Une pêche qui ne donne pas la pêche

Chaque matin des centaines de travailleurs affluent vers le port de Boulbinet. Parmi eux des pêcheurs, des vendeuses de poissons, des fumeuses de poissons etc.

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Dans cet environnement peu salubre vivent parfois des familles entières dépendantes de la pêche et de la vente du poisson.

2Nous rencontrons donc Ibrahima Sory Bangoura, 32 ans, pêcheur artisan, pour nous parler de sa vie de pêcheur guinéen :

Depuis combien de temps pêchez-vous ?

– Depuis l’âge de 13 ans. Mon père était pêcheur et je venais souvent l’aider après mes cours. Mais lorsque j’ai raté mon examen d’entrée en 7ème année (6ème), il m’a directement fait sortir de l’école pour venir le rejoindre au port.

Dure vérité, pourtant de nombreux jeunes en Guinée arrêtent leurs études pour poursuivre les travaux qu’exercent leurs parents. On constate ainsi que chaque année, plus de 40% des élèves et étudiants ayant un échec scolaire arrêtent leurs études.

Comment s’organise une journée de pêche normale ?

– Le matin, je me lève à 5h du matin chez moi à Sonfonia (à une vingtaine de kilomètres de Boulbinet) et je prends mon taxi, pour arriver au port vers 7h. Après avoir préparé les filets et les casiers avec mes collègues (nous sommes 15 par pirogue), on loue un moteur à 40 mille GNF la journée, et on embarque le tout. Le soir, on finit notre pêche à 18h et on revient sur la berge. Ensuite on doit trier les poissons et les revendre par lots aux marchandes. Après le partage, je peux gagner entre 50 000GNF (5euros) et 150 000FG (15euros) selon la fructuosité de la pêche. Je n’arrive chez moi que vers 22h ou 23h, parfois avec même pas suffisamment d’argent pour reprendre le lendemain.

Avez-vous une femme et des enfants ? Si oui, est-ce que ce que vos revenus suffisent à les nourrir ?

– J’ai une femme et 3 enfants. Mais ce que j’obtiens à la pêche ne suffit pas toujours pour les dépenses alors ma femme m’aide en vendant des légumes au marché. Et parfois, quand je sais qu’il n’y a pas assez d’argent pour nourrir les enfants, je leur apporte du poisson et ils font avec. On n’a pas le choix. 

Recevez-vous parfois des aides d’ONG ou du gouvernement ?

– Non. Le gouvernement est bien conscient de notre cas. On a souvent demandé des aides financières pour des moteurs, des congélateurs pour les poissons, ou des filets mais ils n’ont jamais fait quoi que ce soit pour nous aider.

Ibrahima Sory vit, hélas, comme la majeure partie des pêcheurs à Boulbinet. Vivant au jour le jour, il n’a d’autres soucis que de nourrir sa famille. Travailleur à temps plein du lundi au dimanche pour un salaire minable, il n’a aucun temps pour des loisirs.

 

Par Abdoulaye Diallo, Thierno Bah, et Abraham Keita.

 

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