Agence des usages des TICE
A l’occasion du salon Educ@tice qui se tiendra prochainement à Paris Porte de Versailles, Jean-Michel PERRON, responsable de l’Agence des usages des TICE, a accepté de répondre à quelques questions pour présenter l’Agence et ses actions. Vous pourrez d’ailleurs la retrouver lors du salon sur le stand du Ministère de l’éducation nationale.
LeWebpédagogique : Pouvez-vous vous présenter et nous décrire votre action au sein du CNDP ?
Jean-Michel PERRON : L’Agence des usages est un service du Département Ressources et Technologies du Centre national de documentation pédagogique. Elle répond à la commande de son autorité de tutelle, le Ministère de l’éducation nationale qui nous demande d’accompagner la politique de développement de l’usage des technologies éducatives.
C’est pourquoi notre action s’entend comme complémentaire aux actions de la sous-direction des technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (SDTICE).
Un exemple concret, nous réalisons des articles de vulgarisation scientifique sur ce que disent les chercheurs des technologies dans le cadre des apprentissages (Enseigner et apprendre avec le TBI), nous réalisons aussi des témoignages audiovisuels d’enseignants qui s’approprient les outils (Usage du tableau blanc interactif en géométrie dans l’espace) puis nous relions ces réalisations aux répertoires d’indexation et de description de ressources pédagogiques (Edu’bases et PrimTICE).
De cette manière l’enseignant peut, en fonction de son intérêt, de son niveau d’appropriation, trouver, sur le même sujet, trois types et niveaux d’informations différents.
Nos actions sont donc prioritairement tournées vers la valorisation des usages des TIC et la compréhension des enseignants en tant qu’usagers dans un cadre professionnel. Nous souhaitons aussi communiquer vers un public plus large car il nous semble que les dispositifs d’espaces numériques vont faire se rencontrer tous les acteurs de la communauté éducative (parents, administrations, enseignants, éducateurs) ; c’est pourquoi nous éditons un dossier thématique où nous évitons tout vocabulaire technique (entre la pédagogie et les TIC, cela nous expose à une grande diversité terminologique) et qui a pour objectif de présenter à un public large ce qui se passe dans les établissements avec les TIC. Notre dernier dossier présentera des exemples de la mise en œuvre du B2I avec comme élément central le recueil de la parole de l’usager, cela est primordial dans notre ligne éditoriale.
Nous avons enfin la chance d’appartenir au réseau SCÉRÉN (le centre national et les 31 centres régionaux) et nous avons dans chaque centre un correspondant de l’Agence avec qui nous partageons de l’information, nous réalisons des observations d’usage et pour qui nous organisons des rencontres nationales et des journées de formation.
LWP : Comment sélectionnez-vous les enseignants dont vous rapportez le témoignage ?
Jean-Michel PERRON : Plusieurs principes dictent notre sélection, d’abord nous devons traiter des priorités nationales, nous cherchons actuellement des enseignants qui vont utiliser les TIC dans le cadre de l’apprentissage des langues, dans le cadre du nouveau dispositif d’accompagnement éducatif ou dans le cadre de la scolarisation des élèves handicapés.
De plus, nous recherchons des enseignants qui ont déjà formalisé leur pratique dans un scénario présent dans les répertoires cités plus haut ou qui vont le faire bientôt et enfin nous ajoutons des critères éditoriaux. Montrer bien sûr les technologies innovantes nous importe mais pas seulement, un enseignant qui utilise un logiciel de traitement de texte dans le cadre d’activités de renforcement nous intéresse. Nous choisissons des activités de classe assez habituelles, que les enseignants connaissent déjà , et l’enregistrement porte sur ce que les TIC ont apporté à l’organisation des activités, à la relation pédagogique, à l’activité des élèves, à la gestion du temps et de l’espace, aux apports et aux limites des outils dans les apprentissages. De cette manière, les enseignants qui n’utilisent pas les TIC ne sont pas déroutés car ils connaissent bien l’activité présentée, ils font facilement le lien entre ce qu’ils font déjà et l’évolution possible de leur pratique avec l’usage des TIC.
LWP : De quels moyens disposez-vous pour faire connaître les nouvelles pratiques ? Avez-vous des retours d’autres enseignants novices qui se disent encouragés à utiliser les nouvelles technologies grâce au témoignage de ces enseignants ?
Jean-Michel PERRON : Nos principaux outils de communication, ce sont notre site web et notre réseau de proximité qui présentent les productions de l’Agence localement. Nous participons aussi à des événements médiatiques comme le salon Educ@tice où nous serons présents sur le stand du ministère de l’éducation nationale pour présenter les actions phares du CNDP (eTwinning-Sialle-Educasources-Agence).
Les contacts que nous avons par courriel ou bien lors des grands événements nationaux nous confortent dans l’idée qu’il faut pouvoir donner une information adaptée aux nouveaux médias comme le web mais aussi aux nouveaux modes de diffusion de l’information. C’est pourquoi, nous travaillons sur des divers formats web comme la balladodiffusion.
Les enseignants mais aussi les formateurs nous disent l’intérêt qu’ils ont pour les témoignages audiovisuels, simples et rapides à regarder tout en ayant une information validée, de qualité et d’analyse des pratiques pédagogiques. De là à dire que des enseignants novices sont encouragés grâce aux témoignages, je n’irai pas jusque là , je crois que les changements de pratiques sont liés à beaucoup de facteurs favorables qui évoluent en même temps. Il faut, comme le disent Philippe Mallein et Yves Toussaint dans un article « L’intégration sociale des technologies d’information et de communication : une sociologie des usages », une banalisation des techniques et des objets, c’est à dire une implantation de manière évolutive dans les systèmes existants et une intégration des objets dans la vie quotidienne. Je crois que nous sommes encore dans cette phase qui fait que tout ce qui aide les enseignants à banaliser les techniques et les objets de l’information et de la communication permet de favoriser l’intégration dans les pratiques existantes. C’est ce que nous cherchons à démontrer dans les témoignages en accompagnant cette banalisation d’une meilleure compréhension des phénomènes avec les articles de vulgarisation scientifique.
LWP : Comment, à votre avis, les nouvelles technologies peuvent-elles accompagner une démarche pédagogique ?
Jean-Michel PERRON : Je ne suis pas sûr que les technologies accompagnent une démarche par contre, je crois que les enseignants ont à leur disposition des démarches comme la démarche expérimentale (cf. la main à la pâte) et qu’ils ont aussi des outils, des ressources et des systèmes d’information et de communication complexes. Parmi ces technologies qu’ils ont à leur disposition, il faut qu’ils choisissent en fonction des objectifs pédagogiques, du groupe classe, des conditions matérielles et organisationnelles, de la démarche choisie (la liberté pédagogique), les outils qu’ils pensent les plus efficaces pour que les élèves construisent les savoirs, savoir faire et attitudes. Si ces outils ou ressources sont numériques et que les enseignants considèrent qu’ils remplissent leur rôle, qu’ils facilitent leur tâche, qu’ils apportent une motivation supplémentaire à leurs élèves pour travailler, alors ces outils sont adaptés à leur démarche pédagogique.
LWP : Pouvez-vous nous citer le scénario pédagogique le plus réussi que vous avez rencontré (et dire ce qui vous y a plu) ?
Jean-Michel PERRON : Les scénarii les plus réussis sont ceux où je me dis en les lisant : « si j’étais dans ma classe, je crois que je pourrai réussir la même chose » ou bien « cette bribe d’information me va, bonne surprise, je n’y avais pas pensé, c’est une bonne idée ! ». Je n’ai pas besoin de tout le scénario mais des quelques éléments qui m’apportent une information nouvelle et acceptable ou qui valide une proposition que je pensais possible mais dont je n’étais pas sûr. Etre enseignant, c’est être dans une incertitude constante dans l’efficacité des actions, tout ce qui valide ou rassure me donne envie de construire ma propre pratique. Ce transfert de quelques bribes ne peut se faire qu’en cas d’un scénario très complet et très précis. Un scénario, c’est l’histoire du cours que l’on relate. Pour cela il faut livrer les détails, l’avant et l’après, les conditions, etc.
LWP : Quel serait le scénario pédagogique parfait ? Peut-on donner des critères type (originalité, efficacité, mobilisation de plusieurs supports multimédia dans un même séquence, action ponctuelle ou ancrée dans la durée, etc.) ?
Jean-Michel PERRON : Un scénario pédagogique, d’après Jean-Philippe Pernin (INRP), est la description du déroulement d’une situation d’apprentissage en termes de rôles, d’activités et d’environnement nécessaire à sa mise en œuvre, mais aussi en termes de connaissances manipulées. Il faut donc distinguer le fond de la forme. Sur le contenu, cela veut dire qu’il faut de nombreux détails précis sur l’activité, n’oublions pas tout d’abord qu’il doit y avoir un lien constant avec les programmes. Par exemple, le socle commun définit les sept domaines de compétences que les élèves doivent maîtriser à l’issue de la scolarité obligatoire. Les scénarii du collège doivent donc forcément indiquer les compétences travaillées dans le cadre du socle défini et qui plus est, décliner les items correspondants au quatrième pilier qui est la maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication. Il faut bien évidemment des informations sur le déroulement des activités, sur l’organisation, etc. La situation d’apprentissage doit pouvoir être déclinée en série qui montre la progression des élèves dans l’apprentissage de notions de plus en plus complexes et dans une programmation de classe ou d’établissement.
Il y a donc une information très complexe à structurer, il faut aussi la mettre à disposition de la communauté éducative en utilisant les outils numériques comme les bases de données et les moteurs de recherche. Tout cela demande des compétences métiers très expertes liées à l’ingénierie documentaire, c’est le cœur de métier du pôle des contenus numériques au CNDP, pôle national qui travaille sur la modélisation, l’indexation et la description d’objets pédagogiques basés sur une normalisation internationale.
Après ce travail, on peut penser à des arguments plus « marketing » et importants pour la réussite de la diffusion de cette information. C’est là où sont pris en compte les facteurs tels que l’originalité et la variété des supports. Aujourd’hui, il est évidemment très important de pouvoir diffuser l’information de manière multiforme et de posséder les compétences pour fabriquer ce type de contenus (web tv, fils rss, balladodiffusion, etc.). C’est pourquoi à l’Agence des usages des TICE, même si certains de ces supports ne rencontrent pas des lecteurs tout de suite, nous réalisons nos témoignages et nos articles avec tous ces formats.
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Site web de l’Agence des usages des TICE : http://www.agence-usages-tice.education.fr/














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