La technique – explication d’un texte philosophique (sections technologiques)
Dimanche 26 février 2012Préparation au baccalauréat – sections technologiques
sujet 3 : explication d’un texte philosophique
Texte
Ce n’est pas parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des êtres, mais c’est parce qu’il est le plus intelligent des êtres qu’il a des mains. En effet, l’être le plus intelligent est celui qui est capable de bien utiliser le plus grand nombre d’outils : or, la main semble bien être non pas un outil, mais plusieurs. Car elle est pour ainsi dire un outil qui tient lieu des autres. C’est donc à l’être capable d’acquérir le plus grand nombre de techniques que la nature a donné l’outil de loin le plus utile, la main. Aussi ceux qui disent que l’homme n’est pas bien constitué et qu’il est le moins bien pourvu des animaux (parce que, dit-on, il est sans chaussures, il est nu et n’a pas d’armes pour combattre), sont dans l’erreur. Car les autres animaux n’ont chacun qu’un seul moyen de défense et il ne leur est pas possible de le changer pour un autre, mais ils sont forcés pour ainsi dire, de garder leurs chaussures pour dormir et pour faire n’importe quoi d’autre, et ne doivent jamais déposer l’armure qu’ils ont autour de leur corps ni changer l’arme qu’ils ont reçu en partage. L’homme, au contraire, possède de nombreux moyens de défense, et il lui est toujours loisible d’en changer et même d’avoir l’arme qu’il veut et quand il veut. Car la main devient griffe, serre, corne, ou lance ou épée ou toute autre arme ou outil. Elle peut être tout cela parce qu’elle est capable de tout saisir et de tout tenir. »
Aristote, Les parties des animaux
Questions
Remarques : les questions se divisent en deux types de questions :
- Il y a d’abord des questions qui visent à expliquer le texte. La lecture du texte doit donc être méthodique ; L’explication doit être la plus précise et détaillée possible.
- Il y a pour finir une dernière question qui est une question de réflexion sur le thème du texte. Dans cette question, en s’appuyant sur ses connaissances et sur les éléments de compréhension du texte qu’il a dégagé, l’élève construit une argumentation pour répondre à la question posée.
1. Donnez la thèse du texte et les étapes de l’argumentation.
→ Conseils de méthode pour réussir l’exercice :
Pour répondre à cette question il faut chercher :
- 1) le thème du texte
- 2) la question posée par le texte (qui porte sur le thème du texte)
- 3) la thèse du texte (qui répond à la question posée par le texte)
- 4) les étapes de l’argumentation (on découpe précisément le texte en indiquant le début et la fin de la partie ; on résume chaque partie à l’aide d’une phrase ; il doit y avoir une seule idée par partie ; chaque partie doit contenir une idée différente)
▪ Thème : L’homme ou la main de l’homme
▪ Question posée par le texte : Pourquoi l’homme a-t-il des mains ?
▪ Thèse du texte : L’homme a des mains car il est le plus intelligent des êtres.
▪Thèse opposée (vue en cours) : l’homme a des mains car il est l’être vivant le plus faible ou le plus démuni (Mythe de Prométhée, thèse de Protagoras exposée par Platon)
Plan du texte (étapes de l’argumentation) :
Le découpage du texte doit être précis. Il y a une seule idée par partie.Chaque partie doit pouvoir être résumée en une phrase.
- 1° partie :
Lignes 1-8 : Thèse du texte : l’homme est le plus intelligent des êtres parce qu’il a des mains.
- 2° partie :
Lignes 8-15 (« Aussi ceux qui disent… »): Critique de la thèse de Platon (l’homme est le plus démuni des animaux c’est pour cela qu’il a des mains)
- 3° partie :
Lignes 16- 20 (« L’homme au contraire… »): La main est l’outil des outils.
2. Pourquoi les mains sont-elles caractéristiques de l’homme ?
Pour Aristote, la main est la caractéristique de l’homme. C’est-à-dire que l’usage de la main définit l’homme et le distingue des autres animaux.
- Pour Aristote la main est le prolongement de l’intelligence. L’homme est le seul être possédant la raison ou le logos. La raison et l’usage de la main vont conditionner le rapport de l’homme au monde. L’animal est dans un rapport immédiat à la nature. A chaque problème qu’il rencontre la nature a prévu une réponse en le dotant d’organes adaptés. Pour l’homme c’est différent. Le rapport de l’homme au monde se fait par la médiation de la pensée et de la technique qui est une certaine façon de penser le monde. Lorsque l’homme rencontre un problème, il ne peut compter que sur lui-même pour trouver une solution (même si selon Aristote c’est la nature qui a doté l’homme de la raison et des mains)
- La main est un organe très particulier, polyvalent qui n’est pas spécialisé dans une seule fonction comme le sont les organes des autres animaux. Cela permet à l’homme de s’adapter plus facilement à son environnement.
Remarque : Les anthropologues font correspondre l’apparition de l’humanité à l’acquisition de la bipédie par l’homme. Le passage à la station debout à libéré l’usage de la main, qui était jusqu’alors principalement utilisée pour le déplacement. Cette évolution s’est accompagnée en parallèle d’un développement du cerveau humain. Ce qui distingue cette approche de l’humanisation de l’homme de la thèse d’Aristote, c’est que pour l’anthropologie l’homme est d’abord un homo faber (un homme qui fabrique) avant d’être un homo sapiens (un homme qui raisonne). La main et l’expérimentation du monde qu’elle permet ont une influence sur la formation des capacités cognitives de l’homme. (voir question suivante)
3. Qu’est-ce qui vient en premier : les mains in et le rôle de l’intelligence est-elle importante ?
Pour Aristote l’intelligence est déterminante. C’est elle qui guide la main dans ses activités. La distinction entre la main et l’intelligence est importante car on pourrait aussi penser que la main dans sa capacité à expérimenter le monde peut façonner l’intelligence humaine et lui permettre de développer de nouvelles capacités cognitives. C’est sur ce point que les résultats de l’anthropologie divergent des thèses d’Aristote.
4. Expliquez les phrases suivantes : « C’est donc à l’être capable d’acquérir le plus grand nombre de techniques que la nature a donné l’outil de loin le plus utile, la main. Aussi ceux qui disent que l’homme n’est pas bien constitué et qu’il est le moins bien pourvu des animaux (parce que, dit-on, il est sans chaussures, il est nu et n’a pas d’armes pour combattre), sont dans l’erreur ».
Première phrase :
Cette première phrase expose la thèse d’Aristote :
Si la nature a donné à l’homme des mains c’est dans un but précis. Parce que l’homme est doté de raison et est le plus intelligent des êtres, il saura bien se servir de ses mains. Son intelligence et ses mains permettront à l’homme d’acquérir le plus grand nombre de techniques. Cela fera non seulement de l’homme, l’animal le mieux doté de la nature, mais cela fera surtout de l’homme un être humain.
La nature ne fait rien en vain, si elle attribue à un être vivant une capacité c’est dans un but bien précis. Pour les Grecs la nature est un tout, dans lequel chaque être, chaque chose a sa place et réalise ce pourquoi il est fait. La répartition des capacités est réfléchie en fonction de ces objectifs. L’homme a été doté d’une raison et de main pour réaliser son humanité. L’homme ne peut quitter la condition animale et se réaliser dans son humanité que dans l’usage de la raison à travers le savoir et le savoir-faire.
Deuxième phrase :
« Ceux qui pensent que… » Ici Aristote fait allusion à la thèse de Protagoras rapportée par Platon dans le Mythe de Prométhée de Protagoras, thèse qu’il conteste « …sont dans l’erreur ».
Pour Protagoras l’homme est le plus démuni des animaux.
A l’origine de l’humanité, Zeus confia aux deux frères Prométhée et Epiméthée la tâche de distribuer aux êtres vivants des capacités leur permettant de survivre dans la nature et d’assurer la pérennité de leur espèce. Epiméthée voulut se charger de la distribution, mais il oublia de garder des capacités pour les hommes. Aussi quand vint le tour de l’homme, il ne lui restait plus rien. Dépourvu de toute capacité lui permettant de survivre dans la nature, l’homme se retrouva être le plus faible et le plus démuni des animaux.
Pour pallier à cette faiblesse originelle Prométhée vola la technique et le feu aux dieux pour les offrir aux hommes. La technique n’est donc ici qu’une prothèse artificielle qui vient compenser la faiblesse naturelle de l’homme.
Question de réflexion
5. La technique permet-elle à l’homme de s’affranchir des contraintes liées à sa condition naturelle ?
Méthode : Jusqu’à présent les questions visaient à expliquer le texte. Cette question est une question de réflexion qui permet de discuter de la thèse du texte et d’élargir la réflexion. Ici le correcteur s’attache à évaluer les capacités argumentatives de l’élève. La réponse doit donc être construite. Il faut faire une courte introduction, un développement structuré, une conclusion.
Ici même sans documents supplémentaires on pouvait traiter la question. Il fallait procéder comme pour une dissertation et problématiser la question.
• Dans un premier temps, il fallait analyser au brouillon le sens de la question posée : Ici la question porte sur la signification de la technique pour l’homme. (Quel sens à la technique pour l’homme ? Que nous révèle la technique sur la condition humaine ?) —–> Remarque : on retrouve le thème du texte d’Aristote.
• On peut repérer dans la formulation de la question une première thèse ou une première réponse à la question posée : la technique est un instrument de libération pour l’homme.
• On peut déjà entrevoir que la thèse adverse sera : la technique est un instrument d’asservissement de l’homme.
• Pour que notre réponse soit satisfaisante, il serait souhaitable de trouver par la suite une troisième thèse qui nous sorte de l’alternative pour/contre la technique.
• On a à notre disposition deux thèses : celle de Platon - la technique pallie à la faiblesse originelle de l’homme, et celle d’Aristote – la technique est la marque de la condition humaine. Elle distingue l’homme des autres espèces vivantes, et lui donne un avantage par sa grande adaptabilité au milieu.
→ Dans les deux thèses la technique libère l’homme. Cependant cette libération n’a pas le même sens pour les deux philosophes.
- Pour Platon la technique permet à l’homme de gagner une liberté de mouvement : il peut faire en quelque sorte plus de choses que ne le permettrait sa condition naturelle. Mais cette liberté est ambivalente car l’homme est dépendant de ses prothèses techniques. Si on lui enlève, il devient le plus faible des animaux.
- Pour Aristote, la technique émancipe l’homme. Puisqu’elle est l’expression du logos (de la raison, ou de la faculté de penser le monde), elle modifie en profondeur (de façon « essentielle ») le rapport de l’homme à la nature. En transformant la nature grâce à son savoir-faire, l’homme instaure une rupture entre lui et la nature. Par cette rupture l’homme s’émancipe : il quitte la condition animale pour s’élever à la condition humaine. Dans la condition humaine, l’homme développe des capacités que ne possède pas l’animal : la capacité de raisonner et de connaître le monde, la capacité de décider pour lui-même. Cette capacité de décider pour soi, c’est ce qu’on appelle la liberté du jugement ou l’autonomie. Elle est à proprement parler la marque de l’humanité en l’homme.
♦ Pour approfondir la question voir sur le blog le cours La technique
Exemple d’introduction propsée à partir du travail de Lola E.
Dans Les parties des animaux, Aristote défend l’idée que l’homme est un animal technicien, capable de tout entreprendre pour satisfaire ses besoins. Mais la technique lui-permet-elle de s’affranchir de ses conditions naturelles ? L’homme peut-il oublier qu’il reste un être naturel parmi les autres ? Dans une première partie nous verrons que la technique définit la condition humaine et détermine les rapports de l’homme à son milieu, le distinguant ainsi de toutes les autres espèces vivantes. Mais l’homme aujourd’hui a peut-être présumé de ses forces et se trouve confronté à des situations qu’il a pour la plupart générées en désirant acquérir toujours plus de puissance, et situations qui le dépassent. Dans une troisième partie nous verrons que si l’homme veut s’assurer un avenir, il doit désormais de toute urgence repenser son rapport à la nature.
Exemple de plan :
I. La technique libère l’homme du besoin et de la nécessité.
Méthode : il est utile de commencer le développement avec une définition générale de la technique afin de savoir de quoi on parle précisément.
Définition de la technique : la technique est l’ensemble des moyens qui permettent de réaliser une fin. (Remarque : cette définition est importante car elle ne réduit pas la technique à l’outil ou à la machine. La technique est d’abord une façon de penser : un savoir-faire).
La thèse de Protagoras : le Mythe de Prométhée – la technique pallie à la faiblesse originelle de l’homme.
Insuffisance de la thèse de Protagoras : La liberté qu’acquiert l’homme n’est qu’une liberté de mouvement, si on retire à l’homme ses prothèses techniques, l’homme reste le plus démuni des êtres vivants. Cette liberté de mouvement est illusoire, non seulement l’homme reste soumis aux contraintes liées à sa condition naturelle mais il est dépendant de ses prothèses techniques.
II. La technique émancipe l’homme
La thèse d’Aristote : la technique est la marque de l’humanité en l’homme.
En travaillant (transformant) la nature, l’homme humanise le milieu dans lequel il vit en lui imprimant sa marque et en même temps, l’homme se construit comme un être humain.
La thèse de Descartes : les progrès de la science et de la technique font de l’homme le maître et le possesseur de la nature. Aujourd’hui le progrès des sciences et des techniques n’ont plus pour finalité la satisfaction des besoins de l’homme mais la puissance. Grâce aux sciences et aux techniques l’homme peut désormais affirmer sa suprématie sur l’ensemble de la nature.
III. Sans réflexion éthique sur son usage et son développement, la technique asservit l’homme.
- Le progrès technique permet aujourd’hui de produire l’homme lui-même et d’accroître la domination de l’homme sur l’homme (part exemple les progrès du génie génétique pourraient permettre de produire un homme parfait qui n’aurait plus rien de naturel).
- L’homme est capable de fabriquer des objets techniques (les « moyens sans fin ») dont il est incapable de maîtriser les effets (par exemple la bombe atomique) qui menacent l’avenir de l’humanité.
- La quête de puissance a déséquilibré les rapports de l’homme à la nature. Aujourd’hui les conséquences de l’activité humaine menacent l’avenir de l’humanité (réchauffement climatique, gazs à effet de serre)
Le problème n’est pas du côté de la technique ou des moyens mais du côté des fins, des objectifs que l’homme se donne. En poursuivant un idéal de puissance, les hommes se sont pris les pieds dans leur propre démesure. Il est temps pour nous de revenir à davantage de mesure et de rééquilibrer nos rapports à la nature et à notre propre nature : le développement technique doit s’accompagner d’une réflexion éthique.
Tags : main, raison, technique


Le film commence par une longue séquence en noir et blanc. C’est l’hiver, dehors il neige. Un couple fait l’amour. La caméra saisit les corps dans un vibrant hommage à la jouissance et à la vie. Les corps mêlés semblent engagés dans une parfaite harmonie, dans une parfaite réciprocité. Pendant ce temps, l’enfant du couple grimpe sur le rebord de la fenêtre et tombe. Une lente cantate de Haendel « laschia chi’io pianga », rythme l’image, les silences répétés de la partition signifient le sanglot, les paroles du chant annoncent la thématique du film.
L’humanité, la science et la technique sont du côté du masculin, elles ordonnent la nature comme elles organisent les constellations dans le ciel. Mais si elles avaient été du côté du féminin l’ordonnancement des étoiles serait-il le même ?
Il lui propose comme thérapie d’affronter l’objet de sa peur. L’objet de sa peur c’est Eden, « le Paradis », c’est la forêt qui environne leur maison de campagne. Elle y a fait dernièrement un séjour pour y terminer sa thèse.

















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