Nouvelles régulations de l’accès à la connaissance

5 01 2008

Ou “réflexions sur le caractère démocratique de la révolution en cours”.

Dans les sociétés de tradition orale, l’accès à la connaissance n’était sans doute pas un problème eu égard au petit nombre de personnes concernées. Accéder à la connaissance revenait sans doute à être en contact avec les dépositaires d’une mémoire orale.

Des débuts de l’écriture à l’invention de l’imprimerie, la problématique n’était guère plus complexe (il me semble). Ceux qui savaient lire et ceux qui savaient écrire étaient peu ou prou les mêmes.

L’invention de Gutemberg introduisit une disjonction entre le nombre des producteurs de savoir et ceux qui pouvaient en bénéficier. Brusquement s’est posé un problème de régulation. Qui disposerait de ce nouveau pouvoir : mettre à la disposition d’un grand nombre une information, un savoir. Je ne suis pas historien mais, il me semble que la question fut rapidement tranchée par la mise en place d’une censure royale. Le nouveau pouvoir resterait sous contrôle d’un seul.

Avec la Révolution et l’évolution des techniques de diffusion, le système de censure royale pris l’eau. L’invention de l’édition peut s’apparenter à la mise en place d’une censure de type aristocratique. Depuis d’Alembert, le pouvoir central délègue à un petit nombre le pouvoir de publier. Ce pouvoir s’accompagne d’une responsabilité, celle du directeur de publication, de l’éditeur dont les tribunaux se feront forts de sanctionner les manquements à sa co-responsabilité dans le maintien de l’ordre public (ou moral parfois). Ainsi l’édition est-elle le produit d’une nécessité politique de contrôle faisant face à une évolution technologique ayant rendu caduque le mode de régulation antérieur.

Les éditeurs de contenu quelque en soit le support (livre, magazine, journal, disque, émissions de radio) forment donc une aristocratie, fière de ses prérogatives, convaincue du bien fondé de sa mission : rendre accessible, publier ou diffuser, ce qui doit l’être au nom du bien commun. Mais ce mode de régulation n’est pas une nécessité morale, il est le produit d’un paradigme technologique où le contrôle central n’est plus possible mais où un contrôle reste nécessaire économiquement.

Dans le paradigme des supports de diffusion matériels, une nécessité économique fait loi. En deçà d’un certain seuil de vente, le talent n’existe guère. Un ouvrage à moins de 2 000 exemplaires de potentiel de vente sera rarement publié. La régulation aristocratique de la diffusion des contenus répond aussi à une nécessité économique, faire le tri en fonction du potentiel de couverture des frais de production. C’est cette dure loi qui fît sans doute que Proust se vit refuser son manuscrit mais que Claire Chazal vit le sien accepté.

Puis survint l’Internet. Disons il y a deux ou trois ans guère plus. Nouvelles technologies et donc remise en cause du paradigme de régulation aristocratique. Dans ce monde immatériel, une véritable nouveauté : la contrainte économique n’est plus. Nous avons tous du talent (youpi !!). Plus exactement le coût de diffusion marginal d’un contenu sur Internet est nul. Une fois l’adsl déployé, l’open source largement utilisé, il ne coûte plus rien de produire et diffuser, pour peu que l’on veuille bien faire don de son temps. Youtube pour la vidéo, Myspace pour la musique et leWebPédagogique pour la connaissance (;-)). La double contrainte politique et économique qui servait de soubassement à l’aristocratie des diffuseurs de contenu a disparu de ce monde virtuel.

Il en est fini dès lors des aristocrates. C’est autre mode de régulation qui prend place dont la nature me semble démocratique avec ce que cela emporte de puissance pour le meilleur et pour le pire. Puisque tout le monde peut diffuser la nouvelle question devient : “qui sera vu, lu ou entendu”. Quels seront les nouveaux faiseurs de roi ? Les aristocrates vous réponderont : “Nous car nous savons distinguer le bon grain de l’ivraie”. Ne leur parlez surtout pas de Claire et de Marcel, ils pourraient le prendre mal. Il me semble que la réalité est (ou sera) tout autre. Regardez qui est le plus vu sur Youtube, le plus téléchargé sur Myspace, le plus consulté sur leWebPédagogique… Non pas celui qu’un artistocrate aura désigné de son auguste doigt mais bien celui qui aura reçu le plus de votes, de recommandations, de liens entrants. La régulation du Web est d’essence démocratique en cela que c’est la conjonction d’actions d’un grand nombre qui est le nouveau pouvoir.

Dés lors les questions qui se posent à nous ne sont pas de savoir si une nouvelle aristocratie doit émerger mais bien de mettre en place des mécanismes régulateurs d’un espace démocratique. Où sont les nouveaux partis, qui les finance, qui les contrôle ? Je n’ai pas la solution … et vous ?


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