J’ai rencontré hier Maryline Baumard, journaliste au Monde de l’Education. Maryline travaille à la rédaction d’un ouvrage sur les jeunes professeurs. Changeront-ils le monde de l’école ? Elle cherche des témoins, mais vous l’explique mieux que moi en vidéo :

Appel à témoins

Tags: ,


Ils sont nés après 1993 et ont donc grandi dans un univers où du plus loin qu’ils s’en souviennent Google a toujours existé. Francis Pisani mentionne dans son excellent blog une étude réalisée pour le compte de la British Library. Il en retient notamment quelques éléments rassurant du type “Autre mythe dégonflé: leur manque de respect pour l’autorité. Ils accordent en fait “plus d’importance à leurs professeurs, parents et livres de classes qu’à l’internet” quand ils font des recherches.” Le document est assez long, mais je vous incite à y jeter un coup d’oeil, les études sur le comportement d’une génération qui se construit intellectuellement avec d’autres outils méritent toujours le détour. Celle-ci tend à démontrer que les moteurs de recherche sont une véritable menace pour les bibliothèques sans pour autant constitué une panacée dans les capacités de recherche et d’analyses des ados…

Pour faire travailler vos neurones, lancez vous dans l’analyse du graphique ci-dessous :

©

Tags: , , ,


Ou “réflexions sur le caractère démocratique de la révolution en cours”.

Dans les sociétés de tradition orale, l’accès à la connaissance n’était sans doute pas un problème eu égard au petit nombre de personnes concernées. Accéder à la connaissance revenait sans doute à être en contact avec les dépositaires d’une mémoire orale.

Des débuts de l’écriture à l’invention de l’imprimerie, la problématique n’était guère plus complexe (il me semble). Ceux qui savaient lire et ceux qui savaient écrire étaient peu ou prou les mêmes.

L’invention de Gutemberg introduisit une disjonction entre le nombre des producteurs de savoir et ceux qui pouvaient en bénéficier. Brusquement s’est posé un problème de régulation. Qui disposerait de ce nouveau pouvoir : mettre à la disposition d’un grand nombre une information, un savoir. Je ne suis pas historien mais, il me semble que la question fut rapidement tranchée par la mise en place d’une censure royale. Le nouveau pouvoir resterait sous contrôle d’un seul.

Avec la Révolution et l’évolution des techniques de diffusion, le système de censure royale pris l’eau. L’invention de l’édition peut s’apparenter à la mise en place d’une censure de type aristocratique. Depuis d’Alembert, le pouvoir central délègue à un petit nombre le pouvoir de publier. Ce pouvoir s’accompagne d’une responsabilité, celle du directeur de publication, de l’éditeur dont les tribunaux se feront forts de sanctionner les manquements à sa co-responsabilité dans le maintien de l’ordre public (ou moral parfois). Ainsi l’édition est-elle le produit d’une nécessité politique de contrôle faisant face à une évolution technologique ayant rendu caduque le mode de régulation antérieur.

Les éditeurs de contenu quelque en soit le support (livre, magazine, journal, disque, émissions de radio) forment donc une aristocratie, fière de ses prérogatives, convaincue du bien fondé de sa mission : rendre accessible, publier ou diffuser, ce qui doit l’être au nom du bien commun. Mais ce mode de régulation n’est pas une nécessité morale, il est le produit d’un paradigme technologique où le contrôle central n’est plus possible mais où un contrôle reste nécessaire économiquement.

Dans le paradigme des supports de diffusion matériels, une nécessité économique fait loi. En deçà d’un certain seuil de vente, le talent n’existe guère. Un ouvrage à moins de 2 000 exemplaires de potentiel de vente sera rarement publié. La régulation aristocratique de la diffusion des contenus répond aussi à une nécessité économique, faire le tri en fonction du potentiel de couverture des frais de production. C’est cette dure loi qui fît sans doute que Proust se vit refuser son manuscrit mais que Claire Chazal vit le sien accepté.

Puis survint l’Internet. Disons il y a deux ou trois ans guère plus. Nouvelles technologies et donc remise en cause du paradigme de régulation aristocratique. Dans ce monde immatériel, une véritable nouveauté : la contrainte économique n’est plus. Nous avons tous du talent (youpi !!). Plus exactement le coût de diffusion marginal d’un contenu sur Internet est nul. Une fois l’adsl déployé, l’open source largement utilisé, il ne coûte plus rien de produire et diffuser, pour peu que l’on veuille bien faire don de son temps. Youtube pour la vidéo, Myspace pour la musique et leWebPédagogique pour la connaissance (;-)). La double contrainte politique et économique qui servait de soubassement à l’aristocratie des diffuseurs de contenu a disparu de ce monde virtuel.

Il en est fini dès lors des aristocrates. C’est autre mode de régulation qui prend place dont la nature me semble démocratique avec ce que cela emporte de puissance pour le meilleur et pour le pire. Puisque tout le monde peut diffuser la nouvelle question devient : “qui sera vu, lu ou entendu”. Quels seront les nouveaux faiseurs de roi ? Les aristocrates vous réponderont : “Nous car nous savons distinguer le bon grain de l’ivraie”. Ne leur parlez surtout pas de Claire et de Marcel, ils pourraient le prendre mal. Il me semble que la réalité est (ou sera) tout autre. Regardez qui est le plus vu sur Youtube, le plus téléchargé sur Myspace, le plus consulté sur leWebPédagogique… Non pas celui qu’un artistocrate aura désigné de son auguste doigt mais bien celui qui aura reçu le plus de votes, de recommandations, de liens entrants. La régulation du Web est d’essence démocratique en cela que c’est la conjonction d’actions d’un grand nombre qui est le nouveau pouvoir.

Dés lors les questions qui se posent à nous ne sont pas de savoir si une nouvelle aristocratie doit émerger mais bien de mettre en place des mécanismes régulateurs d’un espace démocratique. Où sont les nouveaux partis, qui les finance, qui les contrôle ? Je n’ai pas la solution … et vous ?

Tags: , , ,


Trouver le juste équilibre entre la présence des entreprises (et donc des marques) dans le monde scolaire et le respect des valeurs éducatives. Voilà la délicate quête de tout ceux qui comme nous cherche à créer des passerelles entre deux mondes qui parfois préfèrent s’ignorer. On me parlait récemment d’ Edcoms, une société britanique spécialisée dans ces interfaces Entreprises / Education. J’y ai trouvé une formulation de leur principes d’action qui semble intéressante et que je soumets à votre réflexion :

Educational Value and Content
1. Activities should be relevant and add educational value to teaching and learning.
2. Materials should not encourage unhealthy, unsafe or unlawful activities. (Visit www.ohn.gov.uk for further guidance)
3. The company should give a broad statement covering its purpose in providing the resource/activity.
4. The company should ensure that all information supplied is accurate and current; materials should be dated, especially where the information or resource is time-sensitive.
5. Expressions of opinion should be distinguished from statements of fact.
6. Explicit sales messages should be avoided where possible, but may be unavoidable in the context of collector schemes.
7. Any specialist resources required by schools to utilise or demonstrate the activity must be highlighted from the outset.
8. Materials should respect diversity of gender, race, disability and cultural issues and reflect contemporary UK society.
Branding
9. The level of branding should be appropriate to the activity.
Consultation and Testing
10. Activities should be developed in partnership with teachers, pupils, parents and educationalists and piloted where possible.
11. Research and testing should reflect variations in the education system in all parts of the UK.
Distribution of Material
12. Where possible, the company should seek permission before forwarding materials to the school.
13. The resource should be carefully labelled and should specify both source and target audience.
14. The company should not impose any restrictions on the school in return for the distribution of the materials/provision of resources e.g. data collection of pupils; restricted use of suppliers.



Les études le montraient déjà pour les Etats-Unis, c’est désormais le cas aussi en Europe, la jeune génération bascule rapidement et surement vers un monde où Internet est le média dominant. C’est en substance ce que l’on peut retenir de l’étude de l’EIAA réalisé par téléphone (ils n’ont pas oser la faire sur Internet seulement ;-)) dans plusieurs pays d’Europe

.Les jeunes passent plus de temps sur Internet que devant la télévision

Pour lire une synthèse de l’étude complète c’est ici.



Je me permets de vous présenter ici le portrait réalisé par Veilleur de nuit production pour le compte de France 5 dans le cadre de la remarquable série “Tête de profs”. Il s’agit du portrait d’Hugo Billard que vous connaissez sans doute pour avoir visité son non moins remarquable blog : le Jardin des retours.

Regardez ce portrait, vous y verrez l’usage simple du blog, outil de communication avec ses élèves mais aussi opportunité de leur faire découvrir un peu plus que le strict contenu du cours, de les ouvrir au monde. Bref d’être prof avec les outils d’aujourd’hui !



Je cherchais quelque chose de Platon sur la mémoire et le livre. Je tombe sur un remarquable article de Christian Vandendorpe publié en 2000 dans la revue Le Débat. Il y dresse une courte histoire des grandes révolutions des modes de transmissionsde la connaissance. L’oralité et le travail de mémoire, l’invention de l’écriture puis du livre et vous l’aurez compris, l’apparition de l’hypertexte, de l’indexation intégrale des corpus.

Extrait :

Dès le départ, il dut y avoir chez les Anciens, les sages de la Cité, la sensation d’avoir été dépossédés de quelque chose d’essentiel, qui était jusqu’alors l’apanage de la seule expérience. Grâce à l’écriture, de jeunes scribes pouvaient en effet accéder à un savoir complexe sans passer par les longs processus d’apprentissage et de mémorisation préalables. Bien loin d’asservir, l’écriture se révélait une technique de libération, étendant le pouvoir de l’individu bien au-delà des contingences de temps où le hasard l’avait jeté.

Ce sentiment de dépossession me semble au coeur de la réaction de bien des artistocrates de l’édition. Ne plus posséder seul le pouvoir de publier.



C’était la semaine passée au salon de l’Education. Philippe Meirieu m’a accordé un peu de son temps. Vous pouvez écouter l’ensemble de notre entretien sur le blog vidéo, mais pour ma part c’est la conclusion de l’échange que je retiendrais. Il ne sait pas tout, mais refuse d’ignorer et l’univers des ados et les opportunités des mondes virtuels.

Qu’en pensez vous ?