Mon année de philosophie

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THE (possible) fiche

15 jours pour réussir la philo au bac - Nouvelle édition

LE TRAVAIL

Pour traiter un sujet sur le travail, on peut dans un I associer le travail au LABEUR, activité pénible et nécessaire au processus vital, puis aménager une transition en s’étonnant que, lorsqu’on parle d’ALIENATION du travail, l’ouvrier continue son labeur, alors de quoi est-il dépossédé ? De la dimension d’œuvre. Donc, en II, on peut reprendre le sujet en associant le travail à la dimension d’ŒUVRE. Concept arendtien (de Hannah Arendt) qui est distingué du travail (labeur) et de l’action mais qui peut servir à révéler un autre aspect du travail, qui fait son humanité et son essentialité pour l’homme.

·                     LOCKE  « travail de notre corps » / « l’œuvre de nos mains »

·                     Hannah ARENDT « animal laborans » (« en effet, la marque de tout travail est de ne rien laisser derrière soi, de voir le résultat de l’effort presque aussitôt consommé que l’effort est dépensé » = « La condition humaine du travail, c’est la vie elle-même » ) / « homo faber » («  L’œuvre fournit un monde artificiel d’objets. [...] La condition humaine de l’œuvre est l’appartenance-au-monde. », « cette grande sécurité de l’œuvre se reflète dans le fait que le processus de fabrication, à la différence de l’action, n’est pas irréversible : tout ce qui est produit par l’homme peut être détruit par l’homme, et aucun objet d’usage n’est si absolument nécessaire au processus vital que son auteur ne puisse lui survivre ou en supporter la destruction. L’homo faber est bien seigneur et maître, non seulement parce qu’il est ou s’est fait maître de la nature, mais surtout parce qu’il est maître de soi et de ses actes. [...] Seul avec son image du futur produit, l’homo faber est libre de produire, et, de même, confronté seul à l’œuvre de ses mains, il est libre de détruire. »)

·                     MARX « Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature. L’homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. Les forces dont le corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement, afin de s’assimiler les matières en leur donnant une forme utile à sa vie. » 

DESCARTES « comme maîtres et possesseurs de la nature »

ARISTOTE « les ingénieurs n’auraient pas besoin d’exécutants, ni les maîtres d’esclaves »  si « les navettes tissaient d’elles-mêmes et les plectres jouaient tout seuls de la cithare. »

Hannah ARENDT, La condition de l’homme moderne,

« C’est une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté… Ce que nous avons devant nous, c’est la perspective d’une société de travailleurs sans travail, c’est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire.” 

« Il ne s’agit donc pas tellement de savoir si nous sommes les esclaves ou les maîtres de nos machines, mais si nos machines servent encore le monde et ses objets ou si au contraire avec le mouvement automatique de leurs processus elles n’ont pas commencé à dominer, voire à détruire le monde et ses objets. » 

 

 

Lors d'un sondage, 45 % des personnes interrogées ont répondu que les animaux n'ont pas de culture.NATURE ET CULTURE

 

Ce qui nous unit (homme être culturel et prométhéen), nous divise (homme membre de telle ou telle culture comme ensemble de pratiques, de valeurs, de croyances, de manières de se représenter les choses propres à une communauté) et peut nous réunir  (la culture, comme ensemble des plus hautes productions de l’humanité : les sommets de la culture que sont les arts, les lettres et les constructions philosophiques). Le Beau, le Vrai et peut-être le Bien n’ont pas de frontières et permettent peut-être d’abolir les frontières !

 

SPINOZA “Cela appartient à l’essence de la chose, qui fait que, cela étant donné, la chose est donnée; et que cela étant ôté, la chose est nécessairement ôtée.”

 

PLATON, Protagoras, « Prométhée vient pour examiner le partage; il voit les animaux bien pourvus, mais l’homme nu, sans chaussures, ni couvertures, ni armes »

EDGARD MORIN “l’homme est un être culturel par nature parce qu’il est un être naturel par la culture”. (théorie de la Néoténie)

CLAUDE LEVI-STRAUSS « le barbare, c’est l’homme qui croit à la barbarie »

 

CONSCIENCE/INCONSCIENT

 

Définitions

KANT « Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre. Par là, il est une personne », « c’est-à-dire un être entièrement différent, par le rang et la dignité, de choses comme le sont les animaux sans raison, dont on peut disposer à sa guise. » ( = CONSCIENCE DE SOI)

 HEGEL double existence : objet existant en soi « enfoncés dans l’être de la vie » ( = CONSCIENCE IMMEDIATE), sujet existant pour soi en tant qu’être conscient ( = CONSCIENCE REFLECHIE ET DE SOI)

Conséquence : l’homme est là et en même temps à l’écart, se « voit » être : d’où distance pour juger, analyser

 Conceptions 

3 degrés de conscience qui semblent pouvoir permettre d’associer conscience de soi et connaissance de soi

 

1.     COGITO THEORIQUE : DESCARTES , Discours de la méthode ( IV partie) , « voyant que je pouvais feindre que je n’avais aucun corps et qu’il n’y avait aucun monde ni aucun lieu où je fusse, mais que je ne pouvais pas feindre pour cela que je n’étais point, et qu’au contraire, de cela même que je pensais à douter de la vérité des autres choses, il suivait très évidemment et très certainement que j’étais, au lieu que, si j’eusse seulement cessé de penser, encore que tout le reste de ce que j’avais jamais imaginé eût été vrai, je n’avais aucune raison de croire que j’eusse été, je connus de là que j’étais une substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser »

( = UN PRIVILEGE HUMAIN, TRANSLUCIDITE DE LA CONSCIENCE et SOLIPSISME)

Conséquence : « toute conscience est conscience morale » Alain

 

2.     Limites : La conscience de soi n’est pas connaissance de soi par soi

·         BESOIN DE L’autre

 

Gaston BACHELARD, Préface à JE et TU de Martin Buber « Nous vivons endormis dans un Monde en sommeil. Mais qu’un tu murmure à notre oreille, et c’est la saccade qui lance les personnes : le moi s’éveille par la grâce du toi. L’efficacité spirituelle de deux consciences simultanées, réunies dans la conscience de leur rencontre, échappe soudain à la causalité visqueuse et continue des choses. La rencontre nous crée: nous n’étions rien – ou rien que des choses – avant d’être réunis. »

 

·         COGITO PRATQUE : HEGEL, Esthétique , « il le fait ( transformer la nature) pour encore se reconnaître lui-même dans la forme des choses, pour jouir de lui-même comme d’une réalité extérieure »

·         HUME , Traité de la nature humaine, « Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre “moi” ; que nous sentons son existence et sa continuité d’existence ; et que nous sommes certains, plus que par l’évidence d’une démonstration, de son identité et de simplicité parfaites. » « Je ne parviens jamais, à aucun moment, à me saisir moi-même sans une perception et je ne peux jamais rien observer d’autre que la perception » : on ne peut pas voir le Je, on ne peut que voir un état du moi (empirisme)

·         NIETZSCHE, La volonté de puissance, « Soyons plus prudents que Descartes qui est resté pris au piège des mots » ( Victime de la grammaire dans son saut substantialiste)

·         HUSSERL, «  toute conscience est conscience de quelque chose. » (intentionnalité)

·         FREUD « le moi n’est pas maître dans sa propre maison »

·         Critiques de l’ inconscient freudien:

1.             Popper  « cette force apparente représentait en réalité leur point faible »

2.    Alain, Eléments de philosophie, l’inconscient est « une idolâtrie du corps ». Le terme d’inconscient est « un abrégé du mécanisme » mais « si on le grossit alors commence l’erreur ; et bien pis, c’est une faute »

 

LE DÉSIR

1.             Manque :

SARTRE « Le désir est manque d’être, il est hanté en son être le plus intime par l’être dont il est désir. Ainsi témoigne-t-il de l’existence du manque dans l’être de la réalité humaine ». ( = la conscience)

PLATON, Le banquet, « Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà l’objet du désir »

·                     SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et comme représentation, « La vie donc oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui »

·                     ÉPICTÈTE (stoïcien) « Ne demande pas que les choses arrivent comme tu le désires mais désire qu’elles arrivent comme elles arrivent et tu couleras des jours heureux ».

·                     DESCARTES « Tâcher plutôt à se vaincre que la fortune et changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde » ( 3ème maxime de sa morale provisoire)

 

2.             Puissance

SPINOZA : « ce n’est certes qu’une sauvage et triste superstition qui interdit de prendre du plaisir »

« L’effort par lequel chaque chose s’efforce de persévérer dans son être n’est rien d’autre que l’essence actuelle de cette chose. » (L’éthique, Prop. VII) « Cet effort, quand il se rapporte à l’âme seule, est appelé volonté; mais, quand il se rapporte à la fois à l’âme et au corps, il est appelé appétit »,

« le désir est l’appétit avec la conscience de lui-même. Il est donc établi par tout ce qui précède que nous ne faisons effort vers aucune chose, que nous ne la voulons pas ou ne tendons pas vers elle par appétit ou par désir, parce que nous jugeons qu’elle est bonne; c’est l’inverse : nous jugeons qu’une chose est bonne parce que nous faisons effort vers elle, que nous la voulons et tendons vers elle par appétit ou désir. (Prop. IX, scolie)

« Par Joie (Laetitiam) j’entendrai donc, une passion par laquelle l’Esprit passe à une plus grande perfection. Et, par Tristesse (Tristitiam), une passion par laquelle il passe à une perfection moindre. », c’est le cas quand on désire ce qui s’accorde avec notre être

NIETZSCHE, Le crépuscule des idoles, « Toutes les passions ont une période où elles sont seulement néfastes, ou elles rabaissent leur victime de tout le poids de la bêtise, – et plus tard, une autre, beaucoup plus tardive, où elles se marient à l’esprit, se « spiritualisent » », « L’Église combat la passion par l’excision : sa pratique, son « traitement », c’est le castratisme. Jamais elle ne demande : « comment spiritualiser, embellir, diviniser, un désir ? » – de tout temps elle a insisté, dans sa discipline, sur l’extirpation (de la sensualité, de l’orgueil, de la passion de dominer, de posséder et de se venger). Or attaquer les passions à la racine, c’est attaquer la vie à la racine : la pratique de l’Église est hostile à la vie… »

 

expression

LA LIBERTÉ

 

1. a)La liberté naturelle ( = indépendance, ne dépendre de rien, même pas de soi et de ses choix et engagements) = faire tout ce qui me PLAIT

ROUSSEAU, Du contrat Social, chap.8 : « un droit illimité à tout ce qui le tente et qu’il peut atteindre » ( c’est ainsi que Rousseau définie la conception commune de la liberté, mais ce n’est pas sa conception de la liberté!!)


ROUSSEAU ( la preuve!)

  « il faut bien distinguer la liberté naturelle qui n’a pour bornes que les forces de l’individu, de la liberté civile qui est limitée par la volonté générale »

  « l’impulsion du seul appétit  est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. »

  HEGEL « l’Etat est la réalisation de la liberté »  VS BAKOUNINE, « Là où commence l’Etat la liberté cesse et vice-versa ».

1. b. Le libre-arbitre (= le pouvoir créateur de la volonté capable d’agir comme cause première, la liberté propre à l’être conscient d’agir à sa guise et de choisir en décidant des raisons qui le déterminent.)

DESCARTES, Méditations métaphysiques  ,« La volonté  consiste seulement en ce que nous pouvons faire une chose, ou ne la faire pas (c’est-à-dire affirmer ou nier, poursuivre ou fuir) ; ou plutôt seulement en ce que, pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que l’entendement nous propose, nous agissons en telle sorte que nous ne sentons point qu’aucune force extérieure nous y contraigne. »

 

Transition : cette liberté peut donc être illusoire et cacher une hétéronomie ( = une loi étrangère à soi que l’on subit inconsciemment ou nécessairement)

·                     NIETZSCHE, La généalogie de la morale, « Il ne nous reste aujourd’hui plus aucune espèce de compassion avec l’idée du « libre arbitre » : nous savons trop bien ce que c’est — le tour de force théologique le plus mal famé qu’il y ait, pour rendre l’humanité « responsable » à la façon des théologiens, ce qui veut dire : pour rendre l’humanité dépendante des théologiens… » « Le “libre arbitre” ne veut proprement rien dire d’autre que ne pas sentir ses nouvelles chaînes.»

·                     SPINOZA, « l’homme n’est pas un empire dans un empire » 

2. a. D’où La liberté opposée à la contrainte, non à la nécessité

SPINOZA, Lettre à Schuller, « J’appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ; contrainte, celle qui est déterminée par une autre à exister et à agir d’une certaine façon déterminée. (…) Vous le voyez bien, je ne fais pas consister la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité. »

2. b. D’où la liberté comme autonomie : obéir à une loi que l’on s’est soi-même donnée : Rousseau

 

   L’ETAT

1. HEGEL, « l’Etat est la réalisation de la liberté »

ROUSSEAU, Du contrat social , « Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable » « il devrait bénir sans cesse l’instant heureux qui l’en arracha pour jamais, et qui, d’un animal stupide et  borné, fit un être intelligent et  un homme. »

HOBBES , Léviathan, « C’est l’art qui crée ce grand Léviathan qu’on appelle RÉPUBLIQUE OU ÉTAT (Civitas en latin), lequel n’est qu’un homme artificiel quoique d’une stature et d’une force plus grandes que celles de l’homme naturel, pour la défense et protection duquel il a été conçu » ( l’Etat comme artifice humain)

·         BAKOUNINE, « tout ce qui lui sert est bon, tout ce qui est contraire à ses intérêts est déclaré criminel : telle est la morale de l’État ».

·         MARX, L’idéologie allemande, «Du fait que la propriété privée s’est émancipée de la communauté, l’État a acquis une existence particulière à côté de la société civile et en dehors d’elle ; mais cet État n’est autre chose que la forme d’organisation que les bourgeois se donnent par nécessité pour garantir réciproquement leur propriété et leurs intérêts, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. »

·         NIETZSCHE, « L’Etat, c’est le plus froid de tous les monstres froids. Il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « moi l’Etat, je suis le peuple ». »

·         ROUSSEAU “l’homme est né libre et partout il est dans les fers”

2. Buts et nature de l’ETAT

HOBBES : « s’arracher à ce misérable état de guerre qui est, je l’ai montre, la conséquence nécessaire des passions naturelles des hommes, quand il n’existe pas de pouvoir visible pour les tenir en respect, et de les lier, par la crainte des châtiments, tant à l’exécution de leurs conventionsqu’à l’observation des lois de nature. » =   « confier tout leur pouvoir et toute leur force a un seul homme, ou à une seule assemblée qui puisse réduire toutes leurs volontés, par la règle de la majorité‚ en une seule volonté »

ROUSSEAU :  » Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. « 

   JUSTICE ET DROIT

1. JUSTICE = ÉGALITÉ :

ALAIN, Propos sur les pouvoirs, « Qu’est-ce que le droit ? C’est l’égalité. Dès qu’un contrat enferme quelque inégalité, vous soupçonnez aussitôt que ce contrat viole le droit…Le droit règne là où le petit enfant qui tient son sou dans sa main et regarde avidement les objets étalés, se trouve l’égal de la plus rusée des ménagères. »

CONDORCET  « Il ne peut y avoir ni vraie liberté ni justice dans une société si l’égalité n’est pas réelle. »

ARISTOTE

- Égalité géométrique : «  le juste est, par la suite, une sorte de proportion, la proportion étant une égalité de rapports et supposant quatre termes au moins.“ ( justice distributive)

- Egalité arithmétique «le juste dans les transactions privées, tout en étant une sorte d’égale, et l’injuste une sorte d’inégal, n’est cependant pas l’égal selon la proportion de tou à l’heure, mais selon la proportion arithmétique » (justice commutative)

·         RAWLS, « l’injustice n’est pas l’inégalité, elle est simplement constituée par des inégalités qui ne bénéficient pas à tous ».

·         ARISTOTE, Éthique à Nicomaque, Livre V, chapitre 14, « celui qui, dans ses déterminations et dans ses actions, est porté aux choses équitables, celui qui sait s’écarter de la stricte justice et de ses pires rigueurs, et qui a tendance à minimiser, quoiqu’il ait la loi de son côté – voilà l’homme équitable. Cette disposition, voilà l’équité : c’est une sorte de justice et non une disposition différente de la justice.” 

2. LÉGAL/LÉGITIME

ROUSSEAU : la loi est expression de la volonté générale,  qui  est « inaliénable » (« le pouvoir peut bien se transmettre mais non pas la volonté », le pouvoir législatif est au peuple souverain), « indivisible » et en théorie est toujours « droite et tend à l’utilité publique »

·         MARX : « les rapports juridiques ne peuvent être compris ni par eux-mêmes ni par la prétendue évolution générale de l’esprit humain mais par leurs racines dans les conditions matérielles d’existence »

·         PASCAL «ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste »  

·         LEVINAS  « S’en tenir dans la justice à la norme de la pure mesure – ou modération – entre termes qui s’excluent, reviendrait encore à assimiler les rapports entre les membres du genre humain au rapport entre individus d’une extension logique, qui ne signifiaient de l’un à l’autre que négation, additions ou indifférence »

·         LEVINAS “Le visage est seigneurie et le sans défense même.

·         SOPHOCLE , Antigone, « Qui sait si nos maximes ne sont pas sacrilèges, là-bas. » ( dans l’Hadès, chez les dieux)

·         MARX « Avant tout, nous constatons que les droits dits de l’homme, les droits de l’homme par opposition aux droits du citoyen, ne sont rien d’autre que les droits du membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire de l’homme égoïste, de l’homme séparé de l’homme et de la collectivité. »

·         Léo STRAUSS, Droit naturel et histoire ( 1954) « Rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays. Or il est évident qu’il est parfaitement sensé et parfois même nécessaire de parler de lois ou de décisions injustes.

Je suis un mensonge qui dit la vérité      LA VÉRITÉ

 

SPINOZA, Pensées métaphysiques ( 1663) : « on appelle idée vraie celle qui montre la chose telle qu’elle est. Les idées ne sont autre chose que des récits ou des histoires de la nature dans l’esprit » (critère de correspondance)

·         William JAMES, L’idée de vérité ( 1909) : « elle exprime l’accord, de même que la fausseté le désaccord de ces idées avec la réalité » mais « être d’accord au sens plus large du mot avec une réalité ne peut donc signifier que ceci : être conduit directement vers cette réalité ou dans son voisinage ou bien être mis à même d’agir sur elle de façon à manier cette réalité » ( critère de correspondance pragmatique)

·         BERGSON, Sur le pragmatisme de W. James : « une vérité qui s’applique à tous les corps sans concerner spécialement aucun de ceux que j’ai vus ne copie rien, ne reproduit rien »  =  « La philosophie a une tendance naturelle à vouloir que la vérité regarde en arrière, pour James, elle regarde en avant »

·         RUSSELL , Science et religion, « « la connaissance » cesse d’être un miroir mental de l’univers, pour devenir un simple instrument à dominer la matière »

·         Auguste COMTE : « Science d’où prévoyance ; prévoyance d’où action »

(A nuancer avec la théorie du non-miracle de Putnam)

 

Expérience scientifique © James Peragine - Fotolia.comTHÉORIE ET EXPÉRIENCE

1. ARISTOTE « C’est l’expérience en effet qui a enfanté l’art et la science chez les hommes » « Le moment où l’art apparaît est celui où, d’un grand nombre de notions déposées dans l’esprit par l’expérience, il se forme une conception générale, qui s’applique à tous les cas analogues » ( = principe de l’empirisme et inductivisme à l’origine du savoir et du savoir-faire)

·         Claude BERNARD : « une simple constatation des faits ne pourra jamais constituer une science »

·         KANT « si toute connaissance commence par l’expérience, il n’en résulte pas qu’elle dérive toute de notre expérience » : la raison « doit prendre les devants », elle « doit forcer la nature à répondre à ses questions, au lieu de se laisser conduire en laisse » ( = la révolution copernicienne de la science, le sujet connaissant est le centre)

·         René THOM « si la question est stupide, il y a peu de chance que la réponse le soit moins » ( = rôle essentiel de la théorie, de l’hypothèse)

·         Gaston BACHELARD « L’observation scientifique est toujours une observation polémique ».

2. Les limites de la vérification par expérimentation ( test)

Alan CHALMERS, Qu’est-ce que la science, « l’échec de la prédiction peut venir de n’import quelle partie de la situation complexe soumise aux tests autre que la théorie elle-même »

POPPER « Les théories ne sont donc jamais vérifiables empiriquement [...]. Toutefois j’admettrai certainement qu’un système n’est empirique ou scientifique que s’il est susceptible d’être soumis à des tests expérimentaux. Ces considérations suggèrent que c’est la falsifiabilité et non la vérifiabilité d’un système qu’il faut prendre comme critère de démarcation. En d’autres termes, je n’exigerai pas d’un système scientifique qu’il puisse être choisi une fois pour toutes, dans une acception positive mais j’exigerai que sa forme logique soit telle qu’il puisse être distingué, au moyen de tests empiriques, dans une acception négative: un système faisant partie de la science empirique doit pouvoir être réfuté par l’expérience. »

3. l’idée de déterminisme

BACHELARD « Le phénomène terrestre a une diversité et une mobilité immédiates trop manifestes pour qu’on puisse y trouver, sans préparation psychologique, une doctrine de l’Objectif et du Déterminisme. Le Déterminisme est descendu du Ciel sur la Terre.»

LAPLACE, idée d’un déterminisme universel= « rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir, comme le passé, seraient présents à ses yeux. »

·         HUME, Traité de la nature humaine : « C’est seulement par la coutume que nous sommes déterminés à supposer le futur en conformité avec le passé. »

·         POPPER et sa théorie du falsificationnisme.

 

Fiche de révision: la conscience et l’inconscient

La conscience

INTRODUCTION : définitions

- être conscient c’est être présent à soi et au monde ; être là, sentir, prendre acte, ( il y a le froid par exemple) être capable de réagir. C’est la conscience immédiate. Un système sensori-moteur et un système nerveux central en bon ordre suffisent pour être conscient en ce sens.

            Ne pas être conscient en ce sens là, c’est être endormi, ivre mort ou atteint d’une pathologie de la perception. Etre conscient, c’est percevoir.

- être conscient, c’est percevoir qu’on perçoit, se rendre vraiment compte de ce dont on a une conscience immédiate ; ce n’est pas seulement être là, c’est savoir qu’on est là.  C’est ce qu’on appelle la conscience réfléchie, qui fait retour sur ce dont on a une conscience immédiate.

D’où un double mouvement :

- distanciation (mettre à distance la sensation de froid qui m’engourdit, me glace, me colle comme un objet pour la pensée, plus seulement comme un vécu , un état. C’est ce qui se passe quand je porte attention à quelque chose dont j’ai par ailleurs la sensation.  Il y a pas seulement le froid, il  y a désormais le froid pour moi.

- d’appropriation, de synthèse : il y a aussi moi dans le froid. Percevoir qu’on perçoit, c’est en même temps que l’on prend conscience de l’état de conscience ( distanciation ) , prendre conscience que cet état de conscience est le mien : c’est moi qui ait froid.

Ce qui signifie qu’en même temps que je perçois que je perçois, je m’entraperçois. J e me perçois comme sujet de cet objet ( état de conscience) même si je ne suis pas l’objet de ma conscience.

La conscience réfléchie est donc en même temps que la pleine conscience des choses, la conscience de soi.

            En ce sens, ne pas être conscient, c’est être par exemple comme le somnambule : il perçoit mais ne se perçoit pas percevant et du coup n’a aucune mémoire de ces promenades nocturnes ( ni de compte à rendre) qu’il ne ramène pas à soi ; c’est aussi le cas du schizophrène qui ne ramène pas à lui ses actes, par distraction : il a eu une intention, mais c’est à un autre qu’il prête l’action ; c’est aussi le cas de la distraction pathologique : impossibilité de synthétiser tous les actes et états de conscience.

Cette conscience réfléchie fait :

1)  qu’on est capable de faire retour sur ce dont on a une conscience immédiate : de s’interroger, d’analyser, de douter, donc de penser

2)   qu’on « possède le je dans sa propre représentation », on  se pense comme UN et IDENTIQUE ( Même) sous les divers états de conscience. Sans cela, on se perdrait dans tous nos états de conscience, sentiment de dispersion, d’éclatement. C’est ce qui fait qu’on se représente comme « une seule et même personne »

Texte de Kant, texte 1 p. 100 ( L , P 190) : Kant considère que cette conscience réfléchie est un « privilège humain » donc une qualité essentielle et distinctive de l’homme. Par là, il est « une fin en soi » , a une dignité, une valeur absolue ; l’animal comme un objet n’est qu’un « moyen », a un prix, une valeur absolue ;

3)  qu’on sait que l’on est : Descartes et son cogito.

I. De la conscience de soi à la connaissance de soi

A. Descartes et le Cogito ergo sum.

 - (Texte photocopié) : doute hyperbolique ; hypothèse  du malin génie dans les méditations  Texte 1 p 20 ( L. P24)

- passage du  je sais que je suis au  je sais ce que je suis : une substance pensante , un « res cogitans) : dualisme + sustantialisme

B.  Les critiques de Descartes :

1. Nietzsche ( 1844-1900) : descartes victime de la grammaire Texte 1 P24 (L. P28)

2. Kant ( 1724- 1804) et le paralogisme de la substantialité : penser/connaître, associer à un concept, un fait, une expérience OR Pas d’expérience du moi comme le dit Hume ( 1711-1776) ( Texte 2 p42) ( L p58).

Le je est un « je  transcendantal » : condition de toute expérience possible, mais qui ne peut être l’objet d’aucune expérience.

3. Sartre et la choséification de la conscience : digestion, ramener dans l’intériorité, ramener à soi, vers le sujet, alors que la conscience est toujours conscience de quelque chose , mouvement vers, « connaître, c’est s’éclater vers »  Texte 2 p25 ( L. P 29)

 Ceci dit, cette conscience de soi fait qu’on se sait être un je, une personne, mais elle ne me dit pas qui je suis, avoir un je, ce n’est pas encore avoir un moi ( un moi empirique)

C. De la certitude d’être à la connaissance de soi :

1. La construction de la personnalité

(ensemble de caractères innés et acquis qui me distinguent pas des objets mais des sujets, des autres personnes, qui font que je suis un, même et UNIQUE)

              Si, dès notre naissance, on est distinct objectivement des autres par notre corps, par notre état civil, notre passé, mais on l’est au départ pour les autres, mais pas pour soi. On a une identité objective mais pas subjective

- C’est par un processus de distinction que l’on va se constituer comme n’étant pas les autres : ceci permet l’émergence du moi  (L ,  texte p 52.53)

Puis ensuite on va se découvrir au gré des expériences, des introspections et on va de construire par distinction ( période du non, adolescence), par identification, par correction.

 Ce que nous sommes pour nous ( identité objective) évolue donc avec le temps ( on ne se définit pas de la même manière à 5 ans et 30 ans  ( même si à 70 ans on se définit comme à 5 : avoir et aptitudes), cela dépend de nos attachements : de ce que nous choisissons comme étant nous, comme nous correspondant et définissant, de ce que nous connaissons de nous et voulons bien assumer , faire nôtres

2. La connaissance de soi :

a. les médiations :

- le langage : le « je » qui illumine ; l’identité narrative, la parole des autres qui aide à se construire avec ou contre ( mais si langage utilitaire, obstacle pour saisir individuel et intime, nous trompe sur nous-mêmes, les mots font écran et nous laisse dans une « zone mitoyenne » entre nous et les choses ( Bergson)

- les autres : alter ego, à distance pour juger, semblable ( miroir) + Sartre ( la honte) ( 1905-1980)

+ autrui garant de mon identité : l’identité du sujet dans le temps se fonde sur « le témoignage des autres » selon Leibniz dans Nouveaux essais sur l’entendement humain. Ma conscience fonctionne par intermittence, elle est soumise au temps ( j’oublie) mais autrui me rappelle que c’est moi hier qui ait fait cela, même si aujourd’hui je ne l’assume pas ou ne m’en rappelle pas d’où identité morale de la personne

- nos œuvres : cogito pratique de Hegel (1770-1831). Fin de la dialectique.    Texte 3 p 63 ( L,  P105)

b. les obstacles :

Nous sommes à nous même notre propre obstacle (même si on peut penser avec André gide dans les nourritures terrestres que « connais toi toi-même » est « une maxime aussi pernicieuse que laide » car « quiconque s’observe arrête son développement. La chenille qui chercherait à bien se connaître ne deviendrait jamais papillon » car le moi superficiel, social auquel on s’identifie empêche  le moi profond de s’exprimer et réaliser : deviens ce que tu es, disait en ce sens , Nietzsche)

- nous sommes en permanente construction et refonte, cherchant toujours à coïncider avec ce que nous pensons, souhaitons être. Or la connaissance présuppose un objet défini et fini. Etre un je ne suffit pas, j’aspire à être moi, à être moi-même : moi pour moi avant d’être moi pour les autres ( on peut être soi-même pour les autres sans l’être pour soi)

- le manque de distance par rapport à soi :  si la conscience est « dévoilante », elle fait de nous des « détecteurs de l’être » à défaut d’en être les créateurs ; exemple du paysage, ( Sartre, p 26, L P 30) , elle est en quelque sorte aveugle sur elle-même comme l’œil qui voit tout mais ne peut se voir lui-même.

Absence de distance critique : COMTE ( 1708-1857)  texte 3 p 43 , ( L p59)

- le fait que la conscience fasse en même temps que la grandeur de l’homme sa misère :idée de la conscience malheureuse, qui fait qu’on n’a pas vraiment ou souvent de désir de se connaître, car à la fois on en sait déjà TROP et PAS ASSEZ . D’où fuite de soi dans le divertissement ( di-vertir regarder ailleurs, être affairé… Texte 2 p 460            ( texte 2 p118, L)

( photocopie du livre + textes de PASCAL( 1623-1662) , Texte 1 p 22 ( P 26, L)

- superficialité de notre conscience qui est né que tardivement par besoin d’assistance, de communiquer pour survivre. Texte  3 p23 ( L ; p27) , d’où absence de transparence, de translucidité de la conscience que renforce la théorie psychanalytique freudienne.

 

II. l’hypothèse de l’inconscient

A. non- conscient  et inconscient :

L’inconscient est au départ un adjectif qualifiant des états, des perceptions, des motifs, des connaissances. Bien avant freud, on parle de cela :

- au quotidien pour qualifier le somnambule, l’irresponsable ( moral)

- en philosophie : théorie de la réminiscence de Platon, Leibniz (1646-1716) et les perceptions inconscientes car perçues mais trop petites ou trop nombreuses, pour qu’on perçoive qu’on perçoit – texte p. 30 ( L p38), Schopenhauer qui suggère l’idée que la cause de nos volontés nous échappe : nous croyons vouloir mais en réalité ça veut en nous,

- en neurologie : Charcot ( 1825-1893) et Janet (1859-1947), la distraction pathologique chez les hystériques ( faculté de synthèse altérée), les phénomènes post-hypnotique

D’où l’idée de subconscient= conscience affaiblie, obscure= absence de conscience réfléchie.

MAIS ici ON PENSE LE PSYCHISME= CONSCIENCE, OR FREUD (1856-1939) pense le psychisme comme composé de 2 parties : une consciente et une inconsciente, échappant radicalement à la conscience.

B. L’hypothèse freudienne 

1. le cas Anna. O dans Etudes sur l’hystérie de Freud et Breuer ( 1842-1925)

Anna O.,

L’hystérique souffre de réminiscence d’un retour du passé sans conscience de son caractère passé : texte 1 p 36 ( L p44) + somatisation + effet cathartique de la parole ( même sous hypnose)

2. le contenu de l’inconscient et la structure du psychisme

- Refoulement primaire et secondaire ; 1 et 2ème topique (1920)    schéma p.44 ( L p.60)

-La notion de refoulement a trouvé en Bergson un illustre défenseur, qui a résumé dans quelques phrases, avec un bonheur et une simplicité sans pareils, le long développement de la littérature freudique et exprimé la vérité psychologique :

“Ce que nous avons senti, pensé, voulu depuis notre enfance est là, penché sur le présent qui va s’y joindre, pressant contre la porte de la conscience qui voudrait le laisser dehors. Le mécanisme cérébral est précisément fait pour en refouler la presque totalité dans l’inconscient et pour n’introduire dans la conscience que ce qui est de nature à éclairer la situation présente, à aider l’action qui se prépare, à donner enfin un travail utile. Tout au plus, des souvenirs de luxe arrivent-ils, parla porte entrebâillée, à passer en contrebande. Ceux-là, messagers de l’inconscient, nous avertissent de ce que nous traînons derrière nous sans le savoir. Mais lors même que nous n’en aurions pas l’idée distincte, nous sentirons vaguement que notre passé nous reste présent. Que sommes-nous en effet ? Qu’est-ce que notre caractère, sinon la condensation de l’histoire que nous avons vécue depuis notre enfance, avant notre naissance même, puisque nous apportons avec nous des dispositions prénatales ? Sans doute nous ne pensons qu’avec une petite partie de notre passé, mais c’est avec notre passé tout entier, y compris notre courbure d’âme originelle, que nous désirons, voulons, agissons. Notre passé se manifeste donc intégralement à nous par sa poussée et sous forme de tendance, quoiqu’une faible part seulement en devienne représentation.”

- la théorie de la sexualité :

« nous considérons comme appartenant au domaine de la sexualité toutes les manifestations de sentiments tendres découlant de la source des émois sexuels primitifs, même lorsque ces émois ont été détournés de leur but sexuel originel ou qu’un autre but non sexuel est venu remplacer le premier. C’est pourquoi nous préférons parler de psycho sexualité, soulignant ainsi qu’il ne faut ni négliger, ni sous-estimer le facteur psychique » (S. Freud, 1922)

Ainsi, pour Freud, la sexualité comprend bien plus que l’acte de procréation et se manifeste

dès l’enfance sous une forme prégénitale ; il emploie alors de terme de « sexualité infantile ».

«Le contenu de la notion de « sexuel » ne se laisse pas définir facilement. On pourrait dire que tout ce qui se rattache aux différences séparant les sexes est sexuel, mais ce serait là une définition aussi vague que vaste. En tenant principalement compte de l’acte sexuel lui-même, vous pourriez dire qu’est sexuel tout ce qui se rapporte à l’intention de se procurer une jouissance à l’aide du corps, et plus particulièrement des organes génitaux, du sexe opposé, bref tout ce qui se rapporte au désir de l’accouplement et de l’accomplissement de l’acte sexuel. Mais en faisant de la procréation le noyau de la sexualité, vous courez le risque d’exclure de votre définition une foule d’actes qui, tels que la masturbation ou même le baiser, sans avoir la procréation pour but, n’en sont pas moins de nature sexuelle»

«Cette extension du concept de sexualité est d’une double nature. En premier lieu, la sexualité est détachée de sa relation bien trop étroite avec les organes génitaux et posée comme une fonction corporelle embrassant l’ensemble de l’être et aspirant au plaisir, fonction qui n’entre que secondairement au service de la reproduction ; en second lieu, sont comptés parmi les émois sexuels tous les émois simplement tendres et amicaux, pour lesquels notre langage courant emploie le mot « aimer » dans ses multiples acceptions. Je prétends seulement que ces élargissements du concept de sexualité ne sont pas des innovations, mais des restaurations, qui signifient la levée de rétrécissements injustifiés du concept, rétrécissements auxquels nous nous étions laissé induire.» D’où l’usage du mot pansexualisme pour désigner la doctrine freudienne.                                                                 (S. Freud, Ma vie et la psychanalyse)

3. les manifestations de l’inconscient :

Ex. cas élisabeth :  p 32  (L  p 40)

4. la démarche psychanalytique

C. Critiques de cette hypothèse

Freud savait que son hypothèse serait difficile à admettre : 3ème blessure narcissique + sexualité, sujet tabou, malgré son efficacité thérapeutique et sa fécondité herméneutique ( elle permet d’éclairer beaucoup de choses : le malaise dans la civilisation, les interdits fondamentaux, la religion, …)

1. du point de vue épistémologique : POPPER

2. du point de vue moral : ALAIN

3. un exemple de mauvaise foi : Sartre.

Fiche révision: la matière et l’esprit

La matière et l’esprit

 Sur la question du rapport entre la matière et l’esprit, il y a deux grandes conceptions qui s’opposent.

- D’un côté le dualisme qui pose la matière et l’esprit comme étant 2 substances distinctes et irréductibles.

- De l’autre le monisme qui soutient qu’il n’y a qu’une seule substance : soit l’esprit, soit la matière, soit une substance dont l’esprit et la matière seraient deux modes d’existence.

  1. dualisme : 2 substances séparées, distinctes âme/corps est hérité de Platon ( qui pose le monde intelligible éternel , la  raison libre comme supérieurs au monde sensible soumis au temps ,  synonyme d’illusion et au corps, synonyme de  prison, de bas désirs, de soumission à la nécessité), renforcé par la religion (qui a besoin d’une âme immortelle à sauver (ou punir) , d’un  libre-arbitre face au déterminisme) et défendu par Descartes ( qui a besoin de réduire  le vivant sans âme à un mécanisme dont l’homme peut se prétendre « comme maître et possesseur » , qui a besoin de trouver un siège pour le libre arbitre)

Mais Descartes est obligé d’admettre que « nous ne sommes pas simplement logés dans notre corps comme un pilote en son navire ».

 On peut en effet dans une certaine mesure faire une analogie entre le rapport âme/corps et le rapport pilote/navire. Depuis PLATON, le corps est considéré comme l’enveloppe de l’âme, comme un contenant, comme le navire transporte le pilote. L’âme et le corps comme le pilote et le navire forment un tout fonctionnel, l’âme anime le corps, le corps offre un véhicule à l’âme, la possibilité d’un rapport au monde. De plus, l’âme peut être considérée comme le pilote du corps, elle commande, il dispose, même si parfois le corps peut déborder l’âme ou lui résister.

 Mais cette analogie a des limites évidentes même si le pilote est très attaché à son navire, le navire reste un avoir, une propriété extérieure à lui alors que nous considérons notre corps certes comme une propriété dont on peut disposer, qui ne peut être violée, mais c’est surtout ce que nous sommes ET  surtout l’âme et le corps sont dans un rapport d’intériorité. Lorsque l’âme est affectée par ce qui touche le corps, ce n’est pas du dehors dans un constat visuel ou intellectuel, mais c’est du dedans, dans un vécu, un ressenti très subjectif. Ceci semble souligner que l’âme n’est pas simplement unie au corps, elle est mêlée, confondue avec lui au point de ne former qu’un tout.

 Le problème est de savoir par où elle est unie et comment elle peut l’être alors que ce sont 2 substances distinctes et hétérogènes.

  La réponse de DESCARTES est la glande pinéale (l’épiphyse, au milieu du cerveau). Si DESCARTES a choisi cette glande comme « le principal siège de l’âme », c’est d’abord parce qu’elle se situe dans le cerveau. Or c’est là que par expérience on a tendance à situer la pensée parce qu’elle est située au centre, cette position étant parfaite pour commander. Et enfin parce qu’elle est le seul organe du cerveau qui n’ait pas de double. Son unicité la distingue donc de la matière divisible et semble être en accord avec l’unicité de la conscience. C’est par là, en l’inclinant que l’âme contrôlerait le mouvement des esprits animaux et l’ensemble du corps. Cette glande pinéale a été l’objet de multiples critiques car malgré les précautions que prend DESCARTES, il localise l’âme et même si ce n’est qu’en un point, il lui faut un minimum d’étendue pour avoir un impact sur cette glande.

  Finalement il est condamné à se contredire et à rompre le dualisme alors qu’il y avait d’autres stratégies possibles :

1) Avouer qu’on est ici aux limites de l’explication mécaniste, on ne peut expliquer comment l’âme dirige le corps même si il est évident qu’elle le fait.

2) Il aurait pu distinguer « présence localiter » et « présence virtualiter » selon Kant. On peut imaginer que sans contact, l’âme dirige le corps comme un prince dirige de son palais les confins de son royaume.

3) d’imaginer une interaction entre l’esprit et la matière selon un principe d’harmonie mais sans lien physique. Cela va donner l’occasionnalisme de MALEBRANCHE qui présuppose qu’à chaque occasion, c’est Dieu qui assure la synchronisation entre le corps et l’esprit. Ou la théorie de l’harmonie préétablie de LEIBNIZ où Dieu aurait réglé au départ de manière parfaite cette synchronisation. Ce qui est selon lui une solution moins complexe, plus économique et qui laisse la place à de véritables miracles. Mais à vouloir sauver le dualisme on est contraint d’accepter la théologie (Dieu).

 D’où la dernière stratégie : renoncer au dualisme pour un monisme

  1. monisme : 1 seule substance.

 

Il y a 2 monismes

a)      il n’y a que l’esprit et  la matière est un épiphénomène de l’esprit (BERKELEY) « être c’est percevoir et être perçu » : critique de Descartes, de son analyse du morceau de cire et de sa distinction entre qualités secondes ( vues, senties par soi) et qualités premières ( pensées et posées comme étant en soi). Pour Berkeley , le monde n’est pas une illusion, ni un rêve ( il sait faire la différence entre rêve et réalité), il ne dépend pas non plus de moi ( à la différence du r^ve que je me fais) . Berkeley ne doute pas que le monde est ( je ne peux pas ne pas le percevoir, même si je ne le veux pas, il a son cours régulier, sa vivacité dans ma perception, ses détails qui ne trompent pas ) , il conteste simplement que le monde existe en soi , extérieurement à notre perception.

b)      il n’y a que la matière et  l’esprit est  un épiphénomène de la matière,

- EPICURE considérait l’âme comme un composé d’atomes ( sphériques et extrêmement mobiles) et donc mortelle

- MARX  voit la conscience comme un produit de l’action des hommes, c’est l’existence matérielle des hommes qui détermine leur pensée

 

 

 

Le monisme matérialiste tend à s’imposer,  « les théories de l’esprit doivent être matérialistes ou insuffisantes » J.P Changeux, car :

- il permet l’économie de Dieu et les problèmes du dualisme « Le dualisme se vautre dans son mystère » Denett

- il est dans la logique actuelle où on explique le supérieur par l’inférieur ( marxisme, freudisme, neurologie..)

- il va dans le sens des découvertes scientifiques ( 1861 : les aires de Broca ; Wernicke( cerveau gauche, aire du langage ; épilepsie expliquant le mysticisme selon  Patricia Churchland ; intelligence artificielle..)

Mais il y a différents matérialismes :

- les réductionnistes pensent qu’à chaque état mental correspond un état neuronal localisable (Changeux, Chuchland)

- les fonctionnalistes pensent que le cerveau est un système ( Denett)

- les émergentistes s’opposent aux précédents éliminativistes, et soutiennent que le tout est plus grand que la somme de ses parties et qu’on ne peut réduire la vie mentale à la vie neuronale, un esprit conscient ne peut être dès lors comparable à un ordinateur quel qu’il soit ( Searle)

ü  la question de la signification sémantique ( test de la chambre chinoise, 1980,  contre test de Türing, 1950 – faire la différence entre une machine et un homme)

ü  intentionalité

ü  problème des qualias – ce que cela fait d’avoir tel état mental, ≠ entre état conscient et conscience de cet état conscient : Jackson Ce que Marie ne savait pas ( peut-on par la connaissance théorique des couleurs acquise dans une chambre noire, savoir ce que cela fait de voir les couleurs ?

Le matérialisme séduisant pose différents problèmes :

- il remet en question la morale et le libre-arbitre ; il s’oppose à notre attachement émotif à l’idée de liberté.

- il pourrait servir de caution à un matérialisme vulgaire, permettre le triomphe total de la rationalité scientifique en autorisant à traiter tout comme de la matière.

- ultime blessure narcissique après avoir perdu sa position centrale ( Copernic), sa place réservée dans la nature ( Darwin) et en lui-même ( Freud) , il perd à présent son âme.

 (NB : il y a une autre alternative : le  parallélisme de  SPINOZA : une seule substance qui se manifeste sous 2 modes divins : mode « pensée »/mode « étendue »)

 

Fiche de révision: la liberté

 

 

Thèse: Être libre n’est pas être indépendant mais être, autant que faire ce peut, autonome dans l’interdépendance.

 

De la même manière que

-la liberté n’est pas dans l’indétermination et l’indifférence (Descartes, la liberté d’indifférence comme « plus bas degré » de la liberté

-et qu’elle peut être dans la compréhension de la nécessité ( Spinoza et Stoïciens) et l’acceptation de certaines déterminations (par ex. la  connaissance selon Descartes, qui rend le choix réellement possible et plus libre)

de même

-la liberté n’est pas dans l’ ANOMIE, c’est-à-dire l’absence de lois d’où désordre, anarchie et licence

-mais peut être dans l’obéissance à la loi, si cette loi n’est pas imposée et dictée par quelque chose d’autre que soi, de l’extérieur ; donc SI elle vient de moi-même ou SI je peux la reconnaître comme mienne

DONC  CE QUI S’OPPOSE A LA LIBERTE, CE N’EST PAS LA LOI MAIS L’HETEROMIE , la loi venant de l’autre. Et  être libre c’est être autonome , c’est-à-dire maître de soi et son propre législateur.

A partir de là, on peut comprendre la liberté morale, politique et de penser ( qui ne sont que 3 variations sur le même thème!!)

 

  •     liberté morale ,

En général, on considère que celui qui fait son devoir est soumis ou à sa conscience, ou à une morale sociale ou religieuse. Il est prisonnier de la morale, par opposition à celui qui sans foi, ni loi serait libre.

KANT va lui montrer que celui qui fait son devoir est libre et c’est parce qu’il est libre qu’il est précisèment moral . Pour lui, la volonté est , distincte du désir, la faculté de choisir ce que la raison juge bon , elle est l’application de la raison et de ses impératifs, elle est « raison pratique ». (Le langage commun fait déjà la différence entre volonté et désir, celui qui a de la volonté est soit celui qui a un désir dominant , soit celui qui est capable de résister au désir , à la tentation.)

Ces impératifs peuvent être de 2 types, soit HYPOTHETIQUES, soit CATEGORIQUES :

-                    dans le premier cas, la raison indique ce qui pourrait être de règles pour atteindre un objectif donné. Si….., alors il faut….. . La raison indique alors une principe d’habileté à la volonté qui va le choisir pour atteindre un but proposé soit par le désir, soit par la situation, … bref de l’extérieur. La volonté est alors dans l’HETERONOMIE .

-                    dans le second cas, la raison indique, ce qui DOIT être la règle. Elle définit à la fois le but et le moyen ou plutôt la forme du moyen, le contenu étant déterminé par la volonté, par moi. Si la volonté  respecte cet impératif , c’est uniquement par qu’elle le doit , dc par pur respect pour la loi morale, le devoir ; elle est alors dans L’AUTONOMIE. Ces deux impératifs sont :

-« agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature »  -« agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien en ta personne que dans la personne de tout autre jamais simplement comme un moyen mais toujours en même temps qu’une fin »

Ils définiseent donc la forme et la condition de la maxime, mais le contenu reste défini par la volonté d’où liberté.

  • liberté politique

on oppose la loi de l’Etat et la liberté pour 2 raisons essentielles :

-soit parce que la loi est illégitime, simple expression de la force et de l’arbitraire, donc on y est soumis comme à un maître, d’où absence de liberté

-soit parce on confond liberté et indépendance et on en reste à une vision de la liberté comme devant être illimitée, totale.  Mais ,

-l’indépendance dans la solitude est irréaliste et contre-nature

-comme l’homme vit forcément en société , « quand chacun fait ce qui lui plaît, on fait souvent ce qui déplaît aux autres », or la liberté ne peut être destructrice d’elle-même, ni être réduite à la licence, ni dépendante des forces de chacun, sachant qu’on est jamais toujours le plus fort.

-même hors de la société , à l’hypothétique état de nature , la liberté n’est pas illimitée.

DONC « la liberté consiste moins à faire sa volonté( au sens de désir)  qu’à n’être pas soumis à celle d’autrui » Rousseau. Lettre sur la montagne

Or,

-sans loi, c’est l’anarchie et les rapports de force et soumission ou domination mais « régner, c’est obéir » à ses désirs ou « à la loi naturelle qui commande à tous »

DONC

On est obligé de reconnaître qu’ « il n’y a pas de liberté sans loi, ni là où quelqu’un est au-dessus des lois » et c’est le cas, si les lois sont ce qu’elles doivent être expression de la VG statuant en général au nom de l’intérêt commun. Et , si on est dans le cadre d’une démocratie, alors j’obéis à des lois que j’ai moi-même faites

DC AUTONOMIE, « la liberté est l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite » Rousseau.

  •   la liberté de penser

En général on pense qu’on peut nous ôter la liberté de choix et d’action / mouvement, mais qu’on ne peut pas nous ôter la liberté de penser, d’où image du prisonnier dans son cachot qui s’évade par la pensée. Il est vrai qu’on ne peut pas empêcher quelqu’un de penser , PAR CONTRE, on peut l’empêcher de penser par soi-même par l’endoctrinement, l’idéologie dominante (Marx) mais aussi en le privant d’éducation ou en réduisant cette éducation à un dressage, en ne lui donnant pas la maîtrise des mots , en interdisant la liberté d’expression, empêchant ainsi l’exposé de la pluralité des idées, le dialogue, la prise de conscience commune …. . Or on ne peut que difficilement isolé se rendre compte des illusions et manipulations (Ex. allégorie de la caverne, l’esprit de l’autre comme « pierre de touche » de la vérité , selon Platon pour le dialogue) . Penser, ce n’est donc pas forcément penser par soi-même, et penser par soi-même , ce n’est pas non plus délirer ou penser n’importe quoi, c’est construire un raisonnement conforme aux lois de la raison, à portée universelle. Car si l’opinion , pseudo-pensée est subjective ou commune , la pensée elle a vocation universelle.

Conclusion : le sentiment de liberté n’est pas une preuve de liberté et les preuves de liberté avancées en général n’en sont pas (I). Elles montrent plutôt notre ignorance de nous-mêmes et de la liberté qui peut être la nôtre. Nous naissons libres, mais nous avons à réaliser cette liberté en travaillant à mieux maîtriser nos choix et à mettre en place les conditions extérieures de leurs réalisations. Etre libre c’est d’abord se libérer et en premier lieu de la peur d’être libre puis en second lui d’une liberté rêvée qui nous détourne de la vraie liberté. « Renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’homme »

Fiche : Principes du pacte social de Rousseau

Principes de Du Contrat social de Rousseau (1762)

 

PB : nécessité de la création d’une force commune pour la conservation de chacun + nécessité de conserver la liberté qui est absolue ou n’est pas, par laquelle l’homme est homme ou n’est pas : « trouver une forme d’association par laquelle […] chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant »

 

SOLUTION :

 

1. pacte d’association ( chap V) C’est une convention préliminaire qui permet

- de passer d’une société qui n’est qu’une agrégation ( grex : troupeau, « multitude », « agrégation » d’individus soumis individuellement au berger qui se disperse en son absence, fausse communauté d’intérêts particulier)  à une véritable société qui soit une association ( par fusion, mixtion). D’où le sentiment d’appartenir vraiment à cette société, comme partie d’un tout, formant « un corps politique » autour d’un « bien public » intérêt commun. C’est la poursuite dans le futur de cet intérêt commun qui unit, plus qu’une coexistence présente, même soutenue par un passé commun.

- de créer un tout (c’est « l’acte par lequel un peuple est un peuple » qui puisse ensuite être régie comme un tout. Le souverain ne sera pas un particulier face à des particulier, il sera celui que le corps politique a mis à sa tête pour être régi comme corps politique.

- de partir sur  une unanimité qui autorisera  ensuite la règle de la majorité.

2.pacte de soumission ( Chap VI) : le peuple souverain

- chacun va s’engager à se soumettre à toute la communauté  constituée par le premier pacte, c’est-à-dire va renoncer à faire usage de sa liberté naturelle pour se soumettre à la volonté souveraine du tout.

Ce pacte a plusieurs avantages :

- « chacun se donnant à tous ne se donne à personne » en particulier.

- en obéissant à la volonté du tout, il n’obéit à personne ( en particulier) et à soi-même comme partie du tout. C’est le principe de la liberté comme autonomie, que reprendra ensuite Kant au point de vue moral

- il n’y a pas de séparation entre auteur et sujet de la loi : chacun est à la fois « souverain » ( citoyen actif) et sujet de la loi qu’il a lui-même faite ( citoyen passif) , c’est le principe de la souveraineté fractionnée et de la République.

- chacun se place « sous la suprême direction de la volonté générale » : la loi est expression de la volonté générale :

-la volonté générale est « inaliénable » (« le pouvoir peut bien se transmettre mais non pas la volonté », le pouvoir législatif est au peuple souverain), « indivisible » et est en théorie toujours « droite et tend à l’utilité publique »

-la volonté générale n’est pas une somme de volontés particulières qui emporterait majorité ou unanimité, mais le reste de la soustraction de toutes les petites différences. Elle est donc ce qui reste quand chacun n’est plus dans son strict intérêt privé, mais dans son intérêt dans ce qu’il peut avoir de commun, de général. La volonté pour être générale présuppose donc une multitude de petites différences, et une forme générale dans son but et son application : elle est pour l’intérêt général et s’applique en général.

-si elle dévie c’est parce que , même si « on veut toujours son bien on ne le voit pas toujours » et cela à cause de 2 raisons essentielles :

  • manque d’informations, de clarté qui empêchent de bien délibérer, de voir le Bien commun et de ne pas se laisser abuser ( confusion entre l’agréable et le bon)
  • la division de la société en brigues ; ce qui fait qu’on ne se prononce pas pour soi, mais pour son clan ; du coup, les votes ne font émerger que de grandes différences, en trop petit nombre et on assiste au triomphe de l’intérêt particulier majoritaire. Il faut que chacun vote pour soi avec le souci de son intérêt compatible avec l’intérêt général.  C’est pourquoi il faut des différences mais pas trop d’inégalités, empêchant un accord ensuite des intérêts de chacun avec l’intérêt général
  • il peut y avoir distorsion entre volonté/intérêt particuliers en tant qu’homme et volonté/ intérêt général en tant que citoyen, d’où droitpour tout le corps politique  de « forcer à être libre » ( Fin chapVII)

 

Donc le peuple souverain, aidé par le législateur va établir la loi, qui est l’expression de cette volonté générale. Cela va donner les lois constituantes qui vont décider de la forme du gouvernement, de l’organisation du pouvoir et des principes fondamentaux de l’Etat.

Ce contrat n’a que des avantages : livre I,  chap. 8

 

3. (Livre III sur les régimes politiques) création du gouvernement ( chargé du pouvoir exécutif et judiciaire) : la puissance de la force publique, « corps intermédiaire entre souverain et sujets »  au service du pouvoir souverain  du peuple ( le gouvernement ≠ souverain livre III, chap.I ) Le gouvernement est le serviteur du peuple, « son ministre ».

La Constitution établie, le peuple va se donner un gouvernement qui va être chargé d’appliquer dans le cadre de la Constitution,  les lois par des décrets aux cas particuliers.

Pour Rousseau ,« le meilleur des gouvernements est l’aristocratie, la pire des souverainetés est l’aristocratique ».

Le gouvernement démocratique est trop parfait pour les hommes (Livre III, chap.8)

(il y a une tendance à dégénérer dans le gouvernement qui vient de sa nature contradictoire : son pouvoir est commis, subordonné mais il possède la force de l’exécutif et comme tout pouvoir il a tendance à s’absolutiser sans contre-pouvoir : soit l’Etat se resserre (concentration, usurpation du pouvoir souverain), soit il se dissout (corruption) : Fin du Contrat.)

 

Fiche de révision: justice et droit

 

La justice et  le droit

I. A. A priori , on confond justice avec droit positif, les lois de l’état parce que

le droit positif semble incarner la justice pour différentes raisons :

-          à l’inégalité naturelle et conflictuelle , il substitue l’égalité devant la loi et en instaurant l’ordre, il garantit à chacun la conservation de ses biens, de sa vie et de ses libertés, sinon de sa liberté

-          la loi est faite dans l’intérêt commun, or ce qui est juste c’est ce qui correspond à mon intérêt , compris dans l’intérêt général même si mon intérêt immédiat mal calculé peut s’y opposer. (Epicure)

-          la loi est juste si elle correspond aux raisons pour lesquelles elle a été crée. Elle n’est qu’une convention humaine, mais si elle correspond à ses  présupposés et raisons d’être , elle est juste, droite.

ICI deux conceptions s’opposent quand à la raison de l’instauration des lois, celle de HOBBES et celle de JJ. ROUSSEAU :

·         pour Hobbes, si les hommes ont acceptés de se soummettre à l’autorité souveraine de la loi et du pouvoir étatique, c’est parce que sans les lois , à l’état hypothétique de Nature, « l’homme est un loup pour l’homme » car les hommes étant égaux et voulant la même chose une liberté naturelle maximale, il y  a rivalité, défiance et « guerre de tous contre tous », dc c’est pour sortir de cet « misérable état de guerre », que les hommes ont accepté , poussés par une peur irrationnelle de mourir, de se dessaisir de leur liberté d’agir, de penser et de juger et l’ont donné à un 1/3 hors contrat pour qu’avec ce pouvoir absolu, il garantisse la conservation des vies et biens de chacun, donc la sécurité et la paix civile. Mais il y a dc un pouvoir absolue et une obéissance absolue , d’où dangers !

 

·         pour Rousseau , si l’union fait la force, et si chacun cherche dans l’état une protection, on ne saurait sacrifier sa liberté pour sa sécurité, car « aliéner sa liberté , c »est perdre sa qualité d »homme ». d’où son Contrat Social, préconisant une démocratie directe absolue à souveraineté fractionné, ainsi chacun est à la fois gouvernant (citoyen actif , membre de souverain) et gouverné (sujet de la loi) . Ce qui présente l’avantage que en obéissance à la loi, je suis libre car j’obéis à une loi que je me suis moi-même prescrit. Je suis libre au sens de AUTONOME, je me donne à moi-même ma propre loi. Cette loi ne peut léser personne car :

-          elle statue en général, dc sans faire de particularisme, sans privilège, égalité devant la loi : dc c’est juste

-          elle est l’expression de la volonté générale, qui n’est pas seulement une volonté majoritaire, mais une volonté fixée sur l’intérêt général, commun de la communauté. La vision et la défense de l’intérêt général présuppose que chaque citoyen soit capable de dépasser son intérêt particulier , sa différence pour se hisser à la compréhension  de la priorité de l’IG.

-          Ce qui présuppose donc que les hommes sont déjà raisonnable, que les différences ne sont pas trosp grandes entre les individus pour que cet IG soit pensable. D’où la difficulté de réaliser dans les faits ce contrat idéale, auquel se substitue au mieux : une démocratie indirecte représentative au suffrage universel mais majoritaire. MAIS en tout cas, ce n’est que dans ce cadre que l’homme d’ « un animal stupide et borné » devient un « être intelligent et un homme » selon Rousseau, car avant les lois , il n’y qu’impulsion, instinct, innocence et c’est seulement avec les lois que naissent devoirs, justice, moralité, liberté, culture…dans des rapports humains réglés, élevés et pacifiés.

 CEPENDANT , si en mettant en place l’égalité et la prise en compte de l’intérêt commun, la loi peut permettre l’existence de la justice dans les trois sens du terme (idéal, vertu, instance) , elle n’est pas toujours ce qu’elle devrait  être et peut être l’injustice incarnée et si on l’applique source d’injustice.

 B.

l.  la loi ne peut être que la légitimation de la force, c’est ce que soulignent Pascal, Marx et Sartre.

-          pour Pascal, faute d’une définition universelle de la justice et d’un droit naturel, c’est la définition des plus forts qui l’emportent par leur nombre ( ex. la coutume), leur force de persuasion,grâce à leur autorité ( la justice dans tous les Etats, c’est l’intérêt du gouvernement constitué » Thrasymaque dans la République de Platon). Cela s’explique pour Pascal par la chûte orioginelle. Pascal en conclut que dès lors, la justice des hommes n’a aucune valeur ni aucun fondement.

-          Pour Marx, le droit n’est que l’incarnation et la défense des intérêts de la classe dominante économiquement , l’infrastructure déterminant la superstructure.

2. Le droit positif est relatif « Plaisante justice qu’une rivière borne » disait Pascal, or être juste renvoie à une dimension universelle.

3.L’application de la loi , de par sa nature générale, peut être source d’injustice. Dc par souci d’équité ou pour rester fidèle à l’esprit de la loi ( défense de l’intérêt commun , égalité ….) , il faut l’adapter et parfois même la transgresser :

-          c’est l’équité selon Aristote qui est « meilleure » que la justice, l’équité étant « un ajustement  de ce qui est légal » en fonction des cas exceptionnels, particuliers.

-          C’est la position de Saint Thomas d’Aquin, avec l’exemple de la ville assiégée, « il serait mal d’obéir à la loi et le bien consiste alors à transgresser la lettre de la loi pour rester fidèle à l’esprit de la loi ».

 - ENFIN il est des cas où la loi est manifestement ,bien que légale, injuste et y obéir , c’est être dès lors injuste comme le montre le Cas Eichmann. Donc le fondement du juste serait et doit être ailleurs.

 II. Les lois de l’état peuvent être en distorsion avec d’autres droits plus fondamentaux

1.       la morale individuelle ou universelle : « le droit doit plier le genou devant la morale » selon Kant

2.       le droit divin , ce fut le cas pour Antigone face à la loi de Créon, ET  selon Saint Thomas d’Aquin, « rien de ce qui est de droit humain ne saurait déroger à ce qui est de droit naturel  ou de droit divin ». Par ex., la loi de la propiété s’explique par nature et par le fait  que les hommes sont supérieurs à la terre ( et ses fruits lui appartiennent comme fruits de son travail , selon Locke aussi) dc pour satisfaire ses besoins, il peut partager et posséder la terre, même si il a aussi le devoir de secourir le pauvre au nom de ce  même droit naturel de conservation de soi. De plus , ce droit naturel et divin autoriserait  même le pauvre, « en cas de nécessité évidente et évidente » à « utiliser le bien d »autrui » sans par là «  commettre réellement un vol » parce qu’au départ la terre appartient à tous.

3.       Le droit naturel , celui qui existait avant l’Etat ( à l’hypothétique état de nature) OU la loi de la nature OU les droits inscrits dans la nature de l’homme cf. droits de l’homme.

 4. dire que seul le droit positif décide seul du juste, c’est dire qu’il n’y a rien d’autre AU DESSUS DU DROIT POSITIF, c’est ce qu’essaie de défendre certains états au nom du principe de souveraineté et de non-ingérence et par delà cela à la différence culturelle. D’où une critique de l’universalité des droits de l’homme, non plus de fait mais en droit.  Les droits de l’homme en l’état, on fait par le passé l’objet de critique

On peut en effet souligner que les droits de l’homme de 1789 et 1948 correspondent à une certaine époque et à une certaine conception de l’homme :  si on lit l’analyse de Marx, on peut comprendre pourquoi les droits se réduisent à des droits-libertés, pourquoi l’égalité n’est dite qu’en droit et pourquoi la propriété apparaît dès l’article 2 comme droit inaliénables au même titre que la sûreté et la liberté et la résistance à l’oppression et que l’article 17 lui soit à nouveau consacré « droit inviolable et sacré » et qu’on se contente d’un « nul ne peut en être privé ». ce qui permet de protéger la propriété et de se contenter d’une propriété de droit, donc se dispenser de devoir en donner une à chacun. Et suite à la guerre mondiale et à l’avénement d’une société industrielle, des droits créances on fait leur apparition dans les droits de 1948. On peut donc les considérer peut-être comme insuffisant

On peut philosophiquement remettre en question le présupposé de nature humaine qui les fonde, avec l’existentialisme

On peut souligner qu’ils correspondent à une certaine conception de la liberté, la liberté des modernes

MAIS il est nouveau que l’on conteste l’idée même d’un droit universel et qu’on n’y voit qu’une culture voulant dominer les autres et qu’on refuse de penser autre chose au-dessus de Son  droit de Sa culture.

CEDER à cela, c’est accepter

1.       une culturisation du droit et une absolutisation de la culture, qui signe la fin des droits de la personne

2.       un relativisme tout se vaut dc rien ne vaut et une tolérance sans limites, dc de finir par tolérer l’intolérable et à être réduit au silence pour ne pas être condamné pour ethnocentrisme ou ingérence culturelle

3.       une remise en question de l’unité du genre humain sous la diversité des cultures

  donc il faut être intransigeant concernant la nécessité d’un droit naturel et d’un droit universel de l’homme, d’où l’idée d’une liberté culturelle qui ne se réduise pas au fait de pouvoir vivre sa culture mais aussi de pouvoir en quelque sorte rester libre d’y adhérer ou non, si elle vient remettre en question la liberté personnelle et individuelle. On  a besoin comme le dit Léo Strauss d’un étalon ; d’une référence transcendante aux Etats et culture

III. Intérêt et intention.

 Sur ce point là deux conceptions de la morale s’opposent :

-les morales utilitaristes qui partant du principe que ce qui est moral ou juste a été établi par rapport aux intérêts des hommes, on peut être moral en ayant pour motif l’intérêt même personnel. C’est le cas pour Epicure, pour qui le plaisir, le vrai plaisir sans douleur subséquente, sans crainte étant  la référence, « il faut éviter les crimes parce qu’on ne peut éviter la crainte » et « il faut acquérir les vertus pour les plaisirs qu’elles procurent et non pour elles-mêmes » On retrouve cela chez les anglais Mill et Bentham. Pour Bentham (1748-1832), la moralité est le résultat d’un calcul intelligent d’intérêts, en fonction d’une véritable « arithmétique du plaisir » en fonction des critères de durée, d’intensité, de proximité, de certitude, de pureté et d’étendue. Donc la morale aurait été élaborée en fonction du principe de l’utilité et du plus grand bonheur . Donc la morale est compatible avec l’intérêt.

-les morales de l’intention de Hegel et Kant : pour eux , la conformité de l’acte avec la loi ne suffit pas, il faut en plus une volonté délibérée et libre de faire le bien , dc une connaissance du bien et du mal, et un choix du bien malgré la possibilité de faire le mal. Ce qui implique que le bon sauvage ou l’enfant innocent ne sont pas moraux et justes. Kant ajoute à cela la pureté de l’intention . On doit obéir à la loi morale uniquement par respecr pour celle-ci , uniquement par sentiment du devoir. L’être moral est l’homme libre,autonome, à la volonté désintéressée. « L’absence de tout motif égoïste, voilà le critérium de l’acte qui a valeur morale » dirait Schopenhauer, mais Kant dira dans les fondements de la métaphysique des mœurs 

- éthique de la responsabilité ( réaliste et acceptant des moyens en désaccord avec les valeurs pour arriver au but) et éthique de la conviction ( qui se veut totalement pure, mais qui peut apparaître très angélique et sans effets)

 Selon Kant : « Il est absolument impossible d’établir par expérience , avec une entière certitude , un seul  cas où la maxime d’une action ait  uniquement reposé sur des principes moraux et sur la représentation du devoir » car il y a toujours ce « cher moi » qui est présent .

Fiche de révision: égalité et inégalité

  JUSTICE ET EGALITE 

  • Spontanément l’égalité nous apparaît juste. D’où le symbole pour la justice de la balance et ses plateaux équilibrés. L’égalité paraît juste car :

- parce que nous vivons dans une démocratie qui est elle-même un principe d’égalité. En effet, la règle démocratique de base (un homme = une voix) est une règle égalitaire, qui dit que, dans le processus de la décision publique, chacun dispose du même pouvoir, du même poids. Le principe égalitaire de la démocratie devient alors forcément une norme politique.

- parce que nous considérons qu’en tant qu’homme, bien que différents, nous sommes des semblables. Nous sommes tous des sujets pensants et libres, et en tant que tels nous avons tous une valeur absolue, une dignité qui nous place au-dessus des objets qui ont un prix, une valeur relative. Du coup, on ne peut dire qu’un homme vaut plus qu’un autre, chacun vaut autant car chacun a une valeur inestimable, incommensurable. Cela oblige donc à considérer chacun de la même manière, de le traiter à égalité avec les autres.

- tout le monde s’accorde aujourd’hui sur l’égalité des citoyens devant la loi et face aux droits et devoirs. Et cette égalité est pensée comme une stricte égalité arithmétique ( 1 citoyen =1 citoyen ). Ce qui est juste, c’est donc ici la stricte égalité. Ici, c’est-à-dire, selon ARISTOTE  le domaine de la justice commutative, celle qui concerne les échanges, des contrats politiques mais aussi économiques. Il est juste que le vendeur et l’acheteur soient égaux dans une transaction, que deux acheteurs soient égaux et traités de la même manière, que lorsque deux personnes passent un contrat , les 2 parties soient traitées comme égales, pas d’avantage pour l’une ou l’autre sinon le contrat est nul, une partie est lésée.

  •  Mais cette stricte égalité est-elle toujours juste, cet idéal égalitaire est-il le plus juste ?

1.  Traiter également tout le monde, c’est traiter tout le monde de la même manière, mais cela ne veut pas dire amener tout le monde à la même situation par là. En effet, du fait des différences entre les individus, il y a une inégalité de départ, une inégalité de conditions. Et un même traitement appliqué à des situations différentes ne donnent pas les mêmes effets. Exemple : apprendre à lire de la même manière à tous les enfants, à égalité de traitement, sans prendre en compte les inégalités initiales, par exemple sur la maîtrise de la langue française (vocabulaire, structures de la langue), débouche sur une encore plus grande inégalité. Pourtant, dans ce cas, il y aurait égalité de traitement, mais c’est cette égalité de traitement qui est inégalitaire. D’où l’idée que traiter différemment les gens différents pour  compenser les inégalités de positions initiales est juste. La justice sociale s’obtient là paradoxalement en traitant les individus de façon inégale. On est là dans le domaine de l’équité. Ce qui est équitable est juste, mais peut passer par des inégalités de traitement.  Et donner la même chose à tout le monde quel que soit le revenu, par exemple, reviendrait à augmenter de la même façon les revenus des plus riches et des plus pauvres, ce qui ne réduirait pas les inégalités. C’est ce que disait déjà ARISTOTE pour qui dans le domaine de la justice distributive, celle qui concerne la répartition des charges, des revenus et des aides, il convient d’appliquer une égalité géométrique, c’est-à-dire proportionnelle par rapport à un élément de comparaison : il est juste que celui qui a le plus besoin reçoive plus, que celui qui est le plus méritant ait plus, que celui qui est le plus qualifié ait plus de responsabilité, etc.. D’où des politiques d’aide sociale de plus en plus individualisées, des politiques de « discrimination positive « , c’est-à -dire des politiques qui, explicitement, accordent plus à certains individus qu’à d’autres, du fait de leur inégalité de situation initiale.

Dans la justice corrective, c’est-à-dire le judiciaire, tous les crimes ne se valent pas. Cela dépend de la victime, de la situation, du criminel même si tout crime doit être puni. Donc là il ne faut pas un traitement égal, mais un traitement au cas par cas. D’où le rôle important du juge qui doit non pas appliquer la loi à la lettre, mais veiller à rester fidèle à son esprit. D’où l’importance de la jurisprudence. Il doit donc éviter une égalité parfaite qui aurait des effets injustes en examinant le cas particulier dans sa particularité. Il peut donc préférer à l’application systématique de la loi, par définition générale et parfois inadaptée, l’équité qui préfère l’esprit de la loi à sa lettre. L’équité qui est une justice au cas par cas peut vouloir l’égalité ou l’inégalité , et parfois même la transgression de la lettre de la loi si  son observation est par exemple « préjudiciable au bien commun » , comme l’illustre Saint Thomas d’Aquin.

2. l’idéal égalitaire n’est pas le même pour tous : pour certains, il est réalisé s’il y a  l’égalité des droits, c’est-à -dire l’égalité devant la loi. Elle consiste à garantir à chacun le même ensemble de droits, ce qui est légalement possible pour un doit l’être également pour tous les autres. Et c’est tout.  D’autres plus exigeants aspirent à une égalité des chances. D’autres enfin veulent une égalité des positions, une  égalité réelle. Et on entre alors dans des débats idéologiques. Il peut sembler que chaque conception corresponde aux intérêts des uns et des autres. On peut alors comprendre que certains privilégiés  (les forts, riches, compétents,…) considèrent  que l’égalité en droits suffit et que certains désavantagés (les faibles, les pauvres, les « incompétents »,..) y voient une justice insuffisante et même une injustice profonde, rappelant que la justice doit corriger la nature, pas la ratifier et que l’inégalité est injuste et qu’ils défendent par contre l’idée que ce qui est juste, c’est de donner à tous la même chance, en donnant plus à ceux qui au départ ont le moins reçus, donc à chacun selon ses besoins. D’où l’idée de droits sociaux inégalement distribués.

 Mais on se trouve là face à un conflit d’intérêt, l’égalité étant la revendication des faibles plein de ressentiment pour les forts (« la revendication des droits égaux est anti-aristocratique » selon Nietzsche et prouve l’individualisme et l’égoïsme des faibles, incapables de s’effacer devant la Cité et l’intérêt de tous)  et l’inégalité étant l’argument des forts dans l’intérêt de tous ( et surtout favorable à la conservation de leur privilège, belle manipulation idéologique). Cela signifie-t-il que la justice n’est que la défense de nos intérêts ? et relative ? La théorie du voile d’ignorance de J . RAWLS  (1971) permet peut-être de sortir de cette impasse :

- son présupposé de départ, c’est que ce qui est juste, ce n’est pas ce qui correspond à une idée de la justice (car comme nous venons de le voir, il y opposition d’opinions différentes), mais ce qui est le résultat d’ une juste procédure. D’où sa théorie de la justice procédurale. Ex. une loterie : il n’est en soi pas juste qu’un gagne tout et les autres rien, sauf si tout le monde est d’accord avec la règle et si la chance de gagner est la même pour tous. (La procédure du voile d’ignorance consiste à poser des individus dans une position purement hypothétique : imaginons qu’ils sont ignorants de leur place dans la société, de leurs dons naturels et donc de leur conception du Bien et du juste (fonction de leur intérêts qu’ils ignorent ou de leur mode de pensée qu’ils ignorent aussi) et qu’ils soient chargés par une négociation rationnelle d’établir dans un accord commun ce qui est juste, sachant que chacun pense d’abord à soi, à son intérêt sans savoir quel est cet intérêt. RAWLS dit qu’ils vont s’accorder :sur une égale distribution des droits et devoirs de base ET sur une inégalité socio-économique si elle avantage chacun et en particulier les plus défavorisés : en somme, il n’est pas juste que certains possèdent moins pour que d’autres possèdent plus, mais si un petit groupe possède plus, et que ceux qui possèdent moins y gagnent, alors ils peuvent même aider ceux qui possèdent plus.Mais, il faut ajouter à cela : des mesures redistributives pour une égalité équitable des chances et pour laisser à chacun sa liberté ( un revenu minimum pour éviter la servitude, financement des élections par l’Etat pour éviter les fonds privés et l’exclusion de certains). En somme, Rawls prétend qu’il y a, par delà les conflits d’intérêts et de classe, un accord sur « un idéal socialiste démocrate dans un cadre libéral »)

Fiche de révision: l’histoire

L’histoire 

L’intérêt pour le passé : on pourrait en effet naïvement penser que le passé est sans intérêt, car n’est plus, seul l’actuel devrait susciter notre intérêt. Pourtant, le passé nous intéresse et cela parce que selon Nietzsche, dans la seconde considération inactuelle,

1.          parce que l’homme conserve et vénère: nous avons besoin de connaître notre passé parce que grâce à lui, nous avons le plaisir d’être « le fruit de… ». Avoir un passé, c’est avoir une identité aussi bien individuelle que collective ( « les vivants sont toujours gouvernés par les morts » selon A. Comte et « la vraie sociabilité consiste plus dans la continuité successive que dans la solidarité actuelle »). Avoir un passé, c’est s’inscrire dans une filiation, qui donne un sens à notre existence, qui apparaît moins contingente, c’est être un héritier avec un héritage à transmettre. On peut aussi penser à un devoir de mémoire, à une dette envers le passé. Il y a enfin la nostalgie, l’amour des vieilles pierres. Ceci va donner l’histoire traditionnaliste.

2.          parce que l’homme est actif et aspire: il va chercher dans le passé des leçons, des modèles, des encouragements. Ce sont les grands hommes et évènements qui tracent une « ligne de faîte de l’humanité ». Etudier le passé, c’est aussi prendre acte qu’il est passé, on peut comparer le travail historique au travail psychanalytique. On se remémore, pour cesser de commémorer. C’est donc libérer le présent pour une action neuve, et en même temps comprendre par ses causes, ce présent. Ceci va donner l’histoire monumentale.

Mais pour Nietzsche, « trop d’histoire tue l’homme », il peut y avoir excès:

1.          l’histoire traditionnaliste peut tourner à « la manie de l’antiquaille ». On n’aime que le vieux, on est incapable de voir le neuf. On s’avance alors dans le présent à la manière d’un « chien limier » cherchant des traces du passé et incapable de saisir la particularité du présent. On n’agit plus, on réagit ( on répète, on se venge) . Le passé peut même être préféré au présent (passéisme) ou devenir un poids, un passé trop encombrant qui finit par étouffer, qu’on ne peut pas digérer.

2.          l’histoire monumentale peut devenir un passé mythique qui paralyse, qui humilie, le présent que nous avons sous les yeux ne peut qu’être perdant face à un passé, issu de notre mémoire affective, sélective. L’âge d’or est toujours derrière et l’histoire obéit au principe d’entropie: tout se dégrade. « les morts ensevelissent les vivants »

C’est pourquoi pour Nietzsche, « l’élément historique et l’élément non-historique sont également nécessaires à la santé d’un individu, d’un peuple d’une nation », d’où:

1.          l’intérêt d’une histoire critique qui parvient à saisir ce qu’il y a d’intempestif dans le passé, qui a une vue supra-historique, pour pouvoir agir efficacement. Cette histoire doit être celle des « grandes luttes contre l’histoire », mettant en avant ces hommes qui ont été de « véritables natures historiques, qui ne se sont pas préoccupés de ce qui est pour s’occuper de ce qui doit être ».

2.          les vertus de l’oubli. Ici l’oubli, ce n’est pas l’amnésie involontaire, ni le refoulement, mais la capacité à faire le deuil, à ne retenir du passé que ce qui est utile pour l’action présente. La mémoire doit être celle de la volonté, celle qui s’engage dans le présent et reste fidèle à elle-même dans le futur. On doit vouloir ce qu’on a voulu.

NB: si on peut penser avec Vladimir Jankélévitch que « les morts dépendent entièrement de notre fidélité », on peut aussi noter avec Alain Finkielkraut qu’ « il n’est pas moins déloyal de s’approprier les morts que de les laisser tomber ». Il faut se méfier de « l’embrigadement des ombres, de leur convocation intempestive ». Le passé a besoin de nous pour continuer d’être, et le présent peut être éclairé par le passé, mais il faut aussi prendre la mesure de ce qui sépare le présent et le passé. Dans Une voix vient de l’autre rive, Finkielkraut donne des exemples de cette convocation abusive et infidèle du passé.

CECI DIT, le passé intéresse tout homme

- chacun s’intéresse à son passé et parfois aussi au passé de l’humanité

- le philosophe fait de la philosophie de l’histoire en s’efforçant de dégager un SENS de l’histoire sous le CHAOS de l’histoire évènementielle , un chaos désespérant dont on ne peut se satisfaire. Les grands philosophes de l’histoire sont Kant, Hegel et Marx : ils vont tous dans l’histoire la lente réalisation de l’humanité ( selon un plan de la nature pour Kant et un plan de la Raison pour Hegel qui  réduisent cette histoire à celle de la vie politique, de l’Etat mettant peu à peu en place les conditions d’une vie pleinement humaine à travers la démocratie au plan national et international). Marx y ajoute une dimension socio-économique, faisant de la lutte des classes, le moteur de l’histoire, loin d’être achevée, le capitalisme étant le dernier visage de la préhistoire de l’humanité.

- l’historien étudie le passé humain pour en faire un récit vrai.

C’est au XIXème siècle positiviste que l’histoire « science des documents » revendique ce statut car elle considère qu’elle s’efforce de faire le même travail rigoureux et explicatif ( elle cherche des causes aux évènements et ne cherche plus simplement à établir les faits ( chronologie) ou faire un simple récit du passé ). On est passé de l’histoire originale des mémorialistes à l’histoire réfléchie.

Malheureusement le statut scientifique de l’histoire comme toute science humaine pose problème pour deux raisons : le sujet connaissant ( l’historien)  et l’objet d’étude ( le cours de l’histoire):

Raymond Aron(1905.1983)  « l’homme est à la fois sujet et objet de la connaissance historique »

Cette phrase signifie :

  1. que l’homme est l’objet de la connaissance historique: l’homme a une histoire, un devenir dans le temps. L’homme n’a pas simplement comme tout ce qui est et devient, une temporalité (fait d’être dans le temps, soumis au temps et son érosion) , il a une historicité. Il a une histoire, c’est-à-dire qu’il devient dans le temps mais en ayant conscience d’être dans le temps, en étant cause entière ou partielle des changements qui forment son devenir ( ce qui n’est pas le cas des objets et même de la Nature, dont le devenir est le résultat nécessaire de lois) et aussi sans doute en ayant une certaine représentation du temps comme linéaire, tri-dimentionnel- avec un passé, un présent et un futur-, ce qui présuppose d’avoir rompu avec une conception cyclique du temps, qui est celle des sociétés « primitives » ou traditionnelles, « sans histoire » dans le sens où le présent n’est que l’éternelle répétition d’un passé immémorial.

En ce sens le travail de l’histoire travail de mémoire travail psychanalytique : se remémorer le passé, c’est cesser de le commémorer ( troubles névrotiques : « symptômes commémoratifs » selon Freud) = se libérer du passé et avoir un présent et un avenir.

  1. que l’homme est le sujet de la connaissance historique: il fait aussi de l’histoire, de l’historiographie en tant qu’historien qui étudie le cours du devenir de l’humanité avec la volonté

- de ne plus se contenter d’histoires ( divines : les premiers historiens HERODOTE et THUCYDIDE veulent écrire le récit des faits tels qu’ils se sont passés et l’expliquer par des causes humaines, des différences humaines et plus des interventions divines et des différents divins. Le début de l’histoire, c’est le retrait des Dieux aussi pour les historiens que pour les hommes (ils prennent en main leur histoire quand ils renoncent au fatalisme, aux conceptions théologiques qui, bien que leur promettant un millénarisme, en font des pions de(s) Dieu(x).

- de pas raconter d’histoire

  1. 3.       qu’il y  a un lien entre les 2:

-  si l’homme a une histoire, c’est aussi sans doute parce qu’il fait de l’histoire, c’est-à-dire étudie son passé, pour en faire un récit véridique. « La conscience du passé est constitutive de l’existence historique » disait en ce sens Aron. Sans faire de l’histoire, l’homme serait prisonnier du présent, prisonnier d’un comportement instinctif, incapable de réagir, d’évoluer, d’anticiper. « L’histoire est pour l’espèce humaine, ce que la raison est pour l’individu » selon Schopenhauer.

- si l’homme est à la fois sujet (historien) et objet (objet d’étude) de la connaissance historique, cela pose la question de l’objectivité de l’histoire! Comment avoir la distance critique nécessaire à un examen objectif, si c’est moi-même que j’étudie, si l’objet d’étude est l’humain avec sa liberté, déjouant nécessité et prévisions?

Conséquence: l’histoire est forcément subjective car il s’agit d’un homme étudiant le devenir des hommes et cela, depuis son présent,  à travers des vestiges du passé qui peuvent être  des témoignages, donc subjectifs (chacun n’ayant pas vécu le même événement de la même manière)

-   même si l’historien les compare, recoupe, ( critique interne et externe des documents) , se méfie de la mémoire des hommes sélective, affective, vivante ( travail de l’historien ≠ travail de mémoire) il va en retenir certains plutôt que d’autres selon SON interprétation , SON hypothèse. « Tout histoire est choix » Lucien Febvre

même si sa subjectivité est utile, car elle lui permet un « effort d’incorporation » nécessaire pour se mettre à la place de ceux qu’il étudie. En histoire, on n’attend pas seulement qu’on explique les faits, on attend des clefs pour les comprendre. Si les sciences de la nature sont EXPLICATIVES (recherche des causes par analyse), les sciences humaines sont COMPREHENSIVES (recherche d’un sens par analyse et synthèse).

- même si il y a en histoire un effort d’objectivité et une intersubjectivité au sens de Popper (un effort pour se placer d’un point de vue qui pourrait être celui de tout un chacun) et au sens de point de rencontre de points de vue différents.

- même si l’historien était objectif, expliquer les faits humains ce n’est pas la même chose qu’expliquer les faits naturels ! Et c’est ce qui empêche d’accorder à l’histoire (comme à toute science humaine !) le statut de science « dure »  au regard de son OBJET D’ETUDE : le devenir humain

SCHOPENHAUER:Seule l’histoire ne peut vraiment pas prendre rang au milieu des autres sciences, car elle ne peut pas se prévaloir du même avantage que les autres : ce qui lui manque en effet, c’est le caractère fondamental de la science, la subordination des faits connus dont elle ne peut nous offrir que la simple coordination. […] Les sciences, systèmes de concepts, ne parlent jamais que des genres : l’histoire ne traite que des individus. Elle serait donc une science des individus, ce qui implique contradiction. Il s’ensuit encore que les sciences parlent toutes de ce qui est toujours, tandis que l’histoire rapporte ce qui a été une seule fois et n’existe plus jamais ensuite. De plus, si l’histoire s’occupe exclusivement du particulier et de l’individuel, qui, de sa nature, est inépuisable, elle ne parviendra qu’à une demi-connaissance toujours imparfaite. Elle doit encore se résigner à ce que chaque jour nouveau, dans sa vulgaire monotonie, lui apprenne ce qu’elle ignorait entièrement.”

  1. car là où l’explication scientifique  sub-ordonne  ( la nature étant uniforme, on peut expliquer le particulier par, sous ( sub) le général) ET l’histoire  co-ordonne :  chaque évènement étant différent ( changement de contexte, d’échelle, des acteurs différents et libres, capables de tirer des enseignement du passé ou du moins avertis ) , il faut trouver des causes particulières. C’est ce qu’on appelle la PRIMULTIMITE du fait historique: il arrive une seule et unique fois. Même s’il y a certaines ressemblances entre  les faits ( les guerres reviennent, des analogies, des bégaiements; selon Hegel, les évènements se produisent toujours 2 fois: une fois comme tragédie et une autre comme farce ), des apparentes constantes et peut-être même la même nature humaine ( Machiavel « Tous les peuples ont toujours été et sont encore animés des mêmes passions »), chaque évènement est différent. Valéry dans  Variété écrit en ce sens que « l’histoire est la science des choses qui ne se répètent pas ».  Un évènement historique est donc semblable à un individu, c’est une totalité indivisible et unique, d’où :   l’histoire est “une science des individus”, donc ce n’est pas une science.

= pas de leçon de l’histoire puisque pas de lois.

  1. Cela empêche aussi toute vérification expérimentale et comme l’histoire étudie ce qui n’est plus: le fait historique n’est pas donné mais reconstruit, alors qu’en science, les faits sont donnés
  2. La science explique le présent par le passé (non seulement la cause explique l’effet, mais les mêmes causes ont les mêmes effets), en histoire  c’est le présent et le futur qui expliquent  rétrospectivement le passé; car c’est quand les buts se réalisent, que l’on peut saisir les réelles intentions des hommes.

Mais on peut aussi souligner que les sciences « dures » ne sont pas peut-être pas le modèle de la connaissance que l’on pense (cf. cours sur la science)

Pour compléter, cliquez et  écoutez l’analyse du sujet : l’histoire n’est-elle qu’un récit?

Fiche de révision: la technique

  La réflexion sur la technique a pour objet principal de combattre  deux « erreurs » sur le développement de la technique et d’analyser leurs conséquences

  • 1ère erreur: on pourrait penser que la machine est un perfectionnement de l’outil dans la logique continue du progrès technique. Mais ce qui caractérise l’outil, c’est qu’il est le prolongement de la main, son serviteur. C’est elle qui détermine le mouvement, le rythme du travail. C’est pourquoi selon Hannah ARENDT, “on ne s’est jamais demandé si l’homme était adapté à ses outils” autant se demander s’il était adapté à ses mains. Mais la machine est, elle, un outil autonome par son indépendance énergétique, puis opératoire, puis régulatrice et enfin organisatrice. Du coup, la machine n’est plus un outil et il y a rupture plutôt que continuité et cela a des conséquences négatives ( et non positives comme attendu du progrès technique: développement : mouvement en avant progrès : avancée vers un mieux):

  1.  l’homme en tant qu’utilisateur doit s’adapter à la machine.
  2. il peut  y avoir une perversion des fins et des moyens dans le sens où la machine peut en partie décider des fins, alors que l’outil était au service des fins pensées par l’homme, réduit à un moyen. En donnant de nouveaux moyens, la technique offre aussi de nouvelles fins et sous certaines conditions, les impose: Loi de Gabor « tout ce qui est techniquement possible sera réalisé »
  3. cela accroît la rupture entre le savoir technique et l’utilisation de la technique. L’ouvrier se trouve face à une machine dont il ignore le fonctionnement. C’est la théorie de SIMONDON et de SIMMEL avec la tragédie de la culture.
  4. il y a aliénation du travail avec le machinisme: dépossession du savoir-faire, de la production individuelle, de la production collective ( exploitation) = fin du cogito pratique de Hegel, l’homme ne peut plus s’affirmer comme celui qui nie la nature, transforme le donné naturel.
  5. cela change notre rapport au temps libre dévoué au délassement, au divertissement et au développement de soi ( qui permettrait de récupérer là ce qui est perdu au travail, quand il est aliéné)
  6. Les rapports sociaux sont intimement liés aux forces productives. En acquérant de nouvelles forces productives, les hommes changent leur mode de production, et en changeant le mode de production, la manière de gagner leur vie, ils changent tous leurs rapports sociaux. Le moulin il bras vous donnera la société avec le suzerain; le moulin il vapeur, la société avec le capitaliste industriel. Les mêmes hommes qui établissent les rapports sociaux conformément à leur productivité matérielle produisent aussi les principes, les idées, les catégories, conformément il leurs rapports sociaux. » Marx, Misère de la philosophie
  7. cela peut aussi changer l’ordre des choses dans notre représentation, d’où une “barbarie technologique” ( la tyrannie de l’inférieur la tyrannie du supérieur = angélisme) quand les valeurs techniques l’emportent, pourrait-on dire. Analyse de Comte-Sponville dans Le capitalisme est-il moral?, où il reprend l’idée de Pascal d’une distinction des ordres, même si Pascal en distingue 3 ( la chair, la raison, le Cœur) et lui 4 ( ordre matériel, ordre politique, ordre moral, ordre éthique)
  • 2ème erreur : on pourrait aussi penser que la technique moderne n’est qu’un perfectionnement de la technique traditionnelle, mais là aussi, il y a rupture et nouveautés:
  1. on est passé , selon Heidegger , d’un certain mode de dévoilement de la nature ( elle est la cause première que nous accompagnons comme cause efficiente, en l’entourant de soi; distance respectueuse) à l’arraisonnement et à la provocation ( nous sommes la cause première, elle est simple cause efficiente)
  2. on a acquis de nouveaux pouvoirs: détruire,( bombe atomique) partir ( conquête spatiale = Hannah Arendt), se substituer, modifier à la racine ( génétique) alors que l’homme s’était jusqtue là penser comme habitant de la nature, de la Terre ( mère) et comme dépendant de celle-ci. Ces nouveaux pouvoirs ont des effets qui dépassent nos capacités de prévision : l’homo faber a pris le pas sur l’homo sapiens et a les moyens de provoquer une catastrophe globale, que l’on pressent d’où une certaine technophobie
  3. si on ajoute à cela le triomphe de la science et de la raison calculatrice (comme le souligne Max Weber, l’esprit du capitalisme ( ascétique au départ)  s’est échappé de sa cage et qu’il ne reste plus qu’une cage d’acier sans cause ni limite transcendante. « le souci des biens extérieurs ne devait peser sur les épaules de ses saints qu’à la façon d’un léger manteau qu’à chaque instant on peut rejeter, mais la fatalité a transformé ce manteau en une cage d’acier » quand il y a « mécanisation bureaucratique », rationalisation, calculabilité et que cette rationalité ( et son efficacité) vaut pour elle-même, quand le capitalisme allié à la technique sont parvenus à « imposer une approche méthodique de l’homme tout entier ») et un vide éthique (l’Aufklärung a détruit la foi, le sacré, idée de transcendance ( homme-Dieu), relativiser la morale : la question de « savoir si sans le rétablissement de la catégorie du sacré qui a été détruite de fond en comble par l’Aufklärung scientifique nous pouvons avoir une éthique capable d’entraver les pouvoirs extrêmes que nous possédons aujourd’hui et que nous presque forcés d’acquérir et de mettre constamment en œuvre. ») : Dès, il y a danger, car le pouvoir technique est sans garde fou, les normes et valeurs étant les siennes, pour la nature et l’homme, d’où la nécessité de l’éthique (et en particulier l’éthique environnementale: l’écologie.) quand la nature n’est plus l’objet d’un respect immédiat ( comme œuvre divine, comme cause première, objet de contemplation – si le rapport a elle est purement technique- comme objet de crainte – face à sa toute-puissance).

ATTENTION !!

Préserver n’est pas respecter d’où la différence entre éthique inclusive qui rappelle à l’homme qu’il est inclus dans la nature qui est son environnement et a donc une valeur pour lui et une éthique extensive où les êtres vivants ont une valeur en eux-mêmes qui implique un respect au sens kantien du terme. En tant qu’être sensible, il pose des valeurs ( le bon et le mauvais pour eux) en tant qu’être finalisé, ils poursuivent des fins, ne serait-ce que celle de se maintenir en vie, en tant qu’être ayant une vie psychologique, ils sont les sujets-d’une-vie. Tout cela en fait des sujets, des sujets de droits face auxquels nous avons des devoirs.

Fiche de révision (et vidéos): théorie et expérience

  

Théorie et expérience ( la science)

1. l’empirisme

On pense ici que l’observation, l’expérience sont les seules sources de la connaissance. Il suffit de bien observer , d’accroître l’efficacité du regard pour que la nature dévoile ses lois. On s’oppose à l’innéisme et au rationalisme, et on part du principe de Locke (1632-1704) selon lequel on départ l’esprit est « une table rase » que les objets de l’expérience viennent marquer. Les conditions de cette information de l’esprit sont : une totale objectivité ( comme le dira Popper « la connaissance objective est une connaissance sans connaisseur, sans sujet connaissant ), les  conditions de l’induction (un grand nombre d’observation, dans des circonstances variées et aucune observation contradictoire).

2. Ses limites

on peut démontrer aisèment que si « toute notre connaissance débute par l expérience, cela ne prouve pas qu »elle dérive toute de l expérience » ,selon Kant, car si sans intuitions sensibles ( expérience) les concepts sont vides et creux ( simple idée ou postulats) , sans concepts, les intuitions sont aveugles et ne disent rien ; et que, donc, l’empirisme est insuffisant, stérile et impossible 

On peut montrer :

  • l’insuffisance des critères de l’induction ( ex. de la dinde de Russell)
  • l’impossibilité de passer par induction du particulier au général, à l’universel sans le postulat du déterminisme de la nature, remis en question par le principe d’incertitude d’Heisenberg ou la physique quantique: la science présuppose que tout phénomène est l’effet d’une cause, mais comment passer de l’observation de la contiguïté régulière de deux faits ( c’est-à-dire au fait qu’ils se succèdent dans le temps et se « touchent ») à l’affirmation d’une connexion universelle? C’est la question que pose HUME et qu’il résout (?) en disant que c’est parce que nous fonctionnons à l’habituide ( aussi on s’attend à ce que le futur ressemble au passé comme jusqu’à présent), que Kant résout en disant que c’est ainsi que nous lions les phénomènes ( la loi est pour nous dans notre représentation, mais peut-être pas une caractéristique de la réalité- nouménale- en soi, en tout cas on ne peut l’affirmer).  Il y a donc une cause, mais ce n’est pas nécessairement La cause et cela ne permet pas d’affirmer que nous connaissons la cause de la cause à savoir une loi de la nature

  • l’impossibilité d’une observation scientifique sans arrière fond théorique (1,2) et objective (3) car :

1. les instruments utilisés pour observer ( microscopes, télescopes, instrument de mesure…) sont déjà en eux-mêmes « des théories matérialisées », comme le note Bachelard.  

2. Il n’y a de fait scientifique que s’ il y a déjà théorie, question, hypothèse.

- En effet, comme le dira Claude Bernard « une simple constatation des faits ne pourra jamais constituer une science ». L’observation est toujours particulière et passive. « les sens ne donnent jamais que des exemples, c »est-à-dire des vérités particulières et individuelles » , selon Leibniz. Il y a « fait scientifique » que s’il y a « observation polémique » selon Bachelard Ex : la gravitation ou loi de l’attraction de 1687 de Newton , comme réponse à l’observation polémique du mouvement circulaire de la terre en contradiction avec la récente découverte du principe de l’inertie, venant mettre un terme à des siècles de physique aristotélicienne selon laquelle l’essence du mouvement est de s’arrêter, conformément à l’observation. Comme le dit R. Thom « toute expérience est réponse à une question et si la question est stupide , il y a peu de chances que la réponse le soit moins ». Du coup, il y a une place pour l’imagination en science. En général, on considère l’imagination comme « maîtresse d’erreur et de fausseté »  comme le dit Pascal, comme capable de faire douter la raison ( ex. de la planche entre les 2 tours de Notre-Dame de Paris , de Montaigne). Mais l’imagination permet d’organiser le divers sensible, de proposer une première synthèse, par ex. , je vois une partie et j’imagine le reste. Elle permet ,comme les mots, de donner au travers d’image , une « idée corporelle » des choses pensées. L’imagination , en déformant les images premières par une explosion d’image est , selon Bachelard , « la science de l »hypothèse ». Comme le dit Einstein , « les concepts physiques sont des créations libres de l’esprit » et le scientifique se doit d’être « ingénieux » pour découvrir uniquement au mouvement des aiguilles et au tic tac, le fonctionnement du boitier fermé qu’est l’univers. (Texte photocopié) DONC en science ce qui semble prévaloir ce n’est pas l’observation , certes importante, mais la théorie qui vient décider, orienter et guider l’observation. Les faits ne parlent pas d’eux-mêmes, ne sont pas donnés, « les faits sont faits » , comme disait Poincaré. Reconnaître  cela, c’est reconnaître ce que Kant a appelé dans la critique de la raison pure  «  la révolution copernicienne de la science ». De la même manière que Copernic a montré que  le soleil, et non la terre, est le centre du système ; le centre de la connaissance est le sujet connaissant. C’est lui qui par sa raison  produit des « expériences abstraites » inobservables ( ex. le plan incliné de Galilée pour un mouvement rectiligne et uniforme) qui « prolonge » et éclaire le réel. C’est lui qui «  prend les devants » et « force la nature » à repondre à ses questions. Le scientifique est un activiste, « un  essayeur » ; Il n’observe pas passivement  la nature, « tenu en laisse ». 

- le grand présupposé de la science moderne ( qu l’on associe à Galilée) est que « le grand livre de la nature est écrit en langage mathématique » ( ce qui revient à dire si on associe l’ordre du monde à une volonté divine que « Dieu ne joue pas aux dés », comme le dira Einstein , soutenant l’existence d’un Dieu cosmique, un peu semblable à celui de Spinoza ( et donc différent du Dieu de nos religions et s’opposant à l’indéterminisme de la physique quantique.

  • les limites de l’objectivité scientifique : la science n’est pas « un empire dans un empire », séparé   d’un monde matérialiste,divisé et dominé par des idéologies. Elle est en prise directe avec la société pour laquelle elle représente un investissement et en laquelle elle voit un marché financier et un public à satisfaire. Deux exemples montrent bien cela :

ex.n°1 : opposition entre Darwin (1809-1882) et Lyssenko (1898-1976)

ex.n°2 : l’affaire de la découverte de Piltdown de 1911 à 1953 où on voit des facteurs extra-scientifiques ( préjugés culturels racistes, vénération de l’objet scientifique, compétitivité …) aveugler les scientifiques.

Comme le dira Popper , « la pureté de la science pure est un idéal probablement impossible à atteindre », et de plus l’objectivité ne vient pas de celle du scientifique qui ne peut être d’aucun temps, d’aucun lieu ; mais de l’ouverture de la science à la critique par tradition, par compétition, par institution.  

II. Science et vérité

 On a tendance à associer science et vérité mais 

1.la limite de la vérification expérimentale ex.n°1: la querelle entre Pasteur et Pouchet en 1864 doute de Pasteur mais enjeux économiques et idéologiques.ex.n°2 : les expériences venant «  invalider » la théorie de Copernic : la tour, la roue,la taille des étoiles, de Vénus et de Mars.« L’échec de la prédiction peut venir de n’importe quelle partie de la situation complexe soumise aux tests autre que la théorie elle-même » Chalmers 

2.les limites de la conception de la vérité:

- la conception probabiliste(1) dans la lignée de la conception traditionnelle (2) de la vérité comme« vérité correspondance », absolue et universelle car les probabilistes ne mettent pas en doute que ce qui est observé est LA réalité et vise le 100%.

- la conception falsificationniste (K.Popper). Il prétend rompre avec (1) et (2). Pour (1) , il affirme que la probabilité qu’une théorie scientifique (loi universelle) soit vraie est nulle car n cas favorables sur une infinité de cas possibles égaux est égale à 0.Pour (2) , il affirme qu’ « un système de conjectures et d’ anticipations n’est ni vrai ni plus ou moins certain ni même probable ». pour lui, les hypothèses ou conjectures ne sont que des « essais » qui tant qu’ils résistent à l’épreuve des tests sont des « essais réussis » , des « corroborées ». Et ici , le degré de corroboration n’est pas un critère de vérité, une conjecture reste une conjecture. Ce degré de corroboration est simplement « la mesure de rationalité qu’il y a à accepter à titre d’essai , une conjecture problématique en sachant que c’est une conjecture mais qui a été l’objet d’un examen minutieux ». Et cette falsifiabilité est en tout cas ce qui distingue une théorie scientifique d’une théorie non scientifique, comme la psychanalyse selon Popper.

 

- une conception pragmatique ( W. James 1842-1910 ) en rupture aussi.« Science d’où prévoyance ; prévoyance d’où action » disait Comte.« Le vrai consiste uniquement dans ce qui est avantageux pour la pensée » et l’action, selon W.James

« Il n’y a pas d’autorité supérieure à l’assentiment du groupe concerné ; pas de critère universel, hormis celui-ci : celui de résoudre des problèmes » selon Kuhn.

Kuhn est le philosophe que pense que la science ne progresse pas de manière continue mais par changement brusque de paradigme et donc progrès discontinu

Fiche de révision : le langage

 

Introduction : les limites du schéma de Jakobson sur le langage et ses fonctions

 La communication est la transmission via un canal (un code commun, une langue) d’un message par un émetteur (le locuteur) à un récepteur (l’auditeur) et consiste en une opération de codage/décodage dont l’objet est le contenu du message. Cette représentation de la communication peut engendrer différentes erreurs d’interprétation :

- croire que l’émetteur et le récepteur préexistent à toute communication or je ne suis sujet communicant que par et dans la communication et même sujet que par l’usage du mot « je »

- faire de la communication un système de codage/décodage , c’est croire que communiquer et en particulier parler, c’est mettre en mots un contenu antérieur à ces mots, une sorte de texte infra-linguistique , une pensée sans mots

OR comme le dit Hegel : « Nous n’avons conscience de nos pensées, nous n’avons de pensées déterminées et réelles que lorsque nous leur donnons une forme objective, que nous les différencions de notre intériorité, que nous les marquons de la forme externe.(…)C’est le son articulé , le mot, qui seul nous offre une existence où l’externe et l’interne sont  si intimement unis.

Par conséquent, vouloir penser sans les mots est une tentative insensée. (…) Il est également absurde de considérer comme un désavantage  et comme un défaut de la pensée cette nécessité qui lie celle-ci au mot. On croit ordinairement, il est vrai, que ce qu’il y a de plus haut, c’est l’ineffable… Mais c’est là une opinion superficielle et sans fondement ; car en réalité l’ineffable, c’est la pensée obscure, la pensée à l’état de fermentation, et qui ne devient claire que lorsqu’elle trouve le mot. Ainsi, le mot donne à la pensée son existence la plus haute et la plus vraie. Sans doute, on peut se perdre dans le flux des mots sans saisir la chose . Mais la faute en est à la pensée imparfaite, indéterminée et vide, elle n’en est pas au mot. Par conséquent, l’intelligence en se remplissant des mots, se remplit aussi de la nature des choses ».     

  • - Penser que le centre et l’objet de la communication est le message. Or ce n’est pas forcément le cas, la fonction référentielle qui cherche à indiquer quelque chose dans la réalité n’est qu’une des 6 fonctions du langage selon Jakobson. Il y a aussi par exemple la fonction phatique dont le but est uniquement de maintenir un contact acoustique avec l’auditeur quelque soit ce qui est dit, ou les fonctions expressive ou impressive où le centre de la communication n’est pas le message en lui-même mais notre position par rapport à lui ou susciter chez le récepteur une certaine impression, un état d’esprit ( on va jouer par exemple plus sur l’intonation que le contenu)

 

 

•I.                    PAROLE HUMAINE ET COMMUNICATION ANIMALE

 Si communiquer c’est échanger des messages il est incontestable que les animaux communiquent. Comme le disait Montaigne, « il y a entre les bêtes une pleine et entière communication » non seulement entre celles de même espèces mais entre celles d’espèces différentes. Mais comme le souligne Descartes parler, c’est autre chose, c’est « arranger ensemble diverses paroles », « composer un discours qui fasse entendre sa pensée ». Or les bêtes ne pensent pas, alors elles ne parlent pas. Et  parler est un acte de communication qui se différencie radicalement de tout autre type de communication, pour différentes raisons :

  •  Le langage des Abeilles et les analyses de Benveniste.

Malgré l’efficacité et la sophistication de cette danse ( indiquant la position spatiale au degré près des fleurs à butiner) , on ne peut pas dire que les abeilles parlent car :

-pas d’usage de sons articulés

-pas de dialogue , ni de capacité de transmettre un message reçu

-pas de composition, code stéréotypé d’où limite, ce qui sort de la situation stéréotypée n’est pas exprimable (ex. idée de verticalité)

-mais surtout des SIGNAUX mais pas des SIGNES. C’est cette différence fondamentale qui fait que l’on peut réserver la parole à l’homme.

 

  Le langage des abeilles est un langage de signaux, c’est-à-dire qu’il consiste à envoyer et à recevoir des signaux, qui sont des signes avertisseurs. La danse est comprise comme un signal, c’est-à-dire une association de 2 faits physiques : la vision de la danse et l’action de partir butiner. Ce qui explique l’absence de dialogue. La danse est l’équivalent d’un feu rouge (rouge/Stop/ appuyer sur le frein). Et pour comprendre un feu rouge, il suffit d’avoir des yeux (fonction sensori-motrice) et une mémoire pour associer vision et action.

Comprendre un mot , c’est tout autre chose : un mot est un signe linguistique qui est , selon Ferdinand de Saussurre, composé d’un signifiant ( image acoustique d’un son) et d’un signifié ( concept défini à la  fois positivement comme dans une définition et négativement par rapport aux autres concepts. Par ex. une table , c’est un plan horizontal avec pieds permettant de poser qlque chose ; voilà la définition par abstraction ; mais c’est aussi pas un tabouret, ni un plan de travail, ni……., définition par la différence au sein de la langue ) . Le rapport entre le signifiant et le signifié est arbitraire ou plutôt immotivé, tout comme le rapport entre le signe et le référent, objet dans la réalité.  En ce sens, un signe n’est pas un symbole. Un table ne s’appelle pas ainsi parce que le son ressemble à la table, c’est une convention comme le disait déjà Hermogène à Cratyle dans Le Cratyle de Platon. C’est aussi le cas des onomatopées ( par ex. cocorico n’est pas une symbole, la preuve :les coqs chantent tous pareils, mais ils ne poussent pas le même cri dans toutes les langues).

Du coup, pour comprendre un signe, il faut certes le lire ou l’entendre, mais surtout une « faculté de représentation ». Il faut être capable d’associer à un fait physique (son, lettres écrites) un sens, qui présuppose pas simplement une mémoire ,ni même une imagination (son/image de…)  mais une capacité conceptuelle à maîtriser des catégories, à se représenter une chose en dehors de sa présence et de toute caractéristique particulière. Il faut associer un son à un concept , dc avoir la capacité d’abstraction , de généralisation, de penser. OR comme le dit Benvéniste , il semble que seule l’humanité ait franchi le seuil de la représentation. Et c’est cette capacité symbolique qui fait que seul l’homme parle, mais aussi est technicien ( manipule des outils et tire de la nature des outils) et échange ( la monnaie présuppose cette capacité symbolique) .

Et, c’est cette différence qui nous distingue encore des animaux même quand ils semblent comprendre notre parole, comme les singes. Ils voient des signaux , là où nous émettons des signes, sauf  le bonobo KANZI mais parle-t-il pour autant ?

 Descartes n’a donc pas été totalement démenti. L’animal ne communique que des passions, des affections pas des pensée, donc il ne parle pas même si il comprend les mots comme des signes.

- Et, à Descartes, un linguiste américain ,Chomsky ajoute un autre argument qui semble retirer la parole aux singes définitivement ,qui est le suivant : parler est une « performance » qui exige au départ une compétence . Cette compétence est une organe mental innée , qui est « la grammaire universelle », qui est à la base de toutes les grammaires de toutes les langues. Cette grammaire est « l’essence du langage humain ». Elle consiste à connaître  les universaux linguistiques  avant même de parler (substantifs, adjectifs,…) ainsi que des règles de grammaires élémentaires permettant de former des phrases grammaticalement correctes sans avoir appris ces règles. En somme avant même de faire l’apprentissage de la parole, les structures sont là, potentiellement ne demandant qu’à être développées. Or l’animal ne les possèdent pas virtuellement au départ, d’où la différence radicale et les limites de son apprentissage. Cependant, la thèse de Chomsky pose le problème de l’immersion de l’enfant dès le départ dans la parole ; avant de parler, on lui parle alors comment savoir ce qui est innée et ce qui est acquis ? Et donc vérifier la thèse de Chomsky ?

 

•II.                  Les mots, le monde et la pensée

 

- La langue, le monde et notre rapport au monde

 Pour les hommes si le monde possède une existence, c’est parce que leur langue donne un nom à ce que leur sens peuvent percevoir. S’il importe peu aux choses d’avoir un nom ou pas, pour l’espèce humaine, c’est très important.

Nommer n’est pas reproduire, mais classer. Donner un nom  aux choses, ce n’est pas leur donner une étiquette qui serait une photographie de celles-ci. Les langues ne sont pas des inventaires. Les mots «  sont des sources de concepts » et permettent d’organiser le monde en catégories conceptuelles, dc de le penser. « les noms filtrent le réel, le rendent pensable et dicible ». Et ces catégories ne sont pas propres à la nature des choses, mais aux langues. La langue ordonne le monde, selon « une double structuration » :

  • 1. selon les universaux, des catégories que l’on pose par abstraction
  • 2. selon une grille interprétative propre à chaque langue et faite de différences au sein de la langue.

 

La conséquence de ceci , c’est que les langues influencent notre conception du monde. C’est l’hypothèse de « Sapir- Whorf », deux linguistes du début du XX. Comme le dit Sapir « « le monde réel » est dans une large mesure construit à partir de l »habitus linguistique des différents groupes culturels ». Les individus sont condamnés à penser le réel à travers le découpage du réel propre à leur langue et manier une langue, c’est mettre en œuvre différents mécanismes mentaux.

Ex.1 : les langues européennes font la différence entre adjectif et substantif, qui est la même qu’entre accident ou attribut et substance, entre  réalité permanente, idéale et diversité variable , sensible . La table reste permanente, mais elle peut être une table carrée, ronde, bleu, verte. En chinois, cette différence entre adjectif et substantif n’existe pas, on compose différents termes au même statut. Ex : un cheval blanc est l’association de cheval et blancheur. D’où la difficulté pour un chinois de penser  Dieu comme « La substance qui enveloppe tous les accidents », ou l’être.

Ex .2 : Ceci dit la logique des langues n’est pas pour  autant pure. Et il y a même une autonomie des langues par rapport à la logique. Par ex. en logique , une tautologie n’apporte rien de plus au point de vue de l’information, mais des proverbes comme il faut ce qu’il faut, ou ce qui est dit est dit, ou les affaires sont les affaires veulent dans un contexte particulier dire quelque chose de plus, un effet de renforcement. En pure logique, « pas très » veut dire « pas du tout », dans une phrase non comme dans « il n’est pas très malin ». En pure logique, deux termes opposés veulent dire le contraire, dans une phrase pas forcément, comme « c »est un accident dont on imagine la gravité » et « c »est un accident dont on ne peut imaginer la gravité », dans les 2 cas, c’est grave.  D’où la méfiance face aux langues si peu logiques, qui ne sont pas un savoit mais une pratique, qui ne vise pas le vrai mais l’échange. Et l’idée d’une langue universelle parfaite logique correspondant à un ordre naturel et permettant de dire le vrai.

 

L’ordre des mots ne correspond pas à l’ordre du monde , ni à un ordre naturel de voir le monde comme par exemple :

  • - la phrase avec S (sujet)-V (verbe)- O (complément d’objet). En langage sourd et muet, c’est SOV ou OVS comme dans la récitation gestuelle, on voit le lièvre (O), poursuivi et donc chasser (V) par le chien (S). OVS correspondrait à l’ordre de la vision, et à l’ordre du monde où les effets ne précèdent pas les causes

Mais c’est à travers cet ordre que nous nous approprions le monde et le pensons, et y échangeons.

 

- Les mots et la pensée

La conséquence de cela, c’est que « nous pensons un monde que notre langue a modelé » comme le dit Benvéniste d’où certaines limites (Cf : III .A. Bergson)  Et que ,par les mots, on peut influer sur la pensée. Les mots ont alors un pouvoir sur nous et ce qui les maîtrisent nous maîtrisent aussi en même temps qu’ ils nous donnent un pouvoir sur les choses. (Cf : Texte de Hegel en intro)

 

•III.               La communication et ses limites

 

Selon P. Watzlawick ,« le comportement possède une propriété on ne peut plus fondamentale (…) : le comportement n’a pas de contraire . (…) Il n’y a pas de non -comportement, ou pour dire les choses encore plus simplement on ne peut pas ne pas avoir de comportement ». Or comme tout comportement est un message , il est une manière de communiquer ,donc cela revient à dire qu’on ne peut pas ne pas communiquer. Que l’on parle, ou se taise, on communique, et dans le second cas au moins qu’on ne veut pas communiquer.

Ceci dit, cela ne veut pas dire pour autant que toutes nos communications soient réussies , que nous parvenons à dire ce que nous avons à dire et à être compris comme on voulait être compris. Mais d’où vient l’échec ?

 

Peut-on dire tout ce que nous voulons dire ?

 

On peut prendre cette question à 2 niveaux, celui de la possibilité de dire et celui du droit de dire. De plus , on peut entendre par dire , soit uniquement énoncer quelque chose au sens de « parler » soit l’énoncer et être compris . Car on peut comprendre l’expression « parler pour ne rien dire » comme le propre d’une parole vide ( qui ne désigne rien, qui ne fait référence à rien, sans contenu. Ce qui caractérise le verbalisme. ) mais aussi à une parole en l’air ,incomprise et donc inutile (« on gaspille sa salive »).

 

  • 1. D’où vient cette impossibilité de dire?

-si on prend dire au sens de signifier, énoncer cela peut venir soit de ce qui est à dire : pensée trop obscure , confuse que l’on n’est pas parvenue à clarifier, affiner  souvent plutôt faute d’analyse que  de mots adéquats car loin de caricaturer la pensée , les mots permettent de la rendre consciente et précise ( d’où illumination quand on trouve  enfin le mot juste pour cerner ce qu’on pensait vaguement ) et à l’inverse comme le disait Boileau dans son Art poétique , « ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisèment ». Ici, l’obscurité dans la forme cache une obscurité dans le fond ou même une volonté d’obscurantisme. Ou pensée trop personnelle. C’est l’hypothèse de Bergson . Pour lui, la langue, comme on l’a vu en II.A , correspond à un certain découpage du réel et à une certaine représentation de la réalité. Comme le langage est au départ utilitaire, vise à faciliter l’action commune, le rapport utilitaire au monde, la langue est composée de mots correspondant à des genres, à une classification simple et pratique du réel. Les mots ne retiennent que l’aspect général , banal, commun des choses par-delà leur particularité, leur originalité. La langue simplifie le monde en quelque sorte. Du coup, comme on pense  le monde à travers la langue , on le pense à travers « cet écran » , on se pense à travers ce filtre, ce qui nous empêche de percevoir et même de dire certaines choses. Par exemple, lorsqu’il s’agit de dire quelque chose de très personnel  comme une émotion, un sentiment , bien souvent les mots manquent ou ne peuvent traduire ce sentiment dans sa particularité. Et, même pire, les mots nous empêchent de saisir ces particularités; soit des moyens pour le dire , comme si , comme le disait Diderot, nous avions « plus d’idées que de mots ». En somme, l’impossibilité de dire vient d’un décalage entre la pensée et les mots, d’une inadéquation.

-si on prend dire au sens d’énoncer et être entendu/compris, il se peut que nous ayons l’impression d’avoir dit ce que nous voulions dire, mais l’autre ne comprend pas. Cette incompréhension peut venir des équivocités lexicales, syntaxiques ou de significations. En effet, les mots prêtent parfois à confusion car ils sont polysémiques. Par ex. voulant dire que Pierre déménage l’horloge au grenier, en disant « Pierre remonte l »horloge au grenier », mon interlocuteur peut comprendre qu’il la remet en ordre de marche dans le grenier. Marthe Robert donne avec le malheureux « mokusatzu » du premier ministre japonais à la vieille  du bombardement d’Hiroshima, un bel exemple d’incompréhension. Cela peut venir aussi des différences de niveaux de langues entre les interlocuteurs. Cette incompréhension peut venir aussi du fait que le sens d’une phrase n’est pas entièrement défini par sa composition, mais aussi par le contexte qui permet de deviner ce qui est dit ou raisonnablement. Donc pour qu’il y ait compréhension, il faut saisir l’explicite mais aussi l’implicite. D’où malentendu possible. Par ex. à table , dire « pouvez-vous me passer le sel ? » n’est pas une question de possibilité , admettant comme réponse oui ou non. Mais , c’est une demande atténuée qui attend  en réponse une action , celle de passer le sel. Idem pour « pouvez-vous me donner l’heure ? » ou « vous me marchez sur le pied ! ». Là, par delà, un code commun, on présuppose des règles de la conversation admises et partagées. Ceci dit, dans les 2 cas, on peut en travaillant le contexte et la structure de ses phrases éviter ces incompréhensions et dire ce qu’on a à dire. C’est ce que soutient Searle  avec « son principe d’exprimabilité absolue », selon lequel tout peut être dit y compris en inventant des mots, dans un langage à soi comme celui de certains poètes, ceci dit ce n’est pas pour cela que tout sera compris et donc aura réellement été dit . ( Par ex. je peux bien dire que « je déclare la guerre aux Etats-Unis », mais si je ne suis pas chef d’Etat ou d’état-major, c’est comme si je n’avais rien dit. Cela dépend donc de ma place dans la hiérarchie sociale, donc de facteur extra-linguistiques)

 

  • 2. Ceci dit , ai-je pour autant le droit de dire tout ce que je peux dire?

On peut prendre cette question du droit simplement au plan des règles de la vie en commun qui exige un minimum de politesse, et donc parfois d’hypocrisie . Mais on peut ici  aussi poser le problème au niveau du droit politique de la liberté d’expression du citoyen  ou du droit de mentir du politique au nom de l’intérêt commun ( ce que Platon tolère dans La République, accordant « aux gouverneurs des cités » le droit de « mentir aux ennemis et aux citoyens quand l’intérêt del’Etat l’exige » ; ce que Machaivel voit comme une ruse politique efficace, nécessaire vue la nature (mauvaise et menteuse) des hommes et légitime (« la fin justifie les moyens », or le rôle du politique est de se maintenir au pouvoir pour éviter le désordre qui met en péril la liberté, et cela par tous les moyens)   ou au plan du droit  moral avec le droit de mentir face au devoir de dire la vérité.

 

Sur ce dernier point , 2 positions s’opposent  : celle de Benjamin Constant selon laquelle on peut admettre un droit de mentir et celle de Kant posant un devoir universel et inconditionnel de dire la vérité, de véracité.

Pour B. Constant, le devoir de dire la vérité est un devoir moral certes, mais à adapter à la vie en société, car si tout le monde se disait toujours la vérité ,ce sera le carnage et surtout à penser dans une réciprocité, c’est-à-dire qu’un devoir chez moi correspond à un droit chez toi, et inversement. Dc , si tu ne remplis pas tes devoirs, tu perds tes droits et moi, mes devoirs envers toi. D’où je ne dois dire la vérité qu’à ceux qui ont droit à la vérité. Et n’a pas droit à la vérité celui qui veut l’utiliser contre autrui, par.ex un criminel, un nazi, etc…. et cela dans l’intérêt d’autrui : la victime, le juif. Et, pour appuyer cela, on peut dire que le devoir de dire la vérité n’est qu’un devoir moral parmi d’autres et que parfois il faut faire passer le devoir d’humanité ou de compassion avant. Tous les devoirs moraux se valent et être vérace ne suffit pas pour être moralement irréprochable. Comme le dit Comte-Sponville « un nazi de bonne foi reste un nazi ». 

Pour Kant, le devoir de dire la vérité n’est pas un devoir comme les autres, c’est « la première et fondamentale partie de la vertu » comme le disait Montaigne. Aussi pour Kant, il faut toujours dire la vérité même au criminel, à l’ennemi ou se taire. Et cela pour les raisons suivantes :

  • - en général quand on ment, on le fait par prudence. Par ex. on ment parce qu’on pense qu’on a plus de chance de sauver qu’en disant la vérité. Dc on sacrifie un devoir moral à une règle de prudence qui n’est pas sûre à 100%; le jeu en vaut-il la chandelle? c’est cette question que soulève Kant par des raisonnements un peu douteux sur mes chances de sauver un ami poursuivi par un criminel et réfugié chez moi.
  • - On ment peut-être dans un but bienveillant pour autrui, mais comme on n’est pas maître des conséquences de nos paroles , on peut s’exposer à des poursuites judiciaires ou en tout cas à la suspicion; alors que si on remplit son devoir moral, la morale étant au fondement du droit, on est juridiquement inattaquable et irréprochable. Et, c’est au nom de cette supériorité de la morale sur la politique que Kant refuse le mensonge du politique même dans l’intérêt commun. «la politique doit plier le genou devant la morale» écrit Kant.
  • - En mentant, c’est la parole de tous que l’on remet en question, donc la valeur de tout ce qui est fondé sur des contrats , présupposant la confiance en la véracité et sincérité des contractants. Cela remet en question le contrat social et dc la vie en société. C’est à partir du même raisonnement que Kant interdit aussi le mensonge à l’ennemi en tant de guerre, car il ruinerait tout accord de paix future. D’où l’idée d’inscrire l’interdiction de mentir dans un droit de guerre, dont Kant est le premier à avoir l’idée.

 Kant résume sa position ainsi « le mensonge discrédite la dignité de l’humanité en notre propre personne et corrompt la façon de penser à la racine car la tromperie rend tout douteux, suspect et fait perdre  confiance en la vertu elle-même ».

Complément : les singes et la parole

« Les animaux sont des êtres humains comme les
autres  » Stéphanie de Monaco
« si le singe ne dit rien, c’est qu’il n’a rien à dire
non qu’il se retient de parler  » Dominique Lestel

Faire parler les singes est un phantasme de l’homme depuis les Lumières, depuis une dissection opérée par Edward Tyson sur des ouran-outangs, révélant des analogies entre leur larynx et celui de l’homme. A l’époque, conflit entre la position de Descartes (les singes ne peuvent parler car dénués de pensée !) et celle de La Mettrie pour qui le singe peut acquérir le langage.

A partir du Xxème siècle, on soutient la seconde.
Au départ, on essaie de faire acquérir aux singes la parole. Tentative des Hayes en 1951 sur le chimpanzé VICKI. Echec , après des années d’apprentissage, elle ne prononce de manière indistincte que quatre signaux : papa, mama, cup et up. Constatant que l’appareil phonatoire des singes est incapable de produire des sons de la parole, la recherche s’oriente selon 2 axes :
-faire acquérir le langage sourd et muet (l’ASL).
C’est le choix des Gardner sur Washoe à partir de 1966. En 1969, il possède 68 signes, consistant essentiellement en injonction (encore !, viens !, dehors !….). Au final, 100 signes et la capacité de former des combinaisons de 3 ou 4 signes ( vous/moi/ sortir/vite) . (travail équivalent sur des dauphins en 1984 avec signaux visuels et acoustiques). Mais Terrace , travaillant sur le chimpanzé Nim , souligne en 1979 que 1. Ces « phrases construites » ne suivent pas de règles syntaxiques déterminées même élémentaires 2. les signaux ne sont utilisés que sur demande de l’expérimentateur ou que pour demander quelque chose 3. Les signaux ne sont jamais utilisés pour interpeller ou attirer l’attention. 4. Plus qu’une compréhension des signaux , on assiste à une pure et simple imitation. D’où nouvel axe !
-faire manipuler aux singes de véritables signes linguistiques.
1er essai par Premack en 1971 avec Sarah. Sur un tableau magnétique, elle manipule des formes plastiques colorées associées à des objets, à des actions, à des caractéristiques d’objets ou d’action. Elle est capable de faire des associations ( verticales sans règles de grammaire) de 3 « mots » donc a la performance d’associer un objet et un substitut arbitraire aux formes contradictoires avec l’objet ( pomme= triangle bleu). Elle comprend l’analogie, la proportion, utilise l’impératif et pose des questions comme par exemple une interrogation sur un signe nouveau.
2ème essai par Sue Savage -Rumbaugh en 1977-78 sur deux chimpanzés , Sherman et Austin. Associations entre objet et lexigramme, une figure géométrique arbitraire apparaissant par simple contact sur un écran. 1 lexigramme pour différents objets, pour une classe d’objets : « nourriture » et « outil ». D’où performance de catégorisation.(performance identique chez les pigeons, avec Hermstein en 1976, qui entraînés à séparer et recompensés si « avec » sont capables de faire le distinguo entre des diapositives « avec ou sans arbre », « avec ou sans poissons », « avec ou sans A », « avec ou sans 2 »).
Mais, contexte expérimental douteux car chaque objet désigné est soit utilisé ou consommé , donc difficile de dire s’il s’agit d’une dénomination ou d’une simple demande.
Ceci dit , ces expériences ont mis à jour une capacité référentielle (relier un lexigramme et un objet), une capacité symbolique (indiquer quelque chose d’absent à un autre) et une capacité de dialogue.
3ème essai sur le bonobo Kanzi en 1980. A la différence des autres singes, il n’est pas « dressé » à parler ; il est seulement exposé au langage parlé et aux signes, comme un enfant jusqu’à six mois. A 18 mois il comprend la parole orale élémentaire ; à 2ans ½ , il maîtrise 2800 combinaisons de lexigrammes ; à 5 ans ½ il possède plus de milles mots. Il est capable de comprendre uniquement par des mots une situation portant sur une chose dont il ignore le mot (ex ; un monstre). Mais seulement 4% de ses énoncés sont référentiels et 96% restent des requêtes.
Descartes n’a donc peut-être pas été totalement démenti.

(Référence :L’intelligence de l’animal de Jacques Vauclair, Ed. Sciences Points)

Le vivant : l’animal ou de notre rapport à ces êtres sensibles

                            « On a commencé par couper l’homme de la nature, et par le constituer en règne souverain ; on a cru ainsi effacer le plus irrécusable, à savoir qu’il est d’abord un être vivant. Et, en restant aveugle à cette propriété commune, on a donné le champ libre à tous les abus. Jamais mieux qu’au terme des quatre derniers siècles de son histoire, l’homme occidental ne put-il comprendre qu’en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité, en accordant à l’une ce qu’il retirait à l’autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d’autres hommes, à revendiquer, au profit de minorités toujours plus restreintes, le privilège d’un humanisme, corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion ». 

Lévi-Strauss, J.J Rousseau, fondateur des sciences de l’homme  (1962) 

regardez ici Elisabeth de Fontenay : http://videos.arte.tv/fr/videos/philosophie_animal-3841376.html

« Sous les religions mahométane et hindoue, les intérêts du reste de la création animale semblent avoir rencontré une certaine attention. Pourquoi [leurs intérêts] ne sont-ils pas, universellement, tout autant que ceux des créatures humaines, considérés en fonction des différences de degré de sensibilité ? Parce que les lois existantes sont le travail de la crainte mutuelle ; et les animaux les moins rationnels n’ont pas disposé des mêmes moyens que l’homme pour tirer parti de ce sentiment. Pourquoi [leurs intérêts] ne devraient-ils pas [être considérés] ? On n’en peut donner aucune raison. Si le fait d’être mangé était tout, il y a une très bonne raison pour laquelle il devrait nous être permis de les manger autant qu’il nous plait : nous nous en trouvons mieux ; et ils ne s’en trouvent jamais pire. Ils n’ont aucune de ces très longues anticipations de misère future que nous avons. La mort qu’ils subissent de nos mains est ordinairement, et sera peut être toujours, une mort plus rapide, et de ce fait moins douloureuse, que celle qui les attendrait dans le cours inévitable de la nature. Si le fait d’être tué était tout, il y a une très bonne raison pour laquelle il devrait nous être permis de tuer ceux qui nous attaquent : nous nous en trouverions pire pour qu’ils puissent vivre, et ils ne s’en trouvent jamais pire d’être morts. Mais n’y a-t-il aucune raison pour laquelle il nous serait permis de les mettre au supplice ? Pas que je sache. N’y en a-t-il aucune pour laquelle il ne devrait pas nous être permis de les mettre au supplice? Oui, plusieurs. Autrefois, et j’ai peine à dire qu’en de nombreux endroits cela ne fait pas encore partie du passé, la majeure partie des espèces, rangée sous la dénomination d’esclaves, étaient traitées par la loi exactement sur le même pied que, aujourd’hui encore, en Angleterre par exemple, les races inférieures d’animaux. « Le jour viendra peut-être où il sera possible au reste de la création animale d’acquérir ces droits qui n’auraient jamais pu lui être refusés sinon par la main de la tyrannie. Les français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n’est nullement une raison pour laquelle un être humain devrait être abandonné sans recours au caprice d’un tourmenteur. Il est possible qu’on reconnaisse un jour que le nombre de jambes, la pilosité de la peau, ou la terminaison de l’os sacrum, sont des raisons tout aussi insuffisantes d’abandonner un être sensible au même destin. Quel autre [critère] devrait tracer la ligne infranchissable? Est-ce la faculté de raisonner, ou peut-être la faculté de discourir ? Mais un cheval ou un chien adulte est, au-delà de toute comparaison, un animal plus raisonnable, mais aussi plus susceptible de relations sociales qu’un nourrisson d’un jour ou d’une semaine, ou même d’un mois. Mais supposons que la situation ait été différente, qu’en résulterait-il ? La question n’est pas « peuvent-ils raisonner? », ni « peuvent-ils parler ? », mais « peuvent-ils souffrir? ».               

BENTHAM, 18ème siècle

« Dans une montre une partie est l’instrument du mouvement des autres, mais un rouage n’est pas la cause efficiente de la production d’un autre rouage ; une partie est certes là  pour une autre, mais elle n’est pas là par cette autre partie. C’est pourquoi la cause productrice de celles-ci et de leur forme n’est pas contenue dans la nature (de cette matière), mais en dehors d’elle dans un être, qui, d’après des Idées, peut réaliser un tout possible par sa causalité. C’est pourquoi aussi dans une montre un rouage ne peut en produire un autre et encore moins une montre d’autres montres, en utilisant pour cela  d’autres matières ; c’est pourquoi elle ne remplace pas d’elle-même les parties, qui lui ont été ôtées, ni ne corrige leurs défauts dans la première formation par l’intervention des autres parties, ni ne se répare elle-même, lorsqu’elle est déréglée : or tout cela nous pouvons en revanche l’attendre de la nature organisée. Un être organisé n’est pas simplement une machine, car la machine possède uniquement une force motrice ; mais l’être organisé possède en soi une force formatrice qu’il communique aux matériaux qui n’en disposent pas (il les organise) : il s’agit ainsi d’une force formatrice qui se propage et qui ne peut pas être expliquée par le simple pouvoir du mouvement (le mécanisme). »

Kant, Critique de la faculté de juger (1790)

« Je ne reconnais aucune différence entre les machines que font les artisans et les divers corps que la nature seule compose, sinon que les effets des machines ne dépendent que de l’agencement de certains tuyaux, ou ressorts, ou autres instruments, qui, devant avoir quelque proportion avec les mains de ceux qui les font, sont toujours si grands que leurs figures et mouvements se peuvent voir, au lieu que les tuyaux ou ressorts qui causent les effets des corps naturels sont ordinairement trop petits pour être aperçus de nos sens. Et il est certain que toutes les règles des mécaniques appartiennent à la physique, en sorte que toutes les choses qui sont artificielles, sont avec cela naturelles. Car, par exemple, lorsqu’une montre marque les heures par le moyen des roues dont elle est faite, cela ne lui est pas moins naturel qu’il est à un arbre de produire des fruits. »

Descartes, XVII et sa théorie des animaux machines,

 approfondissez ici :

 

  • avec ce tableau comparatif entre une organisme vivant et une oeuvre d’art, puisque  William Wegmag ( 1948-   ) fait des chiens le thème central de ses oeuvres d’art, de ses photographiesone set, 1994
  •  

 

 

Points communs divergences Spécificité de l’un et de l’autre
 Unicité et individualité :Un organisme vivant est une unité distincte des autres, unique et indivisible, malgré l’invariance des espèces par principe d’invariance reproductive. Ce principe est l’un  des 3 principes qui,  selon J. Monod( généticien et Nobel de médecine en 1965) caractérisent un organisme vivant.    
Totalité et Finalité interne :Dans une œuvre d’art comme dans un organisme, rien ne manque et rien n’existe en vain. Chacune des parties d’un organisme vivant a une fonction et participe à la perpétuation du tout.Principe de la téléonomie, ( 2ème principe) D’où limite de la connaissance qui analyse, dissèque.

 

Cette finalité interne (et externe)  est ce qui amène à penser une intention à l’origine du vivant, c’est comme si la fin a réalisé était à l’origine de l’organe ou du métabolisme, d’où l’idée d’une intelligence créatrice, d’un rejet du hasard et de l’affirmation d’unDieu-artiste créateur, qui aurait même un sens de l’esthétique, puisqu’il a soigné les apparences (symétrie, harmonie) mais négligé ce qui échappe au regard ( dissymétrie interne, beauté des viscères ? d’un foie ?). 

 Finalité interne  + Finalité externe pour l’organisme - si on le pense comme maillon d’une chaîne alimentaire ou d’un écosystème- si on le pense en lui-même, l’organisme a pour fonction de se perpétuer, de perpétuer l’espèce. L’œuvre d’art elle n’existe que pour elle-même, l’art pour l’art, elle est à elle-même sa propre fin.La belle œuvre est celle chez qui l’esprit et les sens perçoivent une « finalité sans fin », finalité interne sans finalité externe en somme.Cette organisation interne est ce qui fait qu’on a longtemps pensé le vivant sur un modèle mécaniste. C’est Descartes avec sa théorie des « animaux-machines » qui en est le plus clair représentant. Ce qui lui permet :- de purger la biologie du vitalisme en réduisant le vivant à de la matière, réductible à son tour à des termes mathématiques et physiques ( forces, mouvements ;…)- de réduire le vivant et à la nature à un moyen pour l’homme et à hisser l’homme au dessus de la nature par son âme, qui peut légitimement être alors « comme  maître et possesseur de la nature », qui n’est qu’une somme de « machines de terre sans âme »
Beauté :On peut trouver de la beauté dans l’art comme dans la nature, et donc les organismes vivants.Ils répondent aux critères de convenance de Platon (formelle, fonctionnelle et matérielle) , ils peuvent être modèles de beauté ( section d’or dans la nature, harmonie dans la nature, homme de Vitruve)Pour Kant, la beauté naturelle comme beauté libre ( gratuite, elle ne répond pas à une exigence vitale) est supérieure à la beauté artistique qui n’est qu’adhérente ( l’œuvre étant l’expression d’une intention perceptible). Il s’oppose sur ce point à Hegel qui associe la beauté à l’expression de l’Esprit et à Oscar Wilde pour qui la nature est an-esthétique et que c’est parce qu’on la regarde au travers de l’art qu’elle devient belle à nos yeux éduqués par l’art  Relations avec le milieuL’organisme vivant est en relation constante avec un milieu extérieur où il prend les substances nécessaires  à assimiler pour exister et se développer, auquel il s’adapte et qui a  donc un impact sur lui en retour    ( Darwin)  Une œuvre d’art n’est pas dépendante du milieu extérieur : elle est autonome, elle est qu’il y ait ou non spectateur. L’œuvre est close sur elle-même.Pas d’action du milieu sur l’œuvre d’art sauf dans l’art interactif contemporain où le spectateur parachève par une intervention l’œuvre.
   Principe de la morphogénèse autonome ( 3ème principe)Un organisme a une forme et une croissance régie par une programmation interne. Les manifestations de cette morphogénèse sont l’auto-formation, l’auto-régulation ( ex. polyvalence des organes) et l’auto-réparation ( cicatrisation, « force médicatrice » que le médecin se devait seulement d’accompagner selon HIPPOCRATE au Vème siècle avant J.C. Médecine expectative face à une nature qui « sans instruction et sans savoir fait ce qui convient »).Kant opposait déjà cette FORCE FORMATRICE à Descartes en montrant la différence entre une montre et un organisme vivant et par là les limites du modèle mécaniste.Un organisme vivant n’est pas seulement une machine complexe ; il y a « un écart ontologique » ( de nature et non pas de degré !) entre un organisme vivant et une machine aussi sophistiquée soit-elle ! La vie est autre chose qu’un simple assemblage de pièces. Elle n’est pas addition, mais synthèse, unité.  Une œuvre d’art n’évolue pas par elle-même, elle est achevée. Elle ne s’auto-restaure pas. Cette morphogénèse avec la reproduction est aussi ce qui distingue le vivant de la machine, qui n’a qu’une autonomie très limitée malgré sa complexité qui peut égaler celle d’un organisme vivant. MaisCe principe ajouté au principe de totalité fait qu’on ne peut pas associer l’ablation d’un organe à la simple suppression d’une pièce dans une machine, l’organisme moins un organe n’est pas le même organisme qu’au départ moins un organe.C’est seulement chez les vivants qu’il ya  des monstres qui sont des exemples de cette « tentative dans tous les sens de vivre », venant  du fait, selon Canguilhem qu’ « un organisme a plus de latitude d’action qu’une machine, il a moins de finalité et plus de potentialité »

Ce qui distingue un organisme vivant d’une œuvre d’art, c’est que l’un vit, l’autre est ; l’un est animé, l’autre est inanimée. Une œuvre d’art reste une chose parmi les choses.

 « C’est pourquoi l’organisme est un véritable miracle et ne peut se comparer à aucune œuvre humaine fabriquée à la lumière de la lampe de la connaissance » selon Schopenhauer.   Le rapport au temps :Ce qui caractérise aussi le vivant, c’est aussi l’horloge biologique.Bichat (médecin 18ème) disait : « La vie est la somme totale des fonctions qui résistent à la mort. ». On peut même dira que la mort n’est pas extérieure au vivant, mais intestine (mort des cellules chaque jour), la vie est suspendue à chaque systole et diastole.

Elle est en un sens un miracle permanent !

 L’œuvre d’art est périssable quand elle est faite de matière, mais cette « mort » lui vient du dehors.Echappant à l’usage et à la consommation, elle est par essence faite pour l’éternité et répond à un refus du temps, de son irréversibilité (l’art immortalise) et son cours inéluctable ( l’art échappe au temps, à sa corruption, répond à un désir d’immortalité et abolit le temps en suspendant son cours le temps de sa contemplation).Elle est hors « du processus vital » alors que l’organisme vivant y est au cœur.

 

« La vie se présente à nous comme une certaine évolution dans le temps et comme une certaine complication dans l’espace. Considérée dans le temps, elle est le progrès continu d’un être qui vieillit sans cesse : c’est-à-dire qu’elle ne revient jamais en arrière et ne se répète jamais. Envisagée dans l’espace, elle étale à nos yeux des éléments coexistants si intimement solidaires entre eux, si exclusivement faits les uns pour les autres qu’aucun d’eux ne pourrait appartenir en même temps à deux organismes différents : chaque être vivant est un système clos de phénomènes, incapable d’interférer avec d’autres systèmes. Changement continu, irréversibilité des phénomènes, individualité parfaite d’une série enfermée en elle-même, voilà les caractères extérieurs ( réels ou apparents, peu importe) qui distinguent le vivant du simple mécanique »

Bergson, Le rire, chap.II

La justice: 1 allégorie, 3 paraboles, 5 principes, 2 égalités et 1 procédure

 Conférence donnée par  Yves Michaud en  2010  pour l’ UTLS 

Regardez: la_justice_qu_est_ce_que_c_est_yves_michaud

   

  • L’allégorie   

   

 
 

  

 
 

 

On retrouve ici le symbole de la justice : la balance qui tend à maintenir les plateaux à égalité, le glaive qui doit accompagner la justice pour qu’elle soit appliquée contre la force et l’acte de vengeance auquel elle oppose le fait de dire ce qui est juste, c’est-à-dire conforme au droit et en référence implicite ou explicite avec quelque chose sinon de religieux, de transcendant. La justice est aussi associée à l’enfant qui incarne l’innocence et la pureté. Elle a les yeux bandés,signe d’impartialité dans son jugement. 

  

  

  

  

  •  3 paraboles  

le jugement de Salomon:   

2 femmes revendiquent la maternité devant le Roi Salomon d’un enfant: incapable de les départager, le Roi décide ( par ruse) de partager l’enfant en deux, la vraie mère se révélant alors exhortant le Roi de ne pas mettre en oeuvre son jugement.   

   

 La parabole des ouvriers de la 11ème heure:    

un propriétaire engage le matin, des ouvriers pour travailler à la journée et convient avec eux d’un salaire; à midi, il en embauche d’autres  et à la 11ème heure, dernière de la journée de travail ; ils donnent à chacun au final la même somme. Le propriétaire se défend en disant qu’avec chacun, il a honoré son contrat, en lui donnant son dû,  et qu’il a le droit d’être généreux.  

  

La parabole des Talents ( Evangile selon Saint-Matthieu):  

à chacun selon ses capacités  

  

   

  • Selon Yves Michaud ,  5 principes de justice :  
  1. à chacun selon ses besoins?
  2. à chacun selon son travail ou ses capacités?  
  3. à chacun selon son statut?
  4. à chacun selon les contrats qu’il a passés?
  5.  à chacun selon ses mérites?  
  • Pour Aristote, 2 types d’égalité
  1.  égalité arithmétique ( celle des droits de l’homme, où tout homme en tant que personne est égal à un autre en droits et en dignité) et
  2. égalité géométrique ( celle qui prend en compte nos différences en tant qu’individu et qui oblige à traiter différemment chacun de manière juste)  
  • Pour John Rawls, et sa procédure  du voile d’ignorance ( où chacun ignore qui il est) arrive à l’idée d’une égalité de base qui peut être pondéré par le principe de différence si l’inégalité profite à tous, au bien -être général …   

Tout cela ne suffit cependant pas forcèment pour dire ce qui est juste ou non; dans chaque cas particulier, il faut en juger au plus juste…   

    

 

C’est le printemps… les fiches de révision fleurissent!

 Le 16 juin approche, un bac blanc en annonce peut-être l’imminence,  plus que 9 semaines de cours avant d’avoir la fameuse semaine de révision! 

C’est cette semaine là que les fiches de révision ne vous quitteront plus ( enfin je l’espère,  pour vous et votre réussite !  Mais aussi  pour moi quand je corrigerai votre copie et mon plaisir! Eh oui, le mois de Juin est éprouvant pour tous!!)

Alors il ne faut pas céder à la procrastination!

Mais  qu’est-ce qu’une fiche de révision réussie ?

C’est une fiche qui soit un bon outil, donc un moyen bien ajusté à sa fin.

Elle doit donc être facile à mémoriser mais  surtout faciliter et optimiser  la réussite à l’exercice le jour du bac, à savoir la dissertation.

Elle doit donc sur chaque notion du programme :

  1. donner des définitions claires et simples qui permettent d’éviter le hors-sujet et de construire le plan.
  2. donner des arguments pour pouvoir convaincre et un argument de transition pour progresser dans sa démonstration sans se contredire et sans que cela paraisse artificiel
  3. donner quelques citations à convoquer pour approfondir ou montrer que l’on sait
  4. donner des pistes pour aller plus loin en 3ème partie de devoir.

 La 3ème partie est si difficile à trouver que parfois on y renonce pour un plan en 2 parties ou pour un III Synthèse, ce qui revient au même!

La fuite devant la difficulté n’a jamais été une solution!

Car ce III est en réalité attendu et c’est souvent en III, qu’on peut faire la différence, si j’ose dire, après avoir exposé en I la réponse immédiate ou commune au problème posé et l’avoir dépassée en II par une réponse plus élaborée, solide et pertinente

  1. en prolongeant et radicalisant le II,
  2. en interrogeant les présupposés du sujet et soulignant par là les limites du IIou
  3. en proposant une autre réponse possible que celle des I et II

Fiche révision « philosophes »

 Socrate (469.399 av.JC) : il n’a rien écrit mais est considéré comme le père fondateur de la philosophie en Occident. Il est le personnage central de tous les dialogues de son disciple, Platon. Il est mort en buvant la cigüe , condamné par la Cité d’Athènes  pour impiété et corruption de la jeunesse. Il avait l’art de la maïeutique,  l’art d’accoucher les esprit d’abord de leur ignorance ignorée puis le désir de savoir étant là, du savoir oublié. ( Théorie de la rémniscence)

- “Connais-toi toi-même” était la devise de Socrate

- “je ne sais qu’une seule chose, c’est que je ne sais rien” , c’est la fameuse docte ignorance de Socrate qui fait de lui un questionneur avide de définitions, de saisir l’essence des choses.

- “Nul n’est méchant volontairement”, c’est parce que les hommes se trompent sur le Bien, confondent le bon et l’agréable qu’ils commettent le mal

- “Il vaut mieux subir l’injustice que la commettre” soutient-il face à Calliclès dans le Gorgias de Platon.

 

 Platon (427-347 av.JC) : Platon se détourne de sa carrière politique à la mort de Socrate car il considère que le monde qui condamne son maître à mort est injuste, laid et faux. Il doit y avoir un monde vrai et juste que Platon recherche non pas dans un au-delà mais dans les Idées. C’est la première coupure entre le monde intelligible ( Idées ) et le monde sensible ( sensation et sentiments). Il y a trois Idées chez Platon : le Bien, le Vrai et le Beau. L’idée du Bien est l’idée suprême. 

- « l’allégorie de la caverne » . Ce texte rend compte de l’éducation du philosophe, libéré de force de sa demeure souterraine,  de l’opinion et du monde sensible par et pour  l’apprentissage des sciences et de la philosophie. Nous sommes tous dans la caverne car être prisonnier de l’opinion est notre situation initiale commune.

- théorie de la réminiscence : connaître, c’est retrouver par la pensée les idées que l’âme avait contemplées avant de venir chûter dans un corps, qui est jusqu’à la libération de la mort, la “prison de l’âme”

- Idéal politique : « que les philosophes deviennent rois ou que les rois deviennent philosophes ». Platon était vivement opposer à la démocratie qu’il considérait comme le régime de l’incompétence, de la licence et comme appelant l’anarchie et la tyrannie.

- la pensée est  « le dialogue de l’âme avec elle-même » et l’esprit de l’autre est dans le dialogue “la pierre de touche” de la vérité présente dans le mien.  

- « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre » avait-il fait inscrire au fronton de l’Académie. Pour Platon, dans le Timée, le monde a été crée par un démiurge qui a mis en ordre le monde à partir du chaos de matière présent ( la Khôra) et de l’Idée de Monde qu’il a contemplé. Donc le monde est compréhensible, la science est possible.

 

 Aristote (384.322 av.JC) : disciple de Platon mais qui va s’en détacher. Chez Aristote il n’y a pas de différence entre le végétal, l’animal et l’homme. Le végétal a une fonction de l’âme seulement nutritive, l’animal a une fonction nutritive et sensitive et l’homme a une fonction nutritive, sensitive et intellectuelle. L’âme est donc ce qui anime le vivant.

- « l’homme est par nature un animal politique » : la réalisation de l’homme se situe dans le bien commun.

- “Ce qui est propre à l’homme, c’est donc la vie de l’esprit, puisque l’esprit constitue essentiellement l’homme. Une telle vie est également parfaitement heureuse”.

- “les navettes tissaient d’elles-mêmes et les plectres jouaient de la cithare, alors les maîtres d’ oeuvre n’auraient nul besoin de manoeuvres ni les maîtres, d’esclaves.” Pour Aristote, le travail est la soumission de l’homme à la nécessité, aux besoins, à la nature. C’est pourquoi ce sont les esclaves qui travaillent, en attendant que la technique et les machines libèrent les hommes du travail, du labeur.

- “on punit l’acte commis par ignorance, lorsqu’il est évident que le coupable est responsable de son ignorance. C’est ainsi que les gens en état d’ivresse se voient infliger un double châtiment, la cause de la faute étant en eux, car il dépendait d’eux de ne pas s’enivrer, et d’autre part l’ivresse était la cause de leur état d’inconscience. De plus, on punit aussi ceux qui ignorent quelques dispositions de la loi que nul n’est censé ignorer, surtout quand c’est facile. 9. Il en va de même dans tous les autres cas où l’agent semble être dans l’ignorance du fait de sa négligence, attendu qu’il ne dépendait que de lui d’éviter cette ignorance et que rien ne l’empêchait d’y parer. 10. Mais peut-être un homme dans ce cas n’était-il pas en état d’y remédier ? Eh bien! nous affirmons que, pour ceux qui se trouvent être la cause de cette situation, leur responsabilité est établie parce qu’ils vivent dans le désordre, et ils sont injustes et intempérants, les uns par leur mauvaise conduite habituelle, les autres par leur vie passée dans les beuveries et autres débauches.”

 

  

Epicure ( 341-270 av.JC), auteur de la Lettre à Ménécée sur l’éthique et le bonheur défini comme ATARAXIE ( a – tarax, absence de vagues, absence de troubles dans l’âme et le corps). Etre heureux, c’est donc être serein et apaisé.

ATTENTION !!  Si aujourd’hui on associe les épicuriens à des hédonistes débridés, à des jouisseurs , au fameux “Carpe diem quam minimum credula postero” de Horace [qui signifie « Cueille le jour présent et sois le moins confiant possible en l'avenir »]  qu’on interprète comme le fait de profiter au maximun de la vie, de tout  plaisir  qui se présente. C’est à cause des critiques stoïciennes qui qualifiaient les épicuriens de “pourceaux d’Epicure”, de la condamnation religieuse judéo-chrétienne du plaisir, de la confusion entre épicuriens et cyrénaïques qu’on en est arrivé à cette grossière erreur et à cette trahison des principes de l’épicurisme, qui nous arrange bien, nous, qui vivons dans une société de l’immédiat, du plaisir et de la fête.

L’hédonisme d’ Epicure est au contraire un hédonisme ascétique: “Quand donc nous disons que le plaisir est le but de la vie, nous ne parlons pas des plaisirs voluptueux et inquiets, ni de ceux qui consistent dans les jouissances déréglées, ainsi que l’écrivent des gens qui ignorent notre doctrine, ou qui la combattent et la prennent dans un mauvais sens. Le plaisir dont nous parlons est celui qui consiste, pour le corps, à ne pas souffrir et, pour l’âme, à être sans trouble.” écrit Epicure

Même si le plaisir est le but que chacun poursuit, il ne s’agit pas de courir après tous les plaisirs. Mais de ne rechercher que les plaisirs possibles ( d’où la distinction entre les désirs naturels et nécessaires qui sont à satisfaire et les désirs non naturels ni nécessaires nés de la société ou par nature insatisfaisable – désir de pouvoir, de richesse, etc…), garanties et sans douleur subséquentes. Ceci les épicuriens ne s’interdisent pas la satisfaction prudente et tempérée des désirs naturels mais non nécessaires ( comme un mets luxieux).

Cette manière de vivre les désirs permet de ne pas avoir l’âme inquiète, troublée et le corps insatisfait. C’est un des éléments du Tétrapharmakos exposé dans La Lettre à Ménécée,c’est-à-dire le quadruple rémède devant soigner l’âme de ses quatres troubles fondamentaux: la peur  de la mort, la crainte des Dieux, la peur du destin ou du hasard et donc l’inquiétude de ne pas parvenir au plaisir.

- “Quand on est jeune il ne faut pas remettre à philosopher et quand on est vieux il ne faut pas se lasser de philosopher. Car jamais il n’est trop tôt ou trop tard pour travailler à la santé de l’âme.”

- “la mort n’est rien pour nous. Car tout bien et tout mal résident dans la sensation : or la mort est privation de toute sensibilité.”

Epicure a été considéré comme un athé, parce qu’il a remis en question l’idée de Dieu créateur, juge et arbitrea alors qu’ Epicure n’a pas remis en question leur existence. Mais il considère simplement qu’il ne faut  jamais attibuer “à un dieu rien qui soit en opposition avec l’immortalité ni en désaccord avec la béatitude”. Or c’est le cas si on les considère ainsi.

 D’où son ATOMISME: Épicure emprunte à Démocrite cette théorie. Selon Démocrite, la matière est formée de particules, les atomes, dispersées dans une extension infinie, l’espace. Atomes et espaces sont les deux réalités éternelles.  Épicure considère les atomes comme soumis à un mouvement éternel de chute, animé d’une vitesse uniforme puisque s’opérant dans le vide. Comme son caractère rectiligne l’empêche de rendre compte de la rencontre des atomes, Épicure confère aux atomes la capacité de modifier leur trajectoire, ne serait-ce que très légèrement. Cette déclinaison ( le clinamen) se fait au hasard, de façon imprévisible, en un instant et un lieu indéterminés. Ceci fait que les atomes peuvent se rencontrer, s’entrechoquer. Et ce sont ces chocs d’atomes qui créent par agrégation tout ce qui existe. La physique épicurienne présente une vision matérialiste moniste de l’univers, assimilé à une foule d’atomes se mouvant d’un mouvement éternel dans le vide infini. Tout est matière. Rien ne naît de rien (tout naît à partir d’atomes) et rien ne retourne au néant (la mort est décomposition de l’agrégat en atomes et ces derniers subsistent. À notre mort nos atomes se dispersent pour un jour reformer d’autres agrégats). Tout est connaissable, explicable. La nature est un mécanisme qu’on peut connaître et la science démystification. L’âme elle-même est matérielle. Elle est un corps composé de particules subtiles disséminées dans l’agrégat que constitue notre organisme. Toutes les opérations mentales se résument selon Epicure à des déplacements d’atomes.  

 

 

Epictète ( 50.130) :  un stoïcien ( philosophes du Portique, le stoa) pour qui  le monde est gouverné par la raison, il faut donc s’accorder à ce destin non pas en se résignant ou en se plaignant mais en le comprenant avec Joie.. Pour les stoïciens, le sage est celui qui met en conformité ses actions avec l’ordre de la nature. Le stoïcisme vise lui aussi l’ataraxie mais via la vertu et la raison. Pour cela, Epictète propose:

- de faire cette distinction: ‘Il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous. Dépendent de nous l’opinion, la tendance, le désir, l’aversion, en un mot toutes nos oeuvres propres; ne dépendent pas de nous le corps, la richesse, les témoignages de considération, les hautes charges, en un mot toutes les choses qui ne sont pas nos oeuvres propres. Les choses qui dépendent de nous sont naturellement libres, sans entrave ; celles qui ne dépendent pas de nous sont fragiles, serves, facilement empêchées, propres à autrui.” Et donc de ne rechercher que ce qui dépend de nous.- d’accepter le destin: “N’attend pas que les événements arrivent comme tu le souhaites. Décides de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux.” MARC-AURELE - de voir dans cette acceptation de la nécessité la liberté: “Est libre l’homme qui ne rencontre pas d’obstacles et qui a tout à sa disposition comme il veut”, et c’est donc le cas de celui qui accepte ce qui lui arrive.

 Machiavel (1469-1527):

C’est dans Le Prince qu’il a écrit « la fin justifie les moyens » et qui lui vaut le qualificatif de ”machiavélique”. Mais pour lui, cela signifie que le Prince se doit de conserver le pouvoir pour assurer l’ordre dans l’intérêt de tous. Et pour cela, en effet, tout est possible, même des moyens discutables d’un point de vue moral. Mais c’est parce qu’il distingue morale et politique, ainsi que vie privée et action politique, « aux lois universelles de la morale le prince est tenu dans sa privée, comme le humble de ses sujets.», et cela parce que si un Prince veut se comporter moralement dans sa manière de gouverner, il ne pourra conserver son pouvoir, les hommes étant méchants. Le Prince doit dès lors être craint par le peuple plutôt qu’aimé (sans être haï), il peut en cela user de la force, de la ruse, et de la virtù. « Si un prince veut conserver son trône il doit apprendre à savoir être méchant et recourir à cet art ou non selon les circonstances. »

  Hobbes (1588/1679) ” A l’état de nature l’homme est un loup pour l’homme, à l’état social l’homme est un dieu pour l’homme”

 A l’état de nature ( c’est-à-dire avant la création de l’Etat civil), c’est la “guerre de tous contre tous”, tous les hommes étant égaux et animés de la même passion de la liberté au sens d’indépendance et de pouvoir. D’où l’idée que “l’homme est un loup pour l’homme” à l’état de nature, formule que Hobbes reprend à Plaute. En raison de cette agression permanente l’homme ne peut pas vivre en société sauf s’il renonce à ses droits naturels. Il faut créer une instance supérieure à qui les hommes donnent tous leurs pouvoirs, se soumettent entièrement en échange de leur sécurité. Dès lors,  “à  l’état social, l’homme est un dieu pour l’homme”, l’homme étant ici le souverain au pouvoir absolu proposé et décrit dans son livre Le léviathan. Cette représentation suffit à expliquer l’absolutisme que Hobbes soutenait, lui, qui vivait dans une Angleterre déchirée par des guerres civiles faute d’un pouvoir suffisant. Le corps du souverain est constitué des hommes qui lui obéissent. Au XVIIIème siècle, Rousseau verra le pacte social proposé par Hobbes comme un absurde et illégitime contrat d’esclavage, les hommes ne pouvant aliéner leur liberté pour leur sécurité.

 Descartes (1596/1650)

La méthode est la condition même de toute recherche de la vérité, elle débute par le doute et s’accomplit par des règles précises pour bien penser, exposées dans le Discours de la méthode ( règle de l’évidence, « Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; c’est-à-dire, d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute»; règle de l’analyse, « Le second, de diviser chacune des difficultés que j’examinerais, en autant de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour les mieux résoudre»; règle de la synthèse, « Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la connaissance des plus composés, et supposant même de l’ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres» et enfin règle du dénombrement, « Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre. » La première certitude et celle qui peut servir de modèle à toutes les autres, c’est le fameux  « Cogito ergo sum » qui signifie que je ne peux pas penser sans savoir en même temps conscience  que je pense, ce qui fait que l’on peut définir l’homme comme “une substance pensante”, comme  un être doué de conscience réfléchie et de soi, mais qui ne permet pas pour autant de le définir en tant qu’individu distinc des autres. Descartes est aussi ce lui qui a dit :

- que grâce aux applications techniques des découvertes scientifiques, l’homme va devenir  « comme maître et possesseur de la nature», d’autant que Descartes désenchante la nature en  ramenant à la matière, substance étendue et les êtres vivants à de simples machines, théorie des animaux machines qui réduit l’animal à une montre. Répresentation mécaniste du vivant qui sera vivement critiqué par Kant qui rappelle que le vivant est animé d’une “force formatrice” qui fait qu’il ne se réduit pas à un assemblge de pièces, mais est capable de s’autoréparer, de s’autoorganiser, de s’adapter et de se reproduire.

- “je ne suis pas simplement logé dans mon corps comme un pilote en son navire”: Descartes est un philosophe dualiste, c’est-à-dire qu’il distingue la substance pensante (âme) et la substance étendue ( corps); mais il est obligé de reconnaître que pour que l’âme commande le corps et soit affectée de ce qui l’affecte, il doit y avoir un point de contact, c’est la “glande pinéale” ( seul organe non double du cerveau). Une glande qui a fait l’objet de bien des commentaires!

- “quelques autres animaux nous expriment leurs passions, ils nous exprimeraient aussi bien leurs pensées s’ils en avaient”: pour Descartes, si les animaux communiquent, seul l’homme parle, c’est-à-dire est capable de composer un discours qui fasse entendre sa pensée, et cela sans passion , c’est-à-dire sans contrainte ni impulsion, donc librement. Mais c’est aussi parce qu’il parle, qu’il pense, comme le reprécisera Hegel. “On ne peut penser sans les mots”.

- “Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde ; et généralement de m’accoutumer qu’il n’y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées, en sorte qu’après que nous avons fait notre mieux touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est au regard de nous absolument impossible”. Cette troisième maxime de la morale provisoire de Descartes en attendant de fonder rationnellement la morale est trés inspirée de la morale des stoïciens qui pour atteindre l’ataraxie ( la paix de l’âme), invitaient à distinguer ce qui dépend de nous ( nos volontés et représentations) de ce qui ne dépend pas de nous (tout le reste), et à ne s’attacher qu’à ce qui  ne dépend que de nous pour ne pas souffrir. Les deux autres maximes de cette morale provisoire sont: “obéir aux lois et coutumes de son pays”, être le plus ferme et le plus résolu dans les actions même si on doit se contenter de suivre des opinions douteuses et incertaines ( ex. du voyageur perdu dans la forêt qui ne peut en sortir qu’en prenant au hasard un cap et en s’y tenant).

- Descartes reprend  la preuve ontologique de l’existence de Dieu de Saint-Anselme. Si Dieu n’existait pas, il lui manquerait quelque chose, il ne serait donc pas parfait et ne serait pas Dieu et nous ne pourrions pas expliquer la présence de cette idée de perfection en nous.

-  Descartes est le père du libre-arbitre, “ce pouvoir de fuir ou poursuivre ce que l’entendement nous propose”. C’est-à-dire de dire oui ou non, donc de choisir et cela de manière spontanée et contingente. Ceci dit, ce pouvoir étant infini, la volonté peut s’aventurer au-delà des limites de l’entendement, de ce que nous savons, dans l’indifférence, d’où nos erreurs et nos fautes. D’où aussi l’idée que la connaissance bien loin de diminuer notre liberté de choisir, la renforce. On sait au moins entre quoi et quoi nous choisissons et restons libre de prendre le faux plutôt que le vrai, ou le mal plutôt que le bien.

Pascal ( 1623/1662)

-« Toute notre dignité réside dans notre pensée. » L’homme est capable de prendre conscience de sa misère et de se détourner du divertissement qui l’illusionne et le piège dans la vanité.

-«C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi, Dieu sensible au cœur»: pour Pascal, il y a en effet les vérités de la raison et les vérités du coeur. Les uns sont discurcives, les autres intuitives. Et l’incapacité de prouver les unes par les autres soulignent plus l’impuissance de la raison que l’incertitudes des intuitions du coeur. Attention , le coeur n’est pas ici le siège des sentiments.

- il est l’auteur du pari, argument trouvé pour aller “convertir” sur leur terre les athées rationnalistes. Avec une chance sur deux de gagner l’infini, comment ne pas parier sa vie finie et misérable sur le fait que Dieu existe.

- “Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie.”: le ciel doit être habité, misère de l’homme sans Dieu, qui seul peut sauver.

  Spinoza (1632/1677)

la nature est un tout, Dieu est la nature ( panthéisme) et chaque partie est animée d’une partie de la puissance divine. Cette puissance, c’est le désir, “cet effort pour persévérer dans notre être” qui détermine la valeurs des choses pour nous. C’est ce que Spinoza appelle aussi le Conatus, et « ce qui fonde l’effort, le vouloir, l’appétit, le désir, ce n’est pas qu’on ait jugé qu’une chose est bonne ; mais, au contraire, on juge qu’une chose est bonne par cela même qu’on y tend par l’effort, le vouloir, l’appétit le désir. ».

Du coup l’homme n’est pas à part dans la nature, il est soumis aux mêmes lois, à la même nécessité. Il n’est pas un « empire dans un empire ».  Cependant, l’homme ignore les causes qui le déterminent à agir, il est dans l’illusion du libre arbitre. Les hommes se croient libres car ils ignorent les causes qui les déterminent dans leurs actions. Ce qu’il illustre avec le fameux exemple de la pierre.

Cependant, pour lui qui critique le libre-arbitre de Descartes, la liberté ne s’oppose pas à la nécessité, mais à la contrainte, synomyme de passivité et de passion. La liberté c’est le fait de comprendre et de participer activement par cette compréhension à la nécessité.

 Locke( 1632/1704) , philosophe anglais empiriste pour qui, contrairement aux innéistes et rationalistes, toute connaissance vient de l’expérience. C’est ce qu’il illustre avec la fameuse image de la table rase, surface de cire vierge de toute empreinte, surlaquelle vous venir s’imprimer les idées: « supposons donc qu’au commencement l’âme est ce qu’on appelle une table rase, vide de tous caractères, sans aucune idée, quelle qu’elle soit. Comment vient-elle à recevoir des idées ? Par quel moyen en acquiert-elle cette prodigieuse quantité que l’imagination de l’homme, toujours agissante et sans bornes, lui présente avec une variété presque infinie ? D’où puise-t-elle tous ces matériaux qui sont comme le fond de tous ses raisonnements et de toutes ses connaissances ? A cela je réponds en un mot, de l’expérience : c’est là le fondement de toutes nos connaissances, et c’est de là qu’elles tirent leur première origine. Les observations que nous faisons sur les objets extérieurs et sensibles, ou sur les opérations intérieures de notre âme, que nous apercevons et sur lesquelles nous réfléchissons nous-mêmes, fournissent à notre esprit les matériaux de toutes ses pensées. Ce sont là les deux sources d’où découlent toutes les idées que nous avons, ou que nous pouvons avoir naturellement.”

David Hume (1711/1776), Philosophe écossais, donc empiriste qui remet en question la certitude de nos connaissances et jugements. Toute connaissance, toute idée vient de l’expérience.Les idées sont des images d’impressions issues de nos sens. Toute pensée trouve son origine dans les impressions, donc dans ce qui est particulier et contingent, voire accidentel. Toute idée abstraite est une composition d’idées simples issues des impressions. De même en ce qui a trait à la causalité (c’est-à-dire à la relation qui permet de prévoir le futur à partir du passé): une cause n’est qu’une relation habituelle entre des impressions, une nécessité imposée par l’imagination.La causalité n’a pas de fondement métaphysique. Elle n’est qu’une croyance nécessaire, basée sur la régularité de nos impressions. La raison critique s’applique aussi à la remise en cause des croyances religieuses, basées sur une imagination débridée, des témoignages douteux contredisant le sens commun, comme les récits relatant des miracles, et des principes métaphysiques découverts par simple spéculation, sans aucune base sinon les préjugés ou les désirs de son auteur.

Quelques autres idées fortes de Hume: le moi est insaisissable ( on bute toujours sur un état du moi, critique de Descartes et de la certitude du cogito, de l’indentification du Je à une substance pensante); la beauté est relative et subjective, dépendant de l’esprit qui la contemple, même s’il y a des normes sociales et sans doute même un étalon naturel du goût.

Kant, lecteur atttentif de Hume, qui est pour lui, celui qui l’a sorti de son “sommeil dogmatique”, a tenté de dépasser son scepticisme et de fonder sur des bases rationnelles la métaphysique.

  Kant (1724/1804)

Philosophe allemand est le penseur de l’universel. Pour lui, le vrai, le bon, le beau doivent être universels, ou alors ils ne sont pas.

D’où:

- sa définition du beau comme étant « ce qui plaît sans concept universellement » ( par opposition à l’agréable qui ne procure qu’il plaisir sensible relatif au goût de chacun et au parfait, objet d’un jugement déterminant réservé aux connaisseurs) et procure un « plaisir de l’âme », celui du libre jeu des facultés que sont entendement et imagination, enfin libérée devant  » la finalité sans fin » présente dans l’oeuvre

- sa définition du Bien comme étant ce qui est en accord avec les deux impératifs catégoriques de la raison: « agis de telle sorte que la maxime de tout action puisse être érigée en loi universelle de la nature »  et « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre jamais simplement comme un moyen mais toujours en même temps comme une fin » d’où une morale originale ( car chacun est son propre législateur, la raison ne donnant que la forme de la maxime) et exigeante, car Kant exige pour que le sujet soit moral, une intention pure et désintéressée à l’origine de l’acte: être moral, c’est faire son devoir uniquement par devoir. La morale l’amène au postulat de la liberté et de l’immortalité de l’âme, comme à celui de l’existence de Dieu permettant d’accorder vertu et bon-heur.

 

Montesquieu (1689/1755)

On peut voir en lui le père de la sociologie (« Les lois sont bonnes lorsqu’elles réalisent non pas l’équité et la justice en soi, mais la part d’équité et de justice qui s’accommode avec le climat, le terrain et les mœurs. »). Il est celui qui proposa la fameuse séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, partant du principe que seul le pouvoir arrête le pouvoir.

 

 

 J.J. Rousseau (1712/1778)

 

 

 

 

 article inachevé!

Fiche de révision sur le légal et l’égal

Le juste, c’est d’abord le légal ( sens 1), ce qui est conforme au droit positif ( les lois de l’Etat) et normalement ce qui est légal est juste au sens de légitime ( reconnu comme juste, sens 2) car

1: le droit positif est légitime et vient corriger un fait insatisfaisant ou insuffisant.

2: il est censé incarner la volonté générale du peuple et donc pour s’instaurer, il oblige les hommes à se hisser au plan de la raison. Et on considère que ce qui est conforme à la raison est juste.

3: on peut considérer qu’avant le droit, il n’y avait ni juste, ni injuste mais simplement du bon et du mauvais pour chacun ou la loi de la nature ni juste ni injuste. C’est ce que soutient Spinoza

4: la loi vaut pour tous donc elle instaure une égalité et on considère spontanément que l’inégalité est injuste.

 

MAIS

  1.  le droit ne peut pas être ce qu’il devrait et n’être que la légitimation de la force et ne pas être l’expression de la volonté générale (Marx).
  2. le légal peut ne pas être légitime au sens d’accord avec la morale ou le droit naturel
  •  même si le droit est juste, s’en tenir à la loi peut amener à commettre des injustices parce qu’on peut être dans la légalité mais insuffisant d’un point de vue moral : on peut estimer qu’être juste, ce n’est pas simplement ne pas nuire à autrui mais faire quelque chose de positif pour l’autre.
  • Le principe des lois de l’Etat, c’est que “tes droits définissent mes devoirs”. C’est parce que tu as droit à la propriété que je me dois de la respecter, et réciproquement. Mais on peut penser que la morale, elle, fait qu’on peut se donner des devoirs sans qu’il y ait pour autant chez l’autre un droit correspondant. C’est ce que souligne Hegel avec le devoir de bienfaisannce: le mendiant n’a pas droit à ma pièce
  • Les lois sont par principe générales, or dans certains cas les appliquer à la lettre ce serait aller à l’encontre de leur esprit. Donc on peut dans certains cas pour être juste transgresser la lettre de la loi pour rester fidèle à son esprit et par là être juste.
  • On peut estimer qu’il est dangereux de réduire le juste au légal car cela pourrait justifier qu’on contracte la trés mauvaise habitude de l’hétéronomie ou qu’on pense être dispensé de toute réflexion sur ce qui est juste à partir du moment où on a la loi pour soi, où la loi seule définit le juste.

3. Réduire le juste au légal, c’est présupposer qu’il n’y a rien au-dessus du droit positif. Et c’est ce qu’essaient de défendre certains États au nom du principe de souveraineté, de non-ingérence. D’où une remise en question de l’universalité des droits de l’homme, non pas par rapport à ce qu’ils sont de fait, mais par rapport à ce qu’ils prétendent être en droit. Cela est dangereux parce que cela revient à accepter une culturisation du droit et une absolutisation de la culture, d’où un relativisme et une tolérance sans limites et une remise en question de l’unité du genre humain sous la diversité des cultures. D’où la nécessité d’affirmer la nécessité d’un droit naturel. (Léo Strauss).

       4. Réduire le juste au légal, c’est réduire le juste à la conformité de l’acte avec la loi mais on peut aussi considérer que la justice regarde aussi les intentions. (Il y a un débat entre les morales utilitaristes et les morales de l’intention)

Le juste, c’est l’égalité (car c’est une valeur centrale de nos sociétés, hommes égaux par nature et il y a même une passion de l’égalité), mais

1. on peut distinguer 2 formes d’égalité : Selon Aristote dans le domaine politique et dans les échanges économiques, ce qu’il appelle la justice directive: ce qui est juste c’est l’égalité arithmétique : un citoyen = un citoyen ou un acheteur = un acheteur, il faut que l’équilibre soit rétabli par la peine égale au dommage subi, que tout criminel tombe sous le coup de la loi. Par contre, dans le domaine de la justice distributive, lorsqu’il s’agit de décider des charges, des récompenses, des avantages ( et aujourd’hui des aides sociales) : ce qui est juste, c’est l’égalité géométrique. Et c’est alors par rapport à un troisième terme qu’on va évaluer chacun et répartir ou distribuer à proportion selon le mérite, les besoins, le travail ce qui est du à chacun ou ce qu’il doit…

2. on peut penser que l’idéal égalitaire n’est ni réalisable, ni souhaitable

 3. on peut penser que toutes les inégalités ne sont pas injustes : c’est ce à quoi en arrive John Rawls avec sa procédure du voile d’ignorance : les hommes vont s’accorder sur deux principes :

- Une égalité stricte dans l’attribution des droits et des devoirs et cela pour préserver les libertés de base, partant du principe que « les libertés de base ne peuvent être limités qu’au nom de la liberté »

- On peut accepter les inégalités socio-économiques sous différentes conditions :

1) si il y a au départ un principe d’égalité des chances ce qui implique que l’État doit intervenir pour atténuer les inégalité sociales ou naturelles ;

2) il faut que ces inégalités soient au profit des plus désavantagés. RAWLS voit la société comme une grande entreprise de coopération où l’enrichissement des uns n’est acceptable que si ça profite à tous. RAWLS ne croit pas à la théorie de la main invisible d’Adam SMITH pour qui il est inutile d’intervenir dans l’économie, de la réguler, elle profite naturellement à tous. Les plus riches croient travailler à leur intérêt privé mais en réalité ils travaillent pour l’intérêt général. RAWLS préfère un État interventionniste qui redistribue, qui évite l’accumulation de la propriété ou de l’épargne par exemple.

D’où la conclusion de RAWLS « l’injustice n’est pas l’inégalité, elle est simplement constituée par des inégalités qui ne bénéficient pas à tous ».

Le juste, c’est l’équité : “Car ce qui fait que tout n’est pas compris dans la loi, c’est qu’il y a des cas particuliers pour lesquels il est impossible d’établir une loi : en sorte qu’il faut avoir recours au décret. » Aristote. L’équité, c’est en quelque sorte la justice et son souci d’égalité pondérés par la compassion, par la prise en considération du cas particulier.

Fiche révision: Le vivant

Il est trés rare que cette notion « tombe au bac » mais ce n’est pas exclu ni en L ni en S ou ES

. Si elle tombe, les sujets sont assez prévisibles: c’est

  1. soit la question de la connaissance du vivant ( et plus précisèment de savoir si on peut connaître le vivant comme la matière dans une approche mécaniste selon le principe de causalité), ce qui revient à se demander si Descartes a raison!
  2. soit la question du rapport au vivant: la question du respect de la nature ou de l’expérimentation animale

Cette fiche permet de retenir l’essentiel des 3 conceptions sur le vivant: la conception vitaliste (Aristote), la conception mécaniste ( Descartes) et la conception organiciste qui souligne que ce qui distingue le vivant de la matière, c’est la finalité opposée à une simple causalité (Kant et la conception de la biologie actuelle)

Cette fiche est construite dans la logique d’un sujet type 2.

ATTENTION : si vous avez un sujet sur le vivant, ne pas opposer l’homme au vivant ( il est aussi un être vivant!) ni réduire le vivant à l’homme ( tous les êtres vivants ne sont pas nécessairement pensants)

Le vivant (et l’expérimentation)

On peut considérer que la question de l’expérimentation en biologie soulève 2 questions :

  1. une double question épistémologique :

a)      si on définit un organisme vivant comme un individu, c’est-à-dire une totalité indivisible et unique, dans ce cas que vaut la mise à l’épreuve d’une théorie générale à un ou des cas particuliers, aussi bien au plan individuel (tester sur un individu vaut-il pour tous ceux de la m^me espèce ?), qu’au plan des espèces (tester sur animal un traitement destiné à l’homme ?)

b)     

  1. peut-on analyser et expliquer le vivant comme on le fait avec de la matière inanimée ?
  2. une question éthique : l’expérimentation sur le vivant, sur l’animal est-elle légitime ?

 La réponse à ces   2 questions va dépendre de la conception que l’on a du vivant :

-          la conception mécaniste : elle consiste à réduire le vivant  à un objet, une chose, une machine. Cette réduction est due à Descartes et à sa théorie des « animaux-machines ». Cette réduction part d’un constat, il y a dans le vivant certains fonctionnements mécaniques. On peut penser aux métabolismes, qui se font de manière automatique. Cela est renforcé par la pertinence des analogies mécanistes, par exemple comparer le cœur à une pompe permet de rendre compte de son fonctionnement (cerveau = ordi ; colonne vertébrale = charnière). Certains échanges standard d’organes par des pièces mécaniques renforcent cette vision. Cette conception mécanique a également une raison épistémologique (épistémée = science). À partir du XVIIème siècle, on veut faire de la biologie une véritable physique du vivant et donc on doit rompre avec le vitalisme qui consiste à penser le vivant comme ce qui est animé, c’est à dire doté d’une âme qu’on associe à un souffle, à une énergie, à un esprit ; d’où une approche qualitative du vivant. Alors que la physique pense du quantitatif. Et à cela s’ajoute une raison métaphysique, séparer l’esprit de la matière c’est autoriser la domination de la matière par l’esprit, donc la science et la technique. (homme = matière + esprit => individu).

-          Limites de cette  conception : conception organiciste: il y a dans le vivant, en plus de la force motrice, une force formatrice et organisatrice, selon Kant qui fait qu’un être vivant et capable de se reproduire, de l’auto-réparer (dans une certaine limite), de s’autoréguler, de l’organiser, de s’adapter en tendant vers une fin (BICHAT en 1800 définissait la vie comme « l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort » alors que dans la matière il n’y a que déterminisme, causalité, il y a aussi dans le vivant finalité externe et interne. Cette force formatrice, organisatrice souligne qu’entre le vivant et la machine, il n’y a donc pas simplement une différence de degré dans la complexité, dans la miniaturisation, mais un « écart ontologique », c’est à dire une différence au plan de l’essence, une différence de nature. 

-          D’où théorie vitaliste (ou émergentiste) : pour l’émergentisme, une machine n’est qu’une somme de pièces agencées de manière à réaliser une fin et elle n’est pas plus que cette somme qui peut être pensée analytiquement. (analyse = décomposer), alors qu’un organisme vivant est plus que la  somme de ses parties (d’où l’échec de Frankenstein et l’impossibilité d’expliquer certaines propriétés de niveau N+1 par ce qui est au niveau N, éléments chimiques.) qui ne peut être saisie que synthétiquement parce que il est une totalité où modifier une partie, c’est modifier l’ensemble. CANGUILHEM (1904-1955) disait en ce sens « il n’est pas certain qu’un organisme après ablation d’un organe soit le même organisme diminué d’un organe ». Donc ce qui caractériserait le vivant, c’est une finalité interne, une certaine autonomie, une forme de liberté, un mouvement irréductible à des explications mécanistes, c’est le principe du vitalisme, qui oblige à reconnaître que si on peut décrire le vivant, on ne peut saisir ce qu’est la vie, qui est une synthèse ( un miracle continué aussi en un sens !) par une analyser. Analyser la vie, c’est la « tuer » en un sens.

 CONCLUSION

La conception mécaniste rend l’approche scientifique pertinente et légitime, les autres conceptions soulignent ses limites et remettent en question sa légitimité ( au nom de quoi réduire des fins en soi à des moyens pour !).

La conception mécaniste et même organiciste de Kant va donner une ETHIQUE INCLUSIVE réservant le respect à l’homme qui seul est pensant ( Descartes), qui seul peut se donner par sa raison et sa volonté ses propres fins ( ce qui fait de lui une fin en soi) tandis que l’animal bien que finalisé ( organisation interne en vue de se maintenir en vie ou idée de morphogenèse et capacité d’adaptation; et finalité externe, faisant partie de l’ordre de la nature) l’est par sa nature; il peut donc être utiliser comme un moyen et ne peut être que préserver pour servir les fins de l’homme, avec au mieux le devoir de lui épargner une souffrance inutile au regard de la qualité d’être sensible ( Jérémy Bentham) de certains êtres vivants.

La conception vitaliste peut déboucher , ainsi que le constat d’une finalité, sur une ETHIQUE EXTENSIVE qui amène à considérer que les êtres vivants sont en eux-mêmes dignes de respect, et doivent être considérés comme des « sujets-d’une-vie » en tant que tendus vers un but vivre, être et comme des « sujets » semblables à nous, humains, en ce qui concerne des êtres vivants supérieurs qui témoignent en plus de facultés semblables au nôtres : culture, pensée, technique… Les traiter comme de simples moyens serait alors faire du spécisme!!

Fiche récapitulative

Si vous parvenez à compléter cette fiche, vous êtes sur la bonne voie et vous pourrez utiliser les nuances de sens (1/2) pour construire vos plans!

Fiche de révision:

  1. (Sens 2) La pensée s’oppose à …………………(ou le ……………………..). On y est, comme dans la caverne de Platon, parce qu’on est prisonnier de ………..……………………….……………………………………………. Penser, c’est d’abord  « dire non » selon Alain, douter, connaître pour pouvoir …………….. (ce n’est donc  pas seulement avoir une activité psychique ; sens 1).
  2. La liberté, c’est :
  • ………………………………………………., (sens 1) c’est-à-dire le fait de pouvoir faire, vouloir, choisir ce qui nous plaît. C’est ce qu’on appelle aussi la liberté naturelle, celle que nous aurions eu avant d’entrer dans des Etats.
  • ……………………………………………………., (sens 2) c’est-à-dire le faire de n’obéir à personne d’autre que soi , d’être maître de soi ( ce qui revient à obéir à sa raison ou à agir en accord avec soi – l’opposé de la liberté, ce n’est pas la nécessité mais la contrainte, selon Spinoza). Conséquence du sens 2 :
  • On peut donc être libre tout en obéissant à la loi, si elle est l’expression de la raison.
  •  D’autant que la liberté au sens 1 peut n’être qu’un rêve, qu’une illusion : on n’est pas libre dans nos choix (critique du libre arbitre de ……………………………….. par ……………………………….. ( les hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de ce qu’ils font, de ce qu’ils veulent mais pas de ce qui les poussent à  faire et vouloir) ; ce qu’on appelle liberté n’est qu’un esclavage du désir et des autres ( rapports de force : quand on fait ce qui nous plaît on, fait souvent ce qui déplaît aux autres)
  • On peut considérer avec ……………………. que l’homme est toujours libre, « condamné à être libre ».
  1. L’Etat, c’est un pouvoir ……………………………………………………………………………………………………….

Il a été mis en place soit pour assurer la sécurité (……………….. d’où un contrat de soumission à un souverain, qui a le pouvoir législatif et exécutif), soit pour assurer sécurité et liberté ( ………………………………… d’où contrat de soumission à tous, le peuple est souverain, il a le pouvoir législatif et le gouvernement le pouvoir exécutif ; c’est le principe de la république).

  1. Il y a plusieurs visages de l’Etat : l’Etat gendarme qui se contente de remplir les fonctions régaliennes ( paix et sécurité, justice) ; l’Etat-providence ( qui intervient aussi dans l’économie pour corriger les inégalités ou le prévenir) ; l’Etat paternaliste qui voudrait aussi s’occuper du bonheur des citoyens ( attention, despotisme doux selon Kant et Tocqueville , le bonheur doit rester une affaire privée)
  2. Le droit positif (sens 1) , ce sont les lois de l’Etat (positif car écrit). Le droit positif est sensé s’opposer à la …………………….., mais comme le montre à cause de la nature déraisonnable des hommes, il n’est que la légitimation de la force ( selon ……………….., « ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste »). Il est l’expression de la volonté générale des dominants, selon ………….. .
  3. Le droit positif n’est pas le seul à définir ce qui est juste, il y a aussi les droits  ………………………., …………………………….., ……………………………… .

Et ces différents droits (sens 1, 2, 3, 4) peuvent se contredire.

  1. Le travail, c’est soit  le ………………… (sens 1) (qui est le signe de notre soumission à la nature, servitude, contrainte, vision négative), le travailleur est alors selon Hannah Arendt « ………………………………………………. » ; soit l’………………………… (sens 2) (qui est le signe que le propre de l’homme est de nier la nature, de la transformer de manière consciente, libre et réfléchie, vision positive du travail qui caractérise l’homme et permet de se réaliser en tant qu’homme) le travailleur est alors selon Hannah Arendt, « ………………………………………………. ».
  2. Si l’homme est « un porteur et fabricateur d’outils », le passage de l’outil à la machine est source d’…………………………….. L’ouvrier devant la machine est alors dépossédé, selon …………………, de la dimension d’œuvre, de l’acte même de travailler, de sa production. Et le temps libre libéré par la machine n’est pas nécessairement libre.
  3. Pourtant la technique est le propre de l’homme qui est un animal « …………………………………. » et qui compense par des outils ce que la nature ne lui a pas donné. C’est grâce à l’alliance de la science et de la technique que naît la technologie et que l’homme va pouvoir devenir selon Descartes, « comme…………………………………………………………de la nature » car » on ne commande à la nature qu’en lui obéissant » comme le disait Bacon.

10.  Le développement de la technique met aussi en péril la Nature d’où la nécessité de la protéger pour nous protéger nous-mêmes ( respecter : préserver ( sens 1) : écologie……………………) ou même de la respecter au sens fort du terme ( sens 2, de l’ écologie……………………… , qui veut montrer que les êtres vivants ne sont pas seulement des machines comme le disait ………………………… avec sa théorie des animaux machines, mais des êtres finalisés ( Kant- force formatrice) et même capable de se donner les propres fins (ils pensent, sentent, ont des valeurs, sujets d’une vie)

  1. Selon Hannah Arendt une œuvre d’art se distingue des autres objets (objets d’usage, de consommation) par son non-usage et le fait que n’étant faite que pour être contemplée, par sa durée. Une œuvre d’art est faite pour être ……………….. Une œuvre d’art bien qu’inutilitaire n’est pas inutile,   si elle ne se contente pas d’imiter la réalité (ce qui serait dommage selon …………………., car ce serait pour lui la réduire à une pâle et mauvaise copie de la réalité ; et ce qui serait même dangereux selon ………………… ), car elle peut « non pas rendre le visible, mais rendre visible » selon le peintre Paul ……….., elle lève le voile que la Nature a placé entre nous et le réel pour nous permettre de vivre selon……………………  et selon Adorno, « la fonction de l’art dans un monde purement fonctionnel, c’est son ……………………………………………………………… » qui nous invite à nous interroger sur notre monde et à en envisager un autre possible.
  2. Il y a 4 critères de vérité :
  • 1 .
  • 2 .
  • 3.
  • 4 .

Et la science par sa méthode expérimentale peut satisfaire aux plus solides.

  1. La méthode expérimentale, c’est qu’on commence par ………………………………………., puis on ………………………………………………. Et enfin …………………………………………… . Mais avant cela, il faut que l’esprit scientifique se soit vidé de toutes « les connaissances » antérieures. Cette purification, c’est ce que Bachelard appelle une « ……………………………………………………………………………. » dont le but est de lever les « ……………………………………………………………………………………….. » que sont l’opinion, la connaissance sensible et certaines tendances de l’esprit.
  2. (sens 1) On croit que la science est empiriste et inductiviste, c’est-à-dire que sa connaissance s’appuie sur l’expérience et en dérive toute entière ; et à partir du particulier observé, elle émet de lois générales. Mais  (sens 2) elle est plutôt rationaliste et déductive (c’est par le général qu’on déduit le particulier). C’est la théorie qui est la plus importante :

c’est grâce à elle que l’on sait quoi observer (plan d’observation) , qu’on se heurte à des problèmes ( « observations polémiques » selon Bachelard) et qu’on formule de bonnes hypothèses ( « si la question est stupide, il y a peu de chance que la réponse le soit moins ») et qu’on sort de certains paradigmes ( manière propre à une communauté scientifique de se représenter le réel selon Kuhn, qui est le résultat d’une histoire, d’une éducation commune).

  1. On pense que la science détient des vérités, car elle peut prouver ces théories par expérimentation, mais :
  • comme le souligne …………………….., on ne peut pas vérifier une théorie, car on ne peut pas faire toute l’expérience possible
  • on ne peut qu’être sûr du faux, une seule falsification et la théorie est à revoir.
  • Mais il se peut que ce ne soit pas la théorie qui soit fausse, mais que la falsification vienne du contexte théorique, des outils techniques utilisées.
  1. On ne peut plus alors parler de vérité en science ( hormis dans les sciences pures comme les mathématiques et la géométrie qui établissent des vérités formelles sans rapport avec le réel, conditionnelles) si par vérité, on entend une idée vraie de manière absolue ( sens 1). On ne peut parler que de probabilités, de « corroborées » selon …………………… , de vérités provisoires en n’étant jamais sûr à 100% que notre théorie soit la seule et bonne explication du réel ( on ne peut  ouvrir le monde comme une montre selon Einstein)
  2. Mais on peut penser autrement la vérité. C’est ce que propose……………………………………. avec la vérité………………………………….. (sens 2). Pour lui, comme on ne peut pas dire si une théorie copie le réel, est la véritable image du réel, on peut par contre évaluer si cette théorie nous permet de prévoir ce qui va arriver, si elle marche, si elle est avantageuse pour la pensée et l’action. Si elle le permet, elle est vraie.
  3. Cette 2ème définition de la vérité est moins ambitieuse que la première ! Mais si le but de la science était de connaître, de contempler l’ordre de la Nature dans l’Antiquité ; depuis le XVIIème, il est aussi et surtout d’agir sur la nature. Comme le disait Auguste Comte au XIXème siècle « Science d’où ……………………… ; ………………………………. d’où ……………………… ».