César et la Gaule
(100-44 av. J-C)
C’est essentiellement un homme d’action, mais doublé d’un homme de lettres et dont l’oeuvre littéraire constitue le récit de ce qu’il a fait. Ses « Commentaires » – Guerre des Gaules et Guerre civile – sont officiellement destinés à renseigner les historiens de l’avenir mais représentent aussi une apologie personnelle de son action d’homme de guerre et d’homme politique.
De la jeunesse à la conquête de la Gaule (100-58)
Caius Iulius Caesar naît à Rome en 100, le 13 du mois Quinctilis, appelé plus tard Iulius (d’où notre mois de Juillet) en son honneur. Il appartient à l’illustre gens Iulia qui prétendait descendre de Iule, fils d’Énée, lui-même fils de Vénus. Brillant élève de l’école mais aussi du gymnase, il appartient à la jeunesse dorée de Rome et prend des allures de dandy (Suétone, César). Il est soutenu dans ses débuts en politique par le souvenir de son oncle Marius. Il fait ses premières armes en Asie où il a, un jour, l’occasion de se venger, avec une rapidité foudroyante, de pirates qui l’avaient rançonné (Suétone, César).
Élu questeur en 68 (Suétone, César), édile en 65 (il donna alors des jeux d’une somptuosité inouïe qui le ruinèrent) (Suétone, César), il est préteur en 63 et il essaie, lors de la conjuration de Catilina, de sauver les conjurés car, à ses yeux, un changement de régime aurait favorisé son ambition. Propréteur en Espagne, il fit une campagne brillante et rétablit sa fortune. En 60, il conclut avec deux hommes politiques importants, Pompée et Crassus, une convention secrète (c’est le premier triumvirat) selon laquelle il devait être nommé consul l’année suivante. Il le fut effectivement et exerça quasi seul sa magistrature (Suétone, César); il resserra ses liens avec Pompée en faisant épouser à celui-ci sa fille unique, Julia. Pour se faire bien voir du peuple, il fait voter une loi agraire qui octroie des terres aux vétérans. A sa sortie de charge on lui confie pour cinq ans le gouvernement de la Gaule cisalpine (= l’Italie du Nord), de l’Illyrie et celui de la Gaule transalpine, c’est-à-dire la Province romaine (= environ la Provence actuelle) et la Narbonnaise. Mais il ne cesse, depuis la Gaule, de surveiller les événements de la politique intérieure, soutenant toujours le parti populaire contre le parti du Sénat (Suétone, César et Plutarque, Vie de César).
La conquête de la Gaule (58-52)
Elle est entreprise sur un prétexte : les Helvètes prétendent traverser la Province romaine pour aller en Saintonge. César leur barre la route et en deux ans, marqués par des victoires retentissantes, notamment sur le chef germain Arioviste, il semble avoir conquis la Gaule entière; sa célébrité à Rome est alors immense : on lui vote quinze jours d’actions de grâces… (César, Guerre des Gaules) Cependant il n’omet pas de renouveler son alliance avec Crassus et Pompée, lors de l’entrevue de Lucques en 56 : César est maintenu dans son gouvernement (Cicéron, Sur les provinces consulaires) et la question de son remplacement ne doit pas se poser avant l’année 50.
De 56 à 52 César consolide l’autorité de Rome en Gaule, en multipliant les actions militaires mais aussi en jouant sur les rivalités entre les différents peuples gaulois. Il passe au-delà du Rhin, débarque même en Bretagne ( = la Grande Bretagne actuelle), frappant de plus en plus ses concitoyens d’étonnement et d’admiration, même si un Caton ose signaler ses actes de cruauté(Plutarque, Vie de Caton d’Utique). Cependant peu à peu la révolte s’organise en Gaule et Vercingétorix, un chef arverne (= de l’Auvergne) unifie la résistance nationale. César s’empare d’Avaricum (Bourges), mais subit un échec à Gergovie (près de Clermont-Ferrand); la lutte décisive se livre autour d’Alésia (que l’on situe assez généralement en Bourgogne), où la résistance gauloise est abattue mais non sans mal et après un très long siège qui a exigé d’importants travaux d’investissement, remarquables d’ailleurs (César, Guerre des Gaules et Michelet, Histoire romaine). Les dernières résistances sont brisées à Uxellodunum ( = sans doute Luzech, dans le Lot).
La guerre civile (50-48).
Les difficultés de la conquête en Gaule avaient porté une atteinte considérable au prestige de César à Rome et, pendant son absence, les liens du triumvirat s’étaient dénoués : Julia était morte, Crassus avait péri dans une expédition contre les Parthes et, surtout, Pompée se rapprochait du Sénat et devenait l’homme fort de Rome, celui sur lequel on comptait désormais pour assurer l’ordre et la sécurité sans toucher à la constitution républicaine. L’ambition forcenée de César ne pouvait s’accommoder d’une telle situation. Il prétend alors briguer le consulat (il pouvait le faire à nouveau, dix ans après son premier consulat) en étant absent de Rome et en restant dans sa province avec son armée. Or la loi exigeait la comparution personnelle des candidats; mais César craignait, s’il rentrait seul à Rome, les attaques de ses adversaires. On enjoint néanmoins à César de licencier son armée et de quitter sa province (janvier 49); César refuse d’obéir et, franchissant le Rubicon (petite rivière au sud de la Gaule cisalpine), il envahit l’Italie.( Lucain, La Pharsale et Suétone, César)
César s’était donc mis en rébellion contre l’État. Avec sa fougue habituelle, il s’élance vers Rome, empêchant, par sa rapidité, la mobilisation du parti adverse. Pompée s’empresse de battre en retraite et de passer en Orient. En deux mois, César devient maître de toute l’Italie. Puis il décide, avant de poursuivre Pompée, de détruire des armées pompéiennes installées en Espagne; il s’empare, après un long siège et une longue résistance, de Marseille (César, Guerre civile et César, Guerre civile), et vient à bout des troupes pompéiennes en Espagne.
Au début de l’année 48 César, nommé consul, franchit l’Adriatique à partir de Brindes, malgré la présence d’une très importante flotte pompéienne. Son armée de vétérans aguerris se heurte à l’armée de Pompée, bien supérieure en nombre mais mal organisée et trop confiante en elle (Plutarque, Vie de César), dans la plaine de Pharsale, en Thessalie. La victoire de César est totale (César, Guerre civile); Pompée s’enfuit en Égypte (César, Guerre civile), où il est assassiné traîtreusement par les Egyptiens.
De Pharsale à la mort (48-44)
César, lancé à la poursuite de Pompée, s’attarde en Égypte pour régler le différend entre Cléopatre et son frère Ptolémée; puis il fait revenir rapidement (« Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. ») dans l’obéissance à Rome le fils de Mithridate, Pharnace, roi du Pont et rentre enfin en Italie, d’où il est contraint de repartir en Afrique où les forces républicaines s’étaient reconstituées. Il les écrase à Thapsus : cinquante mille pompéiens périssent et Caton se suicide à Utique.
De retour à Rome, César doit de nouveau repartir en Espagne où les fils de Pompée ont levé une armée; César en triomphe à Munda, près de Cordoue (15 mars 45) : près de trente mille hommes périssent.
Ayant ainsi conquis tout ce qui obéissait à Rome, César se trouve véritablement maître du monde – du moins du monde connu à cette époque. A Rome, il est nommé dictateur à vie, grand pontife, augure, imperator à vie; objet d’un véritable culte, il occupe un siège en or dans la Curie, obtient le droit de marquer de son effigie les monnaies de Rome, etc.
Bien qu’en possession du pouvoir absolu, César va gouverner dans l’intérêt général : amnistie de ses anciens adversaires, retour des exilés politiques, auxquels il confie même souvent de hautes charges. Il entreprend une série de réformes, comme, par exemple, l’introduction de Gaulois et d’Espagnols au Sénat et la modification du calendrier (Suétone, César). Il s’efforce de procurer du travail aux pauvres et de reconstituer la classe moyenne; il donne des terres à ses vétérans pour fonder des colonies en Italie, en Afrique ou en Grèce, mais avec obligation de garder leurs terres pendant vingt ans. Il prend des mesures de sécurité publique contre les agitateurs, réforme le système des impôts, impose un contrôle sévère sur la gestion des magistrats et des gouverneurs de province.
Cependant, à Rome, ses ennemis ne désarment pas et même ceux qui se sont ralliés à lui comprennent vite qu’il entend demeurer le maître absolu et inaugurer un régime politique nouveau (Suétone, César). Un complot est donc tramé contre lui où entrent de nombreux sénateurs, dont Cassius et Brutus (neveu de Caton), ardents ennemis de tout despotisme et de toute tyrannie. César est assassiné en pleine séance du Sénat (Suétone, César), le jour des ides de mars 44 (15 mars).
CONCLUSION
César est sans aucun doute un des génies les plus extraordinaires qui n’aient jamais existé. Ce qui frappe surtout, c’est l’incroyable diversité de ses dons et l’aspect multiforme de son caractère.
Comme homme de guerre, il se signale par son don du commandement (Suétone, César) et par sa foudroyante rapidité d’action (Napoléon l’admirait beaucoup). On retrouve la même promptitude dans son intelligence (Pline l’ancien, Histoire naturelle) qui saisit d’un coup d’oeil les décisions utiles à prendre. Dans l’action, il est à la fois maître de lui et colérique; il peut se montrer extrêmement cruel mais il intronise la clémence dans l’idéologie politique.
Il a toujours été tenace et jamais découragé par ses échecs : son énergie morale double son énergie physique. Comme tous les grands ambitieux, il a toujours su garder intacte sa volonté au service de son unique passion : la domination et la gloire.
Son oeuvre d’écrivain – les « Commentaires » – a été mise au service de cette gloire : nul doute que ce sont des ouvrages d’apologie personnelle destinés à sa propagande politique ou à sa justification auprès de ses adversaires; néanmoins ces commentaires sont remplis de descriptions précises des lieux, de renseignements intéressants sur les peuples et, surtout, ils sont écrits dans une langue d’une remarquable pureté, claire et naturelle, à laquelle déjà ses contemporains étaient sensibles (Cicéron, Brutus) .
Textes complémentaires :
1. Le premier triumvirat (60 av. J.-C.) (Plutarque, Vie de Pompée)
2. L’outrecuidance des Pompéiens (Michelet, Histoire romaine)
3. Mauvais présages avant la mort de César (Suétone, César)
4. Après la mort de César, Brutus s’adresse aux Romains (Shakespeare, J. César)
Compteur
La romanisation de