnage d’Oedipe de se révolter contre son destin .

Malgré tout le déterminisme dans lequel nous baignons,  pour les Stoïciens, il y a quand même quelque chose qui dépend de nous et uniquement de nous.

La maxime centrale du stoïcisme consiste à dire que « Ce qui dépend de toi c’est d’accepter ou non  ce qui ne dépend pas de toi (sous-entendu que ce qui ne dépend pas pas de toi c’est tout ce qui existe dans la nature puisque le nature est régie par une nécessité supérieure dans laquelle nous sommes tous plongés).

Donc dire que l’homme ne possède absolument aucune liberté selon le Stoïcien est faux. Puisqu’ici les Stoïciens redéfinissent la liberté comme la capacité d’accepter ou non le fait que l’on ne peut rien changer. L’homme possède cette liberté.

Cette liberté est souvent la cause du malheur de l’homme qui a tendance à refuser la fatalité, le refus ne faisant alors que rajouter un mal à un autre. Par exemple celle ou celui que j’aime décide de me quitter. Cela ne dépend pas de moi (quoique j’ai pu faire). La seule chose que je peux faire c’est agir sur la façon dont je me représente ce qui arrive. Je peux me dire c’est triste, mais nous avons partagés des moments de bonheur qui resteront toujours là et il était peut-être temps de tourner la page car la vie c’est aussi le mouvement, le changement, de toute façon je ne peux rien faire, je ne peux pas changer le cours des choses. Je peux également être jaloux, me renfermer dans ma tristesse, me mettre en colère. Cela ne changera rien et je le sais. Cela ne fera que rajouter un mal à un autre mal. Et je serai donc doublement perdant.

Ainsi pour le Stoïcien, ma seule marge de manoeuvre consiste donc à ne pas rajouter un second mal à un premier…Car « ce qui dépend de moi c’est d’accepter et d’acceuillir (en lui donnant du sens car je suis un être humain et pas une bête), ce qui ne dépend pas de moi ».

 

B. LES EPICURIENS (Epicure)

L’autre école , l’épicurisme poursuit le même but  (le bonheure réalisable ici et maintenant)qu’Epicure désigne sous le mot d’ataraxie: c’est-à-dire l’absence de troubles physiques et psychologiques.

Epicure ne méconnaît pas la nature désirante de l’homme qui le conduit souvent à désirer des bonheurs inaccessibles ou irréalisables, c’est pour cela que selon lui pour être heureux il va falloir revoir son mode de vie et apprendre à désirer, pour ne désirer que ce qui nous est absolument nécessaire pour vivre et apprendre à contenter nos désirs nécessaires avec ce qui est à la portée de nos moyens.

Ce qui distingue les Stoïciens des Epicuriens, c’est un présupposé fondamental concernant le cosmos ou la nature. Pour les Epicuriens, la nature est définie comme un agencement hasardeux d’atomes qui auraient pu ne pas se rencontrer. Ainsi ce qui règne au coeur de la nature ce n’est pas la nécessité mais le hasard. Il faut noter qu’Epicure est d’abord un physicien et ce qu’il entrevoit, sans les moyens techniques sophistiqués dont nous disposons aujourd’hui, n’est finalement pas très éloigné de ce que dit la science physique contemporaine.

Ainsi, le fait que le coeur de la nature soit constitué de particules toutes petites qui auraient pu ne pas se rencontrer, nous oblige à penser notre condition humaine en liaison avec cette contingence. Car si dans la nature tout est contingent alors j’ai un pouvoir immense sur les choses, puisque le coeur du réel est saturé de la possibilité d’être toujours autre. C’est dans cet espace que s’ouvre pour l’homme la possibilité de l’action humaine libre. (Descartes reprendra à son compte certaines idées d’Epicure).

 

Définitions importantes à connaître:

- La contingence : c’est ce qui aurait pu ne pas être, ou c’est ce qui pourrait être autrement.

- La nécessité: c’est ce qui ne peut ne pas être, ou c’est ce qui ne peut pas être autrement.

Les Stoïciens sont du côté de la nécessité, les Epicuriens du côté de la contingence.

 

Souvent on caricature l’épicurisme en affirmant que l’épicurien c’est celui qui profite de la vie, confondant ainsi épicurisme et hédonisme (qui désigne une philosophie de vie axée sur le plaisir et la recherche du plaisir avant tout).

Ce n’est pas du tout ce que voulait dire Epicure. Pour Epicure, s’il y a de quoi se réjouir dans l’existence, ce n’est certainement pas en multipliant les plaisirs les plus extrêmes. Ce dont il faut se réjouir, c’est de la contingence de notre monde qui aurait pu ne pas être. De même, nous  qui sommes le résultat de multiples hasards, nous n’aurions pu ne pas exister ou ne plus exister pour des raisons très diverses (nos parents auraient pu ne pas se rencontrer, nous aurions pu être juifs à la mauvaise période de l’histoire….etc).

Pour Epicure,  si l’on veut être heureux, il faut saisir à chaque instant le miracle de l’existence. Tout n’est que hasard  et c’est la clé du bonheur de savoir apprécier ce qui arrive car cela aurait pu ne pas être. Cela ne veut pas dire qu’Epicure nie le fait que l’homme puisse être accablé de malheurs, d’ailleurs « la philosophie c’est l’art d’être heureux par gros temps« , c’est pour cela qu’elle se traduit chez lui souvent sous la forme de prescriptions, telles qu’on les trouveraient dans une ordonnance. Celui qui malgré son chagrin d’amour, celui qui en sortant du cinéma où il est allé voir un film qui n’a fait que l’accabler davantage, puisque dans ce genre de situation on se précipite d’abord sur les histoires qui finissent mal, celui qui aura pleuré à chaudes larmes dans la salle obscure et saura malgré tout apprécier la caresse du soleil sur sa joue en sortant de la salle, celui-là sera un épicurien et pourra être heureux ici et maintenant.

 

 

 

 

 

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DISSERTATION : DOIT-ON TOUJOURS OBEIR AUX LOIS ?

Samedi 6 novembre 2010

Eric WOERTH, ministre du travail à l’Assemblée en octobre 2010,défendant le projet g

ouvernemental de réforme des retraites.

« Après le vote de la loi, c’est la loi (…) il faut la respecter »

E.Woerth, France 3, le 24 octobre 2010

 

Vous soulevez un problème très intéressant monsieur le Ministre :

DOIT-ON TOUJOURS OBEIR AUX LOIS ?

 

 

CORRECTION

 

Les élèves ont du mal à rédiger l’introduction principalement parce qu’ils ne comprennent pas la fonction de l’introduction.

- L’introduction sert à présenter le problème et les étapes de sa résolution. Cela sinifie que l’on ne peut rédiger l’introduction qu’après avoir élaboré le plan détaillé de la dissertation,  une fois que l’on sait exactement où l’on veut en venir.

-Beaucoup d’élèves répondent dans l’introduction avant même d’avoir posé le problème à résoudre. Ils donnent ainsi en ouverture des éléments de réponse (souvent des définitions) qui leur manqueront ensuite dans le développement.

- Dans un premier temps il ne s’agit pas de répondre, car dans ce cas là il n’y a plus de problème à résoudre mais de montrer l’intérêt ou l’actualité de la question : pourquoi aujourd’hui il est intéressant ou important de se poser ce problème ?

 

ATTENTION AU HORS SUJET : Certains élèves ont remplacé le sujet initialement proposé par un autre sujet de dissertation, ce qui est fortement déconseillé. Même si le développement qui suit est bien construit et documenté, l’èléve ne fait pas la bonne dissertation et se trouve par conséquent pénalisé. Par exmple, lors du travail préparatoire les élèves se sont trouvés confrontés à la question du rapport de la loi et de la liberté. Cette question est devenu centrale pour eux. Au lieu de répondre à la question  «Doit-on toujours obéir aux lois ?», ils ont traité la question «la loi est-elle un obstacle à notre liberté ?». Ce qui est un autre sujet de dissertation.

 

COPIER/COLLER N’EST PAS PENSER

Avec le développement d’internet et l’apparente facilité d’accès à l’information, certains élèves sont tentés d’aller chercher sur le net des éléments de réponse. Le résultat est très souvent malheureux car pour la plupart, les sources ne sont pas comprises et maîtrisée. L’élève ne s’appropriant pas ces données,  elles ne sont pas reformulées en fonction de la question posée. La dissertation se réduit alors à un patchwork incohérent ou un catalogue d’idées sans intérêt.

Le but de l’exercice philosophique est d’apprendre à construire sa pensée pour pouvoir penser par soi-même. Ce qui est évalué ce n’est pas l’érudition mais ce travail de construction.

C’est un exercice difficile qui demande la pratique et donc de l’entraînement.Fonctionner à l’économie en recopiant sur le net des idées toutes faites n’a aucun intérêt. Par ailleurs le professeur connaît le niveau de ses élèves, et le niveau qu’il peut exiger par rapport à la progression du cours dans l’année. Il n’est donc pas dupe de certaines pratiques.

 

 Construction du développement

 

Pour commencer il faut envisager la question posée dans son sens le plus large possible. En effet le mot LOI s’utilise dans des contextes très divers, puisqu’on parle aussi bien de lois scientifiques que de lois juridiques ou morales.

Qu’est-ce qu’une loi ?

Une loi est une règle ou une relation  qui ordonne un ensemble de phénomènes (naturels ou humains). Dans le cas des phénomènes de la nature la loi exprime une nécessité à laquelle on ne peut déroger, tandis que dans le cas des phénomènes humains la loi exprime une obligation  à laquelle l’individu peut toujours tenter de se soustraire. Ainsi la question « Doit-on toujours obéir aux lois ? » ne se pose que dans le domaine des relations humaines.

Remarque : Cette première définition nous permet de réduire notre champ d ‘investigation dans la mesure où dans l’ordre des phénomènes naturels la question de savoir si nous devons ou pas obéir à la loi ne se pose pas. Tout simplement parce que nous ne le pouvons pas. Si je choisis de ne plus m’alimenter inéluctablement je mettrai ma vie en péril (quelle que soit la motivation qui sous tend ma décision). C’est comme ça dans l’ordre de la nature et ce n’est pas autrement (définition de la nécessité).

Dans le domaine  des affaires humaines, que ce soit celui du droit et de la politique, ou celui de la morale, la loi est une règle obligatoire établie par une autorité souveraine et régissant les relations entre les hommes dans une société.

Comme le remarque Aristote, au début de son ouvrage La politique, il n’existe pas de sociétés humaines sans loi. Pourquoi ? (remarque : ici on part d’un constat – on observe que…)

C’est également la question que se pose Thomas Hobbes au XVII° siècle lorsqu’il imagine la fiction de l’état de nature, monde irréel dans lequel les hommes vivraient sans aucune autre loi que celle dictée par la satisfaction de leurs intérêts. Le but de cette fiction est de nous amener à réfléchir sur le sens de la loi. Qu’adviendrait-il si les hommes vivaient dans un monde sans loi ? Pour répondre à cette question Hobbes fait une hypothèse sur la nature de l’homme : l’homme est par nature égoïste et méchant. Il est « un loup pour l’homme ». A partir de cette hypothèse les relations entre les hommes ne peuvent être déterminées que par le conflit, chacun s’estimant toujours dans son droit de tuer, dépouiller, asservir. Pour Hobbes, l’état de nature est donc déterminé par l’insécurité, c’est un état permanent de guerre de tous contre tous.

Mais dans un tel état d’insécurité ou de guerre, la vie humaine, dans ce qu’elle a de plus simple, est impossible. Comme est également impossible le développement de toute activité politique, économique, culturelle, etc., qui fonde une existence proprement humaine. Les hommes qui sont dotés d’une raison et donc de la capacité de calculer ce qui est dans leur intérêt, ne peuvent donc que choisir, face au chaos, de se soumettre à une autorité souveraine dont la fonction sera d’ordonner par la loi le corps social (on retrouve la définition la plus générale du mot loi) afin de garantir non seulement la sécurité de chacun, mais surtout la sécurité de tous (du corps social) face au caractère antisocial des désirs individuels de chacun.

Hobbes démontre ici que les lois sont nécessaires. En assurant la pérennité de toute société humaine, elles garantissent les conditions indispensable à l’établissement de la vie. Par conséquent si les lois sont nécessaires nous devons toujours obéir à la loi. Toute transgression de la loi constitue une menace pour l’ordre social et pour la vie elle-même.

 Pour Hobbes la justice réside dans  simple respect de la loi, dans le respect de la légalité. Lorsque les citoyens acceptent de se soumettre à la loi ils renoncent non seulement à leur liberté de mouvement (ils ne peuvent plus faire ce qu’ils veulent) mais ils renoncent aussi à leur autonomie c’est-à-dire à leur liberté de décider pour eux-mêmes (liberté de la volonté). Ce qui fonde l’autorité de loi c’est la nécessité de protéger la vie. Chez Hobbes, l’autorité de la loi trouve son fondement dans un ordre supérieur qui est l’ordre de la nature puisqu’elle inscrit les actions humaines dans une logique de la survie. Ce qui détermine le choix du souverain c’est la puissance ou la force de ce dernier. Le pouvoir du monarque est absolu. Sa seule limite est la loi de la nature : il n’a pas le droit de porter atteinte à la vie de ses sujets. Ce qui laissera Rousseau très sceptique.

Fonder l’autorité de loi politique et juridique sur la logique du vivant  ( de la survie) n’est pas satisfaisant pour Aristote. En effet il existe aussi des sociétés animales organisées selon des lois  qui ont aussi pour finalité la survie du groupe. Qu’est-ce qui distingue alors  les sociétés humaines des sociétés animales ? On peut difficilement affirmer, sans que cela soit péjoratif, qu’une société humaine est semblable à une ruche ou une fourmilière ?  C’est la remarque que fait  Aristote à Platon.  Pour Platon,  les hommes vivent en société car seuls ils ne peuvent satisfaire l’ensemble des besoins nécessaires à leur vie. Pour survivre ils doivent donc se répartir les tâches au sein d’une organisation du travail. Pour Aristote, la division du travail ne suffit pas à caractériser une société humaine. Si les hommes vivent ensemble ce n’est pas simplement pour assurer leur survie (vivre) mais pour réaliser le bien ou la justice (le « bien vivre »). c’est pour cela qu’ils se doteront de lois qui n’auront oas simplement pour but d’assurer leur sécurité, mais surtout de construire un ordre social juste dans lequel les hommes pourront vivre en adéquation avec leur nature.

Toute société est sous-tendue par un projet social collectif qui détermine ses valeurs (le bien). Ainsi la loi juste ce ne peut être simplement l’ordre donné par le souverain, c’est la loi qui  réalise le bien (individuel, politique, social). [Pour commenter une citation d'Aristote, utilisée par Thanina « le juste est ce qui est conforme à la loi et ce qui respecte l'égalité. L'injuste est contraire à la loi et est ce qui manque à l'égalité" ] Par exemple, la loi juste est pour Aristote d’abord la loi qui réalise l’égalité (le bien politique), principe fondateur de la démocratie athénienne. (remarque: pour les Grecs le mot liberté n’a pas le sens qu’on lui donne aujourd’hui. Etre libre c’est simplement avoir des loisirs, ne pas travailler de ses mains, ce qui est une condition nécessaire pour mener une activité politique. La liberté individuelle au sens où nous l’entendons aujourd’hui n’est pas une fondation du politique. l’homme est d’abord un nous avant d’être un je). Pour Rousseau, la loi juste est la loi exprime la liberté au lieu de l’opprimer.

Se dessine maintenant la possibilité que l’ordre donné, que la loi, soit donc contraire à ce bien, soit donc « injuste ». Que faire dans ce cas là ?

 

 

 

Page en cours de réalisation

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Cours 15 : La liberté

Dimanche 15 février 2009

 

LA LIBERTE

 

 

Eugène Delacroix, la liberté guidant le peuple, 1830

 

 

 Bellaciao,chant des partisans italiens   

 

 

I. La liberté de mouvement : Etre libre c’est faire ce que

 l’on veut.

 

Définition :Pour l’opinion courante, être libre, c’est faire ce que l’on veut sans rencontrer ni obstacle, ni contrainte.  En ce sens nous sommes libres lorsque nous ne sommes pas empêchés physiquement, psychologiquement ou légalement d’oeuvrer comme nous le voulons.

Est libre (de se mouvoir, d’aller et venir) celui qui n’est ni attaché, ni emprisonné, ni frappé d’une quelconque paralysie ; est libre (de parler ou de se taire, de mentir ou de dire la vérité) celui qui ne se trouve pas menacé, soumis à des tortures ou drogué ; est également libre (de participer à la vie publique, de prétendre à des responsabilités politiques) celui qui n’est ni marginalisé, ni exclu par des lois discriminatoires, qui ne souffre pas des excès atroces de la misère ou de l’ignorance, etc.

remarque : cette conception implique non seulement la possibilité d’entreprendre ce que l’on veut, mais aussi une certaine probalité d’y parvenir; S’il n’y a aucune perspective de réussite, il est difficile alors de parler de liberté.

 

C’est également la définition de la liberté choisie par Hobbes. La liberté, écrit Hobbes « n’est autre chose que l’absence de tous les empêchements qui s’opposent à quelque mouvement : ainsi l’eau qui est enfermée dans un vase n’est pas libre, à cause que le vase l’empêche de se répandre et lorsqu’il se rompt, elle recouvre sa liberté ; et de cette sorte une personne jouit de plus ou moins de liberté suivant l’espace qu’on lui donne« . En ce sens je suis libre, quand personne ne m’en empêche.

Dans la mesure où nous rencontrons toujours des obstacles à notre liberté de mouvement, cette liberté ne peut jamais être absolue, mais elle est aussi rarement nulle : même un prisonnier dans sa cellule peut s’asseoir, se lever, parler ou se taire. C’est donc en ce sens que nous affirmons que sommes plus ou moins libre.

 

LA LOI EST-ELLE UN OBSTACLE A MA LIBERTE ?

Les hommes vivent en société, aussi ma liberté n’a véritablement de sens que comme relation à la liberté de l’autre. On entend souvent le dicton selon lequel « ma liberté s’arrête où commence celle des autres« . Pour l’opinion courante la loi est souvent vécue comme une contrainte ou comme un obstacle à notre liberté de mouvement. En effet, lorsqu’il vit en société,  aucun individu ne peut faire ce qu’il veut. Il doit prendre en compte les autres et les lois, qui sont autant de contraintes à sa liberté de mouvement, ce dont il ne peut s’affranchir qu’à ses risques et péril.  Quelle valeur a cette opinion ?

Pour comprendre quelle est la signification de la loi, Hobbes imagine un état de nature dans lequel il n’y aurait ni lois, ni valeurs morales nous prescrivant ce que nous ne devons pas faire. Dans cet état de nature, les hommes peuvent donc faire ce qu’ils veulent. Mais chacun pouvant faire ce qu’il veut, cette liberté est stérile et vide de sens car l’état de nature est aussi un état de peur et d’insécurité qui annihile toute liberté.

C’est pour cela que les hommes préfèrent renoncer à leur liberté pour se soumettre à l’autorité de la loi.

Car en société, seule la loi permet  aux libertés des uns et des autres de cohabiter plutôt que de s’opposer, de se renforcer, plutôt que de ce détruire. La loi a donc une double signification : à la fois elle limite la liberté de mouvement de chacun, mais en même temps elle la garantit. Sans la loi il n’y aurait que la violence et la peur.

 » Là où il n’y a pas de loi, remarquait Locke, il n’y a pas non plus de liberté. Car la liberté consiste à être exempt de gêne et de violence de la part d’autrui : ce qui ne saurait se trouver où il n’y a point de loi « .
La liberté de mouvement débouche ici sur une conception de la liberté politique, synonyme  de  sécurité ou de sûreté, consistant essentiellement dans la  protection des biens, des personnes et de leurs droits.
 
Pour Rousseau, cette liberté politique est une fausse liberté. D’une part, la force (la contrainte) ne peut en aucun cas légitimer l’autorité ou engendrer le droit. D’autre part, en acceptant de se soumettre à l’autorité du monarque, les hommes renoncent à leur liberté (entendue ici dans le sens de libre-arbitre). Or renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme. Pour Rousseau, c’est inacceptable.   La loi juste n’est donc pas ce qui contraint ma liberté de mouvement, mais elle est  l’expression de la liberté de ma volonté. La loi produit la liberté de tous, elle ne la contraint pas. Ainsi  pour Rousseau, ma liberté commence où commence celle des autres.
 
 
 
II.  La liberté métaphysique : être libre c’est vouloir ce que l’on veut.

 

Définition : est métaphysique ce qui dans le comportement humain excède le mécanisme physique.

 

 

 
Etude d’un texte philosophique :
 
 

J.J. ROUSSEAU, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1755

 

 

« Je ne vois dans tout animal qu’une machine ingénieuse, à qui la nature a donné des sens pour se remonter elle-même, et pour se garantir, jusqu’à un certain point, de tout ce qui tend à la détruire, ou à la déranger. J’aperçois précisément les mêmes choses dans la nature humaine, avec cette différence que la Nature seule fait tout dans les opérations de la Bête, au lieu que l’homme concourt aux siennes, en qualité d’agent libre.

L’une choisit ou rejette par instinct, et l’autre par un acte de liberté ; ce qui fait que la Bête ne peut s’écarter de la Règle qui lui est prescrite même quand il serait avantageux de le faire, et que l’homme s’en écarte souvent à son préjudice. C’est ainsi qu’un Pigeon mourrait de faim près d’un bassin rempli des meilleures viandes, et un Chat sur un tas de fruits, ou de grain, quoique l’un et l’autre pût très bien se nourrir de l’aliment qu’il dédaigne, s’il s’était avisé d’en essayer ; c’est ainsi que les hommes dissolus se livrent à des excès, qui leur causent la fièvre et la mort et dépravent les sens, et que la volonté parle encore quand la Nature se tait. 

Tout animal a des idées puisqu’il a des sens, il combine même ces idées jusqu’à un certain point, et l’homme ne diffère de la bête que du plus au moins. Quelques philosophes ont même avancé qu’il y a plus de différence de tel à tel homme que de tel homme à telle bête.

Ce n’est donc pas tant l’entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme que sa qualité d’agent libre. La nature commande à tout animal et la Bête obéit. L’homme éprouve  la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister ; et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme ». 

 

 

Explication du texte 

 

 

- Thème : l’homme

- Question posée par le texte : Qu’est-ce qui définit l’homme ?

· Pour définir l’homme, je dois exposer le caractère qui le distingue des autres animaux

Rousseau reconnaît que l’homme est doué d’une « âme » c’est-à-dire que l’homme possède une dimension spirituelle qui le distingue de l’animal qui n’est qu’une réalité matérielle, qu’une machine sophistiquée. Cependant il faut préciser en quoi consiste cette « âme ».

Thèse opposée, critiquée par Rousseau : Pour la philosophie classique (Descartes, Hobbes, Spinoza), l’âme c’est la pensée ou la raison. D’où la définition traditionnelle : « l’homme est un animal raisonnable ».

Thèse : Pour Rousseau, ce qui définit l’homme , c’est la liberté, ce n’est pas la raison. (« Ce n’est donc pas tant l’entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme que sa qualité d’agent libre. (…) Et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme ».)

 

Dès la première ligne du texte, Rousseau semble s’inspirer de Descartes en faisant référence à la théorie de l’animal-machine: « Je  ne vois dans tout animal qu’une machine ingénieuse, à qui la nature a donné des sens pour se remonter elle-même, et pour se garantir, jusqu’à un certain point, de tout ce qui tend à la détruire ou à la déranger ».

Pour Descartes (V° partie du Discours de la Méthode) les animaux sont des automates agencés par Dieu. Ils sont dépourvus de pensée et de langage. Ils ne sont que des mécanismes corporels. De même pour Rousseau, les animaux ne sont donc des « machines ingénieuses » c’est-à-dire des combinaisons complexes d’organes pouvant exécuter des mouvements déterminés. L’homme qui est lui aussi un organisme vivant ne vivant ne fait pas exception si on le considère sur le plan corporel : « j’aperçois précisément les mêmes choses dans la machine humaine …». Sauf que ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est que ses mouvements sont volontaires. « …La Nature seule fait tout dans les opérations de la Bête, au lieu que l’homme concourt aux siennes, e qualité d’agent libre ».  Contrairement à l’animal qui obéit aux lois de la nature, l’homme agit par choix conscient et sans contrainte.

Rousseau exprime ici la thèse du texte : la spécificité de l’homme, ce qui le distingue fondamentalement de l’animal c’est le pouvoir de choisir, ou le libre arbitre, qui fait du sujet humain la cause première et volontaire de sa conduite. Les lois naturelles déterminent nécessairement les phénomènes physiques ; elles régissent également les mécanismes d’adaptation instinctifs auxquels sont soumis les animaux. Les conduites humaines, elles, excluent le déterminisme naturel.

Rousseau illustre sa thèse à l’aide de deux exemples : d’un côté il y a l’animal, le Pigeon ou le Chat, qui ne peuvent « s’écarter de la Règle [prescrite par la nature], de l’autre l’homme dissolu qui lui « s’en écarte souvent et à son préjudice ». Il est intéressant de voir dans ces deux exemples que dans un cas comme dans l’autre, l’instinct ou le libre-arbitre ne constituent un avantage, et ne peuvent fonder une hiérarchie. L’instinct ou le libre-arbitre traduisent seulement deux façons d’être différentes.

Pour fonder sa thèse, Rousseau doit démontrer contre Descartes que la pensée ne peut constituer une spécificité qui permettrait à l’homme de s’émanciper de la condition animale. Rousseau reprend donc la thèse de Condillac selon laquelle l’animal qui possède des sens, serait capable de  former des idées. La formation de la pensée  n’échapperait donc pas au déterminisme mécanique et peut s’expliquer à l’aide des lois de la physique, la physique désignant ici la science de la nature. [ Cette intuition a été développée par les avancées des neurosciences qui doivent beaucoup  aux progrès faits par l’imagerie médicale].

C’est ainsi que la pensée ne constituerait pas une spécificité de l’homme, une caractéristique propre à l’homme qui fonderait une différence de nature entre l’homme et l’animal. Elle fonderait seulement une différence de degré, l’homme étant capable de pensées plus complexes que l’animal. Quoique parfois il y ait  sur le plan de la pensée plus de différence entre les hommes eux-mêmes, qu’entre les hommes et les bêtes. Rousseau fait ici allusion à une boutade de Montaigne.

Cependant dès la suite du texte, Rousseau réfute Montaigne. Bien que l’homme puisse être « sot », il n’est jamais « bête » au sens où le sont précisément les animaux. L’homme n’est jamais comme l’animal enfermé dans sa simplicité. Au contraire ce qui le caractérise c’est justement le fait que ses actes sont réfléchis ou délibérés. Il existe donc bien une différence qualitative, une rupture entre l’homme et l’animal. Cette rupture ne réside pas dans l’entendement, c’est-à-dire dans la faculté de mettre en relation ses idées mais dans un certain rapport à nos représentations. Quelque soit la nature ou l’origine de ses idées, ce qui distingue l’homme de l’animal c’est qu’il peut tout aussi bien les accepter ou les refuser.

Ce qui définit l’homme ce n’est donc pas l’usage de la raison, mais le libre arbitre. Aussi intense que puisse être la pression des passions, quelles que soient les forces extérieures qu’il affronte, l’homme éprouve en lui cette capacité qu’il a de dire oui ou non, de suivre la pente de ses passions ou d’y résister. C’est dans la conscience de cette capacité que  résident sa dignité et sa responsabilité, son « âme » selon Rousseau.

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Définition : l’acte libre est donc l’acte volontaire. Lorsque je dis  » j’ai fait volontairement telle ou telle action » cela signifie que sans ma permission, telle ou telle chose ne se serait pas réalisée. Cette possibilité de faire ou de ne pas faire, de dire « oui » ou « non » (« d’acquiescer ou de résister » cf. Rousseau) à certains actes qui dépendent de moi, c’est ce que nous appelons liberté.

Problème : Comme le remarquait Chantal Thomas dans son récit sur le chambre 1 (cf. note de lecture, la liberté),  cette notion de « liberté » ne résulterait-elle pas simplement d’une illusion que je me fais sur mes possibilités réelles ?

 

 

  

Le déterminisme

Lorsque j’observe tous les faits qui se déroulent autour de moi ou la plupart de ceux qui ont lieu en moi ( ma respiration, ma circulation sanguine, …etc.), chaque chose qui arrive a sa cause déterminante conformément aux lois de la nature. Dans chaque cas je peux remonter à une situation antérieure qui rend inévitable ce qui s’est passé ensuite.

Par exemple, j’ouvre légèrement un robinet et j vois sortir quelques gouttes. Si j’avais su à l’avance où se trouvaient cs gouttes dans la tuyaterie, et en tenant comptedes lois de la gravité, des règles que suit le mouvement des liquides, de la position de l’orifice du robinet, etc., j’aurais certainement pu déterminer quelle goutte devait sortir la première et quelle goutte la quatrième.

De même la doctrine déterministe considère que, si je savais comment toutes les pièces qui composent le monde sont disposées en ce moment, et si je connaissais exhaustivement toutes les lois de la physique, je pourrais décrire sans erreur tout ce qui va arriver dans le mond, dans une minute ou dans cent ans. Comme je suis moi aussi une partie de l’univers, je dois être moi aussi soumis à la même détermination causale que le reste. Une telle conception n’exclut pas cependant l’idée de liberté.

Définition: L’acte libre dans ce contexte est l’acte que je n peux pas prévoir même si je connais entièrement la situation antérieure de l’univers, autrement dit l’acte libre c’est l’acte qui inventerait sa propre cause et ne dépendrait d’aucune précédente.

 

 

 

Etude d’un texte philosophique

 

 

 

    B. SPINOZA, Lettre LVIII

«  » Notre ami J.R [il s'agit du libraire Rieuwerts, ami et éditeur de Spinoza] m’a envoyé la lettre que vous avez bien voulu m’écrire en même temps que le jugement de votre ami sur ma manière de voir et celle de Descartes touchant le libre arbitre. [...]

   Je passe maintenent à cette définition de la liberté que votre ami dit être la mienne. Je ne sais d’où il l’a tirée. J’appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même et connaît toute chose librement, parce qu’il suit de la seule nécessité de sa nature que Dieu connaisse toutes choses. Vous le voyez bien, je ne fais pas consister la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité.

   Mais descendons aux choses créées qui sont toutes déterminées par des causes extérieures à exister et à agir d’une façon déterminée. Pour rendre cela clair et intelligible, concevons une chose très simple : une pierre par exemple reçoit d’une cause extérieure qui la pousse , une certaine quantité de mouvement et l’impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera de se mouvoir nécessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu’elle est nécessaire, mis parce qu’elle doit être définie par l’impulsion d’une cause extérieure. Et ce qui est vrai de la pierre il faut l’entendre de toute chose singulière, quelque soit la complexité qu’il vous plaise de lui attribuer, si nombreuse que puissent être ses aptitudes parce que toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d’une certaine manière déterminée.

   Concevez maintenant si vous le voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, pense et sache qu’elle fait effort, autant qu’elle peut, pour se mouvoir. cette pierre est asurément , puisqu’elle a conscience de son effort seulement et qu’elle n’est en aucune façon indifférente, croira qu’elle est libre et qu’elle ne persévère dans son mouvement que parce que elle le veut.

   Telle est la liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appéter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et s’il est poltron,vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu’ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire. De même un délirant, un bavard, et bien d’autres de même farine, croient agir par une libre décret de l’âme et non se laisser contraindre ».

 

Eléments de compréhension du texte

 

Ce texte est une illustration de la thèse déterminsite évoquée plus haut.

 

 Thème : la liberté

Question posée par le texte : les hommes sont-ils libres ?

Thèse critiquée par Spinoza : la liberté humaine consiste dans le libre arbitre, c’est-à-dire dans la volonté infinie de l’homme.

Thèse défendue par Spinoza : Si la liberté se définit comme un  » libre décret  » alors elle est illusoire.

 

La difficulté du texte consiste dans l’opposition de deux définitions de la liberté : Pour Spinoza la liberté ne consiste pas dans un « libre décret » mais dans une « libre nécessité« .

Dire que pour Spinoza, il n’y a pas de liberté possible dans sa représentation du monde, serait un contresens.

La liberté consiste à être et à agir par la seule nécessité de sa nature, et non par les décrets d’un libre arbitre.

 

Dans le premier paragraphe, Spinoza introduit ce dont il va être question par la suite : il se propose de discuter de la validité de la thèse de Descartes « concernant le libre arbitre« .

 

Définition de la liberté selon Descartes :

La liberté humaine consiste dans l’infinie volonté de l’homme.

Définition : « la volonté consiste seulement en ce que, pour affirmer ou créer, poursuivre ou fuir ces choses que l’entendement nous propose, nous agissons de telle sorte que nous sentons qu’aucune force extérieure ne nous y contraigne ».

Notre volonté infinie nous rapproche de Dieu. Cependant contrairement à la volonté divine, la volonté humaine n’est pas parfaite, ce qui explique qu’il nous arrive de désirer ou de vouloir ce qui n’est pas en  notre pouvoir. En effet, si l’homme peut vouloir infiniment, il ne peut pas pouvoir infiniment car il n’est qu’une créature de Dieu.

Cette liberté infinie du jugement est donc aussi la cause de nos erreurs : Grâce à ma raison je peux voir le bien ou le vrai, cependant je demeure libre de faire le mal.

 

Définition de la liberté selon Spinoza

 

Dans le deuxième paragraphe du texte, Spinoza pose sa propre définition de la liberté qui semble-t-il a été mal comprise par son ami.

Définitions : Etre libre c’est être à soi-même sa propre cause et agir par la seule nécessité de sa nature.

Par opposition, on dire qu’une chose est contrainte lorsqu’elle sera  » déterminée par une autre à exister et à agir d’une façon déterminée « .

 

-Troisième paragraphe – Spinoza applique ensuite ses deux définitions à l’ensemble des choses de la Nature. Dans la Nature un seul être peut être dit libre : Dieu.

Car la définition de la liberté ne peut en toute logique s’appliquer qu’à Dieu. Il n’y a que Dieu qui soit par définition à lui-même sa propre cause. De même il n’y a que Dieu qui soit par définition, la seule cause de ses actions:

 » Dieu [...] existe librement bien que nécessairement parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature… »

Ce qui fait l’originalité de la définition de Spinoza, c’est que contrairement à ce que l’on a l’habitude de penser, la liberté ne s’oppose pas à la nécessité, au contraire la liberté c’est la nécessité qui se connaît elle-même

 

Si Dieu est à lui-même sa propre cause, c’est parce qu’il se connaît parfaitement, parce qu’il est omniscient (remarque : Pour Spinoza, la liberté est  de la connaissance) 
« De même aussi Dieu se connaît lui-même librement parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même et connaît toutes les choses librement, parce qu’il suit de la seule nécessité de sa nature que Dieu connaisse toutes choses « .

- Quatrième paragraphe- Si Dieu est libre alors toutes les choses crées par Dieu seront contraintes : c’est-à-dire  » déterminées par des causes extérieures à exister et à agir d’une façon déterminée« .

Pour illustrer sa thèse selon laquelle la contrainte ne consiste pas dans la nécessité, Spinoza prend l’exemple d’une pierre. Si je lance une pierre, cette pierre reçoit d’une cause extérieure (moi) une certaine quantité de mouvement qui la porte à se mouvoir. Si une fois en l’air, la pierre continue à se déplacer, ce n’est pas parce que c’est une nécessité de sa nature (quand bien même l’impulsion a cessé) mais c’est parce qu’elle a reçu a départ une impulsion.

Spinoza généralise ensuite son exemple à toutes les choses créées, quelque soit leur degré de complexité : « toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d’une certaine manière déterminée« , afin de préciser que dans la Nature, l’homme ne fait pas exception à la règle. l’homme n’est pas « un empire dans un empire« . 

- Cinquième paragraphe- Qu’est-ce qui distingue l’homme des autres choses de la nature ? L’homme possède une conscience de soi, lorsqu’il agit, l’homme sait toujours qu’il agit, c’est ce qui le distingue des autres créatures. Mais avoir conscience de ce que l’on est et de ce que l’on fait, est-ce vouloir ce que l’on est ou vouloir ce que l’on fait ?

Ce qui est en question ici c’est l’IDENTITE posée par Descartes entre AVOIR CONSCIENCE et VOULOIR.

Spinoza reprend son exemple de la pierre. Si la pierre avait conscience de son mouvement est-ce que cela prouverait que la pierre a voulu son mouvement. Non cela ne changerait rien au fait que pour se mouvoir la pierre  besoin d’une impulsion donnée par une cause extérieure.

- Sixième paragraphe – Pour les hommes c’est la même chose, ce n’est pas parce que l’on a le sentiment qu’ »aucune force ne nous contraint » (Cf. Définition de la volonté selon Descartes) que nous sommes effectivement libres, que nous sommes la cause première de nos décisions et de nos actes.

Notre liberté comprise comme exercice d’un libre arbitre est donc illusoire et consiste simplement dans l’ignorance où nous sommes, des causes qui nous déterminent.

 

Pour approfondir

 

 

Robert Frank, Home Improvment

 

Est-ce que cela signifie que pour Spinoza il n’y a pas de liberté humaine possible ?

 

Au premier abord il semble que  Spinoza ait défini la liberté et la nature humaine de telle façon, que toute coïncidence entre ces deux notions soit radicalement impossible.

- La définition de la nature humaine est celle d’un mode. Un mode est par définition ce qui ne peut se suffire à soi-même : c’est ce qui n’est pas par soi, ce qui est en autre chose, ce dont l’existence est déterminée du dehors par celle des autres modes. Le mode renvoie toujours à autre chose, c’est pour cela qu’il ne se suffit pas à lui-même.

- La liberté se définit par la suffisance. « J’appelle libre une chose qui n’existe que par la seule nécessité de sa nature, et qui n’est déterminée que par elle-même« , (Ethique, définition 7). Il semble donc que Dieu seul puisse répondre à une semblable définition. Dieu étant la totalité, rien d’extérieur ne peut peser sur lui.

Problème : L’homme étant par définition un mode, c’est-à-dire ce qui ne peut se suffire, qui est par autre chose, on ne voit pas comment il pourrait accéder à la liberté ou à la suffisance. 

 

 

Pour approfondir et résoudre le problème posé:

Etude d’un texte philosophique

 

 

« On pense que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son bon plaisir. Cela cependant n’est pas absolument vrai, car en réalité être captif de son plaisir et incapable de rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c’est le pire esclavage, et la liberté n’est  qu’à celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison. Quant à l’action par commandement, c’est-à-dire l’obéissance, elle ôte bien en quelque manière la liberté, elle ne fait pas sur-le-champ un esclave, c’est la raison déterminante de l’action qui le fait. Si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais de celui qui la commande, alors l’agent est un esclave inutile à lui-même ; au contraire, dans un Etat et sous un commandement pour lesquels la loi suprême est le salut de tout le peuple,  non de celui qui commande, celui qui obéit en tout au souverain ne doit pas être dit un esclave inutile à lui-même, mais un sujet. Ainsi cet Etat est le plus libre, dont les lois sont fondées en droite raison, car dans cet Etat chacun, dès qu’il le veut, peut être libre, c’est-à-dire vivre de son entier consentement sous la conduite de la Raison. »

 

Spinoza

 

 

 

 

 

  

 III. LA PERFECTIBILITE

 

 
 

 

La perfectibilité désigne non seulement la capacité que possède l’homme de s’adapter à des conditions nouvelles, mais aussi celle de puiser dans ses réserves et de développer les facultés requises pour pouvoir survivre dans n’importe quelles circonstances. La perfectibilité permet à l’homme de construire sa conduite au grès des circonstances et de relayer la nature lorsqu’elle se montre défaillante.

 

Liberté et perfectibilité sont en fait le recto et le verso d’une seule et même puissance, celle de conduire son existence en qualité d’agent libre et de choisir les solutions adaptées aux situations qui se présentent.

« Mais, quand les difficultés qui environnent toutes ces questions laisseraient quelque lieu de disputer sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation, c’est la  faculté de se perfectionner ; faculté qui a l’aide des circonstance, développe successivement toutes les autres, et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu, au lieu qu’un animal est au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce au bout de mille an, ce qu’elle était la première année de ces mille an. Pourquoi l’homme seul est-il sujet à devenir imbécile ? N’est-ce point qu’il retourne ainsi dans son état primitif, et que tandis que la bête qui n’a rien acquis et qui n’a rien non plus à perdre, reste toujours avec son instinct, l’homme reperdant par la vieillesse ou d’autres accidents tout ce que sa perfectibilité lui avait fait acquérir, retombe ainsi plus bas que la bête même ? Il serait triste pour nous d’être forcés de convenir, que cette faculté distinctive, et presque illimité, est la source de tous les malheurs de l’homme ; que c’est elle qui le tire, à force de temps, de cette condition originaire, dans laquelle il coulerait des jours tranquilles et innocents ; que c’est elle, qui faisant éclore avec les siècles ses lumières et ses erreurs, ses vices et ses vertus, le rend à la longue le tyran de lui-même et de la nature » .

 

J. J. Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

 

 (Lignes 1 à 4) Dans la partie du  texte qui précède cet extrait, Rousseau a démontré que la faculté de décider librement distinguait l’homme de l’animal. Cependant l’existence d’une volonté libre donne lieu à des discussions interminables. Il existe une autre preuve de la différence qualitative  de l’homme par rapport à l’animal. Il suffit de prêter attention à la faculté que possède l’homme et l’homme seul, de se perfectionner.

 

Qu’est-ce que la perfectibilité ? La perfectibilité  consiste dans l’aptitude qu’à l’homme de cultiver et de perfectionner les facultés telles que l’intelligence et la raison, le curiosité, le désir de savoir et d’agir, qui permettent à l’homme de connaître et de comprendre. Cette capacité permet à l’homme d’accumuler et d’augmenter ses connaissances, aussi bien en conservant ses souvenirs et en découvrant de nouvelles explications théoriques et de nouveaux savoirs-faire. La perfectibilité permet à l’homme d’augmenter sa puissance, cependant rien n’empêche qu’elle conduise l’homme à agir contre son bonheur et contre celui des autres.

 

Cette faculté de se perfectionner concerne aussi bien chaque individu que l’espèce humaine dans son entier ; Un homme n’est jamais « achevé », il n’ a jamais fini d’apprendre, de chercher à comprendre la nature et ce qu’il est lui-même, aussi longtemps que la vieillesse ne vient pas altérer l’ensemble de ses facultés.

 

Ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est que la capacité de se perfectionner est potentiellement infinie chez l’homme alors qu’elle est infinie chez l’animal. Même si certaines espèces animales possèdent dans leurs comportements une marge d’apprentissage et d’autocorrection, ce « perfectionnement » animal reste borné à une certaine marge, comprise dans les bornes des facultés innées de l’animal fixées par la nature.

 

Dans le cas de l’homme, les facultés peuvent se modifier et se développer, ce qui explique que l’homme puisse se poser à l’infini de nouveaux problèmes à résoudre, auxquels il se révèle capable à l’infini d’apporter de nouvelles réponses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 
 
 
 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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