Rembrandt: exposition virtuelle

26 11 2006

Sur le site de la Bibliothèque Nationale, une exposition virtuelle intitulée La Lumière de l’ombre est accessible sur le site bnf.fr. Celle-ci est consacrée à l’oeuvre gravée de Rembrandt. Le site montre le processus créatif de l’artiste et revient de manière documentée sur les techniques de gravure . Le chapitre « à la loupe » permet de revenir sur le trait lui-même en proposant à l’internaute de s’approcher au plus près de plusieurs oeuvres.

Mais je prendrai comme exemple de ce processus une gravure non achevée L’Artiste dessinant d’après modèle.

Dans cette eau-forte gravée en 1639, Rembrandt se représente en train de dessiner d’après un modèle feminin, thème récurrent au XVIIème siècle. Cette gravure est restée inachevée, contrairement à la Grande mariée juive présentée au début. Le fond travaillé comme la plupart de ses gravures contrastent avec le reste de l’image.

Ce fond ne représente pas un simple décor mais une sculpture en buste présentée de profil (un modèle) avec un drapé, une palme blanche et une presse (l’outil final qui permet de révéler l’image). Cette presse vient marquer le point d’ancrage du regard dans la composition. De chaque côté de ce point, un autoportrait de Rembrandt assis regarde un modèle vivant féminin debout sur une estrade. Ce modèle ressemble étrangement à la sculpture en buste du fond. Une composition en triangle s’instaure entre le modèle (sculpture), le modèle vivant et l’artiste. Cette gravure est une sorte de mise à nu du processus créatif. Les références (sculpture, modèle et accessoires), l’outil, l’artiste en train de produire et surtout l’acte de dessiner, à savoir la représentation de l’inachèvement de la gravure et le contraste du trait qui va de l’esquisse au clair-obscur très travaillé) démontrent une mise en abyme du processus créatif.

Preuve qu’une seule gravure, fusse t-elle inachevée montre plus de choses qu’un nombre imposant d’images. Rembrandt n’affirmait- il pas qu »une oeuvre est achevée quand un artiste a dit ce qu’il avait à dire »?

Bonne lecture,

Adeline BESSON



Les peintres de la vie moderne (2)

12 11 2006

Suite à l’expostion du même nom ( se reporter à l’article 1 ), j’ai découvert la dernière série de l’artiste MAC ADAMS.

L’artiste fabrique littéralement des ombres avec les moyens du bord. En l’occurence dans Predator, il utilise aussi bien une botte de paille, des fruits que la table en verre du salon. Mais ce qui est réllement intéressant, c’est qu’il montre le dispositif, à savoir la réunion de ce bricolage avec l’ombre produite par l’intermédiaire de la photographie.

Ce qui en résulte est un décalage entre les outils qui ont servi à réaliser l’ombre qui est souvent une représentation clairement identifiable. Du coup, loin d’être un simple jeu optique l’ambivalence entre ce qui est représenté (l’ombre) et la présentation des outils pour la fabriquer devient la source de multiples interprétations.

Dans la deuxième photographie le chandelier et les fleurs semblent être dressés de manière solennelle sur la table alors qu’ils produisent eux-mêmes l’ombre d’un chien endormi. Nous sommes un peu dans La Caverne de Platon: il faut se méfier des déductions hâtives. Dans ce sens, Adams nous questionne sur notre propre perception et notre rapport à la réalité par la fabrication de l’ombre.

Cette même ombre que l’on retrouve dans l’histoire de l’Antiquité et qui trouve des permanences dans l’histoire de l’art du XVIIIème siècle. En effet, Le mythe de la peinture formulé par Pline dans Histoire Naturelle (livre XXXV) s’appuie sur l’ombre:

« En utilisant lui aussi la terre, le potier Butadès de Sicyone découvrit le premier l’art de modeler des portraits en argile; cela se passait à Corinthe et il dut son invention à sa fille, qui était amoureuse d’un jeune homme; celui-ci partant pour l’étranger, elle entoura d’une ligne l’ombre de son visage projetée sur le mur par la lumière d’une lanterne (…) »

Charles Perrault s’en empare au XVIIème siècle dans son poème La peinture. Celui-ci transforme la fille du potier de Corinthe en bergère de l’île de Paphos:

« Sur la face du mur marqué de cette trace,

Chacun du beau berger connut l’air et la grâce,

Et l’effet merveilleux de cet événement

Fut d’un art si divin l’heureux commencement. »

L’ombre chez les deux auteurs est assimilée à la réalité. Le portrait ainsi fabriqué, presque de façon magique va remplacer l’amant parti au loin. Mais si Adams se sert consciemment ou non de l’histoire de l’art, notamment dans la scupture La mort de Marat en référence au tableau de David. Il n’utilise pas l’histoire de l’art comme point d’appui mais l’histoire de nos perceptions et en proposant une image inattendue à l’aide d’objets appartenant plus à la nature morte qu’au portrait.

De la même manière, Cindy Sherman ou Joachim Mogarra utilisent l’histoire de notre perception en allant piocher dans l’histoire de l’art, le photo-journalisme … Mais si les Grecs utilisaient le mythe pour résoudre les contradictions inhérentes au réel, les artistes contemporains tentent de les concilier en démontant et en montrant les dispositifs qui mènent à la fabrication des différentes images qu’elles soient médiatiques, sociales ou historiques. Dans les deux cas, à deux périodes différentes, il s’agit de penser en même temps l’ambivalence des images et les multiples interprétations qui en découlent. Du coup, un dispositif simple comme chez Adams est autrement plus complexe qu’il n’y paraît.

Bonne lecture,

Adeline Besson



Parodie ou pastiche?

11 11 2006

 

Comparons ces deux portraits qui semblent en apparence avoir un certains nombre de similitudes. Le premier est un portrait de Battista Sforza, duchesse d’Urbino peint par Piero della Francesca lors de la Renaissance Italienne. Ce portrait de profil a un pendant masculin, à savoir la représentation de son époux le Duc d’Urbino: Frederico da Montelfetro. Chaque peinture réalisée à la tempera sur bois mesure 47×33 cm. Le deuxième portrait de la photographe contemporaine Cindy Sherman la met elle-même en scène avec moults artifices et autres postiches. Cette photographie parodique fait partie des « History Portraits » (1988-90).

En dehors des similitudes formelles, quel est le rapport entre un portrait peint du 15ème siècle et un portrait photographique du XXème siècle? Le premier comporte au verso les représentations allégoriques des vertus de la Duchesse. Ce visage féminin est montré avec ses défauts. En effet, son profil n’est pas vraiment idéalisé. Preuve que l’individu en tant que tel commence à faire sa place à cette période mais celle-ci montre aussi la condition, le statut du modèle par la richesse des vêtements. De plus, la Duchesse d’Urbino semble dominer la paysage.Celui-ci est repésenté avec une magnifique perspective atmosphérique. Autrement dit, le pouvoir du Duc et de la Duchesse semble maîtriser l’espace au sens strict ( la région d’Urbino) ainsi que l’espace pictural de la Renaissance (le point de vue unique avec la perspective et la ressemblance de l’individu)) et les codes sociaux (habits, parures) de leur propre culture.

Dans le travail de Sherman, le portrait est caricaturé. Les artifices apparaissent plus que l’ensemble. Les postiches du nez et du front ainsi que les couleurs presque violentes et le fond bleu réalisé presque à la va vite rappellent de manière lointaine les portraits de la Renaissance. La photographe n’essaie pas de transposer ce type de portrait au XXème siècle mais pose plutôt la question: qu’est-ce qu’il reste de ce portrait (Duchesse d’Urbino) aujourd’hui? Une fois que Sherman réduit ces modèles à des codes que j’ai cités plus haut, que reste-t-il? Ce qu’Arthur Danto résume par une autre question: » Que reste-t-il de la réalité humaine, une fois qu’on a ôté le masque grotesque des apparences? »

En fait l’histoire de l’art n’intéresse pas Cindy Sherman pour reprendre les termes d’un texte de Daniel Arasse sur l’artiste: ce qui l’intéresse est à travers sa démarche parodique (qui est de se mettre en scène dans ses photographies) est bien de comprendre l‘histoire de nos représentations et celle de notre rapport au moi.

Bonne lecture, les textes de références sont Arthur DANTO Cindy Sherman, History Portraits, New York, Munich, Schirmer-Mosel, 1991 et Daniel ARASSE, Anachroniques, collection art et artiste, Gallimard, 2006 (pp.102-103)

Adeline Besson



Le labyrinthe de Pan

4 11 2006

Dernier film de Guillermo Del Torro, sorti de 1er novembre.

Ofélia, sorte d’Alice aux Pays des Merveilles, se voit soumise à l’emprise d’un capitaine franquiste joué par un Sergio Lopez inquiétant. Sa mère enceinte a en effet épousé cet homme qui maîtrise aussi bien sa troupe que sa future famille. Mais le chemin iniatique de la jeune fille se transforme en deuil. Il alterne entre le réel, la violence et la torture pratiquée par le capitaine, et le merveilleux (le faune, la mante religieuse, qui se transforme en fée, le crapaud monstrueux), etc… L’originalité du réalisateur réside dans cette alternance entre ces deux mondes, ces deux niveaux de représentations et donc de significations.

L’enfant échappe t-il à la violence du réel par les allégories d’un monde fantastique? La seule à faire la fusion entre l’Histoire et les êtres merveilleux, c’est Ofélia, héroïne non pas de Carrol mais Del Torro.

Bon film et à bientôt. A noter l’excellent article du Monde par Jean-François RAUGER.

Adeline Besson