Sexamor est une pièce spectaculaire, tentant de raconter par métaphore la réalité de l’amour au quotidien, la recherche de l’amour, du sexe, le désir entre l’homme et la femme, mais jamais en même temps, jamais de la même manière, les acteurs se cherchent mais ne se trouvent pas, se rencontrent à certains moments, par exemple lorsqu’ils dansent le slow sur les clous qui image parfaitement bien la difficulté d’être ensemble et de tenir bon. Mais ils ne parviennent quand même que rarement à se « comprendre » (notons l’absence totale de réaction de l’homme quand elle lui déclare qu’elle l’aime). Elle, elle veut de la tendresse, elle veut trouver l’amour qu’on lit dans les contes de fées, mais elle connaît aussi la réalité du sexe et du seul désir de l’homme, qu’elle appelle lorsqu’elle détruit l’image des contes et hurle au loup. Cette scène est magnifique, prenante, envoûtante, elle parle à chacun de nous, à notre culture populaire, et fait passer à travers son texte sa détresse face à ce qu’on lui avait promis et ce à quoi elle a finalement « droit ». C’est une scène douloureuse, ça fait mal, autant pour nous que pour elle, elle rappelle à la réalité et délaisse son corps au loup pour qu’il en fasse ce qu’il veut. Si on n’a pas droit à l’amour, à quoi bon espérer encore ? Autant en faire profiter d’autres, comme une sorte de suicide mental pour pouvoir quand même continuer à vivre, vivre dans le sexe mais pas dans l’amour, et pourtant, l’espoir est toujours là, et malgré le fait qu’elle l’ait appelé, elle repousse le loup ensuite…
Une des scènes que j’ai trouvée un peu « inutile » est celle où elle fait la danseuse, et essaie de transcrire en pas de danse la guerre. Elle le fait en suivant une feuille, mais n’a pas envie de le faire, et exprime clairement son envie de parler d’amour, quand l’homme ne veut pas en entendre parler. Elle est assez longue, et je ne lui trouve pas vraiment d’utilité dans la pièce, puisque la scène avec les tableaux est beaucoup plus parlante, et avec beaucoup plus de poésie pour parler des attentes (des désirs) de l’un et de l’autre.
Pour le reste c’est une très belle pièce, très originale aussi dans sa réalisation, son aspect mécanique et technique, un peu rouillé, le préservatif géant (d’ailleurs je ne peux pas passer sous silence cette scène, elle est haletante, j’avoue que j’ai eu très très peur, j’angoissais comme devait angoisser l’actrice en étant dedans, et dire qu’ils la faisaient monter, descendre, glisser à cause de l’eau qu’il y avait dedans… c’était horrible à voir, on se mettait trop à sa place), le jeu des sonorités avec les cloches… Un moment magnifique et très poétique, exprimant parfaitement la « mécanique de l’amour » sur scène, sans vulgarité aucune.
La seule chose qui manquait, qui a fait qu’on est un peu resté sur notre faim, c’est l’absence de la rencontre pleine et totale des 2 acteurs, une scène où enfin ils s’aimeraient et se comprendraient, profitant pleinement tous les deux de leur relation… Parce que même si la difficulté de s’aimer est réelle dans une vie de couple, il y a quand même des moments de complicité et de plaisir qui existent, où on est bien à deux, sans lesquels une relation ne pourrait pas tenir bien longtemps, non ? Je trouve que c’est une version un peu pessimiste de la relation, même si la scène finale (complicité et jeux à deux) est sensée représenter cette « rencontre », j’ai trouvé qu’elle était trop… « n’importe quoi », comme dirait mon camarade Quentin, et du coup elle ne fait pas super bien passer ce message.
N. Madert