dissertation : travailler moins est-ce vivre mieux ?

Samedi 12 mars 2011

Correction du baccalauréat blanc TES

TRAVAILLER MOINS EST-CE VIVRE MIEUX ?

La difficulté de ce sujet réside principalement dans la formulation du sujet qui contient deux notions philosophiques : « le travail« , le « bien-vivre » et le bonheur [qui n'est pas explicitement formulé comme tel (" vivre mieux") dans le sujet].


Il faut donc  déterminer ici qu’elle est la notion principale qu’il s’agit d’approfondir et quelle est la notion secondaire qui supporte ce travail de définition.


Ici tous les élèves sont tombés dans le piège : la notion principale est le «bien-vivre». La question de fond à résoudre est  «Qu’est-ce que bien- vivre” ?


Cette question est au coeur des interrogations philosophiques de tout homme. En effet contrairement à l’animal,  l’homme ne se contente pas de vivre, il aspire à être heureux dans sa vie. Il aspire à « vivre-bien« . Or la plupart du temps l’homme fait les mauvais choix :en voulant être heureux, il fait son propre malheur. Il est donc important avant de décider ou d’agir de se se demander  qu’est-ce que  « vivre-bien » ?


Rappel sur la méthode

Philosopher c’est d’abord questionner. C’est questionner ce qui est donné, c’est questionner ce qui apparaît comme évident. Pour un philosophe rien n’est définitivement donné, rien n’est évident. questionner ne signifie pas nécessairement rejeter. Il s’agit simplement d’examiner le fondement sur lequel repose ces évidences. Ces évidences sont-elles fondées ou non ? Pour un philosophe rien n’est jamais définitivement donné. Rien n’est évident.

On va analyser le sujet en cherchant à dégager les thèses implicites contenues dans la question posée.

Le sujet de cette dissertation, tel qu’il est formulé suggère deux évidences (largement répandues dans l’opinion commune) qu’il faut mettre en question. Les sujets correspondent à des questions étudiées en cours et sont conçus de façon à orienter les élèves sur certaines problématiques. L’exercice de la dissertation doit se concevoir dans le cadre d’une discipline scolaire. Pour un élève qui connaît son cours,  et qui a compris « l’esprit de l’exercice » la il n’y a en principe aucune difficulté

1) le travail est synonyme de malheur.

2) Une vie heureuse est une vie de loisirs

Autrement dit, ici il ne s’agissait pas de parler du travail en général, mais d’examiner la valeur de la proposition  suggérée par le sujet: « le travail est synonyme de malheur pour l’homme ».


Construction de la problématique : Exemple de progression du questionnement  à partir des thèses suggérées par le sujet :

- 1) Si le travail est synonyme de malheur pour l’homme (entendu comme l’individu),  cela signifie que pour que l’homme soit heureux, il faut que l’homme travaille moins ou ne travaille plus. Dans ce cas là une vie heureuse est une vie sans travail, une vie de loisirs (il faut définir le mot loisir) .

- 2) Mais une telle hypothèse est-elle réalisable? Le travail n’est-il pas le lot de la condition humaine ? Une vie heureuse n’est-elle pas une vie dans laquelle l’homme peut se réaliser ? Une vie dans laquelle il peut réaliser son humanité ? Le travail n’est-il pas alors  le moyen qui permet à l’homme de s’émanciper ?

- 3) Maintenant que l’esclavage est aboli, une vie de loisirs est une utopie. Malgré les progrès des connaissances et des techniques, les hommes (entendu comme le genre humain)  doivent travailler pour subvenir à leurs besoins. La solution ne se trouve donc pas dans la suppression du travail, mais dans une transformation du travail : l’organisation du travail doit être au service de l’homme et non l’inverse comme c’est le cas aujourd’hui.

Remarque :

Dans la construction de la problématique  de la dissertation je procède en généralisant : je passe de la situation individuelle (cet homme là vivant à cette époque bien précise dans des conditions historiques particulières) à la situation générale du tout homme : sans transformation de la nature par le travail, il n’y aurait pas d’humanité, c’est pour cela qu’il ne s’agit pas de supprimer le travail qui n’est pas un mal en soi mais de le transformer, de l’adapter aux hommes.

En philosophie ce que l’on interroge ce n’est pas la situation historique de cet homme là , mais c’est la condition humaine qui concerne tous les hommes sans exception. Ainsi lorsque vous vous inteoger sur l’homme vous devez absolument vous interroger sur cette expérience que vous partager avec tous les hommes et pas simplement sur votre cas particulier.

———–> pour arriver à cette généralisation l’élève, même génial, a besoin de s’appuyer sur son cours de philosophie.






André KERTESZ, Manifestation , 1916



REMARQUES FAITES A PARTIR DES COPIES D’ELEVES




Est-il encore nécessaire de répéter ce qu’est une INTRODUCTION ?


L’introduction présente votre travail de façon synthétique.

Elle montre 1) que vous avez compris le problème posé ; 2) que vous avez résolu le problème.

Elle ne peut être rédigée qu’au terme du travail préparatoire, une fois que vous avez posé  au brouillon dans un plan détaillé les axes de votre réflexion, et que par conséquent, vous savez exactement ce que vous allez démontrer ou défendre.

Dans beaucoup de copies il est clair que l’introduction a été rédigée sans qu’ait été effectué ce travail préparatoire préalable indispensable. Le correcteur pourrait interrompre la lecture de la copie au niveau de l’introduction tant il apparaît clairement que l’élève 1) n’a pas compris le problème posé 2) que l’élève ne traite pas la question posée et ne propose aucune résolution (ou tentative de résolution) du problème.


Eléments indispensables dans une introduction :


- a) On amorce l’introduction en présentant l’intérêt ou l’actualité de la question posée. Le philosophe pense le monde dans lequel il vit. Il est donc important de faire le lien entre l’actualité et le sujet de la dissertation.

- b) On montre que sous ce sujet ou cette question particulière se dessine une question de fond plus générale qui intéresse qui intéresse tout homme parce qu’elle porte sur la condition humaine (sur ce que c’est qu’être un être humain).

- c) On présente les étapes de la résolution du problème ( ce qui veut dire qu’avant de rédiger l’introduction, on a résolu le problème !!!)

On évite de donner des éléments de réponse (définitions, thèses) avant d’avoir posé le problème à résoudre car dans ce  cas là si on affirme avant de questionner, il n’y a plus de problème donc plus d’utilité à faire une dissertation !



DEVELOPPEMENT


Le plan du développement


I) Le travail est synonyme de malheur pour l’homme . Par conséquent  pour que l’homme soit heureux, il faut que l’homme travaille moins ou ne travaille plus. Une vie heureuse est une vie sans travail, une vie de loisirs.

- a)La définition courante du travail

A l’origine le mot travail vient du latin « tripalium »qui désignait d’abord un appareil formé de trois pieux  servant à maintenir les chevaux pour les ferrer, puis un instrument de torture. De même le mot latin « labor« , d’où sont ici les mots «labour» et «labeur»  évoque à la fois le travail et la peine. L’origine étymologique du mot suggère donc l’idée d’un assujettissement pénible ( 1° définition étymologique du mot travail)  : On retrouve ce sens dans l’interprétation biblique des origines de l’homme. Le travail est un châtiment : Dieu punit le premier péché de l’homme, en chassant Adam du jardin d’Eden et en l’obligeant à cultiver une terre envahie par les épines et les chardons.  « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front » (Genèse, 3, 19)

- b) Le travail exprime d’abord pour l’homme une nécessité vitale.

L’homme est un être marqué par le dénuement (cf. Mythe de Protagoras rapporté par Platon) qui ne peut survivre dans la nature qu’au prix d’efforts douloureux. A la différence de l’animal, rien de ce dont il a besoin pour survivre  (pour manger, pour se chauffer, pour se vêtir) ne lui est immédiatement donné. Pour survivre, l’homme est condamné sans relâche à transformer ou à travailler le milieu hostile dans lequel il vit.

- c) Une vie heureuse est une vie de loisirs

Pour les Grecs le travail exprime la misère de l’homme. Cet  assujettissement au besoin ou à la nécessité dévalorise l’homme. C’est pour cela que dans l’Antiquité, le travail  est réservé aux esclaves. L’homme qui possède une dignité, est un homme « libre », qui a des loisirs,  c’est-à-dire qui n’est pas assujetti à la nécessité, qui n’est pas obligé de satisfaire ses besoins naturels en travaillant (définition du mot loisir). Ainsi l’homme libre peut donc consacrer tout son temps aux activités qui font la noblesse de l’homme: la contemplation et la réflexion philosophique, ainsi que la politique afin de réaliser dans la Cité le souverain bien : la justice.

- d) « Vivre-bien » c’est vivre selon la justice

En effet nous dit Aristote, pour l’homme le problème n’est pas de vivre, mais de « vivre-bien ». Or le bonheur que tous recherchent est inconcevable sans la justice. Vivre heureux n’est pas simplement satisfaire tous ses besoins nécessaires, ou superflus. Cette conception égoïste ou centrée sur soi du bonheur ne peut que conduire à la discorde et au malheur. Vivre heureux c’est vivre dans une relation de justice avec les autres membres de la Cité. Ici la justice ne consiste pas simplement dans le respect de la loi. Si la sécurité est une condition nécessaire au bonheur, elle n’est pas une condition suffisante. Pour être heureux l’homme a besoin d’être aussi reconnu ou respecté par ses semblables qui lui attribuent une valeur égale à celle qu’ils s’attribuent à eux-même. L’homme a besoin qu’on lui reconnaisse une valeur ou une dignité. Le bonheur consiste donc non seulement dans la sécurité matérielle des individus mais aussi dans l’égalité qui fonde la fraternité ou pour reprendre le terme d’Aristote l’amitié entre les hommes , indispensable pour cimenter une communauté.


II. Le travail émancipe l’homme.Le travail est la condition d’une vie heureuse.


- a) La définition philosophique du travail

Si le travail exprime d’abord l’assujettissement de l’homme à la nécessité biologique, il  révolutionne  la condition de l’homme. Dans son sens le plus général, le travail désigne l’ ensemble des activités par lesquelles l’homme transforme les choses de la nature pour produire des biens utiles à sa vie (2° définition philosophique du mot travail).En contraignant l’homme à dompter les forces de la nature pour les mettre à son service, le travail libère l’homme de l’assujettissement à la nécessité. Pour survivre, l’homme transforme la matière, pour cela il apprend à la connaître et il en devient le maître (cf. Descartes).


-b) Hegel : la dialectique du maître et de l’esclave.

Le thème du travail comme instrument de libération de l’homme a été développé par F. Hegel dans un texte connu sous le nom de « la dialectique du maître et de l’esclave ». Hegel imagine dans ce texte deux hommes en guerre l’un contre l’autre, luttant chacun pour affirmer sa liberté. Celui qui gagne c’est celui qui accepte de mettre sa vie en jeu,  c’est celui qui risque la mort, alors que l’autre craignant pour sa vie choisit de se soumettre. Celui-là devient alors l’esclave du vainqueur, du maître et travaille pour subvenir aux besoin du maître qui lui, profite des agréments de la vie.

Mais petit-à-petit le maître qui a interposé l’esclave entre lui et le monde matériel, ne fait plus rien. Il oublie les contraintes du monde matériel et  ne sait plus rien faire. En revanche l’esclave, qui lui est sans cesse occupé à travailler, apprend à vaincre la nature et acquiert une nouvelle liberté.

Le maître devient alors paradoxalement dépendant de l’esclave pour satisfaire ses besoins, alors que l’esclave grâce au travail s’humanise et se libère de la nécessité.


-c) Le travail humanise l’homme et le monde dans lequel il vit

Le travail de l’homme est une transformation intelligente de la nature. Il est le résultat d’un processus qui préexiste dans l’imagination du travailleur (cf. Marx). c’est en sens que pour Marx le travail de l’homme est infiniment supérieur au travail de l’animal. Comme Hegel l’a montré dans la dialectique du mâitre et de l’esclave, le travail libère l’homme de la nécessité en faisant émerger son humanité, mais le travail de l’homme humanise le monde en faisant du milieu dans lequel nous vivons le reflet de notre humanité. Aujourd’hui rares sont les lieux, les paysages, qui n’ont pas été façonnés par l’homme. Le travail rend l’univers « habitable » pour l’homme. Il met la nature au service de l’homme.


-d) Le travail possède une valeur morale

Le travail permet à l’homme de se réaliser et de trouver sa place dans l’édifice social qui se construit comme nous l’avons vu dans la première partie sur la base de solidarités entre les individus. Il a donc une valeur bénéfique pour l’homme.


III. Aujourd’hui les hommes doivent retrouver ce sens libérateur et positif du travail pour « vivre-mieux ».


- a) le capitalisme aliène le travailleur (Marx)


-b) transformer le rapport de l’homme au travail c’est réduire le temps de travail, rémunérer les salariés pour qu’ils puissent vivre décemment  et mettre le système de production au service de l’homme.



dernière partie  EN COURS DE REDACTION









Tags : , , , , , ,

LA CULTURE

Mardi 8 février 2011

indiens d’Amazonie

LA  CULTURE

1. Définitions

Le mot CULTURE est généralement utilisé en opposition au mot NATURE. La culture c’est ce qui s’ajoute à la nature

La Nature désigne l’ensemble de tout ce qui existe indépendamment de l’activité humaine. Distinguer nature et culture, c’est distinguer ce qui est inné (nature vient du participe latin natus, né, du verbe nascor) et ce qui est acquis. La nature d’un être se transmet par l‘hérédité, la culture se communique par l’héritage.

La notion de culture implique un certain « travail » sur une nature donnée, c’est-à-dire une transformation de la nature susceptible de produire des propriétés nouvelles, ou tout au moins de dévélopper edes qualités virtuelles, d’actualiser certains possibles.

On utilise généralement le mot culture en deux sens :

1) Lorsque nous parlons de la culture au singulier, nous désignons le processus par lequel l’être humain développe et met en valeur ses propres facultés (linguistiques, intellectuelles, spirituelles, morales et artistiques…). En développant ces facultés, en les « cultivant », il fait surgir des connaissances, des savoirs d’ordre scientifique, technique, religieux, ou encore des oeuvres d’art. Tous ces phénomènes que nous considérons habituellement comme constitutifs de la culture, sont la marque de son humanité.

2) Le terme culture s’utilise aussi au pluriel « les cultures« , pour désigner la façon dont les différents peuples se caractérisent. On parle alors de culture européenne, de culture indienne, de culture japonaise… La culture désigne les modes de vie d’une société humaine donnée,  l’ensemble de ses pratiques, de ses traditions,  ou des valeurs collectives qui la caractérise. Le mot culture devient alors synonyme du mot civilisation.

Si le mot culture désigne tous les modes collectifs d’existence d’une société, cela implique qu’il n’y a pas de société « inculte » c’est-à dire sans culture. Il n’ y a pas d’un côté les hommes civilisés et de l’autre les sauvages ou les barbares. Il n’y a que des civilisations ou cultures différentes.

2. Problèmes

Ce double sens du mot culture fait surgir un problème fondamental. Si la culture (sens 1) est la marque de l’humanité, et nous invite à réfléchir sur une identité universelle du genre humain, la diversité des cultures (sens 2) nous oriente au contraire vers une réflexion sur la pluralité et la diversité des groupes humains.

En effet la diversité des cultures peut être considérée soit comme un avantage qui enrichit le genre humain, soit comme un obstacle à l’unité du genre humain, c’est-à-dire comme un obstacle à la compréhension et à la communication des hommes entre eux, générateur de peur, de racisme, de xénophobie et de conflits.

Le problème est que dans l’histoire de l’humanité, les hommes ont eu tendance à considérer leur société et leur modèle culturel comme devant être la norme pour l’ensemble de l’humanité. C’est cer que l’on appelle l’ethnocentrisme. Par exemple, les Grecs appelaient « barbares » (c’est-à-dire dépourvus d’humanité, dépourvus de logos) les hommes qui étaient étrangers à leurs institutions. Par la suite les Occidentaux ont considéré comme relevant de la « sauvagerie » toutes les cultures autres que la culture occidentale.

 » Derrières ces épithètes se dissimule un même jugement ; il est probable que le mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l’inarticulation du chant des oiseaux, opposées à la valeur signifiante du langage humain ; et sauvage qui veut dire « de la forêt », évoque aussi un genre de vie animal, par opposition à la culture humaine. Dans les deux cas on refuse d’admettre le fait même de la diversité culturelle. On préfère rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit ». Claude LEVI-STRAUSS, Race et histoire

Claude Lévi-Strauss évoque ici l’attitude symétrique des Espagnols et des Indiens après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Les ESpagnols désignaient des commissions de religieux pour déterminer si les indiens avaient une âme ou non, s’ils étaient authentiquement des hommes. De leur côté les Indiens observaient longuement les cadavres de leurs ennemis pour vérifier s’ils étaient soumis comme ceux des « hommes » à la putréfication. Ainsi le premier réflexe de chaque société mise en contact avec une autre, est de rejeter hors de la culture, c’est-à-dire hors de l’humanité, les individus étrangers à sa propre culture.

Tags : , , , , , , ,

dissertation

Jeudi 25 mars 2010

Salgado15

 

QUE GAGNE-T-ON A TRAVAILLER ?

Tags : ,

Correction de l’explication d’un texte philosophique (exercice en temps limité 3 heures) Thème : le travail

Mardi 24 février 2009

Basquiat

 TEXTE A EXPLIQUER

 

En quoi consiste la dépossession du travail ? D’abord dans le fait que le  travail est extérieur à l’ouvrier, c’est-à-dire qu’il n’appartient pas à son être ; que dans son travail, l’ouvrier ne s’affirme pas, mais se nie ; qu’il ne s’y sent pas satisfait, mais malheureux ; qu’il ne s’y déploie pas une libre énergie physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. C’est pourquoi l’ouvrier n’a le sentiment d’être soi qu’en dehors du travail. La nature aliénée du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, on fuit le travail comme la peste. Le travail aliéné, le travail dans lequel l’homme se dépossède, est sacrifice de soi, mortification. Enfin, l’ouvrier ressent la nature extérieure du travail par le fait qu’il n’est pas son bien propre, mais celui d’un autre, qu’il ne lui appartient pas ; que dans le travail l’ouvrier ne s’appartient pas à lui-même mais à un autre (…).

[Or] C’est précisément en façonnant le monde des objets que l’homme commence à s’affirmer comme un être générique. Cette production est sa vie générique et créatrice. Grâce à cette production, la nature apparaît comme son œuvre et sa réalité. L’objet du travail est donc la réalisation de la vie générique de l’homme. L’homme ne se recrée pas  seulement d’une façon intellectuelle, dans sa conscience, mais activement, réellement, et il se contemple lui-même dans sa création. En arrachant à l’homme l’objet de sa production, le travail aliéné lui arrache sa vie générique, sa véritable objectivité générique, et en lui dérobant son corps non organique, sa nature, il transforme en désavantage son avantage sur l’animal.

 

Karl MARX, Manuscrits de 1844

 

 

Remarques générales :

 

Il est inutile dans l’introduction de faire un condensé de tout ce que vous connaissez sur Marx,cela n’a aucun intérêt. Il s’agit ici d’expliquer un extrait de texte d’un auteur, dont peut-être vous ne connaissez rien. Si par chance vous connaissez certaines des thèses de cet auteur et, à la condition que ces thèses soient en relation avec le texte à expliquer, alors elles doivent être mises au service du texte lors de l’explication détaillée du texte, afin d’éclaircir la compréhension du texte, et non l’inverse.

 

Qu’est-ce qu’une problématique ? Définition une problématique est un ensemble cohérent de questions. La question « En quoi consiste la dépossession du travail ? » ouvre une problématique, c’est -à-dire un ensemble organisé de questions sur le travail salarié. Mais ne constitue pas à elle seule une problématique. 

 

Introduction

 

Dans cet extrait Marx s’interroge sur la signification ou la valeur du travail salarié[thème] pour l’ouvrier. Pour l’ouvrier le travail salarié a d’abord une signification négative. Il « dépossède » l’ouvrier [thèse du texte]. Marx s’interroge donc sur les formes que prend cette « dépossession ».  » En quoi consiste la dépossession du travail ?  » Telle est la question qui ouvre le texte [question posée par le texte]. Mais là n’est pas la véritable signification du travail.

 Remarque : il est important de préciser qu’il ne s’agit ici que d’un certain type de travail : le travail salarié. Car on a tendance à généraliser abusivement cette significative du travail à l’ensemble des formes que peut prendre le travail. Or le travail n’a pas toujours une signification négative.

Exemple d’introduction : Olfa M.

Dans cet extrait des Manuscrits de 1844, Marx aborde le thème du travail. Il pose la question suivante : comment le travail produit-il l’aliénation de l’homme ? Marx montre que dans le système capitaliste, la « dépossession » du travailleur conduit non seulement à son aliénation mais aussi à sa dénaturation. Dans une première partie qui va de la ligne 1 à la ligne 13, Marx explique en quoi consiste « la dépossession du travail ». Celle-ci est double : non seulement le travail est une capacité extérieure à l’ouvrier, mais celui-ci est privé du fruit de son travail qui ne lui appartient pas. Dans une seconde partie Marx montre que cette forme du travail nie l’essence même de l’homme qui devient alors étranger à lui-même.

 

 

Explication du texte

 

 

Contrairement à ce que nous pourrions penser aujourd’hui lorsque nous associons la reconnaissance sociale et l’emploi rémunéré -ce  que certains hommes politiques désignent sous l’expression « la valeur-travail » –  pour Marx, le travail salarié « dépossède » ou dévalorise l’ouvrier.

« En quoi consiste la dépossession du travail  » (ligne 1)?  Sous la plume de Marx,  le verbe « déposséder » a un sens fort. Il s’agit pour Marx de démontrer que la signification du travail salarié pour l’ouvrier est une injustice. Car sous l’idée de « dépossession », il y a bel et bien l’idée d’un vol, d’une extorsion : déposséder quelqu’un c’est lui prendre par la contrainte quelque chose qui lui appartient.

Remarque inspirée du travail de Robin L : Cette idée va à l’encontre de l’idée que le travail salarié pourrait apporter quelque chose, « un gain »  à l’homme. C’est ce que sous-entend le fameux slogan vantant les mérites de la « valeur-travail » : « travailler plus pour gagner plus ». Pour Marx, l’homme (qu’il distingue du salarié, qui n’est qu’un type particulier d’homme) n’a rien à y gagner mais au contraire a tout à y perdre. C’ est ce que démontre le texte.

Dans la première partie du texte, Marx expose le mécanisme de cette « dépossession ». La caractéristique principale ["d'abord" - ligne 1] de cette « dépossession » de l’ouvrier,  réside dans l’extériorité du travail salarié. [Il faut ici être attentif à la structure de la phrase : l'expression "c'est-à-dire" introduit une définition de l'adjectif "extérieur". Cette définition est compoée de cinq propositions séparées par des ";", propositions qu'il faut expliquer rigoureusement.]

[proposition 1] Dire que  »le travail est extérieur à l’ouvrier« , qu’est-ce que cela signifie ?  Cela veut dire « qu’il n’appartient pas à son être » (lignes 2-3). Mathieu B. pose une question intéressante : Y-a-t-il un « être » de l’ouvrier  au sens où il y aurait une condition ouvrière ? Il répond de façon tout à fait pertinente en précisant que l’être de l’ouvrier n’a rien à voir avec la condition ouvrière. La condition ouvrière est produite par le travail salarié, autrement dit c’est le salariat. L’être de l’ouvrier c’est son humanité. Ce que montre le texte c’est la profonde contradiction entre l’être de l’ouvrier et la condition ouvrière.

Le travail salarié n’est ni une capacité, ni un talent, ni un savoir-faire que l’ouvrier possèderait en propre, une qualité qui lui permettrait de « s’affirmer » (ligne 3), d’obtenir une reconnaissance ou une valeur sociale, dont il pourrait tirer une « satisfaction » (ligne 4). Le travail n’est pas là pour satisfaire un besoin fondamental de l’homme : la reconnaissance, c’est-à-dire être reconnu dans sa dignité de travailleur par la reconnaissance de ses compétences et de ses qualifications. Le travail n’a pas pour fonction de valoriser l’ouvrier. C’est pour cela [proposition 2] que l’ouvrier « ne s’affirme pas » dans le processus de travail, mais au contraire « se nie« .[proposition 3]Marx montre comment le travail salarié ne peut répondre aux besoins fondamentaux du travailleur, comment il le laisse insatisfait et profondément « malheureux«  C’est qu’en lui déniant toute compétence et toute qualification, l’ouvrier n’est plus qu’un outil d’éxécution dans le processus de production. [proposition 4] L’ouvrier n’ a pas le choix, il est contraint dans son activité et dans son être : il ne peut pas faire ce qu’il veut.  » Il n’y déploie pas une libre énergie physique et intellectuelle » (lignes 4-5). Il éxécute des ordres, selon des gestes déterminés par une logique d’efficacité (ce que l’on appellera le taylorisme), de ce fait il ne peut déployer son inventivité et sa créativité, même si parfois il parvient à détourner le système de production de sa finalité première. C’est que l’on appelle le sytème de « la perruque », en fabriquant d’autre objets qui n’ont rien à voir avec les objectifs fixés.

Le travail ici, ce n’est par définition, que  l’activité qui procure à l’ouvrier un salaire. Ce n’est rien de plus. C’est une activité répétitive, mécanique, dépourvue de toute inventivité. L’ouvrier ne fait qu’exécuter. Dans cette activité, soumis à des tâches répétitive, il épuise et « mortifie » son « corps ». Comme son employeur ne lui demande pas de réfléchir, ce qui ralentirait le processus de production, il « ruine son esprit ». L’ouvrier n’est qu’une source d’énergie, une   »force de travail » dans le processus de production, au même titre que n’importe quelle autre source d’énergie nécessaire au fonctionnement des machines. Le travail n’apporte rien à l’ouvrier, mais au contraire lui prend tout. Il n’est même plus un être humain, il n’est qu’une chose, un moyen dans le processus de produsction. C’est en ce sens que le travail « dépossède l’ouvrier ».

Pierre D. remarquait dans son commentaire que l’on pourrait opposer le travail de l’ouvrier à celui de l’ingénieur. L’ouvrier exécute, l’ingénieur conçoit et il prenait en exemple les ingénieurs de l’industrie automobile qui imaginent de nouveaux modèles. Est-ce que ces salariés tirent une satisfaction de leurs conditions de travail par opposition à celle des ouvriers? Est-ce qu’ils peuvent y déployer « une libre énergie physique et intellectuelle » ? Récemment une série de suicides d’ingénieurs sur leur lieu de travail, le technocentre de Renault à Billancourt, a défrayé la chronique, montrant que les conditions de travail de cette catégorie de salariés, se sont  tellement dégradées du fait de l’intensification des objectifs fixés, qu’aujourd’hui il n’y a plus de distinction entre l’aliénation subie par l’ouvrier et l’aliénation subie par le cadre. On assiste au contraire à une généralisation de cette « dépossession » du salarié par le travail à l’ensemble des classes sociales.   

(lignes 6-7) Ce qui explique que le salarié ne peut être lui-même, c’est-à-dire un homme,  »qu’en dehors du travail  » (lignes 6-7), que lorsqu’il n’est plus assujetti à son employeur. L’ouvrier ou l’ingénieur  ne sera un homme que lorsque la journée de travail sera terminée, chez lui, que lorsqu’il aura des loisirs, c’est-à-dire lorsque qu’il pourra consacrer son activité à se réaliser dans ce qu’il aime faire (lire, étudier, faire de la musique, faire du sport, sortir avec ses amis…).  Ce raisonnement amènera  Marx a militer pour  la   réduction du temps de travail,  comme étant la condition nécessaire à l’émancipation de la classe ouvrière. Certains sociologues démontreront au XX° siècle, dans la continuité des travaux de Marx, que malheureusement l’aliénation ne s’arrête pas aux portes de l’usine mais poursuit l’individu jusque dans son intimité, que ce rapport de domination que l’individu vit sur son lieu de travail, il aura tendance à le reproduire dans la sphère familiale notamment dans son rapport avec son conjoint.

[on développe l'explication de texte en faisant référence aux thèses de Marx] Marx va plus loin. Il montre dans son oeuvre lorsque le capitaliste paye le travail, et bien là encore, il « dépossède », il vole l’ouvrier.

 Nous avons vu que ce qui caractérise le travail salarié dans le système de production capitaliste, c’est qu’il est d’abord une marchandise au même titre que toutes les autres marchandises, produites dans le seul but d’être échangées sur un marché. Sur le marché du travail, le travail  prend la forme de ce que Marx appelle la force de travail, que l’ouvrier vend à un employeur  contre une somme d’argent (un salaire) qui lui permettra de subvenir à ses besoins.  Or le prix payé par le capitaliste pour le travail fournit ne correspond pas à la valeur véritable du travail. C’est-à-dire ne correspond pas à la valeur que le travail produit (la valeur ajoutée) et qui et incorporée dans la marchandise produite par l’ouvrier. Le prix ou le salaire ne correspond en fait qu’à la valeur des biens ou des « subsistances » nécessaires à l’ouvrier pour renouveler sa force de travail, afin qu’il puisse retourner travailler le lendemain.

Pour Marx, l’instauration du salariat n’est pas le résultat d’un libre choix de l’ouvrier. Il résulte d’un rapport de forces, d’un rapport de domination.C’est parce que les capitalistes se sont appropriés par la force, les moyens de production : les terres, les capitaux, les machines…que les ouvriers n’ont eu d’autre choix, pour survivre, que de vendre la seule chose qu’ils possèdent, leur force de travail. Dans le salariat, le travailleur ne s’appartient d’ailleurs plus lui-même, puisque en vendant sa force de travail contre un salaire, l’ouvrier a cèdé à son employeur le droit de disposer de son corps et de son esprit, de même le fruit de son travail ne lui appartient pas. Le travail est donc « aliéné », extérieur et étranger à l’ouvrier. Il est de ce fait nuisible. C’est pour cela que, nous dit-il « dès qu’il n’existe plus de contrainte physique ou autre, on fuit le travail comme la peste » (lignes 8-9). Le travail salarié est toujours contraint, de ce fait il est nuisible. C’est ce que suggère la métaphore médicale, il est une maladie mortelle pour l’homme.

La signification immédiate du travail est négative : elle est «  sacrifice de soi » (ligne 10). Il est intéressant de voir comment Marx reprend ici des termes (« mortification », « sacrifice ») issus du vocabulaire religieux. Pour le christianisme le travail est défini comme une punition. Dans le récit biblique, Dieu condamne Adam et Eve à la pénibilité du travail pour qu’il rachète la faute originelle. Au Paradis, l’homme ne travaille pas.

Dire que le travail est « aliéné » cela signifie également que l’ouvrier a perdu la véritable signification du travail, qui est une signification positive. (ligne 14) L’homme est par définition un être inachevé. Contrairement à l’animal, rien ne le détermine à être ce qu’il est. C’est  par son activité dans la nature, par son travail, défini maintenant comme la relation primordiale à la nature par laquelle il transforme les choses de la nature pour produire des objets utiles à son existence, que l’homme s’affirme comme un « être générique« , c’est-à-dire que l’homme fait de l’humanité un genre qui se différencie de l’animalité. L’animal est déterminé, par contre l’homme  est libre.Tel est le sens de   »cette production« , de l’homme par l’homme. La liberté, c’est-à-dire la capacité pour l’homme de s’autodéterminer,  constitue la réalité de l’homme. La véritable signification du travail, sa véritable fin, c’est donc de produire l’humanité.(lignes 18-20)  Marx insiste sur la spécificité de cette activité productive. Ce qui caractérise l’homme et le différencie de l’animal,  ce n’est pas simplement le fait que l’homme soit capable de penser le monde, ou que l’homme soit doté d’une conscience de soi, ainsi que l’écrivait Descartes, mais ce qui le différencie de l’animal c’est que l’homme est une liberté agissante dans le monde, qui se connaît comme telle lorsqu’il « se contemple lui-même dans sa création ». Ce qui distingue le travail humain du travail animal, c’est que l’homme pense, projette  son oeuvre avant de la réaliser. C’est lui décide de son oeuvre et personne d’autre. Tous les objets , toutes les valeurs produites par l’homme, sont contingentes, c’est-à-dire,  pourraient être autres qu’elles sont. Ainsi  l’oeuvre est à la fois l’expression, le produit et l’image de cette liberté. Lorsque l’homme regarde son oeuvre, lorsqu’il regarde le fruit de son travail, ce que l’homme voit d’abord c’est l’homme qu’il est. C’est-à-dire une liberté.

Dans son explication de texte, Adrien R. fait le parallèle entre cette signification du travail et l’activité de l’artiste qui par sa réflexion et son activité, choisit librement de donner une forme au matériau dont il dispose. ce parallèle est tout à fait pertinent et s’applique également au travail de l’artisan.

Mais le travail aliéné prive l’homme de cette véritable signification du travail, ainsi dans le système de production capitaliste, l’homme devient étranger à sa propre humanité. Le travail qui constituait à l’origine « l’avantage de l’homme sur l’animal » puisqu’il était le lieu de son émancipation devient un « désavantage« , devient ainsi le lieu de son oppression.

Peut-on comme le suggère Maximilien appliquer comme modèle explicatif, la dialectique du Maître et de l’Esclave de Hegel pour penser l’émancipation de l’Ouvrier ? Chez Hegel le travail de l’Esclave est un travail qui permet à l’Esclave de réaliser son humanité en développant ses capacités (raison, créativité, savoir-faire…). Ce n’est pas un travail « aliénant ». Ce qui permet à l’esclave de s’émanciper, c’est-à-dire de changer de statut ou de condition. L’Esclave n’était qu’un organisme vivant réduit à l’état de chose, il devient un « homme ». Par contre pour l’Ouvrier dans ce système de production, il n’y a pas d’émancipation possible. Car comme le remarquait très justement Mathieu à propos de la première partie du texte, ce système de production produit la « condition ouvrière » qui déshumanise l’homme. Pour s’émanciper, l’Ouvrier doit donc d’abord changer ses conditions de travail. C’est pour cela que Marx préconise l’appropriation des moyens de production par la classe ouvrière. Cette appropriation entraînant la disparition de la classe ouvrière ( par définition la « condition ouvrière » suppose la séparation du travailleur et des moyens de production),  l’homme pourra alors se réaliser dans son humanité.

Autre utilisation de la dialectique du Maître et de l’Esclave : Dans la dialectique du Maître et de l’Esclave, la relation de dépendance s’inverse. Contrairement à ce que montrent les apparences, ce n’est pas l’Esclave qui dépend du Maître mais le Maître qui dépend du travail de l’Esclave. A partir d’une remarque faite par Loïc D. dans son commentaire de texte , on peut montrer comment Marx, qui est un lecteur de Hegel, utilise cette dynamique d’inversion de la relation pour penser la relation du Capitaliste et de l’Ouvrier.

Marx montre dans son oeuvre  comment le salarié est dans une relation de dépendance par rapport au capitaliste qui possède les moyens de production. Aujourd’hui les choses n’ont pas beaucoup évoluées car dans tout contrat de travail de droit privé, le rapport entre l’employeur et le salarié reste inégal dans la mesure où, même si le salarié a des droits, son emploi et donc son salaire, dépendent de l’employeur qui l’a embauché et qui peut dans certaines conditions le licencier.

Mais comme le remarque d’une façon très intéressante Loïc, si le salarié a besoin du patron pour toucher un salaire, le patron a besoin de l’ouvrier pour faire tourner ses machines. Marx va plus loin et montre comment le capitaliste ne peut fabriquer du profit qu’à partir du travail du salarié. Car selon Marx, par définition le profit c’est du travail non payé. Mais l’ouvrier ne le sait pas. Il ne connaît pas la relation de dépendance du capitaliste à son égard, et il ne connaît pas le mécanisme économique qui explique la formation du profit. Ce n’est qu’une fois qu’il aura pris conscience que le capitaliste dépend de lui, dépend de son travail, qu’il pourra selon Marx inverser le rapport de force, le rapport de domination qui le lie au capitaliste, et lutter efficacement (par exemple en arrêtant de travailler,en faisant grève) pour améliorer ses conditions de travail.

 

Tags : , , , ,

Cours 14 : éléments de cours – LE TRAVAIL

Dimanche 25 janvier 2009

Sebastiao Salgado, Mine d’or de Serra Pelata, Brésil 1986

 

LE TRAVAIL

 

Cette page se construit à partir de commentaires de texte pour préparer les élèves à l’épreuve du baccalauréat. 

Pour travailler le cours méthodiquement, il est inutile de tout apprendre.

Il faut repérer les différentes définitions du travail proposées, comprendre en quoi elles peuvent se compléter ou s’opposer ;

 essayer d’en déduire les conséquences pour l’homme.

Il faut aussi relever les définitions des autres notions (notamment la définition de la liberté) mises en oeuvre.

Travailler sur des textes permet aussi de progresser et d’affiner nos argumentaires. Ce qui est très utile pour la dissertation.

 

 

1. TRAVAIL ET SERVITUDE

Lorsqu’on se demande se demande ce qu’est le travail, spontanément la représentation qui nous vient à l’esprit est celle d’un assujettissement  pénible.

Etymologie : le mot travail vient du latin populaire tripalium, qui désigne d’abord un appareil formé de trois pieux déstiné à  maintenir les chevaux pour les ferrer, puis un instrument de torture. De même le mot labor , qui donne en français les mots « labeur » et « labour », évoque aussi bien le travail que la peine.

Pour  les Grecs anciens le travail exprime la misère de l’homme, son assujettissement à la nécessité vitale, c’est pour cela qu’il est réservé aux esclaves. Le travail est indigne de l’homme « libre », c’est-à-dire de « l’animal politique » décrit par Aristote (voir l’explication de La Politique Livre I, chap. 1et 2).

On retrouve cette idée dans la tradition judéo-chrétienne. dans la Bible, le travail est un châtiment. Dieu punit le premier péché d’Adam en le chassant du jardin d’Eden et en l’obligeant à cultiver désormais une terre maudite qu’envahissent les épines et les chardons.

«  IL dit à Adam :  » parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie, il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retourne au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras. » (Genèse, 3)

 

François Millet, L’Angélus, 1858

 

Ainsi le travail est l’expression d’une nécessité vitale. Il exprime le dénuement originel de l’homme qui ne parvient à survivre dans la nature qu’au prix d’un effort douloureux. Rien de ce dont il a besoin ne lui est donné. Pour manger, se chauffer, se vêtir, l’homme doit se dépenser sans compter, transformer sans relâche son milieu pour satisfaire ses besoins les plus élémentaires.

 

2. TRAVAIL ET LIBERATION

 

Mais si le travail exprime l’assujettissement de l’homme à  la nécessité naturelle, il est aussi l’instrument de sa libération et de son émancipation.

 

 » L’homme est le seul animal qui soit voué au travail. [...] La question de savoir si le ciel ne se serait pas montré beaucoup plus bienveillant à notre égard, en nous offrant toutes choses déjà préparées, de telle sorte que nous n’aurions plus besoin de travailler, cette question doit certainement être résolue négativement, car il faut à l’homme des occupations , même de celles qui supposent une certaine contrainte. Il est tout aussi faux de s’imaginer que, si Adam et Eve étaient restés dans le Paradis, ils n’eussent et fait autre chose que de demeurer assis ensemble, chanter des chants pastoraux et contempler la beauté de la nature. L’oisiveté eût fait leur tourment tout aussi bien que celui des autres hommes.

Il faut que l’homme soit occupé de telle sorte que tout rempli du but qu’il a devant les yeux, il ne se sente pas lui-même, et le meilleur repos pour lui est celui qui suit le travail »

E. Kant, Traité de Pédagogie

Explication du texte

Le thème : le travail

Question posée par le texte : Quelle valeur ou quelle signification accorder au travail ?

Thèse du texte : L’homme doit travailler pour donner un sens proprement humain à sa vie.

Thèse adverse : Le travail est la marque de la déchéance de l’homme.

 

Eléments de compréhension du texte

Phrase 1 – « L’homme est le seul animal qui soit voué au travail. » Dans cette première phrase, Kant pose la thèse du texte : le travail est une nécessité pour l’homme. Cette nécessité peut s’interpréter en deux sens :

-1. L’homme doit travailler c’est-à-dire transformer les choses de la nature pour vivre, il n’a pas le choix. C’est une contrainte qui s’impose à sa volonté. 

- 2. L’homme est un être inachevé, perfectible. Il ne peut se construire dans son humanité que par et dans le travail, c’est-à-dire dans cette activité de transformation de la nature (il est important d’avoir à l’esprit la définition générale du mot travail comme relation de l’homme à la nature)

Phrases 2, 3, 4 - A partir de cette définition Kant remet en question la thèse biblique selon laquelle le travail serait un châtiment infligé à l’homme. La situation de l’homme au paradis n’est pas à proprement parler « heureuse ». La condition de l’homme n’est guère différente de  celle de la brebis dans son pré.

Phrase 5 – « Il faut que l’homme soit occupé de telle sorte que tout rempli du but qu’il a devant les yeux, il ne se sente pas lui-même, et le meilleur repos pour lui est celui qui suit le travail« .

 » Il faut que « : Cette expression indique la règle ( morale) que l’homme doit se donner dans la conduite de sa vie, s’il veut pouvoir se réaliser. Il doit  » s’occuper » c’est-à-dire travailler  à un  » but  » bien précis. Ce but, pour Kant , est au-delà de tous les buts, ou tous les objectifs particuliers que l’on peut se donner quotidiennement ( manger, se vêtir, se chauffer, gagner de l’argent pour…). Il s’agit d’abord pour l’homme d’édifier la liberté, et c’est cette quête qui donne un sens proprement humain à son existence. Le travail est pour l’homme un dépassement de soi. » Il faut (…) qu’il ne se sente pas lui-même « . C’est grâce au travail qu’il peut s’émanciper, changer de condition, passer de la condition « animale » à la condition humaine. Ce n’est qu’un fois qu’il aura conquis cette liberté qu’il pourra goûter aux joies du repos et à la satisfaction d’être pleinement lui-même (ce que l’on appelle le bonheur) car alors il pourra contempler son oeuvre, ce qui ne lui était pas permis au Paradis.

 

  

Hegel ( XIX ° siècle) va développer ce thème du travail comme instrument de libération dans un texte devenu très

 célèbre sous le nom de  « la dialectique du maître et de

 l’esclave ».

Le propre de toute vie humaine qui se réalise comme telle, est de s’affirmer comme une liberté, c’est-dire comme une volonté, une capacité de vouloir et surtout de se vouloir ( c’est ce que l’on appelle l’autonomie).

Dans ce texte, Hegel conçoit deux hommes qui luttent l’un contre l’autre, chacun cherchant à s’affirmer  par ce moyen, comme une liberté. Selon Hegel celui qui remporte le combat, c’est celui qui va prendre le risque de mourir. Celui qui place la mort au-dessus de sa vie devient le maître, par contre celui qui renonce au combat et qui préfère se soumettre plutôt que de perdre la vie, devient l’esclave.

Dès lors le maître contraint l’esclave au travail, pendant que lui-même profite des agréments de la vie. Le maître ne travaille pas la terre, ne prépare pas la nourriture, ne tisse pas les vêtements dont il a besoin. Il perd ainsi toute relation à la nature, et mis à part la guerre, il ne sait plus rien faire. Par contre, l’esclave lui, sans cesse occupé par son travail, apprend à vaincre la nature. Ainsi grâce à son travail, l’esclave s’humanise en acquierant une nouvelle liberté. Le rapport de domination initial maître/esclave se renverse (c’est en ce sens que la relation entre le maître et l’esclave est dialectique), car le maître du fait de son oisiveté, est devenu incapable de satisfaire ses propres désirs et  est désormais dépendant de l’esclave.

 

 » Chez Hegel, le Travail « apparaît » pour la première fois dans la nature sous forme du travail servile imposé par le premier Maître au premier Esclave (qui s’est d’ailleurs, soumis à lui volontairement, puisqu’il aurait pu échapper à la servitude et au travail en acceptant la mort dans le combat, ou en se suicidant après sa défaite). Le Maître fait travailler l’Esclave pour satisfaire par son travail ses propres désirs, qui sont en tant que tels des désirs »naturels » ou animaux (le Maître, en les satisfaisant ne diffère de l’animal que par le fait qu’il les satisfait sans faire d’efforts, l’effort nécessaire ayant été fourni par l’Esclave ; c’est ainsi qu’à la différence de l’animal le Maître peut vivre en « jouisseur »); Mais pour satisfaire les désirs du Maître, l’Esclave a dû refouler ses propres instincts (préparer une nourriture qu’il ne mangera pas tout en désirant la manger…etc), il a dû faire violence à sa « nature », se nier ou se « supprimer » en tant que donné, c’est-à-dire en tant qu’animal. Par conséquent, étant un acte auto-négateur, le Travail est un acte auto-créateur : il réalise et manifeste la Liberté, c’est-à-dire l’autonomie vis-à-vis du donné en général et du donné qu’on est soi-même; il crée et manifeste l’humanité du travailleur. Dans et par le travail, l’Homme se nie en tant qu’animal, tout comme dans et par la Lutte. C’est pourquoi l’Esclave travailleur peut transformer essentiellement le Monde naturel où il vit, en y créant un Monde spécifiquement humain de la technique »

A. Kojève, Introduction à la lecture de Hegel

Leçons sur la phénoménologie de l’esprit »Appendice I, 1979

  

 Eléments de compréhension du texte (ceci n’est pas une

 explication méthodique de texte)

Ce texte est extrait d’un cours d’Alexandre Kojève (1947) consacré à la Phénoménologie de l’esprit de Hegel. Le texte suit pas à pas la pensée de Hegel.

Phrase 1 : « le Travail « apparaît » pour la première fois dans la nature sous forme du travail servile « 

Attention au contresens !  Il ne s’agit pas ici de décrire une situation originelle qui correspondrait aux conditions de vie des premiers hommes. Le texte  veut tout simplement dire que la première signification du « travail », celle qui se révèle d’abord aux hommes c’est le « travail servile« , c’est-à-dire le travail de l’esclave qui se traduit par un assujettissement de l’homme à la contrainte naturelle. Le travail est l’expression d’une nécessité vitale. Il exprime le dénuement de l’homme qui ne peut que « travailler » (c’est-à-dire transformer la nature pour produire des biens utiles à sa survie) pour vivre. Mais ce premier sens du mot « travail » n’est qu’un aspect du travail, ce n’est pas le seul.

Hegel montre que la réalisation de ce premier aspect du travail va révéler d’autres aspects du travail.

« imposé par le premier Maître au premier Esclave (qui s’est d’ailleurs, soumis à lui volontairement, puisqu’il aurait pu échapper à la servitude et au travail en acceptant la mort dans le combat, ou en se suicidant après sa défaite).« 

Hegel  fonde son raisonnement sur la double thèse selon laquelle :

-1)  L’homme est un être inachevé qui doit, par son action dans le monde, réaliser son humanité.

-2) L’homme est un sujet, c’est-à-dire une conscience de soi qui s’affirme dans le monde comme une volonté, synonyme ici de liberté.

L’homme peut se réaliser dans le monde de deux façons. La première est le conflit, la lutte à mort avec l’autre. La deuxième est le travail.

-a) La lutte à mort

Dans la lutte celui qui s’affirmera comme un sujet, ou comme une volonté libre, c’est celui qui mettra au-dessus de sa survie une valeur qu’il considère comme supérieure : sa liberté. Celui-là sera prêt à se battre jusqu’à la mort pour obtenir de l’autre d’être reconnu comme une volonté libre. Celui-là sera le Maître. L’Esclave sera celui qui renoncera à sa liberté pour survivre. Celui-là acceptera de s’assujettir au vouloir du Maître. Il metta sa vie dans les mains du Maître et perdra sa liberté.

-b) Le travail

Phrase 2- Le travail servile contraint l’esclave à transformer pour saisfaire d’autres besoins que les siens. La travail est de ce fait  » un acte auto-négateur« . C’est-à-dire que le travail nie l’homme en tant qu’il est un être naturel (comme n’importe quel autre être vivant) déterminé par la nature pour satisfaire ses besoins naturels (phrase 3).

Mais il apprend par là même à dominer le monde naturel et à s’en rendre maître. Cet apprentissage lui permet de développer ses facultés (la raison) , il va construire des théories scientifiques expliquant les lois de la nature, à partir de ce savoir il pourra construire des objets techniques, des outils,  qui accroîtront sa puissance sur la nature. c’est ainsi qu’il conquiert par lui-même une nouvelle liberté et devient véritablement un homme. (deuxième partie de la phrase 3 jusqu’à la fin de texte). Par contre le Maître qui se contente de « jouir « passivement des choses, fini lui, par devenir dépendant de son esclave. C’est ce renversement que l’on appelle « dialectique« .

 

Sebastiao Salgado

 

 » Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature. L’homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement afin de s’assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. En même temps qu’il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultés naturelles qui y sommeillent. Nous ne nous arrêterons pas à cet état primordial du travail où il n’a pas encore dépouillé son mode purement instinctif. Notre point de départ c’est le travail sous une forme qui appartienne exclusivement à l’homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l’abeille confond par la structure de ses cellules de cire l’habileté de plus d’un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l’imagination du travailleur. Ce n’est pas qu’il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles ; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d’action et auquel il doit subordonner sa volonté. Et cette subordination n’est pas momentanée. L’oeuvre exige pendant toute sa durée, outre l’effort des organes qui agissent, une attention soutenue, laquelle ne peut résulter que d’une attention constante de la volonté. Elle l’exige d’autant plus que par son objet et son mode d’exécution, le travail entraîne moins le travailleur, qu’il se fait moins sentir à lui, comme le libre jeu de ses forces intellectuelles et corporelles ; en un mot, qu’il est moins attrayant. »

Karl MARX, Le Capital (1867)

 

Eléments de compréhension du texte

 

Première partie du texte : « Le travail… son mode purement instinctif »- Le travail est d’abord la relation de l’être vivant à la nature.

Marx donne une définition générale du travail : le travail est la relation primordiale de tout être vivant à la nature, par laquelle l’être vivant se confronte ses propres forces à la nature, la transforme. Le travail c’est « l’acte » par lequel il adapte son milieu à ses besoins.

Ce faisant, il se transforme lui-même et réalise des facultés qui n’existaient qu’à l’état virtuel.

Mais cette première définition ne rend pas compte de ce que le travail a de spécifiquement humain. En effet, elle peut s’appliquer aux animaux sont déterminés dans leurs comportements par leurs instincts.

Deuxième partie du texte :  » Notre point de départ…il est moins attrayant »- Le produit du travail humain est toujours la matérialisation volontaire d’une idée.

Le travail proprement humain réalise un but qui existe préalablement dans l’imagination du travailleur. L’oeuvre, est toujours la matérialisation volontaire d’une idée. C’est pour cela que lorsque le but du travail et son mode d’exécution sont imposés de l’extérieur au travailleur- comme c’est le cas dans le travail salarié que nous connaissons aujourd’hui – le travailleur devient « étranger » à son travail.

 

Quelle signification donner au travail ?

Ce qui distigue le travail proprement humain c’est qu’il est une transformation intelligente de la nature. Ainsi le travail de l’homme possède le pouvoir d’humaniser la nature. Il façonne une « nouvelle nature ». Aujourd’hui rares sont les lieux, les paysages qui n’ont pas été modifiés par l’activité de l’homme.

Le travail révèle la condition métaphysique de l’homme : celui-ci n’est ni un pur esprit – qui se livrerait sans obstacle à la contemplation – ni un animal soumis à la nature et préoccupé seulement par la satisfaction immédiate de ses besoins. Le travail est le propre d’une volonté consciente d’elle-même, qui s’incarne avec effort dans la nature pour la spiritualiser, et qui par cet effort, se libère de la nécessité naturelle pour s’affirmer comme une liberté. 

 

 

3. Aujourd’hui Le travail déshumanise

l’homme.

 

         

                                   S.Salgado

 

 » (1) Le travail est donc une marchandise que son possesseur, le salarié, vend au capital. (2) Pourquoi le vend-il ? Pour vivre.

(3) Mais le travail est aussi l’activité vitale propre au travailleur, l’expression personnelle de sa vie. (4)Et cette activité vitale, il la vend à un tiers pour s’assurer les moyens nécessaires à son existence. (5) Si bien que son activité n’est rien sinon l’unique moyen de subsistance. (6) Il travaille pour vivre. (7) Il ne compte point le travail en tant que tel comme faisant partie de sa vie ; c’est bien plutôt le sacrifice de cette vie. (8) C’est une marchandise qu’il adjuge à un tiers. (9)C’est pourquoi le produit de son activité n’est pas le but de son activité. (10) Ce qu’il produit pour lui-même ce n’est pas la soie qu’il tisse, l’or qu’il extrait de la mine, le palais qu’il élève. (11) Ce qu’il produit pour lui-même c’est le salaire ; et la soie, l’or, le palais se réduisent pour lui à une certaine quantité de moyens de subsistance, tels qu’une veste de coton, de la menue monnaie et le sous-sol où il habite. (12) Voilà pourquoi un ouvrier qui, tout au long de ses douze heures de tissage, de filage, de perçage, de travail au tour ou à la pelle ou au marteau à tailler la pierre, l’ouvrier les considère-t-il comme une expression de son existence, y voit-il l’essentiel de sa vie ? Non bien au contraire. (13) La vie commence quand cette activité prend fin, à table, au bistrot, au lit. (14) Les douze heures de travail n’ont pas de sens pour lui en ce qu’il les passe à tisser, à filer, à tourner, mais en ce qu’il gagne de quoi aller à table, au bistrot, au lit. (15)Si le ver à soie filait pour joindre les deux bouts en demeurant chenille, il serait le salarié parfait.

Karl MARX, Travail salarié et capital (1849)

 

Explication du texte

Plan de l’explication :

I. La thèse – Dans le processus de production capitaliste, le travail est une marchandise

La thèse de Marx est posée dès les deux premières phrases : « Le travail est donc marchandise que son possesseur, le salarié vend au capital. Pourquoi le vend-t-il ? Pour vivre. »  Le reste du texte est le développement de cette thèse.

Dans la première phrase Marx donne une nouvelle définition du travail. Dans le système capitaliste, le travail  n’est rien d’autre qu’une « marchandise » que le salarié échange contre une somme d’argent qui constitue son salaire, afin de subvenir à ses besoins.

[Définition]  Qu’est une « marchandise » ? - Une marchandise est un objet extérieur à l’homme, produit dans le seul but d’être échangé. C’est un moyen qui lui permet d’atteindre une fin. cela signifie que dans le travailleur produit des objets, des « marchandise » dont la finalité première n’est pas d’être consommées ou utiliser afin de satisfaire les besoins du travailleur. Dans ce processus le travail de l’homme n’a plus de spécificité, il est « comme » n’importe quelle autre marchandise. Ainsi dans le processus de production capitaliste, le travail devient en apparence un moyen (sous entendu parmi d’autres) qui permet à l’homme de « subsister » (phrase 3). L’homme ne produit pas pour satisfaire ses besoins, comme le fait l’homme des sociétés dites primitives. L’homme produit pour échanger. La finalité de la production c’est l’obtention d’un salaire qui permettra la « subsistance » ou sa survie  du travailleur.

II. La valeur du travail réside dans la fin qu’il poursuit : construire l’homme comme une liberté agissant dans le monde.

Mais ce n’est pas la signification véritable du  travail. Marx lui oppose une autre définition (« mais »). Phrase 3 – « Mais le travail est aussi l’activité vitale propre au travailleur, l’expression personnelle de sa vie ». Le travail c’est d’abord l’activité propre à l’homme  par laquelle il exprime sa condition  dans le monde. Ce que vise l’homme dans son travail, ce n’est pas sa simple subsistance, car il ne se distinguerait pas de l’animal, ce qu’il vise, c’est son « humanité » elle-même.

[on développe cette thèse en s'appuyant sur nos connaissances] – L’homme est un être  inachevé. Lorsqu’il vient au monde il est même le plus démuni de tous les êtres vivants ; contrairement à l’animal, il ne possède pas d’instinct qui lui permette de s’adapter à son milieu. Mais, ce qui pourrait être la faiblesse de l’homme, c’est aussi sa  force. En effet, pour survivre l’homme doit se confronter à une nature hostile qui lui résiste . Il doit « travailler » pour vivre. Ici cela signifie qu’il doit transformer les choses de la nature pour produire des biens nécessaires à sa vie. [remarque : on donne ici une autre définition du « travailler pour vivre » posé au début du texte par Marx]. Ce faisant il développe ses capacités, plus particulièrement sa raison qui est selon l’étymologie latine du mot – ratio,  la faculté de construire des relations et donc « de juger, de discerner le vrai du faux » (cf. texte de  Descartes, I° partie du Discours de la Méthode). Il découvre les lois de la nature, développe ses connaissances sur le monde. Il fabrique des outils qui vont compenser sa faiblesse naturelle et lui assurer une maîtrise sur cette nature à laquelle il s’oppose. Ainsi dans ce rapport conflictuel avec la nature, médiatisé par le travail, l’homme  construit et découvre son humanité. Il se connaît comme un sujet conscient de lui-même, agissant librement dans le monde, se donnant à lui-même ses propres fins. C’est pour cela que l’on définit l’homme comme étant le seul être libre, c’est-à-dire qui n’est déterminé dans ce qu’il est, que par son propre vouloir. 

Le sens ou la valeur véritable du  travail, c’est que le travail  exprime  la condition métaphysique de l’homme. L’homme est par définition une  liberté agissant dans le monde.

Phrases 4, 5, 6 - Or dans le système de production capitaliste, le travail perd cette significationfondamentale pour l’homme. Le salarié est désormais contraint de vendre cette « activité vitale (…) à un tiers pour s’assurer les moyens nécessaires à son existence . Si bien que cette activité vitale n’est rien sinon l’unique moyen de subsistance. Il travaille pour vivre ».

III. Le travail nie l’essence de l’homme (la liberté). Il produit son aliénation.
 
Marx montre comment le processus de production capitaliste  dévalorise le travail. Le travail était l’activité par laquelle l’homme exprimait son propre vouloir, sa liberté dans le monde, et découvrait son humanité dans le produit de son travail, dont il pouvait en tirer une fierté. Aujourd’hui le travail ne réalise plus l’homme (il ne fait plus « partie de sa vie  » phrase 7) mais vise une fin étrangère à l’homme, sa « subsistance », qui est la négation de toute vie proprement humaine. « C’est bien plutôt le sacrifice de cette vie ». Le travail perd sa signification originelle. Il n’est plus l’activité essentielle de l’homme. Il devient un moyen, une chose ou une activité parmi d’autres, que l’on peut échanger contre une somme d’argent qui en fixe la « valeur » . (Phrase 8)  » C’est une marchandise qu’il adjuge à un tiers« .  

Phrases 9,10,11,12. L’aliénation  du travailleur se manifeste sous une autre forme. Dans le processus de production capitaliste, le travailleur salarié est désormais séparé du produit de son travail qui ne lui appartient pas, qui est la propriété de son employeur, lequel peut en faire ce qu’il veut. Ainsi le but de son activité,  ce que le travailleur produit pour lui-même, ce n’est pas la soie, l’or ou le palais, dont il pourrait être fier et reconnaître la marque de l’humanité. Ce qu’il produit pour lui-même, c’est le salaire. [définition du salaire]Or le salaire n’est pas la part du travailleur dans la marchandise qu’il a produite. Il n’est que ce qu’il en coûte pour que le travailleur puisse reconstituer sa force de travail  pour retourner à son poste le lendemain.    

 

 

Ainsi non seulement le processus de production transforme le travail en chose extérieure à l’homme mais il réduit le travailleur à n’être lui-même plus qu’une chose, « une force de travail » dans les mains du capitaliste. Par conséquent le travailleur ne peut être lui-même que lorsque la journée de travail est terminée (phrase 13). Mais les journées de travail sont longues, et comme le ver à soie qui resterait chenille, qui travaillerait sans parvenir à devenir un papillon (phrases 14, 15), le salarié s’épuise dans une activité qui le dépossède de son unique existence.   

[A la suite de l'explication proprement dite du texte, l'élève peut discuter et développer la thèse du texte afin de mettre en valeur ses connaissances et sa propre réflexion sur la question du travail.Pour développer la thèse du  texte, on peut retrouver en filigranne du raisonnement, la dialectique du maître et de l'esclave, et montrer comment l'aliénation du travailleur est aussi la condition de sa libération ou de son émancipation; on peut aussi superposer l'analyse de Pierre Clastres selon laquelle l'aliénation économique découle d'un rapport de domination : le salarié est contraint par la force à cette situation].

 

 

 

 

 

 

 

4. Travail et progrès technique

 

Si le travail se définit comme la trnasformation de la nature par l’intelligence humaine, les conditions de cette transformation ont prodigieusement changé au cours de l’histoire. Ainsi la substitution progressive de la machine à l’outil a augmenté la puissance de l’homme sur la nature mais a aussi créé les conditions d’un nouvel aservissement.

L’artisan était à côté de ses outils et pouvait contemplé le produit de son travail. L’homme de l’ère industrielle est aujourd’hui dominé par le système complexe de ses machines. Dans l’industrie, l’ouvrier n’est plus qu’un maillon d’une chaîne de production qu’il ne maîtrise pas. Les biens qu’il produit lui échappe complètement. Alors que l’artisan pouvait s’affirmer dans son travail, l’ouvrier lui s’abrutit dans des tâches mécaniques, répétitives qui sont la négation même de la vie. La mécanisation et l’automatisation des processus de production au lieu de libérer l’homme du fardeau du travail, le déshumanisent.

Le progrès incessant de la mécanisation  pose un autre problème tout aussi douloureux, celui du chômage. C’est ainsi que pour Hannah Arendt, l’automatisation rend progressivement le travail superflu, alors même que le travail est partout glorifié et qu’il constitue de nos jours la clé de toute reconnaissance sociale.

Aujourd’hui le châtiment n’est plus dans le travail, mais dans sa privation. privé de d’emploi, l’individu est stigmatisé comme inutile à la communauté et à lui-même.

 

« Plus proche, également décisif peut-être voici un autre évènement non moins menaçant. C’est l’avènement de l’automatisation qui, en quelques décennies, probablement videra les usines et libérera l’humanité de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, l’asservissement à la nécessité. Là encore, c’est un aspect fondamental de la condition humaine qui est en jeu, mais la révolte, le désir d’être délivré des peines du labeur ne sont pas modernes, ils sont aussi vieux que l’histoire. Le fait même d’être affranchi du travail n’est pas nouveau non plus ; il comptait jadis parmi les privilèges les plus solidement établis de la minorité. A cet égard il semblerait que l’on s’est simplement servi du progrès scientifique et technique pour accomplir ce dont toutes les époques avaient rêvé sans pouvoir y parvenir.

Cela n’est vrai toutefois qu’en apparence. L’époque moderne s’accompagne de la glorification théorique du travail et elle arrive en fait à transformer la société toute entière en une société de travailleurs. Le souhait se réalise donc comme dans les contes de fées, au moment où il ne peut que mystifier. C’est une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien de ces activités les plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. [...] Même les présidents, les rois, les premiers ministres voient dans leurs fonctions des emplois nécessaires à la vie de la société, et parmi les intellectuels il ne reste que quelques solitaires pour considérer ce qu’ils font comme des oeuvres et non comme des moyens de gagner leur vie. Ce que nous avons devant nous c’est la perspective d’une société de travailleurs sans travail, c’est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire ».

Hannah ARENDT, La condition de l’homme moderne (1958), prologue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tags : , , , , , , ,