Le Musée du Quai Branly en question
31 12 2007La revue Débat, numéro 147 a fait paraître son numéro de novembre et décembre 2007 sur Le moment du Quai Branly.
Les articles ont le mérite pour la plupart de dépasser la polémique qui a suivi l’ouverture du musée qui porte le nom de son lieu de construction. Son nom est assez révélateur d’un musée qui cherche encore ses marques. Baptisé Musée des Arts Premiers puis Musée des Cultures extra-européennes, le musée peine à se trouver ou bien a du mal à s’assumer. Car le musée dans son ensemble, plateau des collections et expositions temporaires, sont en fait un musée des Arts primitifs.
Au-delà des polémiques d’un musée qui n’assumerait pas son passé colonial, il s’agit plutôt d’un musée dans lequel le contenu s’est construit autour d’une architecture, celle de Jean Nouvel. Cette architecture, cette scénographie, n’ont pas été construites autour des collections qui existaient mais d’un espace conçu à partir d’une vision toute personnelle de l’art primitif. J’emploie ce terme car le lieu est conçu en-dehors du temps. Par exemple sur le plateau des collections au niveau de l’aire océanienne, on retrouve des peintures aborigènes du XXème siècle et des objets datés de la période des premiers explorateurs occidentaux ou d’autres objets de l’aire africaine datant de la Préhistoire.
Les collections sont mises en scène dans un espace hors du temps. L’espace se situe dans un imaginaire géographique avec sa rivière, ses couleurs terres et sa pénombre. D’ailleurs Jean Nouvel assume très bien cet imaginaire. La dématérialisation des vitrines renforce cette impression sur la visiteur. Le directeur Stéphane Martin a été le seul interlocuteur pour la construction de ce musée. Et il semble être plus un collectionneur d’art primitif, donc il a plutôt un rapport émotionnel et d’esthète avec ces objets.
Alors y a-t-il une corrélation entre ces protagonistes et l’effet de ce musée qui est essentiellement esthétique ? Mais alors de quelle esthétique s’agit-il ? Une esthétique basée sur un regard occidental qui veut faire rentrer ces collections dans le système artistique voire le système de type Beaux-Arts: pièce unique et rare, beauté formelle et objets spectaculaires.
Il serait intéressant de confronter la question de l’esthétique et notamment les différentes conceptions du beau non seulement dans la culture occidentale mais aussi avec les autres cultures présentes sur le Plateau des collections. C’est de cette confrontation que la notion d’altérité pourra avoir un sens ou pour reprendre le grand « dada » du Musée du Quai Branly: « C’est là où les cultures dialoguent ».
Autrement dit, il faut inventer une nouvelle anthropologie de l’art.
A bientôt,
Adeline Besson
Catégories : musées, Réflexions


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