Gilbert et Georges à la Tate

20 02 2007

Bomb 2006

Les deux artistes s’offrent une rétropective à la Tate Modern de Londres. Les dernières oeuvres reviennent sur des thèmes plus austères en lien avec l’actualité comme Bomb 2006. C’est l’occasion d’analyser le travail de Gilbert and Georges, deux lords anglais qui se présentent soit tirés à quatre épingles ou nus selon les besoins.

Car les compères se mettent en scène le plus souvent dans leurs propres oeuvres, le corps devient alors matériau au même titre que les quadrillages, les écritures et les couleurs qu’ils utilisent. Mais leurs productions ne se réduisent pas simplement à des grandes compositions colorées. Puisque, toujours dans leur logique, ils rajoutent la performance à leur arc notamment au début de leur carrière.

Singing Sculpture montre que le corps vivant peut être l’objet d’un processus artistique. Les deux artistes jouent sur un contraste entre leur apparence « so british » et leur créativité proche de leurs préocupations parfois provocantes dans un monde hétérosexuel et politiquement correct.

Ecouter G&G sur France Inter (Vincent Josse) Comme une chronique sur France Inter le soulignait, les oeuvres ne sont pas choquantes mais juste « shoking ».
Naked eye

Les compositions jouent la plupart du temps sur le symétrie , les artistes se démultiplient dans un effet miroir. Si les artistes utilisent les images d’excréments ou les tabous d’une société occidentale, ils composent leurs tableaux colorés comme des vitraux d’église, preuve que les tabous qu’ils convoquent dans leurs oeuvres sont aussi objet de fascination pour eux.

Pour plus d’information, quatres vidéos en anglais très intéressantes sur le site de la Tate où ils expliquent leur processus de travail et aussi l’article du Monde.

Bonne vidéo, bon son, et bonne lecture.

Adeline Besson



Madâme joue les prolongations!

10 02 2007

image du film Madâme

Le film Madâme de John Paul Lepers est encore visible à l’Entrepôt jusqu’à fin février. Pour voir des extraits consultez le blog du réalisateur.

A bientôt,

Adeline Besson



Pinoncelli, vandalisme ou iconoclasme ?

9 02 2007

l'urinoir de DuchampEn 1917 Marcel Duchamp présente un urinoir pour une exposition à New York. Refusé. Trois jours plus tard la galerie 291 du photographe Alfred Stieglitz l’accepte, et il trône aujourd’hui au Centre Pompidou. Un artiste, Pierre Pinoncelli, après avoir uriné dedans en 1993, a été condamné pour l’avoir ébréché avec un marteau en 2006.

Je ne ferais pas l’historique des différentes étapes des interventions de l’artiste mais j’analyserai plutôt les questions qu’elles posent. En effet, le dernier procès le condamne à trois mois de prison ferme et à une amende moins importante que prévue, le Centre Pompidou parle de vandalisme puisque l’artiste s’est attaqué à l’urinoir de Duchamp exposé au Musée le 4 janvier 2006. Le terme de vandalisme utilisé par le Musée permet de penser qu’on ne peut pas analyser l’action de Pinoncelli. Car de fait le terme classe l’intervention du côté de la morale et donc clôt le débat. Car il y a bien débat car au delà de l’aspect moral de l’affaire, il s’agit de comprendre pourquoi cela gêne l’institution et par extension le public.

Lorsque l’artiste urine en 1993 sur Fountain (1917), il remet en cause cet objet trivial devenu sculpture sur un socle et exposé dans un musée qui par cette action l’objet d’art redevient simple urinoir. Ou récemment encore lorsqu’il donne un coup de marteau , il casse cet objet devenu art avec tout ce que cela implique, à savoir un prix sur le marché n’ayant plus grand chose avoir avec le processus de création qui présidait lors de l’exposition de La Society of Independant Artists. Celle-ci fut organisée sur la base de « No jury, no prizes ». Duchamp voulu tester le principe et se rend chez un grand fournisseur de plomberie à New York et achète un urinoir. Fountain est refusé  » aux raisons que l’objet est « obscène, indécent, n’est pas une oeuvre originale, n’est pas de l’art ».

Le processus est enclenché, si l’artiste peut utiliser des objets manufacturés qu’il n’a pas créé de ses propres mains, qu’est-ce qui est de l’art? Est-ce que l’art peut se réduire à un objet? C’est ce que Pinoncelli interroge à travers ses actes. Fountain au fond est devenu avec le temps, l’institution, l’assimilation culturelle, un objet sacré qui n’interroge plus le visiteur. Il est entré au Musée, lieu de la sacralisation par excellence. Pinoncelli devient alors un iconoclaste, celui qui s’oppose à l’adoration et au culte des images saintes. Celles-ci sont aujourd’hui les images , le culte dévolu à l’ART qu’il ne faut plus toucher, contester.

Bonne lecture, voir l’article de Libération du10 février et du Monde
Adeline Besson



Qui a volé le lingot d’or à la Fondation Cartier ?

6 02 2007

inscription sur le lingot

Fin de l’exposition de Gary Hill à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, lorsque la réalité rejoint la fiction.

Jeudi 1er février, trois hommes cagoulés font irruption dans les locaux de la Fondation et maîtrisent le gardien pour d’emparer de la recette du jour et du lingot d’or. Celui-ci fait partie de l’installation visuelle et sonore intitulée Frustrum.

image principale de l'installation

Le spectateur se retrouve devant un bassin d’une huile non inflammable où trône le fameux lingot d’or, en face du visiteur l’image virtuelle d’un aigle se débat dans un pylône éléctrique en faisant claquer ses fils par un bruit assourdissant de fouet. Dès que l’aigle semble effleurer le bassin son image se trouble. La symbolique apparaît comme obscure mais le rapace fait référence à l’empire américain pris au piège de ses propres valeurs.

Le matin même, le lingot avait été remplacé. S’agissait-t-il d’un vrai au centre de l’installation? Ou comme le laisse entendre la police: est-ce que les voleurs, bien informés ont dérobé le vrai lingot dans la chambre forte du musée? L’enquête reste ouverte. Vrai ou faux, les voleurs ont pu découvrir sur le lingot cette inscription:  » Pour tout ce qui est visible, il existe une copie cachée ».

A bientôt,

Adeline Besson



La sculpture commémorative dans l’espace public: deux oeuvres en Allemagne

4 02 2007

Proposition d’analyse pour le bac littéraire arts plastiques :

« Quelle est la place du corps dans la sculpture commémorative à la fin du XXème siècle?« 

Votre analyse s’appuiera sur une comparaison entre 2146 pierres, Monument contre le racisme de Jochen Gerz (1), place du Monument invisible à Sarrebruck (1993) et Monument à la Shoah de Peter Eisenmann à Berlin (2005) (2).

Les documents :

1) Monument contre le racisme (1993)

vue d'ensemble

détail

Détail de l’un des pavés qui constituent le Monument contre le racisme. L’inscription du nom du cimetière juif est retournée à l’intérieur. En 1990, Jochen Gerz entreprend clandestinement, avec l’aide de ses étudiants de l’école des Beaux-Arts, de desceller progressivement les pavés de la place devant le château de Sarrebrück, ancien quartier général de la Gestapo. Sur chaque pavé, il inscrit le nom d’un cimetière juif d’Allemagne et le remet en place.

2) Monument à la Shoah (2005)

vue du sol visiteur parcurant le monument

autre vue

Pour plus de précisions, consultez les sites sur les deux monuments en cliquant sur la première image de chaque oeuvre.

Bon courage et à bientôt.

Adeline Besson



Arts plastiques et histoire-géo: « le rapport au réel » en classe de Seconde

1 02 2007

Dans un premier temps, nous avons choisi de présenter une séquence interdisciplinaire au lycée entre la discipline d’Arts plastiques et celle d’Histoire-géographie.

Si la composante culturelle revient à plusieurs reprises dans une bonne partie des programmes (quelle que soit la dicipline), elle est bien présente en histoire notamment en classe de seconde comme « fondement du monde contemporain ». En d’autres termes, toujours selon le programme il s’agit « de construire une culture et pas seulement d’accumuler des connaissances factuelles ». Alors comment faire le lien entre la culture artistique des arts plastiques qui prend appui sur la pratique des élèves et un programme d’histoire qui ne va pas au delà du XIXème siècle?

L’enjeu est d’interroger la culture artistique au regard de l’histoire, voire d’interroger à la fin de la séquence, l’actualité au regard de l’histoire par l’intermédiaire de la pratique artistique (de la création). Cette question est à mi-chemin entre deux notions « le rapport du réel » ( programme de seconde en arts plastiques) qu’entretient l’élève avec les images et la question de la perception/interprétation de celles-ci.

La séquence s’ appuie sur quatre oeuvres d’art:

le sacre de Napoléon 1er

* Le sacre de Napoléon 1er par David – 1808

President Elect

* President Elect de Rosenquist (1960-61)

Camp palestinien

* Le camp palestinien à Chatilah de Mogarra (1982)

La pieta du sida

* Soweto-Warwick de Pignon-Ernest (2002)

La séquence se déroule selon cinq phases. Les deux premières se font en parallèle dans les deux disciplines. Les dernières se déroulent en commun.

Phase 1: en Arts plastiques

Le professeur demande aux élèves avant le cours de collecter des images et des écrits d’un même événement (journaux, magazine, internet…). Les élèves doivent rendre compte d’un événement à partir de leurs collectes. Ils ont à disposition un rouleau de Kraft blanc qu’ils peuvent couper et les élèves doivent choisir les moyens adaptés au format et à leur production. (2 heures)

Phase 1: en Histoire-géographie

Le professeur avec les élèves et à l’oral, prend appui sur un groupement d’images qui ont trait à l’image du pouvoir et comme point central le « Sacre de Napoléon 1er » de David. L’objectif est de marquer les différences entre la perception rendue par les images et les faits réels. Les notions de point de vue interne et externe sont abordées. Une trace écrite est conservée par les élèves sous le forme de prise de notes. (1 heure)

Phase 2: en Arts plastiques

Les élèves accrochent leurs productions. L’évaluation se fait à l’oral avec le professeur. Les questions posées sont: comment a été géré le format? Comment les images ont-elles été utilisées? Quels effets plastiques, graphiques pour quel événement? (1heure)

Phase 2: en Histoire-géographie

Le professeur demande aux élèves de faire un plan détaillé (correspondant au processus d’apprentissage de la composition) à partir des images/oeuvres qu’ils ont vues au dernier cours afin d’établir la correspondance entre propagande et pouvoir grâce aux documents. (1 heure)

Phase 3 : en Arts plastiques et Histoire-géographie

1/ Analyse croisée entre deux oeuvres aux démarches différentes, à savoir le tableau de David et l’installation de Pignon-Ernest, « Soweto-Warwick ». Dans un premier temps, les élèves travaillent par groupe pour analyser les deux documents, un rapporteur est chargé de résumer le travail (45 minutes pour l’analyse et 10 minutes pour le rapporteur). Il est spécifié que l’analyse doit se baser sur les deux disciplines même si une seule a été analysée (en histoire).

2/ A la fin du dispositif, les deus professeurs ont rédigé un résumé en commun. Il est dit à l’oral et les élèves doivent prendre des notes. (2 heures)

Phase 4: en Arts plastiques et Histoire-géographie

Les élèves et les deux professeurs visitent l’exposition du Musée du Jeu de Paume intitulée L’événement, les images comme acteurs de l’histoire.

Les élèves doivent choisir un événement sous la forme de notes et de croquis. Les élèves savent qu’ils vont faire un travail à partir de ce choix.

Phase 5: Arts plastiques et Histoire-géographie

Le réinvestissement se fait sur un objet commun qui se concrétise sous la forme d’une création artistique.

Les élèves doivent interroger l’événement qu’ils ont choisi lors de l’exposition au regard de l’actualité. Ils retrouvent le même support que pour la phase 1, le rouleau de papier kraft et les moyens adaptés à leur production.

Dernière phase avec les deux professeurs/évaluation

Les élèves présentent leurs productions et les professeurs les interrogent à l’oral: sur les parallèles entre les deux images (passées/présentes), sur les modalités d’association entre les deux images (assimilation/incrustation/séparation), sur le rôle de la mise en forme de la production (installation/composition ou organisation).

Les objectifs principaux sont d’agréger les différents savoirs à la notion de perception/interprétation par rapport aux images actuelles et passées et par leur mise en forme de plus en plus complexe.

Les objectifs spécifiques sont de reprendre les différentes opérations, à savoir la composition, l’organisation et l’installation in situ afin de se les approprier pour une phase de réinvestissement (cinquième phase). Prendre conscience du statut de l’image dans un monde médiatique, artistique, historique.

Si vous expérimentez cette proposition – qui n’a pas valeur d’exemple – merci d’en rendre compte ici.

A bientôt

Adeline Besson (Arts Plastiques) et Hugo Billard (Histoire-Géographie)