Vous connaissez très certainement le JT des Bonnes Nouvelles de l’Ecole primaire d’Orthevielle. Pas encore ? Bon, ça tombe bien, j’ai pu m’entretenir avec Annie Girard, la maîtresse. Vous allez donc en savoir plus sur cette passionnante aventure !
Le JT des bonnes nouvelles est, comme son nom l’indique, un journal télévisé où il n’est question que de bonnes nouvelles ! Il est conçu, réalisé et présenté par la classe de CM1-CM2 de l’école primaire d’Orthevielle dans les Landes ! Une façon très intelligente et originale d’utiliser les nouvelles technologies. Annie Girard, la maîtresse, nous en dit plus !
LWP : Pouvez-vous nous décrire rapidement le concept du JT des Bonnes Nouvelles ?
Annie Girard, la maîtresse de la classe : Le concept ? Il s’agit de réaliser un journal télévisé qui ne présente que des bonnes nouvelles, en opposition avec les journaux télévisés nationaux. Ce JT est diffusé à la fois sur le site de l’école et en podcast sur Itunes et beaucoup d’autres serveurs de podcasts (cliquez ici pour vous y abonner avec iTunes)
LWP : Comment est né le projet ? Qu’est-ce qui vous a poussé dans cette direction ?
Annie Girard : Lors d’une étude des JT, les élèves ont fait le constat qu’ils n’avaient retenu que des catastrophes. Ils ont décidé de ne parler que de choses agréables, la vie est belle et il faut le dire. La génèse du projet est un peu longue. En premier lieu, il y a la volonté de créer un lien école/famille/élèves et village. Le projet devait permettre également d’éduquer le regard, de développer l’esprit critique face aux médias.
Au début, nous avons créé un journal papier qui servait de lien entre les villages du Regroupement pédagogique intercommunal. Ce journal était distribué dans les 600 boites aux lettres des villages. Tout ceci se faisait avec un seul ordinateur en fond de classe, un comité de rédaction mensuel, une édition mensuelle, puis bimestrielle pour cause de coût financier. Plus tard, une décision municipale nous a permis de poursuivre ce projet de communication, à la fois créateur de lien social et éducatif des futurs citoyens, en achetant une classe mobile : 10 ordinateurs portables. De nouvelles possibilités de diffusion gratuite sont apparues : création d’un site école, podcasting. L’élargissement de ce lien à d’autres écoles, d’autres pays fut une agréable surprise et un supplément de motivation.
LWP : Comment réagissent les élèves ?
Annie Girard : Ils sont enthousiastes. Ce projet leur donne la possibilité de “jouer” aux journalistes. Ils sont tour à tour : présentateur, preneur de son, cameraman, scénariste, rédacteur, technicien de plateau télé, spectateurs critiques. Ils prennent conscience de l’importance d’être sérieux, concentrés pour faire une prestation diffusable. Tout est d’abord écrit, lu et relu, tapé sur le prompteur, tourné, analysé et retourné. Le travail sur l’éducation de leur regard par rapport à l’image est considérable, ils deviennent plus critiques, mais aussi plus attentifs à leur propre image et à ce qu’ils représentent, leur village, leur école.
LWP : Cela a-t-il modifié vos rapports avec eux ?
Annie Girard : Oui, sans aucun doute. Ils deviennent initiateurs de nouveaux projets : Crayons X, Lascarts. C’est une porte de créativité qui s’est ouverte et ils s’y sont engouffrés avec détermination et enthousiasme. Cela a des retombées sur toutes les disciplines. Le climat de la classe est dynamique, volontaire. on construit ensemble. Pour moi, c’est enrichissant et motivant. Je suis emportée par la vague de leur imagination, il nous faut apprendre ensemble à la canaliser pour en tirer tous les profits pour leur parcours d’apprentissage scolaire.
LWP : Techniquement, pouvez-vous nous parler des outils que vous utilisez ?
Annie Girard : Nous utilisons d’abord les tables et les chaises de notre classe pour notre plateau télé. L’idée principale : faire avec ce que l’on a. Donc on utilise nos ordis : un pour le preneur de son : GarageBand et un micro usb Samson, un autre pour le prompteur : Videocue pro. Une caméra numérique dont le film est transféré sur iMovie, pour visualiser les images et les choisir. Une prise de son en secours sur un iPod avec micro Belkin. Cela fait donc trois prises de sons, mais l’expérience nous a montré que c’était parfois nécessaire. Il y a toujours un problème technique inattendu. Un clap de cinéma pour caler tous les sons et images. Ensuite, c’est notre monteur et webmestre Patrice qui termine notre travail sur iMovie et le met en ligne sur notre site.
LWP : C’est compliqué ?
Annie Girard : Au début de l’année, oui. Il faut apprendre à se servir du matériel, à être rigoureux dans l’organisation. Dès le troisième mois, il n’y a plus d’apparent que le tournage en fin de semaine : 1H. Toute la préparation : recherche d’informations, réécriture, frappe sur le prompteur, entrainement à la lecture, est faite en temps masqué : temps libre ou hors scolaire. Il n’est pas rare de voir les élèves rester en classe pendant les récréations, ou le soir après 16H30.
LWP : Y a-t-il des petites anecdotes drôles, surprenantes depuis le début de ce projet ?
Annie Girard : Questionnée par France 5, une élève leur a affirmé que finalement c’était plus facile qu’elle ne l’aurait cru.Pour le moment, un seul essai a été fait de filmer en déplacement. Pour le JT, la caméra est sur un pied. Les élèves devaient filmer les extérieurs de l’école pour en faire une présentation. Trente secondes plus tard, ils étaient de retour, c’était dans la boite. A la projection, tout le monde a ri, le cameraman avait fait tout ce qui avait été conseillé de ne pas faire.Un moment fort : l’interview des frères Bogdanov au salon Educatice. Nous les attendions à l’entrée du salon et un des élèves m’a demandé si ils arriveraient tout en blanc, comme dans la pub. Nous avons tous bien ri, c’était l’humoriste de la classe, il avait réussi son coup, détendre l’atmosphère car ils avaient le trac de rencontrer pour la première fois des personnes célèbres.
LWP : Que conseillerez-vous à des professeurs qui souhaiteraient se lancer dans ce type de projet ?
Annie Girard : Je leur conseillerai d’avoir confiance dans les potentialités de leurs élèves. Il y a déjà d’autres JT qui ont été créés, les enseignants qui s’y sont lancés à notre suite sont eux aussi devenus accros de ces moments partagés avec les élèves; Le Jt existe en classe de seconde-première d’espagnol, en classe de CM1 à St Médard en Jalles et bientôt en classe maternelle à la Réole. C’est passionnant de devenir personne-ressource, de partager son expérience avec d’autres enseignants. Nous allons nous-mêmes poursuivre le projet avec une classe de CP-CE1, l’an prochain.