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jan 25

TPE 2011

DE PAULINE LEDUC, AUDREY DELORME ET MARLENE GENISSEL

LA LIBERTÉ DE CHOISIR SON ORIENTATION APRES LE BAC

De gauche à droite : Pauline, Marlène et Audrey

jan 24
En 2008 Xavier Darcos propose à l’assemblée nationale une réforme du lycée. Il souhaite instaurer un lycée « à la carte » qui permettrait aux jeunes lycéens de faciliter leurs choix d’orientation au lycée  et surtout les préparer aux études supérieures. En effet, seulement 45% des étudiants parviennent à conclure leurs trois années de licence à l’université sans redoubler. Ces échecs peuvent être expliqués soit parce que ces étudiants ne savent pas ce qu’ils veulent faire, soit parce qu’ils n’ont pas été prix ailleurs. Dans ces deux cas, c’est un choix fait par défaut alors qu’ils ont obtenus le bac.  Tout ceci nous amène à traiter du sujet du choix d’orientation après le baccalauréat.

Le baccalauréat, communément appelé Bac est un diplôme qui clôt la fin des études au lycée en France. C’est le plus vieil examen français, il a été créé en 1808 par Napoléon. Il existe trois types de Bac : le Bac général et le Bac technologique en 1968 et le Bac professionnel apparu en 1985.
Le Bac est non-seulement un passeport pour l’université mais c’est aussi pour certains un rite de passage important vers l’âge adulte. Les partisans du bac expliquent également qu’il s’agit du système le plus égalitaire.

Diplôme officiel du baccalauréat

A titre indicatif, le taux de réussite au bac 2010 a été de 85,4 % pour l’ensemble des filières générale, technologique et professionnelle.

Taux de réussite au bac de 1987 à 2010 en fonction des séries

Le taux de réussite au bac augmente chaque année mais le choix d’orientation par la suite n’est pas forcément assuré. Nous nous posons alors la question :

« SOMMES-NOUS LIBRES DE CHOISIR NOTRE ORIENTATION APRÈS LE BAC ? »

Afin de répondre à cette question, nous étudierons l’évolution du système scolaire depuis un siècle. Nous démontrerons ainsi qu’il est plus facile aujourd’hui de faire des études supérieures et a priori de choisir son orientation. Néanmoins les contraintes limitant notre liberté de choisir notre orientation post bac demeurent.

jan 23

I – Aujourd’hui il y a de plus grosses possibilités d’avoir accès aux études supérieures et de choisir son orientation post bac.


A – Depuis le début du XXe siècle, l’enseignement a connu des changements qui permettent aujourd’hui une plus grande possibilité de choix à tous les lycéens …

1- L’avenir des jeunes était déjà tout tracé et restreint selon le milieu social au début du 20e siècle…

2- …Mais il est devenu plus accessible pour tous avec la massification …

3- …Qui a engendré la baisse des inégalités.

B – …Ce changement s’explique à la fois par des raisons économiques, politiques et sociales.

1- De nouveaux objectifs menés par les politiciens améliorent la réussite au baccalauréat ainsi que l’accès aux études supérieures…

2- L’ascension sociale due au progrès technique a permis la hausse de l’ambition des français.

II – Mais il existe encore des contraintes importantes qui peuvent limiter la liberté de choisir son orientation post bac.
A – Des inégalités de choix d’orientation post-bac constatées à plusieurs niveaux…

1- Des choix d’orientation post-bac inégaux, à la fois selon le sexe mais aussi selon l’origine sociale…

2- …Qui sont dans la lignée de choix et des résultats scolaires obtenus avant le bac.

B – …Qui s’expliquent principalement par l’origine sociale.

1- Ces inégalités s’expliquent par la socialisation sexuée…

2- … Mais aussi par le revenu des parents…

3- … Ainsi que  par le capital culturel…

4- … Pour finir par l’inégalité due aux milieux sociaux.

jan 22

Aujourd’hui il y a de plus grosses possibilités d’avoir accès aux études supérieures et de choisir son orientation post bac.

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A/ Depuis le début du XXe siècle, l’enseignement a connu des changements qui permettent aujourd’hui une plus grande possibilité de choix …


jan 21
A la fin du XIXème siècle, l’accès à l’école est très difficile pour la majeure partie de la population. Le gouvernement n’imposant pas l’obligation d’éducation, la plupart des familles, en particulier de campagne, n’ont jamais entendu parler de l’école. Les enfants du peuple participent à la production agricole, artisanale ou industrielle. Tout comme les petites filles qui étaient formées dès leur plus jeune âge à la couture, au lavage et tout autres travaux ménagers…
Mr Lebreton, ancien professeur du lycée Napoléon, passionné du passé de l’école nous témoigne de son expérience.

« Très peu d’élèves passaient le bac car c’était réservé aux élites. La population des environs étant pour la grande majorité agriculteurs, les enfants aidaient leurs parents sur l’exploitation et il était déjà difficile pour eux d’accéder à l’école primaire, donc presque impossible de passer au lycée. Après la seconde guerre mondiale, cela s’est démocratisé. »

M. LEBRETON, ancien professeur

L’école existait certes. Les garçons y accédant étaient la plupart du temps issus de la classe dominante. Un père médecin, scientifique, banquier…

Photo de classe dans les années 1850

En 1850, l’enseignement primaire se développe grâce à la loi Falloux: le principe étant d’instaurer une école de garçons dans toutes les communes de France. Les filles elles, avaient accès à l’enseignement primaire seulement si la commune avait les moyens de financer l’instauration d’une école.(Nous ne parlons que de l’enseignement primaire cela va de soi! L’enseignement secondaire est bien plus difficile d’accès et ne se démocratisera seulement qu’après la seconde guerre mondiale!). En ce qui concerne ce dernier, il est d’un traitement annuel de 600 francs. Le lycée des jeunes filles se crée en 1867. Mais encore une fois, seules les plus fortunées y accèdent.

C’est en 1880 que l’éducation connait un grand changement avec les lois de Jules Ferry. Elles se basent sur le fait que l’enseignement doit être obligatoire, laïque et gratuit. Tous les enfants de 6 à 13 ans doivent désormais aller à l’école et se munir d’un certificat d’études s’ils veulent la quitter après leur 13 ans. On parle d’ascenseur social, ce système permettant les enfants d’ouvriers et d’agriculteurs d’avoir accès à l’éducation scolaire. Malheureusement, ces lois ne concernent que l’enseignement primaire. Les lycées ne sont pas disponibles dans toutes les communes de France. Par exemple, il n’y avait pas de lycée à l’Aigle, les bacheliers étaient obligés d’aller jusqu’à Alençon au lycée Alain. Ce qui limitait l’accès au bac car il était difficile de se déplacer à l’époque.

Carte de l'Orne. Alençon est à 65 km de l'Aigle.

L’enseignement secondaire n’est alors réservé qu’aux élites, les personnes habitant en ville. En effet, d’après une étude de l’INSEE, en 1929 environ 40 % des bacheliers étaient enfants de cadres contre 2 % pour les enfants d’ouvriers qui sont pourtant plus nombreux. En 1960, 89 % des enfants de cadres supérieurs vont en 6ème de lycée alors que seulement 42 % des enfants d’ouvriers y rentrent. De plus, les études sont chères et les bourses rares. Elles sont réservées aux familles ayant des revenus importants. Seul 2 % des hommes avaient la probabilité d’être diplômé d’une grande école contre 0,1% des femmes. Cela durera jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, où la probabilité d’obtenir un diplôme passe de 2,3 % à 3,2 % pour les hommes et 0,2 % à 0,4 % pour les femmes.

Pour avoir plus de précisions sur le fait qu’il y ait plus d’accès au bac, nous avons décidés d’interviewer un ancien professeur du lycée, M. Lebreton, qui a passé son bac au Lycée Napoléon.
Mr Lebreton
  • Avant, il existait deux sortes de collèges. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Jusqu’à l’ouverture du lycée en 1969 (avec les locaux), il y avait effectivement deux types de collèges : le CEG (collège d’enseignement général) qui commençait dès la 6e après le cours complémentaire. Il était destiné aux élèves voulant faire des études courtes qui étaient la plupart du temps issus de famille dont le chef de famille était ouvrier. Au CEG, il n’y avait pas de seconde langue ni de latin, mais on y enseignait la physique.



Puis il y avait le CES (collège d’enseignement secondaire) qui était plutôt destiné aux élèves voulant faire des études longues, en général issus de milieu plus favorisé (enfant de cadres ou enseignants). On y enseignait le latin et une seconde langue. Avant d’entrer dans ce collège, les élèves passaient un examen d’entrée alors que tout le monde pouvait aller au CEG.

  • Y a-t-il eu des conséquences vis-vis de cela par rapport à l’orientation des élèves venant du CEG ?

Dans n’importe quelle organisation, à n’importe quel moment, on prendra toujours les meilleurs ! La plupart des élèves issus du CEG (nous le rappelons, sont en général fils d’ouvriers) travaillaient dès la fin de la classe de troisième, même si ceux-ci n’étaient pas informés sur les métiers qui étaient proposés. On ne peut donc pas dire qu’ils aient réellement fait un choix d’orientation. Autrefois, il n’y avait pas de centre de documentations et d’informations (CDI), ni de conseiller d’orientation pour informer les élèves sur l’orientation.

  • Au niveau local, c’est à dire au lycée Napoléon, qui passait le bac ?

Très peu de gens passaient le bac avant. En général les bacheliers étaient plutôt des élèves de familles aisées, il y avait très peu de fils d’ouvrier. Grâce aux bourses, il y avait notamment pas mal de fils d’agriculteurs. En effet, pour certaines familles cela venait d’une contrainte financière car même si l’école était gratuite, il fallait payer la cantine, l’internat (car pas de transport scolaire). De plus, il était impossible pour certains parents de voir son enfant quitter la maison aussi tôt pour aller au collège. Puis, avant 1961 (création du lycée Napoléon sans les locaux d’aujourd’hui), il n’y avait pas de classe de Terminale donc les élèves devaient aller jusqu’à Alençon pour passer leur baccalauréat : cela en a freiné certains.

  • Justement, pouvez-vous nous parler de l’histoire du lycée Napoléon et nous dire ce que ces changements ont apportés sur la scolarité des élèves?

Oui. En 1958, il n’y avait qu’une seule classe au lycée. On peut l’expliquer par le fait qu’il y avait vraiment très peu d’élèves au lycée. Puis en 1959, il y avait trois classes car de plus en plus de lycéens inscrits. Il y avait donc la 6ème, la 5ème et la seconde. Le CES et le lycée étaient réunis dans les même locaux. Pour la 4ème et la 3ème, les élèves allaient dans l’autre collège, le CEG, puis passaient leur première et leur terminale à Alençon, au lycée Alain à l’époque annexe du lycée Napoléon. Dès 1960, chaque année, une classe manquante se créait car de plus en plus d’élèves s’inscrivaient.

Jusqu’en 1965, il y avait deux bacs à passer: en première et en terminale. Le bac de première n’était pas un bac d’épreuves anticipées comme aujourd’hui mais un examen avec toutes les matières! Certains arrêtaient après avoir “échoué” en première, et ne faisaient donc pas d’études post-bac.

La plupart des enfants d’ouvriers s’arrêtaient en effet à la 3ème et partaient travailler. C’était beaucoup plus facile à l’époque étant donné qu’il n’y avait pas de chômage. Il n’était pas nécessaire de faire des études. Cela explique le fait que l’école était obligatoire jusqu’à 14 ans et non 16 comme aujourd’hui.

  • Quels changements ont été apportés par la création du Lycée Napoléon en 1969 comme nous le connaissons aujourd’hui ?

La création du Lycée Napoléon a permis de regrouper le lycée général et le lycée technique. Il a permis à plus d’élèves de faire leurs études et ainsi à passer le baccalauréat au lycée Napoléon et non plus à Alençon. De plus, le lycée devient à part entière, il n’est plus une annexe du lycée Alain d’Alençon.

jan 20
Aujourd’hui, le baccalauréat est plus accessible. On peut en effet voir dans le document ici présent que de plus en plus de personnes ont le bac et que chaque bac est de plus en plus fréquenté. Même si au début il n’y avait que le bac général (que pour les enfants de cadres).

Évolution du taux d'accès au niveau du lycée selon les filières générales

Source: INSEE
Les fils d’ouvriers bacheliers sont passés de 2% à 50%  en une cinquantaine d’années, et l’ensemble des générations bacheliers tend à monter. Les enfants de cadres sont toujours plus nombreux à être bacheliers que les autres PCS. Mais la différence est de moins en moins flagrante.
source: INSEE

En 1968 une réforme instaure le bac technologique et met en place des filières plus spécialisées pour les bacs généraux. Cela facilitait ainsi la réussite au baccalauréat en introduisant des coefficients forts dans des matières différentes. Ainsi un élève ayant des facilités dans une certaine matière allait dans la filière proposant le coefficient le plus fort pour celle-ci : il était donc plus facile d’obtenir l’examen.

En 1985 le bac professionnel est créé suivi en 1993 du bac général tel qu’on le connait aujourd’hui.

La création de ces baccalauréats permet l’accès au lycée à plus d’enfants y compris les fils d’ouvriers et ceux qui ont des difficultés.

Pour en savoir un peu plus, nous avons interrogé un professeur du lycée Napoléon ayant passé son bac dans sa ville natale (près de Toulouse) en 1968 , année « révolutionnaire » pour l’enseignement.

De gauche à droite : Audrey, Mr Seube, Marlène, Pauline

  • En 68, on a instauré de nouveaux bacs/filières. Qu’en avez-vous pensé ?

J’étais au lycée pendant Mai 68 donc je n’ai pas connu ce qu’a donné la réforme mais il est évident qu’aujourd’hui on peut choisir notre orientation plus facilement: nous avons plus d’information à propos de notre orientation que lorsque j’ai passé le bac.

  • Que pensez-vous de la liberté de choisir  son orientation ?
Aujourd’hui, vous êtes plus libres et mieux renseignés. Avant il y avait très peu d’information, pas de conseillers d’orientation : il fallait se déplacer pour être informé. C’était le plus embêtant de ne pas pouvoir être informé sur la vie extérieure (hors du lycée).  De plus, nos notes étaient « plus difficiles »: nous n’avions qu’une note par trimestre, il n’y avait aucun moyen de se rattraper.
  • Avez-vous vous-même choisi cette orientation ?

Oui, j’ai choisi de devenir professeur.

  • Le lycée Napoléon existait-il?

Oui mais pas dans les locaux actuels. Il a ouvert en 1961.

  • Ou avez-vous passé votre baccalauréat ?
A Toulouse, j’allais au lycée en train (Donc milieu rural). J’ai passé mon bac en 68 donc je n’ai passé que l’oral. Il y a eu une forte hausse des notes cette année là. Il n’y a eu presque que des reçus.
  • Quels ont été les changement après 1968?
Il y a eu beaucoup de changements! Les lycées sont tous devenus mixtes, il y avait une tenue à avoir, changement radical. Avant il n’y avait pas de commission d’appel, lors des conseils de classe ni de contestations. Il y avait très peu de collés. De plus, il n’y avait pas Internet et tous les loisirs que vous avez maintenant donc notre seule occupation était nos études. C’était notre priorité.
  • Quelles étaient les contraintes les plus importantes qui pouvaient empêcher la poursuite des études ?
Il y a des contraintes qui sont universelles (comme l’argent) mais il était plus simple d’avoir un logement étudiant car il y avait moins d’élèves que maintenant et le nombre de logements est resté le même entre avant et maintenant. Aujourd’hui il y a plus de garçons dans les anciennes écoles ( anciens lycées de garçons) et il y a plus de filles dans les anciennes écoles  (anciens lycées de filles). Je ne vois pas d’autres grosses contraintes malgré peut être la distance pour certains.
  • Pouvez-vous nous parler des universités en 1969 (juste après la réforme) ?
Les universités étaient totalement surpeuplées ! Il n’y avait vraiment plus de places dans les amphithéâtres. Certains étudiants étaient même par terre.

Amphithéâtre rempli d'étudiants

Beaucoup d’entre eux ont arrêté l’université au bout de 3 mois. D’après moi la principale cause de ce départ c’est la facilité de l’épreuve au bac en 68 qui a défavorisé des élèves dans les études supérieures. Mais ils n’avaient pas de mal pour retrouver un travail juste après ou même changer d’orientation. C’était facile de changer d’orientation. Aujourd’hui, les épreuves sont différentes. Il y a une hausse des reçus dans toutes les orientations même si ce n’est pas l’orientation choisi.

En seulement cinquante ans, le taux de personnes faisant des études supérieures a fortement augmenté entre les générations nées au début des années 1930 et celles nées au milieu des années 1970.

Cette propagation est à l’origine d’une diffusion des études secondaires, mais a aussi entrainé pour certaines générations un penchant à continuer des études après le baccalauréat.



Ce sont les générations nées entre 1930 et la fin des années 1940 qui connaissent la première phase du développement supérieur. Ils font en effet des études plus longues que les générations précédentes. Durant ce temps, la part de diplômés du supérieur a doublé, mais reste inférieur à 20%. L’enseignement secondaire continue de se propager. Au final, la part de diplômés du supérieur triple et passe de 6,5% à 18,4% entre les générations 1930 et 1950.

Le taux de personnes diplômées de l’enseignement supérieur continue d’augmenter pour les générations nées entre la fin des années 1940 et le début des années 1960. Il passe en moyenne de 18% à 21%. Les études de lettres ont moins de succès mais  le nombre d’étudiants en économie et en droit augmente.

Une forte croissance du supérieur est ressentie pour les étudiants nés entre 1960 et 1977. Tout ceci sont les résultats d’une volonté politique. Un bac technologique est en effet créé en 1968 ainsi qu’un bac professionnel en 1985, afin de répondre à la demande du gouvernement, dans le contexte de la démocratisation scolaire dont l’objectif était de 80% d’une classe d’âge de réussite au baccalauréat. Après la réforme de 1968 le gouvernement met plus de moyens dans la scolarité. Le taux de bacheliers a augmenté de 30 points. Dans les universités, les effectifs continuent d’augmenter encore plus fortement. On passe ainsi de 200 000 à 300 000 étudiants entre 1950 et 1960 à 850 000 en 1970. En quinze ans environ, la part d’une génération qui obtient un diplôme supérieur double et l’âge moyen de fin d’étude passe de 15 ans en 1968 à 22 ans en 2006.

Cette ouverture signe un changement de statut des études supérieures. D’abord réservées aux élites pour la génération du début des années 1930, seuls 8% des hommes et 5% des femmes en font. Les générations nées au milieu des années 1970 faisant des études supérieures accueillent 39% des hommes et 47% des femmes. A l’issue de cette phase, c’est 43% d’une classe d’âge qui cherche du travail avec en poche un diplôme du supérieur.

Cette massification de l’enseignement supérieur est partagée par tous les milieux sociaux. En effet la part des diplômés du supérieur est passée de 38% à 77% pour les enfants de cadres et de 2% à 25% pour les enfants d’ouvriers. Cela concerne aussi les enfants d’agriculteurs: alors que leurs chances d’achever leurs études avec un diplôme du supérieur étaient égales à celles des enfants d’ouvriers pour les générations nées en 1930, elles sont de 50% ( et donc deux fois supérieures à celles des ouvriers) pour les générations nées entre 1975 et 1977.

En 1975 la réforme HABY instaure le collège unique et supprime ses filières. Les courbes d’accès au bac et à l’enseignement supérieurs avaient déjà commencé à grimper avant car les familles poussaient les enfants à obtenir des diplômes dans un but d’ascension sociale.

Mais massification ne signifie pas démocratisation. Aujourd’hui, les étudiants dont les parents sont cadres supérieurs sont toujours plus nombreux, notamment dans les filières longues et dans les classes préparatoires aux grandes écoles alors que les étudiants d’ouvriers rejoignent d’avantage les filières courtes.

jan 18

En conséquence de la massification, de nombreux jeunes ont su prendre en main leur avenir, saisissant cette opportunité que leurs parents n’avaient pas. On voit ainsi un agrandissement des perspectives d’avenir pour les enfants des classes sociales les moins avantagées, et en particulier les ouvriers.

Jerôme Kerviel est l’un des plus grand trader français. Avant d’être arrété pour fraude fiscale ayant entrainé une atteinte à l’économie, il a travaillé pour la Société Générale où il tenait une très bonne place de cadre supérieur.
Cet homme est issus de Pont-Labbé, un village de Bretagne, sa mère était coiffeuse et son père artisan forgeron.  Il poursuit ses études au collège/lycée Laënnec et obtient en 1995 son baccalauréat ES.  Après son baccalauréat, il suit un DEUG en sciences économiques au Pôle Pierre-Jakez Helias de Quimper. Il passe ensuite une licence à l’IUP banque et finances de l’ université de Nantes avant d’acquérir en 1999 un DESS « back et middle office » à l’université de Lyon en alternance; pour cela il est étudiant quatre mois à l’université et apprenti huit mois en entreprise (dont six chez BNP Arbitrage). Il obtient son master en finance de marché avec la mention « assez-bien » en septembre 2000.

Jérôme Kerviel

François Bayrou est un homme politique français. Élu député des Pyrénées Atlantiques en 1986 et réélu à plusieurs reprises depuis, il est ministre de l’Education nationale des gouvernements Edouard Balladur et Allain Juppé, de 1993 à 1997. Il réunit 18,57 % des suffrages au premier tour de l’ éléction présidentielle de 2007, et lance peu après un nouveau parti qui se veut au centre de l’échiquier politique : le mouvement démocrate (MoDem), successeur de l’UDF, dont il était le président. Il obtient son bac en 1968 et poursuit ses études à hypokhâgne.
Son père était agriculteur et sa mère aidait à l’exploitation. Son ambition et sa volonté ont fait que cet homme a réussi à monter dans l’échelle sociale.

François Bayrou


Une ancienne étudiante témoigne de sa réussite scolaire malgré qu’elle soit fille d’ouvrier.

« Je suis une ancienne élève d’une petite classe préparatoire HEC de province et, accessoirement, fille d’ouvrier. Je suis la première de la famille à faire des études supérieures.

En classe de Terminale ES,  j’ai dû choisir une orientation post-bac. Grâce à mon bon niveau scolaire et mon envie de faire des études et d’approfondir ma culture générale, mon proviseur de lycée m’a vivement poussée à entamer une classe préparatoire HEC. Moi qui étais partie pour un DEUG de Sciences Economiques dans ma ville natale, j’ai eu cette opportunité et cette prise de conscience que, moi aussi, je pouvais intégrer cet inaccessible parcours. Les premières réactions de mes professeurs de Terminale ont été très négatives par rapport à ce parcours. J’entends encore les phrases du type : « C’est du travail 22h/24 même le dimanche », « plus de vacances pendant 2 ans minimum pour à la fin réintégrer la fac », « tu vas te bousiller la santé et le moral »… Bref, tous les préjugés que certains peuvent avoir sur les prépas et qui, dans certains cas, peuvent se révéler à peu près exacts. Mais j’ai quand même été dans cette classe préparatoire. Le principal problème ça n’a pas été la motivation mais l’argent. J’ai réussi à avoir beaucoup d’aides grâce à mon niveau scolaire. Aujourd’hui je suis cadre supérieur. C’est une grande fierté pour moi d’avoir réussi ce que j’ai toujours voulu faire ! »

jan 17

B – …Qui s’expliquent à la fois par des phénomènes politiques et sociaux.

jan 16

Pourquoi aujourd’hui il y a-t-il de plus grosses possibilités d’avoir accès aux études supérieures et de choisir son orientation après le bac ?

L’accès aux études supérieures est de plus en plus évoqué par les politiciens qui s’investissent de façon plus pertinente dans leurs mouvements politiques notamment grâce à la hausse des prélèvements obligatoires. En effet, la volonté politique de démocratiser l’enseignement supérieur explique une forte massification.
Cela a entrainé la hausse du budget de l’éducation nationale, le développement de chambres universitaires (et donc plus de places et plus d’accès à l’université) et l’augmentation des bourses d’études. Ce qui permet aux élèves ayant un niveau moyen de pouvoir avoir accès aux études supérieures et atteindre un niveau plus important.

En 1985, Jean-Pierre Chevènement lance le slogan “ 80% d’une génération au bac” suite à la loi Haby de 1975. Après de nombreuses discussions politiques, le projet est lancé en 1989 par Lionel Jospin dans sa loi d’orientation pour l’éducation. Cette politique de renouveau a suscité de nombreux espoirs dans les catégories sociales les moins favorisées. En effets, les familles populaires prennent ce slogan au pied de la lettre, il est interprété comme un droit pour poursuivre ses études dans la voie général. Pour elles, c’est une chance donnée à leurs enfants pour qu’ils soient traités sur un pied d’égalité. Or, ce pari est audacieux car une réforme ne peut effacer toutes les inégalités sociales à l’école.

Source: Assemblée Nationale

C’est une promotion du système scolaire. En effet, l’enseignement général n’est désormais plus uniquement ouvert à une seule partie de la population. La démocratisation de l’école a donc permis que plus d’élèves puissent entrer dans le système.



On constate une plus grande ouverture des grandes écoles pour toutes les catégories sociales. De plus, l’école Sciences politiques de Paris accorde depuis peu des subventions pour les élèves de ZEP (Zone d’ Éducation Prioritaire) en passant simplement un oral. Sur le graphique ci-dessous, on peut d’ailleurs voir que le nombre de boursier de cette école est multiplié par quatre de 1994 à 2007, passant de 274 à 973.

Source: Blog officiel de l’école Sciences Politiques de Paris

Le Sénat propose aussi de donner la priorité aux bacheliers technologiques et professionnels dans l’accès aux études supérieures courtes. Il ne suffit pas d’informer les élèves sur les possibilités d’insertion après leur bac il faut aussi leur permettre de s’inscrire dans les filières qui correspondent parfaitement à leur profil lorsqu’ils le souhaitent.

Les tableaux ci-dessous montrent d’ailleurs que le choix numéro un des élèves bacheliers issus de la filière technologique et de la filière professionnelle, sont le plus souvent réalistes par rapport à la filière

Source: ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche

D’après la proposition n°16 de la Commission des affaires Culturelles du Sénat,il est primordial de « donner la priorité aux bacheliers technologiques et professionnels dans l’accès aux études supérieures courtes (STS et IUT). » Pour ce faire, deux solutions sont envisagées :

- la reconnaissance d’un droit d’inscription prioritaire en STS et dans certaines filières des IUT aux bacheliers professionnels et technologiques qui en font la demande ;

- le développement des dispositifs financiers incitatifs indexant une partie des dotations de ces filières sur la proportion de bacheliers technologiques et professionnels qu’elles accueillent. Le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche a mis en place un tel système pour développer l’accueil des bacheliers technologiques en IUT. Il pourrait être renforcé et étendu aux STS.

jan 14

L’accès aux études post-bac peut être expliqué par certains phénomènes sociaux. Tout d’abord, comme le montre les taux de scolarisation au niveau des études supérieures, de plus en plus d’élèves, quelque soit leur classe sociale, atteignent l’enseignement supérieur.

On peut expliquer  cette progression par l’ascension sociale. Depuis 1975, on constate le changement du statut social des individus ou des groupes sociaux et donc des différences entre le statut social des parents et celui de leurs enfants. D’après le graphique ci-dessous, le taux d’ouvriers a baissé d’un millions de personnes depuis 1975 et le taux de cadres et professions intellectuelles supérieures a augmenté de deux millions de personnes.

Le progrès technique représente l’amélioration des méthodes scientifiques, mais aussi de l’organisation de la production, dû à l’amélioration des connaissances humaines concernant la production. Cela entraîne l’amélioration de la production. De plus, c’est le principal facteur de l’augmentation du PIB par habitant et du niveau de vie.

Suite au progrès technique, la qualification des emplois a changé. D’un côté il y a une hausse des qualifications face à l’arrivée de nouvelles machines. Les salariés doivent avoir de nouvelles compétences à la fois pour les construire mais aussi les entretenir et les réparer. Ce qui a donc entraîné une hausse de la demande de qualification et donc une hausse des étudiants plus diplômés.

Cette amélioration de la production entraîne la diminution des coûts de production et la création de nouveaux marchés, générateurs de nouveaux emplois,  provoquant une baisse des prix et une hausse du niveau de vie conduisant à une hausse de la consommation. Cette hausse due à l’augmentation pouvoir d’achat, modifie la structure de la consommation selon la loi d’Engel. La part de la consommation dans l’alimentation des français diminue au profit d’autres dépenses telles que l’éducation. Le tout entraîne une hausse de la production.

D’un autre côté, les emplois non qualifiés diminuent sans disparaître totalement. En effet, le progrès technique a aussi remplacé des emplois, anciennement exercés par des salariés.

Ici la deuxième partie.