Séance 8: Un christianisme devenu religion officielle de l’Empire.
Jeudi 3 juin 2010Intro
Résumé des épisodes précédents
Diapo Le 30 avril 311 l’édit de tolérance de Galère met fin aux persécutions contre les chrétiens
Diapo Les estimations très difficiles oscillent entre 3 et 5% de la population , 10% pour les plus généreuses, dont la majorité dans la partie orientale du territoire. . Le christianisme est surtout bien implanté en Orient où après les villes, il gagne les campagnes . En Occident, le christianisme reste un phénomène urbain ; les populations rurales restent païennes. [En dehors de l’Empire romain, il s’étend dans l’Empire perse, l’Arménie et la Géorgie, en Ethiopie].
Moins d’un siècle plus tard, le 28 février 380, l’empereur Théodose prend l’édit suivant: Diapo « Nous voulons que tous les peuples régis par le gouvernement de Notre Clémence pratiquent la religion transmise aux Romains par le divin apôtre Pierre, telle que se manifeste jusqu’à maintenant la religion qu’il a enseigné […] à savoir que nous devons croire en une divinité unique, Père Fils et Saint Esprit, dans une égale majesté et une saint Trinité. Nous ordonnons que ceux qui suivent cette loi soient rassemblées sous le nom de chrétiens catholiques ; quant aux autres, insensé et fous nous jugeons qu’ils doivent supporter l’infamie attachée au dogme hérétique que leurs assemblées ne reçoivent pas le nom d’Eglises, que, frappés tout d’abord par la vengeance divine, ils le soient ensuite par le châtiment de notre action inspirée par la volonté céleste » (Code Théodosien, XVI, 1,2)
Ce même empereur décrète en 391 l’interdiction du paganisme doublée de l’interdiction générale des cultes et des sacrifices dans les temples. C’est dans ce contexte que se situe l’action du film Agora qui raconte la mise à sac du Serapeum d’Alexandrie. Vidéo
Comment expliquer un retournement de situation aussi rapide ?
Bibliographie
Sources
Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin.
Vers 318-321 : Lactance (v250-325) De la Mort des Persécuteurs.
Filmographie
Chronologie
597-538 : exil du peuple juif à Babylone
336-323 : règne d’Alexandre le Grand.
Milieu du IIIe siècle : traduction de la Torah en grec, la Septante.
IIIe siècle : rédaction de l’Ecclésiaste.
167 : Antiochus IV Epiphane tente d’helléniser la Palestine par la force.
Milieu du IIe siècle, rédaction du IIe Livre des Macchabées par un auteur anonyme.
Vers 0 : rédaction du Livre de la Sagesse à Alexandrie
6avJC ?: naissance de Paul en Galilée ?
Vers 0 ?: ses parents sont déportés à Tarse en Cilicie ?
Vers 15 ?: Paul étudie à Jérusalem
33 ? : Conversion de Paul à Damas
34 ?: séjour de Paul chez les Arabes nabatéens.
37 ?: revenu à Damas, Paul s’enfuit et échappe à l’ethnarque du roi Arétas (mort en 39)
37 ?: 1ère visite à Jérusalem. Paul retourne à Tarse il revient à Antioche et instruit les nouveaux chrétiens.
41 (ou 49) : décret de Claude expulsant les juifs de Rome
41 : premier voyage missionnaire de Paul avec Jean Marc sous la responsabilité de Barnabé (Chypre et Anatolie)
45-46 : hiver à Antioche. 2ème mission avec Silas sans Barnabé. Paul est chef de mission il repasse au centre de l’Anatolie.
46, été : Paul évangélise la Galatie du Nord (région de Pessinonte), la Macédoine (Philippes, Thessalonique) et séjourne en Grèce principalement à Corinthe (18 mois ?) puis débarque à Césarée, descend à Antioche.
48/49/50 ? : le « concile de Jérusalem » avec Barnabé et Tite (« après quatorze ans Ga 2,1). Paul à Antioche. Incident avec Pierre (Ga 2, 11-14)
50 : Paul s’installe à Ephèse qui devient le centre de son rayonnement missionnaire
50-51 ?: 1er épître de Paul aux Thessaloniciens
51-52 : proconsulat de Gallion à Corinthe. Paul comparaît devant lui lors d’un passage à Corinthe.
54 ? : épître de Paul aux Galates destinée à une communauté essentiellement païenne
55 ? : 1er épître de Paul aux Corinthiens
57-58 ? : épître de Paul aux Romains destinée à une communauté plus mélangée plus enracinée dans le judaïsme
62 : Lapidation de Jacques, frère de Jésus
??: Arrestation de Paul à Jérusalem
64, 19 juillet : incendie de Rome
Vers 64/65 : mort de Pierre à Rome lors des persécutions de Néron ?
Vers 64/67 : mort de Paul par décapitation
66-70 : révolte juive en Judée ; reprise de Jérusalem par les Romains et destruction du Temple.
Vers 66/70 : Évangile selon Marc
Vers 80/85 Évangile selon Matthieu et selon Luc
Vers 80/90 Actes des apôtres
90/100 : Flavius Josèphe Antiquités juives
Vers 90/100 : Évangile selon Jean
Début IIe siècle : Évangile de Pierre ; Questions de Barthélemy
Début IIe siècle : « la finale de Marc » sur la Résurrection aurait été ajouté au texte initial.
Vers 115 l’évêque Ignace d’Antioche forge le néologisme « christianisme » martyre d’Ignace à Rome
135 : seconde révolte juive
Vers 135 : papyrus Ryland (Manchester) plus ancien fragment connu d’une copie d’évangile
Vers 140 : édition des épîtres de Paul par Marcion
Vers 175 : papyrus Bodmer (Genève) plus ancienne copie presque complète de l’évangile selon Jean
177 : persécution à Lyon
178 ?: CELCE dans son Discours véritablecontre les chrétiens,
Vers 200 : papyri Cheaster Beatty (Dublin), plus anciennes copies des épîtres de Paul
Vers 200 : évangile de Thomas
202 : Septime Sévère promulgue un édit interdisant strictement le prosélytisme juif et chrétien.
Vers 250 : ORIGENE, Contre Celse, réfute le Discours véritable
Fin IVe-début Ve : Codex le plus ancien complet du Nouveau Testament : Vaticanus (Rome), Sinaïticus, Alexandrinus (Londres)
307 31 mars, Panégyrique de Maximien et Constantin
310, Panégyrique de Constantin
312, 28 octobre : bataille du Pont Milvius.
312, Discours de remerciement à Constantin
313, 13 juin :
313, Panégyrique de Constantin
316 : début de la guerre qui oppose Constantin à Licinius.
Vers 318-321 : Lactance (v250-325) De la Mort des Persécuteurs.
321, Nazarius, Panégyrique de Constantin
324 Après la défaite de Licinius, Constantin devient seul empereur
326 : Constantin fait exécuter son fils Crispus et son épouse Fausta.
330 : Constantin inaugure sur le site de Byzance sa nouvelle capitale, Constantinople
500-520, Zozime rédige son Histoire nouvelle.
1455, Piero della Francesca, Le songe de Constantin
1613, Pieter Lastman, La bataille du Pont Milvius
I Le rôle de Constantin dans la christianisation de l’Empire.
A Une « conversion » décisive et soudaine.
Le songe ou la vision de Constantin ?
Vidéo Pour les sources chrétiennes cette conversion subite s’explique par un miracle : en 312, à la veille de la bataille décisive du Pont Milvius, aux portes de Rome, Constantin a une vision divine qui lui indique de marquer ses troupes de signe du Christ. Vainqueur reconnaissant il serait devenu le protecteur des chrétiens. en s’appuyant davantage sur la Raison que la Vision.
Sur les bords du Tibre, au pont Milvius à quelques km de Rome va se situer un des épisodes les plus déterminants de l’histoire de l’Empire et de celle du christianisme.
La veille de la bataille contre Maxence, Constantin aurait vu apparaître en songe les deux premières lettres du nom du Christ, le « chrisme » formé par les lettres grecques Khi et Rho X, et P superposées et croisée, tandis qu’une voix lui affirmait « Par ce signe tu vaincras ! ». A l’aube du 28 octobre 312, Constantin fait tracer le chrisme sur les boucliers de tous ses soldats. Il décide de se placer sous la protection du dieu chrétien : un dieu que Maxence ignore un dieu inconnu mais universel, un dieu qui vient de désigner Constantin pour être son héraut.
Diapo Inspirée par La Légende dorée de Jacques de Voragine, cette histoire a été largement popularisée par le magnifique Songe de Constantin de Piero della Francesca dans l’église de San Francesco d’Arezzo mais l’événement nous est connu par 2 récits d’époque : l’un d’Eusèbe de Césarée, l’autre de Lactance. Plus tard Rufin dans son histoire ecclésiastique reprendra librement Eusèbe de Césarée
Diapo Constantin remporte la bataille du Pont Milvius et Maxence se noie dans les eaux du Tibre. Le dieu chrétien s’est montré plus fort que tous les dieux de Rome. Constantin l’adopte alors comme son dieu personnel.
Des sources contradictoires et tardives
Diapo Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin : « A l’empereur adressant ses prières et demandes suppliantes, apparut un signe admirable envoyé par Dieu. Si ce récit était fait par un autre que lui les auditeurs n’y ajouteraient pas foi aisément. Mais puisque c’est l’Auguste vainqueur lui-même qui nous l’a rapporté, à nous qui écrivons cette histoire longtemps après quand nous fûmes parvenus dans sa connaissance et son intimité, et qu’il a confirmé sa parole par un serment religieux, qui après cela hésiterait à accorder créance à ce récit, surtout quand l’époque qui a suivi a confirmé la vérité de sa parole ? Aux heures d’après midi le soleil penchant vers le couchant, il vit de ses yeux, affirme-t-il, le trophée de la croix formé de lumière dans le ciel, superposé au soleil avec cette inscription : Par ce signe tu vaincras ! [In hoc signo vinces] et, à cette vue, lui-même et tous les soldats qui le suivaient furent frappés d’une vive stupéfaction »
Diapo Lactance écrit vers 318-321 : « La lutte s’engagea et les soldats de Maxence avaient l’avantage jusqu’au moment où, avec un courage renouvelé, Constantin, prêt à vaincre ou à mourir, amena ses troupes à proximité de Rome et s’installa aux abords du pont Milvius. On approchait du jour anniversaire de Maxence à l’empire, le 6 des calendes de novembres, et les quinquennales touchaient à leur fin. Constantin fut averti dans son sommeil de faire inscrire sur les boucliers le signe céleste de Dieu et d’engager ainsi le combat. Il obéit et fait inscrire le Christ sur les boucliers par la lettre X mise de travers avec son sommet recourbé. »
Les récits d’Eusèbe et de Lactance ne concordent pas, voire s’opposent. Ils se rejoignent néanmoins sur une conviction : le dieu des chrétiens, par son signe a donné la victoire à Constantin. Eusèbe et Lactance sont des chrétiens. L’ombre de l’apôtre Paul pèse sur leur récit comme un modèle : comme Paul, Constantin avant sa vision poursuivait les chrétiens et les persécutaient aux côtés de Dioclétien avant d’être retourné converti par la grande lueur venue du ciel. Pour Eusèbe il s’agit même d’une vision à la manière du chemin de Damas dans les Actes des Apôtres. Une vision dont l’empereur n’est pas le seul bénéficiaire puisque ses soldats eux aussi voient le signe, de même que ses compagnons de Paul furent témoins de l’apparition de Jésus : « vers midi, je vis ô roi, venant du ciel et plus éclatante que le soleil une lumière qui resplendit autour de moi et de ceux qui m’accompagnaient » (Ac 26,13) Ses compagnons sont « muets de stupeurs » (Ac 9,7) comme les soldats de Constantin.
Eusèbe situe la vision non pas à la veille de la bataille contre Maxence, mais bien avant, quand les légions de Constantin étaient en marche vers Rome, en Gaule ou dans le nord de l’Italie. Pour Eusèbe, c’est dans un second temps en rêve que le Christ est venu personnellement interpréter le miracle et donner à Constantin des conseils pratiques sur la confection du signe à porter sur ses armes et ses étendards.
Eusèbe de Césarée n’était pas un familier de Constantin. Il était évêque en Palestine à des milliers de km de la cour impériale et s’il rencontra Constantin, ce fut lors d’audiences publiques, au milieu d’autres évêques.
Lactance fait partie de la cour de Constantin. C’est un conseiller de l’empereur, peut-être même son ami ; il occupe en effet la charge de précepteur du fils aîné de Constantin, Crispus.
Nazarius rhéteur païen prononce le 1er mars 321 un panégyrique devant les fils de Constantin et raconte une toute autre histoire. Pour lui, selon une tradition très ancienne, peu de temps avant la victoire sur Maxence, l’armée de Constantin aurait été secondée par une autre armée, venue du ciel. Une troupe de soldats colossaux commandés par Divus Constantinus, Constance Chlore, le père divinisé de Constantin, envoyé par Apollon le dieu solaire, prêter main forte à son fils : Diapo « Bien que les Êtres Célestes ne tombent point d’ordinaire sous les yeux des Hommes, parce que la Substance, simple et immatérielle, d’une Nature subtile échappe à notre vue grossière et aveugle, pourtant tes Auxiliaires consentirent à se laisser voir et entendre, et ils ne se dérobèrent aux regards des Mortels qu’après avoir dûment porté témoignages de tes mérites [ceux de Constantin]. Mais quelle était, dit-on leur beauté ! Quelle était la vigueur de leur corps ! la grosseur de leurs membres ! la promptitude de leurs résolutions ! Il flambait je ne sais quel Feu redoutable sur leurs boucliers étincelants et leurs armes célestes brillaient d’une lumière terrifiante. Tels ils étaient venus pour attester qu’ils étaient à toi. Et voici les paroles et les propos qu’ils tenaient à qui les écoutait : ‘C’est Constantin que nous cherchons, c’est à Constantin que nous allons porter secours !’ Oui les Divinités ont aussi leur amour-propre et les Habitants du ciel sont eux aussi accessibles à la vanité. Ces Êtres descendus du ciel étaient fiers de combattre pour toi. A leur tête marchait je crois ton père, Constance, qui abandonnant à un fils plus grand que lui les triomphes Terrestres élevé désormais au rang des dieux conduisait des Expéditions divines… » Nazarius, Panégéryque de Constantin, XIV.
Ce n’est pas la vision qui est chrétienne c’est son interprétation.
En fait Eusèbe fusionne les deux traditions et les christianise mais le récit d’Eusèbe n’a aucune crédibilité fusionne l’apparition chrétienne du chrisme avec la tradition païenne de l’apparition d’Apollon solaire.
Une conversion sincère ?
Cette question divise les historiens
Personne ne sait et personne ne saura jamais ce que Constantin a vu ou cru voir ni dans quel sanctuaire gaulois ou sur quel chemin de Damas a eu lieu cette vision
Constantin remporte la bataille du Pont Milvius et Maxence se noie dans les eaux du Tibre. Le dieu chrétien s’est montré plus fort que tous les dieux de Rome. Constantin l’adopte alors comme son dieu personnel.
Dans le système tétrarchique instauré par Dioclétien chaque empereur revendique la protection d’un dieu.
- en 287, Dioclétien prend le titre de Jovius (descendant de Jupiter) et Maximien celui d’Herculus (descendant d’Hercule)
- lorsqu’en 312 Constantin marche contre Maxence qui tient Rome pour livrer la bataille décisive, c’est aussi la bataille des dieux qui s’engage. Maxence dispose de forces militaires supérieures, mais il dispose aussi symboliquement de tous les dieux de Rome : Jupiter, Mars, Vénus… et il est lui même descendant d’Hercule par son père Maximien, divinisé à sa mort. Maxence est ainsi le fil s d’un dieu allié à tous les deux de l’Olympe.
Face à lui Constantin ne fait pas le poids, ni en terme militaire ni en termes de sacralité impériale. Il n’a pour lui que la légitimité de son pouvoir de César et le soutien d’Apollon qui lui serait apparu, quelques mois auparavant vers 310 à Grand dans un sanctuaire gaulois des Vosges. Le dieu solaire, accompagné de la victoire, Sol Invicus lui aurait présenté une couronne marquée de XXX divin présage d’un règne exceptionnellement long.
Le caractère personnel de l’adhésion de Constantin au christianisme est fondamental pour comprendre le sens de ses actes où le narcissisme l’égotisme voire la mégalomanie ont vraisemblablement une part plus prépondérante que le désir d’offrir le salut éternel aux peuples qu’il domine. « la conversion de Constantin a été un caprice personnel » conclut Paul Veyne (Quand le monde est devenu chrétien, Paris : Albin Michel, 2007, p.121)
Constantin continue d’être pontifex maximus, le grand pontife de la religion traditionnelle. Peut-être par prudence pour ne pas heurter l’immense majorité de son peuple mais sans doute par conviction, son attachement au dieu Soleil n’a jamais été effacé par sa reconnaissance au dieu chrétien. Son monothéisme n’était pas un exclusivisme. Diapo Le dieu Soleil est demeuré dans le panthéon personnel de l’empereur. Il fait transférer de Rome à Constantinople le palladium, une antique statue d’Athéna qui était censée rendre imprenable la ville où elle était déposée, à Ilion, une statue d’Apollon, le Dieu Soleil. Sur les monnaies frappées au cours de son règne, les marques chrétiennes sont discrètes sinon absentes. Le monogramme constantinien apparait dès 315 mais de façon presque invisible sur le casque de l’empereur en alternance avec les étoiles solaires. En épigraphie le chrisme est exclusivement lié au nom de Constantin, comme son blason personnel. En revanche, l’imagerie solaire avec la légende Sol invicto comiti (Le Soleil invaincu compagnon) est largement présente dans son monnayage. Constantin est souvent couronné par le Soleil qui lui remet le globe de la puissance.
B Constantin, l’architecte de l’Empire chrétien.
Une tolérance accordée aux chrétiens.
En 313, les empereurs Licinius et Constantin promulguent l’édit de Milan, un édit de tolérance qui accorde la liberté de culte à tous dans l’Empire, y compris et surtout aux Chrétiens. Plusieurs causes peuvent expliquer ce revirement :
Quelques mois après la victoire du pont Milvius, le 13 juin 313, Licinius (v250-325) promulgue à Nicomédie un mandatum connu depuis le XVIIe siècle sous le titre d’édit de Milan parce qu’il résulte de conversations qu’auraient eues Constantin et Licinius dans cette ville.
Lactance donne une version légèrement différente d’Eusèbe mais les deux textes se recoupent sur l’essentiel : Diapo « Etant heureusement réunis à Milan, moi Constantin Auguste et moi Licinius Auguste, ayant en vue tout ce qui intéresse l’unité et la sécurité publiques, nous pensons que, parmi les autres décisions profitables à la plupart des hommes, il faut en premier lieu placer celles qui concernent le respect dû à la divinité et ainsi donner aux chrétiens, comme à tous, la liberté de pouvoir suivre la religion que chacun voudrait, en sorte que ce qu’il y a de divin au céleste séjour puisse être bienveillant et propice à nous-mêmes et à tous ceux qui sont placés sous notre autorité » (De la mort des Persécuteurs, 48) Le texte se poursuit par l’ordre de restituer aux chrétiens tous leurs biens, meubles et immeubles, et tout ce qui leur a été pris lors des persécutions.
Le compromis qui s’établit entre Licinius et Constantin ménage les convictions de l’un et de l’autre empereur. L’édit fait état d’un « divinité » terme équivoque puisqu’il n’est pas précisé s’il s’agit du dieu suprême des païens ou du dieu des chrétiens ; et si les chrétiens sont rétablis dans leurs possessions, c’est un souci de paix civile, avant tout un souci d’égalité avec les païens. Mais l’accord n’avait pas la même signification pour les deux signataires : aux yeux de Licinius, il s’agissait d’un maximum de mesures de simple tolérance concernant une religion parmi d’autres ; pour Constantin d’un maximum.
Tandis que Constantin gouverne l’Occident où il met en œuvre une politique ouvertement favorable aux chrétiens, Licinius qui gouverne l’Orient prend au contraire des mesures de répression au nom de la moralité, les chrétiens tenant des réunions « mixtes » très choquantes pour les païens. Le fossé se creuse irrémédiablement entre les deux Augustes jusqu’au jour où Constantin se faisant le champion de la cause chrétienne, se décide à attaquer Licinius défenseur de la religion traditionnelle.
Ce n’est pas une guerre de religion mais une guerre au nom de la religion, qui va durer de 316 à 324 mobilisant le plus grand nombre de troupes jamais engagées dans une guerre civile, environ 150°000 de chaque côté. Licinius perd bataille après bataille. Vaincu, écrasé à Chrysopolis, il finit par abdiquer avant de disparaître, mis à mort en 324.
Une volonté constantinienne de christianiser la société et les mœurs romaines
Le terme de conversion ne semble pas approprié pour Constantin, il faudrait pour décrire sa relation particulière avec le christianisme utiliser le terme « d’engagement ».
Constantin s’est engagé en faveur du christianisme. Il a choisi le chrisme comme symbole personnel. Il a proclamé qu’il se plaçait sous la protection de Dieu le Père. Sous l’influence d’Ossius de Cordoue, son homme de confiance, il a légiféré pour que l’Eglise s’épanouisse dans l’Empire jusqu’à en être la colonne vertébrale. Il a accordé aux évêques un droit de justice supérieur à celui des tribunaux ordinaires, leurs sentences étant exécutoires et sans appel.
Constantin s’est assuré le soutien des évêques qui « recevaient personnellement et d’une manière courante des lettres, des honneurs, de riches cadeaux de l’empereur » (Vie de Constantin)
Hormis les exemptions d’impôts ou de charges civiques qui bénéficieront au clergé, suivront un nombre impressionnant de mesures au bénéfice du christianisme :
- le dimanche « jour du Soleil » pour les païens devient jour férié pour les chrétiens (jour du Seigneur)
- l’Eglise peut désormais recevoir des dons ou des legs, les esclaves peuvent être affranchis dans les églises par une simple déclaration comme ils pouvaient l’être dans les temples païens.
- De son côté, l’Etat prend les orphelins en tutelle, défend les veuves, soutient les familles pauvres pour les empêcher de vendre leurs enfants ou de les prostituer, sans compter tout ce qui « moralise » la vie privée, le divorce l’adultère le rapt le mariage des mineures, le concubinage, etc. Alors que tu temps d’Auguste, les célibataires étaient lourdement taxés pour leur refus, ou leur impossibilité de se marier et de se reproduire, Constantin inverse la législation. Il les exonère d’impôts, exaltant au contraire la virginité, la chasteté, l’abstinence.
- Alors que le droit civil valorise la conception chrétienne des mœurs et de la vie privée sur le terrain pénal le supplice de la croix est désormais interdit, les chrétiens condamnés à mort ne sont plus livrés au cirque comme gladiateurs mais envoyés aux travaux forcés dans les mines, les criminels ne sont plus marqués au visage « qui a été formé à l’image de la beauté céleste » selon la justification que reprendra le Code Théodosien, IX, 40,2.
La vie de tous les jours est également christianisé
- le cycle de la Pâque juive est reproduite et transformée avec ses sept semaines révolues (49 jours) et une fête de clôture , la Pentecôte qui signifie le 50e jour. Pâque la fête du Passage (de l’ange au-dessus des maisons des hébreux (Ex 12,13 : Pessah) paraît dans sa traduction Pascha du verbe grec je souffre et donc à la Passiondu Christ. C’est lors du concile de Nicée en 325 que les Pâques chrétiennes furent détachées de la Pâque juive le 14 Nissan pour être fixées au 1er dimanche après la 1ère lune qui suit l’équinoxe du printemps. La fête de l’Ascension et le carême se mettent en place.
- le 25 décembre devient la fête de la naissance de Jésus en Occident car elle correspond à la fête du Soleil invincible en Occident.
- L’instauration de la semaine de 7 jours remplace le système complexe grec ou latin des décades, calendes, nones et ides. Plus simple car il est détaché du rythme irrégulier des mois. Constantin impose le repos dominical qui satisfait l’interprétation chrétienne inspirée du calendrier juif. Mais là encore l’ambiguité demeure : les noms anglais conservent l’origine planétaire du système : le dimanche « jour du soleil » et « jour du siegneur » pour les chrétiens »
En reconnaissant au christianisme le statut de religion, Constantin introduisit de fait un nouveau régime, totalement inédit : le régime de christianité, lequel allait mettre fin à la civilisation qui s’épanouissait jusqu’alors et qui n’avait rien de décadente. Il en fit une antiquité, une civilisation dont les valeurs de référence étaient périmées. Dans ce régime, la fonction d’instance instituante, l’autorité (auctoritas) n’appartenait plus au politique, mais à la religion chrétienne, institution bien distincte du politique. La puissance publique, l’État, ne détenait plus qu’un pouvoir (potestas). Sa fin était de servir l’Église, détentrice de la fin véritable de l’homme : le salut éternel.
Avec Constantin, l’Eglise est placée en dehors et au dessus de la loi commune.
Une volonté constantinienne de régler les affaires de l’Eglise.
Son engagement pour le christianisme lui apportait en dot l’organisation solide des communautés chrétiennes, leur système d’entraide et de secours, les moyens de communication du réseau d’évêchés. Un empereur avisé comme lui pouvait ainsi dédoubler l’administration impériale, très décentralisée, trop légère et parfois défaillante et conforter à bon compte son pouvoir à travers tous ses territoires.
Une fois seul empereur, comme ses prédécesseurs, Constantin se doit d’assurer l’unité de l’Empire. Ainsi l’empereur se retrouve-t-il amené à faire de la cohésion de l’Eglise son affaire, voire son souci personnel, l’unité de l’Eglise devenant garante de celle de l’Empire.
En 313 Constantin est entrainé contre son gré dans le conflit entre « confesseurs », les chrétiens qui avaient souffert des persécutions de Dioclétien en « confessant » leur foi sans la renier et les traditores ceux qui avaient remis les livres saints qui avaient trahis.
L’évêque de Carthage Donat qui s’est opposé fermement aux païens durant les persécutions n’a de cesse de dénoncer les traditiores qui ont repris à la fin des persécutions des fonctions éminentes dans l’Eglise. Il les condamne comme des apostats indignes d’exercer le sacerdoce, professant que l’intégrité précède l’universalité comme preuve de catholicisme. Sa rigueur finit par provoquer le schisme donatiste.
Ces derniers se tourne vers l’empereur. Constantin tergiverse, protestant qu’on attend de lui « un jugement terrestre alors qu’il n’est en quête que du Jugement de Dieu( Lettre de Constantin au synode d’Arles). Finalement l’empereur prend parti pour l’ordre, pour les catholiques de la Grande Eglise, l’Eglise des évêques contre les donatistes. En 317, une loi ordonne la confiscation de leurs biens et la dissolution de leurs communautés
Constantin est amené également à arbitrer une crise plus grave, la crise arienne.
Diapo Le 20 mai 325, Constantin fait son entrée au milieu des évêques réunis pour le Concile de Nicée
« Au signal qui indiquait l’entrée de l’empereur tout le monde se leva et Constantin en personne passa par le couloir central comme un ange céleste du Seigneur. Sa robe resplendissante brillait comme la lumière, elle brillait de sa couleur pourpre et scintillait d’or et de pierres précieuses.
J’avais un ardent désir mes très chers frères de vous voir rassemblés. Aujourd’hui mon rêve est réalisé, aussi je remercie Dieu, le roi suprême qui , outre les innombrables bienfaits dont il m’a comblé m’a accordé la grâce la plus grande de toutes de vous réunir et d’être le témoin du concert de vos sentiments. Qu’aucun ennemi ne vienne donc désormais troubler cet heureux état de choses. Les divisions internes de l’Eglise me paraissent plus graves et plus dangereuses que les guerres et autres conflits, elles me font plus de peine que tout le reste » Eusèbe de Césarée Vie de Constantin.
Depuis 310, un prêtre d’Alexandrie Arius professe que seul le Père est éternel et que le Fils a été « engendré ». Reprenant des théories comme celle de Lucien d’Antioche il affirme que le Christ est un homme adopté par Dieu au point d’en partager la substance pour ne former qu’un avec lui.
- Pour ces derniers, il y a une « monarchie » divine dont le Père est le souverain solitaire est incontestable. Dieu est le seul Dieu de toute éternité, comme dans la prière Shema Israêl : « Ecoute Israël notre Dieu éternel, notre Dieu Un » Le Père a crée le Fils pour qu’à son tour il soit créateur. « Premier né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses dans les cieux et sur la terre » (Col 1,15-16) écrit Paul dans l’épitre aux Colossiens. Le Fils n’est que l’instrument de la création choisi par le Père auquel il est subordonné. Paul dans la première épître aux Corinthiens s’écrie : « Le chef du Christ, c’est Dieu » (1 Co 11,3) ce qui suppose une hiérarchie divine. Arius s’appuie sur la logique des textes du Nouveau Testament où à plusieurs reprises Jésus s’adresse au Père. Seul Dieu est éternel et incréé. Il y a donc engendrement du Fils par le Père. Et s’il y a engendrement, cela signifie « qu’il fut un temps où il n’était pas » ; que le Fils a été créé et s’est mis à exister dans le temps qu’il est donc dans une position secondaire par rapport au Père.
- A l’opposé l’évêque d’Alexandrie Alexandre défend la « co-éternité » du Père et du Fils et réfute l’idée d’une génération du Fils dans le Temps. LE Père ne peut exister sans le Fils, le Fils sans le Père, il y a unicité dans l’inengendré, sans préséance ni hiérarchie.
Diapo Grégoire de Nysse nous rapporte dans un de ses sermons : « Priez un homme de vous changer une pièce d’argent, il vous apprendra en quoi le Fils diffère du Père. Demandez à un autre le prix du pain, il vous répondra que le Fils est inférieur au Père. Informez vous si le bain est prêt, on vous dira que le Fils a été créé de rien. »
Pour réfuter Arius, les évêques s’emploie à rédiger une confession de foi un « symbole » dont le maître mot est homoousios, consubstantialité du Père et du Fils. La figure du Christ est définitivement à égalité avec Dieu.
Diapo « Nous croyons en un seul Dieu Père tout-puissant, créateur des choses visibles et invisibles et en un seul Seigneur Jésus-Christ, le fils de Dieu engendré unique du Père, c’est à dire de l’essence du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, Dieu véritable de Dieu véritable, engendré, non pas créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait, les choses dans le ciel et celles de la terre, lui qui pour nous les hommes et pour notre salut est descendu et s’est incarné, s’est fait homme, a souffert et est ressuscité le troisième jour est monté dans les cieux, qui viendra juger les vivants et les morts et en le Saint-Esprit »
Outre Arius, seuls Secundus évêque de Ptolémaïs et Théonas évêque de Marmarique repoussent le texte repoussèrent ce texte présenté indivduellement à tous les pères par Philoumenos, ministre de Constantin dont l’orthodoxie était aussi connue que la brutalité : « Ceux qui disent ‘il fut un temps où il n’était pas’ et ‘avant d’être engendré, il n’était pas’ et qu’il a été tiré du néant, ou qu’il est d’une autre substance ou essence disant que le Fils de Dieu est changeant et variable, ceux là l’Eglise catholique et apostolique les anathémise » Vie de Constantin. Arius et les deux réfractaires sont immédiatement exilés.
Mais l’accord trouvé à Nicée était équivoque et les querelles perdureront jusqu’au concile de Constantinople en 381 sous théodose.
Avant de disperser le concile Constantin invita les évêques à un grand banquet et leu offrit de nombreux cadeaux pour les remercier du travail accompli. Diapo « Cet événement fut tel qu’aucun mot ne pourrait le décrire. Des unités de la garde impériale et d’autres soldats entouraient le palais, leurs épées à la main ; les hommes de Dieu s’avancèrent sans crainte jusque dans les appartements privés de l’empereur où certains furent ses compagnons de table et d’autres s‘allongèrent à ses côtés sur des divans. ON avait l’impression de voir une image du Royaume de Dieu, comme si tout se déroulait dans un rêve et non pas dans la réalité » (Vie de Constantin) Constantin pouvait se féliciter il avait affirmé sa prééminence sur l’Eglise.
C Un « engagement » chrétien intéressé.
Constantin a appuyé les chrétiens de tout son poids mais la nature de son engagement religieux ne peut donner lieu qu’à de vaines spéculations
« Un royal caprice » ou mégalomane ?
Si l’on considère le faible nombre des chrétiens dans l’Empire au début du IVe siècle (les estimations très difficiles oscillent entre 3 et 5% de la population , 10% pour les plus généreuses, dont la majorité dans la partie orientale du territoire) , son engagement envers le christianisme était risqué. Ainsi son adhésion ne pouvait pas reposer uniquement sur l’opportunisme mais nécessairement sur une conviction personnelle.
C’est sur son lit de mort qu’il sera baptisé. Zozime raconte au Ve siècle que Constantin avait tant de crimes sur sa conscience qu’aucune expiation n’était possible et qu’il désespérait lorsqu’il rencontra un Egyptien venu d’Espagne qui lui assura que la « croyance des chrétiens détruisait tout péché et comportait cette promesse que les infidèles qui s’y convertissaient étaient lavés de tout crime » (Zozime, Histoire nouvelle, II, 29)
Nous sommes très marqués par le portrait de Constantin donné par Eusèbe : confit en dévotion, priant chaque jour, se mortifiant, interrogeant sa conscience, faisant brûler des cierges, s’entourant d’évêques qui le guide.
Même s’il a eu des visions Constantin n’est pas un mystique, même s’il préside le concile de Nicée ce n’est pas un théologien, même si le néoplatonisme et son idée d’un être suprême l’influencent, il n’est pas philosophe. Constantin n’est pas davantage un ascète ou un homme pieux que la dimension spirituelle du christianisme fascine.
Il y a peut-être une raison plus politique. Tant qu’il n’a pas été baptisé, Constantin pouvait arguer face à ceux qui lui reprochait ses libéralités face aux christianisme qu’il n’appartenait pas à l’Eglise, qu’il demeurait en tout état de cause empereur de tous ses sujets, des chrétiens comme des païens.
Or la personnalité de Constantin était à l’évidence plus complexe que l’image pieuse dorée à l’or fin et enrubannée de louanges par son hagiographe. Pour lui la vraie question n’était pas être ou ne pas très chrétien mais comment l’être quand on est aussi le monarque absolu d’un immense empire, un juge religieux et un chef de guerre ?
Constantin est avant tout un empereur romain. Dans son pamphlet Les Césars, Julien accusera Constantin de n’avoir vécu que pour les plaisirs. Oubliant la religion d’amour et de la morale avec lesquelles il prétendait transformer le droit romain, Constantin mit à mort son fils aîné Crispus, en 326 un bâtard, accusé par sa femme Fausta d’avoir voulu abuser d’elle. Quelque temps plus tard, soupçonnant Fausta de l’avoir berné pour laisser le champ libre aux fils qu’il avait eus avec elle (Constantin II, Constance II et Constant). Il la fera ébouillanter vive dans un bain brulant. Mais ce drame familial est à considérer avec prudence. Il n’apparaît que tardivement sous la plume de Zosime. Crispus complotait-il contre son père ? Constantin était il jaloux des succès militaire de son fils ? Fausta restée païenne était elle devenue insupportable ? Reste que Constantin a ignoré le 7e commandement « Tu ne tueras point » Comme l’écrivait Voltaire, Du christianisme, « il était fort triste d’être le beau-père, ou le beau-frère ou l’allié ou le frère ou la femme ou le domestique ou le cheval de Constantin » (Voltaire, Du christianisme).Le meurtre politique et familial a été de tradition dans l’histoire des maisons impériales.
Régissant les corps ,et les âmes par la fortune des armes par la mise en place d’un nouvel ordre moral, par l’enracinement de l’Eglise dans l’Empire, Constantin a pu se voir comme un de ces hommes providentiel persuadés d’être appelé à changer le sort de l’humanité :Diapo « Alors que au long de toutes les années de toutes les journées passées des masses innombrables de peuples avaient été réduites en esclavage Dieu les a libérées de ce fardeau par moi, son serviteur et les mènera à l’éclat complet de la lumière éternelle. Voilà pourquoi mes très chers frères je crois avec une très pure confiance en Dieu être désormais particulièrement distingué par une décision spéciale de la Providence et par les bienfaits éclatants de notre Dieu éternel » Gélase de Cyzique , Histoire ecclésiastique, II, 7,38
S’appuyer sur une organisation efficace
- Hatier p. 59 doc 2, dernier § « Un apologiste défend les Chrétiens. » Enfin, Constantin a compris le rôle que pouvait jouer cette nouvelle religion monothéiste très hiérarchisée. De protecteur, il s’impose bientôt le chef de l’Eglise et intervient dans les affaires internes. Ainsi en 325, il fait convoquer les évêques en concile à Nicée pour régler la crise de l’arianisme et fixer la doctrine de l’Eglise. Pour Constantin, les chefs chrétiens deviennent des fonctionnaires. dans laquelle l’Empereur pouvait avoir une réelle influence avec d’autant plus d’empressement que la religion polythéiste n’est pas capable d’arrêter les Barbares.
Si personnelle que Constantin ne chercha aucunement à contraindre qui que ce soit à la partager. A la cour ou dans les armées, il y a ceux qui se font chrétiens par flagornerie ou par souci de carrière, et il y a l’immense majorité du peuple qui continue à pratiquer les rites ancestraux. Il est frappant de constater que Constantin ne persécute pas les païens. Il n’interdit pas leurs cultes, même si les sacrifices sanglants lui répugnent même s’il méprise leurs errements : « Que ceux qui se trompent jouissent de la paix que chacun conserve ce que son âme veut avoir que personne ne tourmente personne » (Vie de Constantin)
La mise en place d’un nouveau césaro papisme
Eusèbe de Césarée proclame Constantin « évêque des évêques », un pape laïc qui exerce sa tutelle sur tous les chrétiens avant l’heure
Constantin exerce le pouvoir au nom de Dieu. Dieu l’a élu comme son représentant sur Terre, il est son régent son vicaire.
Avec la christianisation d’Empire, le pouvoir ne vient plus des Légions, le pouvoir impérial descend du ciel C’est un droit divin, un pouvoir sacré, temporel et spirituel séculier et religieux.
Le Royaume que Jésus annonçait est l’Empire romain converti au christianisme. Le double concept de « Royaume de Dieu » à la fois politique et religieux est accomplie en la personne de l’empereur.
A l’occasion de ses 30 ans de règne Eusèbe de Césarée prononce un discours connu sous le titre Louanges de Constantin qui définit la place et les devoirs d’un souverain chrétien :Diapo « L’un [le Christ] sauveur de l’univers prépare comme il convient pour son père le ciel tout entier le monde et le Royaume d’en haut. L’autre [Constantin] aimé de lui en amenant ses sujets au Logos monogène et sauveur de ceux qui sont sur la terre, les rend appropriés à son royaume.
L’un [le Christ] sauveur de l’univers ouvre les portes célestes du Royaume du Père à ceux qui d’en bas passent là bas. L’autre Constantin dans son zèle pour le Tout puissant ayant purifié de toute souillure d’erreurs athées le royaume terrestre, convoque le choeur des saints et des hommes pieux à l’intérieur de demeures royales en veillant à assurer le salut commun de la flotte tout entière de ceux dont il est le pilote. »
Selon la théorie politique d’Eusèbe, il y a une union inéluctable entre l’Empire et le Christianisme entre l’empereur et le Christ entre Dieu et Constantin choisi pour être son interprète sur terre. L’empereur règne mais il règne au nom de Dieu et sa parole est inspirée par la divinité.
La fusion du christianisme et de l’Empire marque la forme achevée de l’organisation humaine







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