Autour de nos guitares
blog d\'une enseignante d\'école de musique

la classe unique guitare s’exporte au Mexique

Colonia Vicente Guererro , Oaxaca, Etat de Oaxaca, Mexique

premier jour à la Colonia

Par Dominique Chevalier et Béatrice Tavan (Conservatoire de Dunkerque)

 Ce dimanche 21 juillet 2013, notre réveil a sonné tôt : c’est à l’église que nous avons rendez vous avec les guitaristes et les mandolinistes, pour la messe de 8h. La veille, à la gare routière de Oaxaca, nous avions reconnu Jorge et Olivia qui nous attendaient avec émotion. Jorge, guitariste, et Olivia, mandolinistes, sont les responsables du groupe de musiciens que nous sommes venus rencontrer.

« Como te llames? » demandons-nous en prenant la guitare ou la mandoline pour l’accorder. En quelques jours, il va nous falloir apprendre tous les prénoms, repérer les plus avancés, comprendre la difficulté des moins débrouillards, trouver des solutions pédagogiques efficaces, et pouvoir donner des cours en espagnol … Heureusement que nous sommes rompus aux séances collectives, à la transmission orale et aux classes musicales uniques !

 Les mandolines égrènent la mélodie, et les guitares jouent des accords en Ière position, à l’unisson … ou presque : nos accordeurs s’affolent d’un instrument à l’autre, parfois ajustés à un ½ ton d’écart.

Nous avons rapidement décidé de faire 2 groupes de niveau, et dés le premier soir, nous avons réfléchi au répertoire : avec les mandolines, Vivaldi s’imposait. Et la nécessité de savoir lire une tablature, car pas question de mémoriser les voix par imitation seule.

Avec les guitares, qui ne pratiquaient que le médiator, nous allions apprendre la tenue et la technique classique pour le jeu en arpèges avec une étude romantique de Ferdinando Carulli, et comprendre l’écriture du compositeur ; nous souhaitions également développer la connaissance du manche par le système CAGED pour les plus avancés, ainsi qu’un initiation au blues, à l’improvisation et au finger picking. Pour les moins aguerris, il fallait conforter la connaissance des premiers accords en priorité, rassurer Daniella, encourager Karine, changer la guitare de Liliana, de trop petite taille, prendre le temps de montrer les accords au jeune Luis-Daniel.

Pour les mandolines, apprendre les 2 parties solo du concerto, et sur l’étude, apprendre à arpéger des accords, ce qu’ils n’avaient jamais fait. Et pour le violon de Javier, il faudra inventer !

 Tous découvriront les nuances (« matices ») et leurs signes d’écriture ; le symbole d’une reprise, l’importance de la pulsation, la notion de triolet et leur alternance avec les 2 croches. Il manquait une 5ème corde à la guitare de Daniel, et les basses trop vieilles de Julio étaient prêtes à casser : ce fut l’occasion d’expliquer que la qualité des cordes influe sur le son de la guitare, et qu’elles se changent par jeu entier plutôt que l’une après l’autre.

 Jour après jour, l’organisation se met en place : cours collectifs le matin, en 3 groupes, en commençant par les mandolines à 9h. « In punto, por favor » !! et de 10h à 13h , les guitaristes répartis en 2 pupitres. Tous progressent rapidement et sont très assidu/es. Sur le tableau que nous avons demandé, nous proposons aux élèves volontaires de s’inscrire  pour des cours plus individualisés que nous allons gérer à 2 : le planning de nos après-midi se remplit immédiatement, il faut faire de la place pour rajouter des noms.

 Lundi, Gilberto est venu avec Samuel et Gabriel ; mardi, c’est au tour d’Emmanuel avec sa guitare électrique, il connaît déjà beaucoup de choses et reviendra l’après midi avec une guitare folk ; mercredi Bryan est arrivé, c’est le plus jeune, il a 7 ans, un excellent sens du rythme, et tient sa guitare remarquablement bien. Joël nous rejoint, puis José Angel, il est bassiste, Luis vient quand il peut car il travaille comme ouvrier dans une usine de briques ; Julia ne reviendra que dimanche, car elle aussi travaille, de même que Jésus. Au concert, nous serons plus de 40 !

 Mardi 30 juillet, 17h : comme Zorro, la sono arrive à l’heure mexicaine pour un concert annoncé une heure plus tard… Le consul honoraire et l’évêque, eux, sont déjà là avant la fin des balances. Devant la salle bondée, nous ouvrons le concert par la « Zandunga » en quatuor, chanson traditionnelle de Oaxaca, puis en duo « El Diablo Rojo » (Rodrigo et Gabriella, Mexique) et « For Sephora » (Stochelo Rosenberg, Europe). Suivront Vivaldi, l’Estudio de Carulli, et le rap composé par les jeunes.  Le final est « Allegria », du Cirque du Soleil, chanson dans laquelle nous avons ajouté un couplet en français, un accompagnement en finger picking, un solo de guitare acoustique et une basse. Lors des séances photos qui suivent, l’émotion est au rendez vous.

 Mercredi 31 juillet : initiation au flamenco pour tout le monde avant notre départ. Nous laissons derrière nous nos consignes aux plus grands pour qu’ils aident les plus jeunes, et nos 2 accordeurs à Jorge et Olivia en souvenir !

 


Publié le 2 janvier 2014 par beatrice1 dans Actualité