Peter Doig: ?

sKI JACKET 1994

Un point d’interrogation pour ce peintre qui est exposé jusqu’au 7 septembre 2008 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Peinture sans concept ou sans démarche voire sans sujet si ce n’est une grande virtuosité technique dans la manière de superposer les textures sur la toile ou bien encore de dissoudre la peinture dans des toiles non préparées.

Le sujet est souvent un prétexte. Je m’explique: il se dissout dans les couches successives de peinture ou de transparences. C’est le cas de Jetty (1994). Le personnage dans le paysage semble comme solarisé à l’égal du négatif d’une photographie et le premier plan se confond avec l’arrière plan.

JETTY 1994

Ou alors ce même sujet semble s’évanouir dans la peinture elle-même. C’est le cas de Blotter (1993) ou du fameux 100 Years ago (2001). Le reflet du personnage sorte de double nous donne une impression étrange.

Blotter 100 YEARS AGO

Celle-ci est une sorte de déjà-vu. Quelque chose dont on se souvient avoir déjà fait l’expérience. Pas de concept, pas de démarche, pas de sujet mais un peintre d’atmosphère, d’impressions renforcées par le non fini, les superpositions des textures, des sujets.. mais surtout la dissolution de l’humain dans des paysages alternant entre la carte postale et l’histoire de la peinture (entre Hopper et les impressionnistes).

Ce déjà-vu aurait-il le goût d’un paradis perdu ?

A bientôt,

Adeline BESSON

Emil Nolde, les images non peintes

aquarelle

(image: Presse-Océan; photo Roberte Jourdon)

Qui a dit que l’aquarelle devait être fadasse et insipide ?

Les aquarelles de l’allemand Emil Nolde réalisées sous le régime nazi sont à l’image de sa peinture et du groupe expressionniste Die Brücke. C’est en cachette qu’il réalise ces aquarelles (plus de 1300): on lui a donné l’ordre de ne plus peindre. Et c’est l’Abbaye de Sainte Croix aux Sables d’Olonne qui nous offre jusqu’au 7 septembre quelques 80 aquarelles de l’artiste.

Les sujets sont variés mais ce qui domine c’est non seulement la couleur mais aussi le trait noir ou sombre qui vient définir une forme. Mais en même temps cette couleur devient parfois indépendante du sujet comme Grande tête et de Couple en costume. Le rouge apparaît comme si l’on avait essayé d’essuyer du rouge à lèvres sur le visage. La couleur semble sortir du sujet et de la feuille.

couple en costume

Parfois c’est la couleur qui définit le sujet à coup d’auréoles colorées presque sans eau comme dans Vallée rocheuse dans une lumière bleue rouge.

C’est ce que l’on nomme un peu rapidement un coloriste mais c’est aussi le dessin qui fait corps avec la couleur ou plus exactement c’est la couleur qui enflamme le dessin.

En attendant si vous ne pouvez pas voir cette exposition vous pourrez toujours vous consoler en allant voir la grande exposition qui aura lieu au Grand Palais du 23 septembre 2008 au 19 janvier 2009.

A bientôt,

Adeline Besson

Traces du sacré: la tentation encyclopédiste

affiche

L’exposition temporaire au Centre Pompidou vient de se terminer mais c’est surtout l’occasion de revenir sur le rapport entre scénographie et contenu.

En effet, celui-ci est tellement dense qu’elle finit par submerger le spectateur et l’oblige finalement à se focaliser sur une oeuvre en particulier. La scénographie qui guide le spectateur vers les différentes salles construites en forme de courbes, de recoins et de couloirs laissent peu d’échappatoires au public. La multiplication des oeuvres par espaces par rapport aux grandes thématiques montrent bien la manière dont l’exposition a été construite. Deux indices nous mettent la puce à l’oreille.

plan

D’une part, le discours du commissaire d’exposition, Jean de Loisy, qui définit un certain nombre de théories, d’analogies par rapport au sacré. Mais qui les illustre en dernier recours par les oeuvres elles-mêmes. A noter une interview de la co-commissaire Angela Lampe qui revient sur le rapport entre les oeuvres et l’exposition.

D’autre part, la scénographie de l’exposition qui semblent malgré elle, faire rentrer le maximum d’oeuvres par thématiques et par salles. L’une d’entre elle, classée sous le nom de Résonances archaïques met en scène trois films de trois artistes :Robert Smithson (Spirale Getty), Jackson Pollock en train de faire du dripping (par Hans Namuth) et Joseph Beuys réalisant sa performance intitulée I like America and America likes me. Ces trois films sont eux-mêmes entourés d’ oeuvres picturales et graphiques d’autres artistes. Il s’en suit un mélange peu productif pour le spectateur qui ne sait plus très bien ce qu’il regarde. Les films montrent les démarches des artistes et les oeuvres en deux dimensions montrant le résultat d’une démarche. Il y a ici deux niveaux de compréhension que l’on range avec plus ou moins de bonheur sous la thématique de Résonances archaiques. Ce qui me fait dire qu’une fois encore les commissaires et les différents intervenants ont construit des cheminements théoriques tortueux avant de les remplir d’oeuvres d’art.

Pourquoi ne pas essayer de faire l’inverse en faisant une sélection des oeuvres en rapport avec le sacré quitte à en éliminer et de faire remonter du contenu à partir d’une sélection beaucoup plus réduite ? Les oeuvres ne seraient plus alors des illustrations de thématiques mais des outils de construction d’un discours, et non l’inverse.

A bientôt,

Adeline Besson

Le Musée d’Orient à Lisbonne

entrée du Musée

Ce Musée est ouvert depuis 3 mois à Lisbonne, situé au bord de la “marginal” (l’autoroute littorale), cet ancien complexe réfrigéré pour le fameux bacalhau (la morue) s’est transformé en un élégant navire contenant les arts orientaux du Timor ou Japon en passant par le Tibet. Dernier né d’une lignée de musées dit d’art premier, la mise en scène des arts asiatiques n’échappe pas à une scénographie empreinte de mystère.

Dès l’entrée des salles, les escaliers sont éclairés par le dessous et les cultures vivantes sont présentées à quelque chose près comme les cultures dites disparues. On retrouve le même glissement temporel dans plusieurs musées de ce type.

Le “premier” n’est plus primitif mais il est encore scénographié comme s’il était le reflet d’un archaïsme. L’objet rituel est passé dans le monde de l’art mais il n’a pas perdu son tréfonds de monde originel et donc archaïque. L’émotion part de cette lumière qui transparaît depuis le fond de l’objet mais aussi du dessous de l’escalier principal. Comme si ces objets devaient sortir de nulle part comme Adam et Eve du Paradis. Le Paradis étant le musée et les objets d’art; les créatures de Dieu.

A bientôt,

Adeline BESSON

“Quand le couloir d’un collège devient fantastique”

Premier billet sur une expérience réalisée avec les 3 classes de quatrième des élèves du collège Rosa Luxembourg à Aubervilliers.

Le titre du billet est en fait la petite phrase qui a donné lieu à la fin d’une longue séquence terminée avant les vacances d’hiver.

Le but était de d’appréhender l’espace sous toutes ses coutures, aussi bien l’espace en deux dimensions sur un format que l’espace en trois dimensions avec des matériaux divers et enfin l’espace réel différent des deux espaces précédents qui étaient des espaces représentés.

Passons les termes un peu fastidieux, les élèves par groupe de 4 devaient concevoir une production, un travail afin de l’installer dans le couloir qui conduit à la salle d’arts plastiques pour que l’atmosphère devienne fantastique. Et pour ce faire ils devaient réaliser une seule photographie avec un appareil numérique pour garder une trace de cette installation. Je mets pêle-mêle les photographies sans faire de hiérarchie entre les expériences.

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Ce qui est intéressant c’est que les élèves ont dû se poser la question de la démarche. Comment rendre le couloir fantastique avec un grand format blanc, de la gouache, du fusain, des pastels, de la colle, des ciseaux et du scotch ?

Deux possibilités s’offraient à eux : soit ils réalisaient quelque chose de fantastique avec les moyens et le matériel ( image de la diablesse) soit ils produisaient quelque chose qui n’avait rien à voir avec le couloir et créer ainsi un décalage donc du fantastique ( image de la marelle).

Les photographies le montrent assez bien mais une autre chose vient s’ajouter à ce dispositif. La photographie ainsi réalisée montre un autre aspect du fantastique selon le point de vue, la lumière, l’architecture du lieu. Et ce qui au départ n’était pas fantastique, pouvait l’être en réalisant une installation. Certains élèves qui n’avaient pas forcément compris pouvaient réajuster leur démarche grâce à l’espace réel du couloir.

La fin de la séquence s’est déroulée par rapport à une installation de Pignon Ernest intitulée Soweto-Warwick où comment une représentation prend sens dans un espace réel à savoir ce fameux quartier d’Afrique du Sud.

A bientôt,

Adeline Besson

Juste un peu d’autopromo

Copyright Adeline Besson 2008 - tous droits réservés“Les Nouvelles aventures de Tintin” sont arrivées !

Je signale pour une fois mes activités en tant qu’artiste: j’organise une exposition au bistrot “25° EST”, Place de Stalingrad à partir de 19 heures, métro Jaurès ou Stalingrad, jusqu’à fin mars.

Cette exposition prend pour fil conducteur l’icône de la bande dessinée Tintin mais j’ai retenu plutôt le personnage de Hergé comme un nouveau Candide. Il n’est plus Tintin au Congo ni Le Spectre d’Ottokar mais il a encore de sérieux problèmes avec les autres ou l’image qu’il se fait des autres.

Tintin c’est un peu nous tous, nous ne sommes plus dans le colonialisme mais nous sommes encore coincés entre nos clichés et notre quête des origines. Cette quête des origines se traduit par le retour au primitif et à l’écologie.

L’accrochage se fera de manière classique avec peintures et dessins mais aussi avec un travail d’écriture produit in situ, c’est-à-dire en fonction du lieu.

L’exposition s’appuie sur des références liées à l’anthropologie, à l’histoire des cultures et des travaux de photographes de reportage. Je tente de pointer les contradictions inhérentes aux images, notamment de presse, qui balancent entre empathie et esthétique, ou encore aux images de type encyclopédique qui tentent de généraliser voire d’universaliser des cultures et donc de s’éloigner de leur complexité.

Les images utilisées sont des photographies portant sur le travail des enfants du Bangladesh de G.M.B. Akash et sur les Rroms des Balkans, Roumanie et Albanie d’Yves Leresche. Les autres images sont tirées des deux albums de Tintin cités plus haut, ou sont des photographies prises sur le port de La Pallice (La Rochelle est le deuxième port français pour l’acheminement de bois exotique).

Le premier support utilisé pour la peinture est le médium bois, un des matériaux les plus consommés. L’autre support s’apparente à du papier japonais sur lequel on fait de la calligraphie. Les deux sont utilisés pour faire ressortir les dessins du bois et pour montrer la fragilité d’un dessin fait aux pastels secs, au fusain et au feutre. Le dessin comme le peinture sont plus proches d’un dessein. C’est-à-dire d’un dessin/ projet en train de se faire, d’une pensée qui se déroule et qui pose des questions.

Car ce qui m’intéresse en tant qu’artiste c’est de poser des questions au spectateur en confrontant ces images les unes avec les autres, qu’elles soient tirées de la bande dessinée, de l’illustration, de la photographie de presse, des cartes postales … sans faire de hiérarchie mais en proposant un point de vue sur le monde.

A bientôt,

Adeline Besson

Marc Desgranchamps à la galerie Zürcher

Nouvelles peintures

Nouvelles peintures à la Galerie Zürcher (Paris), un artiste qui peint et qui utilise la photographie de manière subtile voire troublante. La photographie comme modèle, pas tout à fait mais une manière pour lui de superposer plusieurs images qui finissent par s’interpénétrer entre elles. Ces superpositions sont traitées en peinture par des jus, créant ainsi des jeux de transparences.

Si les représentations sont issues de photographies banales ou tirées de la presse, elles ne sont pas le sujet des tableaux. C’est plutôt, de la manière dont Desgrandchamps les superpose que naît l’étrangeté comme une pellicule photo qui aurait servi plusieurs fois. Le regard du spectateur est miné car il ne sait plus très bien où il faut regarder.

Ce jeu de transparence entre l’arrière et le premier plan n’offre plus de hiérarchie claire pour le regard. Il en résulte comme le dit si bien Olivier Cena un sentiment étrange: (…) “le ciel est toujours désespérément bleu et la lumière uniforme, monotone, à la limite de l’absence. Il n’y a pas d’excès, pas de violence, mais, comme sur les vieilles photographies aux couleurs pâlies par le temps, il y flotte le parfum nostalgique (proustien ?) de souvenirs anciens dont on ne sait plus très bien si les moments auxquels ils se rattachent furent heureux ou pas.”(chronique du critique d’art dans le dernier Télérama)

L’artiste est celui qui en parle le mieux: cliquez sur l’image puis sur “vidéo” en haut à droite de la page qui apparaîtra.

Desgranchamps

(capture d’écran du site de la galerie Zürcher)

A bientôt,

Adeline Besson

Quand le musée devient une oeuvre

J’ai découvert un artiste américain, Fred Wilson, qui est très peu connu en France mais qui a pourtant beaucoup de choses à nous dire.

“The Mining Museum” en 1993, est une exposition temporaire, née de la rencontre entre les responsables d’un musée d’art contemporain “The Contemporary” et de la très classique institution “The Marineland American Society” à Baltimore. Le conservateur de ce dernier musée voulait dépoussiérer son musée et s’adresser à un public plus représentatif de la population de Baltimore. Et on lui conseille d’inviter l’artiste afro-américain, Fred Wilson.

Le conservateur du Musée lui donne carte blanche en sachant que l’artiste a déjà sévi puisqu’il a présenté une autre exposition dans sa galerie “Rooms with a view” à la fin des années 80. Il présentait alors des objets d’art primitif avec des productions d’artistes africains contemporains dans trois contextes différents: une galerie contemporaine, un musée dethnographie et un salon victorien. L’exposition montrait beaucoup d’ ambiguités. A tel point que les galeristes n’avaient pas reconnu les productions contemporaines dans l’espace dévolu au musée d’ethnographie. Car souvent, les cartels de ces musées sont assez vagues et les artistes restent anonymes.

Le conservateur du musée historique de Baltimore donne carte blanche à l’artiste et lui demande de faire une exposition à partir de la collection du musée.

Salle d'exposition

Le conservateur n’allait pas être déçu, l’artiste fouille dans les réserves du musée, fait travailler une centaine de personnes et notamment des historiens. L’une des salles montre des effigies indiennes qui annoncent les marchands de tabac mais elles sont tournées vers les murs de la salle. Ces figures qui n’ont pas grand-chose à voir avec la communauté indienne sont mis en face d’une carte de Baltimore où était située les anciennes réserves indiennes de la région. A côté, des photographies en noir et blanc sont accrochées elles aussi en vis à vis. Elles montrent des images de la communauté indienne actuelle ( portraits du quotidien).

L’image de l’indien idéalisé fait face aux images d’une communauté qui a été oubliée, et par l’histoire et par les habitants eux-mêmes. Wilson a demandé au personnel du musée si il y avait des indiens à Baltimore et ceux-ci semblaient avoir oublié que les indiens existaient encore à Baltimore.

Première salle d'exposition

Pour le première salle, l’artiste trouva un trophée, une sorte de coupe que l’on offrait dans les années 20 au nom de “la vérité en publicité” (si, si, c’est le slogan). La coupe arbore le mot “truth” plaqué or. Celle-ci est entourée de socles en plexiglas qui ne soutiennent aucun objet. Le cartel indique l’anonymat du socle. Puis de chaque côté de la “vérité”, trois socles noirs vides et trois socles blancs avec des bustes sont disposés dans la salle. L’allusion est facile à comprendre mais Wilson s’est bien servi de la collection du musée. D’un côté, des bustes notamment celui de Bonaparte qui n’a rien à voir avec l’histoire de Baltimore et de l’autre, de simples cartels identifiant des hommes et des femmes noirs qui ont une importance dans l’histoire de Baltimore. Le pionnier du Jazz, Eubie Blake par exemple.

Bien d’autres salles de l’exposition mettent en scène l’oubli d’objets dans les réserves, soit parce qu’ils sont passés sous silence car pas politiquement correct pour une population a dominante blanche qui veut oublier son passé esclavagiste ou bien parce que certains objets abîmés sont relégués dans les réserves car pas assez esthétiques. L’artiste ne fait pas de hiérarchie entre les objets mais part de l’objet pour montrer les petits secrets de Baltimore. Les hommes noirs placés à la périphérie des tableaux du XVIIIème siècle sont mis en lumière par Wilson.

Le musée devient oeuvre par la vision personnelle de Fred Wilson car l’artiste prévient au début de l’exposition que la vérité est contestable. Ou plutôt, c’est la collection avec sa classification et ses objets qui permet de faire oeuvre.

A bientôt,

Adeline Besson

La Joconde: une énigme?

détail, le sourire détail, les yeux

On aura tout dit ou presque sur le tableau de Léonard de Vinci, du documentaire affligeant révélant les petits secrets du peintre au fameux sourire. Mais le principal a été oublié comme toujours, à savoir l’analyse picturale du tableau.

Ah… au fait… si vous en doutiez encore, De Vinci a bien peint le portrait de Lisa Maria Gherardini, née à Florence en 1479. Elle devient la troisième femme du marchand de soie, Francesco del Giocondo. Mais cette commande n’est jamais arrivée chez le marchand et c’est François 1er qui fit son acquisition vers 1516. Le tableau sera accroché sucessivement au château d’Amboise puis à celui de Fontainebleau et Versailles avant d’arriver au Louvre (voir le site du Figaro pour plus d’informations).

Le tableau

Parlons de La Joconde: le tableau n’est pas seulement un portrait de femme mais il est aussi un paysage placé derrière du personnage. Le portrait est d’abord une synthèse des recherches anatomiques du peintre. Ce visage, nous pouvons le retrouver dans le tableau intitulé “La Vierge aux rochers” et dans de nombreux dessins. Car les visages de Léonard sont souvent androgynes, un savant mélange de masculin et de féminin. Ce qui révéle une forme de symbolisme au-delà de la technique picturale réaliste. Les yeux, le sourire sont souvent le sujet d’un nombre incalculable d’interprétations. Par exemple que les yeux suivraient le spectateur. C’est une illusion d’optique car le portrait est peint de trois-quart et le corps s’arrête à mi-corps avec les mains comme si La Joconde était au bord d’une loggia (balcon).

le paysage

L’illusion pourrait être le maître mot de ce tableau. Le paysage est une magnifique perspective atmosphérique. C’est-à-dire qu’au fur et à mesure que le paysage semble s’éloigner, il s’évapore dans des nuances de bleu. Ce qui donne un effet de profondeur voire un aspect presque fantastique à ce tableau.

Mais Léonard de Vinci peut-il se résumer à La Joconde ?

Pour plus de détails retrouvez le site du Louvre.

A bientôt,

Adeline Besson

Une tête maorie fait parler d’elle

Image de la tête Maori

La France a décidé de ne pas rendre la tête maorie conservée au Musée de Rouen. Suite à la décision du tribunal administratif, le ministère de la culture a bloqué le transfert de la tête tatouée, offerte en 1875 au Musée d’Histoire Naturelle de Rouen par un collectionneur français. Le New Zealand Herald s’allarme de cette décision, considérant l’objet comme un reste humain (donc lié au sacré) et non comme une oeuvre d’art (voir l’article dans le Courrier International du 07 janvier 2008).

Oeuvre d’art ou reste humain? Le sujet est plus complexe que la polémique soulevée par le journal. Il correspond à deux visions différentes du musée. Ces deux visions seraient une vision française et une autre anglo-saxonne comme le Canada, l’Australie et bien sûr, La Nouvelle Zélande. Autrement dit, d’un côté il y aurait le Musée du Quai Branly à Paris, et de l’autre le Musée de Te Papa Tongarera en Nouvelle- Zélande.

La première conception - celle du Quai Branly - valorise l’esthétique de l’objet qui devient chef-d’oeuvre au même titre que les chefs-d’oeuvre du Louvre. La deuxième conception - celle du Te Papa Tongarera - existe dans les anciennes colonies anglo-saxonnes ; ces “musées ont été amenés à élaborer des protocles pour l’exposition des objets” (propos de Brigitte Derlon, anthropologue), considérant que respecter la tête maorie est rendre sa dignité au peuple maori. Ces musées sont le fruit d’une politique restituant la culture des peuples autochtones.

Ces deux conceptions sont intéressantes et à découvrir, mais ce qui me semble grave est que le visiteur ne sait pas toujours que le contenu de ces musées fait le grand écart entre récupération politique et construction occidentale du chef-d’oeuvre.

Je reprendrai les propos d’Andras Zempleni, africaniste qui a conclu lors des rencontres inaugurales du Quai Branly que” c’est avant tout pour les gens qui fabriquent les objets qu’il faut avoir du respect, et pas pour les objets en eux-mêmes.” On sait que lors des cérémonies malangans en Nouvelle Irlande par exemple, les objets sont construits en l’honneur d’un mort, offerts symboliquement, considérés à ce moment-là comme “beaux”, puis normalement détruits. Lorsqu’ils ne le sont pas, ils sont considérés comme sources d’échange avec les occidentaux.

En d’autres termes, la culture occidentale s’est essentiellement construite sur des objets matériels qui ont changé de fonction entre leur création, leur usage et leur exposition. Les enjeux d’aujourd’hui sont identitaires et politiques.

A méditer,

A bientôt,

Adeline Besson