Mon année de philosophie

Blog officiel du WebPédagogique pour réussir son bac de philo

Mon année de philosophie - Blog officiel du WebPédagogique pour réussir son bac de philo

Le silence signifie-t-il toujours l’échec du langage ?

Analyse :

Silence : absence de sons et aussi de mots ou que de mots ( silence des choses et des animaux bien que bruyants)

Signifier : vouloir dire, au sens avoir pour sens, être le signe ( donc échec antérieur au silence) ou de dire quelque chose ( en ce sens le silence « communique » même l’échec du langage.)

Echec : = réussite, l’échec consiste dans le fait de ne pas avoir atteint un objectif, un but. Donc pour parler d’échec du langage, il faut connaître ses buts pour savoir où il a échoué : ses buts peuvent être communiquer, penser, avoir du pouvoir…

Langage : au sens général , toute forme de communication entre un émetteur et un récepteur ; au sens plus étroit, communication via une langue institutionnelle de signes linguistiques présupposant une faculté symbolique pour relier un signifiant et un signifié, et dont l’usage individuel s’appelle la parole.

Toujours : cela présuppose que souvent le silence signifie échec, mais il y  a d’autres cas où non ; ou cela peut aussi suggérer que le silence ne signifie jamais échec du langage.

Présupposés :1. le langage précède le silence. 2. toute prise de parole est une réussite, l’échec du langage réduisant ou conduisant au choix du silence ; 3. On est maître de sa parole, on sait se taire.

 

Plan possible :

I.Le silence est souvent un aveu d’échec ,c’est alors  l’envers d’une parole  soit difficile voire impossible , soit inutile. On peut bien distinguer le silence volontaire (choix libre et délibéré) du silence imposé ( loi de l’état, arbitraire de l’autre), dans les deux cas, lorsqu’on est silencieux, c’est finalement pour ces 2 seules raisons.

D’abord, la difficulté qui peut venir de raisons diverses. Elle peut venir de ce qui est à dire. Ceci peut être soit  trop flou ( mal ou incomplètement pensé, Hegel ) soit trop personnel ( une émotion, un sentiment face à une langue utitaire inadéquate, Bergson) soit déjà inavouable à soi-même ( pulsions qu’on va dès lors refoulés, d’où le travail de libération par la parole, par l’articulation) soit innommable («  le silence qui est l’exacte mesure de ce silence de l’homme » disait un journaliste A. Rémond parlant de l’horreur de certains crimes serbes, mais qu’on pourrait étendre à tous les crimes contre l’humanité, pour lesquels les mots manquent). Elle peut venir aussi de ce qu’on est dans une difficulté soit matérielle (les mots manquent ou ne sont pas possédés ( Bergson), soit juridique (interdiction de la liberté d’expression , censure ponctuelle ou conventions extra-linguistique) soit psychologique (faiblesse, peur, émotion trop forte) de le dire. Ou de la difficulté à être compris par l’autre. Tout cela fait qu’on est finalement contraint de se taire, même si cela ne nous est pas imposé, car prendre la parole ce serait finalement ne pas dire ce qu’on veut dire ou le dire mal ou le dire pour rien pour ne pas être entendu.

De  cette première raison  découle la seconde, l’inutilité de dire. Inutilité pour les raisons que l’on vient de donner, mais auxquelles on peut rajouter : l’inutilité de dire ce qui est évident, ce qui a déjà été dit et redit (redondance stérile, « tout est dit et l’on vient trop tard » disait La Bruyère), de dire une chose que l’autre ne pourra pas partager ( souffrance).

 

 TR :  Dc le silence serait donc le signe d’une parole impossible ou inutile. Mais, comme le montre la minute de silence, où ceux qui la font miment l’absence pour raviver la présence, le fait de ne rien dire dit  sans mots que la douleur n’a pas de mots, que la douleur brise la voix. Ce silence dit aussi l’impuissance, alors que le Verbe est créateur ( Dieu crée par L e Verbe) ,salvateur ( il permet de se confier à l’autre, de partager, et par là de se libérer). Le silence dit donc quelque chose pendant cette minute. Aussi on peut se demander si tout silence ne dit pas quelque chose finalement, s’il ne permet pas d’atteindre les différents buts du langage , même s’il est absence de paroles articulées ?

 

II.

-Si  on considère que le but du langage au sens large est la communication, on peut penser que, sauf cas exceptionnel pathologique, l’homme silencieux reste un communiquant. On peut même dire que consciemment ou pas, tout ce que fait l’homme est langage, ( mettre une cravate, c’est dire je respecte certaines conventions ; se tatouer, c’est dire j’appartiens à tel ou tel groupe social….) dans le sens où tout ce qu’il fait est producteur de sens , expression de lui même et  de toute façon  offert à l’interprétation d’autrui. Cela peut se voir par et dans son silence. D’autant plus que, s’abstenir de parler, ne veut pas dire s’abstenir d’envoyer des « signes » : gestes, mimiques, expressions qui sont tout autant signifiants, voire plus clairs qu’un discours. Le silence, c’est la préparation à l’action et  la condition d’une consécration à l’action ou à la création (artistique) qui demande concentration, attention et investissement. Celui qui ne parle pas agit et son action parle pour lui et de lui (cf. Hegel et le travail). Donc même s’il n’y a pas parole, il y a tout de même communication et par là réussite du langage.

-Si on considère que le langage est d’abord fait pour penser, le silence n’est pas un échec du langage mais même la condition de sa réussite. Le silence peut être celui de la réflexion, de la contemplation, d’expérience mystique. En silence, on peut penser, c’est-à-dire se parler sans articulation extérieure mais on peut aussi saisir les choses sans avoir recours aux mots même pour soi. On est alors dans le ressenti , dans l’intuition et mettre des mots, ce serait dénaturer ( les mots ne déterminent pas les choses en elles-mêmes, ils ne sont que des abstractions ou des produits de l’imaginations généraux . ils sont loin de la réalité matérielle, individuelle que peuvent saisir nos sens. C’est la thèse nominaliste qui s’oppose à Platon pour qui les Idées, qui ne sont que des mots pour les nominalistes, sont les vraies réalités ( monde intelligible), les objets perçus par les sens n’étant que des copies, des apparences ( monde sensible). Donc pour les nominalistes, « penser » sans mots, c’est-à-dire sentir les choses sans mots, c’est être au plus près de la réalité ; et penser, c’est vouloir parvenir au vrai, c’est-à-dire à ce qui s’accord avec ce qui est. On peut aussi dire la même chose de l’expérience mystique.

in, le silence peut être le cadre non seulement d’un discours silencieux avec soi-même mais aussi d’une action, d’une création.

 

TR : mais ne peut-on pas aller plus loin en disant que le silence est même condition d’un dire authentique, de la création d’une parole significative.

 

III. On peut interpréter le silence comme une fuite, un lâche renoncement , une sorte de régression infantile (infans, celui qui ne parle pas), ou même animale ( l’animal ne parle pas), mais aussi  comme un retour au silence primordial de l’homme . L’homme n’a pas toujours parlé. La parole est une acquisition culturelle en quelque sorte. L’homme a pris la parole. Mais, si la parole est devenue une des caractéristiques propres à l’homme, voire une prédisposition  à  actualiser selon Chomsky , l’homme reste libre de la prendre et de la laisser . Or , comme on vit dans une société où la communication est devenue incontournale, on a tendance à oublier si on prend la parole ce n’est pas parce qu’il le faut, mais parce qu’on l’a choisi , qu’on a quelque chose à dire, parce qu’on désire communiquer. Or avoir le choix de parler présuppose que l’on ait aussi celui de se taire et qu’on y renonce. La possibilité du  choix du silence serait la condition de celui de la prise de parole et inversement.

De plus pour que la parole soit réellemnt parole , elle présuppose le silence :

-le silence de l’élaboration de la pensée, de la réflexion ou de l’introspection et du ressenti ,pour se dire d’abord à et pour  soi-même ce qui va être dit à l’autre dans le soucis d’une parole claire et compréhensible

-le silence des pauses dans le discours pour se réapproprier ce qui a été dit ou tout simplement le silence entre les mots pour qu’ils sont distincts et compréhensibles . Le discours est fait de silence et de mots. Le silence n’est pas forcèment extérieur à la parole, il peut être à l’intérieur même de la parole.

-le silence de l’écoute de l’autre, car le propre de la parole humaine est d’être ouverte sur le dialogue. Parler, c’est aussi savoir écouter.

  Nous avons donc vu que bien que le silence ne dise littéralement rien, son choix et le fait qu’il s’impose toujours d’une manière ou d’une autre lui confèrent un sens, une signification. Le silence signifie quelque chose et peut même être le cadre d’autres langages ou d’une action signifiants. En quelque sorte le silence prolonge la communication par delà une parole déficiente. Mais loin de s’opposer à la parole, on peut y voir un partenaire incontournable. Cependant, il peut être comme elle malgré tout incompris et cultivé l’incompréhension.