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CDI - Blog de défi lecture France-Maroc

Dans cet entretien le témoignage de nombreux professeurs de lettres modernes, de français et documentalistes pour l’organisation du défi lecture France-Maroc.

LWP : Pouvez-vous nous parler un peu de vous, de vos élèves, de votre école et surtout de l’idée de faire un défi lecture entre une école en France et celle au Maroc ? Comment cette idée vous est-elle venue ?

M. Guérin Christophe, professeur documentaliste au collège Anatole France de Casablanca : Je suis documentaliste depuis 5 ans au collège Anatole France de Casablanca, dans un établissement qui accueille des élèves français et marocains. Le niveau scolaire des élèves est plutôt élevé, une grande partie d’entre eux étant sélectionnés sur examen. L’échec scolaire n’est néanmoins pas absent du collège, même s’il est peut-être moins marqué qu’ailleurs. Les élèves sont globalement de bons lecteurs si l’on en croit les statistiques d’emprunt au CDI.

L’idée du défi entre la France et le Maroc relève d’une maturation progressive. L’an passé nous avons réalisé un défi au sein du collège pour des élèves de troisième. Nous étions partis du principe qu’il fallait former des groupes hétérogènes (les bons élèves, sélectionnés par l’enseignant de français, choisissant à tour de rôle leurs deux camarades). Chaque élève a dû lire au moins deux des douze livres du défi. Le bilan a été très positif, la solidarité au sein des groupes l’emportant sur la réticence à lire chez certains, d’autant que la sélection comportait quelques ouvrages exigeants.

Nous avons envisagé l’extension du défi à d’autres établissements du Maroc, mais cette opération était en concurrence avec un prix littéraire jeunesse, lancée en 2006. C’est la raison pour laquelle l’idée d’un projet entre la France et le Maroc m’a séduite d’emblée. Elle a émergé des discussions de « salle des profs » et des contacts entre enseignants pris au cours de nos précédentes expériences.

Mme Lartigue, professeur documentaliste au collège de Labenne : Le collège de Labenne est un établissement récent (4 ans d’ancienneté) qui accueille près de 500 élèves dans un établissement à l’implantation exceptionnelle (des bâtiments de plein pied, posés sur une dune au milieu des pins, proches de l’Océan Atlantique qui borde les côtes du département des Landes). C’est un établissement doté d’un personnel soudé et d’une équipe pédagogique dynamique, très impliquée dans les TICE et toujours prête à monter des projets originaux en direction des élèves. Cet établissement bénéficie en prime d’un équipement en informatique de pointe utilisés quotidiennement par les élèves et les enseignants : un important parc d’ordinateurs en réseau (que ce soit les postes fixes, ou les portables confiés aux élèves de quatrième et de troisième pour toute leur année scolaire), video-projecteurs et Tableaux Blancs Interactifs (TBI) dans les classes, intranet animé par un aide éducateur en informatique…

Sachant que nos élèves sont eux aussi équipés personnellement, et plus adeptes des supports numériques que du support papier, je cherche depuis mon arrivée dans le CDI de ce collège divers moyen de promouvoir la lecture et la littérature de jeunesse. L’idée d’organiser un défi-lecture me plaisait mais je souhaitais le rendre le plus « original » possible pour d’abord éveiller l’intérêt des élèves et puis que chacun puisse y trouver plaisir.
L’opportunité est apparue en juin 2007, avec l’envoi d’un mail d’une amie et ancienne collègue. Mme Foray Catherine m’y demandait quelques conseils en littérature de jeunesse pour le futur défi lecture que le documentaliste de son établissement, M Guérin Christophe, lui proposait d’organiser dans leur collège situé à Casablanca au Maroc. L’occasion était trop belle. Grâce à elle, je me suis mise en relation via courriel avec Christophe et je lui ai demandé s’il était intéressé par un partenariat avec nous. Très rapidement, il a accepté. Il ne me restait plus qu’à trouver au sein du collège deux classes de sixième dont les collègues de français étaient partantes. Tout aussi rapidement Mme Faure Elisabeth et Mme Dussaux Danièle ont adhéré au projet.
A cause de contraintes financières nous avons monté le projet en 3 semaines : sélection des livres (16 livres différents), chiffrage financier (il fallait prévoir plusieurs exemplaires pour chaque livres), dépôt de la demande auprès de l’administration et vote en Conseil d’Etablissement.

Juste avant le départ en vacances, le projet était bouclé au moins sur le papier. L’équipe organisatrice se constituait des 3 professeurs de français et des 2 documentalistes. Il restait pourtant beaucoup à faire ! Il nous fallait prévoir les épreuves du défi (Christophe qui en avait organisé était notre référent), découvrir nos élèves (c’est seulement en septembre que l’on a rencontré les élèves de sixième qui allaient participer au défi) et surtout de trouver un moyen de communication accessible à tous, permettant d’annihiler distance et frontières et assurant un suivi des épreuves.

Mme Foray Catherine, professeur de lettres modernes au collège Anatole France de Casablanca : Mes motivations pour me lancer dans ce défi est d’abord l’envie de bosser avec une copine et collègue motivée et toujours prête à se lancer de nouveaux défis !!! C’est surtout donner envie aux élèves de lire et leur prouver qu’ils sont capables de lire beaucoup et en peu de temps des genres qu’ils n’auraient pas forcément découverts d’eux mêmes…

Nos élèves du collège Anatole France de Casablanca sont des élèves plutôt favorisés socialement avec des exceptions bien sûr et plutôt intéressés et motivés mais avec des difficultés en français malgré tout.

Mme Faure Élisabeth, professeur de français au collège de Labenne : Lorsque Mme Lartigue nous a proposé ce défi, ce que j’ai trouvé séduisant, c’était l’idée de dépasser les frontières. Je suis attachée à une « culture multiple » et je regrette souvent le manque de curiosité et d’ouverture des élèves vers des cultures différentes de la leur. C’était un bon moyen de les faire « sortir » de leur contexte par l’échange avec des enfants de Casablanca et également par la diversité des thèmes évoqués dans les romans sélectionnés.

D’autre part, malgré mes inquiétudes, j’y voyais une autre façon d’aborder la lecture. Les enfants sont trop peu amenés à lire, si ce n’est par un travail scolaire obligatoire qu’ils perçoivent trop souvent comme rébarbatif. Lire est un plaisir, une découverte, une source de savoir et d’étonnements… Le défi était un bon vecteur pour changer leur appréhension de la lecture. Il ne faut pas oublier, non plus, le côté compétition qui en a motivé plus d’un ! ! !

LWP : Pourquoi avez-vous ouvert un blog pour ce défi ? Que pensez-vous de cet outil ?

M Guérin Christophe : Proposée par Bénédicte Lartigue, l’idée du blog a fait l’unanimité, compte tenu de la distance séparant les établissements et surtout de la difficulté et du coût de téléphoner à l’étranger (au cours d’une année de contact, le téléphone n’a été utilisé que deux fois). Ce système a fait la preuve de son efficacité, l’aspect ludique pour les élèves se mêlant à l’aspect pratique pour l’administration et la communication du défi. La simplicité d’utilisation du blog a indéniablement favorisé le succès de l’opération.

Mme Lartigue Bénédicte : Très vite l’idée du blog pour animer ce défi s’est imposée à Christophe et à moi pour plusieurs raisons :

  • C’est un support multimédia fédérant une communauté d’acteurs (enseignants, élèves), et facilitant le suivi du projet par tous.
  • C’est un outil permettant de sortir du cadre strict de la classe en associant les parents et les autres membres de la communauté éducative (et même tout internaute intéressé grâce au référencement par les moteurs de recherche).
  • C’est un outil intuitif, interactif, permettant de mutualiser des ressources, de proposer des liens et de disposer de retours d’expériences (avis, conseils, …)
  • C’est un outil motivant : il permet le réinvestissement d’une compétence qu’ont acquise certains élèves dans leur sphère privée pour stimuler des pratiques plus classiques de lecture et d’écriture.
  • L’aspect ludique indéniable du blog correspondant bien à l’esprit d’un jeu de type défi-lecture.
  • De plus nous avions besoin d’un outil capable de s’adapter aux contraintes particulières d’un établissement scolaire. Nous avons donc choisi le blog car :
  1. Nous avions besoin d’une plateforme fournissant un espace d’hébergement gratuit, et un outil d’administration en ligne accessible via n’importe qu’elle connexion (création d’articles, modération, statistiques)
  2. L’outil permet le respect des contraintes liées au public : pas de publicité et contrôle des commentaires avant publication.
  3. L’outil permet aussi un affichage chronologique des articles, du plus récent au plus ancien.

Mme Faure Élisabeth : Il a aussi permis aux enfants d’échanger par delà les frontières.

LWP : Pouvez-vous nous raconter vos impressions sur vos premiers jours de blogueur ? Avez-vous rencontré des surprises en bloguant ?

Mme Foray Catherine : Je ne me suis pas occupé de la partie technique du blog, ce n’est pas mon truc et j’ai lâchement laissé mes collègues documentalistes experts s’en occuper…merci à eux car ce support est particulièrement motivant pour les élèves…J’ai quand même réussi à me connecter pour aller voir les nouveautés !!!

M Guérin Christophe : N’ayant jamais « blogué » bien qu’utilisateur quotidien des outils informatiques, ce moyen de communication, qui n’était pour moi qu’une manière de se raconter et de communiquer dessus, s’est avéré particulièrement adaptée pour le défi lecture. Moins lourd qu’un site, les possibilités permises par le blog sont tout à fait suffisantes pour ce type d’opération. Le volet statistique, le traçage des visites, et les avis internes comme externe ont considérablement enrichi le volet administratif du défi.

Le nombre d’articles publiés et de réaction aux articles, sans être négligeable, n’a pas été à hauteur de nos ambitions. Le principal obstacle est peut être venu des contraintes de rédaction imposées aux élèves (pas d’écriture « chat », pas de faute d’orthographe). Écrire est redevenu pour certain un travail scolaire.

Mme Lartigue Bénédicte : L’outil « blog » n’était pas pour moi une découverte. Par contre, l’utiliser professionnellement, dans le cadre d’un projet pédagogique était tout nouveau. Je crois que, comme tout outil, un blog ne peut être efficace que si le projet qui amène à sa création est cadré, structuré avec des objectifs bien défini. Nous avions la chance d’avoir un tel projet avec le défi-lecture. Le blog a été construit pour animer le défi et non l’inverse. Du coup le blog incarne tout à fait ce que l’on attend de lui : un lieu d’information pour les élèves, un espace de diffusion des résultats des épreuves, un espace d’expression (au travers des commentaires) et une vitrine permettant de rendre notre projet plus visible en dehors de nos établissements. Les seuls regrets que je pourrais émettre tiennent au manque d’échange entre élèves : j’aurais aimé plus de commentaires sur les Å“uvres lues, sur les épreuves proposées dans le cadre du défi. Le fait que ce blog ai été créé dans un espace scolaire et que l’on demande de faire attention à ce que l’on y écrit a intimidé nos élèves qui sont bien plus diserts sur leurs blogs personnels ! Par contre, j’ai été étonné de la publicité qui nous a été faite : très rapidement nous avons été repéré par la communauté des bloggeurs et des sites de veille informationnelle comme le « CaféPédagogique ». Nous avons des collègues d’autres établissements en France ou au Maroc qui souhaiteraient nous rejoindre l’année prochaine si nous remontons un défi lecture (ce qui devrait se faire).

LWP : Depuis le lancement de ce défi lecture, constatez-vous des changements dans l’habitude de lire de vos élèves ? Quelles sont leurs réactions face à cette activité ?

Mme Lartigue Bénédicte : Je reprends ici le bilan fait pour la présentation à Bordeaux du projet dans le cadre des « Escales du livre ». Je laisse le soin à mes collègues de le compléter en fonction de leurs observations.

  • Les « petits » soucis :

1. L’hétérogénéité des niveaux de lecture des élèves a été difficile à gérer. Mais l’organisation des compétiteurs en groupe et la diversité de la sélection a permis à chacun de ne pas être pénalisé par cette hétérogénéité.

2. Le faible intérêt des élèves français vis-à-vis de la lecture. Mes collègues de français et moi-même nous nous rappelons les regards angoissés de nos élèves quand nous leur avons annoncé en début de défi qu’il leur fallait lire au moins 5 Å“uvres complètes par élèves !

3. Quelques problèmes de compréhension des histoires du fait des cultures différentes (ex : « Une bouteille dans la mer de Gaza » qui traite du conflit israélo-palestinien)

  • Les « grandes » surprises :

1. Nos élèves ont lu chacun 5 livres et dispensent maintenant avis et conseil à d’autres collégiens ! C’est un bilan plus que positif : nos élèves français en sont surpris eux-mêmes et du coup extrêmement fier.

2. La motivation générale des élèves s’est maintenue grâce à l’originalité de chaque épreuve et au pont jeté par le blog entre les compétiteurs. Un lien via le blog du défi lecture a été mis en page d’accueil de l’Intranet du collège de Labenne et du coup nos compétiteurs se sentent valorisés. Ils peuvent ainsi consulter à tout moment, du CDI ou de chez eux, les articles du blog et déposer des commentaires.

3. Certains élèves viennent au CDI emprunter les suites des œuvres en lice.

Mme Foray Catherine : Les élèves m’ont semblé réellement intéressés et certains ont lu beaucoup plus qu’à leur habitude. J’ai eu beaucoup de participants au grand prix des jeunes lecteurs (autre activité autour de la lecture mais menée uniquement au collège Anatole France), ils devaient se sentir plus en confiance et les épreuves du défi m’ont permis de vérifier certains acquis vus en cours. Je pense aussi que les élèves ont vu un intérêt à travailler en équipe et ont pu échanger sur leurs avis et confronter leurs pratiques de lecteur…

Mme Faure Élisabeth : Une grande et très agréable surprise : mes élèves n’ont jamais vraiment rechigné face aux lectures, pourtant parfois complexes. Ils attendaient avec impatience les épreuves et les nouveaux romans à découvrir. Ils se sont également révélés « critiques littéraires » : ils ont recommandé des romans, les ont analysés… Ils se sont souvent entre-aidés pour la compréhension des récits. Ils se sont renseignés, se sont montrés curieux… bref, tout ce que l’on attend d’eux en classe et … qui ne se produit pas si fréquemment ! Effet, donc, très enthousiasmant de ce défi ! ! !

M Guérin Christophe : Pour ma part, je ne suis pas sûr que l’utilisation du blog ait eu un impact important sur la motivation de lecture des élèves. Ce phénomène serait d’ailleurs difficile à mesurer. Je dirais que la motivation est davantage liée aux surprises réservées par les différentes épreuves que du blog, même si le rôle de cet outil n’est sans doute pas négligeable.
En revanche, les réactions des élèves ont été très positives à plusieurs titres en particulier l’interactivité et la lisibilité du défi : il est toujours possible de consulter les résultats, de voir les photos des concurrents, de voir les couvertures des livres, …

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Un commentaire

berlinerblau dit :
25 janvier 2009

Je félicite tous les participants du défi-lecture.
Le fair-play des messages adressés sur le blog me ravi.
Je voudrais encourager plus particulièrement la 6 ème A de Dax, pour la seconde épreuve. Mais quoi qu’il en soit, que le meilleur gagne!

Béatrice Berlinerblau

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