Pour commencer notre année de philosophie, nous allons travailler sur un texte du philosophe allemand Karl JASPERS (XX° siècle) afin d’essayer d’entrevoir ce que peut bien enseigner la philosophie, discipline nouvelle qui reste très mystérieuse pour un élève de terminale.
En même temps nous mettrons progessivement en place les bases méthodologiques de l’exercice intitulé « explication d’un texte philosophique« , dont la maîtrise est nécessaire pour l’épreuve du baccalauréat qui couronne l’année scolaire.
Exercice 1
lire méthodiquement un texte
« Le mot grec « philosophe » (philosophos) est formé par opposition à sophos. Il désigne celui qui aime le savoir, par différence avec celui qui possédant le savoir, se nomme savant. Ce sens persiste encore aujourd’hui : l’essence de la philosophie c’est la recherche de la vérité non sa possession, même si elle se trahit elle-même, comme il arrive souvent, jusqu’à dégénérer en dogmatisme, en un savoir mis en formules, complet, transmissible par l’enseignement. Faire de la philosophie c’est être en route. Les questions en philosophie sont plus essentielles que les réponses, et chaque réponse devient une nouvelle question ».
Karl JASPERS, Introduction à la philosophie,1965.
Questions de compréhension du texte
1) Quel est le thème du texte ?
2) Quelle est la question posée par le texte ?
3) Sur quelle opposition se construit le texte ?
4) Quelle est la thèse du texte ?
5) Comment le texte définit-il le dogmatisme ?
6) Pourquoi le dogmatisme s’oppose-t-il à l’attitude philosophique ? ( la réponse doit être développée, il est conseillé de travailler au brouillon)
Correction de l’exercice
Remarques
- Immédiatement certains élèves ont été mis en difficulté dans la lecture du texte qui ne contient pourtant pas de difficulté majeure. Certains élèves ont été tout simplement déstabilisés par l’usage du mot « dogmatisme » et ne se sont pas rendu compte qu’il était défini dans le texte. Ils se sont tout simplement arrêtés de lire le texte au mot dogmatisme.
→ Pas de panique : Pour lire un texte , il faut remettre les termes utilisés dans l’extrait proposé qui en éclaire le sens. D’un texte à l’autre la signification d’un terme peut varier, il n’est pas nécessaire de comprendre le sens de chaque mot pris un à un, par contre, il faut toujours remettre les termes utilisés dans leur contexte .
- Certains élèves ont eu des difficultés pour distinguer le thème et la thèse du texte.
→ Le thème est l’objet général du texte, autrement dit de quoi ça parle, indépendamment de l’approche choisie par l’auteur et de l’opinion (la thèse) de l’auteur
Le thème du texte proposé ici est « la philosophie », tout simplement.
Remarque :
- répondre que le thème du texte est « la définition de la philosophie » n’est pas satisfaisant car déjà on annonce l’approche choisie par l’auteur, ainsi que la thèse du texte
Méthode : Etre capable de saisir le thème général du texte permettra par la suite lorsque vous aurez acquis une culture philosophique de mobiliser vos connaissances autour de ce thème pour débattre avec l’auteur du texte
→ Méthode : Chaque texte de philosophie est une réponse à une question ou un problème posé. Cette question peut être clairement posée dans le texte ou être implicite. Pour trouver la thèse du texte il est très utile de poser la question soulevée par le texte à laquelle la thèse du texte répond. Cette question porte sur le thème général du texte.
La question posée dans ce texte est :
« qu’est-ce que la philosophie » ?
Remarques :
- Il est plus simple de répondre sous la forme d’une question mais la réponse « A travers ce texte Karl Jaspers recherche le sens de la philosophie » est une réponse satisfaisante.
- Poser la question « la philosophie est-ce la recherche de la vérité et non sa possession ou bien un savoir en formules où ne découle aucune réflexion ? » n’est pas satisfaisant dans la mesure où la question posée donne la réponse attendue.
Exemple de question qui passe à côté du texte et qui montre que l’élève n’a pas compris le texte : « L’attitude philosophique n’a-t-elle pas évolué à l’encontre de ses valeurs de départ au fil du temps ? »
Dans certains cas le texte donne à penser et soulève par conséquent un certain nombre de questions qui ne sont pas la question posée par le texte mais qui résultent de la réponse apportée. Par exemple « Comment peut-on chercher la vérité sans vouloir la posséder ? »
→ La réponse à cette question sera la thèse du texte.
La philosophie est définie dans ce texte comme l’amour du savoir et la recherche de la vérité.
Guillaume C. nous propose une excellente réponse car il ne paraphrase pas le texte, ce qui montre qu’il a compris le texte et se l’est approprié :« Ce texte soutient la thèse selon laquelle la philosophie contrairement au dogmatisme, doit chercher le savoir sans prétendre jamais l’avoir[définitivement] trouvé. Le philosophe se doit de n’avoir aucune certitude et « d’être sans cesse en route » vers le savoir.
Méthode : Pour pouvoir évaluer son travail il est important de comprendre la relation entre le thème/la question posée/ la thèse du texte.
- La question posée se rapporte au thème.
- La thèse du texte est une réponse à cette question.
Si ces trois éléments ne peuvent pas être mis en relation, cela signifie qu’il y a une erreur de compréhension du texte.
→ La thèse d’un texte est généralement le résultat d’une démonstration ou d’une argumentation. Il sera donc important ensuite d’affiner la compréhension de la thèse en repérant les différentes étapes de l’argumentation.
Dans cet exemple, comme le texte est très court, on pouvait juste relever que l’exposé de la thèse se construit autour d’une double opposition philosophe / le savant, philosophie /dogmatisme.
Remarque :
Beaucoup d’élèves ont eu semble-t-il du mal à repérer les termes principaux de l’opposition et ont relevé plutôt l’opposition entre « recherche du savoir/possession du savoir ». Ce n’est pas faux mais cela traduit un manque de méthode dans l’approche du texte.
→ La définition du dogmatisme :
Le dogmatisme désigne une attitude par rapport au savoir. Le « savant » dogmatique se contente d’apprendre des connaissances toutes faites, qu’il tient pour vraies. Ici le terme « savant » est synonyme d’érudition (posséder beaucoup de connaissances).
Dans ce texte le mot dogmatisme a une valeur péjorative soulignée par l’utilisation du verbe « dégénérer ». Le dogmatisme renvoie à une attitude rigide face au savoir. Le savant dogmatique tient ses connaissances pour vraies et n’est pas prêt à les remettre en question.
→ Pour reprendre la réponse de Sébastien : « Tout d’abord le dogmatisme et l’attitude philosophique ont pour but de répondre à des questions. Cependant l’intérêt n’est pas le même ; En effet le dogmatisme s’attache d’abord à la réponse. Il veut un résultat unique, définitif, [Charlotte rajoute : universel], clair, net et précis qui réponde à son questionnement. Alors que la philosophie s’intéresse non au résultat, mais à la recherche du résultat ».
Timothée : « le savoir dogmatique est un savoir composé d’idées arrêtées et de questions résolues. »
Le dogmatisme s’oppose à l’attitude philosophique car alors que le savant reste figé dans un savoir qu’il considère comme achevé, le philosophe, lui est toujours en mouvement. Il ne se satisfait jamais des réponses apportées à ses questions, chaque réponse appelant une nouvelle question. Alors que le savant est persuadé savoir avec certitude, l’attitude philosophique consiste à considérer que rien n’est jamais définitivement acquis et qu’il ne saurait se satisfaire des réponses qu’il trouve à ses questions. Cependant Karl Jaspers remarque que le dogmatisme reste une tentation pour la philosophie.
Remarques :
On pouvait comme Mounir ou Pierre utiliser l’exemple du dogme religieux pour expliquer le sens du mot dogmatisme. Un dogme religieux est une vérité qui repose sur l’autorité d’un texte religieux. Il s’affirme comme une vérité unique et exclusive de toute autre. Il ne peut être discuté ou remis en question.
Il est intéressant de remarquer que certains élèves n’ont pas pu définir le mot dogmatisme dans la question 5, certainement parce que le mot leur semblait trop effrayant. Mais qu’ils ont, en quelque sorte malgré eux, fait ce travail de définition pour répondre à la question 6, qui reprenait la question 5 mais était formulée différemment. Il aurait été constructif de revenir alors sur la question 5 pour effectuer des corrections.
● Des élèves ont fait des remarques très intéressantes sur le texte qui peuvent ouvrir le débat :
Yassine remarque que le dogmatisme qui fige la pensée s’oppose à la liberté de pensée. Pierre souligne lui, la liberté de la recherche philosophique.
Pierre remarque qu’il n’y a pas nécessairement une opposition radicale entre le philosophe et le savant, puisque le philosophe a besoin d’accumuler des connaissances, pour ensuite s’en écarter.
Mathieu remarque que l’attitude philosophique ne va pas de soi et demandera certainement un effort contre nature à l’homme qui préfèrera toujours la facilité des idées préconçues. Il s’étonne d’ailleurs que certains puissent préférer la difficulté de la réflexion. Le constat fait par Mathieu rejoint celui que faisait déjà Descartes au XVII° siècle, qui développe la même idée dans ses Méditations.
Maylis remarque que le dogmatisme conduit inévitablement à une uniformisation de la pensée tandis que l’attitude philosophique permet de construire une réflexion personnelle.
Kevin remarque qu’apprendre ce n’est pas synonyme de raisonner. Le savant apprend. Le philosophe raisonne.
Doriane et Alix font le parallèle entre le dogmatisme et l’attitude « scolaire ».
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