Puis-je être libre si les autres ne le sont pas?

Quelques pistes sur ce sujet!

I.la non-liberté des autres n’est-elle pas la condition de ma liberté ?

-si ma liberté s’arrête là où commence celle des autres , si celle des autres ne commence pas, la mienne est sans limite,or on pense spontanément la liberté comme  « un droit illimité à tout ce qui tente l’homme est qu’il peut atteindre ». Les autres peuvent ne pas être libre en deux sens :

-soit ils n’ont pas de capacités ou moins de capacités que moi et dès lors leur faiblesse fait ma force et ma liberté

-soit ils n’ont pas de droits , dans ce cas c’est soit moi qui ait tous les droits ( chef, maître) soit j’ai plus de droits qu’eux sous la forme de privilèges ou d’une loi avantageuse et dès lors je suis d’autant plus libre qu’ils ne le sont pas.

Mais avant de faire, d’agir encore faut-il que je puisse décider librement de mes actes, ce qui présuppose la liberté de choix. A priori, les autres n’entrent pas sur ce point en compétition avec moi , car  cette liberté est intérieure. L’autre peut certes réduire , voir m’empêcher de choisir mais cela n’empêche pas que je puisse être libre d’accepter cette situation, de la choisir ( affirmation du libre-arbitre ou liberté comme acceptation de la nécessité) et s’il me laisse libre de choisir, car eux ne le sont pas,  cela n’implique pas pour autant que mes choix soient libres ( ils peuvent être déterminés, nécessaires : illusion du libre arbitre). Ma liberté de choix semble donc indépendante de la liberté des autres.

Donc il n’y aurait un rapport entre ma liberté et celles des autres qu’au plan de la liberté d’action , car apparement ma liberté de penser ne dépend pas non plus des autres. Mais tout ceci n’est-ce pas une vision erronée de la liberté ?

II.cette liberté au prix ou au mépris de celle des autres est-elle une réelle liberté ?

La liberté naturelle ou indépendance n’est qu’un esclavage du désir et la liberté c’est plutôt d ‘ « acquérir un pouvoir absolu sur ses passions », comme le dit Descartes.

La liberté politique dépend de celle des autres, car même si je suis le chef, je ne suis pas libre car argument précédent et mes privilèges sont provisoires, soumis au bon vouloir d’un maître. Or , l’avantage avec la loi, c’est qu’elle permet de se passer de maître (Rousseau) . Elle est la même pour tous, donc même si elle limite ma liberté , elle la garantit en même temps que celle des autres et même la fait, car si la loi est juste, elle est expression de la volonté générale, donc de la raison, or obéir à la raison, c’est obéir à soi-même dc être libre, par opposition à l’argument précédent.

De même pour la liberté de choix et de penser, si on part du principe que le choix libre est le choix éclairé par la connaissance , l’autre peut m’aider à augmenter celle-ci et pour la liberté de penser, on ne pense que mieux en commun comme l’a dit Kant. Donc la liberté des autres favorise ma liberté , a moins qu’on en reste à l’idée du I d’indépendance, mais dans ce cas la liberté des autres n’empêche pas la mienne.

Alors ne peut-on pas aller jusqu’à dire que la liberté des autres est la condition de ma propre liberté ?

III. ne peut-on pas n’être libre qu’au milieu d’hommes libres ?

« je ne suis vraiment libre que lorsque tous les autres humains qui m’entourent sont également libres. La liberté d’autrui loin d’être une limite ou négation de ma liberté en est au contraire la condition nécessaire et la confirmation », selon Bakounine. Et , en effet, si tout le monde est libre cela signifie, que nous sommes sortis de l’Etat de nature et donc de l’illusion de la liberté naturelle, que nous vivons dans une société harmonieuse sans ou avec lois et que nous sommes tous guidés par notre raison, donc libre aussi dans nos choix et nos pensées.

Ceci est peut-être une illusion, mais alors il faut en conclure non pas que moi je reste libre, mais que si les autres ne le sont pas personne ne l’est , pas même moi.

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