Mon année de philosophie

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Sujet ES bac 2012 Pondichéry et quelques éléments de correction possible

Terminale ES :

1er sujet : Peut-on dire que les hommes font l’histoire ?

Quelques éléments de réponse avec des sujets proches

  • ici cliquez sur le lien , puis sur Penser l’histoire, puis sur la dernière rubrique, puis sur dissertation : http://www.site-magister.com/prepas/page0.htm
  • Est-ce l’homme qui fait l’histoire ou bien est-ce  l’inverse ?

Faire l’histoire, c’est être la cause, l’auteur de ce qui arrive dans le temps, ne pas subir. Si l’homme ne peut échapper à la fuite du temps, à sa temporalité, il semble qu’il est à la différence des choses et des animaux, la maîtrise de ce qu’il fait dans le temps que ce soit au plan individuel ou collectif. C’est d’ailleurs pour cette raison que si tout est dans le temps, l’homme seul aurait une histoire, c’est-à-dire un devenir choisi et volontaire et non pas soumis au mouvement de la nature et à ses lois. Mais d’un autre côté, l’homme est aussi le seul être inachevé, qui ne soit pas « au bout de quelques mois ce qu’il sera toute sa vie et son espèce au bout de mille ans, ce qu’elle était la première année de ces mille ans » comme le dit Rousseau de l’animal dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. L’homme a besoin de temps pour se perfectionner, pour devenir ce qu’il est. Et c’est finalement par son histoire, dans son histoire qu’il se fait. Aussi on peut se demander si c’est l’homme qui fait l’histoire ou si c’est elle qui le fait. Poser cette question, c’est aussi présupposer que l’homme est maître de son devenir comme extérieur à l’histoire qu’il fait en un sens. C’est donc du problème du rapport de l’homme, et plus particulièrement du rapport de causalité entre les deux dont nous allons traiter en nous demandant si l’histoire, le devenir historique  n’est pas le produit de l’action humaine, si pour autant  l’homme est la seule cause de l’histoire et même un  effet de l’ histoire et si finalement l’homme n’est pas condamné à se faire en faisant  l’histoire qui le fait  dans un rapport dialectique.

I. il semble que  l’homme fasse l’histoire

L’histoire, c’est  par définition le devenir de l’humanité, l’ensemble des faits et gestes des hommes et, plus particulièrement, des grands hommes. «  Nous savons que le plus intime de nos gestes contribue à faire l’histoire […] que nous appartenons à une époque qui aura plus tard un nom et une figure et dont les grands traits, les dates principales, la signification profonde, se dégageront aisément : nous vivons dans l’histoire comme les poissons dans l’eau, nous avons une conscience aiguë de notre responsabilité historique  »   comme le dit Sartre dans Situations II,      –C’est d’ailleurs en partant de ce principe que la science historique est née en se distinguant des mythes. Hérodote et Thucydide ont voulu trouver dans les volontés humaines, les décisions humaines les raisons des évènements. D’où l’effort de compréhension qui dépasse le simple exercice d’explication.    –Ce qui semble confirmer que ce sont bien les hommes qui font l’histoire, c’est son imprévisibilité et même son désordre, elle n’est pas comme la nature soumise à des lois, uniforme et nécessaire. Elle apparaît comme contingente, variable,  on peut voir ici la preuve qu’elle est le fruit des choix humains et de leur liberté. Finalement on transposerait au plan collectif  ce qu’on ressent au plan individuel : l’impression de décider de notre existence, que nos actes sont le produit de notre volonté.     –Mais justement cette impression ne peut elle pas être une illusion venant de l’ignorance de ce qui nous détermine, comme le montrait Spinoza avec sa pierre. L’homme ne fait l’histoire en étant déjà placé dans l’histoire, comme en tant qu’individu nous sommes jetés dans l’existence, dans un monde qui nous précède. Aussi on peut se demander si l’homme n’est pas fait par l’histoire avant même de la prendre en main ou lorsqu’il la fait.

II. L’histoire fait l’homme avant qu’il ne la fasse

-l’histoire comme passé détermine la condition présente de l’homme. L’homme ne fait l’histoire qu’à partir de sa condition historique présente, c’est-à-dire des conditions héritées du passé, de ce que l’histoire a fait de lui. «  Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé  » disait Marx dans  Le 18-Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte. Nous sommes donc les héritiers d’un passé que nous n’avons ni fait ni choisi, avec lequel nous devons vivre et qui est parfois lourd à porter : culpabilité, devoir de mémoire, de vengeance et cela conditionne en grande partie ce que nous ferons au présent et projetterons pour le futur.  –- notre entrée même dans l’histoire est en un sens déterminée par l’histoire , c’est ce que souligne Kant, c’est la Nature qui a voulu que nous travaillions pour l’espèce, entrions en société, mettions en place le droit..    —  l’histoire comme devenir pèse aussi sur l’individu, qui se trouve démuni face à cette force collective : on n’arrête pas l’histoire  lorsqu’elle est en marche d’où une impression de subir, d’être étranger à l’histoire, d’être rien au regard de l’histoire, irresponsable, à peine maître de notre propre histoire individuelle qui dépend en partie de la grande histoire commune. Donc même si on pense que c’est l’homme qui fait l’histoire, ce ne sont pas tous les hommes, seulement les « grands hommes » .  — Et on peut même penser que les grands hommes eux-mêmes font l’histoire à leur insu comme Hegel avec la «  ruse de la raison  » qui utilise l’énergie de ses hommes passionnés jusqu’à les sacrifier pour faire progresserla Raison dans le monde.  Eux-mêmes  ne savent vraiment pas le sens que leurs actions présentes prendront dans l’histoire à venir, car l’histoire ne s’arrête pas avec eux. En ce sens, l’avenir ne cesse d’improviser le sens du passé et son importance, au fur et à mesure que les hommes la font. 

Mais en rester là, n’est-ce pas méconnaître le propre de l’homme et son rapport à l’histoire?

III. l’homme fait l’histoire qui le fait

L’homme n’a pas seulement une histoire, il est histoire. «  L’existence précède l’essence ». L’homme se définit à travers ses actes, et ses actes forment son histoire qui détermine ce qu’il est. Il est son devenir, son projet. Son histoire le fait en même temps qu’il la fait et se fait.  Thèse existentialiste qu’on peut transposer de l’individu au plan de l’humanité. L’histoire donne à l’homme une condition, une situation dans laquelle il va devoir faire choix et projet. Cette situation ne nie pas sa liberté et son action, mais au contraire elle les permet. De plus, l’homme est un être de culture s’étant arraché à la nature, et l’histoire est celle de ce lent arrachement qui fait l’homme. L’historicité est donc constitutive de l’essence même de l’homme. Nier l’histoire et notre historicité, c’est vouloir retourner à la nature, à l’animalité.

En même temps, sans l’homme, il n’y aurait pas d’histoire, mais simple temporalité. Le devenir historique présuppose plus qu’un simple changement dans le temps, et seule l’action humaine lui correspond dans le cadre d’une certaine conception du temps et des choses ( société primitive dans un temps cyclique sans histoire, rôle de la conscience historique, sentiment de responsabilité historique)

Donc l’histoire et l’homme se font ensemble.

2e sujet : Le commerce favorise-t-il la paix ?

Quelques éléments de réponse:

Les hommes échangent pour la même raison qu’il y a division du travail : cette raison, c’est comme le dit Platon « l’impuissance où se trouve chaque individu à se suffire à lui-même et le besoin qu’il éprouve pour une foule de choses ». Et ce n’est que la renaissance de ces besoins qui font qu’on reste dans un rapport éco. Pas de lien commun mais les mêmes chaînes individuelles naturelles !

Comme le dit  Durkheim, soutenant pourtant un solidarité organique via les échanges et le travail,  dans De la division du travail social :

« Si l’intérêt rapproche les hommes ce n’est jamais que pour quelques instants ; il ne peut créer entre eux qu’un lien extérieur. Dans le fait de l’échange, les divers agents restent en dehors les uns des autres, et l’opération terminée, chacun se retrouve et se reprend tout entier. Les consciences ne sont que superficiellement en contact…si même on regarde au fond des choses, on verra que toute cette harmonie des intérêts recèle un conflit latent ou simplement ajourné. »

 D’où les textes d’Adam Smith (1723- 1790) et Montesquieu :

- A. Smith : même si les échanges favorisent l’opulence générale ( théorie de la main invisible) , les hommes n’échangent pas dans ce but général, mais par « un penchant qui les porte à trafiquer, à faire des trocs et des échanges d’une chose pour une autre ». Ce penchant à passer des « conventions », des « contrats » est proprement humain ( les animaux n’agissent ensemble que par accident ayant le même but ) et il vient du fait que l’homme sait qu’il ne peut suspendre sa vie à espérer les faveurs des autres, leur bienveillance pour satisfaire ses besoins ( par flatterie ou amitiés) ; donc il préfère plutôt que de se mettre en position de demande, se mettre en position d’offre (« ce n’est jamais de nos besoins dont nous leur parlons mais c’est toujours de leur avantage ») : il est dans ton intérêt de me donner ce dont j’ai besoin. Donc l’échange est fondé sur l’intérêt privé, chacun défend son intérêt privé, simple rencontre d’intérêts privés différents ( on n’échange pas du même !), pas d’intérêt commun ! (« ce n’est pas à leur humanité que nous nous adressons mais à leur égoïsme »)

- Montesquieu : les échanges économiques sont facteurs de paix au plan international ( car les échanges n’ont pas intérêts aux conflits) mais « l’esprit de commerce, lui, pervertit les hommes : rien de gratuit , tout est achetable et vendable !

De l’esprit des lois,

  • Livre XX, chap 2

« L’effet naturel du commerce est de porter à la paix . Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes: si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels(1). Mais, si l’esprit de commerce unit les nations, il n’unit pas de même les particu­liers. Nous voyons que, dans les pays  où l’on n’est affecté que de l’esprit de commerce, on trafique de toutes les actions humaines, et de toutes les vertus morales: les plus petites choses, celles que l’humanité demande, s’y font ou s’y donnent pour de l’argent. L’esprit de commerce produit dans les hommes un certain sentiment de justice exacte, opposé d’un côté au brigandage, et de l’autre à ces vertus morales qui font qu’on ne discute pas toujours ses intérêts avec rigidité, et qu’on peut les négliger pour ceux des autres. La privation totale du commerce produit au contraire le brigandage, qu’Aristote met au nombre des manières d’acquérir. L’esprit n’en est point opposé à de certai­nes vertus morales: par exemple, l’hospitalité, très rare dans les pays de commerce, se trouve admirablement parmi les peuples brigands. C’est un sacrilège chez les Germains, dit Tacite, de fermer sa maison à quelque homme que ce soit, connu ou inconnu. Celui qui a exercé  l’hospitalité envers un étranger va lui montrer une autre maison où on l’exerce encore, et il y est reçu avec la même humanité. Mais, lorsque les Germains eurent fondé des royaumes, l’hospitalité leur devint à charge. Cela paraît par deux lois du code des Bourguignons, dont l’une inflige une peine à tout barbare qui irait montrer à un étranger la maison d’un Romain; et l’autre règle que celui qui recevra un étranger, sera dédommagé par les habitants, chacun pour sa quote-part. »

3e sujet : Explication d’un texte extrait de De la Démocratie en Amérique, de Tocqueville

 

Philo ES Pondichery

Catégorie : BAC 2012