Archive pour août 2008

Peter Doig: ?

Mercredi 20 août 2008

sKI JACKET 1994

Un point d’interrogation pour ce peintre qui est exposé jusqu’au 7 septembre 2008 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Peinture sans concept ou sans démarche voire sans sujet si ce n’est une grande virtuosité technique dans la manière de superposer les textures sur la toile ou bien encore de dissoudre la peinture dans des toiles non préparées.

Le sujet est souvent un prétexte. Je m’explique: il se dissout dans les couches successives de peinture ou de transparences. C’est le cas de Jetty (1994). Le personnage dans le paysage semble comme solarisé à l’égal du négatif d’une photographie et le premier plan se confond avec l’arrière plan.

JETTY 1994

Ou alors ce même sujet semble s’évanouir dans la peinture elle-même. C’est le cas de Blotter (1993) ou du fameux 100 Years ago (2001). Le reflet du personnage sorte de double nous donne une impression étrange.

Blotter 100 YEARS AGO

Celle-ci est une sorte de déjà-vu. Quelque chose dont on se souvient avoir déjà fait l’expérience. Pas de concept, pas de démarche, pas de sujet mais un peintre d’atmosphère, d’impressions renforcées par le non fini, les superpositions des textures, des sujets.. mais surtout la dissolution de l’humain dans des paysages alternant entre la carte postale et l’histoire de la peinture (entre Hopper et les impressionnistes).

Ce déjà-vu aurait-il le goût d’un paradis perdu ?

A bientôt,

Adeline BESSON

Emil Nolde, les images non peintes

Jeudi 14 août 2008

aquarelle

(image: Presse-Océan; photo Roberte Jourdon)

Qui a dit que l’aquarelle devait être fadasse et insipide ?

Les aquarelles de l’allemand Emil Nolde réalisées sous le régime nazi sont à l’image de sa peinture et du groupe expressionniste Die Brücke. C’est en cachette qu’il réalise ces aquarelles (plus de 1300): on lui a donné l’ordre de ne plus peindre. Et c’est l’Abbaye de Sainte Croix aux Sables d’Olonne qui nous offre jusqu’au 7 septembre quelques 80 aquarelles de l’artiste.

Les sujets sont variés mais ce qui domine c’est non seulement la couleur mais aussi le trait noir ou sombre qui vient définir une forme. Mais en même temps cette couleur devient parfois indépendante du sujet comme Grande tête et de Couple en costume. Le rouge apparaît comme si l’on avait essayé d’essuyer du rouge à lèvres sur le visage. La couleur semble sortir du sujet et de la feuille.

couple en costume

Parfois c’est la couleur qui définit le sujet à coup d’auréoles colorées presque sans eau comme dans Vallée rocheuse dans une lumière bleue rouge.

C’est ce que l’on nomme un peu rapidement un coloriste mais c’est aussi le dessin qui fait corps avec la couleur ou plus exactement c’est la couleur qui enflamme le dessin.

En attendant si vous ne pouvez pas voir cette exposition vous pourrez toujours vous consoler en allant voir la grande exposition qui aura lieu au Grand Palais du 23 septembre 2008 au 19 janvier 2009.

A bientôt,

Adeline Besson

Traces du sacré: la tentation encyclopédiste

Lundi 11 août 2008

affiche

L’exposition temporaire au Centre Pompidou vient de se terminer mais c’est surtout l’occasion de revenir sur le rapport entre scénographie et contenu.

En effet, celui-ci est tellement dense qu’elle finit par submerger le spectateur et l’oblige finalement à se focaliser sur une oeuvre en particulier. La scénographie qui guide le spectateur vers les différentes salles construites en forme de courbes, de recoins et de couloirs laissent peu d’échappatoires au public. La multiplication des oeuvres par espaces par rapport aux grandes thématiques montrent bien la manière dont l’exposition a été construite. Deux indices nous mettent la puce à l’oreille.

plan

D’une part, le discours du commissaire d’exposition, Jean de Loisy, qui définit un certain nombre de théories, d’analogies par rapport au sacré. Mais qui les illustre en dernier recours par les oeuvres elles-mêmes. A noter une interview de la co-commissaire Angela Lampe qui revient sur le rapport entre les oeuvres et l’exposition.

D’autre part, la scénographie de l’exposition qui semblent malgré elle, faire rentrer le maximum d’oeuvres par thématiques et par salles. L’une d’entre elle, classée sous le nom de Résonances archaïques met en scène trois films de trois artistes :Robert Smithson (Spirale Getty), Jackson Pollock en train de faire du dripping (par Hans Namuth) et Joseph Beuys réalisant sa performance intitulée I like America and America likes me. Ces trois films sont eux-mêmes entourés d’ oeuvres picturales et graphiques d’autres artistes. Il s’en suit un mélange peu productif pour le spectateur qui ne sait plus très bien ce qu’il regarde. Les films montrent les démarches des artistes et les oeuvres en deux dimensions montrant le résultat d’une démarche. Il y a ici deux niveaux de compréhension que l’on range avec plus ou moins de bonheur sous la thématique de Résonances archaiques. Ce qui me fait dire qu’une fois encore les commissaires et les différents intervenants ont construit des cheminements théoriques tortueux avant de les remplir d’oeuvres d’art.

Pourquoi ne pas essayer de faire l’inverse en faisant une sélection des oeuvres en rapport avec le sacré quitte à en éliminer et de faire remonter du contenu à partir d’une sélection beaucoup plus réduite ? Les oeuvres ne seraient plus alors des illustrations de thématiques mais des outils de construction d’un discours, et non l’inverse.

A bientôt,

Adeline Besson

Le Musée d’Orient à Lisbonne

Samedi 9 août 2008

entrée du Musée

Ce Musée est ouvert depuis 3 mois à Lisbonne, situé au bord de la “marginal” (l’autoroute littorale), cet ancien complexe réfrigéré pour le fameux bacalhau (la morue) s’est transformé en un élégant navire contenant les arts orientaux du Timor ou Japon en passant par le Tibet. Dernier né d’une lignée de musées dit d’art premier, la mise en scène des arts asiatiques n’échappe pas à une scénographie empreinte de mystère.

Dès l’entrée des salles, les escaliers sont éclairés par le dessous et les cultures vivantes sont présentées à quelque chose près comme les cultures dites disparues. On retrouve le même glissement temporel dans plusieurs musées de ce type.

Le “premier” n’est plus primitif mais il est encore scénographié comme s’il était le reflet d’un archaïsme. L’objet rituel est passé dans le monde de l’art mais il n’a pas perdu son tréfonds de monde originel et donc archaïque. L’émotion part de cette lumière qui transparaît depuis le fond de l’objet mais aussi du dessous de l’escalier principal. Comme si ces objets devaient sortir de nulle part comme Adam et Eve du Paradis. Le Paradis étant le musée et les objets d’art; les créatures de Dieu.

A bientôt,

Adeline BESSON