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Séance 8: Un christianisme devenu religion officielle de l’Empire.

Jeudi 3 juin 2010

Intro

Résumé des épisodes précédents

Diapo Le 30 avril 311 l’édit de tolérance de Galère met fin aux persécutions contre les chrétiens

Diapo Les estimations très difficiles oscillent entre 3 et 5% de la population , 10% pour les plus généreuses, dont la majorité dans la partie orientale du territoire. . Le christianisme est surtout bien implanté en Orient où après les villes, il gagne les campagnes . En Occident, le christianisme reste un phénomène urbain ; les populations rurales restent païennes. [En dehors de l’Empire romain, il s’étend dans l’Empire perse, l’Arménie et la Géorgie, en Ethiopie].

 

Moins d’un siècle plus tard, le 28 février 380, l’empereur Théodose prend l’édit suivant: Diapo « Nous voulons que tous les peuples régis par le gouvernement de Notre Clémence pratiquent la religion transmise aux Romains par le divin apôtre Pierre, telle que se  manifeste jusqu’à maintenant la religion qu’il a enseigné […] à savoir que nous devons croire en une divinité unique, Père Fils et Saint Esprit, dans une égale majesté et une saint Trinité. Nous ordonnons que ceux qui suivent cette loi soient rassemblées sous le nom de chrétiens catholiques ; quant aux autres, insensé et fous nous jugeons qu’ils doivent supporter l’infamie attachée au dogme hérétique que  leurs assemblées ne reçoivent pas le nom d’Eglises, que, frappés tout d’abord par la vengeance divine, ils le soient ensuite par le châtiment de notre action inspirée par la volonté céleste » (Code Théodosien, XVI, 1,2)

Ce même empereur décrète en 391 l’interdiction du paganisme doublée de l’interdiction générale des cultes et des sacrifices dans les temples. C’est dans ce contexte que se situe l’action du film Agora qui raconte la mise à sac du Serapeum d’Alexandrie. Vidéo

Comment expliquer un retournement de situation aussi rapide ?

Bibliographie

Sources

Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin.

Vers 318-321 : Lactance (v250-325) De la Mort des Persécuteurs.

Filmographie

Chronologie

597-538 : exil du peuple juif à Babylone

336-323 : règne d’Alexandre le Grand.

Milieu du IIIe siècle : traduction de la Torah en grec, la Septante.

IIIe siècle : rédaction de l’Ecclésiaste.

167 : Antiochus IV Epiphane tente d’helléniser la Palestine par la force.

Milieu du IIe siècle, rédaction du IIe Livre des Macchabées par un auteur anonyme.

Vers 0 : rédaction du Livre de la Sagesse à Alexandrie

6avJC ?: naissance de Paul en Galilée ?

Vers 0 ?: ses parents sont déportés à Tarse en Cilicie ?

Vers 15 ?: Paul étudie à Jérusalem

33 ? : Conversion de Paul à Damas

34 ?: séjour de Paul chez les Arabes nabatéens.

37 ?: revenu à Damas, Paul s’enfuit et échappe à l’ethnarque du roi Arétas (mort en 39)

37 ?: 1ère visite à Jérusalem. Paul retourne à Tarse il revient à Antioche et instruit les nouveaux chrétiens.

41 (ou 49) : décret de Claude expulsant les juifs de Rome

41 : premier voyage missionnaire de Paul avec Jean Marc sous la responsabilité de Barnabé (Chypre et Anatolie)

45-46 : hiver à Antioche. 2ème mission avec Silas sans Barnabé. Paul est chef de mission il repasse au centre de l’Anatolie.

46, été : Paul évangélise la Galatie du Nord (région de Pessinonte), la Macédoine (Philippes, Thessalonique) et séjourne en Grèce principalement à Corinthe (18 mois ?) puis débarque à Césarée, descend à Antioche.

48/49/50 ? : le « concile de Jérusalem » avec Barnabé et Tite (« après quatorze ans Ga 2,1). Paul à Antioche. Incident avec Pierre (Ga 2, 11-14)

50 : Paul s’installe à Ephèse qui devient le centre de son rayonnement missionnaire

50-51 ?: 1er épître de Paul aux Thessaloniciens

51-52 : proconsulat de Gallion à Corinthe. Paul comparaît devant lui lors d’un passage à Corinthe.

54 ? :  épître de Paul aux Galates destinée à une communauté essentiellement païenne

55 ? : 1er épître de Paul aux Corinthiens

57-58 ? :  épître de Paul aux Romains destinée à une communauté plus mélangée plus enracinée dans le judaïsme

62 : Lapidation de Jacques, frère de Jésus

??: Arrestation de Paul à Jérusalem

64, 19 juillet : incendie de Rome

Vers 64/65 : mort de Pierre à Rome lors des persécutions de Néron ?

Vers 64/67 : mort de Paul par décapitation

66-70 : révolte juive en Judée ; reprise de Jérusalem par les Romains et destruction du Temple.

Vers 66/70 : Évangile selon Marc

Vers 80/85 Évangile selon Matthieu et selon Luc

Vers 80/90 Actes des apôtres

90/100 : Flavius Josèphe Antiquités juives

Vers 90/100 : Évangile selon Jean

Début IIe siècle : Évangile de Pierre ; Questions de Barthélemy

Début IIe siècle : « la finale de Marc » sur la Résurrection aurait été ajouté au texte initial.

Vers 115 l’évêque Ignace d’Antioche forge le néologisme « christianisme » martyre d’Ignace à Rome

135 : seconde révolte juive

Vers 135 : papyrus Ryland (Manchester) plus ancien fragment connu d’une copie d’évangile

Vers 140 : édition des épîtres de Paul par Marcion

Vers 175 : papyrus Bodmer (Genève) plus ancienne copie presque complète de l’évangile selon Jean

177 : persécution à Lyon

178 ?: CELCE dans son Discours véritablecontre les chrétiens,

Vers 200 : papyri Cheaster Beatty (Dublin), plus anciennes copies des épîtres de Paul

Vers 200 : évangile de Thomas

202 : Septime Sévère promulgue un édit interdisant strictement le prosélytisme juif et chrétien.

Vers 250 : ORIGENE, Contre Celse, réfute le Discours véritable

Fin IVe-début Ve : Codex le plus ancien complet du Nouveau Testament : Vaticanus (Rome), Sinaïticus, Alexandrinus (Londres)

307 31 mars, Panégyrique de Maximien et Constantin

310, Panégyrique de Constantin

312, 28 octobre : bataille du Pont Milvius.

312, Discours de remerciement à Constantin

313, 13 juin :

313, Panégyrique de Constantin

316 : début de la guerre qui oppose Constantin à Licinius.

Vers 318-321 : Lactance (v250-325) De la Mort des Persécuteurs.

321, Nazarius, Panégyrique de Constantin

324 Après la défaite de Licinius, Constantin devient seul empereur

326 : Constantin fait exécuter son fils Crispus et son épouse Fausta.

330 : Constantin inaugure sur le site de Byzance sa nouvelle capitale, Constantinople

500-520, Zozime rédige son Histoire nouvelle.

1455, Piero della Francesca, Le songe de Constantin

1613, Pieter Lastman, La bataille du Pont Milvius

 

I Le rôle de Constantin dans la christianisation de l’Empire.

A Une « conversion » décisive et soudaine.

Le songe ou la vision de Constantin ?

Vidéo Pour les sources chrétiennes cette conversion subite s’explique par un miracle : en 312, à la veille de la bataille décisive du Pont Milvius, aux portes de Rome, Constantin a une vision divine qui lui indique de marquer ses troupes de signe du Christ. Vainqueur  reconnaissant il serait devenu le protecteur des chrétiens.  en s’appuyant davantage sur la Raison que la Vision.

Sur les bords du Tibre, au pont Milvius à quelques km de Rome va se situer un des épisodes les plus déterminants de l’histoire de l’Empire et de celle du christianisme.

La veille de la bataille contre Maxence, Constantin aurait vu apparaître en songe les deux premières lettres du nom du Christ, le « chrisme » formé par les lettres grecques Khi et Rho X, et P superposées et croisée, tandis qu’une voix lui affirmait « Par ce signe tu vaincras ! ». A l’aube du 28 octobre 312, Constantin fait tracer le chrisme sur les boucliers de tous ses soldats. Il décide de se placer sous la protection du dieu chrétien : un dieu que Maxence ignore un dieu inconnu mais universel, un dieu qui vient de désigner Constantin pour être son héraut.

Diapo Inspirée par La Légende dorée de Jacques de Voragine, cette histoire a été largement popularisée par le magnifique Songe de Constantin de Piero della Francesca dans l’église de San Francesco d’Arezzo mais l’événement nous est connu par 2 récits d’époque : l’un d’Eusèbe de Césarée, l’autre de Lactance. Plus tard Rufin dans son histoire ecclésiastique reprendra librement Eusèbe de Césarée

Diapo Constantin remporte la bataille du Pont Milvius et Maxence se noie dans les eaux du Tibre. Le dieu chrétien s’est montré plus fort que tous les dieux de Rome. Constantin l’adopte alors comme son dieu personnel.

Des sources contradictoires et tardives

Diapo Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin : « A l’empereur adressant ses prières et demandes suppliantes, apparut un signe admirable envoyé par Dieu. Si ce récit était fait par un autre que lui les auditeurs n’y ajouteraient pas foi aisément. Mais puisque c’est l’Auguste vainqueur lui-même qui nous l’a rapporté, à nous qui écrivons cette histoire longtemps après quand nous fûmes parvenus dans sa connaissance et son intimité, et qu’il a confirmé sa parole par un serment religieux, qui après cela hésiterait à accorder créance à ce récit, surtout quand l’époque qui a suivi a confirmé la vérité de sa parole ? Aux heures d’après midi le soleil penchant vers le couchant, il vit de ses yeux, affirme-t-il, le trophée de la croix formé de lumière dans le ciel, superposé au soleil avec cette inscription : Par ce signe tu vaincras ! [In hoc signo vinces] et, à cette vue, lui-même et tous les soldats qui le suivaient furent frappés d’une vive stupéfaction »

Diapo Lactance écrit vers 318-321 : « La lutte s’engagea et les soldats de Maxence avaient l’avantage jusqu’au moment où, avec un courage renouvelé, Constantin, prêt à vaincre ou à mourir, amena ses troupes à proximité de Rome et s’installa aux abords du pont Milvius. On approchait du jour anniversaire de Maxence à l’empire, le 6 des calendes de novembres, et les quinquennales touchaient à leur fin. Constantin fut averti dans son sommeil de faire inscrire sur les boucliers le signe céleste de Dieu et d’engager ainsi le combat. Il obéit et fait inscrire le Christ sur les boucliers par la lettre X mise de travers avec son sommet recourbé. »

Les récits d’Eusèbe et de Lactance ne concordent pas, voire s’opposent. Ils se rejoignent néanmoins sur une conviction : le dieu des chrétiens, par son signe a donné la victoire à Constantin. Eusèbe et Lactance sont des chrétiens. L’ombre de l’apôtre Paul pèse sur leur récit comme un modèle : comme Paul, Constantin avant sa vision poursuivait les chrétiens et les persécutaient aux côtés de Dioclétien avant d’être retourné converti par la grande lueur venue du ciel. Pour Eusèbe il s’agit même d’une vision à la manière du chemin de Damas dans les Actes des Apôtres. Une vision dont l’empereur n’est pas le seul bénéficiaire puisque ses soldats eux aussi voient le signe, de même que ses compagnons de Paul furent témoins de l’apparition de Jésus : «  vers midi, je vis ô roi, venant du ciel et plus éclatante que le soleil une lumière qui resplendit autour de moi et de ceux qui m’accompagnaient » (Ac 26,13) Ses compagnons sont « muets de stupeurs » (Ac 9,7) comme les soldats de Constantin.

 

Eusèbe situe la vision non pas à la veille de la bataille contre Maxence, mais bien avant, quand les légions de Constantin étaient en marche vers Rome, en Gaule ou dans le nord de l’Italie. Pour Eusèbe, c’est dans un second temps en rêve que le Christ est venu personnellement interpréter le miracle et donner à Constantin des conseils pratiques sur la confection du signe à porter sur ses armes et ses étendards.

Eusèbe de Césarée n’était pas un familier de Constantin. Il était évêque en Palestine à des milliers de km de la cour impériale et s’il rencontra Constantin, ce fut lors d’audiences publiques, au milieu d’autres évêques.

Lactance fait partie de la cour de Constantin. C’est un conseiller de l’empereur, peut-être même son ami ; il occupe en effet la charge de précepteur du fils aîné de Constantin, Crispus.

 

Nazarius rhéteur païen prononce le 1er mars 321 un panégyrique devant les fils de Constantin et raconte une toute autre histoire. Pour lui, selon une tradition très ancienne, peu de temps avant la victoire sur Maxence, l’armée de Constantin aurait été secondée par une autre armée, venue du ciel. Une troupe de soldats colossaux commandés par Divus Constantinus, Constance Chlore, le père divinisé de Constantin, envoyé par Apollon le dieu solaire, prêter main forte à son fils : Diapo « Bien que les Êtres Célestes ne tombent point d’ordinaire sous les yeux des Hommes, parce que la Substance, simple et immatérielle, d’une Nature subtile échappe à notre vue grossière et aveugle, pourtant tes Auxiliaires consentirent à se laisser voir et entendre, et ils ne se dérobèrent aux regards des Mortels qu’après avoir dûment porté témoignages de tes mérites [ceux de Constantin]. Mais quelle était, dit-on leur beauté ! Quelle était la vigueur de leur corps ! la grosseur de leurs membres ! la promptitude de leurs résolutions ! Il flambait je ne sais quel Feu redoutable sur leurs boucliers étincelants et leurs armes célestes brillaient d’une lumière terrifiante. Tels ils étaient venus pour attester qu’ils étaient à toi. Et voici les paroles et les propos qu’ils tenaient à qui les écoutait : ‘C’est Constantin que nous cherchons, c’est à Constantin que nous allons porter secours !’ Oui les Divinités ont aussi leur amour-propre et les Habitants du ciel sont eux aussi accessibles à la vanité. Ces Êtres descendus du ciel étaient fiers de combattre pour toi. A leur tête marchait je crois ton père, Constance, qui abandonnant à un fils plus grand que lui les triomphes Terrestres élevé désormais au rang des dieux conduisait des Expéditions divines… » Nazarius, Panégéryque de Constantin, XIV.

 

Ce n’est pas la vision qui est chrétienne c’est son interprétation.

En fait Eusèbe fusionne les deux traditions et les christianise mais le récit d’Eusèbe n’a aucune crédibilité fusionne l’apparition chrétienne du chrisme avec la tradition païenne de l’apparition d’Apollon solaire.

Une conversion sincère ?

Cette question divise les historiens

Personne ne sait et personne ne saura jamais ce que Constantin a vu ou cru voir ni dans quel sanctuaire gaulois ou sur quel chemin de Damas a eu lieu cette vision

Constantin remporte la bataille du Pont Milvius et Maxence se noie dans les eaux du Tibre. Le dieu chrétien s’est montré plus fort que tous les dieux de Rome. Constantin l’adopte alors comme son dieu personnel.

Dans le système tétrarchique instauré par Dioclétien chaque empereur revendique la protection d’un dieu.
- en 287, Dioclétien prend le titre de Jovius (descendant de Jupiter) et Maximien celui d’Herculus (descendant d’Hercule)
- lorsqu’en 312 Constantin marche contre Maxence qui tient Rome pour livrer la bataille décisive, c’est aussi la bataille des dieux qui s’engage. Maxence dispose de forces militaires supérieures, mais il dispose aussi symboliquement de tous les dieux de Rome : Jupiter, Mars, Vénus… et il est lui même descendant d’Hercule par son père Maximien, divinisé à sa mort. Maxence est ainsi le fil s d’un dieu allié à tous les deux de l’Olympe.
Face à lui Constantin ne fait pas le poids, ni en terme militaire ni en termes de sacralité impériale. Il n’a pour lui que la légitimité de son pouvoir de César et le soutien d’Apollon qui lui serait apparu, quelques mois auparavant vers 310 à Grand dans un sanctuaire gaulois des Vosges.  Le dieu solaire, accompagné de la victoire, Sol Invicus lui aurait présenté une couronne marquée de XXX divin présage d’un règne exceptionnellement long.

 

Le caractère personnel de l’adhésion de Constantin au christianisme est fondamental pour comprendre le sens de ses actes où le narcissisme l’égotisme voire la mégalomanie ont vraisemblablement une part plus prépondérante que le désir d’offrir le salut éternel aux peuples qu’il domine. « la conversion de Constantin a été un caprice personnel » conclut Paul Veyne (Quand le monde est devenu chrétien, Paris : Albin Michel, 2007, p.121)

Constantin continue d’être pontifex maximus, le grand pontife de la religion traditionnelle. Peut-être par prudence pour ne pas heurter l’immense majorité de son peuple mais sans doute par conviction, son attachement au dieu Soleil n’a jamais été effacé par sa reconnaissance au dieu chrétien. Son monothéisme n’était pas un exclusivisme. Diapo Le dieu Soleil est demeuré dans le panthéon personnel de l’empereur. Il fait transférer de Rome à Constantinople le palladium, une antique statue d’Athéna qui était censée rendre imprenable la ville où elle était déposée, à Ilion, une statue d’Apollon, le Dieu Soleil. Sur les monnaies frappées au cours de son règne, les marques chrétiennes sont discrètes sinon absentes. Le monogramme constantinien apparait dès 315 mais de façon presque invisible sur le casque de l’empereur en alternance avec les étoiles solaires. En épigraphie le chrisme est exclusivement lié au  nom de Constantin, comme son blason personnel. En revanche, l’imagerie solaire avec la légende Sol invicto comiti (Le Soleil invaincu compagnon) est largement présente dans son monnayage. Constantin est souvent couronné par le Soleil qui lui remet le globe de la puissance.

 

B Constantin, l’architecte de l’Empire chrétien.

Une tolérance accordée aux chrétiens.

En 313, les empereurs Licinius et Constantin promulguent l’édit de Milan, un édit de tolérance qui accorde la liberté de culte à tous dans l’Empire, y compris et surtout aux Chrétiens. Plusieurs causes peuvent expliquer ce revirement :

Quelques mois après la victoire du pont Milvius, le 13 juin 313, Licinius (v250-325) promulgue à Nicomédie un mandatum connu depuis le XVIIe siècle sous le titre d’édit de Milan parce qu’il résulte de conversations qu’auraient eues Constantin et Licinius dans cette ville.

Lactance donne une version légèrement différente d’Eusèbe mais les deux textes se recoupent sur l’essentiel : Diapo « Etant heureusement réunis à Milan, moi Constantin Auguste et moi Licinius Auguste, ayant en vue tout ce qui intéresse l’unité et la sécurité publiques, nous pensons que, parmi les autres décisions profitables à la plupart des hommes, il faut en premier lieu placer celles qui concernent le respect dû à la divinité et ainsi donner aux chrétiens, comme à tous, la liberté de pouvoir suivre la religion que chacun voudrait, en sorte que ce qu’il y a de divin au céleste séjour puisse être bienveillant et propice à nous-mêmes et à tous ceux qui sont placés sous notre autorité » (De la mort des Persécuteurs, 48) Le texte se poursuit par l’ordre de restituer aux chrétiens tous leurs biens, meubles et immeubles, et tout ce qui leur a été pris lors des persécutions.

Le compromis qui s’établit entre Licinius et Constantin ménage les convictions de l’un et de l’autre empereur. L’édit fait état d’un « divinité » terme équivoque puisqu’il n’est pas précisé s’il s’agit du dieu suprême des païens ou du dieu des chrétiens ; et si les chrétiens sont rétablis dans leurs possessions, c’est un souci de paix civile, avant tout un souci d’égalité avec les païens. Mais l’accord n’avait pas la même signification pour les deux signataires : aux yeux de Licinius, il s’agissait d’un maximum de mesures de simple tolérance concernant une religion parmi d’autres ; pour Constantin d’un maximum.

 

Tandis que Constantin gouverne l’Occident où il met en œuvre une politique ouvertement favorable aux chrétiens, Licinius qui gouverne l’Orient prend au contraire des mesures de répression au nom de la moralité, les chrétiens tenant des réunions « mixtes » très choquantes pour les païens. Le fossé se creuse irrémédiablement entre les deux Augustes jusqu’au jour où Constantin se faisant le champion de la cause chrétienne, se décide à attaquer Licinius défenseur de la religion traditionnelle.

Ce n’est pas une guerre de religion mais une guerre au nom de la religion, qui va durer de 316 à 324 mobilisant le plus grand nombre de troupes jamais engagées dans une guerre civile, environ 150°000 de chaque côté. Licinius perd bataille après bataille. Vaincu, écrasé à Chrysopolis, il finit par abdiquer avant de disparaître, mis à mort en 324.

Une volonté constantinienne de christianiser la société et les mœurs romaines

Le terme de conversion ne semble pas approprié pour Constantin, il faudrait pour décrire sa relation particulière avec le christianisme utiliser le terme « d’engagement ».

Constantin s’est engagé en faveur du christianisme. Il a choisi le chrisme comme symbole personnel. Il a proclamé qu’il se plaçait sous la protection de Dieu le Père. Sous l’influence d’Ossius de Cordoue, son homme de confiance, il a légiféré pour que l’Eglise s’épanouisse dans l’Empire jusqu’à en être la colonne vertébrale. Il a accordé aux évêques un droit de justice supérieur à celui des tribunaux ordinaires, leurs sentences étant exécutoires et sans appel.

Constantin s’est assuré le soutien des évêques qui « recevaient personnellement et d’une manière courante des lettres, des honneurs, de riches cadeaux de l’empereur » (Vie de Constantin)

Hormis les exemptions d’impôts ou de charges civiques qui bénéficieront au clergé, suivront un nombre impressionnant de mesures au bénéfice du christianisme :
-  le dimanche « jour du Soleil » pour les païens devient jour férié pour les chrétiens (jour du Seigneur)
-  l’Eglise peut désormais recevoir des dons ou des legs, les esclaves peuvent être affranchis dans les églises par une simple déclaration comme ils pouvaient l’être dans les temples païens.
- De son côté, l’Etat prend les orphelins en tutelle, défend les veuves, soutient les familles pauvres pour les empêcher de vendre leurs enfants ou de les prostituer, sans compter tout ce qui « moralise » la vie privée, le divorce l’adultère le rapt le mariage des mineures, le concubinage, etc. Alors que tu temps d’Auguste, les célibataires étaient lourdement taxés pour leur refus, ou leur impossibilité de se marier et de se reproduire, Constantin inverse la législation. Il les exonère d’impôts, exaltant au contraire la virginité, la chasteté, l’abstinence.
- Alors que le droit civil valorise la conception chrétienne des mœurs et de la vie privée sur le terrain pénal le supplice de la croix est désormais interdit, les chrétiens condamnés à mort ne sont plus livrés au cirque comme gladiateurs mais envoyés aux travaux forcés dans les mines, les criminels ne sont plus marqués au visage « qui a été formé à l’image de la beauté céleste » selon la justification que reprendra le Code Théodosien, IX, 40,2.

La vie de tous les jours est également christianisé
- le cycle de la Pâque juive est reproduite et transformée avec ses sept semaines révolues (49 jours) et une fête de clôture , la Pentecôte qui signifie le 50e jour. Pâque la fête du Passage (de l’ange au-dessus des maisons des hébreux (Ex 12,13 : Pessah) paraît dans sa traduction Pascha du verbe grec je souffre et donc à la Passiondu Christ. C’est lors du concile de Nicée en 325 que les Pâques chrétiennes furent détachées de la Pâque juive le 14 Nissan pour être fixées au 1er dimanche après la 1ère lune qui suit l’équinoxe du printemps. La fête de l’Ascension et le carême se mettent en place.
- le 25 décembre devient la fête de la naissance de Jésus en Occident car elle correspond à la fête du Soleil invincible en Occident.
- L’instauration de la semaine de 7 jours remplace le système complexe grec ou latin des décades, calendes, nones et ides. Plus simple car il est détaché du rythme irrégulier des mois. Constantin impose le repos dominical qui satisfait l’interprétation chrétienne inspirée du calendrier juif. Mais là encore l’ambiguité demeure : les noms anglais conservent l’origine planétaire du système : le dimanche « jour du soleil » et « jour du siegneur » pour les chrétiens »

En reconnaissant au christianisme le statut de religion, Constantin introduisit de fait un nouveau régime, totalement inédit : le régime de christianité, lequel allait mettre fin à la civilisation qui s’épanouissait jusqu’alors et qui n’avait rien de décadente. Il en fit une antiquité, une civilisation dont les valeurs de référence étaient périmées. Dans ce régime, la fonction d’instance instituante, l’autorité (auctoritas) n’appartenait plus au politique, mais à la religion chrétienne, institution bien distincte du politique. La puissance publique, l’État, ne détenait plus qu’un pouvoir (potestas). Sa fin était de servir l’Église, détentrice de la fin véritable de l’homme : le salut éternel.

Avec Constantin, l’Eglise est placée en dehors et au dessus de la loi commune.

Une volonté constantinienne de régler les affaires de l’Eglise.

Son engagement pour le christianisme lui apportait en dot l’organisation solide des communautés chrétiennes, leur système d’entraide et de secours, les moyens de communication du réseau d’évêchés. Un empereur avisé comme lui pouvait ainsi dédoubler l’administration impériale, très décentralisée, trop légère et parfois défaillante et conforter à bon compte son pouvoir à travers tous ses territoires.

Une fois seul empereur, comme ses prédécesseurs, Constantin se doit d’assurer l’unité de l’Empire. Ainsi l’empereur se retrouve-t-il amené à faire de la cohésion de l’Eglise son affaire, voire son souci personnel, l’unité de l’Eglise devenant garante de celle de l’Empire.

En 313 Constantin est entrainé contre son gré dans le conflit entre « confesseurs », les chrétiens qui avaient souffert des persécutions de Dioclétien en « confessant » leur foi sans la renier et les traditores ceux qui avaient remis les livres saints qui avaient trahis.
L’évêque de Carthage Donat qui s’est opposé fermement aux païens durant les persécutions n’a de cesse de dénoncer les traditiores qui ont repris à la fin des persécutions des fonctions éminentes dans l’Eglise. Il les condamne comme des apostats indignes d’exercer le sacerdoce, professant que l’intégrité précède l’universalité comme preuve de catholicisme. Sa rigueur finit par provoquer le schisme donatiste.
Ces derniers se tourne vers l’empereur. Constantin tergiverse, protestant qu’on attend de lui  « un jugement terrestre alors qu’il n’est en quête que du Jugement de Dieu( Lettre de Constantin au synode d’Arles). Finalement l’empereur prend parti pour l’ordre, pour les catholiques de la Grande Eglise, l’Eglise des évêques contre les donatistes. En 317, une loi ordonne la confiscation de leurs biens et la dissolution de leurs communautés

Constantin est amené également à arbitrer une crise plus grave, la crise arienne.

Diapo Le 20 mai 325, Constantin fait son entrée au milieu des évêques réunis pour le Concile de Nicée
« Au signal qui indiquait l’entrée de  l’empereur tout le monde se leva et Constantin en personne passa par le couloir central comme un ange céleste du Seigneur. Sa robe resplendissante brillait comme la lumière, elle brillait de sa couleur pourpre et scintillait d’or et de pierres précieuses.
J’avais un ardent désir mes très chers frères de vous voir rassemblés. Aujourd’hui mon rêve est réalisé, aussi je remercie Dieu, le roi suprême qui , outre les innombrables bienfaits dont il m’a comblé m’a accordé la grâce la plus grande de toutes de vous réunir et d’être le témoin du concert de vos sentiments. Qu’aucun ennemi ne vienne donc désormais troubler cet heureux état de choses. Les divisions internes de l’Eglise me paraissent plus graves et plus dangereuses que les guerres et autres conflits, elles me font plus de peine que tout le reste »
Eusèbe de Césarée Vie de Constantin.

Depuis 310, un prêtre d’Alexandrie Arius professe que seul le Père est éternel et que le Fils a été « engendré ». Reprenant des théories comme celle de Lucien d’Antioche il affirme que le Christ est un homme adopté par Dieu au point d’en partager la substance pour ne former qu’un avec lui.
- Pour ces derniers, il y a une « monarchie » divine dont le Père est le souverain solitaire est incontestable. Dieu est le seul Dieu de toute éternité, comme dans la prière Shema Israêl : « Ecoute Israël notre Dieu éternel, notre Dieu Un » Le Père a crée le Fils pour qu’à son tour il soit créateur. « Premier né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses dans les cieux et sur la terre » (Col 1,15-16) écrit Paul dans l’épitre aux Colossiens. Le Fils n’est que l’instrument de la création choisi par le Père auquel il est subordonné. Paul dans la première épître aux Corinthiens s’écrie : « Le chef du Christ, c’est Dieu » (1 Co 11,3) ce qui suppose une hiérarchie divine. Arius s’appuie sur la logique des textes du Nouveau Testament où à plusieurs reprises Jésus s’adresse au Père. Seul Dieu est éternel et incréé. Il y a donc engendrement du Fils par le Père. Et s’il y a engendrement, cela signifie « qu’il fut un temps où il n’était pas » ; que le Fils a été créé et s’est mis à exister dans le temps qu’il est donc dans une position secondaire par rapport au Père.

- A l’opposé l’évêque d’Alexandrie Alexandre défend la « co-éternité » du Père et du Fils et réfute l’idée d’une génération du Fils dans le Temps. LE Père ne peut exister sans le Fils, le Fils sans le Père, il y a unicité dans l’inengendré, sans préséance ni hiérarchie.

Diapo Grégoire de Nysse nous rapporte dans un de ses sermons : « Priez un homme de vous changer une pièce d’argent, il vous apprendra en quoi le Fils diffère du Père. Demandez à un autre le prix du pain, il vous répondra que le Fils est inférieur au Père. Informez vous si le bain est prêt, on vous dira que le Fils a été créé de rien. »

Pour réfuter Arius, les évêques s’emploie à rédiger une confession de foi un « symbole » dont le maître mot est homoousios, consubstantialité du Père et du Fils. La figure du Christ est définitivement à égalité avec Dieu.

Diapo « Nous croyons en un seul Dieu Père tout-puissant, créateur des choses visibles et invisibles et en un seul Seigneur Jésus-Christ, le fils de Dieu engendré unique du Père, c’est à dire de l’essence du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, Dieu véritable de Dieu véritable, engendré, non pas créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait, les choses dans le ciel et celles de la terre, lui qui pour nous les hommes et pour notre salut est descendu et s’est incarné, s’est fait homme, a souffert et est ressuscité le troisième jour est monté dans les cieux, qui viendra juger les vivants et les morts et en le Saint-Esprit »

Outre Arius, seuls Secundus évêque de Ptolémaïs et Théonas évêque de Marmarique repoussent le texte repoussèrent ce texte présenté indivduellement à tous les pères par Philoumenos, ministre de Constantin dont l’orthodoxie était aussi connue que la brutalité : « Ceux qui disent ‘il fut un temps où il n’était pas’ et ‘avant d’être engendré, il n’était pas’ et qu’il a été tiré du néant, ou qu’il est d’une autre substance ou essence disant que le Fils de Dieu est changeant et variable, ceux là l’Eglise catholique et apostolique les anathémise » Vie de Constantin. Arius et les deux réfractaires sont immédiatement exilés.

Mais l’accord trouvé à Nicée était équivoque et les querelles perdureront jusqu’au concile de Constantinople en 381 sous théodose.

Avant de disperser le concile Constantin invita les évêques à un grand banquet et leu offrit de nombreux cadeaux pour les remercier du travail accompli. Diapo « Cet événement fut tel qu’aucun mot ne pourrait le décrire. Des unités de la garde impériale et d’autres soldats entouraient le palais, leurs épées à la main ; les hommes de Dieu s’avancèrent sans crainte jusque dans les appartements privés de l’empereur où certains furent ses compagnons de table et d’autres s‘allongèrent à ses côtés sur des divans. ON avait l’impression de voir une image du Royaume de Dieu, comme si tout se déroulait dans un rêve et non pas dans la réalité » (Vie de Constantin) Constantin pouvait se féliciter il avait affirmé sa prééminence sur l’Eglise.

C Un « engagement » chrétien intéressé.

Constantin a appuyé les chrétiens de tout son poids mais la nature de son engagement religieux ne peut donner lieu qu’à de vaines spéculations

« Un royal caprice » ou mégalomane ?

Si l’on considère le faible nombre des chrétiens dans l’Empire au début du IVe siècle (les estimations très difficiles oscillent entre 3 et 5% de la population , 10% pour les plus généreuses, dont la majorité dans la partie orientale du territoire) , son engagement envers le christianisme était risqué. Ainsi son adhésion ne pouvait pas reposer uniquement sur l’opportunisme mais nécessairement sur une conviction personnelle.

C’est sur son lit de mort qu’il sera baptisé. Zozime raconte au Ve siècle que Constantin avait tant de crimes sur sa conscience qu’aucune expiation n’était possible et qu’il désespérait lorsqu’il rencontra un Egyptien venu d’Espagne qui lui assura que la « croyance des chrétiens détruisait tout péché et comportait cette promesse que les infidèles qui s’y convertissaient étaient lavés de tout crime » (Zozime, Histoire nouvelle, II, 29)

Nous sommes très marqués par le portrait de Constantin donné par Eusèbe : confit en dévotion, priant chaque jour, se mortifiant, interrogeant sa conscience, faisant brûler des cierges, s’entourant d’évêques qui le guide.

Même s’il a eu des visions Constantin n’est pas un mystique, même s’il préside le concile de Nicée ce n’est pas un théologien, même si le néoplatonisme et son idée d’un être suprême l’influencent, il n’est pas philosophe. Constantin n’est pas davantage un ascète ou un homme pieux que la dimension spirituelle du christianisme fascine.

Il y a peut-être une raison plus politique. Tant qu’il n’a pas été baptisé, Constantin pouvait arguer face à ceux qui lui reprochait ses libéralités face aux christianisme qu’il n’appartenait pas à l’Eglise, qu’il demeurait en tout état de cause empereur de tous ses sujets, des chrétiens comme des païens.

Or la personnalité de Constantin était à l’évidence plus complexe que l’image pieuse dorée à l’or fin et enrubannée de louanges par son hagiographe. Pour lui la vraie question n’était pas être ou ne pas très chrétien mais comment l’être quand on est aussi le monarque absolu d’un immense empire, un juge religieux et un chef de guerre ?

Constantin est avant tout un empereur romain. Dans son pamphlet Les Césars, Julien accusera Constantin de n’avoir vécu que pour les plaisirs. Oubliant la religion d’amour et de la morale avec lesquelles il prétendait transformer le droit romain, Constantin mit à mort son fils aîné Crispus, en 326 un bâtard, accusé par sa femme Fausta d’avoir voulu abuser d’elle. Quelque temps plus tard, soupçonnant Fausta de l’avoir berné pour laisser le champ libre aux fils qu’il avait eus avec elle (Constantin II, Constance II et Constant). Il la fera ébouillanter vive dans un bain brulant. Mais ce drame familial est à considérer avec prudence. Il n’apparaît que tardivement sous la plume de Zosime. Crispus complotait-il contre son père ? Constantin était il jaloux des succès militaire de son fils ? Fausta restée païenne était elle devenue insupportable ? Reste que Constantin a ignoré le 7e commandement « Tu ne tueras point » Comme l’écrivait Voltaire, Du christianisme, « il était fort triste d’être le beau-père, ou le beau-frère ou l’allié ou le frère ou la femme ou le domestique ou  le cheval de Constantin » (Voltaire, Du christianisme).Le meurtre politique et familial a été de tradition dans l’histoire des maisons impériales.

Régissant les corps ,et les âmes par la fortune des armes par la mise en place d’un nouvel ordre moral, par l’enracinement de l’Eglise dans l’Empire, Constantin  a pu se voir comme un de ces hommes providentiel persuadés d’être appelé à changer le sort de l’humanité :Diapo  « Alors que au long de toutes les années de toutes les journées passées des masses innombrables de peuples avaient été réduites en esclavage Dieu les a libérées de ce fardeau par moi, son serviteur et les mènera à l’éclat complet de la lumière éternelle. Voilà pourquoi mes très chers frères je crois avec une très pure confiance en Dieu être désormais particulièrement distingué par une décision spéciale de la Providence et par les bienfaits éclatants de notre Dieu éternel » Gélase de Cyzique , Histoire ecclésiastique, II, 7,38

S’appuyer sur une organisation efficace

- Hatier p. 59 doc 2, dernier § « Un apologiste défend les Chrétiens. » Enfin, Constantin a compris le rôle que pouvait jouer cette nouvelle religion monothéiste très hiérarchisée. De protecteur, il s’impose bientôt le chef de l’Eglise et intervient dans les affaires internes. Ainsi en 325, il fait convoquer les évêques en concile à Nicée pour régler la crise de l’arianisme et fixer la doctrine de l’Eglise. Pour Constantin, les chefs chrétiens deviennent des fonctionnaires. dans laquelle l’Empereur pouvait avoir une réelle influence avec d’autant plus d’empressement que la religion polythéiste n’est pas capable d’arrêter les Barbares.

Si personnelle que Constantin ne chercha aucunement à contraindre qui que ce soit à la partager. A la cour ou dans les armées, il y a ceux qui se font chrétiens par flagornerie ou par souci de carrière, et il y a l’immense majorité du peuple qui continue à pratiquer les rites ancestraux. Il est frappant de constater que Constantin ne persécute pas les païens. Il n’interdit pas leurs cultes, même si les sacrifices sanglants lui répugnent même s’il méprise leurs errements : « Que ceux qui se trompent jouissent de la paix que chacun conserve ce que son âme veut avoir que personne ne tourmente personne » (Vie de Constantin)

La mise en place d’un nouveau césaro papisme

Eusèbe de Césarée proclame Constantin « évêque des évêques », un pape laïc qui exerce sa tutelle sur tous les chrétiens avant l’heure

Constantin exerce le pouvoir au nom de Dieu. Dieu l’a élu comme son représentant sur Terre, il est son régent son vicaire.

Avec la christianisation d’Empire, le pouvoir ne vient plus des Légions, le pouvoir impérial descend du ciel C’est un droit divin, un pouvoir sacré, temporel et spirituel séculier et religieux.

Le Royaume que Jésus annonçait est l’Empire romain converti au christianisme. Le double concept de « Royaume de Dieu »  à la fois politique et religieux est accomplie en la personne de l’empereur.

A l’occasion de ses 30 ans de règne Eusèbe de Césarée prononce un discours connu sous le titre Louanges de Constantin qui définit la place et les devoirs d’un souverain chrétien :Diapo « L’un [le Christ] sauveur de l’univers prépare comme il convient pour son père le ciel tout entier le monde et le Royaume d’en haut. L’autre [Constantin] aimé de lui en amenant ses sujets au Logos monogène et sauveur de ceux qui sont sur la terre, les rend appropriés à son royaume.
L’un [le Christ] sauveur de l’univers ouvre les portes célestes du Royaume du Père à ceux qui d’en bas passent là bas. L’autre Constantin dans son zèle pour le Tout puissant ayant purifié de toute souillure d’erreurs athées le royaume terrestre, convoque le choeur des saints et des hommes pieux à l’intérieur de demeures royales en veillant à assurer le salut commun de la flotte tout entière de ceux dont il est le pilote. »

Selon la théorie politique d’Eusèbe, il y a une union inéluctable entre l’Empire et le Christianisme entre l’empereur et le Christ entre Dieu et Constantin choisi pour être son interprète sur terre. L’empereur règne mais il règne au nom de Dieu et sa parole est inspirée par la divinité.

La fusion du christianisme et de l’Empire marque la forme achevée de l’organisation humaine

Séance 7: La diffusion d’un christianisme persécuté dans l’Empire romain.

Jeudi 3 juin 2010

Intro

Rappel des séances précédentes :
- difficulté sinon impossibilité de trouver le fondateur de la religion chrétienne : il ne s’agit ni de Jésus bien qu’il en soit l’inspirateur, ni même de Paul qui de son vivant n’a joué qu’un rôle marginal
- par contre un événement joue un rôle considérable, la destruction du Temple en 70 par les Romains. Celui-ci précipite la formation, sous l’impulsion d’un rabbin de Jérusalem réfugié à Jamnia, Johanan ben Zakaï, un judaïsme rabbinique à dominante pharisienne qui exclut tous les groupes non orthodoxes dont les judéo-chrétiens.
- il semble que le message chrétien avant 70 n’ait pas rencontré un franc succès parmi les « Hébreux », les Juifs de Palestine, par contre il semble avoir davantage d’écho parmi les « Hellénistes », les Juifs de la Diaspora, et les « Grecs » les païens surtout lorsqu’il s’est constitué en « seule philosophie sure et véritable » . Diapo

Maurice Sachot : « Le christianisme n’est pas la religion chrétienne : il est né avec Jésus de N. il s’est développé sous le mode des communautés juives de diaspora il se pense en grec, s’exprime en grec et est considéré par les institutions politiques comme une hairesis ou secta, une école de philosophie. »

 

Mais cette approche philosophique de la religion est réservée à une élite réduite. Quels sont les autres facteurs qui auraient pu expliquer la diffusion du christianisme parmi les couches les plus populaires :
1ère raison : le christianisme est une religion historique contrairement aux religions fondées sur des mythologies. Jésus est un personnage historique qui a vécu que des hommes ont rencontré et qui témoignent de cet existence.
2ème raison : le christianisme est une religion miséricordieuse ; le Dieu de Jésus n’est pas un juge mais un père qui a une vision égalitaire de la société ; il s’adresse aux laissés pour compte.
3ème raison : le christianisme est une religion de la liberté elle libère l’individu de sa dépendance des dieux pour lesquelles il n’était qu’une marionnette. Le christianisme offre le libre arbitre aux hommes d’être sauvé ou pas.

 

Une dernière raison est souvent évoquée pour expliquer la diffusion du christianisme sous l’Empire romain, le don du sang ou le martyre des chrétiens durant les persécutions : « le sang des martyrs est la semence des chrétiens » selon Tertullien.

Car c’est une croyance bien établie, soigneusement entretenue par le culte des saints, les chrétiens ont été persécutés pratiquement dès l’origine et durant tout l’Empire romain
- la première persécution est organisée dès 64 à Rome à la suite de l’incendie
- jusqu’en 311/313 lorsqu’un édit de tolérance de Constantin constate l’échec de cette politique et met fin à ces persécutions.

Le martyr est l’emblème des débuts du christianisme. Les chrétiens se revendiquent le « parti des martyrs » comme le PCF s’affirmera « le parti des fusillés » après 1945. Etre chrétien, c’est être martyr

 

Pourquoi le christianisme a-t-il été persécuté sous l’Empire romain ?Est-ce vraiment grâce à ces persécutions qu’il a fini par s’imposer ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chronologie

597-538 : exil du peuple juif à Babylone

336-323 : règne d’Alexandre le Grand.

Milieu du IIIe siècle : traduction de la Torah en grec, la Septante.

IIIe siècle : rédaction de l’Ecclésiaste.

167 : Antiochus IV Epiphane tente d’helléniser la Palestine par la force.

Milieu du IIe siècle, rédaction du IIe Livre des Macchabées par un auteur anonyme.

Vers 0 : rédaction du Livre de la Sagesse à Alexandrie  

6avJC ?: naissance de Paul en Galilée ?

Vers 0 ?: ses parents sont déportés à Tarse en Cilicie ?

Vers 15 ?: Paul étudie à Jérusalem

33 ? : Conversion de Paul à Damas

34 ?: séjour de Paul chez les Arabes nabatéens.

37 ?: revenu à Damas, Paul s’enfuit et échappe à l’ethnarque du roi Arétas (mort en 39)

37 ?: 1ère visite à Jérusalem. Paul retourne à Tarse il revient à Antioche et instruit les nouveaux chrétiens.

41 (ou 49) : décret de Claude expulsant les juifs de Rome

41 : premier voyage missionnaire de Paul avec Jean Marc sous la responsabilité de Barnabé (Chypre et Anatolie)

45-46 : hiver à Antioche. 2ème mission avec Silas sans Barnabé. Paul est chef de mission il repasse au centre de l’Anatolie.

46, été : Paul évangélise la Galatie du Nord (région de Pessinonte), la Macédoine (Philippes, Thessalonique) et séjourne en Grèce principalement à Corinthe (18 mois ?) puis débarque à Césarée, descend à Antioche.

48/49/50 ? : le « concile de Jérusalem » avec Barnabé et Tite (« après quatorze ans Ga 2,1). Paul à Antioche. Incident avec Pierre (Ga 2, 11-14)

50 : Paul s’installe à Ephèse qui devient le centre de son rayonnement missionnaire

50-51 ?: 1er épître de Paul aux Thessaloniciens

51-52 : proconsulat de Gallion à Corinthe. Paul comparaît devant lui lors d’un passage à Corinthe.

54 ? :  épître de Paul aux Galates destinée à une communauté essentiellement païenne

55 ? : 1er épître de Paul aux Corinthiens

57-58 ? :  épître de Paul aux Romains destinée à une communauté plus mélangée plus enracinée dans le judaïsme

62 : Lapidation de Jacques, frère de Jésus

??: Arrestation de Paul à Jérusalem

64, 19 juillet : incendie de Rome

Vers 64/65 : mort de Pierre à Rome lors des persécutions de Néron ?

Vers 64/67 : mort de Paul par décapitation

66-70 : révolte juive en Judée ; reprise de Jérusalem par les Romains et destruction du Temple.

Vers 66/70 : Évangile selon Marc

Vers 80/85 Évangile selon Matthieu et selon Luc

Vers 80/90 Actes des apôtres

90/100 : Flavius Josèphe Antiquités juives

Vers 90/100 : Évangile selon Jean

Début IIe siècle : Évangile de Pierre ; Questions de Barthélemy

Début IIe siècle : « la finale de Marc » sur la Résurrection aurait été ajouté au texte initial.

Vers 115 l’évêque Ignace d’Antioche forge le néologisme « christianisme » martyre d’Ignace à Rome

135 : seconde révolte juive

Vers 135 : papyrus Ryland (Manchester) plus ancien fragment connu d’une copie d’évangile

Vers 140 : édition des épîtres de Paul par Marcion

Vers 175 : papyrus Bodmer (Genève) plus ancienne copie presque complète de l’évangile selon Jean

177 : persécution à Lyon

178 ?: CELCE dans son Discours véritablecontre les chrétiens,

Vers 200 : papyri Cheaster Beatty (Dublin), plus anciennes copies des épîtres de Paul

Vers 200 : évangile de Thomas

202 : Septime Sévère promulgue un édit interdisant strictement le prosélytisme juif et chrétien.

Vers 250 : ORIGENE, Contre Celse, réfute le Discours véritable

Fin IVe-début Ve : Codex le plus ancien complet du Nouveau Testament : Vaticanus (Rome), Sinaïticus, Alexandrinus (Londres)

 

I « Le sang des martyrs, une semence de chrétiens » ?

A Des récits de persécutions mythiques ?

1 L’incendie de Rome en 64 et les persécutions Néron

L’une des persécutions romaines les plus célèbres est celle de Rome en 64 à la suite de l’incendie historique qui ravage pendant 6 jours et 6 nuits en la détruisant au trois quarts.

 

Quo Vadis nous donne une version hollywoodienne de ces persécutions CDoc. vidéo : « Persécutions sous Néron », Quo Vadis, 1951. [Quo Vadis est l’adaptation cinématographique d’un roman de 1894 de H. SIENKIEWICZ]

 

Version soft car des textes antiques, celui de l’historien Tacite est plus explicite encore

 

Mais l’historien s’étonne de la véracité de cette persécution pour plusieurs raisons :
- d’abord parce que les seules sources qui en parlent sont tardives Suétone et Tacite écrivent au début du IIe siècle vers 110-120 soit 50 ans après les faits sans qu’il en ait été le témoin ; au mieux il avait une dizaine d’année ; Suétone n’était pas encore né
- ensuite parce que le portrait qu’il font des chrétiens ressemble plus à celui des chrétiens du début du IIe siècle au moment où ce groupe est clairement distingués des juifs alors qu’en 64 nous avons les chrétiens et les juifs ne se distinguent guère les uns des autres.
- enfin parce que l’œuvre de Tacite relatant l’épisode de l’incendie de Rome et la persécution des chrétiens ne nous est transmise que par un historien chrétien du IVe siècle Sulpice Sévère (v363-v420) . Ce dernier en recopiant et en adaptant Tacite aurait relié selon l’historien Charles Saumagne des remarques virulentes de Tacite contre les chrétiens contenue dans son livre V dont une grande partie a aujourd’hui disparu   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 L’Apocalypse de Jean et les persécutions de Domitien.

Dans le livre de l’Apocalypse, l’auteur, un certain Jean « Moi Jean, je me trouvais dans l’île de Patmos » (Ap 1,9) s’enflamme de colère contre les Romains.
- Il appelle Dieu à châtier l’Empire pour ses fautes, à venger les chrétiens de la haine qu’ils subissent au nom du Christ. L’empereur est dénoncé comme le Mal incarné, Satan, l’Antéchrist, la Bête qu’il faut abattre : Diapo « Je sais où tu demeures : là est le trône de Satan » (Ap 2,13).
-
Rome est la « Grande Prostituée » personnifiée : Diapo « Alors l’un des sept anges aux sept coupes s’en vint me dire : ‘Viens que je te montre le jugement de la Prostituée fameuse, assise au bord des grandes eaux ; c’est avec elle qu’ont forniqué les rois de la terre, et les habitants de la terre se sont saoulés du vin de sa prostitution ». Il me transporta au désert, en esprit. Et je vis une femme, assise sur une Bête écarlate couverte de titres blasphématoires et portant sept têtes et dix cornes. La femme vêtue de pourpre et d’écarlate, étincelait d’or de pierres précieuses et de perles ; elle tenait à la main une coupe en or, remplie d’abomination et des souillures de sa prostitution. Sur son front, un nom était inscrit –un mystère !- ‘Babylone la Grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre.’ Et sous mes yeux la femme se saoulait du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus » (Ap 17, 1-6)

 

D’après la tradition chrétienne, ces accusations s’appuieraient sur un fondement historique : Diapo les persécutions de l’empereur Domitien (81-96)
- CDoc vidéo02 : « Apocalypse, téléfilm 2002 » Domitien qui se serait proclamé « dieu vivant » n’aurait pas supporté le refus des chrétiens de le reconnaître comme tel et les aurait ainsi persécutés, sauf que….

 

Les historiens qui tentent de confronter cet épisode à l’histoire romaine sont plutôt septiques sur la réalité de cette persécution :
- d’une part aucun édit n’ a été conservé, les historiens romains parmi lesquels SUETONE, Vie des Douze Césars n’en parlent pas ; aucune trace archéologique.
- d’autre part une telle virulence s’expliquerait par le culte de l’empereur qui depuis Domitien est considéré comme un dieu vivant mais les spécialistes ne sont pas tous d’accord. Paul Veyne insiste : on répète à l’envie la phrase de Suétone fait grief à Domitien d’avoir pour la première fois exigé qu’on s’adressa à lui du titre de Dominus et Deus, ce qui est une erreur de traduction : un empereur ne peut espérer qu’être déclaré divus (divin) qu’après sa mort, jamais deus. En fait personne n’a cru que l’empereur était un dieu mais sa fonction était sacralisée

 

Aussi la persécution de Domitien qui semble être la référence de l’Apocalypse a peut être eu lieu mais elle n’est pas certaine du tout et plusieurs éléments au sein même de l’Apocalypse mettent en doute ces persécutions antichrétiennes.

1e l’identité de l’auteur ce Jean de Patmos que la tradition chrétienne, principalement Irénée de Lyon[1], a progressivement imposé comme le compagnon de Jésus, Jean fils de Zébédée l’un des deux « fils du tonnerre » selon l’évangile de Marc (Mc3,17). Mais rien n’est moins sur :
- outre qu’il aurait à la fin du règne de Domitien une centaine d’années, l’auteur de l’Apocalypse ne déclare jamais comme « apôtre » ou « disciple » mais simplement « prophète » ou « serviteur ».
- d’ailleurs nombreux étaient ceux parmi les premiers auteurs chrétiens à émettre de sérieuse réserve sur son identité apostolique : Diapo au IIIe siècle Denys d’Alexandrie rapportait que dans le passé certains ont rejeté ce livre : « Ils l’ont critiqué chapitre par chapitre, en déclarant qu’il était inintelligible et incohérent et que son titre était mensonger » (cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 25)
- depuis les chercheurs se disputent sur son identité, sur la possibilité d’une « école johannique » d’où serait sortis tous les textes regroupés sous l’autorité tutélaire de Jean. L’analyse stylistique semble confirmer qu’aucun de ces textes n’est d’une seule main, qu’il y a une foule de Jean que seule la tradition chrétienne a pris l’habitude de considérer comme une seule et unique personne.

 

2el’Apocalypse de Jean n’est pas une invention chrétienne, elle appartient à un genre littéraire appartenant à la culture juive, l’apocalyptique, très prisé
- dans le milieu juif en particulier dans les livres de Daniel et d’Ézéchiel. Plusieurs écrits pseudépigraphes sont des apocalypses : Apocalypse grecque de Baruch, Apocalypse syriaque de Baruch, Apocalypse d’Abraham, Apocalypse d’Élie, Apocalypse de Noé
- On connaît de nombreux apocryphes du Nouveau Testament qui se parent du nom d’Apocalypse : Apocalypse de Pierre, Apocalypse de Jacques, Apocalypse de Paul, Apocalypse d’Étienne, et même Apocalypse (apocryphe) de Jean.
- Mais aussi des passages entiers du Nouveau Testament, en dehors de l’Apocalypse canonique elle-même, peuvent être dits du genre apocalyptique. Citons le discours eschatologique de Jésus, dans Matthieu (24-25), dans Marc (13) et dans Luc (21,5-36).
Selon Mordillat et Prieur, « L’Apocalypse du Nouveau Testament aurait donc été écrit par un chrétien animé par la fièvre des Derniers Temps, un prophète possédant la connaissance des Ecritures juives, un juif vivant selon la Loi juive, respectant la circoncision, le shabbat, l’observance des interdits alimentaires. UN de ceux qu’on nommera plus tard par commodité « judéo-chrétien », un juif chrétien. » Ce qui pourrait nous permettre de comprendre cette haine que tout juifs avait vis à vis des Romains renforcé par la destruction du Temple en 70 et qui ne s’achève pas avant la dernière révolte de Bar Kochba (134-135)

 

3e raison qui fait douter de ces persécutions, c’est que l’auteur de l’Apocalypse n’a pas seulement comme cible les Romains, il vise aussi et surtout les « faux juifs », ceux qui « usurpent la qualité de juifs » (Ap 3,9), les « menteurs » qui forment la redoutable « synagogue de Satan » (Ap 2,9 et 3,9)
- la tradition chrétienne a pris l’habitude de désigner ainsi les juifs qui n’ont pas reconnu en Jésus le Christ ; considérant ainsi que le « Vrai Israël » sont les chrétiens et non les Juifs.
- une autre hypothèse s’appuie sur une étude minutieuse des textes de l’Apocalypse et désigne Paul et les pagano-chrétiens comme les véritables adversaires. En effet Jean s’en prend à ceux  qui tentent de piéger les Diapo « fils d’Israël pour qu’ils mangent des viandes immolées aux idoles et se prostituent » (Ap 2,14), cad abjurent le judaisme. Ce que commandaient impérativement le concile de Jérusalem aux païens de s’abstenir Diapo « des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et des unions illégitimes » Ac 15,29). Jean dénonce encore Diapo « ceux qui usurpent le titre d’apôtre » (Ap 2,2) alors que Paul s’était auto attribué ce titre : « Paul, appelé à être apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu » (1 Co 1,1)
- L’Apocalypse serait donc le texte le plus judéo-chrétien, le plus juif du Nouveau Testament. La canonisation des textes aurait perverti notre compréhension en harmonisant artificiellement les points de vue : le christianisme de l’Apocalypse combat Paul mais les positions de ce dernier l’ayant finalement emporté c’est le judéo-christianisme qui est détourné et finalement effacé de la mémoire chrétienne.

 

Voilà dans le détail pourquoi certains historiens pensent que ces premières persécutions chrétiennes di Ier siècle n’ont pas eu lieu et qu’il faut attendre le IIe siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

B Des persécutions massives ?

D’après la tradition chrétienne, durant 3 siècles, les chrétiens ont été la cible de persécutions perpétrées par les Romains : une suite de violences subies par les fidèles de l’Eglise, de tortures épouvantables de mises à mort cruelle comme si tuer les chrétiens était devenu l’obsession des païens, des autorités romaines. La réalité historique est plus nuancée et considère 2 temps dans l’histoire des martyrs chrétiens avant et après 250.

1 Des persécutions d’abord locales et spontanées.

D’abord rappelons une chose étonnante, aucune source contemporaine, aucun un témoignage direct n’atteste le martyre des apôtres, Pierre Paul ou les autres
- Diapo Les Actes des Apôtres s’achèvent au voyage de Paul vers Rome après son arrestation et rien ne nous renseigne sur le martyr de Pierre et idem pour les autres dont la mort brutale ne nous est donnée que par Eusèbe de Césarée.

 

Ensuite, les quelques témoignages d’auteurs romains que nous possédons (la correspondance de Pline avec Trajan, Tacite, Suétone)  nous renseignent surtout sur l’attitude perplexe des autorités romaines lorsque telle ou telle communauté chrétienne leur posait problème : autorités romaines, les empereurs ne semblent pas à l’origine des persécutions :
- Diapo La lettre de Pline le Jeune gouverneur de Bithynie à l’empereur Trajan est le document le plus ancien que nous possédons sur la comparution de chrétiens devant une juridiction romaine et montre assez bien la perplexité, son embarras : il n’a jamais eu à traiter et encore moins mandater pour résoudre le « problème chrétien », preuve indirecte qu’il n’y avait à l’époque aucune législation répressive contre eux.
- la plupart des cas qui sont soumis aux autorités le sont par dénonciation : les chrétiens de Bithynie suscitent les récriminations des éleveurs de bétail et des marchands de viandes sacrifiées qui se plaignent de la dégradation de leur commerce. D’ailleurs une fois le problème résolu il répond à l’empereur : Diapo « Il est certain en tout cas que les temples presque désertés sont à nouveau fréquentés, que sont reprises les cérémonies rituelles, longtemps oubliées, que se vend partout la chair des victimes qui auparavant ne trouvait plus que peu d’acheteurs ».
- Diapo Maintenant il est vrai que l’occupant romain ne s’embarrassait pas de scrupules moraux quand il s’agissait de faire régner la loi, aussi cruelle et implacable nous paraît elle aujourd’hui et les condamnations étaient souvent celle des jeux du cirque.

 

En fait ces persécutions s’expliquent par l’ignorance et les fausses rumeurs populaires : les Chrétiens aux rites mal connus sont les boucs-émissaires des malheurs du temps. Ainsi c’est à la suite de l’incendie de Rome en 64 que la communauté chrétienne aurait été persécutée.
- Diapo Tacite par exemple, peu avant 120, nomme effectivement les chrétiens (« des gens détestés pour leurs turpitudes, que la foule appelait chrétiens ») dans son évocation de l’incendie de Rome (en 64) par Néron qui les accusa. Tacite en écrivant ses Annales plus de 50 ans après les faits connait bien de son vivant l’existence de groupes religieux, mais les termes qu’il utilise à leur propos sont les mêmes qu’il utilise ailleurs pour discréditer les juifs : une exécrable superstition, les turpitudes de se s membres et la haine du genre humain. Tant il était difficile pour un Romain de faire la distinction entre les uns et les autres-
-  Diapo « Le Tibre a-t-il débordé dans la ville, le Nil a-t-il débordé dans la campagne, le ciel est il resté immobile, la terre a-t-elle tremblé, y-a-t-il la famine ou la peste qu’on déclare aussitôt : les chrétiens aux lions » (Tertullien Apologétique, XL, 1-2)

 

Alors qu’Hadrien (117-138) le 7e évêque de Rome Telesphore subit un « glorieux martyre »
Sous Antonin le Pieux (138-161) Hermas et Justin signalent les supplices
Sous Commode (180-192) Calliste est relégué aux mines de Sardaigne tandis qu’Apollonios fut condamné à avoir la tête tranchée.

Au milieu du IIIe siècle Origène est bien obligé de reconnaître que l’effectif des martyrs est « facilement dénombrable » (Contre Celse, 3,8). Ce qui s’inscrit en faux contre les affirmations chrétiennes ultérieures selon lesquelles les martyrs ont formé une armée de plusieurs milliers d’hommes

Mais à partir de 250 la situation change.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 Des persécutions générales à partir du IIIe siècle.

Le nombre des persécutions impériales contre les chrétiens reste très difficile à établir, faute de sources fiables. Au Ve siècle les écrivains chrétiens en compteront dix mais ce chiffre renvoie directement aux dix plaies de l’Egypte, aux dix cornes de l’Apocalypse et tient plus de la théologie que de l’histoire.

- Mais à partir de 250 jusqu’en 311, les persécutions deviennent plus systématiques et générales. les Chrétiens sont accusés de trahison, d’ennemis de l’Etat car ils ne veulent pas sacrifier en particulier au culte de l’Empereur devenu obligatoire. En effet à partir de 250, l’Empire romain est menacé sur ses frontières par les invasions barbares  et les Chrétiens risque non seulement d’attirer la colère des dieux mais « pacifiques » ils sont inutiles.

202 : Septime Sévère promulgue un édit interdisant strictement le prosélytisme juif et chrétien. C’est la première fois qu’une loi vise directement les chrétiens

Maximin le Thrace (230-235) ordonne le poursuivre les chefs d’Eglises » : ainsi l’évêque de Rome Pontien et le docteur Hyppolyte sont envoyés aux mines de Sardaigne où ils meurent.

Dèce dans une situation militaire catastrophique entame une politique de répression systématique contre les dissidents : nu édit oblige tous les habitants de l’Empire à faire par un sacrifice un acte d’adhésion au culte païen. L’évêque de Rome Fabien refuse est martyrisé le 20 janvier 250

Trébonien Galle calma l’opinion en rendant les chrétiens responsables de l’épidémie de peste : en 253 l’évêque de Rome Corneille est banni et meurt exilé

Après une accalmie l’empereur Valérien (253-259) interdit le culte en 257 ordonne la mise à mort des clercs et des fidèles qui refusent d’apostasier et la confiscation de leurs biens : en août 258 périssent le pape Sixte II et des diacres. Cdoc.12 « Proces de Saint Cyprien en 257 »

La mise en place par Dioclétien du système tétrarchique en 293 permit la Restauration de l’Empire mais déchaina contre l’Eglise une grande tribulation. Le nouveau régime d’essence totalitaire qui fondait sa légitimité sur une théologie politique en rattachant les souverains à la race de Jupiter et d’Hercule ne pouvait tolérer longtemps le christianisme d’autant que se manifestèrent quelques actes d’insubordination parmi ls soldats chrétiens. En 303-304, des édits ordonnèrent successivement la destruction des églises et des livres saints l’emprisonnement des clercs puis celui des fidèles et la peine de mort pour tous ceux qui refusaient de sacrifer. A Rome furent mise à mort les saints Marc, Marcellin sainte Agnès

3 Des persécutions en fait sporadiques et limitées.

Des période s d’apaisement
- sous le règne de Philippe l’Arabe (244-249)
- Gallien (253-268) proclame par un édit la tolérance à l’égard des chrétiens auxquels étaient restitués leurs leiux de culte et leurs cimetières : la mesure impliquait une reconnaissance de la propriété ecclésiastique mais ne faisait pas du christianisme une religion licite. La trêve ainsi accordée devait durer 40 ans, la « petite paix de l’Eglise »

L’abdication de Maximien en 305 amena pour Rome l’arrêt des persécutions qui fut offiellement sanctionnée par l’édit de tolérance de Galère en 311 déclarant le christianisme religion licite. Constantin confirma cet édit par celui de Milan en 313.

Nombreux sont les chrétiens qui renoncent à leur foi devant la menace de ces persécutions.
- Denys l’évêque d’Alexandrie déplore vers 250 : « La défaillance fut universelle, un grand nombre de personnages en vue se présentèrent d’eux-mêmes.[…] Tout le monde voyait que c’étaient des lâches aussi timides devant le sacrifice que devant la mort » (Lettre à Fabius d’Antioche)
- les apostasies furent nombreuses parmi les néophytes mal aguérris

Combien de martyrs chrétiens ? On n’en sait rien du tout : aucune statistiques. Certains historiens avancent le chiffre de 15°000 en 300 ans

C Des persécutions justifiées ?

1 La perplexité des autorités romaines tolérants.

La tolérance des Romains
- L’empereur Trajan adresse à Pline le Jeune « on ne peut établir en général un règlement qui ait pour ainsi dire une forme fixe. Il ne faut pas les rechercher ; s’ils sont déférés et convaincus, il faut les punir, de telle façon cependant que celui qui aura nié être chrétien, de quoi qu’il ait été soupçonné pour le passé, obtienne le pardon en raison de son repentir ».
TERTULLIEN s’en fait l’écho : « Admirable sentence qui ne peut être que contradictoire ! Elle défend de rechercher [les chrétiens] comme s’ils étaient innocents, et elle ordonne de les punir comme s’ils étaient coupables. Elle les ménage et elle les menace. Elle ferme les yeux sur le crime mais elle sévit quand même ! Ô justice, pourquoi te mettre dans un pareil embarras ? Si tu condamnes [les chrétiens] pourquoi ne pas les rechercher ? Si tu les recherches, pourquoi ne pas les acquitter. » (Apologies, 2,6-8)

Plusieurs facteurs peuvent nous permettre sinon de justifier du moins de comprendre aux yeux des Romains ces persécutions

1 Une société antique imbibée par la violence où l’atrocité est un spectacle quotidien.

La plupart du temps les préfets romains ignoraient et méprisaient les chrétiens trop peu nombreux, trop insignifiants, trop excentriques.

Les chrétiens « persécutés » par les Romains ne sont donc plus des juifs protégés par leur statut de religio licita mais des paiens comme les autres qui doivent rendre hommage à l’empereur

2 Le fanatisme chrétien

2 Des provocations parmi les chrétiens dont l’attitude est sidérante, fanatique.
- Ignace d’Antioche dans une lettre adressée à la communauté chrétienne de Rome où il est conduit pour y subir le martyre, vers 115 : « Moi, c’est de bon cœur que je vais mourir pour Dieu, si du moins vous ne m’en empêchez pas. Je vous en supplie, n’ayez pas pour moi une bienveillance inopportune. Laissez-moi être la pâture des bêtes, par lesquelles il me sera possible de trouver Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes pour être trouvé un pur pain du Christ. Flattez plutôt les bêtes pour qu’elles soient mon tombeau, et qu’elle ne laissent rien de mon corps. […] Que rien, des êtres visibles et invisibles, ne m’empêche par jalousie de trouver le Christ. Feu et croix, troupeaux de bêtes, lacérations, écartèlements, dislocation des os, mutilation des membres, mouture de tout le corps que les pires fléaux du diable tombent sur moi, pourvu seulement que je trouve Jésus-Christ » (Lettres aux Romains, 4-5)
-
Perpétue jeune patricienne d’Afrique du nord d’origine païenne qui vient de mettre au monde un petit enfant que son père la supplie d’abjurer sa foi

Le christianisme ne pouvait pas être une religion du compromis. Derrière chaque martyre, transparait le sacrifice de Jésus. Etre chrétien revenait à reconnaître la valeur suprême de cette mort altruiste aux mains d’autorités malavisées.

Les chrétiens se sont fait un devoir d’utiliser le martyre comme une tribune. Le martyre est selon l’expression d’Origène le grand théâtre que les hommes offrent aux anges. La dimension publique est fondamentale.
D’une part cela permet à un individu anonyme de se singulariser, de se faire un nom.
D’autre part mourir aux yeux de tous fait de cette mort un message éclatant, spectaculaire digne de la meilleure propagande.

Dans une certaine mesure, le Nouveau Testament non seulement approuve mais appelle au martyre les chrétiens. Le chrétien qui  à travers ses souffrances, revit la passion du Christ atteint Dieu par le martyre.
« Dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse » (Première épître de Pierre, 1 P 4,13)
« Dans le monde vous aurez à souffrir » (Jn 16,33) La condition de l’homme se confond avec la condition chrétienne.
Mieux plus vous souffrirez, plus vous serez récompensé : « j’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous » (Rm 8,18)

3 Des raisons idéologiques

3 « Il est une race nouvelle d’hommes nés d’hier, sans patrie ni traditions, ligués contre toutes les institutions religieuses et civiles, poursuivis par la justice, universellement notés d’infamie, mais faisant gloire de l’exécration commune : ce sont les chrétiens » dénonce Celse dans son Discours véritable. Les chrétiens ont de quoi intriguer : ils se tiennent à l’écart, se livrent à des cérémonies nocturnes et clandestines. On les accuse de misanthropies, on les soupçonnent de se repaître du sang des enfants, de se livrer à des orgies. Autant d’accusation qui sont lancées à la face des minorités, simplement parce que leur différence dérange.

4 Dans la mentalité romaine au crime de différence s’ajoute celui de la nouveauté : novation rime avec suspicion tant la croyance des chrétiens leur apparaît comme absurde : une « superstition déraisonnable et sans mesure » analyse Pline le Jeune. Comment peut on être assez naïf pour croire qu’un dieu abandonnerait sa félicité céleste pour venir se mêler aux hommes et partager leurs souffrances ? Et comble du grotesque, serait prêt à mourir en croix pour mieux ressusciter ensuite. Les intellectuels païens raillent les chrétiens sorte de jobards qui ont gobé ce qu’un charlatan leur racontait comme l’affirme Lucien de Samosate au milieu du IIe siècle dans son ouvrage La mort de Pérégrinus. Les chrétiens sont naïfs et crédules

5 En fait les gens se plaignent que les chrétiens ne participent plus à la vie sociale ils rompent les liens sociales : plus de concubines ; rituel social à connotation religieuse exclu. A force d’insulter les divinités traditionnelles en refusant de leur rendre hommage, en remettant en question la mythologie en critiquant les rituels du paganisme, ne risquent ils pas de déclencher quelque châtiment cataclysmique ? En se coupant de la société, ils nuisent aussi à son unité, ce qui représente un danger considérable en cas d’agression extérieure. « Les chrétiens furent reconnus coupables, moins du crime d’incendie que de leur haine du genre humain » dit Tacite (Annales, XV, 45) La loi romaine ne poursuit pas les chrétiens car ils sont naturellement tolérants. Mais en réalité les chrétiens est une exigence telle que des liens sociaux sont rompus : ils ne participent pas les rituels à connotation religieuse C’est de là que viennent les problèmes.  Les chrétiens semble contester l’ordre social

 

6 A partir du IIIe siècle, la législation antichrétienne se durcit dans un contexte de crise politique et de menaces extérieures : barbares et perse. Les menaces imposent à Rome la mobilisation de toutes ses forces, l’union sacrée dans le culte des divinités protectrices de l’Empire et donc l’élimination de toute dissidence

C’est pourquoi on les chrétiens ne voulaient pas se baptiser de suite

Si ce ne sont pas les martyrs qui vont servir de vecteurs pour la foi chrétienne quels sont les autres facteurs ?

II D’autres facteurs de diffusion plus décisifs.

A Une « Grande Eglise » qui s’organise.

L’expression « Grande Eglise » a été forgée par le philosophe païen CELCE dans son Discours contre les chrétiens, vers 178. Il emploie cette formule pour désigner un groupe de communautés chrétiennes confessant des doctrines similaires. La force de ce groupe réside dans son organisation. Grâce à ses structures d’autorité fondées sur la hiérarchie évêques-prêtres, la Grande Eglise va définir des critères d’orthodoxie et reléguer les groupes dissidents au rang d’hérétiques. Les historiens modernes ont repris cette expression pour désigner le groupe de chrétien majoritaire aux IIe-IIIe siècles.

Consolidation d’une hiérarchie ecclésiastique

Ce qui fait la force de la Grande Eglise face aux groupes minoritaires, c’est la solidité de son organisation, chapeautée par une hiérarchie clairement définie.

Diapo L’évêque episcopos « celui qui surveille » dirige la communauté d’un territoire bien défini en général la cité où il réside mais il existe dans les campagnes des chorévêques. Il est responsable de la doctrine aussi bien que de la vie quotidienne des chrétiens qu’ils doit assister en cas de problèmes.
C’est la communauté qui élit son episcope mais en réalité un candidat est souvent désigné par les évêques des autres églises

Dès le IIe siècle bien que les églises soient autonomes il existe des « métropolites » des super-évêques siégeant ans la capitale de la province : Alexandrie, Antioche, Carthage, Rome, Ephèse, Corinthe.
- L’évêque de Rome n’est pas encore le pape dont le concept de monarchie ne commencera à émerger qu’au Moyen Age.

Au dessous de l’évêque les presbytres (presbyteros, en grec prêtre) dont le rôle est de conseiller et d’assister l’épiscope qui leur délégué une partie de ses pouvoirs. C’est à eux d’instruire les catéchumènes. Les diacres préposés à la charité et à l’administration des biens de l’Eglise. S’ajoutent aussi des confesseurs

Les prêtres peuvent encore se marier car l’obligation de célibat ne s’impose progressivement au qu’au IVe siècle et définitivement en Occident au XIIe siècle. En revanche ils se voient imposer la monogamie par quoi il faut entendre l’interdiction du remariage.
Des femmes, les diaconesses se voient confier des rôles d’assistantes auprès des autres femmes mais elles seront exclues au concile de d’Epaone. Aucune femme n’est ordonnée prêtre et encore moins évêque.

Les rites

Le baptême devient l’entrée dans la religion. Précédé d’un temps de formation qui dans la seconde moitié du IIe siècle dure 3 ans à l’issue duquel le bain baptismal offre la rémission des pêchés.

Diapo Etre baptisé permet de prendre part à l’eucharistie commérant le dernier repas rappelant son sacrifice à travers les pain et le vin.

Un calendrier spécifiquement chrétien centré sur Pâque. Le dimanche est sacralisé symbolisant le jour de la résurrection. Deux jours de jeunes le mercredi et le vendredi où ils ne peuvent prendre qu’un seul rpas après le coucher du soleil.

L’aumône et la prière personnelle et collective.

Par contre les lieux de réunion
les membres les plus fortunés mettent à la disposition une pièce de leur maison avant qu’apparaissent les premières « maisons-églises » au IIIe siècle : un exemple retrouvé à Doura Europos, ville située sur l’Euphrate avec un baptistère orné de fresques bien conservées

Diapo Les sépultures, les rites funéraires.
- contrairement à une idée reçue les catacombes furent uniquement des cimetières et personne ne s’y réfugia avant la fin des persécutions.
- durant les 2 premiers siècles les chrétiens sont enterrés de manière anonyme au sein des nécropoles païennes établies autour des villes : c’est le cas pour Pierre et Paul.
- des cimetières proprement chrétiens n’apparaissent que dans le courant du IIe siècle et se présentent comme de petits hypogées souterrains. Mais ce nouveau mode funéraire touche également les païens avec le passage progressif du rite de l’incinération à celui de l’inhumation dans le courant du IIe siècle au moment où les abords des voies romaines n’offre plus qu’un nombre limité d’espace disponible. C’est alors qu’apparaissent les premières utilisation du sous-sol. La solution souterraine est dictée par la volonté de ne pas trop s’éloigner  de la ville.

 

Les premiers conciles régionaux, ou synodes

Dès le début du IIIe siècle d’importants conciles régionaux sont convoqués pour y discuter doctrine et discipline mais il faudra attendre 325 et Nicée pout avoir le premier concile universel.

 

Tout au long des IIe et IIIe siècles on assiste à un foisonnement de doctrines et de polémiques qui tournent toutes autour de l’identité de Jésus.

On assiste aussi à l’émergence progressive d’un courant majoritaire, la Grande Eglise, qui tente de définir une orthodoxie, une « opinion droite » de crainte que le christianisme ne vienne se désagréger en une multitude d’opinions contradictoires

Conflit opposant en Afrique les catholiques et les donatistes sur la question des traditiores.

B La définition d’une orthodoxie face aux hérésies.

Dans un premier temps, ce sont des juifs issus de la Diaspora qui convertissent des grecs mais au moment où les Grecs qui n’ont jamais connu le judaïsme deviennent les principaux vecteurs de la philosophie chrétienne que des hérésies interviennent

En grec le mot hairesis signifie d’abord choix option

Les querelles christologiques,

L’un des premiers mouvements contestataires est le docétisme (du grec dokein, sembler) qui nie l’incarnation, estimant que le corps humain du Christ n’aurait été qu’une illusion, de même que sa crucifixion.

En réaction l’adoptianisme récuse la pleine divinité du Christ en avançant que Jésus, le Fils de Dieu est en fait un homme qui a été adopté par Dieu.

De Rome les théodotiens disciples de Théodose de Corroyeur assurent que Jésus a certes reçu le Saint Esprit qu ile jour de son baptème, lui a accordé le don des miracles mais il n’a acquis sa nature divine qu’après sa résurrection.

Les modalistes décrètent eux que Dieu et Jésus ne sont qu’une même personne, Jésus n’ayant pas une idenité propre : c’est donc Dieu qui a été directement crucifié. Leur thèse connaît une telle popularité que Tertullien écrit Contre Praxeas.

Marcion

Marcion estime pour sa part vers 140-150 qu’il faut abandonner la Bible. Selon lui les chrétiens ne sont pas les continuateurs du judaïsme. Aussi est-il urgent de substituer aux textes juifs en circulation dans les communautés chrétiennes de nouveaux textes, spécifiquement chrétiens.

Ses idées ne nous sont connues que tardivement par son principal adversaire un chrétien d’Afrique du Nord écrivant en latin, Tertulien (v150-230).

Marcion est un philosophe, fils de l’évêque de Sinope sur les bords de la Mer noire.
- Marcion professe que Yahvé le dieu juif n’est qu’un sous-dieu, un dieu inférieur, limité incapable s’assurer le bon fonctionnement du monde. C’est un Dieu de justice mais de colère dont on ne peut espérer les faveurs.
-  pour lui le Christ est l’envoyé d’un autre dieu qui oppose le commandement à l’amour à la loi juive.

Aussi pour Marcion le chrétien doit répudier la Bible hébraïque ainsi que les évangiles car les disciples de Jésus étaient des ignorants qui n’ont pas compris son message et pour cause, en tant que juifs ils confondaient le Dieu inconnu (celui de Jésus) avec leur dieu local (Yahvé). Aussi toute la tradition transmise par les juifs et les disciples juifs de Jésus est nulle et non avenue. Leur textes englués de judaïsme ne valent rien.

Pour Marcion, le véritable enseignement de Jésus ne peut se trouver que chez Paul voir Luc. Car pour Marcion, si le Christ apparaît à Paul après être apparu aux disciples c’est bien la preuve que ces derniers n’avaient pas compris. Il trouve dans Paul une rupture avec la Loi juive. Il en profite pour faire le tri dans les textes qu’il connaît à l’époque en ne retenant que l’évangile de Luc qu’il a  expurgé de ses références juives ainsi qu’une dizaine d’épîtres de Paul. Il créée ainsi le premier recueil de textes chrétiens.

Avec Marcion le christianisme accepte pour la première fois de se détacher de ses origines juives comme elle le fera par la suite.

Le montanisme

Le montanisme est un sursaut violent contre le sens du réalisme qui avec le temps gagne le mouvement chrétien sans compter son hellénisation sur le plan philosophique et sa dimension urbaine sur le plan sociologique.

Vers 150/170 un prophète Montan affirme l’arrivée prochaine du Royaume de mille ans

Les gnostiques

Le discours chrétien provoque l’explosion des écoles gnostiques

Le mot gnose vient du grec gnôsis qui signifie connaissance. Au IVe siècle Epiphane dénombrait 80 formes différentes d’écoles gnostiques

Pour les gnostiques le monde avec ses crimes ses injsutices témoignent d’une chute. Seul le savoir permet d’échapper à cette chute et d’espérer rejoindre le haut, la sphère céleste. LE salut ne vient pas de la foi mais de la connaissance des secrets, de la connaissance de l’origine et de la fin des choses, d’où l’importance des mythes originels dans leur littérature.

La gnose cette connaissance réservée aux initiés est la voie d’accès à Dieu.

Il développent une myriades de spéculations

 

 

 

 

 

 

En réaction, l’affirmation d’une orthodoxie.

La mise en place d’une autorité hiérarchique qui condamne les idées déviantes

La mise en place d’un corpus de textes chrétiens destiné à compléter la Bible juive en réaction à Marcion, un Nouveau testament. Ce n’est qu’en 1545 lors du concile de Trente que les 27 textes sont fixés définitivement. Mais au XVIIIe siècle un savant italien, Muratori découvre un manuscrit latin sur le quel figure une liste de 22 textes

Dans la seconde moitié du IIe siècle, l’Eglise de Rome élabore un credo qui sera repris presque intégralement en 325 au Concile de Nicée

Marcion est condamné en 144

Irénée de Lyon , Contre les hérésies, fin du IIe siècle en arrive à une conclusion « C’est pourquoi il faut écouter les presbytres qui sont dans l’Eglise : ils sont les successeurs des apôtres et par la succession dans l’épiscopat ils ont reçu le sûr charisme de la vérité selon la volonté du Père » (IV 26, 2)

Tertullien, De la prescription des hérétiques vers 205 écrit son traité contre la gnose. Les hérétiques s’arrognent  le droit de disserter sur les écritures ; ils les interprètent arbitrairement, parfois m^me les corrigent oub les mutilent. Or ont-ils le droit de les toucher. C’est pourquoi les écrits gnostiques se réclament de figure tutélaires comme Adam, des proches de Jésus comme Thomas ou Judas. IL s’agit de riposter à l’idée que seule l’Eglise serait propriétaire des Ecritures

 

 

 

 

 

C La communication sur un message moins subversif

Les persécutions ont pour conséquence d’obliger les chrétiens à affûter leurs arguments contre leurs adversaires

Démarré timidement à l’époque des Pères apostoliques (fin Ier- milieu du IIe siècle) cet effort prend toute son ampleur avec les Pères apologistes au premier rang desquels se trouvent Justin de Naplouse puis Origène dont le père chrétien est mort en martyr. Il rédige vers 250 son Contre Celse, réfutation du fameux Discours véritable

L’affirmation d’une morale chrétienne exemplaire et des associations d’entre aide efficaces

Ces auteurs vont montrer la supériorité de leur foi et de leurs valeurs  sur un paganisme vecteur de violence et d’immoralité.

Les disciples de Jésus s’efforcent de suivre une série de commandements tirés de l’enseignement des apôtres : ne pas tuer, ne pas commettre l’adultère ; éviter la pédérastie, fornication, vol, magie et sorcellerie ; ne pas convoiter les biens de son prochain ; les faux témoignages, ne pas médire ni conserver du ressentiment, ne pas être fourbe ni menteur, cupide, hypocrite méchant et orgueilleux ; ne haïr personne mais prier pour les autres qu’il faut amer comme soi même.
- Cette morale peut être résumée dans un écrit célèbre la lettre à Diognète (fin du IIe siècle) dont l’auteur est resté anonyme : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par leur pays ni par leur langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier.[…] Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils partagent tous la même table, mais non la même couche. Ils sont dans la chair mais ne vivent pas selon la chair. […]Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre l’emporte en perfection sur les lois. Ils aiment tous les hommes, et tous les persécutent.[…]On les méprise et dans ce mépris ils trouvent leur gloire. On les calomnie et ils en sont justifiés. On les insulte et ils bénissent. On les outrage et ils honorent. Ne faisant que le bien ils sont châtiés comme des scélérats[…]En un mot ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. »

Dans le domaine de la sexualité et de la famille la foi chrétienne
Dans une société où le membre viril est nommé de façon fort significative, fascinus, les chrétiens se distinguent par leur retenue.
- l’union entre un homme et une femme est la métaphore de celle du Christ et de l’Eglise. Elle doit résulter d’un amour véritable, d’autant plus que les liens du mariage sont indissolubles.
- la sexualité a pour finalité la procréation et aux plaisirs érotiques on préférera la chasteté. Origène décidera d’ailleurs de se castrer lui-même appliquant à la lettre : « Il ya des eunuques qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour le Royaume des Cieux » (Mt, 19,12)
- Clément d’Alexandrie conseille de « commander en maître au ventre et à ce qui est en dessous » (Le pédagogue, I, 18-4)
- les parents doivent porter assistance à leurs enfants et s’efforcer de leur offrir une éducation soignée. Honorer le veuvage et protéger les plus faibles.

Les chrétiens manifestent la même pondération dans leurs loisirs.
Ils refusent d’assister aux sanglants jeux des arènes : Tatien (Aux Grecs, 23,2) « Vous sacrifiez des animaux pour en manger la viande, et vous achetez des hommes pour offrir à votre âme la vue d’hommes qui s’égorgent entre eux ; vous la nourrissez, contre toute piété, du sang versé. Le brigand du moins tue pour voler, tandis que le riche achète des gladiateurs pour tuer »

Rassurer les élites contre toute révolte sociale

Si une éthique fondée sur la maîtrise de soi était en fait largement diffusée parmi les élites du monde romain (stoïciens) les chrétiens ont favorisé un vrai changements dans les mentalités collectives.

Les défenseurs du christianisme ont conscience de la nécessité d’expliquer les principes de leur religion dont la méconnaissance nourrit les fantasme les plus absurdes :
- « Haine du genre humain » alors qu’ils refusent d’assister aux jeux de gladiateur, d’abandonner ou de sacrifier les nouveaux nés par respect de la vie humaine ?
- « Athées » eux qui adorent le Créateur ?
- « Race Nouvelle » eux dont la croyance est héritée du judaïsme ?

Le christianisme va de détacher des couches populaires, de la plèbe dont il est issu pour gagner les couches les plus élevées de la société païennes, jusqu’à ses sphères intellectuelles et aux cercles dirigeants

C’est ainsi qu’il faut peut-être comprendre les passages interpolés des épîtres de Paul où il est ordonné aux esclaves de ne pas remettre en cause leur condition aux femmes de se taire dans les assemblées et à tous de se soumettre aux autorités en place.

Première épître à Timothée attribuée à Paul a posteriori : « Je recommande donc avant tout qu’on fasse des demandes des prières des supplications, des actions de grâce pour tous les hommes, pour les rois et tous les dépositaires de l’autorité, afin que nous puissions mener une vie calme et paisible en toute piété et dignité » (1Tm 2,1-2)

Rassurer et séduire le pouvoir romain

Dans la majorité des textes du Nouveau Testament, la complaisance voire l’obséquiosité à l’égard du pouvoir politique est la règle.

Dans les années 50 Paul ne se soucie guère des Romains, ses épîtres les ignorent comme s’ils n’existaient pas. Pourtant dans son épître aux Romains, Paul affirme : « Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. Si bien que celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu » (Rm 13, 1-2)

« Subversifs » alors qu’ils invitent à se soumettre au pouvoir en place ? TERTULLIEN explique «  Par les prières incessantes, nous demandons pour les empereurs une longue vie, un règne tranquille, un palais sûr, des troupes valeureuses, un sénat fidèle, un peuple loyal, l’univers paisible enfin tout ce qu’un hommes ou un César peuvent souhaiter » (Apologie, XXX, 4)

Mais à partir de 70 (Destruction du Temple), les évangélistes entament un long travail d’encerclement. Dans les évangiles, les centurions deviennent les témoins de la divinité de Jésus et Jésus trouve en eux une foi qu’il n’a rencontré nulle part ailleurs en Israël. Pilate se fait l’avocat de l’accusé qu’il est censé devoir condamné. Quant au héros des Actes des Apôtres, Paul ne doit son salut qu’à l’aveu de sa citoyenneté romaine.

Dès la fin du Ier siècle dans la diaspora l’empire est reconnu comme une institution durable voulue par Dieu lui-même.
- Clément de Rome écrit : « Rends-nous soumis à ton nom tout-puissant et très excellent ainsi qu’à nos princes et à nos chefs sur la terre. C’est toi, maître, qui leur as donné le pouvoir de l’empire par ta magnifique et indicible puissance afin que, connaissant la gloire et l’honneur que tu leur as accordés nous leur soyons soumis afin de pas nous opposer à ta volonté »

Le coup de Tertullien le mouvement chrétien se pense en latin. Dans l’Apologétique il tente d’expliquer en latin le mouvement chrétien. Les chrétiens sont une école de philosophie mais en bon juriste il transpose avec ses propres concepts juridiques. Il invente le christianisme en tant que religio en dénonçant le fait que le christianisme n’est pas une supertitio une survivance méprisable une religion illégitime puisqu’elle ne s’appuie sur aucun pouvoir politique comme la religion juive.

Religio en latin ne vient pas de religare, relier mais de recueiller temps d’arrêt attitude de quelqu’un qui hésite

Le coup de Tertullien est repris, le mouvement chrétien se pense comme religion avec ses structures : les presbyteroi deviennent les prêtres ; la table eucharstique se transforme en autel ; l’Eglise devient une hiérarchie ; le pouvoir est confisqué par les hommes.

Les institutions impériales servent de référence aux chrétiens la civitas devient la base ; le préfet est remplacé par l’évêque

Conclusion

Cela dit, ces persécutions n’aurait touché au maximum que 15 000 chrétiens.

Au début du IVe siècle, lorsque cessent les dernières persécutions, le christianisme est encore loin d’être majoritaire Les estimations très difficiles oscillent entre 3 et 5% de la population , 10% pour les plus généreuses, dont la majorité dans la partie orientale du territoire.

 

Les documents possédés ne permettent pas d’établir des statistiques mais on peut dire qu’à la fin du IIIe siècle le christianisme est inégalement implanté selon les régions : l’Orient est largement christianisé mais l’Occident l’est beaucoup moins.

A l’aube du IVe siècle ce courant majoritaire a pu se constituer et se fortifier aux dépens des autres pour devenir le seul courant reconnu et favorisé par le pouvoir politique

B La mémoire, l’écriture et le culte des saints

De plus le courage des martyrs est source d’admiration. L’Eglise célèbre leur courage et développe leur culte. Elle fait du martyre la première forme de sainteté.

Le culte des saints

 


[1]Contre les hérésies

Croquis & légende 8: La Mégalopole japonaise

Vendredi 28 mai 2010

Megalojapon

Croquis 7: L’Asie orientale,légende

Vendredi 28 mai 2010

Asie-orient-legende

Croquis 7: L’Asie orientale

Vendredi 28 mai 2010

Asie-orient

Croquis 5: Légende façade atlantique USA

Vendredi 28 mai 2010

USA-atlant_leg

Croquis 5: La façade atlantique des USA

Vendredi 28 mai 2010

USA-atlantiq

Leçon II: La Mégalopole japonaise.

Vendredi 28 mai 2010

Intro

Magnard, 2004, cours pp. 228-229 et 237232- ; 1compo. avec schéma pp. 248-249 ; 1 EED pp. 252-253 ; croquis p. 256.

PwP02 Dans le monde et  dans l’aire de puissance de l’Asie orientale, le Japon demeure encore une très grande puissance, un centre dominant : la 2ème  ou 3ème puissance économique en fonction des indicateurs ; une puissance avant tout industrielle derrière les USA ; 2ème puissance commerciale avec des excédents de 80milliards $ (Allemagne 150milliards $ ; Frce 5 milliards $ ; USA déficit de 500milliards $) ; une relative puissance démographique 128 millions d’habitants.

 

PwP03 Le paradoxe de cette puissance c’est qu’elle se concentre sur un territoire réduit [377 000 km², les 2/3 de la France] d’autant plus réduit que la plupart des habitants (100 millions sur 128) et des activités (75%) sont concentrés sur une étroite bande littorale, la côte sud du Japon, appelée « Japon de l’Endroit » ou Mégalopole japonaise du nord de la région de Tokyo jusqu’à l’île de Kyushu /Fukuoka à l’ouest.

 

Quelles sont les spécificités de cette mégalopole japonaise, région motrice majeure de l’Asie orientale et du monde ? Comment peut-on expliquer une telle concentration sur  une si mince bande littorale ? Quels problèmes cette concentration pose-t-elle à la Mégalopole ?

 

A Une puissance japonaise concentrée sur le littoral Pacifique.

PwP03 densité La première caractéristique de la mégalopole japonaise est sa formidable concentration démographique.

- Du nord de Tokyo sur l’île de Honshu jusqu’à l’île de Kyushu en passant par celle de Shikoku, se concentrent près de 100 millions d’habitants. Bien que la distance soit importante, > 1 000 km la profondeur est étroite 15 km parfois davantage dans les plaines du Kanto et du Kansaï. Aussi la densité est-elle supérieure à 300 hab./km².

- Aussi cette population est-elle presque exclusivement urbaine. Les villes ( Tokyo, Yokohama, Nagoya, Kyoto, Osaka, Kobé, Hiroshima, Fukuoka, Nagasaki) se sont développées à tel point que leurs agglomérations se sont rejointes pour ne plus former qu’une seule conurbation* de près de 1 000 km. Pour simplifier, les géographes ont pris l’habitude d’y distinguer trois mégapoles* : dans la plaine du Kanto, autour de Tokyo se concentrent 32 millions d’habitants ; dans la plaine du Kansaï, se regroupent 16 millions d’hab. dans le triangle Osaka- Kobé- Kyoto ; entre les deux, la baie de Nagoya rassemble 8 millions d’hab. Magnard, 2004, p.248 : Construire le schéma 1 sur l’organisation de l’espace de la Mégapole

- Population nombreuse, riche, très bien formée, les Japonais sont considérés comme les fourmis de l’Asie pour de nombreuses raisons. Elles sont nombreuses le taux d’activité est record (>50%pop active) d’autant que le chômage est faible (3%). Qualifiées grâce à un système éducatif performant : lycéens travaillent 70h/semaine ; l’ouvrier sidérurgiste a bac+2. Assidues au travail puisque l’absentéisme est rare, nombre d’heure de travail record (2200 heures contre 1600 en France.) Les congés 15j/an ne sont pas toujours pris. Disciplinées sens de la hiérarchie, pas de manifestations, pas de grèves, peu de syndicats, ils sont dévouées à leur entreprise. Frugales car elles épargnent beaucoup. Ce modèle social peut s’expliquer par des traditions de la civilisation japonaise. Les Japonais ont subit l’influence culturelle du confucianisme qu’ils ont adapté en Shintoisme. CONFUCIUS était un sage chinois du Vième siècle avant JC qui développe une philosophie sur le respect par l’individu de la hiérarchie sociale. Le succès de cette philosophie a été renforcé par les contraintes naturelles du Japon où les défis de la nature les ont contraints à dune solidarité pour les surmonter.. Mais ces traditions semblent se perdent. Les jeunes générations sont moins dures à la tache, elles épargnent moins, partent en vacances bref s’occidentalisent…

 

 

Cette Mégalopole concentre encore l’essentiel des activités qui ont fait la puissance économique du Japon

- on y trouve bien sûr les activités de commandement comme les sièges sociaux des grandes banques et des grandes entreprises japonaises : siège des FMN nippones dans le nouveau quartier d’affaires monumental de Shinjuku Magnard, 2004 p. 239 doc.4 : photo ) Bourse de Tokyo Toyota City 

- on y trouve également les sites de conception de nouveaux produits, des laboratoires de Recherche & Développement qui nécessitent une main d’œuvre très qualifiée. La Cité scientifique de Tsukuba située au NE de Tokyo Magnard, 2004 p. 234 doc.6 : photo accueille depuis 1961 des centres de recherches. Entre 1983 et 1998, le Plan Technopolis a créé 26 technopoles*, des villes nouvelles où se concentrent les activités de haute technologie en bordure de la Mégapole.

- mais la Mégalopole japonaise reste encore un site de production industrielle parmi les plus importants du monde, un ruban/axe industriel qui regroupe de nombreuses industries. 1 A commencer par l’industrie lourde, en partie délocalisée à l’étranger, mais qui a su restructuré et se recentré dans la baie de Tokyo. 2 Mais c’est principalement les industries mécaniques (automobile) et électroniques (semi-composants, logiciels, ordinateurs) qui constituent le cœur industriel (Magnard, 2004, p. 233 doc. 4 texte : « une ville spécialisée : Toyota City » Toyota, Nissan)

 

 

 

- Dans cet ensemble Tokyo occupe une place prépondérante : Tokyo, « ville mondiale » : capitale depuis 1868, elle assure les fonctions de commandements politique et économique du Japon étendues à l’échelle mondiale Les autres centres de la mégalopole sont moins puissants : dans la plaine du Kansai,  Kobé Osaka Kyoto cherchent à se doter de spécificité en matière de recherche avancée : Magnard, 2004 p. 234 doc.7 : photo. Entre les deux, Nagoya s’est spécialisée en automobile et mécanique de précision : Toyota

 

 

Quels éléments expliquent l’importance de la Mégalopole japonaise ?

B De multiples facteurs expliquent la présence de la Mégalopole

 

La 1ère  série de raisons s’appuie sur les contraintes naturelles du territoire japonais :
-
Magnard, 2004, p. 231 doc.3 : carte « le poids des contraintes naturelles » :  Le Japon est une montagne sur mer. Les montagnes occupent 85% de la surface au Japon avec des sommets impressionnants, Magnard, 2004, p. 233 doc.2 : photo : Mont Fuji le Fuji San à moins de 100km de la mer et de Tokyo atteint 3 776m ! Aussi les plaines sont rares et concentrent hommes activités, le « Japon utile » : la plaine du Kanto est la plus grande. Par ailleurs le littoral sud possède de larges baies naturelles pour accueillir les installations portuaires
- Le Japon de l’Envers et l’île d’Hokkaido sont soumis à des conditions climatiques particulièrement rigoureuses : le climat est continental et s’accompagne de vents violents, d’inondations fréquentes et de précipitations neigeuses abondantes (JO de Nagano en 1998), ajoutez un courant chaud et vous obtenez un brouillard constant . Alors que le Japon de l’Endroit apparaît comme plus accueillant le climat est subtropical Influence de la Mousson avec des étés chauds et humides, moiteur
- Enfin la pauvreté des ressources minérales et agricoles de leurs sols les oblige à tout importer privilégiant ainsi un littoral situé vers le Pacifique. Durant la période de Haute Croissance* du Japon: la stratégie des firmes, qui importent les matières premières et exportent les produits manufacturés, favorise l’implantation littorale de l’industrie en raison du rôle joué par le Japon en Asie orientale (investissements vers les NPI, la Chine, délocalisation des industries…) et vers les autres marchés US et européens

 

 

 

 

 

La 2ème  série de raisons est l’accumulation historique :
- les pouvoirs politiques étaient déjà installés au sud d’Honshu

- C’est sur ce littoral que s’est industrialisé le Japon à la fin du XIXème siècle durant l’Ere Meiji : accumulation des capitaux, essor d’une bourgeoisie d’affaires et les premiers sites industriels (textile)..

- C’est surtout au cours de la «Haute Croissance» que s’est constituée la Mégalopole par la coalescence des agglomérations formant le Tokaido puis par l’intégration des villes situées le long de la mer Intérieure.

 

 

 

La 3ème  série de raisons Enfin la Mégalopole dispose d’un réseau de transport très performant s:.
- D’une part, la Mégapole est reliée au monde par de très grands ports qui font de la Mégapole la 2ème façade maritime du monde
- D’autre part la distance et l’insularité ont été maîtrisées par des moyens de transports denses et rapides : le Shinkansen est un TGV nippon depuis 1964 ; des autoroutes et des ouvrages d’art Magnard, 2004 p. 233 doc.3 : photo.

 

 

 

 

Cette concentration ne pose-t-elle pas de problèmes ?

3. Une Mégalopole vulnérable et saturé ?

Le 1er  problème qui se pose à la Mégalopole japonaise est son exposition aux risques naturels.  Magnard, 2004, p. 237 : photos. Comme l’ensemble du Japon, la Mégalopole est soumise à de nombreux risques naturels (typhons, séismes, tsunamis la situation du Japon au carrefour de plaques tectoniques.). Mais la concentration d’hommes et d’activités rendent plus graves les conséquences de ces aléas*. Souvenir du séisme de Tokyo en 1923 140 000 morts d’où les multiples mesures de préventions qui ont permis de limiter à 6 000 morts le séisme de Kobé en 1995 pourtant aussi violent.

 

 

 

 

Le 2ème problème est le risque technologique lié à un espace saturé. La pollution des eaux et de l’air est une réalité préoccupante : port du masque dans les rues, bar à oxygène etc…prolifération des algues rouges liée à l’eutrophisation*

 

 

 

 

 

Le 3ème problème est celui du coût de toute nouvelle expansion japonaise. Toute nouvelle activité doit désormais faire des investissements considérables pour trouver de l’espace. Il revient même moins cher de créer une île artificielle dans la baie de Tokyo plutôt que d’acheter une parcelle sur le sol ! Cet artificialisation du littoral entraîne une dégradation des paysages., qui  atteint un degré inégalé dans le monde.

Toutes ces menaces ont cependant rendu les Japonais plus sensibles aux questions environnementales, d’où le rôle actif qu’ils jouent dans les accords de Kyoto sur le réchauffement planétaire

 

 

 

 

 

Conclusion

 Bilan. La Mégalopole est l’espace central du Japon. L’ouverture sur le Pacifique, l’extraversion de l’économie, la concentration spatiale du système productif japonais expliquent l’exceptionnelle accumulation des hommes, des industries, des infrastructures de transport et des zones portuaires, sur cet espace restreint qui tend à gagner sur la mer.

 

 Perspectives. La concentration des hommes et des activités pose la question de la gestion de son environnement.

Leçon I: L’Asie orientale, une aire de puissance en expansion.

Vendredi 28 mai 2010

Intro

Magnard, 2004, cours pp. 210-211-220 ; 2 compo. p. 244-245 et 246-247 ; 2 EED pp. 250-251 et 254-255 ; croquis p. 257.

Bac juin 2009 : Composition : l’Asie orientale, une aire en expansion.

L’Asie orientale est la plus récente des 3 aires de puissance étudiées (façade atlantique de la l’Amérique du Nord et Europe). Sur la façade orientale de l’Eurasie, elle intègre quelques Etats limités par le programme au JAPON, COREE du Sud, Taiwan, Chine littorale et Singapour. Placez les pays en question mais ses limites évoluent rapidement (expansion territoriale) elle peut potentiellement s’élargir à des «pays émergents» de l’Asie du Sud-Est comme Vietnam ; ThaILANDE ; MALAISIE ; INDONESIE ; PHILIPPINES Cette aire, apparaît donc comme un espace très diversifié, éclaté en zones littorales, archipels et presqu’îles s’ouvrant largement sur l’océan Pacifique et ses mers bordières. Placez  Océan PACIFIQUE, INDIEN ; Mer du Japon ; de Chine méridionale et orientale, Jaune.

 

 

Par ailleurs, la rapidité de son développement (son expansion économique) depuis les années 1960 a incité les observateurs considérer que cette aire pouvait changer l’équilibre mondial à moyen terme (« le péril jaune ») Mais les difficultés graves des années 1990 stagnation de l’économie japonaise ; crise asiatique de 1997 ont conduit à des jugements plus nuancés et à mesurer les faiblesses de cette région.

 

 

 

Quels sont les fondements et les limites qui font de l’Asie pacifique une aire de puissance en expansion ?

A L’Asie orientale, une aire de puissance originale.

 

Elle tient d’abord sa puissance de son poids démographique : fiche doc.1 l’Asie orientale est en effet le plus grand et le plus ancien foyer de population majoritairement chinoise « aire sinisée » composé pour la zone concernée de près de 800 millions d’habitants : autant de masses de main d’œuvre bon marché et qualifiée que de consommateurs riches (Japon, Coréens, taîwanais, Singaporais) ou potentiels (Chinois). PwP1/Magnard, 2004, p. 212 : carte « l’Asie orientale dans les hautes densités de population » Cette population se concentre dans de très grandes mégapoles/ métropoles [phénomène de métropolisation*]  : placez  Tokyo, Osaka, Séoul, Pékin, Taïpei, Canton-Hong Kong; Singapour.

 

 

 

 

 

PwP4a/Magnard, 2004,p. 215 doc.2 : stat « 4 décennies de croissance » : L’Asie orientale se caractérise ensuite par des taux de croissance économique élevés (7% en moyenne de 1965à 1995 pour les « NPI », « dragons » ou « tigres » Singapour, la Corée du Sud) – malgré un certain ralentissement dans les années 1990, PwP4b notamment au Japon aggravé par la crise de 1997 ; cette croissance se poursuit en Chine =10,6% en 2006. PwP4c/Cette croissance est tirée par le secteur industriel dont les produits sont exportés dans le monde entier, l’Asie orientale est « l’atelier du monde » : 20% du PIB et 20% des exports Tous les types d’industries y sont présentes : de l’industrie lourdes (constructions navales, sidérurgie) jusqu’aux fabrications de matériels informatiques en passant par les textiles.

 

 

 

 

 

 

 

L’Asie orientale se caractérise enfin comme une région structurée par l’intensité de ses flux maritimes, aériens et de télécommunications. Cet espace est en effet marqué par la concentration de pôles, de carrefours majeurs, à l’échelle mondial PwP5a/b tant sur le plan maritime (PwP5c Singapour est le 2e port mondial en trafic mais le 1er en conteneur), PwP6a/b dans le domaine aérien mais aussi financier PwP7. PwP8 Or les échanges de ces pôles maritimes, aériens et financiers ne sont pas seulement tournés vers l’extérieur mais principalement vers la zone asiatique.

 

 

L’Asie orientale constitue ainsi une zone de développement maritimo-industriel, à la fois interdépendante et ouverte sur le monde (en particulier vers l’Europe et l’Amérique).. Sur quelles bases cette puissance s’est elle formée?

 

B Les étapes de l’expansion de l’Asie orientale.

 

La première étape, l’impulsion à l’origine de la croissance de l’Asie orientale, est venue du Japon.

CDoc. Vidéo DdC ouverture et modernisation du Japon extrait le dernier Samourai « L’entrée à Yokohama en 1876 » Au milieu du XIXe siècle, pour éviter de subir la colonisation européenne et US comme la plupart des peuples asiatiques (Chine, Indochine), le Japon se lance dans un programme de modernisation qui s’accompagne par l’industrialisation de son économie, c’est la Révolution Meiji. En quelques années, le Japon devient une puissance industrielle capable de rivaliser avec les Occidentaux ce qui lui permet d’assouvir des ambitions impériales qui s’achèvent par la défaite de 1945. Pwp10 : carte empire japonais en 1942

Après 1945 le Japon parvient à se relever de manière spectaculaire sur le plan économique au point d’évoquer un « miracle japonais » mais qui peut s’expliquer. 1- par l’aide économique des USA à la recherche d’un rempart/« porte avion » face à l’extension du communisme (Guerre de Corée et Vietnam). 2- La collaboration entre l’Etat et de grands groupes, les Keiretsu*, Pwp10 : texte pour se lancer à la conquête des marchés à l’exportation (Sogo-Shosha* et MITI). 3- les caractères socioculturels des Japonais, véritables « fourmis de l’Asie » : très travailleurs, dociles et taux d’épargne record.

 

 

 

 

 

 

 

 

2° facteur/étape : Magnard p. 244 construction des schémas.

Dans les années 1960, le modèle japonais se diffuse à un premier cercle, les 4 Dragons comprenant la Corée du Sud, Taiwan, Singapour et Hongkong, alors cité-État extérieure à la Chine. Le processus de base a été le besoin de main-d’oeuvre qu’il a fallu aller chercher de plus en plus loin du centre japonais au fur et à mesure de la transformation économique et sociale des pays les premiers affectés. Ainsi la Corée du Sud sur le modèle japonais a créé ses propres groupes Chaebols Samsung, LG [LG est un chaebol(conglomérat industriel sud-coréen), spécialisé dans l'électronique (dont la domotique), les téléphones portables et les produits pétrochimiques. L'entreprise s'est appelée Lucky-Goldstar (러키 금성) de sa création en 1947 jusqu'en 1995, date à laquelle elle a adopté l'abréviation LG comme dénomination courante]

 

 

 

 

Dans les années 80 un second cercle avec la Malaisie, la Thaïlande et une partie de l’Indonésie et des Philippines et quelques Zones économiques Spéciales de la Chine littorale,

 

 

 

 

 

3° facteur/étape : le réveil chinois.

De 1949 à 1976, la Chine sous la direction du « Grand Timonier », MAO a suivi un modèle communiste qui s’est achevé par les désastres économiques de la Révolution culturelle (1966-79).

Dans les années 80, ses successeurs, dont DENG XIAO PING, décidés à développer la richesse entament des réformes qu’ils qualifient « économie socialiste de marché ». 1 ouverture progressive de Zones Economiques Spéciales aux investisseurs étrangers. 2 privatisation des entreprises au profit des cadres du PCC. 3 déréglementation du marché du travail : emploi jeunes filles refus des syndicats libres, exode rural d’une population flottante

Pwp En 2009 la Chine est en passe de devenir l’une des plus grandes puissances industrielles

 

 

 

 

 

Ainsi l’Asie orientale  est animée par des courants d’échanges intra-régionaux en pleine expansion, hiérarchisés par la division du travail (investissements, produits manufacturés) et par des réseaux d’entreprises

C Une Aire asiatique pourtant vulnérable.

 

Malgré sa forte croissance, des crises brutales perturbent régulièrement l’Asie orientale.  La crise japonaise des années 1990 liée à l’éclatement de la bulle spéculative*; la crise financière partie de Thaïlande en 1997 qui a entraîné des perturbations économiques et sociales dans toute la région. Les Bourses asiatiques restent fragiles comme en témoignent les turbulences de l’été 2007 et l’acuité de la crise économique actuelle

 

 

Cette fragilité économique. 1 Des économies trop sensibles à la conjoncture internationale car dépendantes de leurs exportations. 2 L’absence de véritable intégration régionale ou monétaire : il n’existe qu’une association économique intégrée, l’ASEAN Association des Nations de l’Asie du Sud Est, et elle ne comprend ni la Chine ni le Japon

 

 

L’acuité des problèmes d’environnement. Saturation des espaces, pollutions

- La concentration des hommes et des activités sur les littoraux créée des risques technologiques : pollution des airs et des eaux. Ainsi l’émission de CO2 de la Chine est équivalent aux USA 20t/an/hab.

- Cette concentration des hommes et des activités sur les littoraux imposent des agrandissements par des iles artificielles

- Enfin cette concentration aggravent les risques naturels en catastrophes majeures fréquentes. D’origine climatique typhons ou géologiques séisme volcans.

 

 

L’Asie orientale est aussi fragilisé par l’existence de tensions politiques.

- Des contentieux territoriaux sont nombreux entre la Chine et Taiwan; la Corée du Nord et la Corée du Sud. L’enjeu des îles Spritley qu’opposent encore des contentieux malgré un début de normalisation des relations,

- Les régimes politiques ne sont pas forcément très stables. La Chine, dernière dictature communiste reste brutale face aux contestations montantes. Les démocraties diversité des systèmes politiques (démocratie populaire à parti unique, monarchie constitutionnelle…) japonaise, coréennes et singaporaise sont souvent corrompues collusion des milieux politiques et économiques. Enfin le travail de mémoire de la seconde guerre mondiale n’a pas été achevé

- Une course aux armements de ces dernières années.

 

 

D L’organisation

 

En cours de construction, l’aire d’Asie orientale s’articule autour de trois pôles majeurs.
Le pôle japonais, seconde puissance économique mondiale, dont le système est aujourd’hui en question, continue de dominer la région sur les plans économique, financier et technologique. Par ses investissements et son aide au développement, il a généré une croissance et une intégration progressive de «nouveaux pays industriels» : la Corée du Sud et Taiwan.

 

 

 

 

Au sud, Singapour, première place financière de l’Asie du Sud-Est, est un nœud mondial du trafic maritime rivalisant avec Rotterdam.

 

 

 

Au centre de cette aire, on assiste à la montée en puissance des régions littorales du «Pays du Milieu» dynamisées par le retour de Hong-Kong, par la politique d’intégration au marché mondial menée par Pékin et par la puissance des réseaux familiaux de la diaspora chinoise. Présentant des pôles de développement encore mal reliés entre eux, ces régions littorales de la Chine n’en fournissent pas moins 50 % du PIB national et reçoivent désormais plus d’investissements étrangers que les États-Unis. La Chine apparaît ainsi comme un concurrent direct d’un Japon en plein doute politique et économique.

 

 

Conclusion

L’aire asiatique occupe une place majeure dans le fonctionnement du monde actuel

Cette aire manque de cohésion du fait de la montée en puissance d’un grand nombre d’Etats de plus en plus en concurrence

Leçon II: Les mutations économiques, sociales et culturelles.

Dimanche 28 mars 2010

Nathan, 2004, pp. 316-347.

L’avènement de la Ve République, en 1958, coïncide avec de grands bouleversements économiques sociaux et culturels que les Français ont entamé dans les années 1950 que les historiens appellent l’entrée dans la « modernité » dans la société de consommation*.

En moins d’une génération, l’automobile et les grandes surfaces vont envahir le territoire, les campagnes et les églises se sont vidées tandis que la télévision est devenue l’incontournable canal d’une culture de masse. Les ouvriers sont aujourd’hui moins nombreux, les familles se transforment et se recomposent. Sous l’impulsion de la Libération et des « Trente Glorieuses », la France a développé un « modèle » économique et social original, une « exception culturelle » aujourd’hui remis en cause sous les coups de la « crise » économique (depuis 1974) et de l’ouverture française sur l’Europe et le monde.

Quelles sont les manifestations, les origines et les conséquences de ces grands bouleversements de la société et de l’économie françaises depuis le début de la Ve République ?

I L’expansion économique et sociale des « Trente Glorieuses ».

A Une croissance sans pareille.

CDoc.11 vidéo « 1954-74, l’expansion » De la fin de la guerre à 1973, la France connaît une période de croissance sans précédent que l’on peut caractériser de 3 manières :

CDoc.12 Le taux de croissance du PNB ne descend pas en dessous de 5%.
- CDoc.13/Nathan/M, 2004, p.326a : Si tous les secteurs de l’économie y contribuent (agriculture devient exportatrice ; développement des services marchands en particulier les commerces), la France devient une grande puissance industrielle dans les domaines automobile (PSA Renault), électrique et électronique (Thomson, CGE) en 1975 on atteint un niveau historique de 8 millions d’ouvriers.
- Les services (commerce, transport, tourisme, banque, assurances) ne sont pas en reste et recrutent en masse pour occuper la majorité de la population active : tertiarisation*.
- Si l’agriculture perd des actifs, la production augmente dans des proportions inouïes si bien que la France redevient une puissance exportatrice de produits agricoles.

CDoc.14 L’augmentation sans précédent du pouvoir d’achat permet une consommation de masse  -société de consommation*- en particulier des biens d’équipement : voiture, électroménager logement

CDoc.15/Nathan/M, 2004, p.326 doc.d - le taux de chômage est inexistant plein emploi 

B Les facteurs de la croissance

Les facteurs de cette croissance exceptionnelle sont d’une part démographique
- CDoc.21 un baby-boom dope la croissance : la France passe de 40 à 52 millions d’habitants ; rapatriement des Pieds noirs y contribue aussi (1 million)
- CDoc.22 – la population active est plus qualifiée (meilleure formation Nathan-M,2004, p. 332) et surtout plus nombreuse – CDoc23 : vidéo Nathan-M, 2004, p. 331 grâce au travail féminin
– CDoc.24 Nathan-M p.328l’appel aux travailleurs immigrés. Ce dernier est massif et multiforme dans les décennies d’après-guerre (nourrissant le second grand flux migratoire de l’histoire de France : 1,7 million d’étrangers en 1954, 3,4 millions en 1975) puis se tarit dans les années 1970, sous le double effet du retournement de conjoncture et de l’arrivée de classes d’âge nombreuses sur le marché du travail ; il cède alors la place à une immigration de regroupement familial. 

 

Les facteurs de la croissance sont d’autre part économiques :
- Les entreprises rationalisent leur mode de production ( taylorisme généralisé fordisme ; mécanisation et travail à la chaîne généralisé ; gain de productivité)
- — CDoc.22 Révolution commerciale s’adaptent au goût des clients (marketing, renouvellement rapide des produits, publicité, crédit). Les grandes surfaces commerciales -société de consommation*
- L’Etat en France joue un rôle déterminant en appliquant le keynésianisme. Il participe à la production par les nationalisations et la planification. Il intervient dans le domaine social en instaurant un Etat Providence qui redistribue es revenus et améliore la législation sociale (diminution du temps de travail ; SMIG) L’Etat investit dans la formation de sa population Pour valoriser l’espace national, orienter les phénomènes qui l’affectent et établir une certaine équité spatiale, une politique d’aménagement du territoire est assurée de manière volontariste jusqu’au début des années 1970 ; c’est l’un des aspects du renforcement du rôle de l’État, si sensible depuis les années 1930. Si un nouveau paradigme s’affirme ensuite en matière d’aménagement, l’idée elle-même n’est pas abandonnée
- L’ouverture sur l’Europe et le monde du territoire français est aussi un élément fondamental : depuis 1947, la France diminue ses droits de douanes avec le camp occidental (GATT) mais surtout en 1957 elle participe à la construction européenne.

 

C Les limites de la croissance

Cette croissance crée cependant des déséquilibres et contestations
- Déséquilibres économiques : inflation et crise pour certaines activités petits commerces, artisanats, agriculture traditionnelle
- Déséquilibres sociaux : CDoc.31augmentation des inégalités augmentent ;  CDoc.32/33 en 1954 commence le combat de l’abbé Pierre. CDoc.34 Plusieurs malaises se créent « mal des villes avec les banlieues « boulot métro dodo ». Malaise des ouvriers qui ne supportent plus le travail à la chaîne, le paternalisme patronal, absentéisme, grèves multiples.
- Déséquilibre environnementaux : gaspillage des ressources Concorde ; dégradation de l’environnement. Aussi des intellos CDoc.35 avec le Club de Rome qui préconisent une croissance zéro ; CDoc.35 d’autres artistes dénoncent la société de consommation. CDoc.35 La jeunesse surtout qui se révolte d’abord pacifiquement dans des mouvements écologiste voire hippie

CDoc.38 : vidéo La crise de mai- juin 1968 cristallise toutes ses contestations.
- le mouvement étudiant qui dénonce la société de consommation qui écrase l’individu au nom de la productivité
- les ouvriers qui veulent améliorer leur condition de vie
- la contestation politique enfin contre De Gaulle

II Depuis 1973, trente ans de « croissance dépressive ».

A « Drôle de crise »

En fait de crise il s’agit plutôt d’un ralentissement de la croissance. CDoc41 Les récessions* sont rares (1974,1993,2003, 2009) mais la croissance moyenne est modeste, de l’ordre de 2% alors qu’elle culminait à 5% auparavant.
- CDoc41 L’industrie est le secteur le plus touché. La part de l’industrie recule dans le PIB de 33% en 1970 à 20% aujourd’hui ; la destruction du tiers des emplois industriels ( millions) avec des secteurs sinistrés (textile, sidérurgie) friches industrielles.
- Par contre la tertiarisation de la société se poursuit avec 16,5 millions d’actifs dans les services.

CDoc42 D’ailleurs la progression du pouvoir d’achat se poursuit Le taux d’équipement des ménages se poursuit. Ce dernier trait contribue à dessiner une nouvelle France du travail. Il en est d’autres : recul du travail indépendant, augmentation de la population active, diminution de la durée du travail (à nuancer selon les périodes et les catégories), redistribution des activités collectives.

CDoc43 Le chômage de masse es le principal symptôme de la crise. Il passe de 400 000 en 1973 à plus de 3 millions en 1993 en particulier celui des jeunes et chômeurs de longue durée à l’origine  montée des inégalités

B Des facteurs complexes.

CDoc44 : vidéo La crise est révélée par celle du pétrole.
- Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 augmentent en partie les coûts de production mais
- Les économistes estiment que la crise s’explique aussi par la fin du modèle de croissance fordiste, productiviste

CDoc45 : vidéo A partir des années 1980, la France est confrontée à une concurrence internationale qui met à mal son modèle de développement économique et social des Trente Glorieuses.
- l’accélération de la construction européenne et la mondialisation Pour les libéraux il faut agir sur l’offre qui est bridée par les pressions pesant sur les entreprises : le coût élevé du travail, les impôts, les réglementations qui réduisent les profits des entreprises et dissuadent l’investissement et l’embauche

L’incapacité des politiques gouvernementales françaises à résoudre seuls la crise.
-
Face à la crise les gouvernements ont d’abord hésité entre une politique de rigueur (1974-81) puis une politique de relance* (1981-83).
- Depuis 1984, après leurs échecs, les gouvernements sont devenus plus pragmatiques essayant d’adapter au mieux les entreprises françaises à l’environnement international libéral tout en maintenant et renforçant le système social français.

 

C Conséquences

Le capitalisme français a évolué.
-
Les modes de gestion et de management des entreprises sont passés du fordisme puis par celui du toyotisme.
- La productivité apparaît comme une clé et un emblème du changement : en 1973, un actif occupé crée 20 700 dollars constants de plus qu’en 1950 ; en 1998, il en crée 18 770 de plus qu’en 1973. La robotisation a remplacé le travail à la chaîne.
- Les délocalisations des unités de production vers les pays à bas salaire

Un Etat-Providence est devenu un Etat-Pompier.
-
L’Etat qui avait joué un rôle économique important privatise et se repositionne sur le plan social pour compenser les pertes de revenu : indemnisation du chômage ; prise en charge des déficits sociaux au prix d’un lourd endettement et d’une augmentation sensible des prélèvements obligatoires.
- l’Etat n’a plus les moyens, ni le droit d’aménager le territoire comme il le faisait auparavant.

 

Depuis 1945, les Français sont les acteurs d’une seconde Révolution française qui bouleverse la société. Cette évolution affecte diversement les groupes sociaux et met en cause la cohésion même de la société, surtout depuis la fin des Trente Glorieuses.

III « La seconde Révolution française »[1]

A Le grand changement social

La société française est d’abord marquée par un rajeunissement sans précédent de sa population. La forte croissance démographique que connaît la France à partir de 1945 a contribué d’abord à rajeunir la population française. En 1968, la proportion des moins de 20 ans atteint 33,8%, les plus de 65 ans 12%. Par la suite, la population a continué d’augmenter à un rythme identique moins grâce aux naissances que par l’allongement de l’espérance de vie et la diminution de la natalité contribuent à son vieillissement. L’amélioration du niveau de vie des plus de 60/65 ans constitue l’un des tournants les plus nets ; à la fin du siècle, c’est au sein d’autres groupes que vit la majorité des exclus : jeunes de quinze à vingt-cinq ans, femmes à la tête d’une famille monoparentale…En 2007, les moins de 20 ans ne représentent plus que 24,7% tandis que les plus de 65 ans 16,4%. Ce bouleversement de la pyramide des âges pose le problème du financement des retraites par répartition..

L’évolution des normes familiales et des mœurs.  Jusqu’aux années 1950, la famille nucléaire, composée des parents et des enfants, paraît stable, fortement soudée autour du mariage. Mais la baisse de la fécondité, en partie liée à la diffusion des moyen de contraception (1967, loi Neuwirth et loi Veil en 1975 sur l’IVG), contribuent à l’évolution des mentalités. Ces lois entérinent et facilitent le mouvement d’émancipation des femmes. Amorcée au début des années 1980, l’évolution des normes familiales se confirme au début du XXIe : les mariages sont moins nombreux : on compte un divorce pour 3 mariage et 40% des naissance se font hors mariage. Les familles recomposées se multiplient tandis que la PACS prend de l’ampleur.

Immigration, arrivée des rapatriés, croissance naturelle, exode rural et mutation de l’appareil productif, tout se conjugue pour favoriser les villes. Les villes gagnent 13 millions d’habitants entre 1954 et 1975. Pour faire face, l’urbanisation est d’abord majoritairement verticale, avec la construction des banlieues avant de s’épandre en vastes nappes pavillonnaires – 230 000 maisons individuelles sont construites en 1977..

B L’évolution des pratiques culturelles[2]
1 L’effacement des traditions culturelles.

Dans les années 1950, les pratiques culturelles de l’avant-guerre perdurent.
L’apogée de la radio, du cinéma et de l’imprimé.
- La radio est présente dans tous les foyers et continue son développement d’autant qu’à côté des stations nationales et régionales d’Etat, Europe n°1 est créée au ton plus libre, avec une programmation musicale plus jeune.
- Les salles de cinéma sont très fréquentées. En 1950 380 millions de billets sont vendus et 130 films produits par an. Les films américains et néoréaliste italiens rivalisent avec un cinéma français classique qui s’illustre dans le drame bourgeois et le film policier (Touchez pas au grisbi, de Jacques Becker; Jean Gabin et Gérard Philippe font partie des grandes vedettes.
- La diffusion de l’imprimé augmente et se diversifie. la grande presse populaire (France Soir, le Parisien libéré) Les groupes de presse élaborent de nouvelles formules : magazines illustrés (Paris Match) ; journaux féminins (Elle) ; magazines sportifs, cinématographiques, publications destinées à la jeunesse (Spirou, Tintin). Le format du Livre de poche, créé en 1953, à prix modeste démocratise également la culture.

Mais les pratiques culturelles sont fortement différenciées selon l’appartenance sociale.
- Le théâtre, la salle de concert et le musée restent des lieux réservés à un public bourgeois. Des intellectuels et des artistes proches du Parti communiste appelés « compagnons de routes[3] », tentent de toucher un public populaire, comme Jean Vilar avec le festival d’Avignon, dès 1947 et e Théâtre national populaire (TNT) de Chaillot à partir de 1951.
- Les classes populaires privilégient le bricolage, la pêche ou le jardinage. Les sports collectifs (football, rugby) sont aussi largement pratiqués tandis que les municipalités et les paroisses rivalisent pour organiser les activités des jeunes (scoutisme). On se divertit à la fête foraine, on « guinche » au bal populaire, on s’évade au cinéma de quartier. Les veillées villageoises, l’animation des marchés du bourg et les fêtes annuelles font partie de la culture de la France rurales traditionnelle

Dans ce contexte, la culture «cultivée» est l’objet d’une évolution ambiguë : nombre de ses vecteurs (enseignement secondaire et supérieur – en 1936, 2,7 % d’une classe d’âge obtient le baccalauréat pour 20 % en 1970, 36 % en 1989 et 63 % en 1995 –, livres, revues de haute vulgarisation, expositions, etc.) et de ses thématiques sont plus répandus qu’avant-guerre ; parallèlement, elle est mise en concurrence et relativisée par la critique des hiérarchies dont est porteur l’esprit de 1968.

2 L’essor et la diversification de la culture de masse.

Le trait majeur du second XXe siècle est la montée en puissance d’une culture de masse fondée sur le son et l’image  .

L’essor des médias de masse et des autres « industries culturelles ».
- Le téléviseur envahit les foyers : en 1960, 15% des ménages sont équipés ; 40% dès 1965 ; la totalité aujourd’hui. Jusqu’en 1964, un programme unique en noir et blanc ; deux nouvelles chaînes publiques en 1964 et 1971. L’offre se démultiplie après la disparition du monopole d’Etat en 1981 et les innovations technologiques du câble et des paraboles.
- Avec la libéralisation des ondes en 1978, de nouvelles radios thématiques à public ciblé (NRJ, radio Nostalgie) renouvellent l’offre  dans les années 1980
- Le cinéma connaît dès les années 1960, une période exceptionnelle avec les films de la « nouvelle vague » de Jean-Luc Godard ou François Truffaut.
- En revanche, la grande presse populaire (France Soir, le Parisien libéré) est concurrencée par la télévision.

L’émergence d’un public et d’une culture jeune. Au cours des années 1960, la génération du baby boom découvre le rock-and-roll venu des USA et fait de chanteurs tels que Johnny Halliday, Sylvie Vartan ou Claude François de véritables idoles. Une culture jeune (les yés-yés) se structure alors avec son langage et ses valeurs.
- Le symbole de cette génération est Salut les copains. Emission de radio  sur Europe n°1 créée et présentée par Franck Ténot et Daniel Filipacchi, elle connaît un succès immédiat qui amène ses deux animateurs à lancer en 1962 un mensuel du même nom diffusé à 1 million d’exemplaires dès 1963. La fête organisée en 1963 rassemble 150 000 jeunes à Paris place de la Nation.
- Elle évolue au fil des modes, mais garde une spécificité par rapport aux autres classes d’âge. Le besoin de se réunir lors de manifestations de masse, de concerts, de free parties coexiste avec celui de se distinguer. Ce public jeune consacre en outre une large part de ses moyens financiers aux sorties, à l’achat de biens culturels (livres, disques DVD) et d’équipements. Après le téléviseur et la chaîne-hifi, c’est l’avènement du magnétoscope, de  l’ordinateur connecté à l’internet et du téléphone portable.

Maintien des distinctions entre groupes sociaux

3 Les causes de cette double évolution

Les progrès économiques, sociaux et technologiques ont permis l’essor de cette culture de masse. L’augmentation du pouvoir d’achat et la réduction du temps de travail ont pour effet l’extension du temps libre consacré aux pratiques culturelles. La télévision, aujourd’hui l’ordinateur et l’internet, ont également démultiplié et privatisé les pratiques culturelles.

Les pouvoirs publics en France ont joué aussi un rôle considérable en menant une politique culturelle active.
-
En plus du traditionnel soutien à la création par une politique de commandes publiques aux artistes, l’Etat et les collectivités territoriales ont participé activement à sa diffusion par la construction de musées (centre Pompidou inauguré en 1977), de bibliothèques (BNF 1996) de l’opéra Bastille, ou la rénovation des musées comme Le Louvre ou Orsay.
- Deux ministres de la Culture ont marqué les esprits : Malraux dans les années 1960 a créé les Maisons pour Tous et dans les années 1980, Jack Lang soutient des formes de cultures nouvelles, comme le rap et lance la fête de la Musique en 1982.
-  Par ailleurs les collectivités territoriales subventionnent les festivals de musique de théâtre ou de cinéma comme le festival d’Avignon ou le festival de Cannes (1946) qui ont un important impact touristique. Dans les négociations commerciales internationales, la France s’oppose aux USA pour défendre le principe de l’ « exception culturelle »[4]

L’esprit de 1968 a relativisé la hiérarchie des valeurs culturelles traditionnelles

Le trait majeur du second XXe siècle est donc la montée en puissance d’une culture de masse fondée sur le son et l’image, qui concourt à la dislocation des cultures closes (celles des terroirs et des groupes socioprofessionnels) et à l’uniformisation de la société malgré la segmentation des publics est sensible. Mais bien que réelles, les spécificités françaises s’estompent devant la standardisation des produits culturels de masse.
C Les croyances et les pratiques religieuses
1 Le net recul du catholicisme.

PwP10 : Un recul de l’Eglise catholique. En 1945 l’Église catholique baptisait encore 9 enfants sur dix et mariait 8 couples sur dix. Si 62% des Français se déclarent encore catholiques en 2003, moins de 10% exerce une pratique régulière. La crise des vocations religieuses perdure depuis les années 1960. Les familles et le clergé peinent à assurer la transmission d’une religion dont les dogmes et le message sont mal connus. Le catholicisme exerce ainsi une moindre prise sur les mentalités.

Les origines de ce recul. La désaffection des fidèles est liée à l’exode rural qui perturbe les habitudes de pratique religieuse, au développement de l’individualisme, du matérialisme et de l’hédonisme. Les réformes du concile Vatican II (1962-1965) qui avaient pour objectif d’ouvrir l’Eglise au monde, désorientent les fidèles traditionalistes. Les positions de l’Eglise sont souvent incomprises : condamnation de la contraception et de l’avortement en 1968 par Paul VI, maintien du célibat des prêtres, de l’abstinence sexuelle, préconisée comme solution à la propagation du sida par Jean Paul II. Mal relayées par des franges intégristes, ces positions conservatrices créent des décalages entre l’Eglise et la société contemporaine.

Le déclin est toutefois à nuancer. Pour une majorité de catholiques, les rites religieux (baptêmes, mariages, obsèques) marquent toujours les grands évènements de la vie. Un noyau dur de croyants et de pratiquants fervents subsiste, parfois tentés par le traditionalisme des opposants au concile de Vatican II. Des signes de renouveau apparaissent même à travers une religion moins conformiste et plus personnelle, et un engagement croissant des laïcs. Des communautés telles que celles de Taizé témoignent de cette vitalité, de même que les rassemblements ayant eu lieu à l’occasion des visites du pape de JP II ou  les Journées mondiales de la jeunesse à Paris en 1997. les Églises chrétiennes, ébranlées, demeurent une instance de transmission et d’activité caritative sans beaucoup d’équivalents dans la société civile : le Secours catholique ; Emmaüs

2 Le progrès des autres religions ?

Face au déclin du catholicisme, l’immigration récente a permis à d’autres religions de se rendre plus visibles.

Ce n’est pourtant pas le cas du million de protestants affiliés pour la plupart à la Fédération protestante de France. Le recul de la pratique religieuse s’accompagne d’un détachement par rapport aux institutions et de l’individualisation de la croyance. Au sein de la Fédération l’Armée du Salut mène une action tant spirituelle que sociale.

Le judaïsme.  Quelque 600 000 personnes se revendiquent en France de la religion juive. Le Consistoire, créé en 1808 et le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) fondé en 1943 représentent la communauté auprès des pouvoirs publics. Le retour des Juifs sépharades d’Afrique du Nord lors de la décolonisation a plus que doublé les effectifs d’une communauté très diverse dans la relation avec la religion. Les uns sont agnostiques[5], d’autres croyants et pratiquants épisodiques, d’autres enfin observent leurs rituels de façon littérales. La montée de l’antisémitisme depuis les années 1980 a eu tendance à renforcer le réflexe communautaire des Juifs.

Le bouddhisme. Environ 500 000 personnes en France sont proches du bouddhisme. Les 4/5e sont d’origine asiatique. Les autres sont des convertis issus de toutes les couches de la société. L’image positive du bouddhisme en France doit beaucoup au charisme du dalaï-dama, chef spirituel des Tibétains.

L’Islam est devenu la seconde religion de France avec près de 5 millions d’adeptes. Sa progression récente est liée au regroupement familial de l’immigration maghrébine, africaine et turque au cours des années 1970. Son dynamisme tranche avec l’évolution des autres religions. L’Islam en France sunnite pour l’essentiel semble moins affecté par la sécularisation de la société qui touche les autres religions. Son influence reste grande sur ses fidèles. Croyance et pratique augmentent parmi les jeunes. Vingt mosquées et lieux de prières sont dénombrés en 1970 ; 1 500 en 2000.

Les autres religions sont marginales . Des dizaines de milliers de Français cherchent la réponse à leurs interrogations spirituelles au sein de communautés pseudo-religieuses, voire de sectes plus inquiétantes. l’émergence de nouveaux courants spirituels ou, dans un tout autre registre, le succès de l’ésotérisme, de la voyance ou de l’astrologie manifestent une religiosité diffuse, une recherche d’équilibre et des besoins de certitudes ; la modernité est soumise à un questionnement inquiet.

3 La réaffirmation des principes de laïcité.

La sécularisation dominante en ce début de XXIe siècle n’empêche pas une résurgence du religieux dans la société française. La tradition laïque française est ainsi confrontée à de multiples défis Depuis la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905, la France laïque garantit la liberté de conscience de chacun.

Face au dynamisme de l’islam, l’Etat réaffirme le principe de laïcité. L’essor récent de l’islam pose différents problèmes de nature politique. La moitié des musulmans vivants en France sont de nationalité étrangère. La plupart des imams viennent de l’étranger, formés en Arabie Saoudite, en Egypte, en Turquie ou au Maghreb. Pour que l’islam français soit doté d’organismes représentatifs, les pouvoirs publics suscitent en décembre 2002, la formation d’un Conseil français du culte musulman. Depuis 1989, c’est la question du port du voile à l’école qui soulève des débats véhéments, opposant partisans et adversaires de son interdiction. Car le port du voile peut être interprété comme un repli  identitaire ou un refus de l’intégration. Pour assurer la neutralité religieuse dans l’espace public et ainsi interdire le port du voile à l’école, le principe de la laïcité est réaffirmé par la loi du 15 mars 2004.

Conclusion

 

 


[1]Seconde Révolution française : titre d’un ouvrage du sociologue Henri MENDRAS de 1984 qui souligne l’importance des années 1965-1985 selon lui décisive du changement social.

[2]pratiques culturelles : pratiques recouvrant les activités de consommation de participation de création liées à la vie intellectuelle et artistique ainsi qu’aux loisirs

[3]Compagnons de routes : Intellectuels et artistes proches du parti communiste dans les années 1950 relayant sont influence dans la société : Jean Vilar et Gérard Philippe, Yves Montant Simone Signoret

[4]exception culturelle : Conception défendue par la France au GATT et à l’OMC selon laquelle les biens culturels (livres, films téléfilms, chansons) doivent faire exception à la libéralisation des échanges mondiaux et peuvent légitimement être soutenus et protégés. Par glissement de sens fréquent, l’expression désigne la spécificité de la culture fraançaise.

[5]agnosticisme : refus de croire ce qui ne peut être connu, faute de pouvoir le vérifier.

Leçon I: Un nouveau système républicain

Samedi 13 mars 2010

Intro

Manuel pp.286-289 ; pp. 312-313

En octobre 2008, la France devrait vivre une de ces commémorations qu’elle affectionne, le 50e anniversaire de la Ve République. Une longévité peu courante dans l’Histoire de France, au regard des 3 monarchies, des 2 Empires et des 5 républiques qui se sont succédés depuis 1789. Au total, la France détient un record mondial de 22 constitutions* tandis que les USA ont conservé la même depuis 1787 et la GB a fait évolué progressivement un régime politique depuis…..1649.

Pourtant en 2008, cet anniversaire devrait se faire discret. Non seulement parce que les frasques de Nicolas Sarkozy ont quelque peu discrédité la fonction présidentielle, « clef de voûte » des institutions mais aussi parce que la constitution de la Ve République n’a jamais été autant contestée au point que les deux rivaux malheureux de Nicolas Sarkozy, François Bayrou et Ségolène Royal, réclamaient, s’ils étaient élus une VIe République.

Pourquoi la Ve République, instaurée en 1958 par le Général De Gaulle, suscite-t-elle encore autant de polémiques ?

I Une Ve République née de circonstances exceptionnelles.

A Une République née d’un coup d’État ?

Certains dénoncent, dans la création de la Ve République, un « complot », un « coup d’état » pour permettre au Général De Gaulle de revenir au pouvoir. [manuel p.312 Cdoc.11 : « le 13 mai 1958 vu par Jean Eiffel »/ « Mitterand, coup d’état permanent »] François Mitterrand, Le coup d’État permanent, dénoncent un coup de force, un « complot » de la part de De Gaulle et des militaires. Les opposants de gauche organisent à l’époque des manifestations

 

Il est vrai que les circonstances qui précipitent la création de la Ve République sont exceptionnelles et troublantes. Elles peuvent se résumer en 3 dates. CDoc.12 : vidéo « La crise de mai 1958 »

- 13 mai 1958 : à l’annonce de l’investiture* de Pierre PFIMLIN, prêt à négocier avec le FLN, une émeute insurrectionnelle éclate à Alger et donne le pouvoir à un Comité de salut public* dirigé par les militaires, (Gal. MASSU et SALAN) qui réclament le retour du Général De GAULLE écarté du pouvoir depuis 1946.

- 15 mai : DE GAULLE intervient publiquement et se déclare prêt à assumer le pouvoir tandis qu’à Alger les militaires se préparent débarquer/parachuter sur Paris pour faire un coup d’État, c’est l’ Opération Résurrection

- 1er juin : la crainte d’une dictature militaire précipite le ralliement des politiciens à De Gaulle qui est investi Président du Conseil* avec les « pleins pouvoirs » pendant 6 mois. Des pouvoirs exceptionnels non seulement pour remettre au pas l’armée et régler le problème algérien (« Je vous ai compris ») mais surtout pour préparer une nouvelle Constitution qui donnera naissance à la Ve République.

 

Pour la plupart des historiens, comme Michel Winock, la thèse du complot ou du coup d’État militaire est à écarter au profit de l’opportunisme dont fait preuve De Gaulle. Car depuis 1940, « l’homme du 18 juin » est considéré par une large partie de l’opinion publique et des militaires comme un « sauveur », un homme providentiel, qui s’était mis plus ou moins volontairement à l’écart de la vie politique depuis 1946 mais qui se préparait à être rappelé en cas de crise grave. C’était le cas en 1958 où le risque de dictature militaire et de guerre civile était patent.

B Une nouvelle Constitution pour remplacer une IVe République défaillante.

Si le Général De Gaulle conditionne son retour à une modification de la Constitution, c’est qu’il estime que la IVe République est responsable de la crise de mai 1958.

- Manuel p. 311/CDoc.13 : « Affiche en faveur du oui au referendum du 28 sept. 1958 » : pour De Gaulle, le « système » est un terme méprisant pour désigner la IVe République, véritable « régime des partis » politiques qui ne servent que leurs propres intérêts sans tenir compte de ceux de Marianne incarnant à la fois la France et la République, la menant ainsi au déclin en opposition à l’essor social et économique promis.

- [CDoc.03 vidéo sur la démission de De Gaulle en 1946 » Cette haine de la IVe République chez De Gaulle n’est pas nouvelle, elle remonte à 1946, au moment même de la création de la IVe République. A l’époque, alors qu’il dirigeait le Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF), il avait démissionné avec fracas pour dénoncer le projet de Constitution, finalement adopté en 1947.

 

 

 

 

Les historiens nuancent à peine les difficultés politiques de la IVe République.

- [CDoc.14 chronologie des gouvernements de 1946 à 1958.] Il est vrai que les institutions de la IVe République ont été marquées par l’instabilité gouvernementale : 24 gouvernements en 12 ans sans compter les vacances de pouvoir comme en mai 1958 où il n’y a pas de gouvernement depuis un mois.

- [CDoc.15 schéma des institutions de la IVe rép.] Ces crises ministérielles à répétition s’expliquaient avant tout par la possibilité donnée à l’Assemblée Nationale, le pouvoir législatif, d’investir*le Président du Conseil, de le contrôler régulièrement et donc renverser le gouvernement. Le Président de la République, élu par les Assemblées n’avait qu’un second rôle, « il inaugurait les chrysanthèmes » selon De Gaulle.

- [CDoc.06 répartition des sièges en 1956] Mais cette instabilité gouvernementale s’expliquait surtout par l’éparpillement des voix, renforcer par le scrutin proportionnel, dans de nombreux partis politiques. En 1956-58, il n’y avait pas moins de 7 grands partis dont le plus important ne dépassait pas 20% des sièges. Pour obtenir une majorité, le futur  Président du Conseil devait négocier une coalition avec plusieurs formations politiques en prenant soin de réserver des ministères à chacun. Il fallait aussi compter sur une forte minorité de blocage de la part des communistes (PCF), des gaullistes (RPF) remplacés en 1956 par les Poujadistes, qui refusaient, par principe, toute participation au gouvernement.

C Une république rêvée par De Gaulle depuis longtemps.

En mai 1958, De Gaulle voit donc l’occasion de faire adopter un projet de constitution qu’il avait pensé dès sa démission et qu’il avait présenté aux Français dans un discours tenu à Bayeux, le 16 juin 1946. CDoc17 : « discours de Bayeux » Un pouvoir exécutif fort dominé par un Président de la République gardien de l’intérêt national qu’il oppose aux intérêts des partis Il tente de créer son propre parti le Rassemblement du Peuple Français ne sera pas vraiment écouté, commence alors pour lui la « traversée du désert » qui dure de 1946 à 1958

 

Le discours de Bayeux du général de Gaulle (16 juin 1946)

Du Parlement ainsi composé de deux chambres , il est clair que ne peut pas et ne doit pas procéder le pouvoir exécutif, sous peine d’aboutir à cette confusion des pouvoirs dans laquelle le gouvernement ne serait bientôt plus rien qu’un assemblage de délégations (…). En vérité, l’unité, la cohésion, la discipline intérieure du gouvernement de la France doivent être des choses sacrées, sous peine de voir rapidement la direction même du pays impuissante et disqualifiée.

Or, comment cette unité, cette cohésion, cette discipline seraient-elles maintenues à la longue si le pouvoir exécutif émanait de l’autre pouvoir [le pouvoir législatif] auquel il doit faire équilibre, et si chacun des membres du gouvernement, lequel est collectivement responsable devant la représentation nationale tout entière, n’était, à son poste, que le mandataire d’un parti ?

C’est donc du chef de l’État, élu par un collège qui englobe le Parlement, mais beaucoup plus large, (…) que doit procéder le pouvoir exécutif.

(…) Soyons assez lucide et assez forts pour nous donner des règles de vie nationale qui tendent à nous rassembler alors que nous sommes perpétuellement porté à nous diviser. Toute notre histoire c’est l’alternance d’immenses douleurs d’un peuple dispersé et des grandeurs fécondes d’une nation groupée, libre sous l’égide d’un Etat fort ! »

II L’affirmation d’un pouvoir présidentiel.

A Une Constitution de compromis

 

 

La constitution de 1958 introduit des innovations essentielles mais résulte d’une compromis subtil, assez compliqué, pour ne pas heurter les élus attachés aux traditions d’un régime parlementaire*.

- Ainsi le parlement (AN et Sénat) conserve de larges pouvoirs : l’AN élabore et vote les lois ; elle peut renverser le gouvernent par une motion de censure*. Mais ces pouvoirs sont réduits : les sessions sont limitées dans le temps ; les projets de lois du gouvernement sont prioritaires et le gvt peut imposer certains textes sans discussion grâce à l’article 49-3. Le Sénat enfin ne peut plus bloquer définitivement des lois en cas de désaccord. Enfin, pour dégager des majorités stables et élimer le PC, le scrutin uninominal à deux tours devient la règle.

-L’innovation essentielle est le renforcement de l’autorité du pouvoir exécutif partagé entre le gouvernement et le Pt de la Rép. Bien que nommé par le Pt., le Ier ministre reste sous le contrôle de l’AN. La grande innovation concerne, le Pt de la République, « clef de voûte des institutions » est désormais élu au suffrage indirect élargi (80 000) il nomme le Ier Ministre, préside le Conseil des Ministres, commande les armées, signe les traités et peut dissoudre l’Assemblée et proposer seul des référendum. Dans les cas extrêmes, il peut recevoir les pleins pouvoirs pour 6 mois.

 

 

CDoc21 : schéma constitution On le voit, dans le texte, cette constitution, en 1958, est à la fois en rupture avec la tradition parlementaire française depuis 1875 mais ne choque pas puisqu’elle donne la possibilité aux parlementaires de renverser le pouvoir exécutif. C’est pourquoi cette constitution est unique dans les grandes démocraties libérales : à la fois parlementaire et présidentielle on parle de régime semi-présidentiel.

 

Approuvée par referendum le 28 septembre 1958, les premières élections législatives se déroulent en novembre 1958 et le 21 décembre, 80 000 grands-électeurs élisent De Gaulle premier Pt de la Ve Rep.

B La pratique présidentielle de De Gaulle.

Si, dans le texte, cette constitution est à la fois parlementaire et présidentielle, dans l’esprit et la pratique du pouvoir de De Gaulle, cette constitution sera présidentielle comme le démontre les crises de 1962, 1968 et 1969.

 

A l’automne 1962, DE GAULLE doit faire face à une opposition parlementaire. Certains députés n’admettent pas la nomination en avril 1962 d’un premier ministre non parlementaire, Georges POMPIDOU en remplacement de Michel DEBRE démissionnaire, car partisan de l’Algérie Française. Fiche doc 2 « Election du Pt au suffrage universel. » D’autres refusent le projet de soumettre par référendum l’élection présidentielle au suffrage universel. Le 5 octobre 1962, ils refusent la confiance au gouvernement. DE GAULLE dissout l’AN et demandent aux Français de trancher. Les électeurs donnent raison au vieux Général. Le 28 octobre 1962, le projet d’élection directe du Président est adopté à une large majorité ;CDoc. 35 « Répartition des sièges à l’AN » les législatives de novembre 1962 permettent à DE GAULLE de dégager une large majorité, l’UNR manquant de peu la majorité absolue.

 

La deuxième crise de régime qui montre que la pratique présidentielle prime a lieu en mai-juin 1968 à la suite d’une contestation sociale sans précédent. Celle-ci éclate au mois de mai 1968 et se décompose en 3 temps. 1, une crise étudiante CDoc. 23 VIDEO « La crise de mai 1968 » Magnard p. 307 doc 5 « Affiches politiques contre le système DE GAULLE. » 2, une crise sociale généralisée : CDoc. 24 Vidéo « Grève générale » En solidarité avec les étudiants, les syndicats organisent la plus grande grève de France (9 à 10 millions de grévistes) et en profitent pour revendiquer des avantages sociaux. Le 27 mai, Accords de Grenelle prévoyant de fortes augmentations de salaires sont signés mais le mvt se poursuit. 3, la crise devient alors politique :  la gauche et François MITTERRAND réclament des élections et le départ de DE GAULLE « Dix ans ça suffit ! » Le 29 mai, DE GAULLE disparaît à Baden- Baden où il consulte l’Armée (pleins pouvoirs ?). Le 30 mai, contre manifestation gaulliste est organisée et réunit 1 million de personnes ; DE GAULLE décide alors de dissoudre l’Assemblée nationale. Coller les résultats de 1968. CDoc. 25 « Législatives juin 1968 » La peur des désordres et la lassitude font voter massivement les Français : les gaullistes (UDR) obtiennent leur plus forte majorité ; la déroute des socialistes et de MITTERAND est totale.

 

La troisième crise aura lieu en 1969. De retour au pouvoir DE GAULLE multiplie les initiatives qui  : il change de Ier Ministre en renvoyant POMPIDOU en juillet 1968 ; il relance le thème de la participation en engageant une réforme de l’Etat fondée sur la décentralisation/ régionalisation et la suppression du Sénat souvent dans l’opposition. Souhaitant faire approuver ses projets, il lance un référendum le 27 avril 1969. Refusé à 53%, DE GAULLE dans sa logique de république présidentielle démissionne le lendemain.

 

C Une pratique présidentielle assumée par ses successeurs (1969-1986)

Malgré les craintes le régime fonctionne sans difficulté majeure durant les septennats de ses successeurs.

 

C’est logiquement que Georges POMPIDOU est élu Pt Rép. D’une part, il est le  « candidat naturel » de l’UDR (gaullistes) CDoc. 04 « Pompidou  héritier de DE GAULLE » et CDoc.05 « Résultats en sièges législatives de 1968 » ; il dispose en outre d’une expérience politique appréciée : Ier Ministre entre 1962 et 1968 ; Accords Matignon. D’autre part, il affronte une opposition est divisée : les socialistes humiliés et MITTERAND balayés en juin 68 et ne voulant pas s’allier avec un PCF diabolisé depuis 1947 n’est pas présente au 2ème tour.

- Dès son élection, il affirme sa volonté de rupture en nommant un Ier Ministre, Jacques CHABAN-DELMAS dont la volonté est de construire une « nouvelle société ». « Discours sur la Nouvelle Société. » Quelques réformes libérales sont prises : SMIG pour relever les bas salaires ; libertés d’expression plus grande à la radio et télé.

- Mais cette libéralisation est remise en cause face à la montée des oppositions. Magnard p. 309 doc. 7 et 8 Les contestations sociales en profitent pour s’accentuer : féministes, étudiants, ouvriers, régionalistes (FLNC). La gauche, jusqu’alors éclatée, s’unit autour d’un Programme Commun : Congrès d’Epinay en 1971 Magnard p. 319 doc. 3 « L’Union de la Gauche » CDoc vidéo : « MITTERRAND, Epinay et le Programme Commun. » Aussi en vue des Législatives, CHABAN trop indépendant est démissionné en 1972 et remplacé par MESSMER qui revient à une politique plus gaulliste : extrême droite et gauche dissoutes ; radio et télévision sous surveillance. Les élections de 1973 sont remportées de justesse mais  les Gaullistes perdent la majorité absolue et se maintiennent au pouvoir avec le soutien du centre droit de Valéry Giscard d’Estaing jusqu’à la mort prématurée de Pompidou.

 

Valéry Giscard d’Estaing est le premier non-gaulliste à l’Élysée (1974). Fiche doc. 1 texte : « Déclaration de candidature de VGE, le 13 avril 1974 » Au cours de la campagne de 1974, VGE apparaît comme le meilleur candidat. D’un côté, il rassure en insistant sur la continuité

- Ce Président qui se veut plus proche des Français x les réformes démocratiques et de société « La société libérale avancée » Fiche doc 2 à compléter.

- Mais VGE au cours de son mandat doit faire face à plusieurs difficultés : 1 la crise économique CDoc vidéo : « Pub crise pétrole » l’augmentation du chômage et de l’inflation malgré le choix d’un économiste, Raymond BARRE comme Ier Ministre 2- l’organisation de l’opposition à gauche: d’un côté le parti socialiste qui sous la houlette de François MITTERAND 3- la division de la majorité gouvernementale en 2 parties : l’UDF et le RPR sous la houlette de CHIRAC.

- Face à ces contraintes, VGE revient à une conception gaulliste du pouvoir en nommant un premier Ministre

 

 

En 1981, le régime a même tendance à se renforcer sous les premières années du septennat de François Mitterand. Non seulement les institutions passent l’épreuve de l’alternance* mais surtout, malgré son opposition au régime dès sa fondation, Mitterrand choisit de ne rien modifier, se coulant dans le fauteuil du « monarque républicain ». Droite et Gauche reconnaissent ainsi la constitution de la Ve République.

 

Si les institutions ont résisté à l’alternance politique, elles ont aussi survécu aux cohabitations, révélatrices d’une crise politique plus profonde.

III Une République « ballotée » depuis 1986

A 1986, la rupture avec le régime présidentiel.

Les législatives de 1986 introduisent un nouveau paramètre : la majorité parlementaire diffère de la majorité présidentielle. La désignation du Premier ministre et la formation du gouvernement dépendant dans les faits du rapport de force à l’Assemblée nationale, commence l’expérience dite de cohabitation. François Mitterand choisit de rester au pouvoir, nulle disposition constitutionnelle ne l’obligeant à se démettre. Dès lors le Pt et le Premier ministre collabore en donnant toutefois l’avantage au premier ministre : la Ve devient un régime parlementaire

Considérée comme exceptionnelle, cette pratique parlementaire de la constitution s’est répétée depuis en 1993 et surtout en 1997à la suite de la dissolution provoquée par un Pt en quête de « relégitimation ».

 

B 2002, le quinquennat ou le retour à un régime présidentiel.

Les blocages inhérents à un exécutif à deux têtes ont amené les politiques à modifier radicalement la constitution en proposant le quinquennat, ratifié par referendum le 24 sept. 2000.

En plaçant l’élection présidentielle avant l’élection législative, la Ve république devient de fait un régime présidentiel : les électeurs donnant la majorité parlementaire au Pt comme le montre les résultats de l’élection de juin où l’Union pour la Majorité Présidentielle a remporté un très large succès électoral.

C Une crise de la représentation ?

La montée de l’abstention et des forces politiques extrémistes sont des indices sont des indices d’un certain désenchantement de l’électorat au pire du régime et de ses représentants

Comme elle est récurrente, puisque aucune majorité élue depuis 1978 n’a été reconduite, elle nourrit un débat portant à la fois sur le régime et sur la capacité des projets politiques à satisfaire les aspirations des Français. Une redistribution de l’électorat et des partis accompagne ces évolutions des décennies 1980 et suivantes : recul électoral du parti communiste, constitution d’un courant écologiste, efforts pour construire des coalitions de droite et de gauche, ancrage de l’extrême droite et poussée de l’extrême gauche. Ces deux derniers traits apparaissent nettement lors des présidentielles de 2002, à l’issue desquelles Jacques Chirac est élu pour la deuxième fois – désormais pour cinq ans.

Depuis le milieu des années 1980, la crise économique, l’inefficacité des politiques publiques de lutte contre le chômage, les révélations sur la collusion de l’argent et de la politique auxquelles s’ajoutent des scandales comme ceux des écoutes téléphoniques ou du sang contaminé posent la question du pouvoir et ses limites en démocratie.

L’affaiblissement des clivages idéologiques, conséquence mécanique de l’alternance et tendance historique lourde liée à une contrainte extérieure de plus en plus forte

Conclusion

La Ve République sous l’impulsion du Général De Gaulle a rompu avec la tradition parlementaire en usage en France depuis la fin du XIXe siècle. Soutenue par une aspiration au renforcement du pouvoir exécutif, véritable « révolution » constitutionnelle , le nouveau régime a su s’adapter aux mutations de la vie politique.

Leçon IV: L’inégal développement, une fracture toujours vive.

Mardi 26 janvier 2010

Intro

Manuel de Géographie Terminale L-ES-S, Magnard, 2004, pp.24-25

Manuel Géographie Seconde

CDoc.01 02 03 Les journalistes ont pris l’habitude de nous présenter le Monde divisé entre Nord et Sud. Les PVD souvent présentés comme étant dominés et exploités par un Nord développé. Le Nord occuperait 20% des hab et 80% des richesses la proportion est inversée au Sud. Les Géographes ont même tracé une ligne de fracture, « le fossé » sur les planisphères. Fiche doc. Compléter la carte.

CDoc.05 : video « Shanghai, vitrine Chine »  Pourtant le voyageur qui débarque en Chine dans l’un de ces pays du Sud a de quoi être surpris

Mais comment a été dressée cette ligne Nord Sud ?Correspond-t-elle à la réalité ? Quels sont les fondements (aspects et les origines) des inégalités de développement sur Terre ? L’accélération de la mondialisation a-t-elle creusé ces inégalités de développement ?

A- Des inégalités multiples.

L’indice privilégié pour mesurer le Développement a longtemps été le PNB/PIB en $ : CDoc 11 stat « Clsst PNB »  Mais le PNB du Sud est sous évalué à cause de l’autoconsommation, des taux de change…. aussi la Banque mondiale propose en prenant en compte la parité en pouvoir d’achat ppa et le rapport avec le nombre de ses habitants.

Les résultats sont surprenants. CDoc 12 graph écart entre pays du Sud D’abord, les écarts sont considérables : la production de richesse est toujours concentrée dans quelques pays riches ont plus de 24 000$ (Luxembourg, 65 000$) les pauvres surtout Afrique noire ne dépassent pas 1 000$ (Sierra Leone, 460$) Ensuite certains pays du Sud sont riches (Koweit > 20 000$) alors que des pays du Nord sont pauvres alors que des pays du Nord sont pauvres (Russie, 6 880$, Pologne 9 370$). Enfin la grande pauvreté persiste évolution récente des pays du Sud est très hétérogène.

La notion de Développement ne s’appuie pas seulement sur la richesse des Etats mais prend en compte aussi l’amélioration des conditions de vie de l’ensemble de la population. C’est pourquoi l’ONU[1], a –telle pris en compte d’autres critères capable de mesurer la santé des individus : CDoc 13 « stat espérance de vie dans le Monde. » ONU s’est intéressée aux inégalités de l’espérance de vie dans le monde. ONU s’est aussi intéressée aux contrastes de l’analphabétisme : CDoc 15 : carte analphabétisme. Aussi, en 1990, l’ONU a synthétisé ces données en créant l’Indice de Développement Humain *.CDoc 06 Magnard carte 5 p. 33 “ IDH dans le monde ” 

CDoc18 : vidéo Dessous des cartes 2004 Mais cet indice ne tient pas compte des inégalités à l’intérieur des Etats : Indices insuffisants puisqu’en 1997, l’ONU en a créé un autre l’Indice de Pauvreté Humaine* : part des pauvres / Etat. Magnard p. 31, doc 2 « Un nouvel indicateur l’IPH. » ils restent imparfaits et ne prennent pas en compte : absence de libertés politiques, insécurité, non respect des droits de l’Homme, travail des enfants, condition féminine.

 

B- Un monde plus complexe qu’il n’y paraît.

Le Nord n’est pas uniquement composé de centres d’impulsion. Le Nord n’est pas un espace homogène et se constitue de 3 éléments : Croquis sur les espaces de la Mondialisation ; Magnard p. 41 carte 3 « L’inégale puissance industrielle. » ; Magnard p. 33 doc 5 « carte sur Inégalité de l’IDH. » Choisir une couleur logique ;  délimiter les espaces sur la carte. Ne montrer le Transparent qu’une fois les croquis terminés. 

[Croquis violet et rouge] – Les Etats de la Triade* concentrent une part considérable de richesses, des flux et maîtrisent l’information les marchés les technologies tout en se concurrençant férocement. Oligopole mondial.

[Croquis  rouge] – D’anciens pays du Tiers- Monde les ont rejoints : Asie du  Sud Est constituent de nouveaux foyers de richesse les NPI* Taiwan ; Corée du Sud ; Singapour.

[Croquis rouge hachuré] – Par contre, les pays  issus de la dislocation du bloc soviétique ont décroché et se situent pour certains à un niveau de Développement proche du Sud (Républiques d’Asie centrale). L’adaptation à l’économie de marché s’est traduite par une lourde récession: 105 millions de pauvres; scolarisation et sanitaire en recul.

Au sein même de ces pays du Nord, mais à d’autres échelles, les inégalités sont également sensibles : Le Doc : Magnard p. 127 doc 7 « CA des grandes entreprises. » - A l’échelle régionale (celle d’un Etat) : Le Nord –Est des USA Le Doc : Magnard p. 98-99 doc 5 et 1 sur les pauvres à New York - A l’échelle locale aussi : 20% de pauvres dans l’Etat de New York concentrés dans ghettos.

 

 

 

Un Sud de plus en plus hétérogène. La combinaison des critères de développement fait apparaître une forte hétérogénéité parmi le Sud. Sur leur carte les élèves doivent compléter la légende en trouvant une définition appropriée des 5 types de Sud à partir du  Magnard cartes pp. 33, 40 et 41 et 6 p. 35: “ Les Nord et les Sud. ”
[Croquis orange] – Les grands Etats- continents en cours d’industrialisation sont à distinguer par leur potentiel : Chine, Brésil, Inde.
[Croquis jaune] – Les pays « émergents » bénéficient d’une position géographique favorable pour profiter de la Mondialisation, parmi eux les pays industrialisés-atelier d’Asie de 2e génération
[Croquis jaune/triangle vert] – Les pays pétroliers ne partagent pas leurs hauts revenus avec l’ensemble de leur population .
[Croquis blanc]  - Enfin les PMA*, essentiellement situés en Afrique, sont marginalisés comme le Zimbabwe.

Comme au Nord, cette diversité se complète par les contrastes encore plus violents de développement à l’intérieur de chaque pays comme le montre l’exemple chinois: Le Doc : Magnard p. 335, carte 5 : « Les contrastes régionaux de développement en Chine. » – A l’échelle régionale : Chine dynamique du Littoral s’oppose à la Chine de l’Intérieur. Le Doc : CDrom 06 ; Magnard p. 345, Texte 4 : « L’urbanisation de la Chine. » A l’échelle locale : A Shanghai, pas encore de bidonvilles mais pauvres, « pop flottante. »

 

C- Des politiques de développement divergentes.

Depuis la décolonisation peu d’Etats sont parvenus à quitter le Tiers Monde pour intégrer les pays du Nord.

Le développement n’est pas un problème de nature technique mais sociopolitique. Il implique des choix économiques et sociaux : les dépenses de santé et d’éducation sont aussi productives car elles améliorent la capacité des hommes à produire.

Le développement passe par la maîtrise de la croissance démographique. Cet objectif doit être combiné avec d’autres mesures : éducation, interdiction du travail des enfants, lutte contre le chômage.

Le rôle de l’Etat est déterminant : plusieurs pays d’Asie se sont développés grâce à une intervention efficace de l’Etat pour la mise en place d’infrastructure de base (ports, route, communication énergie) et pour le soutien aux entreprises.

 

Conclusion

 

 


[1] dont le but est de « favoriser le progrès économique et social à tous les peuples » (Charte de San Francisco)

Schéma 01: Pôles, Triade et flux

Mardi 26 janvier 2010

schema_poles.triade-flux

18 janvier 2010: Lettre aux parents de la Seconde Alizé.

Samedi 16 janvier 2010

Chers parents de la Seconde Alizé,

Permettez-nous avant tout de vous adresser nos meilleurs voeux pour cette nouvelle année.

Depuis la fin du trimestre dernier, début décembre 2009, l’équipe des professeurs d’Alizé a constaté un taux d’absentéisme anormalement élevé que ne peuvent expliquer les seules intempéries et autres maladies virales.
C’est d’autant plus inquiétant qu’il concerne régulièrement les mêmes élèves et qu’il a tendance à se produire au moment des évaluations. Nous craignons que de mauvaises habitudes ne s’installent.
Aussi nous rappelons que l’assiduité est l’une des conditions premières de réussite au Lycée et qu’il serait dommage que des élèves aux résultats fragiles gâchent leur année par le renoncement aux efforts dont le premier symptome est justement cet absentéisme.
Le deuxième trimestre est à la croisée des chemins d’une année réussie ou ratée, aussi nous vous demandons d’inciter vos enfants à ne plus rater des cours pour des motifs futiles.
De notre côté, nous mettons en place à partir de ce lundi 18 janvier, une cellule de veille qui recensera toutes les absences de la semaine et imposera pour les élèves les plus souvent absents et en retard pour des motifs non valables, un rattrapage systématique de chaque heure de cours durant les heures de liberté de vos enfants (mercredi et samedi compris), afin de faire les évaluations manquées ou de recopier les cours.
La réussite de vos enfants dépend de notre collaboration, parents-professeurs: un petit effort de chacun peut sauver une année.

Nous espérons que cette mesure de fermeté nécessaire obtiendra votre compréhension et votre soutien.

L’équipe enseignante de la Seconde Alizé.

Séance 6: L’influence de la philosophie grecque sur le christianisme primitif.

Jeudi 7 janvier 2010

Intro

Rappel des séances précédentes :
- difficulté sinon impossibilité de trouver le fondateur du christianisme : il ne s’agit ni de Jésus bien qu’il en soit l’inspirateur, ni de Paul qui de son vivant ne joue qu’un rôle marginal
- par contre un événement joue un rôle considérable, la destruction du Temple en 70 par les Romains. Celui-ci précipite la formation, sous l’impulsion d’un rabbin de Jérusalem réfugié à Jamnia, Johanan ben Zakaï, un judaïsme rabbinique à dominante pharisienne qui exclut tous les groupes non orthodoxes dont les judéo-chrétiens.
- il semble bien que le message chrétien avant 70 n’a pas rencontré un franc succès parmi les « Hébreux », les Juifs de Palestine, par contre il semble avoir davantage d’écho parmi les « Hellénistes », les Juifs de la Diaspora, et les « Grecs » qui constituent les communautés fondées ou visitées par Paul . Diapo  

 

L’autre constat qui nous sert de point de départ d’aujourd’hui est la place du grec dans le christianisme :
- d’une part les documents les plus anciens que nous possédons du NT sont écrits en grec
 Diapo  : ainsi le papyrus Ryland (conservé à Manchester) plus ancien fragment connu d’une copie d’évangile selon Jean datant de 135 est écrit en grec ; le papyrus Bodmer (Genève) datant de 175, la plus ancienne copie presque complète de l’évangile selon Jean aussi. Et pour cause, il semble bien que les premiers écrits chrétiens aient été écrits en grec et non en araméen, langue pourtant parlée par le Jésus historique.
- d’autre part la plupart du vocabulaire chrétien encore utilisé aujourd’hui a des racines grecques

Episkopos « surveillant » ; ekklesia « assemblée »

 

Diapo Comment expliquer cette prédominance grecque dans le christianisme primitif ? Cette influence se limite-t-elle à la langue ou a-t-elle des conséquences plus profondes, d’ordre philosophiques par exemple ?

 

Pour répondre à cette question je me suis appuyé principalement sur une bibliographie en partie déjà présentée
- Diapo Maurice Sachot
- Diapo Frédéric Lenoir
- Diapo Régis Burnet [MMCalais 220 BUR]
- je n’ai pas laissé de côté la série des Mordillat et Prieur mais ils sont passés à côté de l’influence grecque

 

Ces auteurs ont utilisé des sources dont nous avons peu parler jusqu’à présent
- dans le NT nous allons nous appuyer sur l’Évangile de Jean
- Diapo mais aussi à des textes peu connus de l’AT, contenus pourtant dans la Bible chrétienne comme L’Ecclésiaste, la Sagesse, l’Ecclésiastique
- nous ferons référence également aux premiers « Pères de l’Eglise » en langue grecque comme Clément d’Alexandrie, Justin de Naplouse, Irénée de Lyon, Origène ou Tertullien
- Diapo enfin nous évoquerons un auteur juif, contemporain de Jésus, Philon d’Alexandrie (16avJc- 50apJC)

 

A votre disposition sur l’ordinateur de l’UTL quelques émissions de radio

Quelques liens internet
http://www.patristique.org/

 

 

Pour Maurice Sachot, le mouvement chrétien est refondé par l’hellénisme à partir du moment où le discours chrétien s’adresse à des « Grecs » à savoir des populations qui parlent grec et surtout pensent selon leur propre culture grecque.

Craignant dieu

La fin de l’Eglise de Jérusalem s’accompagne de l’universalisation des idées pauliniennes : entre 70 et 90 l’intercommunion se généralise dans toutes les communautés auxquelles Paul avait déjà donné le nom d’ekklesia.

Les disciples du Christ commencent à se percevoir et à être perçus comme les tenants d’une nouvelle religion à laquelle s’applique une nouvelle dénomination : le christianimos désormais distinct du judaismos.

- la mission donnée aux apôtres d’aller dans les nations est ultérieure à l’enseignement de Jésus

- le miracle de la Pentecôte : la diversité linguistique ne déforme pas le message chrétien : les apôtres pouvaient dire en plusieurs langues une seule foi.

 

 

 

 

 

 

 

 

Chronologie

597-538 : exil du peuple juif à Babylone

336-323 : règne d’Alexandre le Grand.

Milieu du IIIe siècle : traduction de la Torah en grec, la Septante. 

IIIe siècle : rédaction de l’Ecclésiaste.

167 : Antiochus IV Epiphane tente d’helléniser la Palestine par la force.

Milieu du IIe siècle, rédaction du IIe Livre des Macchabées par un auteur anonyme.

Vers 0 : rédaction du Livre de la Sagesse à Alexandrie

6avJC ?: naissance de Paul en Galilée ?

Vers 0 ?: ses parents sont déportés à Tarse en Cilicie ?

Vers 15 ?: Paul étudie à Jérusalem

33 ? : Conversion de Paul à Damas

34 ?: séjour de Paul chez les Arabes nabatéens.

37 ?: revenu à Damas, Paul s’enfuit et échappe à l’ethnarque du roi Arétas (mort en 39)

37 ?: 1ère visite à Jérusalem. Paul retourne à Tarse il revient à Antioche et instruit les nouveaux chrétiens.

41 (ou 49) : décret de Claude expulsant les juifs de Rome

41 : premier voyage missionnaire de Paul avec Jean Marc sous la responsabilité de Barnabé (Chypre et Anatolie)

45-46 : hiver à Antioche. 2ème mission avec Silas sans Barnabé. Paul est chef de mission il repasse au centre de l’Anatolie.

46, été : Paul évangélise la Galatie du Nord (région de Pessinonte), la Macédoine (Philippes, Thessalonique) et séjourne en Grèce principalement à Corinthe (18 mois ?) puis débarque à Césarée, descend à Antioche.

48/49/50 ? : le « concile de Jérusalem » avec Barnabé et Tite (« après quatorze ans Ga 2,1). Paul à Antioche. Incident avec Pierre (Ga 2, 11-14)

50 : Paul s’installe à Ephèse qui devient le centre de son rayonnement missionnaire

50-51 ?: 1er épître de Paul aux Thessaloniciens

51-52 : proconsulat de Gallion à Corinthe. Paul comparaît devant lui lors d’un passage à Corinthe.

54 ? :  épître de Paul aux Galates destinée à une communauté essentiellement païenne

55 ? : 1er épître de Paul aux Corinthiens

57-58 ? :  épître de Paul aux Romains destinée à une communauté plus mélangée plus enracinée dans le judaïsme

62 : Lapidation de Jacques, frère de Jésus

??: Arrestation de Paul à Jérusalem

Vers 64/65 : mort de Pierre à Rome lors des persécutions de Néron ?

Vers 64/67 : mort de Paul par décapitation

66-70 : révolte juive en Judée ; reprise de Jérusalem par les Romains et destruction du Temple.

Vers 66/70 : Évangile selon Marc

Vers 80/85 Évangile selon Matthieu et selon Luc

Vers 80/90 Actes des apôtres

90/100 : Flavius Josèphe Antiquités juives

Vers 90/100 : Évangile selon Jean

Début IIe siècle : Évangile de Pierre ; Questions de Barthélemy

Début IIe siècle : « la finale de Marc » sur la Résurrection aurait été ajouté au texte initial.

135 : seconde révolte juive

Vers 135 : papyrus Ryland (Manchester) plus ancien fragment connu d’une copie d’évangile

Vers 140 : édition des épîtres de Paul par Marcion

Vers 175 : papyrus Bodmer (Genève) plus ancienne copie presque complète de l’évangile selon Jean

Vers 200 : papyri Cheaster Beatty (Dublin), plus anciennes copies des épîtres de Paul

Vers 200 : évangile de Thomas

Fin IVe-début Ve : Codex le plus ancien complet du Nouveau Testament : Vaticanus (Rome), Sinaïticus, Alexandrinus (Londres)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie

BENOIT André, « Orthodoxies et hérésies aux premiers siècles » in Aux origines du christianisme, 2000, pp.511-518.

SACHOT Maurice, « Chapitre 16, Le moment grec », in Quand le Christianisme a changé le monde, 2007, p.251-271

Sachot Maurice « Le moment grec », France Culture

Au second siècle, les apologistes chrétiens se disent philosophes :

Christ est transformé en Logos concept grec

Le moment grec Maurice Sachot

Les « juifs de la diaspora » héllénistes veulent diffuser le message

La question du « Juste » et de sa rémunérations intéressent aussi les non juifs comme un modèle

D’où le conflit dans les années 40 dans la communauté
En 48 à le « concile »Antioche l’obéissance à la loi juive n’est pas obligatoire
débat entre la communauté de Jérusalem
1er acte républicain de l’Histoire obligeant tout homme quelque soit sa condition peut devenir chrétien Epitre aux Galates.
mais la culture générale de l’époque n’était pas prêt à recevoir cette pensée : pas d remise en cause de l’esclavage ni de la femme
finalement ils acceptent que les gentils soient intégrés

Le discours chrétien est adapté pour les non juifs
Actes des apôtres Luc montre comment Paul
peut-être que la Loi

D’après les Actes, vers les années 40 on utilise le mot chrétien identifié par l’autorité romaine

Avant les chrétiens autour de Jérusalem s’appelaient les nazôreens les « sauvés ».

La philosophie chrétienne est très forte c’est un art de vivre différent

Les communautés chrétiennes se construisent sur l’architecture de l’autorité en diaspora

Ignace d’Antioche invente le christianismos à opposer  au judaismos en tant qu’école de pensée

« La subversion chrétienne de la philosophie grecque »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I Un monde hellénistique préparé au christianisme.

Pour comprendre l’essor du mouvement chrétien au Ier et IIe siècle de notre ère, il faut revenir sur le milieu dans lequel il s’est développé, à savoir le milieu hellénistique.

A L’hellénisation du monde antique.

La domination grecque.

Diapo A la suite de la conquête d’Alexandre le Grand (336-323), le monde antique s’hellénise durablement.
CDoc01 vidéo Oliver Stone, Alexandre, 2004
Alexandrie, vers 284 avJC Ptolémée Sôter vieillard
« Alexandre a changé le monde…bâti un empire…fondé 18 Alexandries…ni sur des terres ni sur l’or mais sur les idées, l’idée hellénique d’une civilisation ouverte, ouverte à tous. »

- Diapo Non seulement parce qu’après la mort d’Alexandre des Royaumes hellénistiques rivaux sont fondés et dureront longtemps.

- Ensuite parce que la postérité d’Alexandre et de ses successeurs s’appuie sur les villes nouvelles fondées et organisée à la grecque, la polis, la cité.
Alexandrie et Antioche deviendront avec Rome les métropoles les plus peuplées de l’Antiquité avec plus de 500 000 habitants.

- Surtout parce cette conquête militaire s’accompagne d’une conquête culturelle « son empire repose ni sur des terres, ni sur l’or mais sur les idées, l’idée hellénique d’une civilisation ouverte à tous », qui s’impose par la langue, la culture, la pensée grecque.
N’oublions pas la fameuse bibliothèque d’Alexandrie
Nous avions vu que même la Palestine avait été touché par ce processus d’hellénisation bien qu’il ait suscité des résistances : Antiochus IV Epiphane (175-167) tenta d’helléniser Jérusalem en 167 avJC en rasant les murs, en édifiant une citadelle, en installant une colonie militaire, en changeant le nom de Jérusalem en Antioche, en abolissant le sabbat et la circoncision. Une résistance nationaliste y mit fin dès 164.

- Diapo Malgré la conquête romaine à partir de 188 avJC la civilisation grecque non seulement reste dominante dans la région mais triomphe dans l’ensemble du monde romain.
En Palestine par exemple, l’occupation romaine renforça le processus faisant de la langue grecque la langue de la culture et des affaires. Il est possible que Jésus connaissait le grec. Flavius Josèphe réfugié à Rome après 70 écrit en grec. Mais elle faisait partie d’un rejet, y compris par l’élite car elle signifiait la perte de l’identité, le risque d’assimilation et le polythéisme. Aussi l’usage ordinaire de l’araméen, la lecture de la Bible en hébreu, le refus de sa traduction en grec faisait partie de la résistance.

Le développement de la philosophie grecque.

Les conquêtes d’Alexandre puis la postérité des Royaumes hellénistiques ont permis de faire connaître la culture grecque dans le monde antique, au premier rang desquels figure la pensée, la philosophie dont les questionnement vont favoriser la diffusion du christianisme.

En effet nombreux sont les intellectuels/ philosophes grecs qui, bien avant et après les plus connus que sont Socrate, Platon et Aristote au Ve siècle avJC, ont réfléchi au sens du monde et débattent du rôle qu’y tient l’homme.
- Aussi la philosophie cherche donc à répondre à deux questions étroitement liées : 1° Est-il possible de dire que quelque chose est vrai et à quelles conditions ? 2° est-il possible de définir en conséquence ce qui est bon (et bien) pour l’homme (donc susceptible de le rendre heureux) et à quelles conditions ?
- Il ne fait guère de doute que, malgré les apparences, pour les philosophes grecs la question n’est pas tant celle du bonheur que de la Vérité, de la Justesse et de la Vertu, du bon gouvernement (de soi ou de la cité) et de l’accord avec ses fins.
- Pour ce faire la philosophie mobilise tous les savoirs, toutes les sciences pour tenter de comprendre et expliquer l’ensemble des choses.

Pour Platon Le tyran n’est pas heureux (Gorgias), soit ! cela ne fait pas du bonheur le but de la vie mais plutôt une conséquence d’une vie réussie, ce qui paraît d’ailleurs aussi douteux sous cette forme : condition nécessaire ne veut pas dire suffisante. Malgré le caractère apparemment logique et convaincant de ce sophisme, il faut rectifier au contraire que le bonheur ne peut pas être le but de la vie, ce qui serait un vouloir vide, en court-circuit sur soi-même. (L’erreur consiste ici à prendre le moyen pour la fin, car le bonheur n’est qu’un moyen pour encourager l’action, comme effet de la réalisation de nos fins, mais il faut bien dire que cette substitution du moyen aux fins concrètes est solidement ancré dans le principe biologique du renforcement des conduites gratifiantes par le système douleur-plaisir qui est poussé jusqu’à la toxicomanie dans l’espèce humaine). Pour Socrate savoir où est le bien rend les hommes bons (on ne peut vouloir faire mal, ni connaître la justice sans être juste) mais il n’y a aucun doute sur le fait que l’objet de la philosophie n’est pas de parvenir à un bonheur stupide, c’est le bonheur de la philosophie elle-même, le bonheur de la découverte et de la discussion, c’est la mise à l’épreuve dans un débat public de nos convictions et des préjugés dominants, c’est le dévoilement d’une vérité cachée dont nous n’apercevons que les ombres dans notre caverne, d’une science qui n’est pas immédiate mais se construit pas à pas dans la recherche et l’expérimentation, le dialogue et la contradiction. La question est réglée, il n’y a pas d’autre Bien que le Vrai, pas d’autre pouvoir que le savoir.

Or, la grande différence entre les dialogues de Platon et les écrits d’Aristote, c’est qu’au dialogue avec les citoyens sur l’agora, Aristote substitue la confrontation avec les opinions des penseurs illustres du passé. Ce qui subsiste dans les deux cas, c’est la nécessité de la contradiction mais cette discussion des anciennes théories sépare assez nettement la philosophie d’avec les sciences qui s’en détachent en oubliant le processus de recherche dans le résultat. Il faut remarquer que, si la perfection de la philosophie d’Aristote lui a donnée une si longue hégémonie (à travers sa dogmatisation « scolastique » notamment et l’extraordinaire Somme de Thomas d’Aquin), c’est sa remise en cause pourtant (par Galilée et Descartes) qui a permis de relancer la recherche de la vérité et de fonder la science moderne.

Ce qu’il faut retenir sur la philosophie grecque dans la perspective de la diffusion du christianisme, ce sont les caractéristiques suivantes :

La 1ère caractéristique de la philosophie grecque est que la Vérité absolue n’existe pas : elle n’est qu’un construit humain, une opinion, une doxa marquée au coin d’une incertitude radicale entrainant de ce fait une prudente réserve, un doute systématique. Dans les civilisations antiques, hormis le judéo-christianisme, il n’y a aucune instance sociale qui prétende être la détentrice du vrai et du bonheur.

La 2ème caractéristique de la philosophie antique est qu’elle ne se limite pas à une démarche intellectuelle, à la recherche du savoir pour le savoir, c’est une démarche de vie, un choix, un engagement, un comportement personnel et collectif. Aussi la philosophie donne-t-elle lieu à des « écoles de pensée » dont 4 au moins sont des institutions : l’Académie de Platon ; le Lycée d’Aristote ; le Portique de Zénon et le Jardin d’Epicure. La philosophie antique est considérée comme une école de vie et de pensée[1].

La 3ème caractéristique de la philosophie grecque telle qu’elle a évolué à l’époque hellénistique, c’est qu’elle ne s’occupe plus de former de futurs citoyens amenés à jouer un rôle politique dans une Cité mais elle répond à des aspirations plus individuelle comme le salut de l’âme, ce que dit très bien Pierre Aubenque : « Au moment ou le cadre traditionnel de la cité grecque s’efface devant un Empire dont les décisions échappent à la critique comme à la délibération de ses sujets, le philosophe se trouve confiné soit dans la théorie pure, soit dans la prédication simplement morale, dès lors que la politique, forme la plus haute de la praxis pour les Grecs, cesse de dépendre de lui pour relever d’un maître étranger. C’est le moment où la liberté de l’homme libre, qui jusque-là se confondait avec l’exercice des droits civiques, se transmue faute de mieux en liberté intérieure ; où les idéaux grecs d’autarcie, d’autonomie, qui cherchaient jusqu’alors à se satisfaire dans la cité, se trouvent confiés aux seules ressources spirituelles de l’homme individuel ; où la spéculation sur la nature tend à n’être plus que l’auxiliaire d’une morale préoccupée avant tout de procurer à chacun le salut intérieur. »[2]

L’invention de concepts-clés.

L’immortalité de l’âme depuis Platon
- Platon croyait l’âme immortelle, et chercha, sans prétendre pouvoir y parvenir, à le prouver dans le Phédon, qui raconte le dernier jour de Socrate. Cette immortalité se lie à la thèse de la migration des âmes et de leur purification après la mort, qu’il décrit dans trois mythes, à la fin du Gorgias, de La République et du Phédon
- Maurice Sachot[3] pense que « la rupture qu’il introduisit dans cette diction de la parole divine est consécutive à la prise de conscience des implications de la croyance en l’immortalité de l’âme. Il en tirera la conclusion que c’est à chacun de répondre personnellement à l’injonction divine de faire le bien pour mériter le salut. C’est d’abord dans le cœur de chacun et la rectitude en conscience et non dans l’accomplissement rituel des sacrifices ni dans l’exactitude formelle des préceptes que s’effectue la réponse à l’injonction divine. »

Avec Héraclite au VIe siècle avJC un concept clé a émergé qui constituera l’un des fondements de la pensée : le Logos. Pour Héraclite le Logos se situe à l’origine de la pensée humaine.
Dans son sens littéral, le Logos est la Parole, le Verbe cad la représentation abstraite de la réalité. Or la parole, ce sont les mots que nous utilisons pour désigner le monde dans lequel nous vivons.
- Or en désignant le monde nous le traduisons en lois logiques. En ce sens outre le fait qu’il est source du savoir, le Logos est la Raison créatrice de sens, voire créatrice de la réalité.
- A la suite d’Héraclite, la philosophie grecque désignera à travers le Logos défini à la fois comme la parole et la raison, une rationalité gouvernant le monde. Voir Frédéric Lenoir, p.112

 

 

 

 

 

 

B L’importance des juifs de la Diaspora.

Mais pour que le christianisme se diffuse dans le monde grec, donc antique et romain, il a fallu un intermédiaire, une passerelle, un médiateur : un rôle tenu par les Juifs de la Diaspora.

Des juifs de la Diaspora plus nombreux

En dehors de la Palestine, une partie de la population juive était éparpillée dans le reste de la terre habitée. Au Ier siècle de notre ère, la population juive totale pouvait dépasser 8 millions ce qui représentait un romain sur 10 ; 1 habitant hellénistique sur 5. Sa répartition n’était pas régulière : elle se concentrait dans les villes dont principalement Alexandrie, Antioche et Rome. Cet éparpillement résulte d’une longue succession de mouvements de population divers :
- les déportations entre 736 et 582 en Babylonie et en Assyrie ainsi que vers l’Egypte pour y échapper.
- des colonisations militaires, des émigrations volontaires, des implantations de prisonniers de guerre vers l’Egypte, la Cyrénaïque, l’Asie mineure, vers les territoires des empires lagides, sassanide ou romain auquel l’Etat juif était rattaché.

Un judaïsme de diaspora différent

Pour éviter l’acculturation, la synagogue joua un rôle éminent. (le mot synagogue est grec et signifie « assemblée » ; c’est une traduction dans la Septante du mot hébreux ’édâh, « congrégation »)
Cette synagogue est moins un lieu de réunion et de prières qu’une pratique : une fois par semaine, à chaque sabbat, la population juive d’un quartier se rassemblait pour célébrer son appartenance à une même communauté à la fois locale et universelle.
Cette célébration consiste principalement en une prise de parole : la communauté se dit à elle-même ce qu’elle est dans sa permanence comme son changement. Cette prise de parole vive (l’homélie) parle du présent et de l’avenir en s’appuyant sur un texte de référence tiré de l’enseignement de Dieu qui fait loi (Torah en hébreu, Nomos en grec) (la Bible).
Cette institution synagogale a vraisemblablement vu le jour pendant l’exil en Babylonie (de 597 à 538). Risquant de se perdre le peuple juif créa une structure de substitution détaché des contraintes spatiales, transportable et disponible : la Torah. Une Torah qu’il est possible d’interpréter en fonction de l’actualité par l’homélie, ce discours fait par un homme de l’assemblée et non par un prêtre. Le sabbat, seule « fête » possible en terre étrangère devient au même titre que la circoncision le signe distinctif du peuple juif.
L’exil n’a pas seulement arraché les juifs à leur terre, il a transformé leur religion en l’intellectualisant, en l’intériorisant dans chaque croyant. La lecture commune de la Torah le jour du sabbat, son interprétation durant l’homélie devient l’acte d’appartenance à la judaïté.

Une diaspora vécue comme une mission divine.

Sur le moment, l’exil fut interprété comme une punition, un châtiment divin (prophètes Jérémie, Ezéchiel). Mais les exilés renversèrent la perspective : de « dispersion-punition », la déportation se transforma en « dissémination-rassemblement » ce que traduit le terme grec « diaspora » repris dans la Septante et qui évoque les deux sens.

De plus la situation géopolitique de l’Antiquité favorise la  notion d’empire et de colonies.
Un peuple colonisé comme les juifs cherche à coloniser d’autres nations : c’est ainsi que peut se comprendre l’installation de garnisons juives en Egypte (au VIe siècle avJC) lors d e la domination de ce pays par les Perses ; sous les Séleucides des colonies militaires juives furent installées en Asie mineure (vers 200 avJC) ; Hérode le grand lui-même implanta une colonie près d’Antioche tandis que deux frères juifs implante un véritable état juif en territoire parthe vers 20 et 35.
Les juifs de la diaspora ne sont pas intégrés à la population locale, ils forment un politeuma « état » relativement autonome à l’intérieur de la Cité. D’une manière générale, ce politeuma qui n’est pas soumis aux autorités municipales a à sa tête un conseil des anciens (presbuteroi) ou sénat (gerousia) constitué sur le modèle du Sanhédrin de Jérusalem et présidé par un chef qui exerce la fonction de juge suprême et peut imposer des contributions financières à la communauté juive. Leurs véritables citoyenneté est celle de leur mère patrie, leurs lois sont celle de la Torah ; la Loi est leur constitution. S’ils prenaient la citoyenneté locale ou celle de la puissance dominatrice (romaine en l’occurrence) se serait commettre une apostasie.
Les juifs se considèrent comme des colons, justifiés de leur supériorité sur les autres nations par l’élection du Dieu unique (Is 42-50).
La justification de la colonisation juive peut également se trouver dans un concept philosophique qui affirmerait que les colons juifs sont un peu comme la garnison envoyée par Dieu pour protéger les populations locales. Comme l’âme est semée dans le monde et est la garnison du corps, l’instance qui le maintient et le protège (cf Platon, Phédon : « Nous sommes dans un lieu où l’on nous garde, nous les hommes, et nous ne devons pas nous en libérer ni nous en évader », ainsi les Juifs sont-ils disséminés parmi les nations pour être leur garnison protectrice. Concept que résume très bien l’épître à Diognète : « En un mot ce que l’âme est au corps, les chrétiens le sont dans le monde » (VI, 1) L’épitre à Diognète, qui date vraisemblablement des années 160-200 a été écrite par un auteur anonyme

 

Une diaspora hellénisée mais distincte

Suite à la conquête d’Alexandre le Grand (336-323), le monde antique s’hellénise imposant la langue et la culture grecque ainsi que la façon d’organiser la polis, la cité. Le peuple juif tout entier se trouva alors englobé dans l’hellénisation. La réaction fut différente en Palestine et en Diaspora.

En Palestine, le processus d’hellénisation fut limité devant les nombreuses résistances.
- Antiochus IV Epiphane (175-167) tenta d’helléniser Jérusalem en 167 avJC en rasant les murs, en édifiant une citadelle, en installant une colonie militaire, en changeant le nom de Jérusalem en Antioche, en abolissant le sabbat et la circoncision. Une résistance nationaliste y mit fin dès 164.
- L’occupation romaine renforça le processus faisant de la langue grecque la langue de la culture et des affaires. Mais elle faisait partie d’un rejet, y compris par l’élite car elle signifiait la perte de l’identité, le risque d’assimilation et le polythéisme. Aussi l’usage ordinaire de l’araméen, la lecture de la Bible en hébreu, le refus de sa traduction en grec faisait partie de la résistance.

En Diaspora, l’ensemble des communautés juives adopta la langue grecque, commune à tout le bassin oriental méditerranéen.
- Ils abandonnèrent même l’usage de leurs langues sémitiques pour ne plus parler que le grec, ne penser et n’écrire qu’en grec. Le grec devint leur langue maternelle.
- Plus surprenant encore, ils firent une traduction grecque de la Torah et utilisèrent désormais cette traduction dans leurs rites. Il est vrai qu’à partir du moment où l’hébreu devenait une langue morte, la Torah à la fois texte de loi et code de vie pour tous devait être compris par tous. Cette première traduction fut faite à Alexandrie au milieu du IIIe siècle avJC. La légende rapporte qu’elle fut réalisée par 72 savants (6 par tribu). Le chiffre de 70 (d’où son nom de Septante) est avancé par Flavius Josèphe (Antiquités Juives, XII, 57). Par extension on appelle Septante l’ensemble de la Bible dont les chrétiens ont fait l’Ancien Testament.

En Diaspora juive, l’usage du grec modifia le mode de se penser juif en se définissant à la fois comme identique et distinct des autres comme le montre l’apparition du terme « judaïsme ».
- Dans le IIe Livre des Macchabées, rédigé dans la seconde moitié du IIe siècle apparaît pour la première fois le nouveau sens de  judaïsme : « hommes qui luttèrent généreusement pour le judaïsme » (2 Mac 2,21-22) et de diapo Nicator « inculpé de judaïsme dans les premiers temps de la révolte, avait exposé avec toute la constance possible son corps et sa vie pour le judaïsme » (2 Mac 14, 37-38). Ici le judaïsme se comprend comme les convictions et les mœurs qui font le juif mais aussi en opposition à la définition qui est donnée de l’hellénisme : « l’hellénisme atteignit une telle vigueur et la mode étrangère un tel degré par suite de l’excessive perversité de Jason impie et pas du tout prêtre » (2 Mac 4,13).
L’hellénisme est ici compris non seulement comme la culture grecque mais comme une philosophie capable de menacer l’identité juive. Aussi pour la première fois, les juifs de la diaspora sont capables de distinguer le fait juif et le fait grec comme deux entités différentes capable chacune de formaliser pour l’individu la totalité du monde dans lequel il est mais encore de fournir le cadre institutionnel (la Loi juive d’un côté, la philosophie de l’autre) d’une vie en conformité avec cette formalisation.

Pour les juifs de la Diaspora se pose alors la question : comment garder son identité juive en évitant l’assimilation et l’opposition radicale ?
- La culture grecque permet de trouver la solution en lui permettant tout à la fois de s’assimiler et de se distinguer.
- L’identité juive conservait un caractère ethnique qui l’empêchait d’être vraiment universelle.
- Par contre la philosophie grecque, expression de la raison commune à tous les hommes, était quant à elle vraiment universelle.
Pour acquérir une dimension universelle, le judaïsme va mettre en sourdine la dimension ethnique tout en renforçant l’universalité de leur Dieu et de leur Loi.

Le judaïsme vraie et authentique philosophie

Le fait juif, compris comme philosophie entend se présenter comme répondant aux mêmes questions que se posent les philosophes. Il prétend se présenter comme la réponse entière et définitive à ces questions.

Diapo En témoignent les nombreux écrits juifs pour certains rédigés en hébreux traduits en grec ou directement composés en grec.
- La traduction de la Torah en grec La Septante
- la Lettre d’Aristée à Philocrate composée à Alexandrie au début du IIe siècle avJC veut justifier l’usage de la traduction grecque de la Torah et montrer que le judaïsme opère la synthèse heureuse de la philosophie grecque et du monothéisme juif
- la Sagesse composée à Alexandrie dans les années qui précèdent l’ère chrétienne relit la tradition juive sur la Sagesse à l’aide des catégories grecques et affirme l’immortalité de l’homme qu’elle lie à la pratique de la justice, laquelle réside dans la connaissance du Seigneur (Kurios) (15,3)
- Le IIème Livre des Macchabées écrits à destination des juifs d’Alexandrie à la fin du IIe siècle avJC s’oppose à l’hellénisme mais a foi dans la résurrection des corps (7,9)
- L’Ecclésiaste composé au IIIe siècle avJC développe philosophie du bonheur où se mêlent stoïcisme et épicurisme où prédominent une attitude sceptique, y compris à l’égard de l’institution dans sa prétention à dire la foi.
- L’Ecclésiastique composé à Jérusalem en hébreu vers 190-180 s’oppose à la philosophie grecque et prétend que la philosophie se trouve dans l’accomplissement des prescriptions contenues dans la Torah

Mais le témoignage le plus explicite est celui de Philon d’Alexandrie. Il puise aux sources platonicienne et stoïcienne pour relire le judaïsme.
- Il retient de Platon que l’esprit est préexistant à la matière. Cet esprit c’est le Logos qu’il interprète comme la pensée ou la parole de Dieu dont l’élément principal est le pneuma, le souffle vital ou divin, celui qui donne la vie.
Le Logos de la philosophie grecque, relu à l’aune du monothéisme hébraïque est donc à la fois le pouvoir créateur de Dieu et son intermédiaire avec l’homme. C’est une puissance agissante qui intègre les éléments du Dieu personnel d’Israël, Philon lui octroyant le pouvoir de « visiter » les hommes justes.
Pour lui la Loi juive est « la vraie et authentique philosophie » (De posteritate Caïni, 100-101), la seule loi véritable qui est susceptible d’offrir à tout homme les règles de vie qu’il importe de suivre pour vivre « sagement ». Il invite donc les Grecs à se convertir, à devenir un « prosélyte », proselutos. Mais les contraintes étaient telles (circoncision) que ces convertis restaient rares.

Cette prétention à faire de la loi juive « la vraie et authentique philosophie » ne peut se comprendre que si la vérité énoncée n’est pas produite par les hommes mais comme vérité révélée par le Dieu des Juifs aux hommes.
- Or la conception de Dieu pour les juifs de la Diaspora évolue aussi sous l’influence de philosophie grecque, du Dieu « Seigneur » il devient Diapo « Celui qui est » (Ex 3,14 ; Sg 13,1) : il est désormais identifié à l’Être absolu, un Être-Esprit. Du coup son rapport au monde n’est plus local, limité à un peuple élu, il devient l’auteur du monde tout entier. Tout anthropomorphisme qui l’abaisse devient suspect, aussi les penseurs juifs n’ont aucun mal à discréditer le polythéisme des Grecs, leurs croyances leurs idolâtries.
- Diapo De même, puisqu’il est l’Être même, il ne peut être qu’un créateur bon « Dieu n’a pas fait la mort » (Sg 1,13). Il aime tous les êtres et n’a de goût pour rien de ce qu’il a fait (Sg 11,24). Le mal est un accident de l’Histoire. Il relève de la responsabilité de l’homme.
- De même l’Alliance historique qu’il avait scellée avec son peuple prend une dimension universelle : c’est avec le monde entier qu’il l’a scellée du fait même de la création.
- Ses exigences sont celles de la raison, Logos, et non plus celle d’un être vindicatif et sujet d’humeur (Sg 11,15 ; Sg 15,19). La philosophie, la sagesse divine, la Sophia devient son attribut premier. Elle est à la fois le Logos et le Pneuma la Parole et la Raison, la Vie et l’Esprit dans laquelle, par laquelle il a créé et maintient toutes choses (Prov 8, 22-31 ; Sg. 7, 22-26 ; Si 24, 1-22)

Grâce à la philosophie grecque, le Dieu des Juifs accède à l’Eternité, l’homme quant à lui accède à l’immortalité.
- Pour le penseur juif la grande question qu’il se pose est le problème de la justice. Le mal et la malveillance sont une réalité quotidienne, le plus souvent ils restent impunis, sinon même récompensés. Aussi vaut-il donc la peine d’être juste ? est-il supportable que l’acte juste (la Vertu) ait sa récompense seulement en lui-même, sans aucune reconnaissance extérieure ? Est-il supportable que celui qui accomplit fidèlement et sincèrement les prescriptions de la Loi ne soit protégé et récompensé par Celui qui est l’auteur de cette Loi et qui « voit tout ce qui est caché, en bien ou en mal » (Ecclésiaste/Qo 14,14) ? Cette question est au cœur de la pensée juive pour ne pas dire la question centrale : elle a été posée pour le peuple en terme de continuité et de survie (les Prophètes) ; puis elle a été posée pour chaque individu à qui il appartient de se conformer à la Loi (Job).
- C’est finalement dans Platon que les penseurs juifs trouveront une réponse acceptable dans la doctrine de l’immortalité de l’âme : ce n’est pas dans ce monde que le juste trouve le salut mais dans l’au-delà, dans une immortalité personnelle (Sg 3, 1-12)
- Dès lors le salut apporté par la Sagesse divine (Sophia) est un salut individuel. Il appartient à chacun d’acquérir la véritable immortalité, celle qui récompense les justes, en se conformant aux prescriptions de la Loi.
- Il ne faut pas pour autant se retirer du monde et se replier sur soi. Bien au contraire, c’est un devoir que « une fois instruit de se mettre au service de ceux du dehors » (Si 1,5), « de ceux-là aussi qui à l’étranger, désirent s’instruire, réformer leurs mœurs, et vivre conformément à la Loi » (Si 1,35). Aussi la fonction historique du peuple juif change de nature : sa dispersion-dissémination doit se comprendre comme un moyen pour convaincre tous les hommes et tous les peuples de se soumettre à la Loi-Sophia du seul Seigneur –Dieu, seul Sage, Créateur de l’Univers, Législateur et Juge suprême de l’histoire qui appelle chacun à accueillir le salut qu’il lui offre et à répondre devant lui de ses actes. Ainsi réinterprété, le judaïsme entend assumer la tâche que Platon attribuait à l’âme en exil dans le monde, à savoir effectuer la remontée vers le divin.

Dans cette perspective, la philosophie juive (la Loi) s’impose au monde comme loi universelle sans contradiction possible : « Le monde est en accord avec la Loi et la Loi avec le monde, et l’homme soumis à la Loi est là même citoyen du monde » affirme Philon d’Alexandrie (De opificio mundi, 3).
De même que la philosophie grecque subordonne à son examen critique et à ses fins l’ensemble des sciences et disciplines, de même la Loi juive subordonne la « culture encyclique » et la philosophie : « Comme les sciences encycliques aident à saisir la philosophie, de même la philosophie aide à acquérir la sagesse. Car la philosophie c’est l’étude de la sagesse, la sagesse, c’est la science des choses divines et humaines et de leurs causes. Donc, de même que le cycle vouées aux Muses est l’esclave de la philosophie, de même la philosophie elle est l’esclave de la sagesse. La philosophie enseigne à maîtriser le ventre, le bas-ventre,n à maîtriser aussi la langue. Cette maîtrise on  le dit mérite d’être choisie pour elle même mais elle aurait un caractère plus auguste, si elle était recherchée pour honorer Dieu et lui complaire ; il faut donc que nous gardions le souvenir de notre souveraine quand nous voulons courtiser ses servantes, qu’on nous tienne pour leur maris, passe à condition que l’autre soit notre véritable femme et n’en ait pas seulement le nom »

C Le rôle passerelle des « Hellénistes »

Les juifs de la Diaspora ont été les premiers à reconnaître dans Jésus la figure du Juste

Comment des juifs de la Diaspora hellénistique ont-ils pu reconnaître dans ce qu’il leur a été dit de Jésus de quoi déclencher chez eux la conviction  qu’il n’était pas qu’un homme ordinaire mais qu’il était l’exemple achevé de ce qu’est un homme véritable aussi bien au regard de la philosophie qu’au regard de Dieu ?

Ils ont reconnu en lui la figure du Juste dans celle du crucifié. Dans les milieux juifs hellénistiques, la question centrale celle qui permettait de construire un sens à l’histoire personnelle comme à l’histoire toute entière était la question du juste, du juste bafoué, authentique serviteur du Kurios. Aussi par ses actes, par ses paroles et par sa mort ignominieuse, Jésus pouvait apparaître, d’un point de vue personnel comme réalisant à la perfection ce que l’on pensait et écrivait de celui qui était authentiquement juste aux yeux du Kurios/Seigneur

Diapo Dans le livre de la Sagesse, un ouvrage du milieu judéo-hellénistique de peu antérieur à l’ère chrétienne : « Il [le Juste] proclame heureux le sort final des justes et se vante d’avoir Dieu pour père. Voyons si ses dires sont vrais, examinons ce qu’il en sera de sa fin. Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, il le délivrera des mains de ses adversaires. Eprouvons le par des outrage et des tourments ; nous connaîtrons ainsi sa douceur, verrons à l’œuvre sa résignation. Condamnons le à une mort infâme, puisque à l’entendre, le secours lui viendra » (Sg 2, 16-20)

Aux yeux de certains juifs de la Diaspora, les « Hellénistes », Jésus apparaît donc comme le premier « justifié ».
- L’Helléniste Paul fera de cette justification la théorie centrale de sa théologie dans l’Epître aux Romains.
- L’auteur des Actes des Apôtres fait tenir à Etienne, l’un des premiers hellénistes persécutés le discours suivant : « Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils point persécutés ? Ils ont tué ceux qui prédisaient la venue du Juste, celui-là même que maintenant vous venez de trahir et d’assassiner, vous qui avez reçu la Loi par le ministère des anges et ne l’avez pas observée » (Ac 7, 52-53) Comment ne pas rapprocher ce que dit Etienne ce que les sages juifs de la Diaspora affirment dans le livre de la Sagesse (chap. 10 à 19).

Sans aucun doute les Hellénistes reconnaissent en Jésus le Juste par excellence un juste qui plus que tout ceux qui l’ont précédé donne le témoignage de la Justice justificatrice de Dieu. Il ne peut mourir que dans sa chair, Dieu le ressuscite et lui donne l’immortalité. D’où le déplacement qu’opère Paul de l’événement historique singulier qu’est la mort de Jésus sur cet autre événement singulier qu’est sa résurrection, événement qui tout en étant inscrit dans l’Histoire échappe à l’Histoire la transcende et devient ainsi la figure de la victoire du Juste, nouveau point de départ du Salut (I Cor 15)

Les Juifs de la Diaspora ont été aussi les premiers à se lancer dans un mouvement missionnaire

Les communautés de la Diaspora , organisées en politeumata forment un immense réseau. Chaque sabbat, elles se retrouvent pour proclamer la parole de Dieu et dire son inscription dans l’histoire. L’homélie et le commentaire des Ecritures sont alors le moyen de proclamer que ce Jésus est le Juste annoncé, promis. Aussi voit-on ces missionnaires, Paul en particulier aller de synagogues en synagogues pour y commenter les Ecritures, prononcer l’homélie qui énonce la nouvelle sagesse/sophia celle qui s’est manifestée en Jésus et que tous les juifs doivent reconnaître.

Des résultats limités parmi les Juifs de Diapora

Pourquoi tous les juifs de la Diaspora ne se convertissent pas voire s’oppose à la nouvelle croyance

Parmi les raisons, il en est une primordiale : la nouvelle Loi dont le discours chrétien annonce l’avènement sous la figure de l’accomplissement rend en fait caduque la Loi existante.
- La loi du Christ abolit et remplace de fait la Loi de Moïse, même si elle en conserve le texte. Sous les même termes c’est autre chose qui est dit.
- En particulier elle brise le verrou d’une appartenance ethnico-religieuse pour une appartenance à une Diaspora universelle comme l’atteste la réponse qui fut proposée par Paul à la suite du conflit soulevé à Antioche en 48-49. Les Juifs convertis ne pouvaient accepter de partager la même table (et donc l’eucharistie) avec les convertis de la Gentilité (les non juifs) sans contracter une souillure. Saisie de cette question, les Hébreux trouvèrent un compromis en astreignant les convertis issus de la Gentilité à seulement quatre préceptes noachiques (antérieurs à la Loi de Moïse) et pouvant être considérés comme universels :

Le discours chrétien énonçait de fait un autre judaïsme, le christianisme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi la diffusion du message chrétien a-t-il été facilité par l’hellénisation préalable du monde antique et la présence d’une importante diaspora juive aux conceptions religieuses différentes de celle des Juifs de la Palestine.
Mais quelles sont les étapes qui permettent au christianisme de se définir comme « seule philosophie sûre et véritable » contre l’hellénisme et le judaïsme ?

II Le christianisme, « seule philosophie sûre et véritable ».

Mais comment le mouvement chrétien entre en contact direct avec les philosophies grecques, comment est-il conduit à s’énoncer comme « christianisme » face au judaïsme et à « l’hellénisme », comment il parvient à convaincre les grecs qu’il est bien « la seule philosophie sûre et profitable »

A La mutation du message chrétien en philosophie sous l’influence de la philosophie juive.

La philosophie/sagesse juive de la Diaspora a influencé certains écrits contenus dans le Nouveau Testament.

La philosophie selon laquelle se pense et se construit le premier christianisme au sein du judaïsme n’est donc pas la philosophie grecque mais la philosophie juive telle que l’argumentent et la promeuvent des auteurs comme Philon d’Alexandrie ou les auteurs de livres comme la Sagesse ou l’Ecclésiatique.

Dans les épîtres de Paul

Paul est plus cultivé qu’à peu près tous les chrétiens de son temps, il combine une solide formation rabbinique avec une incontestable culture grecque, ce qui lui permet d’exprimer en termes hellénistiques des idées empruntées à la Bible et au milieu sémitique de la Palestine. Ainsi la théorie de la justification dans les épîtres aux Romains et aux Galates. Ses épîtres sont des documents exceptionnels qui attestent à la fois une volonté impérieuse, un mysticisme impressionnant, un génie synthétique remarquable et un talent littéraire plus qu’honorable. Les épitres sont un élément majeur du Nouveau Testament qui révèle un chef chrétien radical et dynamique qui prend ses distances de la Loi juive. Paul se révèle dans ses épîtres  un véritable penseur, un philosophe et théologien d’une grande audace intellectuelle. Paul y apparait comme le théoricien génial du christianisme. Premier écrivain de la littérature chrétienne, ses épîtres sont l’occasion de réflexions théologiques contradictoires peut-être mais extrêmement élaborées.
Les épîtres de Paul sont des écrits de circonstances, ils avaient une valeur d’usage. Pour Paul le temps était compté, la Fin des temps approchait. Ces écrits n’étaient pas nécessairement destinés à être conservés, encore destinés à être rassemblés et lus ensemble. Ces écrits désordonnés, rapiécés souvent compilés plus ou moins correctement copiés et recopiés par on ne sait qui après avoir été dictés n’étaient pas destinés à fonder un texte rival de l’Ancien Testament.

Dans l’évangile de Jean

L’influence des idées novatrices de Philon d’Alexandrie sur l’évangile de Jean est très probable. De ce Jean nous ne savons pas grand-chose : la tradition chrétienne l’assimilait au fils de Zébédée, l’un des Douze, qui se serait réfugié à Ephèse en compagnie de Marie, la mère de Jésus, après la chute du Temple. Les exégètes estiment que l’auteur ou les auteurs de cet Evangile le plus tardif puisqu’il a été rédigé vers 100 ou 110, appartenait à un groupe proche de Jean, qui a recueilli les récits de l’apôtre, lu les Evangiles de Marc et Matthieu et interprété ces éléments avec de nouveaux outils de pensée et à partir de sa propre expérience, notamment avec la confrontation avec des communautés baptistes.

Le prologue de Jean résume tout son évangile.
- Avec lui un tournant majeur s’opère dans la christologie : pour la première fois ce n’est plus la messianité, ni la filiation divine de Jésus qui est affirmée, mais la propre divinité du Christ annoncée par le Baptiste, envoyé par Dieu à cet effet (Jn 1, 6-7).
- Ce prologue s’ouvre sur une définition du Logos, le Verbe ou Parole, qui est à l’origine de toute chose : Diapo « Au commencent était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. » (Jn 1, 1-3) Jean identifie le Logos, « la lumière véritable » (Jn 1,9) à la personne de Jésus : Diapo « Et le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14) Jésus est donc le Logos divin incarné. Le Baptiste proclame : « Avant moi, il était » (Jn 1, 15). Et Jésus le réitère dans un intrigant logion « Avant qu’Abraham existât, Moi, Je suis » (Jn 8, 58) Jean cite d’autres paroles du Christ qui atteste de sa divinité  Le Christ est désormais compris comme Logos tou Théou, « parole de Dieu » de ce Dieu qui est l’Etre même, créateur de l’Univers. Il est même identité à l’Être divin lui-même : « Si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez de vos pêchés » (Jn 8, 24)) « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme alors vous saurez que Je suis » (Jn 8,27) Diapo « Je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jn 14, 11)

La philosophie des juifs de la Diaspora a permis d’énoncer le discours chrétien en philosophie

 Il est la Sophia/Sagesse incarnée : « Je suis la voie, la vérité et la vie » (Jn 14,6) trois termes qui résument ce qu’est la philosophie : une démarche, une épistémologie, une finalité : la démarche est celle de la foi, l’épistémologie celle de la révélation, la finalité la vie de ressuscité qui s’obtient qi l’on est libéré du pêché et justifié par Dieu : « Si vous demeurez dans ma parole, vous serez mes disciples. Vous connaitrez alors la vérité et la vérité vous fera libres » (Jn 8, 31-32) « Tout homme qui commet le péché est un esclave » (Jn 8,34). Ainsi le discours chrétien devient un discours à caractère philosophique, en l’occurrence théologique.

B Un christianisme devenu « raisonnable » pour les Grecs.

Les Craignant-Dieu première cible.

Le judaïsme hellénistique favorisait les conversions de grecs. D’une part il y avait des Grecs qui se convertissaient complètement les prosélytes et d’autre par il y avait les « craignant dieu » ceux qui n’adoptaient que partiellement les moeurs juives et les contraintes de la Loi. Paul en rencontre à chacune de ses étapes de voyages.

C’est justement cette question de la Loi qui va déterminer ces Grecs à se convertir aux message chrétien : inutilité de la circoncision ; des rites de purification. Paul la bien exprimé : la foi remplace la Loi « Nous sommes nous des juifs de naissance et non de ces pécheurs de païens ; et cependant sachant que l’homme n’est pas justifié par la pratique de la Loi mais seulement par la foi en Jésus-Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, afin d’obtenir la justification par la foi au Christ et non par la pratique de la Loi, puisque par la pratique de la Loi personne ne sera justifiée. » (Ga 2, 15-16 voir aussi Rom 7) Paul pourra construire une théologie de la grâce dans laquelle le Christ n’est plus seulement le nouveau Moïse, parce que la grâce n’est plus accordée à ceux qui accomplissent les préceptes de la Loi, mais le nouvel Adam, qui à l’inverse du premier qui avait jeté l’humanité tout entière dans le péché, restitue celle-ci dans un état de justification (cf I Cor 15, 45-49 et Rom 5, 12-21)

 

 

 

 

 

 

 

 

Les démonstrations/ conversions apostoliques

Pour les autres Grecs, les Hellénistes, juifs convertis, vont développer une tactique de séduction, un effort pour adapter le discours chrétien à l’oreille des « Grecs » et le présenter comme une réponse à son attente.

Le discours que l’auteur des Actes des Apôtres prête à Paul devant l’Aéropage à Athènes (Ac 17,16-34) est un exemple typique de la démarche de conversion entreprise par les « Hellénistes » en direction de « ceux de l’extérieur », les « Grecs ». La raison qui pousse les « Hellénistes » à s’adresser aux « Grecs » est la conviction qu’en Jésus s’accomplit la promesse du salut que leur Dieu a donné aux Juifs certes, mais aussi, par les Juifs à toutes les nations.

Pour s’adresser aux « Grecs », le référentiel de l’argumentaire ne peut pas être le même que celui des Juifs.
- Pour un « Grec » les catégories de « Oint » (Christ), Prophète, nouveau David, nouvel Elie, peuple élu, Promesse divine Ecritures Dieu unique ne veulent rien dire et sont même étranges.
- Pour convaincre un « Grec », le missionnaire va s’appuyer sur les questions existentielles qu’il se pose et montrer en quoi la culture du destinataire n’offre que des réponses insatisfaisantes, voire fausses tandis que le discours chrétien et le type d’engagement qui l’accompagne apportent des réponses décisives, certaines et complètes.
- Parce que la conversion relève de l’engagement individuel et que son motif est du ressort de la conviction personnelle, l’argumentaire chrétien sera donc de nature philosophique, intellectuelle. L’adhésion est à cette époque une affaire individuelle, il n’y a pas de conversion collective. Ce sont des adultes qui sont concernés, des femmes aussi bien que des hommes, des esclaves comme des hommes libres, des citoyens ou des étrangers.
-Tous les apologistes chrétiens du IIe siècle se disent « philosophes ».  Ils ont cherché auprès de toutes les écoles de philosophie les réponses aux questions qu’ils se posaient jusqu’à ce qu’ils les trouvent dans la philosophie chrétienne
- L’argumentaire sera de dire non pas d’abord que Jésus est le nouveau David ou le nouveau Moïse mais qu’il est le « Juste »
qu’il est la Sagesse de Dieu, la Parole de Dieu.

 

En Jésus s’accomplit non seulement la tradition juive mais également la tradition philosophique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des Grecs parlent aux Grecs : les apologistes.

Les Apologistes, en tant que corps constitué, sont des écrivains chrétiens grecs de la seconde moitié du deuxième siècle. Ils défendent le christianisme face aux attaques juives et païennes dont il est l’objet. Ces auteurs se caractérisent par leurs oeuvres qui, pour l’essentiel, utilisent le genre littéraire apologétique.
Dans le monde païen, les apologistes voudront rendre compte du caractère raisonnable du christianisme auprès des intellectuels de la gentilité. Ces milieux cultivés se gaussaient en effet volontiers des chrétiens, gens de rien, qui prétendaient donner des leçons à des philosophes avérés.
La perspective des apologistes reste toujours missionnaire, quelque soit le monde auquel ils s’adressent. Le but des apologies est véritablement de convaincre l’adversaire de ce que le christianisme est la foi ou la philosophie véritable.

MORDILLAT, PRIEUR, 2008, pp. 112-120

Justin naît en Samarie à l’époque de Trajan (mort en 117) dans la colonie romaine de Flavia Neopolis, l’actuelle Naplouse. Il n’est pas juif, c’est un païen. Vers 150-160, il écrit un Dialogue avec Tryphon dans lequel il raconte avec un certain humour comment au terme d’un véritable parcours du combattant il est parvenu au bon choix philosophique.

Justin fréquente d’abord un stoïcien qui ne lui donne pas les réponses qu’il cherche, puis il va voir un péripapéticien, disciple d’Aristote : « Il se croyait très fort. Il me supporta les premiers jours, puis me demanda bientôt de nous entendre sur les honoraires, pour que nos relations ne fussent pas inutiles ». Déçu il s’adresse à un pythagoricien qui lui reproche de ne pas connaître la musique, l’astronomie, la géométrie, les sciences qui permettent de détacher l’âme des objets sensibles et qui le congédie. Enfin il devient l’élève doué d’un maître platonicien qui lui fait percevoir la vérité. Décidant de méditer dans la solitude, il rencontre par hasard sur une plage un vieillard qui lui démontre que la vraie philosophie est le christianisme, à condition que Dieu et le Christ lui apporte la révélation.

Le christianisme, Véritable Israël.

Il s’agit tout à la fois de conserver les écritures juives comme précieux héritage du passé et d’en déposséder les juifs sous prétexte qu’ils n’ont pas su les lire. Ils ne savent pas voir que chaque ligne de la Bible hébraïque, depuis la Genèse jusqu’au dernier des prophètes tout annonce la venue et la manifestation du Christ jésus. Le Christ « est le trésor caché dans les Ecritures » dit Irénée.

La lecture allégorique des textes sacrés devient une forme privilégiée de l’exégèse chrétienne, les paroles de Moïse étaient déjà celles de Jésus.

« Comment croirions nous qu’un crucifié est le premier né de Dieu non engendré et qu’il jugera le genre humain, si nous ne voyions réalisées de point en point toutes les promesses faites à son sujet avant son incarnation, la dévastation de la Judée, les hommes de toutes les nations embrassant la doctrine des apôtres renonçant aux anciennes coutumes dans lesquelles ils s’étaient égarées » dit Justin dans sa Grande Apologie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C La définition d’une orthodoxie face aux hérésies.

Dans un premier temps, ce sont des juifs issus de la Diaspora qui convertissent des grecs mais au moment où les Grecs qui n’ont jamais connu le judaïsme deviennent les principaux vecteurs de la philosophie chrétienne que des hérésies interviennent

En grec le mot hairesis signifie d’abord choix option

Les querelles christologiques,

L’un des premiers mouvements contestataires est le docétisme (du grec dokein, sembler) qui nie l’incarnation, estimant que le corps humain du Christ n’aurait été qu’une illusion, de même que sa crucifixion.

En réaction l’adoptianisme récuse la pleine divinité du Christ en avançant que Jésus, le Fils de Dieu est en fait un homme qui a été adopté par Dieu.

De Rome les théodotiens disciples de Théodose de Corroyeur assurent que Jésus a certes reçu le Saint Esprit qu ile jour de son baptème, lui a accordé le don des miracles mais il n’a acquis sa nature divine qu’après sa résurrection.

Les modalistes décrètent eux que Dieu et Jésus ne sont qu’une même personne, Jésus n’ayant pas une idenité propre : c’est donc Dieu qui a été directement crucifié. Leur thèse connaît une telle popularité que Tertullien écrit Contre Praxeas.

Marcion

Marcion estime pour sa part vers 140-150 qu’il faut abandonner la Bible. Selon lui les chrétiens ne sont pas les continuateurs du judaïsme. Aussi est-il urgent de substituer aux textes juifs en circulation dans les communautés chrétiennes de nouveaux textes, spécifiquement chrétiens.

Ses idées ne nous sont connues que tardivement par son principal adversaire un chrétien d’Afrique du Nord écrivant en latin, Tertulien (v150-230).

Marcion est un philosophe, fils de l’évêque de Sinope sur les bords de la Mer noire.
- Marcion professe que Yahvé le dieu juif n’est qu’un sous-dieu, un dieu inférieur, limité incapable s’assurer le bon fonctionnement du monde. C’est un Dieu de justice mais de colère dont on ne peut espérer les faveurs.
-  pour lui le Christ est l’envoyé d’un autre dieu qui oppose le commandement à l’amour à la loi juive.

Aussi pour Marcion le chrétien doit répudier la Bible hébraïque ainsi que les évangiles car les disciples de Jésus étaient des ignorants qui n’ont pas compris son message et pour cause, en tant que juifs ils confondaient le Dieu inconnu (celui de Jésus) avec leur dieu local (Yahvé). Aussi toute la tradition transmise par les juifs et les disciples juifs de Jésus est nulle et non avenue. Leur textes englués de judaïsme ne valent rien.

Pour Marcion, le véritable enseignement de Jésus ne peut se trouver que chez Paul voir Luc. Car pour Marcion, si le Christ apparaît à Paul après être apparu aux disciples c’est bien la preuve que ces derniers n’avaient pas compris. Il trouve dans Paul une rupture avec la Loi juive. Il en profite pour faire le tri dans les textes qu’il connaît à l’époque en ne retenant que l’évangile de Luc qu’il a  expurgé de ses références juives ainsi qu’une dizaine d’épîtres de Paul. Il créée ainsi le premier recueil de textes chrétiens.

Avec Marcion le christianisme accepte pour la première fois de se détacher de ses origines juives comme elle le fera par la suite.

Le montanisme

Le montanisme est un sursaut violent contre le sens du réalisme qui avec le temps gagne le mouvement chrétien sans compter son hellénisation sur le plan philosophique et sa dimension urbaine sur le plan sociologique.

Vers 150/170 un prophète Montan affirme l’arrivée prochaine du Royaume de mille ans

Les gnostiques

Le discours chrétien provoque l’explosion des écoles gnostiques

Le mot gnose vient du grec gnôsis qui signifie connaissance. Au IVe siècle Epiphane dénombrait 80 formes différentes d’écoles gnostiques

Pour les gnostiques le monde avec ses crimes ses injsutices témoignent d’une chute. Seul le savoir permet d’échapper à cette chute et d’espérer rejoindre le haut, la sphère céleste. LE salut ne vient pas de la foi mais de la connaissance des secrets, de la connaissance de l’origine et de la fin des choses, d’où l’importance des mythes originels dans leur littérature.

La gnose cette connaissance réservée aux initiés est la voie d’accès à Dieu.

Il développent une myriades de spéculations

 

 

 

 

 

 

En réaction, l’affirmation d’une orthodoxie.

La mise en place d’une autorité hiérarchique qui condamne les idées déviantes

La mise en place d’un corpus de textes chrétiens destiné à compléter la Bible juive en réaction à Marcion, un Nouveau testament. Ce n’est qu’en 1545 lors du concile de Trente que les 27 textes sont fixés définitivement. Mais au XVIIIe siècle un savant italien, Muratori découvre un manuscrit latin sur le quel figure une liste de 22 textes

Dans la seconde moitié du IIe siècle, l’Eglise de Rome élabore un credo qui sera repris presque intégralement en 325 au Concile de Nicée

Marcion est condamné en 144

Irénée de Lyon , Contre les hérésies, fin du IIe siècle en arrive à une conclusion « C’est pourquoi il faut écouter les presbytres qui sont dans l’Eglise : ils sont les successeurs des apôtres et par la succession dans l’épiscopat ils ont reçu le sûr charisme de la vérité selon la volonté du Père » (IV 26, 2)

Tertullien, De la prescription des hérétiques vers 205 écrit son traité contre la gnose. Les hérétiques s’arrognent  le droit de disserter sur les écritures ; ils les interprètent arbitrairement, parfois m^me les corrigent oub les mutilent. Or ont-ils le droit de les toucher. C’est pourquoi les écrits gnostiques se réclament de figure tutélaires comme Adam, des proches de Jésus comme Thomas ou Judas. IL s’agit de riposter à l’idée que seule l’Eglise serait propriétaire des Ecritures

 

 

 

 

Conclusion

Contrairement à ce qu’on a cru jusqu’au début du XXe siècle que l’unité doctrinale de l’Eglise était première et que par la suite il y a eu dégénérescence Il apparaît que le premier christianisme est une constellation de courants théologiques et de formes institutionnelle. Ce n’est qu’au début du IIe siècle qu’on tente de réunifier l’ensemble à travers l’établissement du Canon et l’organisation ministérielle et les premières condamnations pour hérésie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1] – Pierre HADOT, Qu’est-ce que la philosophie antique, 1995.

[2] – Pierre AUBENQUE, « Les Philosophies hellénistiques : stoïcisme, épicurisme, scepticisme », in F CHÄTELET, La Philosophie, t. I : De Platon à St Thomas, Paris, pp. 137-138

[3] – Maurice SACHOT, Quand le christianisme a changé le monde, 2007, p. 232

TS2: Bac blanc du lundi 1er février

Lundi 4 janvier 2010

Tout le programme sera à réviser aussi d’ici le 1er février, planifier vos révisions dès maintenant:
1 chapitre par semaine

Jeudi 7 janvier: le gros devoir du Nouvel An

Dimanche 3 janvier 2010

Malgré les fêtes, n’oubliez pas de réviser les chapitres sur la Colonisation; Décolonisation et les relations internationales après 1991:

- 10 points sur les connaissances

- 10 points sur un commentaire de documents (épreuve mineure)

Jeudi 7 janvier: le DS du Nouvel An

Dimanche 3 janvier 2010

Malgré les fêtes, n’oubliez pas le DS sur le chapitre Deux d’HIstoire

- 10 points de connaissances

-10 points d’exercice type bac: construire au moins deux paragraphes à partir de quelques doncuments.

Meilleurs voeux de réussite à tous pour cette année 2010

Samedi 2 janvier 2010

voeux2010

Séance 5: les ruptures avec le judaïsme.

Vendredi 18 décembre 2009

Intro

Résumé des épisodes précédents :

- Jésus n’a rien écrit. Les évangiles  reproduisent certainement des phrases, des paraboles, des sentences, des exhortations qu’il a pu prononcer mais avant tout ils le font au nom de ses rédacteurs, sans craindre de leur prêter leurs opinions, parfois au mépris des siennes. Son existence et son message nous sont connus par des textes qui , deux ou trois générations après sa mort, ont amalgamé ce qu’il avait pu dire et faire avec l’interprétation de son identité. La profession de foi chrétienne voyait en lui non plus un prophète galiléen parmi d’autres mais le Christ mort et ressuscité, qui allait revenir en gloire instaurer le royaume de Dieu et prononcer le Jugement dernier.

-De son vivant, Jésus n’a pas fondé une nouvelle religion chrétienne.
 Diapo Il prêche le Royaume de Dieu aux Juifs et à eux seuls (Mc 7, 24-30) ;
 Diapo il ne crée pas de son vivant d’institutions nouvelles à l’exception des Douze et s’il parle de son église (Mt 16, 18) mais c’est au futur.
 Aussi peut-on dire que le Maître agit davantage en réformateur du judaïsme qu’en fondateur d’une religion indépendante. D’ailleurs son ministère fut tragiquement abrégé avant qu’il ne puisse organiser efficacement une communauté religieuse.

- A sa mort, les premières communautés restent à Jérusalem dans la tradition juive, à attendre la Fin des temps, sous l’autorité de Jacques, le frère de Jésus plutôt que de celle de Pierre. Des conflits ont peut-être éclaté avec les Hellénistes, les juifs de la Diaspora qui sont les premiers à convertir.
Dans tous les cas on ne peut accorder ni à Pierre, ni aucun des Douze ni même à Jacques ce rôle de fondateur.

Aussi les historiens, à la recherche du fondateur, de l’inventeur du Christianisme s’intéressent-ils beaucoup à un autre personnage Paul.
Vidéo 51
Le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ne sont pas tous d’accord mais que l’enjeu de la question est considérable. Soutenir que le véritable fondateur du christianisme n’est pas Jésus mais l’apôtre Paul[1], c’est démontrer :
Pour les auteurs juifs, Paul aurait hellénisé et privé de ses racines juives le message de Jésus, véritable prophète juif.
Pour les protestants libéraux Paul aurait théologisé le message moral de Jésus, le rendant ainsi compliqué et sombre.
Pour d’autres adversaires du christianisme, Paul aurait « relancé » un dieu Jésus un peu oublié, où il aurait transformé en religion « opium du peuple » le mouvement révolutionnaire lancé par Jésus.
Diapo Aujourd’hui encore la figure de Paul est reprise pas la gauche radicale. Plusieurs philosophes voient en lui le modèle d’une rénovation politique, le messager d’une émancipation, l’inventeur de l’universalisme. D’autres au contraire y décèlent le fossoyeur de l’histoire juive, voire le précurseur d’Auschwitz

Une religion est un ensemble de pratiques, de rites liés à une croyance.

 

Sachant qu’une religion est un ensemble de pratique, de rites liés à une croyance et que Jésus n’est pas à proprement parlé le fondateur de la religion chrétienne, comment et par qui son message s’est-il transformé en une religion distincte du judaïsme ?

 

Pour la bibliographie je me suis principalement inspiré là encore des livres de Mordillat et Prieur qui sont une excellente synthèse sur le sujet même s’il vaut avoir en tête leurs thèses.  Je me suis inspiré également de Dan Jaffé, un historien israëlien.

 

Pour cette période les historiens disposent des sources beaucoup plus riches puisque en plus des 4 évangiles, qui sont rédigés à partir de 70 d’autres textes du Nouveau testament en particulier – les Actes des Apôtres qui racontent l’histoire des disciples de Jésus après la mort de Jésus vers 30 jusqu’au début des années 60 ; ces actes auraient été rédigés par Luc vers 80-90. Mais surtout nous disposons des documents chrétiens les plus anciens, les épîtres de Paul dont les 7 authentifiées auraient été rédigées entre 51 et 58. A ces sources chrétiennes canoniques s’ajoutent des sources chrétiennes apocryphes un peu plus tardives Evangile de Pierre, de Thomas ; Questions de Barthélemy

 

« Le mouvement chrétien ne résulte pas d’une conversion massive du peuple juif. Ce fut le fait de la plus infime minorité et, plus exactement, de quelques personnes, prises individuellement et non en groupes »[2]

C’est pourquoi les historiens considèrent que le principal artisan de la diffusion et donc de la fondation de la nouvelle religion n’est pas un compagnon de Jésus, mais un autre personnage, Hatier p. 43 doc. 2 « Mosaïque Christ enter Pierre et Paul. » Paul.

 

 

 

Chronologie

6avJC ?: naissance de Paul en Galilée ?

Vers 0 ?: ses parents sont déportés à tarse en Cilicie ?

Vers 15 ?: Paul étudie à Jérusalem

33 ? : Conversion de Paul à Damas

34 ?: séjour chez les Arabes nabatéens.

37 ?: revenu à Damas, Paul s’enfuit et échappe à l’ethnarque du roi Arétas (mort en 39)

37 ?: 1ère visite à Jérusalem. Paul retourne à Tarse il revient à Antioche et instruit les nouveaux chrétiens.

41 (ou 49) : décret de Claude expulsant les juifs de Rome

41 : premier voyage missionnaire avec Jean Marc sous la responsabilité de Barnabé (Chypre et Anatolie)

45-46 : hiver à Antioche. 2ème mission avec Silas sans Barnabé. Paul est chef de mission il repasse au centre de l’Anatolie.

46, été : Paul évangélise la Galatie du Nord (région de Pessinonte), la Macédoine (Philippes, Thessalonique) et séjourne en Grèce principalement à Corinthe (18 mois ?) puis débarque à Césarée, descend à Antioche.

48/49/50 ? : le « concile de Jérusalem » avec Barnabé et Tite (« après quatorze ans Ga 2,1). Paul à Antioche. Incident avec Pierre (Ga 2, 11-14)

50 : Paul s’installe à Ephèse qui devient le centre de son rayonnement missionnaire

50-51 ?: 1er épître de Paul aux Thessaloniciens

51-52 : proconsulat de Gallion à Corinthe. Paul comparaît devant lui lors d’un passage à Corinthe.

54 ? :  épître de Paul aux Galates destinée à une communauté essentiellement païenne

55 ? : 1er épître de Paul aux Corinthiens

57-58 ? :  épître de Paul aux Romains destinée à une communauté plus mélangée plus enracinée dans le judaïsme

62 : Lapidation de Jacques, frère de Jésus

??: Arrestation de Paul à Jérusalem

Vers 64/65 : mort de Pierre à Rome lors des persécutions de Néron ?

Vers 64/67 : mort de Paul par décapitation

66-70 : révolte juive en Judée ; reprise de Jérusalem par les Romains et destruction du Temple.

Vers 66/70 : évangile selon Marc

Vers 80/85 évangile selon Matthieu et selon Luc

Vers 80/90 Actes des apôtres 

90/100 : Flavius Josèphe Antiquités juives

Vers 90/100 : évangile selon Jean

Début IIe siècle : Evangile de Pierre ; Questions de Barthélemy

Début IIe siècle : « la finale de Marc » sur la Résurrection aurait été ajouté au texte initial.

135 : seconde révolte juive

Vers 135 : papyrus Ryland (Manchester) plus ancien fragment connu d’une copie d’évangile

Vers 175 : papyrus Bodmer (Genève) plus ancienne copie presque complète de l’évangile selon Jean

Vers 140 : édition des épîtres de Paul par Marcion

Vers 200 : papyri Cheaster Beatty (Dublin), plus anciennes copies des épîtres de Paul

Vers 200 : évangile de Thomas

Fin IVe-début Ve : Codex le plus ancien complet du Nouveau Testament : Vaticanus (Rome), Sinaïticus, Alexandrinus (Londres)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I Paul, le fondateur du christianisme ?

A Une personnalité singulière.

Paul et le Paul de Luc.

La place qu’occupe Paul dans les origines du christianisme est incontournable ne serait-ce que par le nombre de pages qui lui sont consacrées dans le Nouveau Testament.
- Diapo On peut même affirmer que de tous les personnages du Nouveau Testament, Paul est certainement celui qui occupe le plus de place, peut-être même par rapport à Jésus. D’une part, près de la moitié du Livre des Actes des Apôtres lui est consacrée.. Diapo D’autre part, 14 de ses lettres, de ses épîtres, ont été retenues pour figurer dans le Nouveau Testament et même si les exégètes ne lui en attribuent que 7 seulement ; à eux seuls ses épîtres occupent, en volume près du quart du Nouveau Testament.
- Ses épîtres sont les écrits chrétiens les plus anciens et les seuls qui peuvent être attribués à un auteur identifiable. Quel contraste avec le « silence » de Jésus qui n’a jamais écrit. Quel contraste avec l’absence de texte de la part de Pierre, de Jacques ou des autres disciples, même si des épîtres (qu’ils n’ont pas écrites) leur ont été attribuées à la fin du Ier siècle.
- A priori pour les historiens, c’est « du pain béni » puisque pour une fois, ils disposent à la fois de sa biographie et de ses écrits. Le problème c’est que le Paul qui est raconté dans les Actes ne ressemble pas beaucoup à la personnalité qui se dégage de ses propres écrits. Il n’y a par exemple aucune allusion aux lettres de l’apôtre.

 

Pour comprendre ce hiatus, il faut d’abord revenir sur les conditions dans lesquelles ont été rédigés les Actes.
1) Est-il aussi évident que l’auteur des Actes soit le « cher médecin », Luc évoqué (Co 4,14). Les relations entre les deux hommes ne sont pas évidentes. Dans plusieurs passages des Actes, le récit passe de la troisième personne à la première personne du pluriel (Ac 16, 10-17 etc…) On a vu là la preuve irréfutable que le livre est écrit par un compagnon de Paul. Mais des parallèles chez les historiens antiques, où se trouve l’utilisation de la première personne au cœur d’un récit, invitent à la prudence.
2) Le livre des Actes a été écrit à la fin du Ier siècle. Il s’est donc écoulé 40 ans depuis la rédaction des épîtres attribuées avec certitude à Paul. Les conditions de vie des communautés chrétiennes, les rapports avec le judaïsme la théologie, l’organisation des Eglises ont beaucoup changé. Les païens sont définitivement admis dans l’Eglise.
3) L’introduction du troisième évangile (Lc 1, 1-4) a souvent induit en erreur les lecteurs contemporains en faisant prendre son auteur pour un historien au sens moderne du terme. Or Luc est un homme de son temps, un historien à la manière antique, cad ne séparant pas la transmission des évènements de leur interprétation, n’hésitant pas à faire œuvre de création pour mieux dégager le fil conducteur des faits. L’exemple des discours est très éclairant. Ils sont très nombreux dans les Actes (24) ; mais trop brefs pour avoir été prononcé ainsi ; ils sont le fruit d’un travail littéraire à la manière d’un Tacite ou d’un Flavius Josèphe.
4) Il y a bien cohérence entre Actes et Paul  mais par exemple si Luc insiste bien sur la liberté des païens par rapport à la Loi mosaïque, sa volonté de prêcher l’unité de l’Eglise l’amène à passer sous silence ou à atténuer les difficultés entre responsables de l’Eglise.

 

Aussi les historiens pour reconstituer la vie de Paul il faut privilégier les épîtres puis les Actes. Mais ces épitres évoquent surtout les premières partie de sa vie jusqu’à son séjour de Corinthe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paul était-il originaire de Tarse ?

Diapo Paul dans ses lettres ne fait jamais allusion au lieu de sa naissance ou aux origines de sa famille. Seul Luc parle de Tarse. A Damas, le Seigneur s’adressant à Ananie nomme « Saul de Tarse » (Ac 9,11) ; plus tard « les frères le firent partir pour Tarse » (Ac 9,31) d’où Barnabé ira le chercher pour le ramener à Antioche (Ac 11, 25). Lors de son arrestation à Jérusalem, Paul fait deux fois cette déclaration d’identité : « Moi je suis juif, de Tarse en Cilicie, citoyen d’une ville qui n’est pas sans renom »…(Ac 21, 39) puis devant la foule « Je suis juif né à tarse en Cilicie » (Ac 22,3).

 

Or Saint Jérôme nous donne l’information qu’il tiendrait d’Origène : « Les parents de Paul  étaient originaires de Gyscal province de Judée et lorsque toute la province fut dévastée par les armées romaines et les Juifs dispersé dans toute l’univers, ils furent transportés à Tarse, ville de Cilicie. Paul tout jeune encore suivit ses parents.. » Cette version des faits permet d’accorder une certaine confiance à quelques données jusque-là difficiles à expliquer. D’abord celle de la citoyenneté romaine dont Paul ne parle jamais lui-même, mais dont il se prévaut selon Luc. Ses parents auraient pu facilement l’acquérir à Tarse. Ensuite sa revendication d’être « Hébreux fils d’Hébreux » (Ph 3,5 ; 2 Co 11,22) elle suppose avec la Palestine des relations plus étroites que celles d’un quelconque juif de la Diaspora. Du coup l’information de Luc selon laquelle Paul avait un neveu peut-être une soeur à Jérusalem devient crédible (Ac 23,16). Enfin on comprend mieux son appartenance à la branche pharisienne stricte du judaïsme souligné aussi bien par lui que par Luc (Ph 3,5 ; Ga 1,14 ; Ac 22,3 ; 23,6 ; 26,5). Ainsi il n’est plus étonnant que dans sa famille on n’ait pas oublié l’appartenance à la tribu de Benjamin (Ph 3,5) alors que la plupart des juifs avaient perdu la mémoire de leurs racines tribales. Ses années studieuses à Jérusalem (Ac 22,3) deviennent vraisemblables : c’est à l’école d Gamaliel qu’il aurait pu devenir un pharisien assez motivé pour persécuter l’église.

 

Dans tous les cas Paul est un contemporain de Jésus qu’il n’aurait jamais fréquenté du fait de son éloignement géographique à moins qu’il soit présent à Jérusalem au moment de la Passion ?

 

 

Paul est plus cultivé qu’à peu près tous les chrétiens de son temps, il combine une solide formation rabbinique avec une incontestable culture grecque, ce qui lui permet d’exprimer en termes hellénistiques des idées empruntées à la Bible et au milieu sémitique de la Palestine. Ainsi la théorie de la justification dans les épîtres aux Romains et aux Galates. Ses épîtres sont des documents exceptionnels qui attestent à la fois une volonté impérieuse, un mysticisme impressionnant, un génie synthétique remarquable et un talent littéraire plus qu’honorable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paul était-il citoyen romain ?

Mordillat et Prieur remettent en cause sérieusement la citoyenneté romaine de Paul – D’abord parce que Paul ne l’évoque jamais dans ses épîtres.

- Ensuite parce que l’annonce de la citoyenneté de Paul est mise en scène par l’auteur des Actes. Ce n’est qu’au chapitre 22 des Actes des Apôtres, que le lecteur découvre que Paul est citoyen romain alors qu’il aurait été utile de le mentionner à plusieurs reprises : 1) par exemple à Chypre avec le procurateur Sergius Paulus ; 2) ou encore à Lystre où Barnabé et Paul qui viennent de guérir un impotent sont acclamés par la foule. Alors que les prêtres sont sur le point de sacrifier des taureaux en leur honneur, les deux missionnaires s’écrient : « Amis, que faites vous là ? Nous aussi nous sommes des hommes soumis au même sort que vous, des hommes qui vous annoncent d’abandonner toutes ces vaines idoles pour vous tourner vers le Dieu vivant » (Ac 14,15) Dans cette petite colonie romaine, quel exemple ça aurait été de se reconnaître à la fois citoyen de Rome et adepte du monothéisme ! 3) Avec Silas Paul part en Macédoine à Philippes, c’est une colonie romaine qui bénéficie du jus italicum, c’est-à-dire des mêmes droits et des mêmes privilèges que les citoyens d’Italie. Pour une nouvelle affaire de guérison, Paul et son compagnon sont trainés sur l’agora devant les magistrats de la Cité. Leurs accusateurs se plaignent : Diapo « Ces gens-là jettent le trouble dans notre village. Ce sont des juifs, et ils prêchent des usages qu’il ne nous est pas permis, à nous Romains ni d’accepter ni de suivre. La foule s’ameuta contre eux et les stratèges après avoir fait arracher leurs vêtements ordonnèrent de les battre de verges. Quand ils les eurent bien roués de coups, ils les jetèrent en prison » (Ac 16, 20-23) Or selon la lex Porcia, un citoyen romain ne peut pas subir ce châtiment humiliant. Il faut attendre que Paul et Silas soient emprisonnés, qu’un tremblement de terre se produise, que les captifs refusent de s’évader que leur geôlier se convertisse à la foi chrétienne, que leurs licteurs envoyés par les magistrats de la cité veuillent libérer les deux prisonniers à la dérobée, pour que, enfin Paul et Silas pensent à exciper de leur qualité de citoyens. Entre temps ils auront montré par leur endurance et leur légalisme la loyauté des chrétiens « Ils nous ont fait battre en public et sans jugement nous des citoyens romains » (Ac 16,37)

 

Il est vrai que la citoyenneté romaine arrange bien la dramatique des Actes des Apôtres puisque les autorités romains sont la première cible des évangélisateurs et que cette citoyenneté explique le sort clément de la fin de ses aventures à Jérusalem : il ne sera jamais lapidé par les autorité juives.

 

Mais la citoyenneté romaine était assez facilement distribuées aux notables de l’Empire à l’époque Cependant les historiens sont septiques sur la possibilité d’être à la fois juif de stricte obédience et citoyen d’une ville hellénistique. Si la citoyenneté romaine n’imposait pas d’obligations inconciliables avec la foi juive, le fait d’appartenir à cette cité impliquait des obligations religieuses difficilement acceptables pour un pharisien strict. On peut considérer que Luc a vu là un moyen de situer son héros au sommet de la hiérarchie sociale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paul a-t-il persécuté les premiers disciples de Jésus ?

Dans les Actes des Apôtres, Paul nous est présenté comme un juif pharisien des plus cruels. Diapo
- Il assiste à la lapidation du premier martyre chrétien, Etienne : « les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Paul » (Ac 7,58). « Saul approuvé ce meurtre » (Ac 8,1) « Et lorsque était versé le sang d’Etienne, son témoin, moi aussi j’étais présent, l’approuvant et gardant les manteaux de ses meurtriers » (Ac 22,21)
- Plus tard Paul devient lui même persécuteur : « Saul ravageait l’Eglise ; allant de maison en maison il en arrachait hommes et femmes et les jetait en prison » (Ac 8,3) « ne respirant toujours que menaces et carnage à l’égard des disciples du Seigneur, il alla trouver le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas afin que, s’il y trouvait quelques adeptes de la Voie, hommes ou femmes, il les amenât enchainés à Jérusalem » (Ac 9, 1-2) « Quand on les mettait à mort j’apportais mon suffrage » (Ac 26,10)
- Paul serait ainsi un pharisien intégriste et ses années studieuses à Jérusalem (Ac 22,3) deviennent vraisemblables : c’est à l’école de Gamaliel qu’il aurait pu devenir un pharisien assez motivé pour persécuter les premiers disciples de Jésus.

 

Sauf que cette persécution des chrétiens par les autorités juives sadducéennes et Paul le pharisien est plus qu’improbable, 3 raisons parmi d’autres.
1) dans ses épîtres Paul n’évoque qu’une seule fois son passé : « Vous avez certes entendu parler de ma conduite jadis dans le judaïsme, de la persécution effrénée que je menais contre l’Eglise de Dieu et des ravages que je lui ai causé et de mes progrès dans le judaïsme, où je surpassais bien des compatriotes de mon âge, en partisan acharné des traditions de mes pères » (Ga 1, 13-14). Or le verbe dioken en grec ne signifie pas nécessairement « persécuter » comme l’imposent les traductions françaises, il signifie d’abord « mettre en mouvement » « pousser » « poursuivre ». D’où l’on peut penser qu’ils ‘agissait d’une poursuite toute intellectuelle, d’un combat d’idées dont l’auteur des Actes a fait ensuite une sorte de chasse à l’homme
2) A quel titre un juif à la fin des années 30 aurait-il pu légitimement et légalement du point de vue de la Torah poursuivre ses coreligionnaires hors de Palestine, sous prétexte qu’ils exprimaient leur foi dans d’autres termes que lui ? Comment le grand prêtre, dont l’autorité ne s’exerçait qu’en Judée au prix d’un subtil compromis politique avec les Romains, aurait-il pu placer sous sa juridiction l’activité des synagogues implantées en Syrie ? Comment un grand prêtre aurait-il pu mandater un émissaire qui ne serait pas du milieu sacerdotal, qui ne serait pas sadducéen mais un adversaire pharisien ?.
3) d’ailleurs il est fort peu probable que les premiers chrétiens aient été persécutés. Sans avoir une vision enchantée du judaïsme avant 70, les idées singulières liées au Messie et à la croyance en la résurrection n’étaient aussi blasphématoires au point de mériter des exécutions. D’ailleurs la seule persécution et la mise à mort d’Etienne relatée par les Actes est historiquement remise en cause.

 

Si Paul est présenté comme un persécuteur par l’auteur des Actes, c’est avant tout pour rendre plus spectaculaire encore sa conversion. Si le livre des Actes des Apôtres relate l’histoire des premiers temps, cela ne l’empêche pas de construire une légende sous nos yeux, écrite vers les années 80-90 :
- Saul/Paul accumule sur sa tête de futur disciple les auspices les plus sombres, il concentre toutes les forces négatives, tous les courants ennemis du mouvement chrétien. C’est un portrait à charge que nous livre l’auteur des Actes ? Son personnage n’a d’autre réalité que de préparer l’évènement fondamental de sa biographie : sa conversion. Dans ce roman des origines que sont les Actes des Apôtres, Paul doit être le premier juif spectaculairement converti. Tout doit être agencé pour accentuer le contraste entre un « avant » et un « après ». Y compris en y glissant après coup dans le texte originel du livre des Actes des Apôtres, les trois brèves mentions concernant la présence de Saul/Paul au moment de la lapidation d’Etienne et sa participation aux persécutions de l’Eglise de Jérusalem.
- Dans ses épîtres jamais Paul ne fait allusion à son premier nom de Saul, de même qu’il se garde bien de décliner davantage son identité. Lorsqu’il écrit, c’est toujours sous la signature de Paulos. Dans la Bible hébraïque, un Saül dans le Livre de Samuel partage avec le Saul des Actes l’homonymie, la filiation dans la tribu de Benjamin et le fait d’être un persécuteur. Le Saül biblique poursuivait David comme le Saul néotestamentaire poursuit les partisans d’un homme réputé être le fils de David. Saul rend les armes à David comme Saul devant Jésus
- Prenons le risque de conclure que Paul ne s’est jamais appelé Saul mais toujours Paul. Que son double malfaisant est l’invention d’un écrivain passé maître en l’art de saisir une figure pour la rallier à sa cause. L’auteur des Actes des Apôtres agit comme un dramaturge en opposant les figures de Saul et de Paul

Une conversion spectaculaire ?

 

Diapo Dans ses épîtres, vers 55, Paul se présente comme le dernier à qui le Christ est apparu. Depuis la fabuleuse conversion de Paul sur le chemin de Damas est devenu un événement historique à l’égal de la crucifixion Diapo il change brutalement de position vers 33-35 à la suite d’une vison sur le « chemin de Damas » .
-
Mais de sa vision elle même, de son expérience mystique, Paul dans ses épîtres ne dit rien, strictement rien. Or s’il confie être passé deux fois à Damas à l’occasion d’un long voyage en Arabie dont on ne sait strictement rien. Paul ne dit nulle part que la révélation dont il a été l’heureux bénéficiaire s’est produite à cet endroit.
- Par contre les Actes, au moins 20 ans plus tard y consacre trois chapitres (Ac 9 ; Ac 22 ; Ac 26). Manifestement, le rédacteur met en images cette révélation qui n’a eu d’autres témoins que Paul. Or cette apparition est construite sur le modèle des apparitions divines de la Bible hébraïque.

 

Cette vision/ Conversion permet à Paul de s’affirmer comme un apôtre à part entière : Diapo « Paul apôtre non de la part des hommes ni par l’intermédiaire d’un homme mais par Jésus-Christ et Dieu le Père qui l’a ressuscité » (Ga 1,1) Sa vision le place à rang égal avec ceux qui ont suivi Jésus avant sa crucifixion, elle le réhausse au niveau de ceux qui avaient déjà reconnu en lui le Messie : « sans consulter la chair et le sang, sans monter à Jérusalem trouver les apôtres ses prédécesseurs » (Ga 1, 16-17)  Cette vision fait de lui l’un de leurs pairs. Ses titres valent les leurs. Immense orgueil du personnage, dissimulé derrière une extrême modestie : « C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce à mon égard n’a pas été stérile. Loin de là j’ai travaillé plus qu’eux tous » (1 Co 15, 10)
- Paul se revendique apôtre alors que se titre est décerné aux seuls personnes qui ont vu Jésus. Paul dans l’épître aux Corinthiens dit qu’il a vu Jésus et donc qu’il est apôtre « le dernier des apôtres » l’avorton le dernier. Il se glorifie d’être le dernier à avoir rencontré le Seigneur. Comment justifier son rôle : en affirmant qu’il a une vision. Ses adversaires sont les apôtres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

B Une contribution essentielle ?

Paul, un grand missionnaire et apôtre des Gentils

Son œuvre missionnaire a sans doute été une des plus vastes de la première génération chrétienne et lui a valu une grande autorité personnelle partout où sa prédication a retenti. Malgré certains déboires, les églises chrétiennes d’Anatolie, de Macédoine et de Grèce lui devaient pour la plupart l’existence et acceptaient sa tutelle.
- Le premier voyage 41 : premier voyage missionnaire avec Jean Marc sous la responsabilité de Barnabé (Chypre et Anatolie)est raconté par Luc dans les Actes 13-14. Partis d’Antioche, Paul et Barnabé se rendent d’abord à Chypre, puis gagnent l’Asie Mineure en abordant la Pamphylie par le port d’Attalia. Ils passent par la grande ville de Pergé, qu’ils évangéliseront au retour, puis ils s’enfoncent à l’intérieur des terres jusqu’à Antioche de Pisidie où Luc situe le premier discours missionnaire de Paul dans la synagogue de la ville.Devant le refus de la majorité des juifs d’accueillir le message de l’évangile, Paul se tourne vers les païens. Chassés d’Antioche par les juifs, Paul et Barnabé se rendent à Iconium, à Lystres et àDerbé. Revenus sur leurs pas ils embarquent à Attalia pour rentrer à Antioche.
- Le deuxième voyage (Ac 15 ; Ac 36 18-22) commence par une visite aux communautés précédemment fondées[3].
- Le troisième voyage (Ac 18, 23 ; Ac 21, 6)

 

C’est lui qui persuade les apôtres d’être universel katholikos : Hatier p. 44 doc. 2 « Paul et Barnabas se tournent vers les Païens »  il décide de convertir non plus seulement les Juifs mais surtout les païens ; pour suivre le message de Jésus il n’est plus nécessaire de devenir avant juif (circoncision interdit alimentaire).
- Paul est l’un des premiers à s’intéresser aux païens, à ceux qui  sans nécessairement en passer pas la circoncision, sans être des prosélytes pourraient devenir des adeptes de la foi nouvelle. Paul est le premier et pendant un certain temps le seul à écrire sur ce dilemme, à formuler les problèmes d’identité que cela pose, à concevoir à haute voix d’autres hypothèses, d’autres réponses face à l’arrivée des non juifs à l’intérieur du mouvement
- Bien qu’on le nomme « l’apôtre des Gentils », Paul n’a nullement pris l’initiative de prêcher l’Evangile aux non-juifs. Les chapitres 8 à 15 du Livre des Actes prouvent que d’autres y avaient songé avant lui et avaient obtenu des résultats spectaculaires : les Hellénistes, l’apôtre Pierre, les chrétiens d’Antioche. Paul a continué cet effort en direction des païens avec un grand dynamisme mais n’a jamais eu le monopole de l’entreprise (Ac 18, 24-28)

Paul aurait créé aussi des institutions nouvelles mais rien n’est moins sur.
- L’apostolat[4] n’est aucunement sa création, presbytes et diacres ont des racines palestiniennes et les quelques ministères d’églises auxquels il fait allusion ne correspondent pas à une organisation cohérente et originale des communautés.
- Pour le culte et les sacrements, Paul est tiraillé entre les traditions palestiniennes et des tendances enthousiastes qu’il n’approuve guère ( 1Co 11-14) : il ne crée pas il travaille à des compromis difficiles.
- Par contre  c’est lui par sa culture son intelligence qui précise par écrit pour la première fois les rites en conseillant les premiers communautés chrétiennes en leur indiquant la marche à suivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paul, un apport théologique essentiel ?

Dans les Actes des Apôtres Paul est présenté comme l’acteur principal de l’expansion chrétienne par ses missions mais on passe sous silence son œuvre théologique contenu dans ses Epîtres.

 

Dans ses épîtres aux galates et aux Romains, considéré comme les plus programmatiques de sa pensée, Paul diffère expose un évangile qui diffère  quelque peu du message délivré par le Jésus des évangiles..
- Que dit-il ? Toute sa pensée peut se résumer en peu de mots Diapo : « Nous sommes nous des juifs de naissance et non de ces pécheurs de païens ; et cependant sachant que l’homme n’est pas justifié par la pratique de la Loi mais seulement par la foi en Jésus-Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, afin d’obtenir la justification par la foi au Christ et non par la pratique de la Loi, puisque par la pratique de la Loi personne ne sera justifiée. » (Ga 2, 15-16)
- Pour lui le christianisme n’est pas fondé sur Jésus mais sur la croyance en Jésus-Christ. Or cette reconnaissance de Jésus comme Christ est postérieure à Jésus, elle remonte aux disciples, à Paul qui l’annonce dans ce qu’il appelle son évangile. Un évangile de Paul qui ignore le Jésus historique, le Jésus de chair (seules quatre paroles du Seigneur sont évoquées par Paul dans l’ensemble de ses épîtres !) mais un évangile qui met en pleine lumière le Jésus ressuscité, le Jésus envoyé des cieux, le Jésus surnaturel. Paul n’a pas lu les évangiles, au mieux connaît-il la source Q qui relate quelques idées . Par contre certains évangélistes ont lu les épîtres de Paul ?
- Paul apparaît moins comme le disciple et le continuateur de Jésus que comme un admirateur lointain dont le dynamisme s’exprime d’une manière indépendante

 

Surtout Paul va argumenter avec beaucoup d’intelligence à démontrer que l’on peut être sauvé par la foi et non par la pratique de la Loi : c’est la justification par la foi. Paul est plus cultivé qu’à peu près tous les chrétiens de son temps, il combine une solide formation rabbinique avec une incontestable culture grecque, ce qui lui permet d’exprimer en termes hellénistiques des idées empruntées à la Bible et au milieu sémitique de la Palestine

Paul aurait considérablement atténué le lien fondamental entre l’appartenance au judaïsme et la terre d’Israël, la Terre promise, lien qu’il aurait mis en cause avec sa conception extensive du Temple. « Ne savez vous pas que vous êtes le Temple de Dieu, et que l’esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré et ce temple c’est vous » (1 Co 3, 16-17) « Ne savez vous pas que votre corps est le temple du Saint –Esprit qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? » (1 Co 1, 19) Le temple est l’endroit où Dieu séjourne. Donc si Dieu vit parmi ceux qui croient en lui, ceux-ci constituent en effet le Temple. Avant que cette association ne devienne une ligne de force du christianisme, telle est la logique de Paul. Il la reformule en l’appuyant sur la lecture du livre du Lévithique et d’Ezéchiel : « Or c’est nous qui sommes le temple du Dieu vivant ainsi que Dieu l’a dit : J’habiterai au milieu d’eux et j’y marcherai ; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. » (2 Co 6,16)

Le deuxième pilier auquel Paul s’en prend est la notion du peuple juif, c’est à dire au fait d’être juif par filiation, par le sang. Etre juif, c’est être descendant d’Abraham. Cela permet d’expliquer qu’il y a beaucoup de juifs hors de Judée. « Comprenez le donc, ce sont ceux qui se réclament de la foi ce sont eux les fils d’Abraham » (Ga 3,7). A travers l’invocation à Abraham, Paul substitue à la nécessité de la filiation charnelle une filiation spirituelle. Croire au Christ permet d’appartenir au peuple élu. « En toi seront bénies toutes les nations. Si bien que ceux qui se réclament de la foi sont bénis avec Abraham le croyant » (Ga 3, 8-9). D’autres juifs, comme Philon d’Alexandrie avaient déjà tenus un tel discours, mais Paul franchit une étape supplémentaire. La référence à Abraham devient la plaque tournante de son argumentation. Abraham eut deux fils selon la Genèse Ismaël et Isaac. L’un était né de la servante Agar, l’autre de Sara la femme libre. « Celui de la servante est né selon la chair, celui de la femme libre est né selon la promesse. Il y a une allégorie ces femmes représente les deux alliances »( Ga 4,29). Ceux qui croient au Christ sont les vrais héritiers, ils appartiennent à la Jérusalem libre. « mais comme alors l’enfant de la chair persécutait l’enfant de l’esprit, il en est encore ainsi maintenant » En se réclamant aussi fortement d’Abraham, Paul se situe antérieurement à Moïse, cad avant l’obligation de la circoncision comme preuve d’alliance avec le Dieu d’Israël : «  En effet dans le Christ Jésus ni circoncision ni incirconcision ne comptent mais seulement la foi opérant par charité » (Ga 5,6). Sa doctrine la justification par la foi il l’énonce calmement mais c’est un cheval de Troie : «  Car nous estimons que l’homme est justifié par la foi sans la pratique de la Loi. Ou alors Dieu est-il le Dieu des juifs seulement, et non point des nations ? Certes également des nations ; puisqu’il n’y as qu’un seul Dieu, qui justifiera les circoncis en vertu de la foi comme les incirconcis par le moyen de cette foi » (Rm 3, 28-30)

Ainsi Paul ne cesse-t-il de s’en prendre au troisième pilier du judaïsme, la Loi juive. Dans l’épître aux Galates et dans l’épître au Romains le terme Le, nomos en grec est cité très régulièrement
La Torah est chez Paul un exceptionnel nœud d’ambivalence : « Est-ce pour avoir pratiqué la Loi que vous avez reçu l’Esprit, ou pour avoir cru à la prédication ? » (Ga 3,2) La loi serait devenue superflue car inadéquate : « Avant la venue de la foi, nous étions enfermés sous la garde de la Loi » (Ga 3,23) « Alors pourquoi la Loi ? Elle fut ajoutée pour que se manifestent les transgressions. » (Ga 3,19) « Je n’ai connu le pêché que par la Loi » (Rm 7,7) « C’est par la Loi que je suis mort à la Loi » (Ga 2,19) « Si nous avait été donnée une loi capable de communiquer la vie, alors vraiment la justice procéderait de la Loi » (Ga 3,21) « La loi de l’Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus t’a affranchi de la loi du péché et de la mort » (Rm 8,2) Ainsi la Torah serait la loi du péché et de la mort ! De son point de vue elle est aussi noire que maléfique : Diapo « Tous ceux qui se réclament de la pratique de la Loi encourent une malédiction. Car il est écrit : ‘Maudit soit quiconque ne s’attache pas à tous les préceptes écrits dans le livre de la Loi pour les pratiquer’ » (Ga 3,10).
Paul ne se contente pas de relativiser la Loi comme on le dit souvent, de critiquer le légalisme des prescriptions et des obligations rituelles, qu’il juge dissuasives à l’égard des chrétiens d’origine païennes. Il l’a dénonce de façon radicale, délibérée, répétée. Il déclare non seulement la Loi caduque mais nocive. Pour lui la Loi n’est pas la voie universelle d’accès au salut : « Que d’ailleurs la Loi ne puisse justifier personne devant Dieu c’est l’évidence puisque ‘le juste vivra par la foi’ ; or la Loi, elle, ne procède pas de la foi » (Ga 3, 11-12). Paul écarte même toute idée de deux voies parallèles : « C’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Donc tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage. C’est moi Paul qui vous le dis : si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien » (Ga 5, 1-2 et 6). La circoncision n’est pas seulement un signe d’alliance qui s’avèrerait superflu : c’est un joug un obstacle.
« Le Christ nous a rachetés de cette malédiction de la Loi » (Ga 3,10). Pour lui la révélation du Christ annonce l’avènement du royaume de Dieu.. Elle annonce que la Loi est accomplie ou qu’elle n’a plus lieu d’être. « Car la fin de la Loi, c’est le Christ pour la justification de tout croyant » (Rm 10,4) Le messie est devenu la nouvelle Torah, la nouvelle Loi.. « La loi de la foi » (Rm 3,27). La foi doit se substituer à la Loi. La croyance que Jésus est le Christ fait de la foi en Christ le moyen exclusif de parvenir au salut.

 

 

Paul est plus cultivé qu’à peu près tous les chrétiens de son temps, il combine une solide formation rabbinique avec une incontestable culture grecque, ce qui lui permet d’exprimer en termes hellénistiques des idées empruntées à la Bible et au milieu sémitique de la Palestine. Ainsi la théorie de la justification dans les épîtres aux Romains et aux Galates. Ses épîtres sont des documents exceptionnels qui attestent à la fois une volonté impérieuse, un mysticisme impressionnant, un génie synthétique remarquable et un talent littéraire plus qu’honorable. Les épitres sont un élément majeur du Nouveau Testament qui révèle un chef chrétien radical et dynamique qui prend ses distances de la Loi juive. Paul se révèle dans ses épîtres  un véritable penseur, un philosophe et théologien d’une grande audace intellectuelle. Paul y apparait comme le théoricien génial du christianisme. Premier écrivain de la littérature chrétienne, ses épîtres sont l’occasion de réflexions théologiques contradictoires peut-être mais extrêmement élaborées.
Les épîtres de Paul sont des écrits de circonstances, ils avaient une valeur d’usage. Pour Paul le temps était compté, la Fin des temps approchait. Ces écrits n’étaient pas nécessairement destinés à être conservés, encore destinés à être rassemblés et lus ensemble. Ces écrits désordonnés, rapiécés souvent compilés plus ou moins correctement copiés et recopiés par on ne sait qui après avoir été dictés n’étaient pas destinés à fonder un texte rival de l’Ancien Testament.

 

 

Selon Paul, Jésus est l’aboutissement de la révélation de Dieu à Israël telle qu’il la déchiffre à chaque verset de la Bible. C’est par Jésus que les promesses divines se réalisent. Pour lui « le christianisme n’est pas une nouvelle religion, c’est toujours le judaïsme mais son centre de gravité s’est déplacé en raison de la nouvelle ère » disait Albert Schweitzer (La Mystique de l’apôtre Paul, 1962). Le baptême doit résoudre les anciennes appartenances : « il n’y as ni juif ni grec, il n’y as ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faîtes qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28) « La circoncision n’est rien, ni l’incirconcision ; il s’agit d’être une créature nouvelle » (Ga 6,15). Cette perspective d’une communauté unique était l’idéal de Paul

 

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Sans sous-estimer l’immense portée de la pensée paulinienne, Paul n’est pas le créateur des idées centrales de la pensée chrétienne. Sa doctrine de Dieu vient tout droit de l’Ancien Testament et du judaïsme. La christologie qui définit la personne du Christ remonte pour une large part à la primitive église de Jérusalem (Ac 2-4) et le titre de Seigneur a une origine syro-palestinienne. La doctrine du Saint-Esprit que Paul a beaucoup développée a de profondes racines bibliques : préfigurée à Qumran et chez les chrétiens de la première génération (Mc 3 28-30 ; Ac 2, 1-13 ; Ac 8, 29-39 ; Ac 15, 28) Quant à la doctrine du salut exposée par Paul dans ses épîtres aux Romains et aux galates elle véhicule des notions venues du judaïsme palestinien : la mort du christ interprétée comme un sacrifice Rm 325 ou encore comme un acquittement judiciaire (Rm 3, 21-24). Bref Paul est un génial interprète, non le créateur qui aurait donné au christianisme son système doctrinal propre. théologique

 

 

 

 

 

 

C Un homme reconnu en son temps ?

Arrêté à Jérusalem et décapité à Rome ?

Les épitres évoquent surtout les premières parties de sa vie jusqu’à son séjour de Corinthe vers 58.

Au chapitre 21 des Actes des Apôtres, Paul est arrêté à Jérusalem à l’instigation des juifs venus d’Asie. Pour le protéger de ses coreligionnaires qui veulent le lyncher, le tribun l’incarcère à la forteresse Antonia, puis il l’emmène à Césarée pour lui éviter de tomber dans le traquenard préparé contre lui par ses adversaires. Le procurateur Félix, indécis, le laisse à Césarée pendant au moins deux ans avant d’être finalement transféré à Rome pour y être jugé.

Luc clôt le Livre des Actes

 

Paul est accusé d’inciter les juifs à renier leur propre Loi. Selon le récit des Actes des Apôtres, Paul revient à Jérusalem (Ac 21, 11). Accueilli par Jacques et les anciens il est à la fois félicité de son action « Tu vois frère combien de milliers de juifs sont devenus croyants et tous se trouvent être de zélés partisans de la Loi » (Ac 22, 20). Mais après les congratulations d’usage : « Or à ton sujet ils ont entendu dire que dans ton enseignement tu pousses les juifs qui vivent au milieu des païens à la défection vis-à-vis de Moïse, leur disant de ne plus circoncire leurs enfants et de ne plus vivre leurs coutumes » (Ac 21, 21). Mais les juifs d’Asie ont ameuté la foule contre Paul : « Voilà  encore qu’il a introduit des Grecs  dans le Temple et profané ce Saint Lieu. Précédemment, en effet ils avaient vu l’Ephésien Trophime avec lui dans la ville, et ils pensaient que Paul l’avait introduit dans le Temple. » (Ac 21, 28-29) « Hommes d’Israël au secours Le voici l’individu qui prêche contre notre peuple, contre la Loi et contre ce Lieu. » (Ac 21, 28)

 

 

Le martyre de Paul nous est connu seulement par une tradition ecclésiale difficilement contestable parce que culte et textes sont convergents. L’historien Eusèbe de Césarée (313) rapporte le témoignage de Tertullien, écrivain chrétien romain qui le situe dans le contexte de la persécution de Néron : Diapo « Lisez vos mémoires : vous y trouverez que, le premier, Néron a persécuté cette croyance, surtout où au temps où ayant soumis l’Orient entier, il se montra cruel envers tout le monde. Nous nous enorgueillissons de cette condamnation par un tel promoteur. ON raconte que sous son règne, Paul eut la tête coupée à Rome même et que semblablement Pierre y fut crucifié et ce récit est confirmé par le nom de Pierre et Paul qui jusqu’à présent est donné aux cimetières de cette ville » (Histoire ecclésiastique, II, XXV, 5)

On reconstruit cette portion d’histoire de la manière suivante : à la suite de l’incendie de Rome (juillet 64) les chrétiens au témoignage de Tacite furent accusés pour que Néron soit disculpé (printemps 65). Alors se déroulèrent les scènes horribles décrites dans les Annales XI. Il est vraisemblable que Pierre y fut crucifié dans ce contexte. En revanche la décapitation de Paul implique un procès régulier, qui se serait déroulé un peu plus tard mais avant le suicide de Néron le 9 juin 68. On peut avancer la date de 67.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paul un apostat ?

La perspective d’une communauté unique était l’idéal de Paul, la recherche de la continuité dans la nouveauté. Mais aucune des deux parties ne la partageait : ni les juifs chrétiens, ni les chrétiens d’origine païenne. La communauté unique ne se réalisa jamais, mais une nouvelle entité ni païenne, ni juive : « Ultime paradoxe, ce dont Paul ne voulait à aucun prix, ce contre quoi il na cessé de se battre est ce qui advint finalement : l’Eglise se transforma en une nouvelle et troisième entité » (Alain F SEGAL, Paul le converti : apôtre ou apostat, 2003) Sa recherche de la continuité dans la nouveauté s’est heurtée à deux obstacles majeurs.

 

A commencer par le refus persistant des juifs alors que le message s’adresse prioritairement à eux : « Frères, certes l’élan de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés. Car je leur rends témoignage qu’ils ont du zèle pour Dieu ; mais c’est un zèle mal éclairé. Méconnaissant la justice de Dieu et cherchant à établir la leur propre, ils ont refusé de se soumettre à la justice de Dieu » (Rm 10, 1-3) L’endurcissement d’Israël est un refus temporaire mais l’aveuglement doit disparaître : « C’est quand on se convertit au Seigneur que le voile est enlevé » (2 Co 3, 16). L’échec de l’évangélisation d’Israël est un argument qu’il va retourner : « Je ne veux pas, frères, vous laisser ignorer ce mystère, de peur que vous ne vous complaisiez en votre propre sagesse : une partie d’Israël s’est endurcie jusqu’à ce que soit entrée la totalité des nations, et ainsi tout Israël sera sauvé » (Rm 11, 25-26).

Le refus des juifs est « un faux pas » (Rm 11,11) qui devrait être corrigé mais le succès du mouvement auprès des craignant dieu est vécu chez les juifs comme une menace pour leur identité, au point que même les juifs chrétiens s’en émeuvent.

« Pour la communauté juive et pour la communauté chrétienne juive, qui n’accordaient aucune créance à sa vocation particulière ni à sa mission, Paul était un apostat. » conclut Alan Ségal (Paul le converti, Apôtre ou Apostat, 2003). A la lecture des Actes des apôtres ou des Epîtres, il est impossible d’affirmer ou d’infirmer que  l’accusation d’apostasie a été portée de manière explicite du vivant de Paul.

 

Par contre, ces accusations se sont exprimées après la mort de Paul et après la destruction du Temple en 70. Les judéo-chrétiens du IIe siècle, à travers les écrits du Pseudo-Clément interprétaient le rôle de Paul d’une façon entièrement négative. Selon eux ce faux apôtre aurait conduit l’Eglise à l’apostasie la plus désastreuse. Il serait le fondateur de la fausse église tandis que Jacques était celui de la communauté fidèle à la volonté divine.
- Origène affirme au début du IIIe siècle que certains chrétiens « n’acceptent pas les lettres de l’apôtre Paul ».
Parmi eux se trouvent les ébionites « qui n’utilisent que l’évangile selon saint Matthieu et répudient l’apôtre Paul, soutenant qu’il a apostasié la Loi » soutient Irénée.
- Dans la Lettre de Pierre à Jacques, document du IIe siècle qui sert d’envoi au texte judéo-chrétien plus tardif des Homélies clémentines, le chef des disciples est censé écrire au frère de jésus. Il lui envoie de façon confidentielle le livre de ses prédications. L’expéditeur dénonce les chrétiens pauliniens, les disciples de Paul : Diapo « Car certains de ceux qui viennent de la gentilité ont repoussé ma prédication conforme à la Loi pour adopter l’enseignement, contraire à la Loi, de l’homme ennemi et ses bavardages frivoles ». L’homme ennemi, celui qui n’a pas de nom c’est Paul.
- Lorsque Matthieu vers 80 est le seul évangéliste à faire dire à Jésus d’une phrase pourtant capitale  Diapo « N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes. Je ne suis pas venu l’abolir, mais l’accomplir » (Mt 5,17). Ne serait-ce pas contre les idées de Paul ou contre les pratiques de ses disciples ? d’ailleurs la conclusion de Matthieu, toujours spécifique à son évangile est assez explicite : « Celui donc qui violera l’un de ces moindre préceptes et enseignera aux autres à faire de même sera tenu pour le moindre dans le royaume des Cieux ; au  contraire celui qui les exécutera et les enseignera, celui là sera tenu pour grand dans le Royaume des cieux. » (Mt 5,19)
- L’épître de Jacques dans le NT, est une charge en règle contre les spéculations pauliniennes bien que Paul ne soit jamais cité. A la justification par la foi s’oppose la justification par les œuvres, par les observances de la Loi : « A quoi cela sert-il mes frères que quelqu’un dise : J’ai la foi s’il na pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ? Si un frère ou une sœur sont nus, s’ils manquent de leur nourriture quotidienne et que l’un d’entre vous leur dise Allez en paix chauffez vous rassasiez vous sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps à quoi cela sert-il Ainsi en est-il de la foi : si elle n’a pas les œuvres elle est tout à fait morte » (Jc 2, 14-17). Que l’épître reflète l’attitude de Jacques frère de Jésus ou qu’elle ait été écrite après coup à la fin du Ier siècle importe peu, l’essentiel c’est de constater l’opposition diamétralement opposée avec Paul.
- Certains héritiers de Pierre taxés d’être contaminés par les idées pauliniennes se défendent dans la « Lettre de Pierre à Jacques » des Homélies clémentines : « Et c’est de mon vivant même que quelques-uns ont tenté, par des interprétations artificieuses, de dénaturer le sens de mes paroles en vue de l’abolition de la Loi. A les entendre, ce serait ma doctrine à moi aussi, mais je n’oserais la prêcher ouvertement. Loin de moi une telle conduite ! Car ce serait agir à l’encontre de la Loi de Dieu qui a été promulguée par le ministère de Moïse et dont notre Seigneur a attesté la durée éternelle quand il a dit ‘le ciel et la terre passeront ; pas un iota ni un trait ne passeront de la Loi’ Il a dit cela afin que tout s’accomplisse »

 

 

 

 

 

Paul marginalisé de son vivant ?

Les judéo chrétiens incarnés par Pierre et Jacques se sont affrontés avec Paul qui les désigne, eux ou leurs partisans comme des « faux frères » dans les épîtres aux Galates et aux Philippiens. Des faux frères qui exigent la circoncision des païens et l’observance de la Loi, et mettent en cause son apostolat fondé sur une « vision » du Ressuscité et non sur une connaissance du Jésus « dans la chair ».

 « Pour la communauté juive et pour la communauté chrétienne juive, qui n’accordaient aucune créance à sa vocation particulière ni à sa mission, Paul était un apostat. » conclut Alan Ségal (Paul le converti, Apôtre ou Apostat, 2003). A la lecture des Actes des Apôtres ou des Epîtres, il est impossible d’affirmer ou d’infirmer que  l’accusation d’apostasie a été portée de manière explicite du vivant de Paul.

 

Quelques textes chrétiens ont confié à Pierre la charge de réconcilier les frères ennemis du christianisme primitif, Paul et Jacques, l’aile pagano-chrétienne et l’aile judéo-chrétienne.
- Dans la seconde épître de Pierre, Pierre fait cause commune avec Paul : « Tenez la longanimité de notre Seigneur pour salutaire, comme notre cher frère Paul vous l’a aussi écrit selon la sagesse qui lui a été donnée. » (2 P 3,15)
- Dans les Actes des Apôtres, on met en scène la tutelle exercée par Pierre pour vanter l’unité de l’Eglise et pour y inscrire massivement la figure de Paul, certainement avec la volonté de réhabiliter sa mémoire

Il y a des différences notables, des oublis entre les épîtres et les Actes sur la vie de Paul. Silence entre les conflits et les crises entre la pensée pauliniennes et les autres courants. Luc a-t-il eu connaissance des Epitres. Seuls les voyages intéressent l’auteur des Actes. Les manipulations de Luc sont nombreuses et grossières. Luc présente un portrait de Paul asseptisé, « domestiqué » en homme d’action héroïque sous l’autorité de l’Eglise, en liaison avec la  loi juive. Les Actes donnent une ossature de la vie de Paul. Vers les années 80/90 l’auteur des Actes se saisit de la figure de Paul, le héros d’une histoire générale d’une communauté de personne qui vivent en harmonie

 

Luc tait les conflits qui ne font pas honneur aux églises.

« Ces personnalités ( Jacques, Céphas et Jean) ne m’ont rien imposé de plus. Au contraire ils virent que l’évangélisation des incirconcis m’avait été confiée, comme à Pierre celle des circoncis » (Ga 2, 6-7)

Cet accord non dépourvu d’ambiguïté (incident d’Antioche, Ga 2, 11) laissait Paul ne pas exiger la circoncision des païens mais permettait à Pierre et aux autres de laisser les chrétiens venus du judaïsme de conserver leurs traditions juives. Paul a interprété l’accord dans un sens maximaliste

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Si on refuse à Paul le titre de fondateur de la religion chrétienne on ne peut l’accorder ni à Pierre, ni aucun des Douze ni même à Jacques. Jésus non plus ne peut prétendre à ce titre. Jésus prêche le Royaume de Dieu aux Juifs et à eux seuls (Mc 7, 24-30) il ne crée pas de son vivant d’institutions nouvelles à l’exception des Douze et s’il parle de son église (Mt 16, 18) c’est au futur. Le Maître agit en réformateur du judaïsme non en fondateur d’une religion indépendante. D’ailleurs son ministère fut tragiquement abrégé pour lui permettre d’organiser efficacement une communauté religieuse. Par conséquent le christianisme n’a pas de fondateur. La religion qui a fait du Christ le centre de sa foi est une création collective dont l’origine est beaucoup plus difficile à saisir que si elle était le résultat de l’action d’un individu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II L’exclusion progressive du judaïsme.

La religion chrétienne ne s’est vraiment constituée qu’au moment où la secte juive qui voyait en Jésus le Messie a été expulsée du judaïsme par les réformateurs pharisiens qui avaient pris en main la destinée religieuse d’Israël après la ruine du Temple de Jérusalem en 70. Cette expulsion s’est opérée progressivement à un rythme variable suivant les régions et selon des modalité mal connu mais on peut dire que commencée vers 75 elle était achevée avant la fin du Ier siècle.

A La refondation du judaïsme

La révolte juive, la destruction du Temple

Vidéo 52 En 66, la révolte éclate en Palestine.

Prendre les armes, se dresser contre les Romains, paraît soudain la façon la plus juste la plus pieuse de montrer sa fidélité à Yavhé et de rejoindre les grands martyrs disparus pour la cause d’Israël. Qu’ont fait les judéo-chrétiens, alliés ou ralliés aux zélotes, ont ils été acteurs ou simples spectateurs de la guerre contre les Romains ?

Titus appelé pour la mater assiège Jérusalem en 70 et le 29 août prennent d’assaut le Temple. Flavius Joseph raconte l’incendie du Temple et recense 97 000 prisonniers et plus d’un million de morts dans le camp juif. La Judée passe sous le contrôle exclusif de la 10e Légion.

Les sadducéens, l’aristocratie sacerdotale, ont perdu à la fois leur centre national religieux, leur base théologique, leur forteresse mais aussi le symbole de leur pouvoir et la source fondamentale de leur richesse. Cette défaite est absolue : elle marque l’échec de l’aristocratie du Temple dans sa tentative de collaboration avec Rome. Elle marque son incapacité à juguler le messianisme militant qui a entrainé les grands prêtres dans une guerre dont ils sont les premières victimes.

Si les pharisiens, les baptistes, les judéo-chrétiens, les zélotes peuvent se lamenter sur la perte du Temple, ils peuvent aussi se réjouir de voir leurs adversaires sadducéens réduits à néant. Après 70, les pharisiens, les partisans de Jésus, ceux de Jean le Basptiste et sans doute d’autres groupes dont la trace s’est perdue vont rapidement entrer en conflit pour imposer au peuple leur interprétation de la Torah et se désigner comme les plus aptes à guider Israël. Le Temple détruit, la place est libre pour réinventer le judaïsme : désormais il ne s’appuiera plus sur un lieu par nature destructible mais sur la Torah sur la lecture incessante de la Loi sur une pensée et une spiritualité inaliénables.

Les partisans de Jésus vont se situer au cœur de cette effervescence religieuse et politique. Le face-à-face entre les pharisiens et les communautés représentées par les évangiles de Marc, Luc et surtout Matthieu témoigne de la virulence des débats : les pharisiens sont « engeance de vipère » (Mt 23,33), « des aveugles qui guident des aveugles » (Mt 15,14), « les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes » (Mt 23,31), des « hypocrites » sept fois maudits ( Mt 23,13). Jean aussi  Jean 9, 22-23 ; Jean 16,14)

 

La refondation du judaïsme.

A l’intérieur d’Israël, les pharisiens forts de la confiance du peuple vont rebâtir le judaïsme et repousser hors des synagogues tous ceux quine partagent pas leur interprétation de la Loi. « Les juifs étaient convenus que , si quelqu’un reconnaissait Jésus comme le Christ, il serait exclu de la synagogue » (Jn 9,22) « ils ne se déclaraient pas de peur d’être exclus de la synagogue » (Jn 12,42) ; « on vous exclura des synagogues » (Jn 16,2)

La prière juive du shemoneh-esré qui est complétée  à la fin du Ier siècle est l’écho de la malédiction des minim, des déviants, des perdants. Dans son Histoire des Juifs[7], Heinrich Graetz écrit : « Par suite de leur hostilité croissante contre leur ancienne foi, les judéo-chrétiens furent considérés par le Sanhédrin de Jabné comme totalement séparés du judaïsme ; ils furent déclarés, au point de vue religieux, inférieurs aux Samaritains et, sous certains rapports, même aux Gentils. Il fut interdit aux Judéens de goûter de leur viande, de leur pain et de leur vin, comme il leur avait été interdit, peu de temps avant la destruction du temple, de goûter des aliments des païens. Les écrits chrétiens furent traités comme les livres de magie, et frappés d’anathème ; il fut expressément défendu d’avoir des relations avec les judéo-chrétiens, de leur rendre service, d’employer les remèdes dont ils se servaient en prononçant le nom de Jésus pour guérir les malades. On inséra à leur intention dans la prière journalière une formule de malédiction contre les Minéens et les délateurs. Cette formule fut rédigée, sur l’ordre du patriarche Gamaliel, par Samuel le jeune, et reçut le nom de Birkat-haminim. Elle paraît avoir servi en quelque sorte d’épreuve pour faire reconnaître ceux qui étaient secrètement attachés au judéo-christianisme. En effet, il fut décidé que l’officiant qui passerait cette formule ou la prière pour la restauration de l’État judaïque serait contraint de cesser immédiatement sa fonction »

Voici la traduction d’une de ses formulations : Pour les apostats, qu’il n’y ait pas d’espoir. Que le royaume de l’impertinence soit déraciné de nos jours, et que les notsrim et les minim disparaissent en un instant .Qu’ils soient effacés du livre de la vie et ne soient pas inscrits avec les justes. Béni sois-Tu Seigneur, Qui soumets les impudents

Yohanan ben Zacchaï, par faveur spéciale de Vespasien est autorisé à s’établir à Yabné : il y fonde une école dont les travaux arrêtent le canon de la Bible hébraïque et centrent le judaïsme sur l’enseignement et la pratique de la Loi. Il n’y aura plus désormais ni rois ni prêtres, ni sages mais des savants : des rabbins.

Au IIe siècle les rédacteurs de la Misnah

B « La double peine » des judéo-chrétiens

Le terme de judéo-chrétien a été inventé au XIXe siècle par l’exégète allemand FC Baur bien qu’aucun groupe ne se soit jamais défini ainsi au Ier siècle : les judéo-chrétiens étaient juifs, ils n’étaient pas chrétiens. Le judéo-chrétien serait donc un juif qui ne renonce à rien du judaïsme tout en adhérant à Jésus comme Messie comme Christ. Jean-Daniel KAESTLI ajoute que le judéo-christianisme se définissait aussi par son antipaulinisme.

Avant 70 les judéo-chrétiens qui incarnent la postérité historique de Jésus dominent le mouvement. L’Eglise de Jérusalem gouverne ou en tout cas nul ne peut agir sans avoir au moins reçu sa bénédiction faute d’avoir son accord. Les judéo chrétiens incarnés par Pierre et Jacques se sont affrontés avec Paul qui les désigne, eux ou leurs partisans comme des « faux frères » dans les épîtres aux Galates et aux Philippiens. Des faux frères qui exigent la circoncision des païens et l’observance de la Loi, et mettent en cause son apostolat fondé sur une « vision » du Ressuscité et non sur une connaissance du Jésus « dans la chair ».

Après la mort de Jacques et la destruction du Temple ce courant judéo-chrétien va éclater. Ne resteront que de petits groupes ici ou là fidèles à la Loi et à Jésus mais incapables de prendre le pas sur les rabbins pharisiens, incapables d’imposer leurs autorité à leur corelionnaire de la diaspora. C’est dans un pays sinistré que le judéo-christianisme va survivre revendiquant une ascèse, une pauvreté volontaire qui vaudront à ses adeptes un nouveau surnom, les « ébionistes », cad les pauvres. ORIGENE les brocarde : « Ils doivent leur appellation à la pauvreté de leur interprétation de la Loi ». De son côté Irénée « Ceux qu’on appelle ébionistes admettent que le monde a été fait par le vrai Dieu mais pour ce qui concerne le Seigneur ils ont la même opinion que Cérinthe et Carpocrate. Ils  n’utilisent que l’évangile selon saint Matthieu et répudient l’apôtre Paul, soutenant qu’il a apostasié la Loi. Ils s’appliquent à commenter les prophéties de manières excessive. Ils pratiquent la circoncision et persévèrent dans les coutumes légales et dans les pratiques juives au point d’aller jusqu’à adorer Jérusalem comme étant la maison de Dieu. » autrement dit les ébionistes sont des juifs fidèles qui croient, contrairement aux autres,  que Jésus est le messie d’Israël.

Ils sont considérés à la fois comme de mauvais juifs et de mauvais chrétiens

En 132-135, les juifs de Palestine se révoltent une nouvelle fois et persécutent les derniers judéo-chrétiens : « durant la dernière guerre, Bar Kochba, le chef de la révolte faisait subir aux seuls chrétiens les derniers supplices q’ils ne reniaient pas Jésus Christ » (Grande Apologie) Saint Jérôme ajoute : « le chef de la rébellionaffligea divers type de punitions à différentes personnes, dont les chrétiens pour leur refus de prendre part au combat contre les Romains » Au terme d’affrontement sans merci le 9 avril 135 les trupes romains écrasent les derniers résistants à Béthar. Hadrien décrète de smesures d’expulsion vis à vis des derniers juifs dont les judéo chrétiens qui migrent vers le sud en Arabie où ils disparaitront dans l’islam.

Le christianisme va se constituer de rupture en rupture : entre les Hellénistes et les Hébreux, entre Jacques et Paul entre les judéo-chrétiens fidèles à Israël et les pagano-chrétiens pour qui Israël n’est qu’une allégorie..

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C La réaction des pagano-chrétiens

Convaincre Rome de son pacifisme

La situation des pagano-chrétiens, hors de Palestine sans être aussi désastreuse que celle des judéo-chrétiens n’a pas été pour autant très confortable. Pour les autorités romaines ce sont des juifs messianisants, des suspects, des sujets dangereux. Les auteurs romains qui les mentionnent s’accordent sur une perception criminelle les considère comme une secte juive rebelle et menaçante pour la paix publique. Les autorités romains combattent plus ou moins brutalement ce qui est pour elles un marigot où juifs et païens se plaisent dans une même folie. L’antichristianisme est jumeau de l’antijudaïsme. Pour Tacite les chrétiens sont  l’instar des juifs « ennemis de tous les hommes » Celce juifs et chrétiens «  ressemblent à des chauve-souris

Sous peine de disparaître les philosophes chrétiens tentent de convaincre d’apprivoiser les autorités romaines

Déposséder les juifs : Verus israël

Il s’agit tout à la fois de conserver les écritures juives comme précieux héritage du passe et d’en déposséder les juifs sous prétexte qu’ils n’ont pas su les lire. Ils ne savent pas voir que chaque ligne de la Bible hébraïque, depuis la Genèse jusqu’au dernier des prophètes tout annoce la venue et la manifestation du Christ jésus. Le Christ « est le trésor caché dans les Ecritures » dit Irénée.

La lecture allégorique des textes sacrés devient une forme privilégiée de l’exégèse chrétienne, les paroles de Moîse étaient déjà celles de Jésus.

« Comment croirions nous qu’un crucifié est le premier né de Dieu non engendré et qu’il jugera le genre humain, si nous ne voyions réalisées de point en point stoutes les prosmesses faites à son sujet avant son incarnation, la dévastation de la Judée, les hommes de toutes les nations embrassant la doctrine des apôtres rennonçant aux anciennes coutumes dans lesquelles ils s’étaient égarées » dit Justin dans sa Grande Apologie.

 

 

La rédaction des évangiles

Après cette guerre, dans le dernier quart du siècle, Chrétiens et Juifs fixent et distinguent leurs croyances par écrit :
Les Juifs fixent définitivement les textes de la Bible juive à la fin du Ier siècle (90 Concile de Iamnia) et rejettent la révélation de Jésus ; les Chrétiens sont considérés alors comme des Juifs hérétiques.
Pour se défendre, ils rédigent les Evangiles (Matthieu au Liban et Luc en Syrie vers 80-90) et les Actes des Apôtres tout en marquant leur différence avec la tradition juive ; le dernier Evangile (Jean) et l’Apocalypse écrit vers 95prend acte de la rupture et accuse les Juifs d’avoir tué Jésus, d’où le relent d’antisémitisme des Chrétiens par la suite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réhabiliter Paul contre les juifs.

L’un des formes prises par cette résistance littéraire a été le rassemblement des épîtres de Paul, quelque peu tombées dans l’oubli depuis une génération. On trouvait en Paul un précurseur de l’indépendance du christianisme envers le judaïsme. Lui qui avait été considéré de son vivant comme un dangereux extrémiste nuisant aux bonnes relations de la secte chrétienne avec la masse des juifs on le comprenait désormais comme le théoricien prophétique d’une rupture inévitable.

Ce renversement surprenant a aussi entraîné la rédaction de l’œuvre de Luc et en particulier du Livre des Actes où Paul joue un rôle privilégié. Faute de pouvoir présenter Paul comme le disciple immédiat du Christ, Luc s’est efforcé de montrer qu’il était le seul continuateur légitime de l’œuvre des Douze, fondateurs des églises palestiniennes. Ces dernières ayant été  presque totalement anéanties durant la guerre juive de 66-70, Paul devient le seul porte-parole de Dieu, véritable fondateur du christianisme parmi les païens (Ac 28, 17-31)

Personnage marginal durant toute sa vie, personnage contesté de divers côté, Paul va réussir à devenir en quelques dizaines d’années seulement une figure maîtresse à laquelle le christianisme devra se référer.
Sa chance fut d’avoir été reconnu comme le garant du pagano-christianisme
- mais aussi d’avoir été une figure relativement malléable alors qu’il était doctrinaire : il a permis à différentes sensibilités de s’exprimer en son nom
C’est ainsi que Paul est devenu l’apôtre des nations, le héros fondateur du courant qui allait donner au christianisme sa pérennité et sa dimension universaliste.

De la fin des années 60 (date supposée de sa mort) aux alentours des années 130 Paul disparaît du champ de la littérature chrétienne. Malgré tout de nombreux documents attestent de la survie indirecte de Paul : Actes des Apôtres

Dans les Actes des Apôtres Paul est présenté comme l’acteur principal de l’expansion chrétienne par ses missions mais on passe sous silence son œuvre théologique contenu dans ses Epîtres.

Or très rapidement des épîtres écrites par d’autres auteurs ont été attribuées à Paul. Epitres dont la critique a très largement dénié la paternité mais qui appartiennent au NT si bien qu’on y lit aujourd’hui comme hier, davantage de lettres que Paul n’est pas censé avoir écrites. Les lettres authentiques sont mélangées aux fausses lettres.
- il y a d’abord les épîtres deutéro-pauliniennes, l’épître aux Colossiens et l’épître aux Ephésiens écrite entre la fin des années 70 et les années 90. Elles s’inspirent de thèmes pauliniens mais les développement de manière différentes en insistant sur la notion de salut et introduisant des motifs nouveaux.
- les épîtres dites pastorales, (écrites entre les années 90 et 120) première et deuxième épître à Timothée, l’épître à Tite transmettent toutes trois des instructions à l’usage des chefs de communauté, les pasteurs. Il s’agit de définir des règles de discipline interne (jusqu’à la tenue des femmes), de veiller à l’organisation hiérarchique et doctrinale des communautés. Dans ces épîtres il ne reste rien de la théologie paulinienne

Les références aux épîtres de Paul circulent dans la tradition chrétienne, mais ces lettres apparaissent difficiles à comprendre comme le reconnaît la seconde épître de Pierre dans la première moitié du IIe siècle : « Il s’y rencontre des points obscurs, que les gens sans instruction et sans fermeté détournent de leur sens comme d’ailleurs les autres Ecritures pour leur propre perdition » (2 P 16)

Il faudra attendre Saint Augustin au IVe siècle pour s’intéresser à la théologie de Paul.

Pour la première, vers 140 Marcion rassemble ses épîtres et les publie dans une collection de dix épîtres de l’apôtre Paul.
Marcion est un personnage capital  du christianisme primitif et sans lui Paul n’aurait pas pris l’envergure qu’il a prise. Pourtant la mémoire de Marcion a été occultée : tous ses écrits ont disparu, perdus ou détruits. Nous ne les connaissons qu’à travers ceux qui le combattirent comme Tertullien qui lui consacre un ouvrage en quatre volumes Contre Marcion pour le réfuter dont la plus ancienne édition date de 207-212.

« La tradition chrétienne sauva Paul…en le plaçant dans le canon avec le Paul dé-eschatologisé des Actes, le Paul bureaucratique des épîtres pastorales et le Paul philosophe des épîtres aux Ephésiens et aux Colossiens. » (Paula FREDDRIKSEN, De Jésus aux Christs. Les origines des représentations de Jésus dans le NT, 1992.

Contrairement à ce qu’on a cru jusqu’au début du XXe siècle que l’unité doctrinale de l’Eglise était première et que par la suite il y a eu dégénérescence Il apparaît que le premier christianisme est une constellation de courants théologiques et de formes institutionnelles. Ce n’est qu’au début du IIe siècle qu’on tente de réunifier l’ensemble à travers l’établissement du Canon et les premières condamnations

Paul est un vecteur brillant de l’un des courants qui deviendra majoritaire ( à côté du courant judéo-chrétien ; la mission de Pierre ; du courant johanique ; du courant autour de Matthieu et Luc) : héritier de la tradition hellénistes mais il n’est pas le premier,

Paul est devenu le saint patron de l’Eglise des générations ultérieures comme le montre l’importance de ses épîtres, authentique et apocryphes au sein du Nouveau Testament, ainsi que la place démesurée qu’il occupe dans les Actes des Apôtres. On lui attribuait au IIe siècle, un rôle décisif dans l’histoire de l’Eglise des origines.

En fait la place qu’il occupe dans le Nouveau Testament est surfaite. La moitié des épîtres qui lui sont attribué sont des faux tandis que la place privilégiée qu’il occupe dans les Actes répond à des motifs apologétiques beaucoup plus qu’à une réalité historique. Ainsi certains chrétiens de la fin du Ier siècle ont délibérément grossi le personnage afin d’orienter les églises de leur temps dans la direction qu’ils considéraient comme conforme à la pensée de leur grand homme.

 

Conclusion

D’un point de vue catholique Jésus est le fondateur du christianisme mais un fondateur qui n’aurait pas fondé de religion.
Pourtant le christianisme n’est pas fondé sur Jésus mais sur la croyance en Jésus-Christ. Or cette reconnaissance de Jésus comme Christ est postérieure à Jésus, elle remonte aux disciples, à Paul qui l’annonce dans ce qu’il appelle son évangile.
Un évangile de Paul qui ignore le Jésus historique, le Jésus de chair (seules quatre paroles du Seigneur sont évoquées par Paul dans l’ensemble de ses épîtres !) mais un évangile qui met en pleine lumière le Jésus ressuscité, le Jésus envoyé des cieux, el Jésus surnaturel.

Le christianisme n’a pas de fondateur. C’est après coup que l’on a inventé l’inventeur

Le christianisme va se constituer de rupture en rupture : entre les Hellénistes et les Hébreux, entre Jacques et Paul entre les judéo-chrétiens fidèles à Israël et les pagano-chrétiens pour qui Israël n’est qu’une allégorie..

Si on refuse à Paul le titre de fondateur de la religion chrétienne on ne peut l’accorder ne à Pierre, ni aucun des Douze ni même à Jacques. Jésus non plus ne peut prétendre à ce titre. Jésus prêche le Royaume de Dieu aux Jufs et à eux seuls (Mc 7, 24-30) il ne crée pas de son vivant d’institutions nouvelles à l’exception des Douze et s’il parle de son église (Mt 16, 18) c’est au futur. Le Maître agit en réformateur du judaïsme non en fondateur d’une religion indépendante. D’ailleurs son ministère fut tragiquement abrégé pour lui permettre d’organiser efficacement une communauté religieuse. Par conséquent le christianisme n’a pas de fondateur. La religion qui a fait du Christ le centre de sa foi est une création collective dont l’origine est beaucoup plus difficile à saisir que si elle était le résultat de l’action d’un individu.

La religion chrétienne ne s’est vraiment constituée qu’au moment où la secte juive qui voyait en Jésus le Messie a été expulsée du judaïsme par les réformateurs pharisiens qui avaient pris en main la destinée religieuse d’Israël après la ruine du Temple de Jérusalem en 70. Cette expulsion s’est opérée progressivement à un rythme variable suivant les régions et selon des modalité mal connu mais on peut dire que commencée vers 75 elle était achevée avant la fin du Ier siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1] – Etienne TROCME, « Paul fondateur du christianisme ? », Aux origines du christianisme, 2000, p.392

[2] – Maurice SACHOT Quand le christianisme a changé le monde, 2007, p. 187

[3] – François BROSSIER, « Paul et les Actes », Aux origines du christianisme, 2000, p. 338.

[4] – On nomme apostolat — du latin apostolatus, XVe siècle, du grec apostellô, envoyer — le ministère d’un apôtre et, par extension, la propagation de la foi, d’où la prédication